Dominique Meeùs
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J’avais pensé faire l’inventaire des occurrences de dialectique sous la plume de Marx et Engels, mais ce serait fastidieux si le plus souvent il ne s’agit pas de la dialectique de Hegel en tant que système. Je vais plutôt faire l’inventaire des passages qui invoquent bien une dialectique comme système, celle de Hegel ou cette dialectique qu’ils assument eux-mêmes après l’avoir « remise sur ses pieds ».
Critique de la minceur de la culture hégélienne de Proudhon, mais, au-delà, critique féroce de la dialectique hégélienne elle-même.
Point de départ de l’affaire du retournement. Il en dit très peu : « ce qu’il y a de rationnel à la méthode que H a découverte, mais en même temps mystifiée ». C’est cependant très affirmatif : derrière la mystification, il y aurait une « découverte » de Hegel. (Mais ce serait une méthode, pas un édifice théorique.)
C’est là qu’il dit la première fois son désir d’écrire quelque chose là-dessus — quand le temps reviendra pour ce genre de choses —, intention qu’il répète dix ans après en écrivant à Dietzgen.
Se moquant des prétentions hégéliennes de Lassalle, Marx dit qu’il ratiocine en accord avec les formes sacramentales. (MEW 29:274. MECW 40:259.) (Je note cette expression parce qu’après Marx et Engels, beaucoup se contenteront de répéter les « formules sacramentelles ». — Une des raisons de la présente note est la critique de ce courant.) Marx fait la distinction entre amener une science au point où elle est susceptible de présentation dialectique et, à l’inverse, appliquer un système de logique abstrait, prêt à l’emploi. (MEW 29:275. MECW 40:261.)
Regrette que Lassalle dans son livre ne soit pas montré plus critique à l’égard de la dialectique de Hegel. Cette dialectique est bien sûr le fin mot de la philosophie, mais il est donc d’autant plus important de la débarrasser de l’aura mystique que lui donne Hegel. (MEW 29:561. MECW 40:316)
Avec des considérations douteuses sur l’inexistence des atomes (à propos d’un livre de Hofmann), Hegel sur le changement qualitatif : « the infinite progression of subdivisions, which does not terminate it, but marks a qualitative change ».
Marx parle du Livre I du Capital (alors enfin en voie d’achèvement) et de « la transformation du maître-artisan en capitaliste — à la suite de changements purement quantitatifs » (!)1. Marx mentionne :
la loi de la brusque commutation du changement purement quantitatif en changement qualitatif […] également vérifiée en histoire et dans les sciences de la nature.
Il annonce aussi une note (ci-après) dans le Capital sur la chimie (« je parle de Laurent, de Gerhardt et de Wurtz »), écrite à « l’époque où j’assistais aux cours de Hofmann ».
Die in der modernen Chemie angewandte, von Laurent und Gerhardt angebahnte, von Prof. Würtz zu Paris zuerst wissenschaftlich entwiekelte Molekulartheorie beruht auf keinein anderen Gesetze.
La théorie moléculaire utilisée en chimie moderne, initiée par Laurent et Gerhardt, développée pour la première fois scientifiquement par le professeur Würtz à Paris, ne repose sur aucune autre loi.
Dans la deuxième édition du Livre I du Capital, Marx retire le nom de Würtz. Dans les troisième et quatrième éditions, Engels explique ce à quoi Marx fait allusion : l’addition successive de radicaux CH2 donne des corps chaque fois qualitativement différents.
Il répète simplement son intention de janvier 1858. En 1958 cependant, la dialectique hégélienne n’était qu’une méthode. Ici Marx estime pouvoir parler de « lois correctes de la dialectique » comme d’une chose indiscutable, qu’on est sensé connaître, pour les dire ensuite déjà présentes chez Hegel.
De la dialectique, Hegel a été « le premier à en exposer les formes générales de mouvement (Bewegungsformen) de façon globale et consciente ».
… les lois de la dialectique. […] Elles se réduisent pour l’essentiel aux trois lois suivantes :
(Marx décède le 14 mars 1883. Engels abandonne alors la Dialectique de la nature pour sortir rapidement une troisième édition, attendue, du Livre I du Capital, puis consacrer des années aux Livre II et Livre III.)
[…] dans la nature s’imposent, à travers la confusion des modifications sans nombre, les mêmes lois dialectiques du mouvement qui, dans l’histoire aussi, régissent l’apparente contingence des événements […] avec toute leur simplicité et leur universalité.
Là, Engels proclame une fois de plus la fin de la philosophie, mais, de la philosophie de Hegel, il faut « en sauver le contenu nouveau qu’elle avait acquis ».
Mais on ne vient pas à bout d’une philosophie en se contentant de la déclarer fausse. Et une œuvre aussi puissante que la philosophie de Hegel, une œuvre qui a exercé une influence aussi considérable sur le développement intellectuel de la nation, on ne pouvait pas s’en débarrasser en l’ignorant purement et simplement. Il fallait la « dépasser » au sens où elle l’entend, c’est-à-dire en détruire la forme au moyen de la critique, mais en sauvant le contenu nouveau qu’elle avait acquis. Nous verrons plus loin comment cela se fit.
C’était cette interversion idéologique qu’il s’agissait d’éliminer. Nous conçûmes à nouveau, d’un point de vue matérialiste, les idées de notre cerveau comme étant les reflets des objets, au lieu de considérer les objets réels comme les reflets de tel ou tel degré de l’Idée absolue. De ce fait, la dialectique se réduisait à la science des lois générales du mouvement, tant du monde extérieur que de la pensée humaine […].