Dominique Meeùs
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Mary Davis, Women and Class, 2020

Mary Davis , Women and Class (fourth edition of Davis 1990), Manifesto Press and Communist Party of Britain , 2020, 4 + vi + 67 pages, ISBN : 978-1-907464-44-7

J’ai fait quelques commentaires sur la version Davis 2008 d’abord. Depuis, j’ai eu en main la version Davis 2020. C’est donc sur celle-ci que je travaille maintenant (2022…).

Par rapport aux trois premières, cette édition-ci a été retravaillée en profondeur. Le nombre de pages à doublé entre 2008 et 2020. Je pourrais examiner plus en détail1, mais, ayant maintenant assez bien parcouru ce livre en tout sens, je donne déjà un premier avis.

Whilst not all readers of this pamphlet will agree with the analysis presented, we hope, nonetheless, that it will stimulate debate and discussion on the important issues it raises. Above all we hope to inspire the forces of the left that our conviction that the fight for the liberation of women is central to the struggle for socialism.

P. iv.

Je suis en désaccord avec l’autrice sur de nombreux points. Mais c’est le cas de dire que ce petit livre a le mérite d’exister et ce n’est pas juste une formule de politesse : il y a beaucoup (surtout en anglais) de littérature plus ou moins marxiste, entre autres sur le féminisme ; il doit par contre y avoir extrêmement peu d’écrits féministes qui s’affirment communistes. Comme le dit Mary Davis, ça ne peut que stimuler le débat.

Je pense que dans l’ensemble, le petit livre de Mary Davis est faible sur le plan théorique. Je pense que cela doit être dit pour éviter qu’on enseigne, en se fondant sur ce livre, des erreurs théoriques. Cependant, dire cela seulement ne rendrait pas justice à Mary Davis ni à son livre. On trouvera dans les universités beaucoup d’autrices (ou d’auteurs) marxistes meilleurs parfois sur certains points de théorie, mais Mary Davis est sur la question une des rares autrices communistes qui offre une perspective politique claire, l’union du mouvement des femmes et du mouvement ouvrier.

Union nécessaire du mouvement des femmes et du mouvement ouvrier

Mary Davis fait au chapitre 2, Rival theories, page 9, un tableau des différents courants dans ce qu’on appelle la seconde vague du féminisme et elle marque son désaccord avec eux. Elle souligne cependant (p. 50) que peu de chose avait bougé avant la percée, fin des années soixante, du mouvement de libération des femmes. Les femmes dans ce mouvement ont commencé surtout par une phase incontournable de prise de conscience, dans des réunions et des publications de consciousness raising. Elles ont voulu dans la sororité se démarquer des hommes en refusant le plus possible une organisation hiérarchique et structurée. Il en résulte qu’en dehors des idées, elles n’ont eu que peu de résultats concrets, sauf peut-être sur l’avortement et quelques autres avancées démocratiques, et qu’à la fin des années 80, cette seconde vague était retombée.

Cela montre la nécessité d’un mouvement organisé et fort. La seule force de changement, on la trouve dans le mouvement ouvrier organisé : les organisations syndicales et les partis communistes. On objecte avec raison que longtemps le mouvement ouvrier a peu fait pour les femmes, seulement du bout des lèvres ou pas du tout. (P. 45, 46. P. 63 et ailleurs.) Mais c’est là que s’articule l’héritage positif des féministes de la deuxième vague. Leurs idées ont changé pour les femmes l’attitude du mouvement ouvrier. Même si les problèmes des femmes en général ne sont pas seulement ceux des travailleuses salariées, aujourd’hui, c’est l’union du mouvement ouvrier et d’un mouvement des femmes qui seule peut mener à plus d’acquis significatifs en faveur des femmes. (P. 51. P. 62, 63, 64.) Dans l’autre sens, la mobilisation des femmes est indispensable pour aller vers le socialisme.

Propriété privée, classes et oppression des femmes

Dans la préface, Mary Davis affirme la nécessité d’un approfondissement créatif du marxisme :

There are vital areas of social reality which Marxists (including Marx) have simply not addressed. If there is to be any renewal of Marxism, it is not simply a matter of going over old ground, but breaking the new.

P. iii.

En particulier, Marx et Engels n’ont pas dit le dernier mot sur l’oppression des femmes. Dans cet esprit, le Communist Party a produit Women and Class en 1990. (La quatrième édition, en 2020 est publiée à l’occasion du centenaire du parti.)

Sur un point, elle affirme une certaine position qui serait celle de Marx et Engels et qu’il n’y aurait pas lieu de remettre en question.

For Marx and Engels, the oppression of women and their super-exploitation as workers is located within the social relations of production.

P. iii.

Par définition, le lieu de la surexploitation des femmes comme travailleuses, ce sont les relations sociales de production. Il y a par ailleurs, une oppression des femmes en général, travailleuses ou non, et là le lien avec les relations sociales de production est moins clair pour moi. C’est un point central du livre. C’est là que j’ai une difficulté. Il faudra donc trouver ce que Mary Davis entend exactement par oppression, en particulier dans le cas des femmes, et comment elle la situe dans les relations sociales de production.

Mary Davis semble cependant ne pouvoir être créative que sur ce que Marx et Engels n’ont pas dit. Ce qu’Engels a dit, elle le reprend à la lettre :

It is our view that the oppression of women emerged at the same time as class society; that both class exploitation and female oppression have their origins in the emergence of property relations based on private accumulation of wealth and the appropriation of labour.

P. 1.

Elle n’éprouve même pas le besoin de nous expliquer ce que ça veut dire, comment ça c’est passé, quelle est la logique de cette histoire. Elle semble en fait n’avoir même pas étudié la question : elle semble penser que ce n’est pas nécessaire, si Engels l’a écrit, ce doit être vrai.

Ce n’est sans doute pas uniquement une fidélité à la lettre d’Engels sur ce point particulier, mais plus encore, comme on le sent à plus d’un endroit dans le livre, une confiance générale dans une cohérence doctrinale (doctrinaire) d’ensemble. Du point de vue du matérialisme historique, il faut que l’oppression des femmes, comme toute chose, soit déterminée par les moyens de production et les rapports sociaux de production. Une fois qu’on adopte une attitude doctrinaire, ce ne sont plus les faits qui fondent le matérialisme historique, mais la doctrine du matérialisme historique qui s’impose aux faits, même contre les faits.

En cela, elle s’oppose à Engels lui-même qui dans l’Origine de la famille insiste à plusieurs reprises sur le respect de la primauté des faits. (Dans la préface (1891) de la quatrième édition de 1892 et dans le premier alinéa du livre lui-même.)

On sait maintenant que l’oppression des femmes doit être antérieure à la propriété privée et aux classes, qu’elle est variable, à tous les niveaux de développement, et n’est pas dans un lien simple avec le niveau technique. (Bon aperçu des connaissances et de la complexité de l’évolution des sytèmes sociaux : Darmangeat 2018 dans la revue Lava.) De cela, on en savait déjà pas si peu avant 1990, date de la première édition de ce petit livre.

Un tournant ponctuel dans la préhistoire

Accessoirement, il y a un truc qui cloche dans cette coïncidence temporelle. Viendrait un moment où le progrès des techniques de production amène l’humanité à la propriété privée et celle-ci entraînerait, à la même époque, l’apparition des classes et de l’oppression des femmes. Mary Davis en parle comme d’un évènement historique, un tournant dans l’histoire de l’humanité, comme si l’humanité préhistorique était une, une sorte de grand peuple, avec une seule histoire. Mais quand certains en arrivent à dégager un surplus, les homo sapiens ont envahi le monde et vivent des histoires séparées dans des lieux très éloignés, dans plusieurs continents, accèdent à la propriété privée à des moments différents, héritiers d’un passé de millions d’années2 de chasse et de collecte dans des relations sociales et des cultures très diverses avec divers degrés d’oppression des femmes.

On pourrait invoquer qu’il y a là un singulier qui n’est que grammatical. Ce tournant au singulier serait un singulier générique pour tous les tournants identiques que différents groupes auraient pris au bon moment en ce qui les concerne. Ce serait dire alors que, par une « loi de l’histoire », tous les peuples devaient un jour ou l’autre partout dans le monde connaître le même tournant.

Mais cette discussion est assez secondaire puisque, unique tournant commun ou tournants pluriels, on sait que la réalité est bien plus complexe et n’obéit pas à une simple « loi de l’histoire ».

Que l’oppression et la surexploitation des femmes seraient indispensables au capitalisme

Même si l’oppression des femmes semble devoir être antérieure à l’apparition de classes sociales, il y a dans les sociétés de classe articulation entre oppression des femmes et le mode de production. Dans le cas du capitalisme, une articulation évidente pour moi comme pour Mary Davis, c’est que si on considère les femmes comme « inférieures », on peut les payer moins. (C’est en cela qu’on peut parler de surexploitation.) Là où je diffère d’elle, c’est que, pour moi, le capitalisme fait un usage opportuniste d’un « statut inférieur » qu’il n’a pas inventé mais qu’il a hérité du passé et qui lui est même en un sens étranger. Pour Mary Davis, l’oppression des femmes et leur surexploitation sont liées au capitalisme de manière essentielle, lui sont indispensables.

Now, more than ever before, we need an approach to the ‘woman question’ which recognises that female oppression is indissolubly linked to the operation and maintenance of the capitalist system; […]

P. v.

The super-exploitation of women as workers and their oppression as women is a fundamental prerequisite for the operation of capitalism — economically, politically and ideologically.

P. vi.

C’est une erreur pernicieuse parce que, si on la prend au sérieux, défaitiste. Sur quelque chose qui serait pour le capitalisme une nécessité vital Que l’oppression et la surexploitation des femmes seraient indispensables au capitalismee, on ne peut pas espérer gagner grand chose. C’est contradictoire avec sa propre conclusion que des acquis sont possibles par l’union des femmes avec le mouvement ouvrier organisé.

L’oppression des femmes a des conséquences économiques, mais pas indispensables au capitalisme. C’est plutôt une question de droits civiques. Lénine a montré que sur les droits démocratiques, on peut et on doit se battre. Les acquis (même s’ils peuvent être remis en question) sont possibles.

On invoque à juste titre à ce propos le « diviser pour régner », mais si diviser pour régner est de bonne politique, cela n’appartient pas aux déterminations essentielles du capitalisme.

La conjonction « les femmes et les noirs »

À propos d’oppression, de surexploitation et de diviser pour régner, Mary Davis parle bien sûr des femmes mais utilise souvent aussi tout au long du livre la conjonction « les femmes et les noirs ».

On peut certainement trouver des rapprochements à faire, dont la surexploitation et le diviser pour régner, entre sexisme et racisme. Mais dans la question des femmes, il y a quand même la spécificité du sexe, il s’agit des relations faussées entre les mâles et les femelles d’une espèce animale. Mary Davis veut se démarquer du féminisme radical, mais il s’agit bien de rapports entre les sexes, pas de n’importe quelle discrimination. La question des femmes n’est pas que dans la surexploitation et le diviser pour régner. On ne peut faire l’économie d’une réflexion sur la question des femmes séparément de celle des noirs et l’usage de la conjonction « les femmes et les noirs » me semble parfois obscurcir la réflexion plutôt que la servir.

Que l’idéologie serait indispensable à la reproduction du capitalisme

The fact of class exploitation (and super-exploitation) as the central pillar of the capitalist mode of production does not in itself explain how the relations of production are maintained and reproduced. This can only be understood by examining factors which exist outside the economic relations of production through the operations of ideologies, whose function it is to maintain (whether consciously or not) class relations in a more general sense.

P. 22.

Il est faux de dire que le capital ne peut pas se reproduire économiquement. C’est justement une caractéristique du capitalisme, qui le distingue de tous les régimes antérieurs. Les prolétaires vendent leur force de travail pour obtenir en échange leurs moyens d’existence. Quand ils les ont consommés, il se retrouvent sans rien, tout comme avant, et ne peuvent que vendre encore leur force de travail. Les prolétaires ne peuvent pas sous le capitalisme sortir de leur état de prolétaire. Le mécanisme de l’exploitation les y maintient d’office. Les capitalistes, en consommant la force de travail, non seulement reconstituent leur capital, mais ils accumulent en plus de la plus-value, ils sont encore plus capitalistes qu’avant. Ainsi, le mécanisme de l’exploitation assure de lui-même le maintien, la reproduction des relations de production, la division entre capitalistes et prolétaires. Il est clair que l’idéologie met de l’huile dans les rouages de la société capitaliste. Il est faux de dire que c’est elle qui assure la reproduction du système.

Confusion entre valeur de la force de travail et salaire

La valeur de la force de travail, ce n’est pas seulement la valeur des biens nécessaires à retrouver les calories perdues un jour au travail, mais la valeur des biens nécessaires à la reproduction du prolétariat. En effet, lorsqu’il introduit ce concept, Marx précise aussitôt qu’il faut aussi faire des enfants. C’est dire que la valeur de la force de travail a un caractère familial, pour ne pas dire collectif. (Les mâles et les femelles des espèces animales sexuées ne peuvent faire des enfants qu’à deux.)

Le capitaliste achète cette force de travail à un certain prix (dit salaire), qui n’a qu’un lointain rapport avec la situation concrète du travailleur, homme ou femme, isolé ou en couple, avec ou sans enfants. Il en résulte que les salaires ont peu à voir avec la valeur de la force de travail. On peut tout au plus considérer que l’ensemble des salaires correspond à l’ensemble de la force de travail des prolétaires d’une société donnée.

La force de travail a aussi une valeur d’usage : on la met en œuvre pour produire de la valeur dont une partie sera plus-value. Quant à la valeur d’usage, les capitalistes peuvent faire des choix, éclairés ou non. Ils peuvent considérer les hommes plus appropriés au travaux durs et les femmes aux travaux de précision et de persévérance. Cela peut les conduire à payer selon les cas des salaires au-dessus ou en dessous de la valeur de la force de travail.

En outre, il existe dans la société toute sorte de préjugés sur les hommes et les femmes qui permettent aux capitalistes de payer les femmes en tout cas moins que les hommes. Ces salaires différenciés n’ont absolument rien à voir, ni avec la valeur de la force de travail des hommes et des femmes (elle est en principe la même) ni avec la valeur d’usage de la force de travail des hommes et des femmes.

Mary Davis semble sur ce plan dans le plus grand brouillard.

Unequal pay was and has remained a feature of women’s employment in capitalist society. It is to be explained in Marxist terms by the fact that the value of labour (the monetary expression of which is wages) is determined by the amount of socially necessary labour time (the time required to produce and reproduce the labourer); this has wide variations, none more so than the variations between the sexes. Due to women’s already existing inequality the assumption is made that women require less labour to reproduce themselves than men

P. 30

On peut dire que le prix est « l’expression monétaire » de la valeur, mais il peut s’en écarter plus ou moins. Dans le cas du salaire, on l’a vu, l’écart est nécessairement grand. Le montant du salaire ne reflète en rien des besoins différents. La valeur de la force de travail ayant un caractère collectif, il est absurde de parler de « variations between the sexes » pour la valeur de la force de travail. (On remarquera au passage le lapsus regrettable de « value of labour » pour « value of labour power ».) Ce qui varie, c’est précisément le salaire, à valeur égale de force de travail. Il y a aussi dans ce passage un glissement curieux de l’objectif au subjectif. On commence par chercher une explication objective « in Marxists terms » selon laquelle la reproduction des femmes demanderait moins de temps de travail que celle des hommes, qui se transforme à la fin en seulement une « assumption ». Mais la valeur de la force de travail est une valeur donnée dans une société donnée. Ce que des préjugés (ou « assumption ») peuvent changer, ce sont seulement les salaires pratiqués.

Le caractère révolutionnaire du capitalisme

Une chose qui manque au livre de Mary Davis, c’est le souffle du Manifeste du Parti communiste de Marx de Marx3. Le Manifeste est un appel à renverser le capitalisme, mais en en affirmant le caractère révolutionnaire, qui nous libère de l’Ancien Régime et ouvre toute sorte de possibilités nouvelles dont celle du socialisme. Les femmes et les hommes ont toujours eu un statut différent dans la société. Sous le capitalisme, ce statut persiste, mais seulement comme héritage du passé. Dans le prolétariat, le capitalisme fait des femmes et des hommes des camarades de travail. Le Manifeste montre comment les rapports sociaux se simplifient en se réduisant pour l’essentiel à la confrontation de deux classes : les capitalistes et les prolétaires. De ce point de vue, la distinction des sexes n’est pas, comme l’affirme Mary Davis, essentielle, elle est essentiellement secondaire pour le capitalisme.

Il n’y a pas que la théorie

J’ai fait une critique sévère du livre de Mary Davis sur le plan de la théorie. Sur la question de la préhistoire, c’est assez simple. Elle a négligé de s’informer sur les faits et a eu le tort, contre l’avis d’Engels, de prendre dogmatiquement Engels à la lettre. Ce sont les faits, pas moi, qui donnent tort à Mary Davis.

La question du capitalisme est beaucoup plus délicate, plus théorique, à différents niveaux d’abstraction. Sur le capital, Marx dépasse non seulement les apparences, mais aussi des réalités qui ne sont pas des apparences, pour aller, au milieu de toute la riche complexité du réel, chercher le mécanisme fondamental du capitalisme. Il arrive ainsi à ce résultat surprenant que, si tout le monde échange tout à sa valeur, sans tricher sur la valeur, les capitalistes se retrouvent cependant avec une plus-value. Autrement dit, la plus-value va aux capitalistes en vertu des propriétés du système tel que Marx a réussi à le théoriser, dans son fonctionnement normal et non du fait d’une tricherie de la part des capitalistes. Les capitalistes sont les bénéficiaires d’un système dont c’est le fonctionnement normal, qui n’a pas d’autre mode de fonctionnement et donc sans qu’il faille invoquer un dysfonctionnement. C’est sur ce point fondamental qu’indiscutablement Mary Davis se trompe, c’est là qu’elle s’oppose à Marx, quand elle considère comme essentielles, comme indispensables, l’oppression et la surexploitation.

Cela dit, on peut prendre la société capitaliste à un autre niveau d’abstraction. (Certains tentent de rendre cette différence de niveau en distinguant la formation sociale du mode de production.) Dans la vie, il y a, au service des capitalistes, du personnel politique de différentes orientations, avec toute sorte de préjugés qui n’ont rien à voir avec le capitalisme, une idéologie qui peut être héritée de modes de production passés, de religions en déclin, en particulier sur les femmes et leur statut, sur la sexualité, sur l’avortement, sur le travail ménager… Ces préjugés sont partagés par les gens et entretenus par des faiseurs d’opinion et par les politiciens au service du capitalisme. L’oppression et la surexploitation des femmes (et des noirs), ça existe dans notre monde et le capitalisme fonctionne avec ça aussi et en profite indéniablement, même si ce n’est en rien essentiel ni indispensable. Mary Davis a donc tout à fait raison d’aborder cette question et de la dire importante, même si elle ne le fait pas au bon niveau d’abstraction théorique.

J’ai bien intégré la théorie de Marx sur le mécanisme fondamental du capitalisme, mais Mary Davis est certainement meilleure militante que moi en politique.

Notes
1.
Pour m’y retrouver, j’ai accumulé dans une autre page des notes de lecture brutes. Si j’en trouve le temps, je vais continuer ce travail. Je ne prévois pas que ça changera beaucoup mon jugement, mais je pourrais alors dans la présente page préciser certaines choses où donner plus de références à l’appui.
2.
Du temps de Marx et d’Engels, et pour moi encore à l’école au milieu du 20e siècle, la préhistoire, ça voulait dire la civilisation d’êtres humains taillant des silex comme outils. On les appelait hommes des cavernes en raison de leur habitat sous nos latitudes, bien qu’on mentionnait aussi des cités lacustres (sans doute sous des cieux plus cléments). On en connaît aujourd’hui, malgré les difficultés, beaucoup plus qu’au 19e siècle. Ardipithecus ramidus, Wikipedia Ardipithecus ramidus (Données de https://en.wikipedia.org/wiki/Template:African_hominin_timeline comme le 23-7-2021 21:30 et de https://en.wikipedia.org/wiki/Homo, surtout pour Homo.) Australopithecus anamensis, Wikipedia Australopithecus anamensis Australopithecus afarensis, Wikipedia Australopithecus afarensis Australopithecus africanus, Wikipedia Australopithecus africanus Australopithecus deyiremeda, Wikipedia Australopithecus deyiremeda Kenyanthropus platyops, Wikipedia Kenyanthropus platyops Australopithecus bahrelghazali, Wikipedia Australopithecus bahrelghazali LD 350-1, Wikipedia LD 350-1 Paranthropus aethiopicus, Wikipedia Paranthropus aethiopicus Australopithecus garhi, Wikipedia Australopithecus garhi Paranthropus boisei, Wikipedia Paranthropus boisei Homo rudolfensis, Wikipedia Homo rudolfensis Homo habilis, Wikipedia Homo habilis Australopithecus sediba, Wikipedia Australopithecus sediba Paranthropus robustus, Wikipedia Paranthropus robustus Homo gautengensis, Wikipedia Homo gautengensis Homo erectus, Wikipedia Homo erectus Homo ergaster, Wikipedia Homo ergaster Homo antecessor, Wikipedia Homo antecessor Homo rhodesiensis, Wikipedia Homo rhodesiensis Homo heidelbergensis, Wikipedia Homo heidelbergensis Homo cepranensis, Wikipedia Homo cepranensis Homo longi, Wikipedia Homo longi Homo naledi, Wikipedia Homo naledi Denisovan, Wikipedia Denisovan Homo neanderthalensis, Wikipedia Homo neanderthalensis Homo floresiensis, Wikipedia Homo floresiensis Homo sapiens, Wikipedia Homo sapiens Paléolithique Néol … Pliocène Pléistocène Hol -4500 -4000 -3500 -3000 -2500 -2000 -1500 -1000 -500 0 (En ouvrant directement lignage.svg dans un navigateur web, le tableau s’adapte à la largeur de la fenêtre. Si on veut remonter plus loin, il y a aussi Homolineage.html.) (On pense maintenant que certains de ces gens, ne connaissant pas encore ces classifications, ont cédé à la tentation de coucher ensemble et se soient même parfois reproduits — certainement entre Homo neanderthalensis et Homo sapiens. On peut donc contester que toutes les espèces ci-dessus soient à proprement parler des espèces distinctes. Mais ça n’empêche pas le tableau de donner une certaine vue de la variété de ceux que nous appelons nos ancêtres.) Il se peut que les Kenyanthropus soient les premiers fabricants d’outils de pierre taillée, il y a 3,4 millions d’années. Les Homo ont certainement taillé des silex très tôt, et contrôlé aussi le feu il y a 400 000 ans ou plus, donc avant l’apparition, il y a 200 ou 300 000 ans, des Homo sapiens. Engels insiste sur l’importance de la main dans l’évolution qui conduit jusqu’à nous. Si on considère comme typique de la main « humaine » la taille d’outils en pierre, ça fait quand même plus de trois millions d’années et pas mal d’espèces animales différentes, chacune avec son bagage phylogénétique, à quoi il faut ajouter une grande variété de cultures. Les affirmations générales sur le mode vie de « l’humanité primitive » (sur la sauvagerie au sens de Morgan) sont forcément abusives. C’était normal du temps d’Engels, ce l’est moins aujourd’hui.
3.
Au bas de la page 25, cependant : « The concepts of freedom and equality to which we relate today arise from capitalist relations of production as yet unrealised in the ancient world and Middle Ages. » Mais elle tempère immédiatement le principe par ses limites en pratique.