Dominique Meeùs
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Mary Davis, Women and Class, 2008

Mary Davis , Women and Class (third edition), Communist Party of Britain , 2008, ii + 38 pages.
There is a fourth edition : Davis 2020.

About the author

Mary Davis is Professor of Labour History at London Metropolitan University, a member of the University and College Union national executive and the TUC women’s committee. She is also a member of the Communist Party of Britain’s executive committee and the party’s national women’s organiser. Her books include Comrade or Brother? A History of the British Labour Movement 1789-1951 (1993), Sylvia Pankurst: A Life in Radical Politics (1999) and Fashioning a New World: A History of the Woodcraft Folk (2000). Previous editions of Women and Class were published in 1990 and 1999.

P. ii.
Disponible en PDF sur le site Women & Class de Mary Davis.
3 1 Origins of women’s oppression: the Marxist view

A great deal of theoretical and historical work on the woman question has focused on a search for the origins of the oppression of women. The existence in all known societies of a sexual division of labour has led many to assume that, at some point in pre-history, men acquired power over women. The why and how of this varies […].

All such theories are based on the assumption of an inherent competition and conflict between the sexes, and of a biologically determined male aggression and/or female vulnerability. All the evidence, however, points to the opposite. Early human social organisation was highly co-operative and egalitarian. The success of human beings as a species lay in their ability to work and in the co-operative nature of social organisation. Sexual divisions of labour did exist and would certainly have been strongly influenced by the demands and constraints of child rearing.

However, these divisions are not antagonistic. It took a qualitative change in the productive forces (ie., the possibility of the production and accumulation of a surplus) for the social relations to become ones of domination and subordination.

This pamphlet is not concerned with attempting to make a definitive statement about the pre-historical origins of the sexual division of labour, which necessarily involves a fair amount of speculation. It is our view that the oppression of women emerged at the same time as class society; that both class exploitation and female oppression have their origins in the emergence of property relations based on private accumulation of wealth and the appropriation of labour.

Exactly why it was that men emerged as the owners and controllers of this new form of property is an important and interesting question, but should not form the exclusive or primary focus of theoretical or historical inquiry into the woman question.

P. 3, 1re colonne.

Dans le deuxième alinéa, elle conteste l’idée d’un conflit a priori (inhérent) entre les sexes (première phrase), et y oppose (dernière phrase du même alinéa) le point de vue plus matérialiste d’une division du travail liée à la reproduction sexuée. Elle revient sur cette constatation dans la colonne de droite.

Elle affirme a priori que l’organisation sociale des débuts de l’humanité était coopérative et égalitaire. Un premier problème est qu’elle ne précise pas ce que veut dire « early human ». Dans les hominiens (ou hominines, Hominina), certaines espèces déjà avant le genre Homo ont taillé des silex. Ça fait beaucoup de monde1 pour dire au singulier que l’organisation sociale était ci ou ça. Quand bien même elle n’appellerait « human » que le genre Homo, ça fait encore une trop grande diversité. Si on se limite à notre espèce, ça fait beaucoup de groupes qui ont beaucoup voyagé, vécu des aventures différentes. Faut-il qu’ils aient eu tous la même organisation sociale ?

Elle souligne qu’une organisation sociale collective a contribué à la réussite de notre espèce, un peu comme une justification de son affirmation a priori : puisque c’est avantageux, ça a dû se passer ainsi. Mais dans la nature, il n’y a jamais une solution qui s’impose. Il y a des espèces très sociales et des espèces dont les individus sont plus solitaires. Ensuite, elle glisse de coopératif à égalitaire, mais rien n’empêche une espèce sociale d’être hiérarchique. C’est le cas des guêpes, des abeilles et des fourmis. Par ailleurs, l’homme est nature et culture. Un avantage évolutif n’explique pas tout. Le capitalisme mondialisé est un exemple d’école d’une production hautement socialisée : il en résulte que le monde est un village ; le moindre produit peut avoir impliqué des millions de travailleurs. Ce n’a pourtant rien de particulièrement égalitaire.

Elle ne va pas faire de « definitive statement about the pre-historical origins of the sexual division of labour », mais déjà dans la phrase d’après, elle adopte dogmatiquement la position que les relations patriarcales naissent avec les classes sociales. Elle admet qu’on ne voit pas pourquoi ce sont les hommes et non les femmes qui deviennent propriétaires. Elle a le mérite de poser la question2.

Elle a préjugé d’une préhistoire égalitaire qui se termine avec l’accumulation et l’appropriation de travail. Quand dans la colonne de droite, elle continue avec « a feature common to all known societies », il s’agit sans doute de toutes les sociétés après ce tournant, puisqu’avant, on est supposé être dans l’égalité pour l’essentiel. Là, les femmes font l’expérience d’une « general subordination to their male peers ». Avant, il pouvait y avoir division du travail entre les sexes, mais sans hiérarchisation. Le progrès de la production aurait pu diminuer cette division du travail, mais avec les classes elle augmente au contraire.

The motor of history is the interaction between the productive forces and the relations of production. Within a particular mode of production, as productive forces develop they come into conflict with the production relations to which they originally corresponded. In the course of development, the outmoded production relations inhibit the further development of the productive forces. In the tension which develops, class conflict is heightened with the possibility of social revolution and a qualitative change to a new mode of production.

P. 4, 1re colonne.

J’ai parlé de dogmatisme à propos de ses affirmations sur la préhistoire, qu’elle ne connaît pas. Quand elle est sur un terrain sûr, ses formulations me semblent souvent bonnes. Chez d’autres, on rencontre souvent une formulation mécaniste (dans une conception idéaliste de la contradiction) où la contradiction entre forces productives et relations de production produirait d’elle-même le changement. Ici, elle dit très justement que le changement, possible, vient des acteurs sociaux.

Notes
1.
Du temps de Marx et d’Engels, et pour moi encore à l’école au milieu du 20e siècle, la préhistoire, ça voulait dire la civilisation d’êtres humains taillant des silex comme outils. On les appelait hommes des cavernes en raison de leur habitat sous nos latitudes, bien qu’on mentionnait aussi des cités lacustres (sans doute sous des cieux plus cléments). On en connaît aujourd’hui, malgré les difficultés, beaucoup plus qu’au 19e siècle. Ardipithecus ramidus, Wikipedia Ardipithecus ramidus (Données de https://en.wikipedia.org/wiki/Template:African_hominin_timeline comme le 23-7-2021 21:30 et de https://en.wikipedia.org/wiki/Homo, surtout pour Homo.) Australopithecus anamensis, Wikipedia Australopithecus anamensis Australopithecus afarensis, Wikipedia Australopithecus afarensis Australopithecus africanus, Wikipedia Australopithecus africanus Australopithecus deyiremeda, Wikipedia Australopithecus deyiremeda Kenyanthropus platyops, Wikipedia Kenyanthropus platyops Australopithecus bahrelghazali, Wikipedia Australopithecus bahrelghazali LD 350-1, Wikipedia LD 350-1 Paranthropus aethiopicus, Wikipedia Paranthropus aethiopicus Australopithecus garhi, Wikipedia Australopithecus garhi Paranthropus boisei, Wikipedia Paranthropus boisei Homo rudolfensis, Wikipedia Homo rudolfensis Homo habilis, Wikipedia Homo habilis Australopithecus sediba, Wikipedia Australopithecus sediba Paranthropus robustus, Wikipedia Paranthropus robustus Homo gautengensis, Wikipedia Homo gautengensis Homo erectus, Wikipedia Homo erectus Homo ergaster, Wikipedia Homo ergaster Homo antecessor, Wikipedia Homo antecessor Homo rhodesiensis, Wikipedia Homo rhodesiensis Homo heidelbergensis, Wikipedia Homo heidelbergensis Homo cepranensis, Wikipedia Homo cepranensis Homo longi, Wikipedia Homo longi Homo naledi, Wikipedia Homo naledi Denisovan, Wikipedia Denisovan Homo neanderthalensis, Wikipedia Homo neanderthalensis Homo floresiensis, Wikipedia Homo floresiensis Homo sapiens, Wikipedia Homo sapiens Paléolithique Néol … Pliocène Pléistocène Hol -4500 -4000 -3500 -3000 -2500 -2000 -1500 -1000 -500 0 (En ouvrant directement lignage.svg dans un navigateur web, le tableau s’adapte à la largeur de la fenêtre. Si on veut remonter plus loin, il y a aussi Homolineage.html.) Il se peut que les Kenyanthropus soient les premiers fabricants d’outils de pierre taillée, il y a 3,4 millions d’années. Les Homo ont certainement taillé des silex très tôt, et contrôlé aussi le feu, bien avant l’apparition, il y a 200 ou 300 000 ans, des Homo sapiens. Engels insiste sur l’importance de la main dans l’évolution qui conduit jusqu’à nous. Si on considère comme typique de la main humaine la taille d’outils en pierre, ça fait quand même plus de trois millions d’années et pas mal d’espèces animales différentes, chacune avec son bagage phylogénétique, à quoi il faut ajouter une grande variété de cultures. Les affirmations générales sur le mode vie de « l’humanité primitive » (sur la sauvagerie au sens de Morgan) sont forcément abusives.
2.
Cette prudence qui me frappe parce qu’on ne la retrouve pas toujours dans la littérature du travail ménager, quand on affirme que le capitalisme veut que les femmes qui restent au foyer en oubliant de montrer pourquoi les femmes.