Dominique Meeùs
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Beate Landefeld, Revolution, 2017

Beate Landefeld, Revolution, PapyRossa Verlag, Köln, Reihe : Basiswissen Politik / Geschichte / Ökonomie, 2017, 146 pages, ISBN : 978-3-89438-528-6.

Dans le premier alinéa, p. 6, Beate Landefeld se réfère, pour caractériser la révolution (et faire la distinction d’avec réforme), à l’expression de Marx Lokomotiven der Geschichte, mais sans en donner la référence. C’est, chez Marx, la phrase « Die Revolutionen sind die Lokomotiven der Geschichte. », dans Die Klassenkämpfe in Frankreich 1848 bis 1850 (MEW 7, p. 85). Elle précise : « non pas des bouleversements sans but, mais plutôt ceux qui permettent l’émergence d’un nouveau mode de production et d’un nouvel ordre social, faisant ainsi progresser l’humanité. »

Pour elle, page 7, les révolutions sont des contradictions dans la réalité, qui ébranlent l’ordre social. Quant à ces contradictions, elle se réfère au passage mille fois répété de la préface de 1859 sur la contradiction entre forces productives et rapports sociaux de production.

Elle mentionne vers le bas de la page 7 comme les deux principaux exemples de révolutions des forces productives, la révolution néolithique et la révolution industrielle des 18e et 19e siècles. (De la deuxième, elle dit qu’elle ouvre la perspective d’un passage à une société sans classe.)

Beate Landefeld donne aux masses populaires exploitées et opprimées, conscientes de leur intérêt, le rôle moteur dans toute révolution, même si c’est une autre classe qui en tire les marrons du feu.

Haupttriebkraft von Revolutionen sind sich ihrer Interessen bewusst werdende, ausgebeutete und unterdrückte Volksmassen.

Page 9.

Elle argumente que :

  1. La classe qui veut prendre le pouvoir a besoin du soutien des masses.
  2. La réduction des privilèges est dans l’intérêt des masses.
  3. La révolution amène sur un nouveau terrain, avec l’espoir d’un avenir meilleur.

Elle envisage (page 10) la possibilité d’un changement d’hégémonie au sein du bloc révolutionnaire. Elle renvoie à Engels sur la révolution anglaise « über das Ziel hinausgeführt », dépassant « de beaucoup le but qui lui était assigné », dans l’introduction à l’édition anglaise de Socialisme utopique et socialisme scientifique.

Cela me donne à penser qu’elle tente dans le chapitre 1 introductif une théorie, qui se voudrait générale, de la révolution, mais en pensant avant tout au temps des « révolutions bourgeoises ». (Le gros chapitre 3, p. 25-82.) Elle revient, sous 3.5, page 68, sur la révolution industrielle en Angleterre, à laquelle elle attache la plus grande importance. Mais la révolution industrielle en Angleterre ne répond pas à son exigence du double aspect mode de production et ordre social. Politiquement, dans l’ordre social, la dernière révolution a été la Glorieuse révolution de 1688. Cette dernière est certainement importante, mais manque aussi du double aspect. Le capitalisme s’était introduit progressivement à la campagne depuis plus de deux siècles avant. Le développement du capitalisme en Angleterre est un fait historique d’une importance considérable, mais, étalé sur quatre siècles, on peut difficilement y voir un bouleversement. Au milieu de ces quatre siècles, il y a la Glorieuse révolution, qui crée indubitablement les conditions d’un meilleur développement du capitalisme, mais qui n’est pas un « bouleversement » qui permet « l’émergence d’un nouveau mode de production et d’un nouvel ordre social ». Tout son long développement sur la Révolution française et ses suites est passionnant, mais il s’agit de révolutions politiques et pas non plus de « bouleversements … qui permettent l’émergence d’un nouveau mode de production ».

Beate Landefeld, dans les considérations générales du début, semble assez prisonnière de la doctrine dite matérialisme historique. (Voir la critique de cette forme d’idéalisme dans mon essai sur la conception matérialiste de l’histoire.) Elle propose au début une définition de la révolution, mais ne réalise pas qu’elle n’en a jamais vu aucun exemple (que tous les exemples envisagés ne satisfont pas à la définition) avant sans doute la Révolution d’octobre.

Dans ce livre de 140 pages, outre des données de fait (des dates…), il doit y avoir encore des considérations intéressantes. J’avais déjà quelques doutes sur la notion de révolution (déjà à propos de la révolution bourgeoise), mais c’est parce que j’ai eu la chance de tomber sur ce livre et sur l’échec de sa tentative de définition que je commence à y voir plus clair. Je devrais poursuivre la lecture et ma prise de notes, mais je ne sais pas quand j’en aurai le temps.