Dominique Meeùs

Dernière modification le   

retour à la table des matièresà l’index des notionsau dossier marxisme

2. De la politique de limitation des éléments koulaks à la politique de liquidation des koulaks comme classe. Lutte contre les déformations de la politique du Parti dans le mouvement kolkhozien. Offensive contre les éléments capitalistes sur toute la ligne du front. Le XVIe congrès du Parti.

L’adhésion massive des paysans aux kolkhoz en 1929-1930 fut le résultat de toute l’activité antérieure du Parti et du gouvernement. L’essor de l’industrie socialiste, qui avait commencé la fabrication en grand des tracteurs et des machines pour l’agriculture ; la lutte décisive contre les koulaks lors des campagnes de stockage en 1928-1929 ; le progrès de la coopération agricole, qui habituait peu à peu le paysan à l’économie collectivisée , l’expérience concluante des premiers kolkhoz et sovkhoz, tout cela avait préparé le passage à la collectivisation intégrale, l’adhésion des paysans aux kolkhoz, par villages, par rayons, par arrondissements entiers.

Le passage à la collectivisation intégrale ne s’opérait pas par la simple et pacifique adhésion des masses essentielles de la paysannerie aux kolkhoz, mais à travers une lutte de masse des paysans contre les koulaks. La collectivisation intégrale signifiait que toutes les terres du village devaient passer au kolkhoz ; or une partie notable de ces terres étaient détenues par les koulaks. C’est pourquoi les paysans les chassaient de la terre, les dépossédaient, leur enlevaient le bétail et les machines ; ils exigeaient du pouvoir soviétique que les koulaks fussent arrêtés et expulsés.

p. 336

C’est ainsi que la collectivisation intégrale signifia la liquidation des koulaks.

C’est ainsi que se réalisa la politique de liquidation des koulaks comme classe sur la base de la collectivisation intégrale.

À cette époque, l’U.R.S.S. possédait déjà une base matérielle suffisante pour en finir avec les koulaks, pour briser leur résistance, les liquider en tant que classe et remplacer leur production par celle des kolkhoz et des sovkhoz.

En 1927, les koulaks produisaient encore plus de 600 millions de pouds de blé [1 poud = 16 kg, 38] dont environ 130 millions de pouds de blé marchand. Les kolkhoz et les sovkhoz, à la même date, ne pouvaient produire que 35 millions de pouds de blé marchand. En 1929, grâce à la ferme orientation du Parti bolchévik dans le sens du développement des sovkhoz et des kolkhoz, et grâce aux succès de l’industrie socialiste qui approvisionnait la campagne en tracteurs et en machines agricoles, les kolkhoz et les sovkhoz étaient devenus une force sérieuse. Dès cette année-là, les kolkhoz et les sovkhoz ne produisirent pas moins de 400 millions de ponds de blé, dont plus de 130 millions de pouds de blé marchand, c’est-à-dire plus que n’en avaient produit les koulaks en 1927. En 1930, les kolkhoz et les sovkhoz devaient donner, et ils ont réellement donné, plus de 400 millions de pouds de blé marchand, c’est-à-dire une quantité de beaucoup supérieure à celle qu’avaient donnée les koulaks en 1927.

C’est ainsi que le regroupement des forces de classe dans l’économie du pays et l’existence de la base matérielle nécessaire pour pouvoir remplacer la production koulak du blé par celle des kolkhoz et des sovkhoz, permirent au Parti bolchévik de passer de la politique de limitation des koulaks à une politique nouvelle, à la politique de liquidation des koulaks comme classe, sur la base de la collectivisation intégrale.

Jusqu’en 1929, le pouvoir des Soviets avait appliqué une politique de limitation des koulaks. Il frappait le koulak d’un impôt majoré ; il l’obligeait à vendre à l’État son blé aux prix fermes ; il bornait la jouissance du sol pour le koulak à une superficie réduite par la loi sur l’affermage de la terre ; il imposait des limites à l’économie koulak par la loi sur l’emploi de la main-d’œuvre salariée dans les exploitations paysannes individuelles. Mais il n’appliquait pas encore la politique de liquidation des koulaks, puisque les lois sur l’affermage et l’emploi de la main-d’œuvre toléraient l’existence des koulaks et que 1’interdiction de les déposséder, alors en vigueur, leur donnait certaines garanties à p. 337cet égard. Cette politique entravait le développement des koulaks, dont Certaines couches avaient succombé aux mesures de limitation, avaient été évincées et ruinées. Cependant, elle ne supprimait pas la base économique des koulaks comme classe. Elle ne conduisait pas à la liquidation des koulaks. C’était une politique de limitation et non une politique de liquidation des koulaks. Mais elle avait été indispensable pendant une certaine période parce que les kolkhoz et les sovkhoz étaient encore faibles et ne pouvaient remplacer la production de blé des koulaks par leur propre production.

Fin 1929, en présence du développement des kolkhoz et des sovkhoz, le pouvoir des Soviets opéra un tournant vigoureux. Il passa à la politique de liquidation, à la politique de suppression des koulaks comme classe. II abolit les lois sur l’affermage du sol et l’emploi de la main-d’œuvre, retirant ainsi aux koulaks la terre et la main-d’œuvre salariée. Il leva l’interdiction de les déposséder. Il autorisa les paysans à leur confisquer, au profit des kolkhoz, le bétail, les machines et autre matériel. Les koulaks furent expropriés comme les capitalistes l’avaient été en 1918 dans le domaine de l’industrie, avec cette différence pourtant que les moyens de production des koulaks passaient, cette fois, non plus à l’État, mais aux paysans associés, aux kolkhoz.

Ce fut là une transformation révolutionnaire des plus profondes, un bond effectué de l’ancien état qualitatif de la société à un nouvel état qualitatif, équivalant par ses conséquences à la Révolution d’octobre 1917.

Cette révolution avait ceci d’original qu’elle avait été accomplie d’en haut, sur l’initiative du pouvoir d’État, soutenu directement d’en bas, par des millions de paysans en lutte contre l’emprise koulak, pour la libre vie kolkhozienne.

Cette révolution tranchait d’un seul coup trois problèmes fondamentaux de la construction du socialisme :

a) Elle liquidait la classe d’exploiteurs la plus nombreuse dans notre pays, la classe des koulaks, rempart de la restauration du capitalisme.

b) Elle faisait passer de la voie de l’économie individuelle, qui engendre le capitalisme, à la voie de l’économie collective, kolkhozienne, socialiste, la classe laborieuse la plus nombreuse de notre pays, la classe des paysans.

c) Elle donnait au pouvoir des Soviets une base socialiste dans le domaine le plus vaste, le plus indispensable à l’existence, mais aussi le plus arriéré de l’économie nationale, dans l’agriculture.

p. 338

C’est ainsi que furent supprimées, à l’intérieur du pays, les dernières sources de restauration du capitalisme ; et en même temps on créait les conditions nouvelles, les conditions décisives, qui étaient indispensables pour construire l’économie socialiste.

En motivant la politique de liquidation des koulaks comme classe et en marquant les résultats du mouvement massif des paysans pour la collectivisation intégrale, le camarade Staline a écrit en 1929 :

On voit s’écrouler et se réduire en poussière l’espoir ultime des capitalistes de tous les pays, qui rêvent de restaurer en U.R.S.S. le capitalisme, le « principe sacré de la propriété privée ». Les paysans qu’ils considèrent comme un engrais destiné à préparer le terrain pour le capitalisme, abandonnent en masse le drapeau tant vanté de la « propriété privée » et s’engagent dans la voie du collectivisme, dans la voie du socialisme. Il croule, l’espoir ultime de voir restaurer le capitalisme.

Staline : L’année du grand tournant. Voir Les Questions du léninisme.

La politique de liquidation des koulaks comme classe fut consacrée par la décision historique du Comité central du P.C. de l’U.R.S.S. en date du 5 janvier 1930 « Sur les rythmes de la collectivisation et les dispositions prises par l’État pour aider à la construction des kolkhoz ». Cette décision tint parfaitement compte de la diversité des conditions et du degré inégal de préparation à la collectivisation dans les différentes régions de l’U.R.S.S.

On établit des rythmes différenciés de collectivisation. Le Comité central du P.C. de l’U.R.S.S. divisa les régions de l’Union soviétique en trois groupes, suivant les rythmes de collectivisation à pratiquer.

Le premier groupe comprenait les plus importantes régions productrices de céréales, celles qui étaient les mieux préparées à la collectivisation et qui disposaient du plus grand nombre de tracteurs, de sovkhoz ainsi que de la plus grande expérience dans la lutte contre les koulaks lors des campagnes de stockage de blé. C’étaient le Caucase du Nord (régions du Kouban, du Don, du Térek), la Moyenne-Volga et la Basse-Volga. En ce qui concerne ce groupe de régions céréalières, le Comité central proposa de terminer la collectivisation, pour l’essentiel, au printemps de 1931.

Le deuxième groupe de régions à céréales, qui comprenait l’Ukraine, la Région centrale des Terres noires, la Sibérie, l’Oural, p. 339le Kazakhstan et les autres régions céréalières, pouvait achever la collectivisation, pour l’essentiel, au printemps de 1932.

Les autres régions, territoires et républiques (région de Moscou, Transcaucasie, Républiques de l’Asie centrale, etc.) pouvaient échelonner les délais de collectivisation jusqu’à la fin de la période quinquennale, c’est-à-dire jusqu’à 1933.

Le Comité central du Parti estima nécessaire, en présence des rythmes de collectivisation de plus en plus élevés, d’accélérer encore la construction des usines produisant les tracteurs, les moissonneuses-batteuses et toutes les machines remorquées par les tracteurs, etc. En même temps, le Comité central exigeait que fût donnée « une riposte décisive aux tendances à sous-estimer le rôle de la traction chevaline en ce stade du mouvement de collectivisation, aux tendances à vendre, à bazarder les chevaux ».

Les crédits accordés aux kolkhoz furent doublés pour l’année 1929-1930 (ils atteignirent 500 millions de roubles).

On proposa d’assurer aux frais de l’État la répartition des terres aux kolkhoz.

La décision comportait cette indication précieuse entre toutes que la principale forme du mouvement kolkhozien, à l’étape donnée, était l’artel agricole, où seuls les principaux moyens de production sont collectivisés.

Le Comité central avait expressément mis en garde les organisations du Parti « contre la tendance à décréter, sous quelque forme que ce fût, le mouvement kolkhozien par en haut ; car de là peut venir le danger qu’au lieu de réaliser une émulation véritablement socialiste dans l’organisation des kolkhoz, on ne joue à la collectivisation ». (Le P.C. de l’U.R.S.S. dans ses résolutions, IIe partie, p. 662, éd. russe.)

Cette décision du Comité central fit la clarté sur l’application de la nouvelle politique du Parti à la campagne.

Un puissant mouvement kolkhozien se développa à la faveur de la politique de liquidation des koulaks et de collectivisation intégrale. Les paysans entraient dans les kolkhoz par villages et par rayons entiers ; ils balayaient de leur chemin les koulaks, dont ils rejetaient le joug.

Mais à côté des immenses succès remportés par la collectivisation, on vit bientôt apparaître des lacunes dans l’activité pratique des militants du Parti, des déformations de la politique du Parti dans le domaine de la construction des kolkhoz. Malgré l’avertissement du Comité central qui recommandait de ne pas se laisser griser par les succès de la collectivisation, nombreux furent p. 340les militants du Parti qui forçaient artificiellement la collectivisation, sans tenir compte des circonstances de lieu et de temps ni du degré de préparation des paysans à leur adhésion au kolkhoz.

Il apparut que le principe du libre consentement était violé dans la construction des kolkhoz. Dans certains rayons, au lieu de respecter le principe du libre consentement, on contraignait les paysans à entrer dans les kolkhoz en les menaçant de les « déposséder », de les priver de leurs droits électoraux, etc.

Dans certaines régions, au travail préparatoire et à l’explication patiente des principes de la politique du Parti en matière de collectivisation, on substituait la proclamation bureaucratique, à coups de décrets, de statistiques enflées sur les kolkhoz soi-disant organisés, le grossissement artificiel des pourcentages de collectivisation.

En dépit des indications du Comité central disant que le maillon essentiel du mouvement kolkhozien est l’artel agricole où ne sont collectivisés que les principaux moyens de production, dans certaines régions on sautait étourdiment par-dessus l’artel à la commune ; on collectivisait habitations, bétail à lait et menu bétail non destinés au marché, volaille, etc.

Les dirigeants de certaines régions, grisés par les premiers succès de la collectivisation, violaient les indications expresses du Comité central sur les rythmes et les délais de collectivisation. La région de Moscou, à la poursuite de statistiques enflées poussait ses militants à terminer la collectivisation au printemps de 1930, bien que cette région disposât d’une marge d’au moins trois ans (fin 1932). Une violation encore plus flagrante des directives données fut commise en Transcaucasie et en Asie centrale.

Les koulaks et leurs sous-ordres, exploitant ces surenchères dans des buts de provocation, proposaient d’organiser des communes à la place des artels agricoles, de collectiviser immédiatement les habitations, le menu bétail, la volaille. En même temps les koulaks poussaient les paysans à abattre leur bétail avant d’entrer au kolkhoz, en les persuadant qu’au moment de leur adhésion, le bétail leur serait « retiré de toute façon ». L’ennemi de classe comptait que ces fautes et ces surenchères, commises par les organisations locales lors de la collectivisation, exaspéreraient la paysannerie et provoqueraient des révoltes contre le pouvoir des Soviets.

Les erreurs commises par les organisations du Parti et les provocations directes de l’ennemi de classe eurent des conséquences dans la seconde quinzaine de février 1930 ; alors que dans p. 341l’ensemble la collectivisation enregistrait des succès certains, on vit se manifester dans plusieurs régions les indices inquiétants d’un sérieux mécontentement de la paysannerie. Çà et là, les koulaks et leurs agents réussirent même à provoquer parmi les paysans une action directe contre le pouvoir soviétique.

Le Comité central, averti des dangereuses déformations de la ligne du Parti qui menaçaient de compromettre la collectivisation, se mit aussitôt en devoir de remédier à la situation ; il orienta les cadres du Parti vers un prompt redressement des fautes commises. Le 2 mars 1930, sur décision du Comité central, parut l’article du camarade Staline « Le vertige du succès ». Dans cet article, un avertissement était adressé à tous ceux qui, grisés par les succès de la collectivisation, étaient tombés dans de grossières erreurs et s’étaient écartés de la ligne du Parti ; à tous ceux qui cherchaient à faire passer les paysans dans la voie des kolkhoz par des mesures de pression administrative. L’article soulignait avec force le principe du libre consentement dans la construction des kolkhoz, il affirmait la nécessité de tenir compte de la variété des conditions dans les diverses régions de l’U.R.S.S. en fixant les rythmes et méthodes de collectivisation. Le camarade Staline rappelait que le maillon essentiel du mouvement kolkhozien est l’artel agricole où ne sont collectivisés que les principaux moyens de production, — dans la culture des céréales surtout, — et où ne sont pas collectivisés le terrain attenant à la maison, les habitations, une partie du bétail laitier, le menu bétail, la volaille, etc.

L’article du camarade Staline eut la plus haute importance politique. Il aida les organisations du Parti à corriger leurs fautes et porta un rude coup aux ennemis du pouvoir des Soviets, qui espéraient, à la faveur des exagérations, dresser la paysannerie contre lui. Les grandes masses paysannes se convainquirent que la ligne du Parti bolchévik n’avait rien de commun avec les absurdes surenchères « gauchistes » commises en province. L’article apporta l’apaisement dans les masses paysannes.

Pour achever de redresser les exagérations et les erreurs, travail amorcé par l’article du camarade Staline, le Comité central du P.C. de l’U.R.S.S. décida de porter encore un coup contre ces fautes en publiant le 15 mars 1930 la décision « Sur la lutte contre les déformations de la ligne du Parti dans le mouvement de collectivisation ».

Cette décision analysait par le menu les erreurs commises du fait qu’on s’était écarté de la ligne léniniste-stalinienne du p. 342Parti, qu’on s’était livré à une violation flagrante des directives du Parti.

Le Comité central indiquait que la pratique des exagérations « gauchistes » était une aide directe à l’ennemi de classe.

Il invitait « à relever de leurs postes et à remplacer par d’autres militants, ceux qui ne savent pas ou ne veulent pas mener résolument la lutte contre les déformations de la ligne du Parti ». (Le Parti communiste de l’U.R.S.S. dans ses résolutions, IIe partie, p. 663, éd. russe.)

Le Comité central destitua les dirigeants de certaines organisations de région et de territoire (régions de Moscou, Transcaucasie) qui avaient commis des fautes politiques et n’avaient pas su les corriger.

Le 3 avril 1930 parut l’article du camarade Staline « Réponse aux camarades kolkhoziens ». Il montrait l’origine des erreurs dans la question paysanne et les principales fautes commises dans le mouvement de collectivisation : attitude erronée envers le paysan moyen ; violation du principe léniniste du libre consentement dans la construction des kolkhoz ; infraction au principe léniniste qui veut que l’on tienne compte de la diversité des conditions dans les différentes régions de l’U.R.S.S. ; passage direct à la commune, en sautant par-dessus l’artel.

Toutes ces mesures permirent au Parti de liquider les exagérations commises dans une série de régions par les militants locaux.

Le Comité central dut faire preuve de la plus grande fermeté ; il dut se montrer apte à marcher contre le courant, pour orienter à temps dans la voie juste une quantité considérable de cadres du Parti qui, grisés par les succès, roulaient précipitamment au bas de la côte, en s’écartant de la ligne du Parti.

Le Parti sut agir de telle sorte que les déformations de sa ligne dans le mouvement kolkhozien furent liquidées.

C’est sur cette base que les succès du mouvement kolkhozien furent consolidés.

C’est sur cette base que fut créé un terrain propice à un nouvel et puissant essor du mouvement kolkhozien.

Avant que le Parti n’eût adopté la politique de liquidation des koulaks comme classe, la grande offensive contre les éléments capitalistes, en vue de la liquidation de ces éléments, était menée principalement dans les villes, dans l’industrie. L’agriculture, le village, retardaient encore à cet égard sur l’industrie, sur la ville. C’est pourquoi l’offensive avait un caractère unilatéral, incomplet, p. 343non généralisé. Mais maintenant que le retard du village commençait à disparaître, la lutte de la paysannerie pour la liquidation des koulaks se précisa très nettement et le Parti adopta la politique de liquidation des koulaks ; l’offensive contre les éléments capitalistes prit un caractère général ; d’unilatérale qu’elle était, elle devint une offensive sur l’ensemble du front. À la date de la convocation du XVIe congrès du Parti, l’offensive générale contre les éléments capitalistes était déployée sur toute la ligne.

Le XVIe congrès du Parti se réunit le 26 juin 1930. À ce congrès assistèrent 1 268 délégués avec voix délibérative et 891 délégués avec voix consultative ; ils représentaient 1 260 874 membres du Parti et 711 609 stagiaires.

Le XVIe congrès est entré dans l’histoire du Parti comme « le congrès de l’offensive développée du socialisme sur l’ensemble du front, le congrès de la liquidation des koulaks comme classe et de la mise en application de la collectivisation intégrale » (Staline).

Dans le rapport politique du Comité central, le camarade Staline montra les immenses victoires que le Parti bolchévik avait remportées en développant l’offensive socialiste.

Dans le domaine de l’industrialisation socialiste, on avait obtenu que la part de l’industrie dans la production globale de l’économie nationale dominât la part de l’agriculture Au cours de l’exercice économique de 1929-1930, la part de l’industrie dans la production globale de l’économie nationale était déjà d’au moins 53 % et la part de l’agriculture, d’environ 47 %.

À l’époque du XVe congrès, 1926-1927, la production de toute l’industrie atteignait un total de 102,5 % du niveau d’avant-guerre ; et à la date du XVIe congrès, c’est-à-dire en 1929-1930, environ 180 % de ce niveau.

L’industrie lourde, — production des moyens de production et constructions mécaniques, — progressait sans cesse.

«… Nous sommes à la veille de nous transformer de pays agraire en pays industriel », déclara le camarade Staline aux acclamations enthousiastes du congrès tout entier.

Cependant, expliquait le camarade Staline, on ne doit pas confondre les rythmes élevés du développement industriel avec le niveau de développement de l’industrie. Malgré la cadence sans précédent du développement de l’industrie socialiste, nous étions encore bien en retard pour ce qui était du niveau de développement industriel, sur les pays capitalistes avancés. Il en était ainsi de la production d’énergie électrique, malgré les succès prodigieux obtenus dans l’électrification de l’U.R.S.S. Il en était ainsi de la p. 344production des métaux. La production de fonte en U.R.S.S. devait, d’après le plan, s’élever en fin d’année 1929-1930, à 5,5 millions de tonnes, alors qu’en Allemagne, en 1929, la production de fonte se chiffrait par 13,4 millions de tonnes et en France, par 10,45 millions de tonnes. Pour liquider à bref délai notre retard économique cl technique, il était nécessaire d’accélérer encore les rythmes de développement de notre industrie ; il fallait engager la lutte la plus résolue contre les opportunistes qui cherchaient à abaisser les rythmes de développement de l’industrie socialiste.

… Les gens qui bavardent sur la nécessité d’abaisser le rythme de développement de notre industrie sont des ennemis du socialisme, les agents de nos ennemis de classe, indiqua le camarade Staline.

Lorsque le programme de la première année du plan quinquennal eut été exécuté et dépassé, un mot d’ordre surgit dans les masses : « Exécuter le plan quinquennal en quatre ans. » Pour certaines industries qui venaient en tête (pétrole, tourbe, constructions mécaniques générales, machines agricoles, industrie électrotechnique), l’exécution du plan accusait de tels succès que dans ces branches, on pouvait même réaliser le programme quinquennal en deux ans et demi ou trois ans. Ainsi se trouvait absolument confirmée la valeur pratique du mot d’ordre « Le plan quinquennal en quatre ans ! » Ainsi se trouvait démasqué l’opportunisme des sceptiques, qui doutaient que ce mot d’ordre pût être réalisé.

Le XVIe congrès mandata le Comité central du Parti pour « assurer à l’avenir également les rythmes bolchéviks impétueux dans la construction du socialisme et obtenir que le plan quinquennal fût réellement exécuté en quatre ans ».

À la date du XVIe congrès, le Parti avait réalisé un tournant décisif dans le développement de l’agriculture de l’U.R.S.S. Les grandes masses paysannes s’étaient tournées vers le socialisme. Au 1er mai 1930, dans les principales régions productrices de céréales, la collectivisation s’étendait à 40-50 % des exploitations paysannes (au lieu de 2 à 3 % au printemps de 1928.) La superficie ensemencée des kolkhoz atteignait 36 millions d’hectares.

Ainsi, on avait dépassé le programme déjà élevé qui avait été établi par la décision du Comité central en date du 5 janvier 1930 (30 millions d’hectares). Quant au programme quinquennal de construction des kolkhoz, il avait été exécuté en deux ans à plus de 150 %.

La production marchande des kolkhoz s’était multipliée, en p. 345trois ans, par plus de 40. Dès 1930, l’État recevait des kolkhoz, sans parler des sovkhoz, plus de la moitié de toute la production nationale de céréales marchandes.

Ces chiffres signifiaient que les destinées de l’agriculture seraient désormais déterminées non par les exploitations paysannes individuelles, mais par les kolkhoz et les sovkhoz.

Si avant l’entrée en masse de la paysannerie dans les kolkhoz, le pouvoir des Soviets s’était appuyé principalement sur l’industrie socialiste, désormais il s’appuyait aussi sur le secteur socialiste de l’agriculture en pleine progression, sur les kolkhoz et les sovkhoz.

La paysannerie kolkhozienne, comme l’indiquait le XVIe congrès du Parti dans une de ses décisions, était devenue « l’appui véritable et solide du pouvoir des Soviets ».