Le temps qu’il fait à Bruxelles   Le temps de Bruxelles :

Dominique Meeùs
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Nancy Fraser, Le féminisme en mouvements, 2012

Nancy Fraser, Le féminisme en mouvements : Des années 1960 à l’ère néolibérale, La Découverte, Paris, 2012, 332 pages, ISBN : 978-2-7071-7364-5.
Traduit de Fortunes of feminism, 2013.

Dans l’introduction, elle situe (p. 7-9) la deuxième vague du féminisme dans le contexte historique, à savoir vers la fin des « trente glorieuses » (Jean Fourastié) ou « âge d’or du capitalisme » (Eric Hobsbawn). J’ai eu l’impression qu’elle théorisait un peu vite, surtout dans Fraser 2016 (lu comme Fraser 2018-fr), des périodes, des époques du capitalisme. À cette réserve près, il est intéressant de souligner l’effet de la conjoncture sur le féminisme.

Dans la contestation de la fin des années 60, les féministes ont dépassé les préoccupations d’équité économique (distribution, maldistribution) « pour y inclure le travail domestique, la sexualité et la procréation (p. 8, in fine) ». Avec le néolibéralisme de la fin des années 80, on est passé à la problématique de la reconnaissance (p. 9, in fine). « Au lieu de dégager un paradigme plus large et plus riche, englobant à la fois la redistribution et la reconnaissance, les féministes échangèrent dans les faits un paradigme tronqué contre un autre, un économisme tronqué contre un culturalisme tronqué (p. 11, haut). » Une synthèse est nécessaire. Faser veut proposer dans ce sens quelque chose qu’on trouvera entre autres au chapitre 6.

Chapitre 6
Pour une politique féministe à l’âge de la reconnaissance
Une approche bidimensionnelle de la justice de genre
Repenser la reconnaissance : pour une politique féministe non identitaire → 229

Prenons l’exemple de la controverse française sur le foulard. Il s’agit ici de savoir si l’interdiction faite aux jeunes filles musulmanes de porter un foulard dans les écoles publiques revient à traiter de manière injuste une minorité religieuse. Pour le prouver, ceux qui demandent la reconnaissance du foulard doivent établir deux choses : d’abord, ils doivent montrer que l’interdiction du foulard constitue un cas abusif de communautarisme de la part de la majorité qui interdit aux jeunes musulmanes la parité en matière d’éducation. Ils doivent montrer ensuite qu’une politique qui autoriserait le foulard n’accentuerait pas la subordination des femmes au sein des communautés musulmanes et de la société en général. Le premier point, concernant le communautarisme de la majorité française, peut, semble-t-il, être établi sans problème, puisqu’il n’existe pas d’interdiction analogue qui concerne le port de croix chrétiennes dans les écoles publiques : la politique en vigueur refuse donc aux citoyens musulmans une position égale. Le second point, qui porte sur la non-exacerbation de la subordination des femmes, s’est révélé quant à lui plus épineux, certains républicains soutenant que le foulard est un marqueur d’infériorité féminine et ne doit pas, par conséquent, être reconnu par l’État. Certains défenseurs du multiculturalisme, cependant, se sont élevés contre cette interprétation, soulignant que la signification du foulard est fortement contestée dans les communautés musulmanes françaises aujourd’hui, comme le sont, de manière plus générale, les rapports hommes/femmes. Ainsi, au lieu d’interpréter de manière univoque le foulard comme patriarcal, ce qui confère effectivement aux phallocrates toute autorité pour interpréter l’islam, l’État devrait traiter le foulard comme le symbole d’une identité musulmane en transition, une identité contestée, comme l’est l’identité française sous les effets des interactions transculturelles à l’œuvre dans toute société multiculturelle. Vue sous cet angle, l’autorisation du foulard dans les écoles publiques pourrait accroître, et non diminuer, la parité entre les hommes et les femmes.

P. 232-233.
Acheté je ne sais où, ni quand au juste, mais en 2019.