Dominique Meeùs
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Nancy Fraser, « Les contradictions sociales du capitalisme contemporain », 2018

Nancy Fraser, Les contradictions sociales du capitalisme contemporain , Lava , ISSN : 2565-7119 (papier), 2565-7127 (online), no 6, 1er octobre 2018, p. 63-83. En ligne : https://lavamedia.be/fr/les-contradictions-sociales-du-capitalisme-contemporain/. Aussi en néerlandais : Fraser 2018-nl.
Adaptation de Fraser 2016*. Autre publication en anglais comme Fraser 2017.
Traduit de l’anglais par Sébastien Le Pipec, professeur agrégé d’anglais à l’EHESS, Paris.

L’article de Nancy Fraser est structuré comme suit :

Pour dire vrai, dans les différentes versions, les titres sont toujours d’un seul niveau. Je ne crois pas trahir sa pensée, au contraire, en faisant de ses trois moments du capitalisme des subdivisions de l’historicisation.

Je me propose alors de commencer ci-dessous par des considérations générales et de mettre plus bas, dans la structure même de son article, des citations et commentaires.

La question de la reproduction de la force de travail et de la classe ouvrière (et de la place des femmes là-dedans) est une question difficile. La réponse proposée (si c’en est une) par la social reproduction theory (si c’en est une) est assez obscure. Les faiblesses de l’article montrent la difficulté à bien cerner le problème et à trouver chez Marx les fondements théoriques qui aideraient à l’analyser. Je pense, entre autres, aux concepts de force de travail et de valeur de la force de travail, au partage du salaire entre salaire net, direct, et salaire indirect ; au fait que toujours les capitalistes paient le salaire en dessous de la force de travail — parfois beaucoup ; que quand ils veulent diminuer les salaires, ils s’attaquent d’abord au salaire indirect ; tout cela semble concerner directement cette question de reproduction et être trop peu pris en compte. Cet article et d’autres (voir social reproduction theory dans l’index) m’encouragent à étudier la question**, mais je ne suis pas sûr d’être capable de faire mieux que ces auteurs (ou le plus souvent autrices).

Les contradictions sociales du capitalisme contemporain

On entend beaucoup parler aujourd’hui de « la crise du care ». Souvent associée aux notions de « pénurie de temps », d’ « équilibre famille / travail » et d’ « affaiblissement social », cette expression fait référence aux pressions qui, de nos jours, s’exercent de toutes parts, sur toute une série de capacités sociales essentielles, à savoir la mise au monde et l’éducation des enfants, la sollicitude envers amis et membres de la famille, la tenue des foyers et des communautés sociales, ainsi que, plus généralement, la pérennisation des liens sociaux.

P. 63.

Étant à la fois affectif et matériel, souvent non rémunéré, c’est un travail indispensable à la société. Sans cela, il ne pourrait y avoir ni culture, ni économie, ni organisation politique. Toute société qui fragilise systématiquement la reproduction sociale ne peut perdurer longtemps. Et pourtant, c’est aujourd’hui précisément ce qu’est en train de faire une nouvelle forme de société capitaliste.

P. 64.

On est mal parti. (Sur le plan théorique, je veux dire. Sans parler du ton dramatique des deux dernières phrases.)

D’une part on mélange des choses très différentes, comme de véritables travaux physiques, matériels liés à la reproduction de la classe ouvrière et de l’affectif comme la « sollicitude ». (Ceci peut être une faiblesse de la traduction. « Caring for friends… » en anglais est peut-être plus matériel que « sollicitude ». Mais elle dit bien « affectif et matériel ».)

D’autre part ces « pressions qui, de nos jours… » n’ont rien de nouveau de nos jours. Toujours le capitalisme cherche à payer la force de travail en dessous de sa valeur, parfois plus, parfois moins, selon la conjoncture et le rapport de force. Il est clair que, dans l’actuelle crise de plus de quarante ans1, c’est assez marqué, mais cela n’a rien de qualitativement nouveau. Que la force de travail, toujours plus ou moins mal payée, soit plus mal payée et que la politique vire fortement à droite ne constitue pas « une nouvelle forme de société capitaliste ». Toujours le capitalisme « fragilise… la reproduction sociale » et qu’est-ce alors que « systématiquement » aurait maintenant de spécifique ? Il est systématique que la force de travail soit mal payée, mais jamais, pas plus maintenant qu’auparavant, l’objectif du capitalisme n’est d’exterminer « systématiquement » la classe ouvrière. Ce qui est peut-être caractéristique de notre époque, c’est que le capitalisme attaque le salaire surtout dans sa composante de salaire indirect, ce qui est plus facile parce que moins visible, moins évident pour les travailleurs qu’une diminution marquée de leur salaire net.

Elle annonce alors qu’elle va parler de la « crise majeure » actuelle de la reproduction sociale, mais avant cela de la crise générale du capitalise quant à la reproduction sociale.

Le capitalisme « en tant que tel »

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Historiciser la contradiction

Cependant, il n’existe pas de société capitaliste « en soi » : il n’y a que des formes ou régimes d’accumulation historiquement définis. Par conséquent, l’étape suivante de mon exposé consistera à historiciser la contradiction sociale du capitalisme en lien avec les phases spécifiques de son développement.

En effet, l’organisation capitaliste de la reproduction sociale a subi des mutations majeures au cours de l’histoire — résultant souvent de mouvements de contestation politique. Dans les périodes de crise notamment, les acteurs sociaux se livrent bataille autour des frontières délimitant « économie » et « société », « production » et « reproduction », « travail » et « famille » — et parfois ils réussissent en effet à les déplacer. Ces « luttes de frontières » sont aussi centrales dans les sociétés capitalistes que les luttes des classes analysées par Marx. Et les glissements qu’elles engendrent marquent des changements radicaux d’époque. Si l’on adopte un point de vue qui place au premier plan ces glissements, on peut distinguer (au minimum) trois régimes d’articulation du couple reproduction sociale/production économique dans l’histoire du capitalisme.

P. 68.

On ne peut qu’être dubitatif sur « les phases spécifiques de son développement ». Le seul changement qu’on puisse considérer comme qualitatif dans le développement du capitalisme, c’est le stade de l’impérialisme comme il est défini par Lénine. Les « trois régimes » dont il est question en fin de ce passage ne sont pas trois « phases spécifiques de son développement » (du capitalisme), mais trois phases de la « contradiction sociale du capitalisme » (juste avant les « phases spécifiques »). On a l’impression qu’elle voit un en dehors du capitalisme, d’où des « luttes de frontières », à la frontière du capitalisme et de son en dehors.

Le capitalisme libéral

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Le capitalisme géré par l’État

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Le capitalisme financiarisé

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Conclusion

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1.
Après la forte croissance de la reconstruction qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, le capitalisme s’essouffle à la fin des années 60 pour avoir investi inconsidérément. Le taux de profit diminue de manière inquiétante et cette crise devient visible sous l’effet du choc pétrolier en 1973. Les syndicats qui avaient pris dans les années 50 et 60 des habitudes de collaboration de classes n’ont repris que lentement une attitude plus combative. Par ailleurs, les partis communistes traditionnels avaient perdu leur souffle révolutionnaire (et seulement certains d’entre eux le retrouvent). La classe ouvrière s’est donc trouvée en position de faiblesse, aggravée encore par la fin de l’Union soviétique. Cela a permis aux capitalistes et à leurs gouvernement (droitisation marquée de la politique, qui s’aggrave encore toujours) de redresser le taux de profit en payant encore plus mal la force de travail.
Notes
*
« J’entends, dans cette conférence, … », écrit-elle p. 65. On aurait alors aimé que Lava, nous dise quelle conférence. Mais Lava nous dit en fin d’article, p. 83, que « cet article a été traduit de l’anglais » par quelqu’un de l’EHESS à Paris. Le mystère s’épaissit : quelle conférence ? traduite de quel article en anglais ? Si on joue au détective, on trouve ce qui suit : en anglais, c’est Fraser 2016 dont Nancy Fraser a exposé en français le contenu à Paris le 14 juin 2016 comme conférence Marc Bloch de l’École des hautes études en sciences sociales ; c’est essentiellement Fraser 2016 qui a été traduit par l’EHESS en Fraser 2016-fr. Le texte de Lava est essentiellement celui-là, avec cependant quelques mots repris de Fraser 2016 qui ne se trouvent pas dans Fraser 2016-fr. On trouvera dans Fraser 2016 un important appareil de notes qui n’a pas été retenu dans cette version-ci en français.
**
En fin de compte, ça m’a encouragé à écrire… le début d’un commencement.