Dominique Meeùs
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Mary Davis, « Pas de nouvelle société sans les femmes », 2020

Mary Davis , C’était déjà clair pour Engels : Pas de nouvelle société sans les femmes, Interview de Mary Davis par Maartje De Vries, Solidaire, Bruxelles, novembre-décembre 2020, p. 62-64.

Mary Davis entend maintenir l’analyse de Friedrich Engels dans L’origine de la famille…, selon laquelle la famille nucléaire et la domination des hommes sur les femmes apparaissent avec la division en classes.

Elle parle, au singulier ! de « la société primitive des chasseurs-cueilleurs » « dans les temps primitifs ». Mais les chasseurs collecteurs, c’est un ou deux millions d’années et beaucoup d’espèces animales différentes avant le genre Homo et, dans celui-ci, avant l’espèce Homo sapiens. Toute considération générale sur la structuration sociale de la sexualité et de la production sur plus d’un million d’années, s’agissant à la fois de nous et d’animaux différents, est nécessairement une généralité abusive, une absurdité.

On peut cependant admettre que lorsque se dégage un surplus, on est bien dans notre espèce. La famille nucléaire monogame répondrait au besoin pour l’homme propriétaire d’un surplus d’avoir la certitude de transmettre son héritage à ses propres enfants et pas à d’autres. Mais si on parle de classes, c’est que la propriété d’un surplus n’est le fait que d’une minorité. Pourquoi les autres hommes adoptent-ils cette forme de mariage et se donnent-ils collectivement autorité sur les femmes ? Cette question que Mary Davis ne se pose pas sur ce passé lointain, elle la pose pour la famille ouvrière. La raison en serait l’idéologie bourgeoise. Il se peut que les hommes bourgeois n’entendent pas laisser leur fortune à des enfants qui ne seraient pas d’eux et on peut dire à bon droit que les ouvriers sont contaminés par l’idéologie bourgeoise. Mais non, Mary Davis ne parle pas de contamination, d’influence : c’est une « idéologie imposée par la classe dominante » parce que « cette forme de famille est essentielle pour le capitalisme ». (Deux fois, c’est moi qui souligne.) Elle dit bien ensuite que cette idéologie permet de payer moins bien les ouvrières et divise la classe ouvrière, ce qui est à l’avantage du capitalisme, mais jamais elle ne montre en quoi ce serait « essentiel ».

De l’idéologie, elle saute donc à l’économie avec la question du travail gratuit des femmes. Elle admet que, selon l’état de développement de la société, le capitalisme peut aussi proposer plus de services (crèches…) pour alléger ce travail. Ces services ont existé en Grande-Bretagne pendant la Seconde Guerre mondiale, mais, selon elle, ils ont immédiatement été supprimés ensuite, pour en revenir au modèle de l’homme gagne-pain pour toute la famille. Pour elle, l’État-providence est basé sur ce modèle de mariage et il en est ainsi depuis lors et toujours dans « l’ère néolibérale actuelle ».

De nouveau, « l’oppression des femmes est liée à l’exploitation de classe » et « le capitalisme ne peut pas survivre sans diviser la classe ouvrière ». Sur la base de cette analyse (?) théoriquement fausse, elle fait un appel juste à l’unité des femmes et des hommes pour renverser le capitalisme.

Il faut dire que lorsqu’il s’agit des luttes, Mary Davis est toujours juste et intéressante. Sur la théorie, elle est sans doute plus schématique ici, répondant à une interview. Elle semble plus prudente dans ses autres écrits, comme Davis 2008.