« À nouveau », ça veut dire « on efface tout et on recommence ». « De nouveau », cela veut dire « encore une fois », « une fois de plus ». « À nouveau », c’est la rupture ; « de nouveau », c’est la répétition, la continuité, la constance, la persévérance.
Tout le monde n’a pas conscience de ce que ces deux locutions sont différentes, presque opposées. Comme notre monde a une certaine continuité, comme on construit dans la durée, il faut presque toujours « de nouveau » ; les situations qui justifient « à nouveau » sont rares1. Trouve-t-on « de » plus terne que « à » ? qu’une phrase sonne mieux avec « à nouveau » ? Mais le choix n’est pas innocent. À la lettre, ça voudrait dire que tout ce qu’on a fait avant était mauvais et qu’il a fallu partir sur de nouvelles bases.
Je ne défends pas là un point de vue personnel. La distinction que je fais entre les deux expressions est attestée en de nombreux endroits. Voir dans le TLFi www.cnrtl.fr/definition/nouveau, II. – Emploi adv., B. – Loc. adv. (tout à la fin de la page). La même page donne accès aux 9e, 8e et 4e éditions du dictionnaire de l’Académie qui disent la même chose. Cependant, c’est peut-être un combat d’arrière-garde. La Banque de dépannage linguistique du Québec considère que cette nuance tend à s’estomper et que les deux expressions deviennent interchangeables2, sauf dans les situations qui demandent le sens particulier d’ « à nouveau ». (Et, de telles situations, elle donne des exemples illustrant bien la différence.)
Je pense que, le plus souvent, ce qu’on veut vraiment dire, c’est « de nouveau ». On se réjouit de la cohérence, de la continuité, de la persévérance, de la détermination dans la lutte… Ou bien on regrette la répétition de l’erreur. Dans un cas comme dans l’autre, c’est « de nouveau ». Écrire alors « à nouveau », c’est juste une coquetterie3 mal venue, qui, pour ceux qui savent lire, pourrait casser le sens.
[1] En comptabilité, il y a un certain nombre de comptes de bilan, qui sont en quelque sorte « éternels » : d’année en année, on y accumule les opérations. Deux classes de comptes sont tout à fait différentes : les charges et les produits. Dans ces classes, les comptes sont annuels. En fin d’année, on les équilibre avec, dans un compte de bilan, une contrepartie dite bénéfice reporté ou perte reportée (selon le signe de la différence entre produits et charges) et on clôture. On ouvre une nouvelle année en faisant dans les classes de charges et de produits un grand nettoyage dit « à nouveau » : on efface tout et on recommence à zéro. L’expression « à nouveau » peut même se dire alors substantivement : un « à nouveau », faire un « à nouveau ». C’est le plus bel exemple du vrai sens de l’expression « à nouveau ». (L’information effacée n’est, bien sûr, pas perdue. On l’efface dans l’année qu’on ouvre. On peut aller la relire dans les comptes de l’année clôturée.)
[2] Cela semble bien le cas de ceux qui écrivent. L’expression « à nouveau », utilisée le plus souvent à tort, n’est pas tellement moins fréquente. On est alors en droit que beaucoup de lecteurs aussi ne ressentent plus la différence. Il faut cependant penser qu’il reste toujours un certain nombre de lecteurs, plus âgés, plus cultivés, connaissant mieux le français (ou ayant travaillé en comptabilité) que l’usage impropre heurtera.
[3] Ça me fait penser à ceux qui, de manière ridicule, écrivent « sur Paris » en croyant que ça fait plus chic qu’ « à Paris ». (Sans parler de ceux qui voudraient enfoncer le clou via un marteau.)