Dominique Meeùs
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(Officiellement, c’est COVID en capitales, mais je me permets, pour plus de légèreté, d’écrire Covid.)

La Covid-19 a pris deux genres en français

L’OMS décide de conférer un nom à cette nouvelle maladie et le communique en différentes langues. Dans cette page, la décision est donnée comme du 11 février 2020 et la décision de l’ICTV (dont question plus loin) est donnée aussi comme du 11 février 2020. Les dénominations adoptées sont :

et je vous épargne l’arabe et le chinois. Dans les trois langues autres que l’anglais, l’expression adoptée est de genre grammatical féminin.

Du nom de la maladie en anglais, l’OMS a tiré le sigle COVID-19 et a choisi d’utiliser le même sigle pour toutes les langues. On peut donc, pour faire court, remplacer les expressions ci-dessus par le sigle. Ainsi, en français, la maladie à coronavirus 2019 peut se dire pour faire court la Covid-19, au féminin comme l’expression complète, et il en est de même en espagnol et en russe.

Une rubrique de la page Wikipédia en français dit bien que la Covid-19 est, en français, du genre féminin au départ, mais que le mot a été beaucoup utilisé au masculin aussi, sans doute par confusion avec le virus. L’hypothèse de Wikipédia semble raisonnable : on lit souvent des phrases sur « le Covid-19 » où le contexte semble montrer que l’auteur vise le virus et pas la maladie. Quelle que soit l’explication de ce glissement de genre (peut-être par glissement de sens), on ne peut que constater aujourd’hui qu’en France et en Belgique, on écrit beaucoup « le Covid-19 » même pour la maladie.

En conclusion, officiellement, on devrait écrire, selon la décision de l’OMS du 11 février 2020, « la maladie à coronavirus 2019 » ou « la Covid-19 » au féminin. Ainsi, Covid-19 a incontestablement le genre féminin. Mais parce qu’une langue, c’est l’usage, il faut admettre que Covid-19 a aujourd’hui deux genres, le féminin et le masculin. Le genre d’origine, le féminin est préférable, mais on ne peut condamner le masculin, parce qu’entré dans l’usage.

Autres références

Le 11 février 2020 aussi, l’International Committee on Taxonomy of Viruses (ICTV), annonce (vers le milieu de la page, sous le titre Naming the 2019 Coronavirus) que le virus s’appelle severe acute respiratory syndrome coronavirus 2 (SARS-CoV-2) et informe aussi de la décision de l’OMS de baptiser la maladie coronavirus disease 2019 (COVID-19). L’ICTV est responsable du classement des virus en genres, familles… Le nom du virus lui-même résulte d’un consensus de virologues (dont ceux de l’ICTV) qui a fait l’objet d’un article envoyé à Nature le 5 février 2020, accepté le 19 et publié le 2 mars 2020.

L’expression coronavirus disease 2019 et le sigle COVID-19 sont mentionnés en première page d’un Situation report, no. 22, du 11-2-2020 aussi.

Sondages sur le genre de la Covid-19 dans l’usage

J’ai procédé à un sondage par recherche avec Google sur Covid-19 combiné à l’article défini féminin ou masculin. Le sondage (10-10-2020) confirme que l’usage impose d’accepter maintenant le masculin aussi, sans pour autant que l’usage aille jusqu’à rendre obsolète le féminin d’origine.

Expression introduite Résultats (environ)
"la covid-19" site:be  1 050 000
"le covid-19" site:be  3 610 000
"la covid-19" site:fr 13 900 000
"le covid-19" site:fr 28 000 000
"la covid-19" site:ca 13 200 000
"le covid-19" site:ca     295000
"la covid-19" site:es 33 700 000
"el covid-19" site:es 61 500 000

Il y a un biais dans la recherche si on s’intéresse au genre utilisé pour la maladie dite Covid-19. En effet les résultats confirment l’hypothèse de Wikipédia mentionnée plus haut : il est visible que des gens disent « le Covid-19 » pour le virus et non la maladie. Google donne un extrait de la page trouvée et on y voit plus d’une fois, au masculin, un contexte de virus. Cela étant, on voit que que les Canadiens respectent le féminin. (Serait-ce que les journalistes canadiens sont mieux informés, qu’ils lisent les communiqués de l’OMS et, même, sont plus capables d’en comprendre le sens ? Serait-ce que les journalistes canadiens sont plus respectueux des décisions des instances internationales ?) On voit aussi que le même problème se pose en Espagne (avec au masculin la même confusion maladie, virus). (Je ne voyais pas de moyen simple et sûr de sonder sur l’ensemble de l’espagnol, pas seulement l’Espagne, parce que l’article « la » est commun à d’autres langues.)

Les discussions vaseuses sur le genre de la Covid-19

La Covid-19 est du genre grammatical féminin en français parce que cela résulte, comme on l’a dit plus haut, de la décision de l’OMS sur l’expression complète maladie à coronavirus 2019. Là seule chose qui fasse sens, en dehors de cette décision initiale, c’est la constatation de l’usage. C’est ce qui amène à reconnaître deux genres au mot Covid-19 en français.

Toute discussion sur autre chose qu’OMS et usage est mal partie. Ce qui arrive généralement, c’est qu’on parte du seul mot Covid-19, considéré comme un sigle seulement anglais qu’il faudrait naturaliser en français. Ceux qui, comme l’Académie française en mai, ignorent l’OMS, procèdent à l’analyse du sigle Covid-19 en disease (reverse engeneering diraient les informaticiens). Le mot disease correspond à maladie, donc : disons, comme maladie, la Covid-19. À quoi d’autres ont beau jeu d’objecter que bien des maladies ont un nom masculin, alors pourquoi pas le Covid-19. Les deux camps ont une certaine logique. Le problème, c’est que c’est une logique dans le vide. Il n’y a pas lieu d’analyser un sigle « anglais » et de discuter sa naturalisation en français. Depuis le 11 février, l’OMS a donné en différentes langues des expressions qui ont un genre grammatical déjà ; il n’est pas besoin de faire l’analyse d’un sigle « anglais », parce que c’est le sigle adopté par l’OMS dans toutes les langues. Un sigle ne doit pas toujours être un acronyme. En français, Covid-19 n’est en rien un sigle anglais, mais le sigle en français (par décision de l’OMS) de « maladie à coronavirus 2019 ». On a vu aussi de savants linguistes — et encore plus de linguistes autoproclamés de niveau Facebook — noircir de longues pages de considérations sur le genre des sigles, des mots et des maladies, entre autres pour soutenir l’Académie française ou s’en démarquer, sur un ton polémique généralement en raison inverse de la compétence. C’est bien gentil, mais c’est idiot. Il n’y a, depuis le 11 février 2020 au moins, rien à discuter

Sur Covid-19 l’Office québécois de la langue française adopte bien le féminin. Cependant, partant bien de l'autorité de l'OMS, mais du sigle en anglais, l’Office se perd comme l'Académie française dans des considérations sur le genre des sigles « étrangers ». Concernant le virus, l’Office francise en SRAS-CoV-2 et dit suivre en cela l’OMS, mais sans référence. Dans la communication de l’OMS en français que je cite plus haut comme dans beaucoup de documents officiels, c’est SARS comme en anglais. Cependant la recherche de la forme française en SRAS dans le domaine who.int donne de fait quelques occurrences et on avait utilisé SRAS aussi en français pour le virus de ce type en 2003.