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Dominique Meeùs
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Cinzia Arruzza, « Social Reproduction Feminism and its Critics », 2016

Cinzia Arruzza, Functionalist, Determinist, Reductionist  : Social Reproduction Feminism and its Critics , Science & Society , Vol. 80, No. 1, January 2016, p. 9-30. En ligne en guilfordjournals.com/doi/pdfplus/10.1521/siso.2016.80.1.9.

Certains ont trouvé réducteur de vouloir une vision unitaire des problèmes de société dans le cadre de la théorie marxiste. Ils (ou elles) on analysé la société à l’intersection de différentes oppositions : opposition de classe dans l’économie capitalistes ; racisme à l’égard de certains groupes venus de l’étranger ; divisions de genre dans le patriarcat. C’est le courant de l’intersectionnalité.

À l’intersectionnalité, on a reproché le manque d’articulation entre ces différents systèmes. D’autres ont alors proposé la consubstantialité. Cinzia Arruzza trouve cette consubstantialité aussi mystérieuse qu’en religion : on ne crée pas une relation rien qu’en plaquant un mot. Bien sûr certains auteurs ont tenu compte d’interactions entre systèmes.

Le courant de la reproduction sociale cherche à retrouver une unité d’analyse en revenant au marxisme, mais en l’élargissant pour y inclure la vie privée. En assurant la reproduction de la force de travail dans la sphère privée, les travailleurs, et surtout les femmes, interviennent dans l’économie de la société en plus de la production des marchandises. Les capitalistes exploitent la force de travail dans la production. Ils bénéficient donc aussi de la reproduction de la force de travail dans la sphère privée.

C’est un livre de Lise Vogel (Vogel 1993) qui souligne que la théorie de la reproduction sociale devrait permettre d’intégrer les questions de genre dans une approche unitaire.

Un thème qui revient dans toute la littérature de la reproduction, c’est la succession de modèles de salaires et de reproduction qu’on attribue aux capitalistes. Au début on a payé des salaires de famine pour des journées très longues mobilisant hommes, femmes et enfants, au point de mettre en danger la reproduction de la classe. Les capitalistes auraient adopté ensuite le modèle de la femme au foyer qui leur assurait gratuitement la reproduction de la force de travail du mari. Cela me semble peu convaincant. Je suppose qu’un examen critique des chiffres montrerait que toujours différents « modèles » ont coexisté selon les branches d’industrie. (Le fait que le textile ait été l’industrie principale n’en fait en rien une industrie représentative de toutes les autres.) En outre, j’ose penser que les capitalistes s’en foutent, de la femme au foyer.

Je suis sensible à la volonté de cohérence des tenants de la théorie de la reproduction sociale. Mais il n’est pas impossible que la femme au foyer soit l’effet d’une conception patriarcale sur laquelle le capitalisme serait agnostique. On a le droit de préférer une théorie unitaire, mais ce qui compte en définitive, c’est ce qui est. Ce ne serait pas être un bon marxiste que d’imposer le marxisme à la réalité.