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Rittaud, B. (2010). Le mythe climatique. Paris: Éditions du Seuil. 
Added by: Dominique Meeùs (2012-05-05 17:56:53)   
Resource type: Book
ID no. (ISBN etc.): ISBN : 978-2-02-101132-6
BibTeX citation key: Rittaud2010
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Categories: Environnement
Keywords: climat, probabilités, pseudoscience, scepticisme
Creators: Rittaud
Publisher: Éditions du Seuil (Paris)
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Quotes
pp.167-169   Une question vient alors à l’esprit : dans cet étrange bal des sciences et des pseudosciences‚ quel est donc le partenaire des sciences de la Terre ? Un premier élément de réponse est donné par certaines interprétations de la Bible qui affirment d’une part que la Terre n’aurait pas plus de quelques milliers d’années‚ d’autre part que toutes les espèces vivantes auraient été créées en même temps (c’est le créationnisme). Il me semble que cet élément, qui subsiste dans certains cercles religieux parfois très actifs notamment aux États-Unis, a partiellement cédé la place à cet autre paradigme pseudoscientifique, plus récent‚ selon laquelle la Terre serait une sorte de sanctuaire dont l’équilibre originel aurait été rompu par l’homme, créature par principe néfaste à « l’ordre naturel des choses » L’un des piliers de cette idée — laquelle prend aujourd’hui des formes très diverses — est la « géophysiologie » proposée par James Lovelock en 1969. Ce chimiste de formation est l’inventeur de l’ « hypothèse Gaïa », selon laquelle la Terre serait un organisme vivant pour lequel végétaux, animaux et humains seraient comme des cellules. Selon cette hypothèse, les «cellules » que sont les humains seraient en quelque sorte devenues cancéreuses, et les catastrophes naturelles actuelles ou à venir (comme le réchauffement climatique) seraient une réaction d’ordre immunitaire de notre planète, destinée à éradiquer l’espèce humaine.
     L’analogie entre la Terre et l’organisme humain n’est pas nouvelle. On la retrouve sous différentes formes à des époques diverses, notamment dans des théories médicales qui identifiaient par analogie le microcosme du corps humain et le macrocosme de la planète entière (les veines et les artères‚ par exemple, correspondaient aux fleuves). La nouveauté de l’hypothèse Gaïa tient à la manière dont elle a été (et est toujours) défendue, qui utilise de façon déterminante de vieilles connaissances : les modèles informatiques. Nous n’allons pas entrer ici dans une description détaillée, et nous contenter d’indiquer que, pour l’essentiel, l’hypothèse Gaïa n’est guère plus qu’une analogie assistée par ordinateur. Pour paraphraser Lénine, qui définissait le communisme comme « les soviets plus l’électricité », la théorie Gaïa, c’est en quelque sorte la médecine de la Renaissance plus l’informatique.
     L’hypothèse Gaïa n’est que l’une des facettes du discours ambiant concernant notre planète. Elle donne un exemple très net des dangers du raisonnement par analogie : comme il en a été question dans le prologue du présent ouvrage, l’analogie présente l’incomparable avantage de susciter l’intérêt pour des questions nouvelles, mais elle n’est pas un outil de démonstration, et doit donc être utilisée avec prudence. Certes, il est pratique de dire que la Terre « a de la fièvre » pour traduire le fait que la température moyenne de sa surface augmente. L’on conçoit aussi, même s’il s’agit d’un gros abus de langage, qu’il est suggestif de parler de la forêt tropicale comme d’un « poumon ». Malgré tout, il convient d’accepter clairement que ces expressions ne sont rien de plus que des façons commodes de s’exprimer. Il est très regrettable que même des scientifiques et des intellectuels se laissent emporter par ce genre de vocabulaire qui personnifie la Terre. On lit par exemple sous la plume de Jacques Grinevald (université de Genève) un appel à créer « une nouvelle cosmologie de l’humanité faisant corps avec toute la Terre en tant que “planète vivante” ». Et les appels à « sauver » notre planète de la « crise » climatique ne se comptent plus, venus d’horizons les plus divers. Gore suggère‚ dans son film encensé par les carbocentristes, que nous avons « trahi » la Terre; Lovelock affirme que notre planète est aujourd’hui en train de se « venger » ; quant à l’Unesco‚ il nous exhorte, dans le titre d’un ouvrage publié en 2007, à « signer la paix avec la Terre ».
     N’allons pas dire qu’il ne s’agirait là que de questions secondaires de terminologie. Certes, un physicien quantique qui parle du « charme » d’un quark sait que sous cette expression se cachent des notions précises qui ne laissent aucune place à une interprétation équivoque. Sans inconvénient majeur dans ce genre de cas, un vocabulaire aussi suggestif devient en revanche très risqué dans des situations moins balisées. Par exemple, le terme de « sélection naturelle » retenu par Darwin pour exposer sa théorie de l’évolution a parfois été chargée d’une connotation fautive d’intentionnalité de la part de la nature (qui sélectionnerait les plus aptes comme le jardinier sélectionne ses plants). Darwin tenta lui-même de dissiper le malentendu en expliquant qu’ « il est difficile d’éviter de personnifier le mot de Nature ; mais j’entends par nature, seulement l’action conjuguée et le résultat de nombreuses lois de la nature, et par “lois” je désigne la séquence des événements en tant que nous les établissons ». […]
     Le carbocentrisme, faut-il le dire‚ ouvre très facilement la voie à une pseudoscience qui s’intègre à cette vision d’une « Terre vivante ». Sans en être une lui—même, il favorise l’émergence d’une pseudoscience adossée à la climatologie que j’appellerai ici la climatomancie. En voici une définition : art divinatoire visant à déduire du comportement humain l’avenir climatique de la Terre, dans l’idée de prescrire à chacun des actions de pénitence.   Added by: Dominique Meeùs
Keywords:   pseudoscience créationnisme ordre naturel Lovelock Gaïa Terre Darwin sélection naturelle
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