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Bonnard, A. (1963). Civilisation grecque: De l’iliade au parthénon. Paris: Union générale d’éditions. 
Added by: Dominique Meeùs (2011-06-20 21:40:26)   Last edited by: Dominique Meeùs (2012-07-13 15:07:03)
Resource type: Book
BibTeX citation key: Bonnard1963a
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Categories: Histoire
Keywords: esclavage, Grèce antique, Homère, Périclès, Sapho, Solon
Creators: Bonnard
Publisher: Union générale d’éditions (Paris)
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Quotes
pp.21-22   La dernière des expéditions guerrières ces princes achéens, entraînant leurs nombreux vassaux, fut la non légendaire mais historique guerre de Troie. La cité de Troie-Ilion, qui était aussi une cité hellénique, située à une faible distance des Dardanelles, s’était enrichie en prélevant des droits sur les marchands qui, pour passer en mer Noire, empruntaient la voie de terre, le long du détroit, afin d’en éviter les courants, portant sur leurs épaules bateaux et marchandises. Les Troyens les rançonnaient amplement au passage. Ces pillards furent pillés à leur tour. Ilion fut prise et incendiée après un long siège au début du 12e siècle (vers 1180). Des légendes nombreuses, fort belles d’ailleurs, masquaient les raisons véritables, qui étaient raisons économiques, non héroïques, de cette rivalité de détrousseurs. L’Iliade en rapporte quelques-unes. Les archéologues qui ont fouillé Troie, au siècle dernier, ont retrouvé, dans les restes d’une ville qui porte des traces d’incendie et que la terre d’une colline recouvrait depuis plus de trois mille ans, des objets de la même époque que ceux qu’ils trouvèrent à Mycènes. Les voleurs n’échappent pas aux patientes enquêtes des archéologues-policiers.   Added by: Dominique Meeùs
Keywords:   Achéens guerre de Troie Iliade Ilion Mycènes Troie
Comments:
On a découvert petit à petit des couches successives et on est passé plusieurs fois de l’espoir à la déception et à la contestation des résultats. On admet aujourd’hui que Troie VIIa, trouvée à la fin des années 1980 beaucoup plus grande qu’on ne le croyait d'abord, est une candidate recevable pour une guerre de Troie à l’époque indiquée par Bonnard. Finley (2007, p.31) est très sceptique. Il écrit vingt ans avant qu’on ait revu à la hausse les dimensions de Troie VIIa, mais ce n’est pas la seule raison.

Finley, M. I. (2007). On a perdu la guerre de troie: Propos et polémiques sur l’antiquité J. Carlier, Trans. Hachette Littératures.   Added by: Dominique Meeùs  (2012-05-28 00:20:43)
p.35   Voilà, sommairement indiquées, quelques-unes ces circonstances dont l’action conjuguée permet et conditionne la naissance de la civilisation grecque. Qu’on observe que ce n’est pas seulement les conditions naturelles (climat, sol et mer) ni non plus le moment historique (héritage de civilisations antérieures) ni les seules conditions sociales (conflit des pauvres et des riches, ce « moteur » de l’histoire) mais que c’est la convergence de tous ces éléments pris ensemble qui constitue une conjoncture favorable à la naissance de la civilisation grecque.
     Et que faites-vous du « miracle grec » ? s’exclameront certains savants ou prétendus tels. Il n’y a pas de « miracle grec ». La notion de miracle est foncièrement antiscientifique, elle est aussi non hellénique. Le miracle n’explique rien : il remplace une explication par des points d’exclamation.
     Le peuple grec ne fait que développer, dans les conditions où il se trouve, avec les moyens qu’il a sous la main, et sans qu’il soit nécessaire de faire appel à des dons particuliers qu’il tiendrait du Ciel, une évolution commencée avant lui et qui permet à l’espèce humaine de vivre et d’améliorer sa vie.   Added by: Dominique Meeùs
Keywords:   miracle grec matérialisme historique Grèce antique Grèce archaïque lutte de classes
p.38   Il est naturel qu’un tel thème — l’homme dans la guerre — ait empli le premier poème épique [l’Illiade] du peuple grec toujours dévoré par la guerre.
     Pour développer ce thème, Homère a choisi un épisode à demi fabuleux de l’historique guerre de Troie, qui se situe au début du 7e siècle avant notre ère. Cette guerre eut pour cause — on le sait — la rivalité économique des premières tribus grecques installées soit en Grèce proprement dite, les Achéens de Mycènes, soit sur la côte asiatique de l’Égée, les Éoliens de Troie.   Added by: Dominique Meeùs
Keywords:   guerre de Troie Homère Illiade Mycènes Troie
pp.44-45   Les improvisateurs grecs, prédécesseurs d’Homère, récitaient d’abord leurs poèmes, par fragments, dans des maisons seigneuriales. Ces seigneurs n’étaient plus les chefs pillards de l’époque de Mycènes, c’étaient surtout de gros propriétaires ruraux qui se plaisaient à entendre célébrer les exploits guerriers du temps passé. Vient un moment où apparaissent dans le monde grec les premiers marchands. C’est dans les villes d’Ionie en Asie mineure, juste au sud du pays éolien, à Milet, Smyrne, et autres ports. Homère vit au 8e siècle dans l’une de ces villes de la côte ionienne, sans que nous puissions préciser laquelle. C’est l’époque où va se déclencher la lutte des classes avec une violence subite, comme peut-être à aucun autre moment de l’histoire. Dans cette lutte le peuple misérable qui n’a point de terres ou rien que des terres médiocres, conduit par la classe des marchands, va tenter d’arracher aux nobles propriétaires le privilège presque exclusif qu’ils se sont arrogé sur le sol. Du même coup ils arrachent à la classe possédante sa culture, se l’approprient et en façonnent les premiers chefs-d’œuvre du peuple grec.
     De récents travaux savants ont suggéré que la naissance de l’Iliade, au 8e siècle en Ionie, se place au moment où la poésie improvisée et encore flottante se fixe en une œuvre d’art écrite et élaborée. L’apparition de la première épopée, et la plus belle de l’héritage humain, est liée à la naissance de cette classe nouvelle de bourgeois commerçants. Ce sont des commerçants qui diffusent soudain l’usage ancien mais très peu répandu de l’écriture. Un poète ionien — un poète de génie que la tradition nomme Homère — amène au niveau de l’œuvre d’art une partie choisie par lui de la matière traditionnelle épique improvisée. Il compose et il écrit enfin, sur papyrus, notre Iliade.
     C’est dire que la classe bourgeoise donne valeur artistique, donne forme à une culture poétique jusque-là informe. Du même coup cette culture poétique est mise par elle, dans des récitations publiques, au service de toute la cité, au service du peuple.   Added by: Dominique Meeùs
Keywords:   art Asie mineure écriture bourgeoisie commerçant Homère Iliade Ionie littérature lutte de classes marchand Milet propriétaire terrien
Comments:
Il est remarquable que la littérature naît avec son public. L’écriture existait depuis longtemps, mais était, dans des États plus primitifs et plus totalitaires, limitée à des scribes professionnels et réservée à l’administration et à d’autres usages figés. Pour avoir une littérature, il faut des gens qui aient la liberté, la capacité et le goût de lire pour leur plaisir.
     L’étape suivante, deux mille ans après, c’est la Renaissance qui est (Eisenstein, 2003) la coïncidence entre l’invention technique de l’imprimerie et la demande solvable — une fois encore — d’une bourgeoisie montante qui savait et aimait lire. C’est lorsqu’après quelques dizaines d’années cette industrie arrive à maturité qu’Érasme devient le premier écrivain à succès.

Eisenstein, E. L. (2003). La révolution de l’imprimé à l’aube de l’europe moderne M. Sissung & M. Duchamp, Trans. Hachette Littératures.   Added by: Dominique Meeùs  (2012-07-13 15:07:03)
p.77   La civilisation est une opération de libération et de conquête. La seconde épopée qui nous est parvenue sous le nom d’Homère illustre l’une des plus importantes de ces conquêtes : celle que le peuple grec fait de la mer, à force d’audace, de patience et d’intelligence. Ulysse (dont l’Odyssée porte le nom) est le héros de cette conquête.   Added by: Dominique Meeùs
Keywords:   navigation Odyssée Homère Ulysse
p.78   On peut fixer, très approximativement, la date de la composition de l’Odyssée dans la seconde moitié ou même vers la fin du 8e siècle avant notre ère. (Tous les savants sont loin et bien loin de s’accorder sur cette date.) Écrite dans le temps même de la découverte et de la conquête de la Méditerranée occidentale par le peuple grec, quoiqu’elle feigne de les ignorer, l’Odyssée est le poème de la classe montante des navigateurs, marchands et marins, avant de devenir l’épopée nationale du peuple grec.   Added by: Dominique Meeùs
Keywords:   Odyssée Méditerranée navigateur marchand marin navigation
pp.79-82   Les Grecs, on le sait, en arrivant dans leur pays ne connaissaient plus ni la mer ni l’usage des bateaux. Les Égéens, leurs maîtres en art nautique, usaient, eux, depuis des siècles, de bateaux à rames et à voiles, ils découvrirent les principales « routes de la mer », comme dit Homère. Celles qui conduisaient à la côte asiatique, celles qui menaient à l’Égypte et, plus lointaines, celles qui ouvraient, à partir de la Sicile, l’accès de la Méditerranée occidentale. Sur ces routes, les Égéens pratiquaient des formes élémentaires de commerce, ce qu’on appelle par exemple le « troc muet », dans lequel des marins déposent sur un rivage les produits qu’ils veulent échanger et, rentrés sur leurs bateaux, attendent que les indigènes aient déposé des produits d’une valeur égale. Après quoi — souvent après plusieurs essais — les marchandises sont échangées. Mais la forme la plus primitive et la plus fréquente du commerce égéen, ce fut encore la simple piraterie. Les pirates pélasges restèrent longtemps fameux dans la tradition hellénique: dans la réalité, ils eurent de redoutables successeurs.
     Les Grecs proprement dits — il faut le répéter — ne reprirent que lentement, il y fallut des siècles, les traditions maritimes des Égéens. C’était avant tout des terriens. Sans négliger la chasse ni leurs maigres troupeaux, ils avaient à apprendre la culture du sol avant d’apprendre la mer. Bientôt l’économie purement agricole ne leur suffit plus. Ils eurent besoin, ils eurent envie de produits fabriqués et naturels que seul l’Orient pouvait leur procurer. Les nobles désiraient de l’or en lingots, des bijoux, des étoffes brodées ou teintes de pourpre, des parfums. L’Occident d’autre part offrait de la terre à qui voulait la prendre, et très bonne, disait-on. Il y avait de quoi tenter les gueux, dont regorgeait déjà la jeune Grèce. Mais il semble que le besoin de certains métaux contribua plus que toute autre chose à pousser les Grecs à prendre la mer. Le fer n’était pas abondant dans le pays. Surtout l’étain manquait absolument, aussi bien en Grèce que dans les pays voisins. Or ce métal qui entre, avec le cuivre, dans la composition de l’airain est seul capable de produire par cet alliage un bronze aussi beau qu’il est résistant.
     Si l’épée de fer avait, dès l’invasion des Doriens, triomphé du poignard de bronze, c’est encore le bronze qui reste au 8e siècle et plus tard le métal de choix de l’armure défensive du soldat lourd. Armure à quatre pièces : casque, cuirasse des épaules au ventre, jambières sur les mollets, bouclier au bras gauche. Aussi longtemps que cette noble armure régna sur les champs de bataille, l’étain était nécessaire à ceux qui la portaient.
     Ce sont donc des nobles hardis, issus des vieux clans qui prirent la tête des premières expéditions de commerce. Seuls ils étaient en état de faire construire et d’équiper des bateaux. Ces riches terriens n’étaient pas non plus fâchés de mettre la main sur cette nouvelle source de richesse, le commerce. Mais ils n’étaient pas seuls à prendre la mer : ils avaient besoin de rameurs, d’hommes d’équipage, de trafiquants et de colons. La masse des sans-terre et des sans-travail qui pullulaient en Grèce leur fournit le noyau de leurs profitables expéditions.
     Mais où trouver ce rare étain qui exerce sur les hommes du 8e siècle une espèce de fascination ? En deux endroits seulement, du moins en Méditerranée. Tout au fond de la mer Noire, en Colchide, au pied du Caucase. Milet, la grande cité maritime d’Ionie, après d’autres, prit cette route orientale de l’étain : elle alimenta des mines du Caucase sa métallurgie et celle des peuples voisins. Mais il était une autre route de l’étain, bien plus dangereuse et plus inconnue que la vieille route des détroits asiatiques : celle qui, tournant la Grèce par le sud et s’engageant dans la mer sans îles, allait chercher au-delà du dangereux détroit de Messine et en suivant les côtes de l’Italie l’étain des mines d’Étrurie. Ce fut la route des grandes cités des maîtres de forges, Chalcis en Eubée et Corinthe.
     Cette route occidentale est aussi celle du périple d’Ulysse et c’est sans doute pour le public d’aventuriers, de marins, de colons qui la suivaient et aussi pour ces riches négociants, cette oligarchie militaire que passionnait la fabrication de ses armes, que fut composée notre Odyssée. Ulysse devenait la vedette de cette foule disparate de marins, de marchands et d’aristocrates-industriels.
 
          ***
     Cependant notre Odyssée ne raconte pas en clair l’histoire de la conquête de l’étain. Elle fait comme font toutes les épopées. Elle transporte dans un passé mythique les découvertes surprenantes qu’un marin faisait, cinquante ou cent ans plus tôt (qu’il risquait encore de faire, pensait-on), sur les routes maritimes de l’Occident. Homère exploite les récits des navigateurs qui avaient exploré cette mer inconnue et dont les fables couraient dans tous les ports…   Added by: Dominique Meeùs
Keywords:   Messine Étrurie Chalcis Eubée Corinthe négociant armure Égéens étain bronze Colchide commerce fer Grèce antique Grèce archaïque Homère Méditerranée mer Noire navigation Odyssée pirate rame troc muet Ulysse voile
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