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Poulantzas, N. (1974). Les classes sociales dans le capitalisme d’aujourd’hui. Paris: Éditions du Seuil. 
Added by: Dominique Meeùs (2011-03-13 22:18:42)   Last edited by: Dominique Meeùs (2013-04-21 13:53:51)
Resource type: Book
ID no. (ISBN etc.): ISBN : 2-02-004441-2
BibTeX citation key: Poulantzas1974
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Categories: Marxisme, Politique, Sociologie
Keywords: classe ouvrière, classe sociale
Creators: Poulantzas
Publisher: Éditions du Seuil (Paris)
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Quotes
pp.295-297   Il faut exposer d’abord quelques lignes directrices dans l’examen de l’idéologie petite-bourgeoise. En fait, la petite-bourgeoisie, vu sa place dans la détermination de classe d’une formation capitaliste, n’a pas de position politique de classe autonome à long terme. Les deux classes fondamentales sont la bourgeoisie et le prolétariat : seules existent ainsi, au sens fort d’idéologies de classe, celles des deux classes fondamentales politiquement opposées jusqu’au bout. C’est dire par là que seules existent, en tant qu’ensembles à cohérence propre et systématicité relative, l’idéologie bourgeoise dominante et l’idéologie liée à la classe ouvrière.
     C’est pour cela que l’on ne peut parler, quant à la petite-bourgeoisie, que d’un sous-ensemble idéologique petit-bourgeois. Dans le contexte de la lutte idéologique de classe (les diverses idéologies n’existant pas « en soi » dans un champ clos de l’ « idéologie en général ») ce sous-ensemble est constitué par les effets de l’idéologie bourgeoise (dominante) sur les aspirations propres des agents petits-bourgeois relativement à leur détermination spécifique de classe. Certes, les effets de l’idéologie bourgeoise (elle ne serait pas dominante sans cela) s’exercent également dans la classe ouvrière. Mais là, se heurtant aux pratiques de la classe qui est au cœur de l’exploitation capitaliste, ils revêtent d’autres formes que dans le cas de la petite- bourgeoisie : sous les effets mêmes de l’idéologie bourgeoise dans la classe ouvrière pointe toujours ce que Lénine désignait comme « instinct de classe », et qui n’est rien d’autre que la résurgence constante, dans les pratiques, d’une détermination de la classe qui supporte, dans l’usine et la production matérielle, l’extraction de la plus-value.
     Dans cette torsion-adaptation de l’idéologie bourgeoise aux aspirations propres de la petite-bourgeoisie, celle-ci insère des « éléments » idéologiques spécifiques, relevant de sa propre détermination de classe : classe elle-même exploitée et dominée par le capital, mais de façon tout à fait distincte de l’exploitation et domination subie par la classe ouvrière.
     Mais encore : dans une formation capitaliste, il existe en même temps une idéologie liée à la classe ouvrière. Comme le signalait Lénine, l’idéologie dominante elle-même (la « culture » d’une formation capitaliste) comporte, dans son discours, des « éléments » relevant de cette idéologie : ceci peut aller jusqu’à prendre les formes indiquées par Marx, dans le Manifeste, d’un « socialisme bourgeois » ou même, dans les débuts du capitalisme, et pour la classe des grands propriétaires terriens « féodaux », d’un « socialisme féodal ». Dans le cas de la petite-bourgeoisie, cette situation est, bien entendu, différente : elle-même classe exploitée et dominée, cette situation s’exprime pour elle par le fait que son idéologie comporte, en articulation étroite avec les éléments propres à cette exploitation et domination particulière, des éléments propres à l’idéologie ouvrière, celle-ci étant présente effectivement dans le sous-ensemble idéologique petit-bourgeois de façon autrement plus directe et importante que dans le cas de l’idéologie dominante. Cette présence de l’idéologie ouvrière dans le sous-ensemble idéologique petit-bourgeois remplit des fonctions particulières, car elle correspond à l’effective polarisation de la petite-bourgeoisie.
     Ce qui indique deux choses :
     1) D’une part, que cette présence de l’idéologie ouvrière dans le sous-ensemble idéologique petit-bourgeois a toujours tendance à y être dominée à la fois par les éléments idéologiques spécifiquement petits-bourgeois, et par l’idéologie bourgeoise constitutivement présente, elle aussi, dans le sous-ensemble idéologique petit-bourgeois. Autrement dit, le sous-ensemble idéologique petit-bourgeois est un terrain de lutte et un champ de bataille particulier entre l’idéologie bourgeoise et l’idéologie ouvrière, mais avec l’intervention propre des éléments spécifiquement petits-bourgeois. Ce terrain de lutte n’est pas un terrain vague : c’est un terrain d’ores et déjà circonscrit par l’idéologie bourgeoise et par les éléments idéologiques petits-bourgeois. Pour continuer dans la métaphore militaire, les conquêtes et avances de l’idéologie ouvrière, dans une formation capitaliste, sur ce terrain-là, pour qu’elles aient une importance décisive, ne sont pas moins constamment investies par ces éléments idéologiques petits-bourgeois. Plus simplement, même lorsque des secteurs petits-bourgeois adoptent des positions de la classe ouvrière, ils le font souvent en les investissant de leurs pratiques idéologiques propres. Mais ceci se fait de façon inégale car, pas plus que ce terrain n’est un terrain vague, il n’est un terrain uniforme, en raison des fractionnements/polarisation qui traversent la petite-bourgeoisie dans sa détermination de classe : ce qui n’exclut donc pas que des pans entiers de la petite-bourgeoisie non seulement adoptent des positions de classe de la classe ouvrière, mais qui plus est, puissent se placer sur le terrain même de l’idéologie ouvrière. C’est là notamment un des rôles des organisations révolutionnaires de la classe ouvrière.
     2) Mais tout ceci indique, d’autre part, que les éléments idéologiques spécifiques de la petite-bourgeoisie peuvent, eux aussi, avoir des effets sur l’idéologie de la classe ouvrière, et ce, en raison de la détermination propre de classe de la petite-bourgeoisie, de façon particulière, par rapport aux effets spécifiques de l’idéologie bourgeoise. C’est même là le danger principal qui guette en permanence la classe ouvrière : il peut prendre la forme d’une convergence amalgamée de ces éléments et de l’idéologie ouvrière, sous la figure notamment du socialisme petit-bourgeois au sein de la classe ouvrière, mais on sait qu’il avait également revêtu, par le passé, la forme de l’anarcho-syndicalisme et du syndicalisme révolutionnaire.   Added by: Dominique Meeùs
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