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Thomson, G. (1973). Les premiers philosophes M. Charlot, Trans. Paris: Éditions sociales. 
Added by: Dominique Meeùs (2010-01-24 14:27:20)   
Resource type: Book
BibTeX citation key: Thomson1973
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Categories: Histoire, Marxisme, Philosophie
Keywords: Antiquité, Chine, Égypte, Grèce antique, matérialisme historique, Mésopotamie, philosophie
Creators: Charlot, Thomson
Publisher: Éditions sociales (Paris)
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Quotes
pp.95-96   Le mythe de la création a pour origine la réalité de la royauté mais dans la conscience humaine, divisée par la classe, ce rapport se trouva inversé, et le rôle du roi dans le rituel fut pris pour commémoration de ce que le dieu avait accompli au commencement.   Added by: Dominique Meeùs
Keywords:   classe mythe lutte de classes
Comments:
Autrement dit, le dieu est créé par les hommes à l’image du roi (donc de la division de la société en classes), alors que les hommes pensent que le dieu a créé le roi à son image.
     Malinowski fait remarquer quelque part que les mythes servent beaucoup plus a régler et à stabiliser des règles d’échange qu’à expliquer les mystères de la nature.   Added by: Dominique Meeùs  (2010-02-05 18:44:25)
p.203   Au 4e siècle, le commerce grec était entre les mains d’hommes qui n’étaient pas citoyens et s’appuyait essentiellement sur le capital usuraire. […] Au 6e siècle pourtant, la situation était toute différente. Les documents pour la période antérieure sont rares mais clairs.   Added by: Dominique Meeùs
Keywords:   commerce capital usuraire classe Grèce antique
p.204   […] il n’était pas rare au septième et au sixième siècles que des membres de la noblesse se lancent dans le commerce maritime. Nous pouvons même aller plus loin. Deux cas nous sont parvenus où nous les trouvons engagés dans le processus même de la production.   Added by: Dominique Meeùs
Keywords:   commerce maritime commerce international noblesse aristocratie production commerce Grèce antique
pp.222-224   Par révolution démocratique de la Grèce ancienne (elle n’eut lieu nulle part ailleurs dans l’Antiquité) nous entendons le passage du pouvoir d’État des mains de l’aristocratie terrienne à celles de la nouvelle classe des marchands. On a objecté que le terme était trop vague puisqu’il pouvait tout aussi bien s’appliquer à la révolution bourgeoise ou à la révolution socialiste. C’est exact mais sans grande importance. L’absence d’un terme plus précis provient du manque de nom spécifique pour ce qu’Engels appelle, dans son tableau de la Grèce ancienne « la nouvelle classe des riches industriels et commerçants ». Par conséquent, lorsque nous parlons de révolution démocratique, il faut comprendre que nous pensons aux Grecs de l’Antiquité qui, après tout, ont un certain droit de priorité, puisque la démocratie est toujours désignée par le nom qu’ils lui ont donné.
     Cette révolution fut en général précédée par une phase de transition qu’on appelle la tyrannie. Nous pensons donc distinguer trois étapes : l’oligarchie qui est la domination de l’aristocratie terrienne, la tyrannie et la démocratie. Cette évolution est typique mais il est évident qu’elle ne se produisit pas partout au même rythme ou avec la même régularité. Dans certains États retardataires l’étape finale ne fut jamais atteinte. Dans certains des États les plus avancés l’évolution fut arrêtée ou même l’on revint en arrière. Dans les dernières années du 5e siècle la lutte que se livraient démocrates et oligarques prit la forme d’une guerre panhellénique entre Athènes et Sparte. Les premiers tyrans appartiennent à la seconde moitié du 7e siècle : Cypsélos et Périandre à Corinthe, Théagénès à Mégare, Orthagoras à Sicyône, Thrasyboulos à Milet, Pythagore (ce n’est pas le philosophe) à Éphèse. Dans quelques cités la tyrannie fut évitée ou anticipée par un aisymnètes, ou « arbitre », désigné d’un commun accord par les factions rivales pour exercer pendant une période limitée des pouvoirs dictatoriaux. C’est le cas de Pittacos de Mytilène et de son contemporain Solon d’Athènes (594). En 545 Polycrate devint tyran de Samos et, cinq ans plus tard, aidé par un autre tyran Lygdamis de Naxos, Pisistrate réussit à imposer la tyrannie à Athènes. Les premières démocraties qui nous soient connues existaient à Chios (600) et à Mégare (590). À Mégare, quelques années plus tard, les oligarques organisèrent avec succès une contre-révolution, peut-être avec le soutien des Bacchides, qui peu après la mort de Périandre avaient repris le pouvoir à Corinthe. À Milet, la mort de Thrasyboulos fut suivie d’une guerre civile qui dura deux générations, après quoi la cité retrouva sa prospérité antérieure sous la tyrannie d’Histiaios. Entre-temps, à Naxos la tyrannie de Lygdamis avait cédé la place à une démocratie. Et à Samos aussi, après la mort de Polycrate (523), il y eut une révolution démocratique mais elle fut vaincue à la suite de l’intervention perse. Partout, après leur conquête de l’Ionie (545) les Perses avaient mis en place des tyrans qui leur étaient favorables. Aussi lorsque les Ioniens se révoltèrent (499) et à nouveau lorsque les Perses furent vaincus à la bataille de Mycale (479), la démocratie fut en général restaurée.
     En Italie et en Sicile, cette évolution commença plus tard et n’eut pas le même résultat. Les peuples non grecs de l’Italie du Sud et de la Sicile se trouvaient à un niveau culturel bien inférieur à celui des Lydiens et des Cariens et, par conséquent, il était plus facile de les exploiter. À Syracuse et probablement aussi dans d’autres cités, les Grecs des classes inférieures firent cause commune avec les indigènes contre l’aristocratie terrienne. La lutte faisait déjà rage vers le milieu du 6e siècle mais dans plusieurs cités la tyrannie n’apparaît pas comme une transition vers la démocratie mais plutôt comme l’instrument de l’unification par la violence de cités voisines. Nous savons que le philosophe Empédocle était à la tête du parti démocratique à Agrigente vers 470 (Diogène Laërce, livre 8, § 66), et un autre philosophe, Archytas le Pythagoricien, était le dirigeant élu de la démocratie à Tarente aux environs de 400 (Strabon 280).
     C’est seulement pour Athènes que la suite des événements est conservée avec assez de précision pour former un récit continu et nous serons donc obligés de considérer son histoire comme, en gros, représentative des autres cités. Après avoir suivi la montée du mouvement démocratique à Athènes, nous examinerons son reflet dans la pensée athénienne, et ayant ainsi reconstitué dans ses lignes essentielles l’idéologie de la démocratie, nous utiliserons nos résultats pour l’étude des premiers philosophes.   Added by: Dominique Meeùs
Keywords:   Agrigente aristocratie Athènes Éphèse État classe commerçant Corinthe démocratie Empédocle Grèce antique industriel Italie marchand Mégare Milet oligarchie Pisistrate révolution démocratique Sicile Sparte Syracuse tyran tyrannie lutte de classes
p.224   Lorsque les Doriens occupèrent le Péloponnèse leur organisation tribale était encore intacte pour l’essentiel. L’établissement dorien de Sparte devait son caractère particulier au fait que le système tribal, réservé aux conquérants, se transforma en une caste dirigeante rigide et très fermée. Étant si peu nombreux, les Spartiates ne purent maintenir leurs serfs sous le joug qu’en tenant constamment sur le pied de guerre leur organisation militaire, qui était tribale. C’est ce qui explique que loin de s’effacer peu à peu, comme dans le reste de la Grèce, la royauté se maintint. Pour la même raison, cherchant à supprimer les effets subversifs de la production marchande, les Spartiates firent tout leur possible pour conserver dans leurs rangs le système tribal de la propriété en commun.
     La terre fut divisée en domaines familiaux inaliénables, cultivés par les serfs qui cédaient plus de 50 % du produit et fournissaient ainsi à chaque Spartiate sa contribution aux repas en commun. Car même après le mariage les hommes continuaient à vivre ensemble. Ils ne frappèrent jamais de monnaie et se refusèrent à publier un code de lois, sans lequel tout commerce organisé reste impossible. Des inégalités apparurent malgré tout. La loi interdisant l’aliénation fut tournée et il se créa une classe de Spartiates sans terre. On résolut ce problème par une politique expansionniste. Cette prudence s’imposait, car une défaite militaire aurait donné aux serfs l’occasion qu’ils attendaient. C’est pour la même raison que la politique extérieure de Sparte était guidée par la volonté de consolider autant que faire se pouvait la suprématie de la classe des propriétaires fonciers dans les autres États.   Added by: Dominique Meeùs
pp.224-225   En Attique, on datait traditionnellement du règne de Thésée (vol. I, p. 362, 365) les premières étapes de la formation de l’État, processus qui se poursuivit sans interruption pendant et après l’invasion dorienne du Péloponnèse. Ce fut dans cette période que les chefs de clan de l’Attique assurèrent solidement leur position d’oligarchie héréditaire, formée des Eupatrides, qui concentraient entre leurs mains de plus en plus de terres (vol. I, p. 357-358). Par des prêts de semences et de bétail à la suite d’une mauvaise saison le gros propriétaire devenait le créancier du petit paysan, et poussait son avantage jusqu’à ce que ce dernier ne puisse se dégager de sa dette qu’en aliénant sa liberté personnelle. Ce fut aussi à cette période qu’on modifia, dans l’intérêt de la nouvelle classe, les coutumes tribales touchant l’homicide. Dans la société tribale, celui qui avait tué était obligé de s’enfuir et de rechercher la protection d’un étranger qui l’accueillait comme suppliant et l’adoptait (vol. I, p. 133). Mais dorénavant les Eupatrides, qui avaient transformé les anciens cultes des clans en un sacerdoce héréditaire, inventèrent la pratique de la purification, qui était une forme modifiée de l’adoption, leur commune origine remontant à l’initiation primitive (vol. I, p. 48). De cette façon-là, en stipulant que celui qui avait tué ait à s’adresser à eux, ils se réservaient de traiter comme bon leur semblait un délit que la croissance de la propriété encourageait.   Added by: Dominique Meeùs
pp.225-226   Nous avons des preuves que dans la période immédiatement consécutive aux invasions doriennes l’Attique prit une part active à la renaissance du commerce maritime. Mais au 7e siècle, cette tendance fut bloquée par la concurrence d’Égine, au Sud, et de l’Eubée, au Nord, qui se trouvaient mieux situées par rapport à l’itinéraire commercial transégéen. Égine, en particulier, fut la première du continent grec à frapper sa monnaie, mais Chalcis et Érétrie, les deux grandes cités de l’Eubée, en firent autant peu après. La circulation monétaire renforçait l’exploitation des paysans de l’Attique par les commerçants et les prêteurs, dont le taux d’intérêt pouvait atteindre 50 %. En même temps cela affaiblissait la classe dirigeante dont la puissance reposait sur la richesse foncière. Vers 632, un noble du nom de Cylon, qui avait épousé une fille de Théagénès, tyran de Mégare, tenta de prendre le pouvoir à Athènes. Étant donné que Théagénès semble avoir eu des intérêts dans le commerce de la laine, qui faisait la célébrité de Mégare, il se peut que Cylon ait eu lui aussi des intérêts commerciaux. Si c’est le cas, les commerçants athéniens n’étaient pas encore assez forts pour lutter avec succès contre les propriétaires terriens, car la tentative de Cylon échoua. Ayant cherché refuge dans le temple d’Athéna Polias, il fut mis à mort à l’instigation de Mégaclès, le chef des Alcméonides. On condamna la famille de Cylon au bannissement perpétuel, mais ses membres obtinrent à leur tour le bannissement des Alcméonides, parce qu’ils avaient violé le sanctuaire. Quelques années plus tard, les Eupatrides publièrent un code de loi élaboré par Dracon. Il est probable que là encore ce fut une concession accordée à la nouvelle classe des marchands.   Added by: Dominique Meeùs
pp.226-229   Puis, au début du 6e siècle, ce fut la première crise. Les paysans étaient au bord de la révolte, ils exigeaient un nouveau partage des terres. Les plus pauvres d’entre eux ne pouvaient conserver que le sixième seulement de leur produit (vol. I, p. 591-592). Beaucoup avaient été contraints de vendre tous leurs biens et ils étaient partis au loin comme vagabonds ou comme esclaves tandis que d’autres vivaient sans toit sur des terres qui leur avaient autrefois appartenu. Les Eupatrides comprirent que s’ils voulaient éviter un soulèvement paysan, il leur fallait négocier un compromis avec les marchands, qui s’inquiétaient autant qu’eux de toute atteinte à la propriété privée. On confia donc des pouvoirs dictatoriaux à Solon, membre de la famille des Codrides, qui s’intéressait activement au commerce. Si Solon avait été un révolutionnaire, il se serait transformé en tyran. Mais, de toute évidence, si telle avait été son intention on ne l’eût pas nommé. Les Eupatrides savaient à qui ils avaient à faire.
     Il commença par améliorer la situation économique de la paysannerie en supprimant les dettes importantes et en interdisant l’esclavage pour dette. Ainsi évitait-il de satisfaire à la demande d’un nouveau partage des terres. Il ne fit rien pour diminuer les taux d’intérêt couramment pratiqués. Le petit paysan restait menacé d’expropriation par l’usurier. En même temps, il prit des mesures d’encouragement pour l’industrie et le commerce. Il créa un étalon officiel de poids et de mesures et fit frapper la première monnaie de l’Attique. On peut supposer que c’est à cette époque qu’on commença l’exploitation des mines d’argent du Laurion. Ces mines — les plus riches de Grèce à l’exception de celles de Siphnos qui devaient s’épuiser à la fin du siècle — furent l’assise matérielle de la prospérité et de la puissance d’Athènes. En outre, en interdisant l’exportation du blé, qui trouvait des débouchés réguliers à Mégare et Égine, il diminua le prix des produits alimentaires. Toutes ces mesures constituaient une aide directe aux commerçants et aux artisans et avantageaient indirectement la paysannerie en donnant du travail à ceux qui avaient été chassés de la terre. Le nombre des esclaves à cette époque n’est pas connu, mais il ne peut avoir été très important. Les seuls qu’on pouvait alors se procurer étaient des paysans ruinés et il est probable que la majorité de ceux-ci avaient été expédiés à Égine ou à Mégare. Solon devait plus tard s’enorgueillir d’avoir ramené chez eux beaucoup d’Athéniens vendus à l’étranger. Et il apparaît clairement que l’occasion s’en présenta lorsque sur son instance les Athéniens firent la guerre aux Mégariens et leur arrachèrent l’île de Salamine et le port de Nisaia. Il est fort probable que les Athéniens ramenèrent avec eux des Mégariens esclaves en plus des Athéniens libérés. Mais comme il s’agissait de la première guerre de cet ordre dans l’histoire de la Grèce, le nombre des prisonniers étrangers travaillant en Attique à cette époque ne devait pas être élevé.
     En second lieu, Solon fit participer les classes populaires au gouvernement en faisant revivre l’Assemblée du peuple. C’était cet organisme qui désignait, en conjuguant l’élection et le tirage au sort, les premiers magistrats de l’État, c’est-à-dire les archontes (vol. I, p. 364). Il se réunissait aussi pour prononcer des jugements dans d’autres cas de procès que l’homicide. D’autre part, à côté de l’Assemblée, Solon créa un nouvel organisme, le Conseil des Quatre-Cents, ainsi nommé parce qu’il se composait de quatre cents membres choisis, probablement par tirage au sort, dans chacune des quatre tribus. Aristote dit que les quatre tribus correspondaient aux quatre saisons (vol. I, p. 105). Et l’on peut entendre par là que leurs représentants au nouveau conseil de Solon remplissaient certaines fonctions à tour de rôle au cours de l’année. En créant ce nouvel organisme, il avait pour but de limiter à la fois les pouvoirs de l’Assemblée et ceux du Conseil de l’Aréopage, nom que portait maintenant l’ancien Conseil des Eupatrides. Le résultat fut donc la consolidation des positions de la nouvelle classe moyenne.
     En troisième lieu, Solon mit fin au privilège des aristocrates d’exercer l’archontat par droit de naissance et ouvrit l’accès de son conseil et des charges publiques auxquelles il pourvoyait par élection, à tous les citoyens qui possédaient blé, huile ou vin, d’une valeur au moins égale à 200 médines de blé. Ce cens excluait les paysans pauvres et les artisans, mais non les riches commerçants, qui purent acquérir des terres soit par l’achat, soit en s’unissant par le mariage à des familles nobles. En même temps il prenait trois autres mesures pour limiter la puissance des clans. Il limita officiellement la participation financière publique aux réceptions de vainqueurs aux Jeux Olympiques (vol. I, p. 480-481). Et il fit reconnaître par la loi à un homme qui mourait sans héritiers la liberté de tester, au lieu de laisser son domaine à ceux de son clan, comme il était jusqu’alors tenu de le faire.
     […]
     Les espoirs de Solon furent déçus. Dans les années qui suivirent les Athéniens pauvres eurent vite acquis assez d’éducation politique pour comprendre que la seule façon d’obtenir une protection contre un mauvais gouvernement et contre l’injustice c’était de gouverner par eux-mêmes.   Added by: Dominique Meeùs
p.279   Comparons, avant de poursuivre, les contraires pythagoriciens avec le yin et le yang des Chinois (p. 70). Les deux théories ont en commun le point suivant : elles postulent toutes deux une série de couples, où à chaque fois, l’un des éléments est moralement supérieur à 1’autre ; en outre, elles s’accordent pour exclure, ou du moins pour rejeter à l’arrière-plan, une origine du monde dans le temps. Mais, quoique grosse d’idéalisme et de dualisme, la théorie chinoise reste moniste et matérialiste, le conflit des contraires étant réconcilié et contrôlé en la personne du roi. La théorie chinoise est donc moins avancée que celle des Pythagoriciens. C’est la conception d’une intelligentsia commerçante dans une société où le développement de la production marchande est bloqué par le despotisme oriental.   Added by: Dominique Meeùs
Keywords:   Pythagore yin yang capital commercial production marchande despotisme oriental Chine contradiction dialectique dualisme idéalisme matérialisme monisme
pp.280-281   Par quoi avaient-ils été amenés à franchir cette étape ? Pas seulement par leur curiosité pour les mathématiques. Leur curiosité pour les mathématiques était plutôt une autre manifestation de la même tendance. Un phénomène aussi fondamental dans le domaine de la pensée ne peut s’expliquer que si on le conçoit comme le reflet dans la conscience d’une transformation tout aussi fondamentale dans les rapports sociaux de leur temps. Qu’y avait-il de nouveau dans la société grecque de l’Antiquité ? Les chapitres précédents ont répondu à cette question. C’est précisément dans la Grèce de ce temps-là que la production marchande atteignit son plein développement et révolutionna l’ensemble de la société précédente. Anaximène et Pythagore témoignent tous deux de la conception propre à la nouvelle classe des commerçants, qui étaient lancés dans l’échange des marchandises à une échelle qui nous semble très limitée selon nos critères modernes mais qui était sans précédent pour leur époque. Le facteur essentiel était par conséquent la croissance d’une société organisée en fonction de la production de valeurs d’échange et le déclin correspondant des anciens rapports fondés sur la production des valeurs d’usage.
     C’est pourquoi l’aspect caractéristique de leur pensée peut se définir très simplement si l’on se reporte à la différence fondamentale, indiquée par Marx (1969, pp.51–52,53), entre la production pour l’usage et la production pour l’échange.

Marx, K. (1969). Le capital : critique de l’économie politique: Livre premier : le développement de la production capitaliste, tome 1 J. Roy, Trans. Vol. 1. Paris: Éditions sociales.   Added by: Dominique Meeùs
Keywords:   rapports sociaux Anaximène marchandise valeur d’échange valeur d’usage capital commercial classe commerce conscience Grèce antique mathématique production marchande Pythagore reflet
pp.283-284   Solon prétendait qu’en se tenant à mi-chemin entre les classes opposées et en imposant de la mesure à leurs ambitions, qui elles-mêmes sont illimitées, il avait réalisé la justice sociale. C’est la première fois qu’apparaît dans la pensée grecque l’idée de la « moyenne », ou « milieu », comme il faudrait plutôt l’appeler (meson). Mais la conception pythagoricienne est différente. Pour Solon, la moyenne c’était le point situé à mi-chemin des deux extrêmes, et il s’imposait de l’extérieur. Pour les Pythagoriciens, c’est une nouvelle unité qui naît du conflit même dont elle est négation.
     La signification de cette conception devient encore plus claire si nous examinons la terminologie qui l’exprime. Les Pythagoriciens décrivent l’accord en musique (harmonia) comme « une coordination des contraires, une unification du multiple, une réconciliation de ceux qui ne pensent pas pareillement (Philolaos, fragment P 10, édition Diels-Kranz) ». Les mots dicha phronéo, « être en désaccord » et symphronasis, « réconciliation » sont doriques et ont pour équivalents attiques stasis et homonoia, correspondant aux mots latins certamen et concordia. Tous ces mots ont pour origine des rapports sociaux : stasis signifie faction ou guerre civile (en latin : certamina ordinum); homonoia signifie paix civile ou concorde (en latin : concordia). Ainsi la concorde des Pythagoriciens reflète le point de vue de la nouvelle classe moyenne, intermédiaire entre l’aristocratie foncière et la paysannerie, et qui prétendait avoir résolu la lutte des classes par la démocratie.
     Si l’on désire une preuve supplémentaire, il n’est que d’opposer leur point de vue à celui de Théognis qui a été témoin dans sa cité natale de Mégare de l’arrivée au pouvoir des démocrates qu’il détestait […]
     […]
     Théognis n’était pas philosophe. Il ne fait que décrire, du point de vue de quelqu’un qui s’y oppose violemment, les transformations sociales de son temps. Et que voit-il ? Les contraires, esthloi et kakoi, qu’en tant qu’aristocrate il veut maintenir séparés, il les voit fusionner par l’effet de l’argent de la nouvelle classe moyenne.
     Cette interprétation est si évidente qu’on peut considérer qu’elle confirme l’idée que la doctrine en question remonte aux Pythagoriciens de Crotone. Une telle philosophie ne peut s’être constituée qu’à une époque d’ascension de la nouvelle classe moyenne. On peut tirer la même conclusion de l’œuvre d’Eschyle, qui meurt en 456 avant notre ère, à peu près au moment où l’Ordre Pythagoricien perd le pouvoir. Il est expressément dit par Cicéron, qui avait étudié à Athènes, qu’Eschyle était Pythagoricien (Les Tusculanes, livre 2 § 23). Et l’authenticité de cette tradition se trouve confirmée par l’étude de ses pièces. Il n’est pas nécessaire bien sûr de supposer qu’il fut membre de la Secte, bien qu’il se soit plusieurs fois rendu en Sicile et qu’il ait très bien pu y adhérer là. Mais sans aucun doute il en connaissait la philosophie pour laquelle, en tant que démocrate modéré, il éprouvait une sympathie naturelle. Ses premières pièces datent du début du 5e siècle, alors que Pythagore était peut-être encore en vie. Comme je l’ai montré dans mon livre Eschylus and Athens, le type de drame qu’il créa : la trilogie incarne, aussi bien par sa forme que par le contenu, l’idée de la fusion des contraires dans la moyenne. Le progrès de l’humanité, selon lui, avait été un combat entre des puissances opposées, par lequel l’homme était lentement passé de la barbarie à la civilisation — combat qui avait reçu de son vivant sa solution dans l’unité nouvelle que représentait l’Athènes démocratique, la plus brillante cité que le monde ait jamais contemplée.   Added by: Dominique Meeùs
Keywords:   Solon mesure justice sociale moyenne milieu juste milieu négation unité des contraires multiple concorde harmonie classe moyenne Eschyle aristocratie classe contradiction démocratie Grèce antique Pythagore rapports sociaux lutte de classes
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