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Cresson, A., & Serreau, R. (1963). Hegel: Sa vie, son œuvre, avec un exposé de sa philosophie. Paris: Presses universitaires de France. 
Added by: Dominique Meeùs (2009-12-20 17:25:17)   
Resource type: Book
BibTeX citation key: Cresson1963
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Categories: Philosophie
Creators: Cresson, Serreau
Publisher: Presses universitaires de France (Paris)
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Quotes
pp.38-39   Reconnaissons-le : on peut penser tout ce qu’on voudra de ces thèmes généraux. Envisagés sous cette forme, on ne saurait leur refuser une incontestable grandeur. Vu de loin, le système de Hegel est comme une de ces cathédrales gothiques qu’on aperçoit dans un vaste paysage avec ses tours symétriques et ses clochetons réguliers. Il fait un effet énorme et grandiose. Il est colossal.
     Mais dès que, au lieu de se contenter d’une vue d’ensemble, on se préoccupe des détails de sa construction, on éprouve des déceptions pénibles. On croyait avoir affaire à du granit et à des murailles solides. On en vient à se demander si l’on n’a pas été enthousiasmé par un simple décor d’Opéra fait de bouts de bois rajoutés, de morceaux de toile peinte et d’astucieux faux semblants. C’est sans doute ce qui explique et l’engouement suscité au début par l’œuvre de Hegel, et le discrédit où, dans sa lettre, elle est rapidement tombée, sans compter ses renouveaux actuels. Les auditeurs de la première heure et les rénovateurs ont été et sont éblouis par les vastes perspectives qu’Hegel ouvre à leurs yeux. Mais les lecteurs quand ils ont l’esprit calme et suffisamment critique sont fatalement frappés du caractère artificiel, voulu, souvent arbitraire, jusqu’au ridicule et au calembour, de sa dialectique orgueilleuse. Nulle part, en effet, plus que chez Hegel, on ne voit danger de l’esprit de système. Thèse, antithèse, synthèse, c’est un « lit de Procuste ». Et c’est assurément un jeu qui demande beaucoup d’ingéniosité, d’imagination et de subtilité que celui qui consiste à tout y faire entrer. Mais comment pratiquer un tel jeu sans utiliser, et les artifices verbaux, et les obscurités propices, et les grandiloquences impressionnantes, et les escamotages, bref tous les procédés ordinaires des illusionnistes ? « Il n’est pas, disait Bossuet et a répété Pasteur, de pire dérèglement de l’esprit que de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient. » Formule à méditer quand on lit Hegel.   Added by: Dominique Meeùs
Keywords:   antithèse artifice dialectique Hegel lit de Procuste obscurité synthèse thèse verbalisme
pp.96-97   Les œuvres de Hegel sont d’une lecture extrêmement difficile. « Lorsqu’on lit Hegel, dit M. Koyré, […] on a bien souvent l’impression de ne rien comprendre. Chose plus grave : même lorsque l’on comprend ou croit comprendre, on a trop souvent le sentiment pénible de ne pas suivre. On a l’impression d’assister, en témoin émerveillé et impuissant, à une acrobatie surprenante, à une espèce de sorcellerie. Et l’on a parfois toutes les peines du monde à se persuader soi-même que c’est sérieux, que Hegel […] ne se fiche pas de nous. » Cette difficulté tient non seulement au fond, à l’extrême tension de la pensée, mais aussi à la forme : même aux yeux des Allemands le style de Hegel est lourd et inélégant, sa syntaxe est compliquée et souvent confuse. Le plus grave, pour nous Français, c’est que sa pensée adhère très étroitement à la langue allemande dont elle exploite « l’esprit spéculatif » par de véritables calembours. Ainsi les équivoques du vocabulaire viennent appuyer la dialectique : p. ex. Bestimmung signifie à la fois détermination et destination ; aufheben, c’est à la fois supprimer, conserver et élever. Des étymologies (parfois fausses) soutiennent l’argumentation. P. ex. le concept (Begriff, traduit « notion » par Véra) est la compréhension qui saisit, embrasse (be-greift) tout dans l’universel, alors que le jugement (Ur-teil) est le partage originel (ursprüngliche Teilung) qui en sépare le particulier (Das Besondere = das Besonderte). L’essence (Wesen), c’est ce qui a été (ge-wesen) logiquement avant l’être immédiat ; celui-ci est ainsi intériorisé (er-innert) comme le souvenir (Erinnerung). Hegel méprise les termes abstraits gréco-latins universellement adoptés : il les emploie souvent dans un sens péjoratif (p. ex. un Räsonnement est faux) ou pour doubler son vocabulaire quand il veut opposer le réfléchi à l’immédiat : p. ex. l’être déterminé comme existence immédiate (Da-sein = être là) devient Existenz quand on l’explique comme résultant, sortant (ex-sistens) de ce qui le conditionne. — Pour traduire exactement Hegel il faut donc renoncer à toute élégance de style, donner à certains termes un double sens et même fabriquer des mots comme l’ « être-là », la « choséité », etc.   Added by: Dominique Meeùs
Keywords:   calembour dialectique étymologie être-là choséité Hegel traduction
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