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Garaudy, R. (1953). La théorie matérialiste de la connaissance. Paris: Presses universitaires de France. 
Added by: Dominique Meeùs (2009-10-10 17:50:36)   Last edited by: Dominique Meeùs (2010-11-28 12:02:45)
Resource type: Book
BibTeX citation key: Garaudy1953
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Categories: Marxisme, Philosophie
Creators: Garaudy
Publisher: Presses universitaires de France (Paris)
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Quotes
p.2   La terre exista même avant tout être doué de sensibilité, avant tout être vivant. Nulle matière organique ne pouvait exister sur son globe aux premières étapes de son existence. La matière inorganique précéda donc la vie, et la vie dut se développer pendant des milliers de millénaires avant que l’homme apparut, et, avec lui, la connaissance.
     Les sciences nous conduisent donc à cette affirmation que le monde a existé dans des états où nulle forme de vie ni de sensibilité n’étaient possibles, c’est~à-dire à cette affirmation qu’il existe une réalité extérieure à la pensée et indépendante d’elle.   Added by: Dominique Meeùs
Keywords:   réalité pensée connaissance esprit passé monde matérialisme
p.3   Le monde n’est rien d’autre que les sensations que j’en ai.
     Berkeley a formulé ici la thèse fondamentale de tout idéalisme.   Added by: Dominique Meeùs
Keywords:   Berkeley Platon idéalisme
Comments:
Il me semble qu’on ne peut pas faire entrer Platon, idéaliste s’il en est, dans ce schéma.   Added by: Dominique Meeùs  (2010-11-27 23:13:43)
p.5   Et l’on n’échappe au solipsisme, qu’en se réfugiant dans la théologie.
     Berkeley a eu le mérite de le comprendre et de le dire franchement.   Added by: Dominique Meeùs
Keywords:   solipsisme Berkeley idéalisme théologie religion Dieu
pp.8-9   Cette certitude si claire : le monde matériel existe en dehors de notre conscience et indépendamment d’elle ; parut à certains esprits ébranlée par les découvertes scientifiques de la lin du 19e siècle et du début du 20e siècle.
     Jusque-là, en effet, la conception philosophique plus ou moins implicitement acceptée par la plupart des physiciens était à la fois matérialiste et mécaniste. Matérialiste, car ils considéraient la matière comme une réalité objective existant en dehors de notre esprit. Mécaniste, car ils considéraient les phénomènes, naturels comme résultant, en dernière analyse, du déplacement de masses élémentaires immuables dans l’espace euclidien.
     Cette tradition qui représente la matière comme un ensemble de particules indestructibles, de substances immuables, remonte à Démocrite et Épicure, et à la fin du 19e siècle encore, déçus pourtant par l’atome qui éclatait entre leurs mains, les Thomson, les Rutherford, les Lorenz se consolaient avec l’électron, pensant trouver en lui la particule ultime, la bille compacte au sein de laquelle il ne se passe rien, apte seulement à des changements de lieu déterminés selon les lois du déterminisme laplacien.
     La même conception mécaniste attribuait à tous les mouvements de l’univers les mêmes propriétés que ceux des projectiles, des balanciers de pendule ou des ondes sonores. De ce point de vue, on se représentait le monde comme fait de deux éléments distincts : l’espace et les masses en mouvement. Il fallait cependant, pour achever l’explication mécanique des phénomènes, doter les masses de « forces » et ce fut l’œuvre de Newton. Le système mécaniste de Herz remplaça les forces par des « relations » entre les masses, mais bien entendu, la logique de la conception mécaniste du monde exige de surcroît l’interprétation mécaniste des « forces » et des « relations », De là, la conception hypothétique de l’éther avec ses missions diverses: propagation de la lumière, gravitation, électromagnétisme, etc.
     Le physicien mécaniste estimait, en outre, que la représentation mécanique qu’il se faisait de la matière et du mouvement était absolument vraie, identique au modèle objectif, historiquement définitive et universelle, c’est-à-dire applicable aux astres les plus grands et aux atomes les plus subtils, aux vitesses voisines de celle de la lumière comme à celle d’une boule de billard.
     Et voici que, brusquement, en quelques années de la fin du 19e siècle et du début du 20e, la conception mécaniste de la physique reçut une série de coups accablants.
     Ce furent, en premier lieu, les expériences sur la propagation de la lumière dans les milieux en mouvement, en particulier l’expérience de Michelson, qui prouve que si l’éther existait, le moins qu’on en puisse dire c’est qu’il lui manquait l’une des propriétés essentielles de tous les milieux mécaniques: il était impossible de déterminer le mouvement des corps par rapport à ce milieu. Ainsi s’écroulait la base de toutes les hypothèses mécanistes. Le dynamisme de Newton perdait son mécanisme latent.
     Le mécanisme subit un deuxième désastre: on prouve la fausseté de son postulat de la continuité absolue du mouvement et de l’action, qu’on avait considéré jusque-là comme un inviolable principe des phénomènes mécaniques, à l’échelle microscopique comme à l’échelle macroscopique. Planck démontrant que l’échange d’énergie et d’impulsion était d’une nature discontinue, quantique, c’était l’effondrement irrévocable de l’hypothèse attribuant une nature mécanique aux micro-phénomènes.
     La déroute du mécanisme s’acheva avec une troisième découverte : celle des électrons, de la structure complexe de l’atome et de se désintégration radioactive. L’atome, citadelle réputée imprenable, indestructible, semblait s’évaporer en électricité.
     La preuve expérimentale était administrée de la variation des masses élémentaires et du fait qu’elles dépendent de la vitesse du mouvement. La masse — réalisation corporelle de la matière dans la conception mécaniste du monde — perdait son existence substantielle.   Added by: Dominique Meeùs
Keywords:   matérialisme mécanisme masse atome électron éther Michelson Planck
p.13   Le physicien idéaliste Jordan (1944) dans son ouvrage La physique du 20e siècle montre avec fierté que sa conception du monde assure la « liquidation du matérialisme » et « garantit un espace vital à la religion sans entrer en conflit avec la pensée scientifique » (p.160). Il explique au chapitre intitulé « Philosophie de la science » : « Étant donné la nature abstraite des schèmes scientifiques, qui ne sont même pas complets, il est évident que les sciences de la nature ne peuvent pas porter de jugement sur les doctrines spécifiquement métaphysiques comme la doctrine des agents surnaturels sur les événements naturels (ibid.) »
     Eddington, dans son livre La nature du monde physique, proclame : « On pourra peut-être dire, comme conclusion à tirer de ces arguments fourmis par la science moderne, que la religion est redevenue acceptable pour un esprit scientifique raisonnable. »
     Quant à Bertrand Russel, qui n’a cessé d’user de la théorie de la connaissance comme d’une arme politique, il avoue plus crûment que tout ce que les savants ont écrit en faveur de la religion, ils ne l’ont pas fait en tant que savants, mais en tant que citoyens « effrayés par la guerre de 1914-1918 et la révolution russe qui lui a succédé » et désireux de « défendre la vertu et la propriété » (Russell, 1947, p.97).

Jordan, P. (1944). Physic of the 20th century E. Oshry, Trans. New York: Philosophical Library.
Russell, B. (1947). L’esprit scientifique: Et la science dans le monde moderne S. Jankélévitch, Trans. Paris: J.-B. Janin, éditeur.   Added by: Dominique Meeùs
Keywords:   Eddington idéalisme Jordan physique propriété révolution d’Octobre religion Russel surnaturel vertu
Comments:
Pascual Jordan a adhéré au parti nazi et aux chemises brunes de la SA, ce qui l’a coupé de la communauté des physiciens. Il est étonnant (ou peut-être pas, après tout) qu’un éditeur américain le publie en 1944.   Added by: Dominique Meeùs  (2010-11-28 10:09:21)
p.22   Notons d’abord que le matérialisme ne nie nullement l’existence de l’esprit. La pensée existe. La matière existe. Il ne s’agit pas de « réduire » la pensée à la matière, mais de montrer que la matière est la réalité première et l’esprit la donnée seconde.
     Le matérialisme vulgaire, c’est-à-dire mécaniste, fait cette confusion. Vogt écrivait que « la pensée est dans le même rapport avec le cerveau que la bile avec le foie ou l’urine avec le rein ». Cette formule de la « sécrétion » de la pensée par le cerveau est proprement absurde et aussi inintelligible que la formule hégélienne de « l’aliénation » de l’idée qui engendrerait la nature, ou que la formule théologique de la Création du monde par l’Esprit.
     Dans les deux cas — celui de l’idéalisme et de la théologie, ou celui du matérialisme mécaniste — on rend incompréhensibles les rapports de la pensée et de la matière. Par opposition symétrique à un idéalisme qui prétend tirer la matière de la pensée, le matérialisme vulgaire réduit la pensée à des phénomènes mécaniques, physiques ou physiologiques, ou ne fait d’elle qu’un « épiphénomène ».
     […]
     La tâche de la théorie matérialiste de la connaissance ce sera de montrer que la pensée est issue de la matière mais nullement identique à elle.   Added by: Dominique Meeùs
Keywords:   émergence émergentisme esprit idéalisme matérialisme matérialisme mécaniste matérialisme vulgaire matière pensée réduction réductionnisme Vogt
Comments:
Vogt était peut-être un peu simpliste. Il était d’ailleurs difficile de faire mieux avec les connaissances du temps. Mais sous prétexte de se garder d’un matérialisme mécaniste, Garaudy condamne d’avance toute possible réduction, et ne propose rien d’autre que des phrases. Cela pourrait encourager une conception émergentiste, donc idéaliste.   Added by: Dominique Meeùs  (2010-11-28 10:52:40)
p.23   Il n’y a pas de pensée possible sans cerveau. Le cerveau est l’organe de la pensée. Mais la pensée n’est pas seulement un produit de l’activité physiologique du cerveau. La pensée, chez l’homme, est aussi un produit de l’activité sociale. Le cerveau est le substrat matériel nécessaire, l’organe de la pensée, mais la fonction de penser s’élabore dans la vie sociale.   Added by: Dominique Meeùs
Keywords:   cerveau pensée social
Comments:
Il est assez évident que le langage est social. Il est intéressant d’insister sur la dimension sociale de la pensée.   Added by: Dominique Meeùs  (2010-11-28 11:33:44)
pp.32-33   « Toute discussion sur la réalité ou l’irréalité de la pensée isolée de la pratique est purement scolastique. » (Marx, 2e thèse sur Feuerbach.)
     Un exemple typique de cette scolastique nous est fourni par la façon dont Carnap discute le problème de la valeur des données de l’expérience et « démontre » que ces données de l’expérience ne représentent qu’un certain degré de probabilité, qu’elles ne sont en réalité que des hypothèses. Carnap choisit cet exemple : « Cette clé est en fer », et il s’efforce de « démontrer » que la science est impuissante à établir la réalité de cette affirmation qui, selon lui, reste une hypothèse plus ou moins probable. Voici son raisonnement : Nous pouvons tenter de vérifier expérimentalement la réalité de l’affirmation p1, en vérifiant si la clé est attirée par l’aimant. L’issue positive de l’expérience fournirait la preuve partielle que la clé est en fer. « Nous pouvons après cela, poursuit Carnap, ou au lieu de cela, procéder à des expériences par les méthodes électriques, mécaniques, chimiques, optiques, etc. Si tous les résultats des expériences ultérieures s’avèrent positifs, la détermination de l’expression p1 augmente continuellement. Le nombre des conséquences tirées de p1 est illimité. Par conséquent, on aura toujours la possibilité de trouver à l’avenir des résultats négatifs. »
     Le caractère scolastique de cette argumentation apparaît plus nettement encore dans le développement que lui donne le Pr Henle (« On the certainty of empirical statements », The Journal of Philosophy, vol. 44 (1947), p. 625). Henle prend le même exemple, mais sous une forme plus générale : « Pour que l’expérience au moyen de l’aimant soit décisive, écrit-il, il faut avoir l’assurance que ce que nous mettons en contact avec notre objet est réellement un aimant. Supposons, poursuit gravement Henle, que des amis farceurs aient remplacé mon aimant par un morceau de fer ayant la même apparence !… Il faudra donc que je vérifie, par exemple que j’approche l’aimant d’une boussole. Mais la question se pose alors : la boussole est-elle réellement une boussole ?… Et ainsi de suite à l’infini. »
     On raisonne ainsi comme si l’expérimentateur devait agir en faisant abstraction de toute la pratique humaine précédente, de la pratique historique de la science. C’est une robinsonnade philosophique : notre agnostique se croit dans la situation de Robinson dans son île déserte, muni d’une clé et d’un aimant. Vendredi, qui est un farceur, peut avoir remplacé l’aimant par un morceau de fer non aimanté, et voilà Robinson obligé de vérifier lui-même le bon état de tous ses instruments en commençant par le commencement, et comme il n’y a pas plus de commencement que de fin, notre Robinson devient agnostique.
     En réalité, la science ne procède jamais ainsi.   Added by: Dominique Meeùs
Keywords:   robinsonnade science expérimentation agnosticisme Marx Feuerbach Carnap scolastique expérience probabilité hypothèse pratique logique philosophie des sciences
Comments:
Le travail des logiciens est très précieux pour nous mettre en garde contre des inférences illégitimes et pour nous obliger à resserrer les protocoles d’expérience. Cependant la philosophie est chose trop sérieuse pour la laisser aux seuls logiciens. Je connaissais les robinsonnades en économie. Le mot est bien venu ici en contexte de philosophie des sciences.   Added by: Dominique Meeùs  (2010-11-28 12:02:45)
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