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Thuillier, P. (1972). Qu’est-ce que l’émergence ? In Jeux et enjeux de la science (pp. 66–86). Paris: Éditions Robert Laffont. 
Added by: admin (2009-03-01 06:20:59)   
Resource type: Book Article
BibTeX citation key: Thuillier1972
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Categories: Philosophie, Sciences
Keywords: émergence, matérialisme, réductionnisme, vitalisme
Creators: Thuillier
Publisher: Éditions Robert Laffont (Paris)
Collection: Jeux et enjeux de la science
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Notes
Article de (Thuillier, 1972, pp.66–86)

Thuillier, P. (1972). Jeux et enjeux de la science: Essais d’épistémologie critique. Paris: Éditions Robert Laffont.
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Quotes
pp.66-67   Les développements des sciences de la vie, si spectaculaires qu’ils soient, n’ont pas fait disparaître, chez les scientifiques eux-mêmes, les controverses épistémologico-philosophiques. […] La lutte entre ces deux doctrines [vitalisme versus mécanisme] n’est elle-même qu'un aspect particulier d’une guerre générale entre réductionnistes et émergentistes. Pour les premiers, les phénomènes observés à une certaine échelle peuvent s’expliquer (être « réduits ») par des phénomènes élémentaires observés à une échelle inférieure ; pour les seconds, une telle explication est impossible, les phénomènes « supérieurs » n’ayant pas leur cause dans des phénomènes « inférieurs ». En leur vocabulaire, on dira qu’il y a émergence ; le biologique est considéré comme émergent par rapport au physico-chimique, le psychique par rapport au biologique, et ainsi de suite.
     Outre son intérêt théorique, la question a des conséquences pratiques, puisque l’initiative de certaines recherches peut dépendre de la réponse qu’on lui donne. En la soumettant à l’analyse, on découvre qu’elle est généralement mal posée ; et qu’il est indispensable de dépouiller les concepts de réduction et d’émergence de leur sens métaphysique si l’on veut en faire un usage scientifique, c’est-à-dire opératoire.   Added by: admin
Keywords:   métaphysique émergence matérialisme mécanisme vitalisme
Comments:
Le dernier membre de phrase est curieux : « scientifique, c’est-à-dire opératoire ». Thuillier a certainement une conception de la science plus fine que ce raccourci audacieux.
     Il souligne avec raison que l’invocation de l’émergence est toujours une prise de position philosophique. Il voudrait ramener la question au niveau de la science. Mais ce ne sera alors plus la même question. En outre, à quelle science un concept scientifique d’émergence appartiendrait-il ? Il me semble que c’est un concept essentiellement métascientifique en ce sens qu’il s’agit d’un commentaire sur les sciences. Y a-t-il une science des sciences ? Est-il possible et souhaitable d’éliminer toujours et partout, de « réduire » la philosophie ?   Added by: admin  (2009-03-01 07:06:21)
p.68   Derrière le réductionnisme et le mécanisme, on soupçonne aisément l’influence du monisme naturaliste. Le sens général de cette doctrine peut se résumer en quelques propositions très simples : tout ce qui existe appartient à un même ordre de réalité et obéit à des lois immanentes et homogènes entre elles, —— tout est nature et tous les phénomènes ont leur fondement et leur explication dans les lois naturelles. Dans une telle optique, rien n’est émergent ; il n’y a pas de place pour une « âme » qui serait transcendante à son organisme biologique, ni pour un Dieu séparé. Au mieux, le monisme pourra être un panthéisme, Dieu étant confondu avec la Nature. Le monisme s’accorde bien avec l’idée que tous les êtres forment une grande chaîne continue ; ce qui peut se traduire sommairement par « l’homme descend du singe ». Diderot a exprimé plus poétiquement ce sentiment de la parenté de toutes choses en comparant l’homme et ses éléments constitutifs à un essaim et ses abeilles. Il faut d’ailleurs noter que si la matière explique alors la vie, la matière reçoit en retour des propriétés « vitales ». Le naturalisme fournit ainsi un cadre tout prêt aux théories évolutionnistes et aux explications réductionnistes en général.   Added by: admin
Keywords:   monisme ordre de réalité mécanisme réductionnisme
Comments:
Le « même ordre de réalité et l’immanence de l’explication sont le fait du matérialisme qui dit bien « tout est nature et tous les phénomènes ont leur fondement et leur explication dans les lois naturelles ».
     Il est vrai que certains philosophes ont voulu alors conférer à la matière inanimée des propriétés vitales, à voir un germe de vie dans toute matière, là où on verrait maintenant une organisation supérieure qui n’a nul besoin de germe de vie.   Added by: admin  (2009-03-17 07:31:11)
pp.74-75   On peut alors redéfinir l’émergence, avec Hempel et Oppenheim, en évitant tout recours aux théories dogmatiques dont il a été question. Un phénomène est qualifié d’émergent quand il est impossible, à partir des lois disponibles à une époque donnée, de le doter d’un explanans d’où sa description puisse être déduite. Ainsi l’émergence ne relève plus d’un dogme définitif, elle se ramène à une constatation (et à une constatation que le scientifique peut faire sans l’aide du philosophe ; d’autre part, elle est relative à un état historique du développement des sciences. […] Tel fait, hier émergent, demain sera réduit.   Added by: admin
Keywords:   émergence historicité
Comments:
Voilà une tentative intéressante de définition sérieuse de l’émergence. Il y introduit un caractère historique qui en ferait, il me semble, un concept intéressant l’histoire des sciences. Mais, voulant se dégager de toute dimension métaphysique, la définition ne rend pas l’apriorisme des émergentistes et ne satisfera pas les émergentistes eux-mêmes. L’émergentiste qui dit que la vie est émergente par rapport au monde de la physique et de la chimie, ou que la conscience est émergente par rapport au biologique, ne dit pas « je suis momentanément trop ignorant » et admettra encore moins qu’on le dise pour lui. Il affirme quelque chose qu’il considère comme essentiel et éternel. Sa position est philosophique, même s’il s’en défend (comme les tenants du dessein intelligent, les émergentistes auront tendance à prétendre que leur position est scientifique) et même si Thuillier préférerait en discuter sur un autre terrain.
     Je développe la comparaison avec le dessein intelligent : il s’agit dans les deux cas de l’affirmation a priori que la science ne pourra pas expliquer — l’évolution dans le cas du dessein intelligent — la vie ou la conscience dans le cas de l’émergentisme. En ce sens, il s’agit d’un refus, d’une négation de la science. (C’est un argument de de Duve (2006) contre la prétention du dessein intelligent à la scientificité.) Ces gens se mettent eux-mêmes à l’extérieur de la science, même s’ils prétendent que leur position est une théorie scientifique comme une autre.
     On pourrait appeler émergence « forte » celle au sens habituel d’un a priori émergentiste et dire que Thuillier définit ici une « émergence faible ».

de Duve, C., Meeùs, D., & Pestieau, D. 2006, September 20Aux origines de la vie: Sur l’évolution, darwin, le dessein intelligent et la science. Solidaire.   Added by: admin  (2009-03-17 06:53:51)
p.75   La communauté scientifique n’affirme pas de façon solennelle que tout sera réduit, mais il apparaît que le progrès des sciences signifie progrès des réductions ; parfois elles se dérobent, mais elles sont souhaitées et bien accueillies. La possibilité de « réduire » joue donc le rôle d’une grande hypothèse méthodologique. On a là presque une définition de la science : étudier scientifiquement un phénomène, c’est le mettre en relation avec d’autres phénomènes. Il suffirait d’ajouter que cette activité doit obéir à certaines normes (définition et mesure des « êtres » scientifiques, contrôle intervenant sous une forme ou sous une autre, etc,). L’émergentiste, en revanche, se trouve dans une situation toujours menacée : les émergences ressemblent à la peau de chagrin…
A moins… A moins qu’on ne demande à la science d’étudier comment les qualités « substantielles » se propagent des éléments vers le tout. On est en droit de regretter que la science du cheval ne se ramène pas à l’étude de la diffusion des « chevaléités » atomiques ; ou encore, comme on 1’a vu, que la physique ne recherche pas comment les « liquidités » atomiques de H et 0 expliquent la liquidité de l’eau. Cela supposerait que les atomes en question recèlent en eux une image réduite de toutes les « propriétés » qu’ils pourraient expliquer.   Added by: admin
Keywords:   émergence émergentisme réductionnisme science
p.77   Pour prouver que les phénomènes biologiques sont émergents, Elsasser utilise le principe de complémentarité de Bohr. Le moteur de sa démonstration consiste dans une généralisation analogique; de même qu’on a en physique une relation d’incertitude qui interdit d’avoir au même instant la localisation d’un corpuscule et sa quantité de mouvement, de même les observations relatives aux organismes vivants obéiraient au dilemme suivant : ou bien on observe l’animal vivant, et on fait de la biologie; ou bien on fait de la chimie, ce qui oblige à tuer l’animal. D’0ù il s’ensuit en toute simplicité que cette dernière science, portant sur un objet mort, n’a rien à voir avec la première. Cette complémentarité reproduirait à son niveau celle qui existe entre aspect corpusculaire et aspect ondulatoire (Elsasser, 1961, pp.27–58, 1963, pp.166–174).

Elsasser, W. M. (1961). Quanta and the concept of organismic law. Journal of Theoretical Biology, 1(1), 27–58.
Elsasser, W. M. (1963). Note on evolution in organismic theory. Journal of Theoretical Biology, 4(2), 166–174.   Added by: admin
Keywords:   émergence Bohr complémentarité Elsasser
Comments:
La complémentarité appartient à ce que Pauli appelait « l’Ancien testament » (Klein, 2005, p.160). Elle a malheureusement fait, et continue à faire, le bonheur de certains philosophes.

Klein, É. (2005). Il était sept fois la révolution: Albert einstein et les autres. Paris: Flammarion.   Added by: admin  (2009-03-17 08:08:14)
pp.80-81   Chaque science a en effet la responsabilité de l’organisation d’un « niveau épistémologique ». Ce concept de niveau possède un sens opératoire et se trouve au cœur des débats sur 1’unité des sciences. Un niveau épistémologique se définit par une échelle d’observation et un vocabulaire scientifique ; la science correspondante ne dépend, en droit, que d’el1e-même ; elle se juge en fonction de son aptitude à « mettre de 1’ordre », c’est-à-dire à découvrir des relations entre les phénomènes grâce à une conceptualisation et à une méthode efficaces. On ne connaît pas a priori la fécondité d’un niveau ; les responsables doivent l’aménager, y discerner des « êtres scientifiques » qui n’apparaissent pas d’emb1ée. Il faut procéder à une véritable construction des objets : l’objet « cyclone », l’objet « électron », l’objet « inconscient »…
     […] Envisager une réduction, ce n’est pas souhaiter la suppression de toutes les sciences sauf une, c’est seulement admettre comme légitime la possibilité d’établir entre elles des relations.   Added by: admin
Keywords:   niveau épistémologique conceptualisation objet scientifique réduction niveau réductionnisme
pp.84-85   L’étude objective des sciences ôte toute portée à l’émergentisme, qui par définition constitue une agression contre la démarche fondamentale de la science, à savoir l’effort pour relier X à Y par une loi. On relie d’abord les phénomènes d’un même niveau ; il est ensuite possible de relier entre eux des niveaux différents. Ainsi, la loi d’Ohm a été découverte à un certain niveau d’observation, puis mise en rapport avec des phénomènes relevant d’un autre niveau épistémologique (électrons, etc.)
     […] La notion de « réduction » […] si elle a un sens épistémologique, c’est essentiellement celui de « mise en relation d’une classe de phénomènes avec une ou plusieurs autres classes de phénomènes ».   Added by: admin
Keywords:   émergentisme loi niveau niveau épistémologique réduction réductionnisme
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