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Régnier, A. (1974). La crise du langage scientifique. Paris: Éditions Anthropos. 
Added by: admin (2008-06-14 16:14:54)   Last edited by: admin (2008-08-17 22:04:43)
Resource type: Book
BibTeX citation key: Regnier1974a
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Categories: Sciences
Keywords: dialectique, logique, verbalisme
Creators: Régnier
Publisher: Éditions Anthropos (Paris)
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pp.15-16, Chapter Avertissement   Quelques sarcasmes surprendront peut-être. Mais on remarquera qu’ici la banderille ne se substitue pas à la démonstration : elle l’introduit ou elle la conclut. On remarquera que l’analyse de textes que nous pratiquons met au jour des intentions qui cherchent à se dissimuler et que ne pas aller jusqu’au bout serait bien peu scientifique. On remarquera enfin que, s’il est nécessaire pour réduire les causes d’erreurs dans les discussions scientifiques de ne parler que du travail et jamais de l’auteur, cela n’est plus vrai dès lors que la valeur d’une idée est au contraire estimée selon le renom de qui la profère. Cette réanimation de l’argument d’autorité devait, à notre avis, trouver son contrepoids dans l’usage calculé du quolibet. Ajoutons que la prohibition de l’injure, de l’argument ad hominem et de la calomnie a toujours été limitée aux publications. Et ses pratiques d’arrière-cour ont rendu l’Université incapable d’assurer le sérieux de ses productions en même temps qu’elles livraient son destin entièrement aux luttes de factions. Ces deux choses sont d’ailleurs liées de bien des manières, dont la plus funeste est que la trop grande habitude de justifier l’injustifiable en vient vite à obnubiler le jugement.   Added by: admin
p.88, Chapter 3. Peut-on se servir de la dialectique hégélienne ?   La répartition des phénomènes en aspects inconciliables entre habituellement parmi les thèmes que les dialecticiens regroupent sous la rubrique de la critique du principe de contradiction. Cela peut s’admettre si l’on accepte que la dialectique se contente de propos vagues et métaphoriques, cela est plus difficile à tenir si elle doit fournir des observations précises concernant la logique et son application au réel. En effet, en supposant que l’existence d’aspects incompatibles dans le réel amène à proférer à la fois une proposition et sa négation, faudrait-il encore pour que le principe de contradiction soit enfreint, que les contenus respectifs de ces propositions réfèrent au même objet, au même instant et sous le même aspect, comme on dit en logique. C’est la dernière condition qui risque de faire défaut. Inversement on n’échappera, dans un tel cas, à la contradiction logique qu’en reconnaissant les deux discours qui se contredisent comme référant respectivement a des aspects distincts, ce qui n’est pas évident à priori et ce dont une contradiction pourra être le signe révélateur. Ainsi, le droit de se contredire est-il quand même accordé, d’une certaine façon, à la pensée.   Added by: admin
p.98, Chapter 3. peut-on se servir de la dialectique hégélienne ?   C’est le moment de dire un mot de la négation de la négation. Il s’agit là non d’un concept mais d’un symbole qui s’interprête et qui peut susciter des illuminations (ou des éblouissements) poétiques comme : Être, Non-être, Devenir. En donnant à « négation » des sens métaphoriques judicieusement choisis, ou en se rappelant que toute détermination est négation, adage éventuellement peaufiné grâce à la notion saussurienne de valeur, on peut tirer quelques plaisants effets rhétoriques de la négation de la négation. Mais son usage scientifique est nul.   Added by: admin
pp.253-254, Chapter 10. Le logicisme de Piaget   Métaphysicien de vocation et malacologue de métier, Jean Piaget, qui s’était distingué dans l’Histoire naturelle du nourrisson, adopta l’idée vénérable que les opérations intellectuelles sont des actes intériorisés. Il s’aperçut que les actes se composent entre eux pour en former d’autres :
Emplir le verre + le porter à la bouche + en avaler le contenu : boire un coup.
    Il entendit dire qu’il y avait en mathématiques des opérations qui se composaient entre elles pour en former d’autres et ce de telle façon qu’on jugeait bon de les réunir en familles appelées groupes. C’est ici que les choses se gâtèrent.
    La définition d’un groupe d’opérations est globale, autrement dit, un ensemble d’opérations est un groupe par des propriétés qu’il possède en tant que tout et non par des propriétés individuelles des opérations qui lui appartiennent. La première erreur de Piaget fut de confondre cela avec l’idée gestaltiste qu’une partie d’un tout est déterminée par ses rapports avec ce tout. Ainsi croyait-il opérer la jonction de la Psychologie moderne avec la Mathématique moderne. Une deuxième erreur de Piaget fut de ne pas comprendre ce qu’était exactement un groupe et de donner ce nom à des familles d’opérations qui ne le méritaient pas et qu’il fallut bien, plus tard, rebaptiser « groupements ».   Added by: admin
pp.341-343, Chapter 15. lacan ou le verbalisme amphigourique   Dans la science, la difficulté de faire saisir une idée neuve n’est pas d’aujourd’hui […] Aussi, tout novateur ne porte pas en lui un absolu dédain éprouve-t-il le besoin de s’exprimer de façon aussi accessible qu’il peut, évitant d’ajouter à l’étrangeté de son propos l’obstacle d’un style hermétique. […] La voie de la clarté peut dresser l’obstacle d’une lecture difficile dans son immédiat pour donner à qui fait l’effort de le franchir la récompense d’une profondeur libératrice. Il n’est pas d’expression hermétique vraie qui ne donne, une fois interprétée, le sentiment d’une force. Lorsqu’un style obscur révèle à l’analyse une idée grossière ou ambiguë, on sait qu’il est simple subterfuge pour dissimuler l’indigence. Symptôme bien connu, l’usage sans besoin d’un vocabulaire érudit trahit mieux que rien d’autre la futilité empanachée. Et lorsque, dans son abus du faste lexical, l’auteur prend un terme savant à contresens, on est sûr, et notamment chez un professeur, d’une malhonnêteté dont on ne sait pas où elle finit.
    Ces notions bien courantes ont disparu chez le public de ce Dr Lacan dont la syntaxe à prétentions mallarméennes passe pour la marque du génie et non pour ce qu’elle est à l’évidence : le signe d’un bluff . Chose plaisante, l’essai d’imitation de Mallarmé a dirigé Lacan sur un écueil dévastateur. Chez le poète, la recherche de la concentration conduit à une utilisation fréquente de l’incise comme une seconde main se tendant vers l’objet pour le saisir d’un autre côté et rendue coprésente à la première par l’insertion de son image dans l’autre. Lacan, lui aussi, multiplie les incises mais elles sont, au contraire, de diversion, allant jusqu’à pointer vers le ciel, à propos de bottes, un doigt pluridisciplinaire. L’incise de diversion, en général, n’est supportable qu’à ceux pour qui l’enchaînement des idées n’est pas un besoin. Et l’on peut en dire autant des fréquentes digressions familières aux auteurs dont le raisonnement est le point faible, comme c’est le cas chez Lacan. Dans la science, ces choses-là tuent, ou tuaient.
    On peut envisager de prendre le Dr Lacan pour un illuminé, ce qui ferait passer bien des choses. Mais il y a deux sortes d’illuminés, ceux qui ont du génie et ceux qui n’en ont pas. Lorsqu’ils évoquent des idées connues, on reconnaît les premiers à ce qu’ils les ont exactement, et parfois profondément, saisies. Lacan est désespérément des seconds, à voir comment il emploie les termes mathématiques et linguistiques dont il truffe ses Écrits et dont le sens se trouve dans le Petit Robert, pourtant. Mais cela n’empêche pas d’opérer sur les cerveaux à la mode le charme délétère des discours embrouillés de celui qui a annoncé que tout retour à Freud ne se produira « que par la voie d’un style ».
    Le plus intéressant dans cette affaire est la façon dont est compris par des intellectuels reconnus un discours absurde mais entortillé, manifestation de ce qu’on peut appeler le verbalisme amphigourique. Nous examinerons trois commentaires de ce que Lacan a prétendu mettre de linguistique dans la psychanalyse et qu’il fait graviter autour de sa formule : « L’inconscient est structuré comme un langage ». On imagine que dans le domaine du verbalisme, c’est-à-dire du discours dépourvu de sens déterminé, une étude prétendant à quelque rigueur doit se cantonner à ce de quoi on peut dire : « en tout cas cela implique que… » ou « en tout cas cela ne veut pas dire que… », ce qui réduit singulièrement la partie des textes sur laquelle on peut travailler.   Added by: admin
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