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Coppens, Y. (2008). L’histoire de l’homme: 22 ans d’amphi au collège de france. Paris: Éditions Odile Jacob. 
Added by: Dominique Meeùs (2012-12-21 22:52:04)   
Resource type: Book
ID no. (ISBN etc.): ISBN : 978-2-7381-1990-2
BibTeX citation key: Coppens2008
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Categories: Paléontologie
Creators: Coppens
Publisher: Éditions Odile Jacob (Paris)
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Notes
Cela commence en 1983, ce qui dans un secteur mouvant est très ancien, mais Yves Coppens introduit des notes autocritiques qui tiennent compte des avancées dans le domaine.
Added by: Dominique Meeùs  
Quotes
p.158   Se démarquant de l’histoire de la paléoanthropologie, l’histoire de la préhistoire se caractérise par trois grands traits : elle est parfaitement continue ; elle fonctionne comme une boule de neige, ne perdant rien, agglutinant au contraire, sans cesse, des inventions nouvelles ; elle se diversifie enfin ; ne se contentant pas de s’accroître en volume, elle enrichit sa trousse à outils comme se multiplient les activités des Hommes — 63 types d’outils ont été par exemple listés pour le Paléolithique inférieur et moyen par François Bordes en Europe occidentale, 92 pour le Paléolithique supérieur.
     Les plus anciens outillages connus au monde sont ceux réunis sous le terme de Shungurien par Jean Chavaillon et découverts sur la rive droite de la basse vallée du fleuve Omo en Éthiopie ; ils ont entre 3,3 et 2,3 millions d’années ; c’est une industrie majoritairement en quartz, de très petite taille et sur éclats qui compte, malgré son grand âge, quelques pièces à retouches (jusqu’à 5 % parfois) — lamelles, pièces à encoches, denticulés, burins.   Added by: Dominique Meeùs
Keywords:   préhistoire Paléolithique inférieur Paléolithique supérieur Paléolithique moyen
p.159   Les outillages qui, chronologiquement, vont suivre, appartiennent à l’immense complexe oldowayen, qui pourrait d’ailleurs bien commencer avec le Hadarien pour s’achever aux abords des premiers bifaces — ce qui lui donne un âge compris entre 2,5 ou 2,6 millions et 1,5 ou 1,6 million. […]
     C’est la grande période des galets taillés (ce qui ne veut pas dire que toute culture à base de galets taillés soit oldowayenne) au sein de laquelle on peut déjà distinguer des styles, des choix délibérés de matières premières, des tailles très élaborées en fonction des destinations qui leur sont attribuées, mais aussi des tailles élémentaires très opportunistes ; bien que les Hommes soient limités dans leurs aptitudes physiques et intellectuelles, ils n’en sont pas moins libres et révèlent, dans ces limites, leurs personnalités, leurs originalités, en plus de leurs réalisations stéréotypées.
     Pour donner une idée de la richesse de la gamme de produits qu’ils sont alors capables de créer, je citerai la liste des objets répertoriés par exemple par Jean Chavaillon sur le site de Gomboré 1, à Melka Kunturé, en Éthiopie : choppers latéraux, distaux, ciseaux doubles, à troncature, à pointe, récurrents, périphériques, polyèdres, rabots sur galets, grattoirs, becs à encoches ou denticulés sur galets, trièdres, 5 types de percuteurs, 21 types d’outils sur galets, 6 sortes de nucleus, 11 types d’outils sur éclats, racloirs, grattoirs, outils à encoches, outils denticulés, pièces à retouches bifaces, sans compter quelques pièces en os.   Added by: Dominique Meeùs
Keywords:   biface galet taillé
p.161   Après avoir établi ces deux listes des artisans potentiels et des outils, s’impose l’exercice de leur mise en rapport : qui a fait quoi ?
     Il n’est pas impossible du tout que certains Australopithèques aient été les tailleurs des tout premiers outillages, le Shungurien par exemple. Mais comme le Shungurien apparaît à certains comme un faciès local de l’Oldowayen, qu’un maxillaire d’Homo sp. vient d’être recueilli à Hadar dans un niveau d’au moins 2,3 millions d’années que 11 sites d’Olduvai montrent une association directe Oldowayen-Homo habilis (ou, en tout cas, ce qui est appelé comme cela par Phillip Tobias) et qu’un Oldowayen de 1,7 million d’années livre à Melka Kunturé un humerus d’Homo erectus, force est de reconnaître d’entrée une certaine indépendance à l’outil. Statistiquement, il n’en demeure pas moins vrai que ce sont les Hommes premiers, Homo habilis et Homo rudolfensis (si ce dernier existe), qui ont été les principaux tailleurs de choppers, mais ces hommes paraissent donc bel et bien avoir été précédés puis peut-être accompagnés dans cette maîtrise, par quelque(s) Australopithèque(s), comme il semble d’ailleurs qu’ils aient été suivis par des Hommes seconds, Homo ergaster et Homo erectus, sans que ladite maîtrise ait encore progressé.
     De manière comparable, il est incontestable que l’Homo erectus semble bien avoir été le principal artisan des Acheuléens, le principal tailleur de bifaces, mais, comme on vient juste de le voir, les premiers des Homo erectus faisaient bel et bien partie de l’Oldowayen (Gomboré 1 à Melka Kunturé, par exemple), tandis que les demiers des bifaces étaient bel et bien fabriqués par des Homo sapiens (Garba III à Melka Kunturé, par exemple).   Added by: Dominique Meeùs
Keywords:   Acheuléen Australopithèque biface chopper Homo erectus Homo ergaster Homo habilis Homo rudolfensis Homo sapiens Olduvai
p.162   Des constatations de décalage entre Hommes et cultures ont été faites également dans les parties moyenne et supérieure du Paléolithique : on avait en effet attribué à Neandertal, les industries « grossières » à éclats du Paléolithique moyen et à Cro-Magnon tous les outillages raffinés à lames du Paléolithique supérieur ; mais voilà que Neandertal n’a plus 50 000 ou 100 000 ans, mais au moins 500 000, si ce n’est 800 000, Homo sapiens non pas 40 000, mais 500 000 et Homo sapiens sapiens, 200 000 ; voilà que c’est l’Homo sapiens et même sapiens sapiens qui fait l’outillage du Paléolithique moyen, qui comporte d’ailleurs parfois des lames, en Afrique du Nord par exemple ou au Proche-Orient, et voilà que c’est le Neandertal qui se trouve être l’artisan des premières inventions du Paléolithique supérieur (Chatelperronien). Une fois de plus, la recherche d’un rapport trop strict entre nature et culture s’avère donc décevante ; l’outillage est comme une couleur que l’on voudrait appliquer à une surface bien circonscrite et qui échapperait à ses limites et en déborderait de manière imprévisible. Le Moustérien de Neandertal est le Moustérien de Cro-Magnon ; le Paléolithique supérieur de Cro-Magnon (lorsque ce dernier est contemporain de Neandertal) est le Paléolithique supérieur de Neandertal.
     Il est amusant, à propos de ces débordements, de constater que la culture est d’abord, pendant longtemps, en retard sur la nature et qu’ensuite c’est l’inverse qui se produit ; ce point d’inversion, que j’appellerai volontiers aussi le seuil culturel d’inversion ou reverse point, ne doit se placer que vers 100 000 ans. Il est particulièrement important car il situe le moment de majorité incontestable du libre-arbitre sur la réaction instinctive, les rapports de l’un et de l’autre ayant en fait évolué de manière continue comme un sablier.   Added by: Dominique Meeùs
Keywords:   Cro-Magnon Homo sapiens Homo sapiens sapiens Moustérien Neandertal Paléolithique moyen Paléolithique supérieur
p.163   En ce qui concerne le pourquoi, que nos disciplines sont tout à fait en mesure d’aborder contrairement à ce qui est frileusement dit parfois, il convient de différencier la raison pour laquelle les hommes fabriquent des outils, de plus en plus d’outils, des outils de plus en plus variés, de la raison pour laquelle un type d’Homme se met à fabriquer un certain type d’outils.
     C’est une évidence de dire que le corps redressé libérant en partie, puis complètement, les mains de la locomotion, ces extrémités des membres antérieurs au premier rayon opposable ont pu se saisir d’objets : le développement du système nerveux central aidant, un beau jour, un Australopithèque a délibérément (ou par accident) changé la forme de ces objets pour les rendre plus efficaces pour accomplir les tâches auxquelles il les destinait ; et à partir de ce moment-là, Préhumains puis Hommes n’ont plus cessé d’agir sur le monde et de le transformer à leur profit. Et l’échange permanent cerveau, main, c’est-à-dire outils, et langage, c’est-à-dire société, n’a plus cessé de se faire, multipliant et diversifiant de manière autocatalytique et amplifiée les outils qui se sont conservés pour notre réflexion.
     Les études de micro-usure des parties utilisées des outils ont permis quant à elles de répondre de mieux en mieux à l’autre pourquoi, passant de simples classifications construites sur les formes à des rangements solidement basés sur les fonctions ; grâce aux nombreuses expérimentations et à leurs examens au microscope optique ou même plus magnifiant, les cicatrices de la taille de la viande, de la peau, des cuirs, de l’os, du bois (de renne ou d’arbre), des plantes, mais aussi les polissages, les stries, les émoussés, les écaillures se sont en effet inscrits de telle manière dans l’outil que leur lecture a été celle des diverses activités évidemment croissantes des Hommes. Pour la première fois par exemple, on a pu dire à coup sûr qu’un grattoir avait gratté ou qu’un racloir avait raclé (ou pas) !   Added by: Dominique Meeùs
Keywords:   outil Australopithèque Préhumain cerveau main langage société grattoir racloir
p.178   On a bien compris désormais que la neandertalisation était un superbe exemple de dérive génétique ; les Hommes fossiles d’Europe qui en avaient bénéficié se chargeaient de plus en plus, avec le temps et de manière statistique, de traits dérivés ou autapomorphies ; un vieux Neandertal […] a une allure forcément plus moderne qu’un Neandertal plus récent, plus chargé de caractères neandertaliens.   Added by: Dominique Meeùs
Keywords:   dérive génétique Neandertal autapomorphie
pp.185-186   Vers la fin de l’Âge du bronze, il y a environ 3 000 ans, l’Armorique se met à fabriquer des haches un peu particulières que l’on nomme hache à douille, instruments en bronze, faits au moule en argile, creux et équipés d’un anneau. Ces haches se caractérisent par leur production abondante et leur stockage fréquent, sans autres objets associés (80 dépôts dans les Côtes-d’Armor par exemple, totalisant 6 500 haches, 90 dans le Finistère représentant 9 000 haches, 80 dans la Manche atteignant le record de 11 000 haches, etc.) ; elles se caractérisent aussi par leur enfouissement ordonné (parfois rangées en cercles, liées par une cordelette de chanvre, dans des sacs, des coffrets de bois, des poteries, des situles eux-mêmes placés dans des cachettes), par leurs différents calibres, par les défauts de leurs coulées, toutes caractéristiques qui rappellent celles de la monnaie. Les tailles variées évoquaient d’ailleurs bien une unité monétaire, avec ses multiples et ses sous-multiples ; quant au manque de soin dans la fabrication et à la très petite taille de certaines haches, ils évoquaient à leur tour le fait que ces objets n’étaient pas faits pour servir à ce à quoi leurs formes avaient l’air de les destiner ; leur grand nombre et leur stockage caché vont dans le sens de la même interprétation. Il faut ajouter que, comme des monnaies, on en trouve, cette fois, dispersées à travers toute l’Europe ; il faut dire aussi que de légères différences dans le décor font penser à différents ateliers qui marqueraient leur production (on en a identifié 7 en Bretagne et en Normandie « armoricaine »).
     Enfin, des mesures de leur composition ont achevé de confirmer cette lecture. Depuis longtemps, la variabilité de la tenue et celle de la couleur des haches avaient retenu l’attention (en tout cas la mienne) ; les plus anciennes étaient belles, fermes, vertes ; les suivantes (chronologiquement) toujours fermes, mais un peu plus grises et les plus récentes, complètement grises, sans éclat, sans tenue, comme partiellement fondues (elles ressemblaient aux cuillères de Salvador Dali). La quantification au spectrographe de masse des éléments (cuivre, étain, plomb) entrant dans leur composition a révélé en effet que, avec les années, le plomb avait augmenté au détriment du bronze (alliage cuivre-étain) au point de représenter à la fin la quasi-totalité de l’objet (en plomb « bronzé » pour lui conserver son apparence d’antan…) ; nous assistions ni plus ni moins à une dévaluation, un millénaire avant Jésus-Christ !   Added by: Dominique Meeùs
Keywords:   Armorique Âge du bronze dévaluation hache à douille monnaie
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