| Le monde dépend largement des combustibles fossiles pour ses besoins en énergie, et le charbon, le pétrole et le gaz naturel n’existent qu’en quantités limitées. Au rythme actuel de la consommation, rien ne restera dans quelques siècles de cet héritage fossile. Bien sûr, nous aurons sans doute développé d’ici là d’autres stratégies énergétiques, telles qu’une fusion nucléaire sûre ou l’énergie solaire, mais aussi en réduisant notre consommation par tête. Malgré tout, le pétrole s’est révélé être la source unique et irremplaçable de nombreux produits chimiques importants pour l’industrie. Le dilapider uniquement pour sa valeur énergétique est un crime odieux dont nous reportons la punition sur les générations futures. On peut concevoir l’existence d’une société technologique sans industrie pétrochimique, mais c’est beaucoup plus difficile que si elle en dispose. Il en va de même pour le gaz naturel : celui-ci, qui est composé d’un mélange de gaz plutôt communs, n’est pas particulièrement important pour l’industrie chimique. Il brûle proprement, et peut aussi bien être utilisé maintenant pour satisfaire nos besoins en énergie actuels. Mais la nature a veillé à ce qu’il représente notre seul réservoir naturel d’hélium gazeux, et l’hélium deviendra sans aucun doute un élément fondamental de l’industrie du siècle prochain. C’est en effet un refroidisseur idéal et irremplaçable pour les dispositifs supraconducteurs qui permettront un transport et un stockage efficaces de l’énergie. D’autre part, He3, un isotope rare de l’hélium, sera probablement la source de combustible des premiers générateurs d’énergie à fusion. Une société sage extrairait ce précieux hélium du gaz naturel (un procédé peu coûteux) et le réinjecterait dans le sous-sol en vue des besoins futurs. En réalité, on se contente de n’en récupérer que ce qui peut être vendu, principalement pour les ballons d’enfants et les deux dirigeables Goodyear existants. La plus grande part de notre hélium, dont nous pourrions bientôt avoir si désespérément besoin pour résoudre une vraie crise de l’énergie, est tout bonnement rejetée dans l’atmosphère, où elle se perd pour toujours. |