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Bunge, M. (2008). Le matérialisme scientifique S. Ayache, P. Deleporte, É. Guinet & J. Rodriguez Carvajal, Trans. Paris: Éditions Syllepse.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2017-04-01 21:24:07 Pop. 0%
      Une culture, en fait, est un système concret (matériel) enchâssé dans un système plus large — une société — et elle est composée de personnes vivantes engagées dans des activités de divers types, qui toutes mettent en jeu le néocortex du cerveau, dont certaines transcendent le niveau biologique et qui en dernière analyse sont toutes sociales, dans la mesure où elles impliquent l’ensemble de la société.
Changeux, J.-P. (2002). L’homme de vérité M. Kirsch, Trans. Paris: Éditions Odile Jacob.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2016-05-30 21:00:01 Pop. 0%
      Cette analyse ne met pas fin au débat entre nature et culture, mais elle le replace dans une perspective nouvelle. On ne peut plus désormais parler d’inné et d’acquis sans prendre en compte à la fois les données du génome, leur mode d’expression au cours du développement, l’évolution épigénétique de la connectivité sous ses aspects anatomiques, physiologiques et comportementaux. Cela peut paraître très difficile, voire presque impossible, surtout dans le cas du cerveau humain. Pourtant, cette conception du gène et de son expression, à la fois multidimensionnelle, non linéaire et hautement contextualisée, remet en cause des formulations qui ont un impact social très fort : comme les « gènes du bonheur » ou, au contraire, de « la nature strictement constructive du développement mental », dans le premier cas, on omet l’épigenèse, dans le second, la génétique.
     Le développement du cerveau humain se caractérise fondamentalement par cette « ouverture de l’enveloppe génétique » à la variabilité épigénétique et à l’évolution par sélection, celles-ci étant rendues possibles par l’incorporation dans le développement synaptique d’une composante aléatoire au sein des enchaînements de croissance synaptique en cascade qui vont des débuts de l’embryogenèse jusqu’à la puberté.
     Chaque « vague » successive de connexions, dont le type et la chronologie sont encadrés par l’enveloppe génétique, est sans doute en corrélation avec l’acquisition de savoir-faire et de connaissances particuliers, mais aussi avec la perte de compétences […] Le savoir inné et l’apprentissage épigénétique se trouvent étroitement entrelacés au cours du développement pré- et postnatal, où se manifestent l’acquisition de savoir-faire et de connaissances, l’entrée en action de la conscience réflexive et de la « théorie de l’esprit », l’apprentissage du langage, des « règles épigénétiques » et des conventions sociales. L’épigenèse rend possibles le développement de la culture, sa diversification, sa transmission, son évolution. Une bonne éducation devrait tendre à accorder ces schémas de développement avec le matériel pédagogique approprié que l’enfant doit apprendre et expérimenter. Petit à petit se met en place ce que Pierre Bourdieu appelle l’« habitus » de chaque individu, qui varie avec l’environnement social et culturel, mais aussi avec l’histoire particulière de chacun. Le caractère unique de chaque personne se construit ainsi comme une synthèse singulière de son héritage génétique, des conditions de son développement et de son expérience personnelle dans l’environnement social et culturel qui lui est propre.
     Du point de vue plus général de l’acquisition des connaissances, le savoir inné et la plupart des dispositions innées à acquérir des connaissances et à en mettre à l’épreuve leur vérité de manière consciente se sont développés à travers l’évolution des espèces au niveau de l’enveloppe génétique. Par ailleurs, la durée exceptionnellement longue de l’évolution épigénétique dont dispose le cerveau humain a permis une « incorporation » dans le cerveau de caractéristiques du monde extérieur sous forme de « savoir épigénétique ». Inversement, c’est aussi ce qui a rendu possible la production d’une mémoire culturelle qui ne dépende pas directement des limites intrinsèques du cerveau humain et puisse être transmise de manière épigénétique au niveau du groupe social.
Coppens, Y. (2008). L’histoire de l’homme: 22 ans d’amphi au collège de france. Paris: Éditions Odile Jacob.  
Added by: Dominique Meeùs 2012-12-22 18:13:24 Pop. 0%
      En ce qui concerne le pourquoi, que nos disciplines sont tout à fait en mesure d’aborder contrairement à ce qui est frileusement dit parfois, il convient de différencier la raison pour laquelle les hommes fabriquent des outils, de plus en plus d’outils, des outils de plus en plus variés, de la raison pour laquelle un type d’Homme se met à fabriquer un certain type d’outils.
     C’est une évidence de dire que le corps redressé libérant en partie, puis complètement, les mains de la locomotion, ces extrémités des membres antérieurs au premier rayon opposable ont pu se saisir d’objets : le développement du système nerveux central aidant, un beau jour, un Australopithèque a délibérément (ou par accident) changé la forme de ces objets pour les rendre plus efficaces pour accomplir les tâches auxquelles il les destinait ; et à partir de ce moment-là, Préhumains puis Hommes n’ont plus cessé d’agir sur le monde et de le transformer à leur profit. Et l’échange permanent cerveau, main, c’est-à-dire outils, et langage, c’est-à-dire société, n’a plus cessé de se faire, multipliant et diversifiant de manière autocatalytique et amplifiée les outils qui se sont conservés pour notre réflexion.
     Les études de micro-usure des parties utilisées des outils ont permis quant à elles de répondre de mieux en mieux à l’autre pourquoi, passant de simples classifications construites sur les formes à des rangements solidement basés sur les fonctions ; grâce aux nombreuses expérimentations et à leurs examens au microscope optique ou même plus magnifiant, les cicatrices de la taille de la viande, de la peau, des cuirs, de l’os, du bois (de renne ou d’arbre), des plantes, mais aussi les polissages, les stries, les émoussés, les écaillures se sont en effet inscrits de telle manière dans l’outil que leur lecture a été celle des diverses activités évidemment croissantes des Hommes. Pour la première fois par exemple, on a pu dire à coup sûr qu’un grattoir avait gratté ou qu’un racloir avait raclé (ou pas) !
Lévy, J.-P. (1997). La fabrique de l’homme. Paris: Éditions Odile Jacob.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2010-01-02 08:12:20 Pop. 0%
      Les idées forment les individus, les lient entre eux et assurent parfois leur survie
     Les cerveaux se modifient au rythme de leur absorption d’idées nouvelles. C’est ainsi qu’ils se forment depuis l’enfance et toute leur vie. C’est ainsi qu’ils échangent aussi leurs informations et progressent, faisant à leur tour progresser les idées, au gré des mutations qu’elles subissent parfois chez eux. Les idées sont la res cogitans de Descartes, distincte de la res extensa mais produite par elle et qui n’existe pas sans elle. Elles font les cerveaux et pourtant ne peuvent vivre sans eux : comme le demandait un Indien dans un roman de J. Harrison, Dalva : « Que deviennent les histoires, quand il n’y a personne pour les raconter ? » Ce qui est important, c’est que ce commensal permanent de nos cerveaux est ce qui les lient les uns aux autres. Sans l’échange des idées, il n’y aurait pas de société humaine, inversement sans elle, qui assure la pérennité et l’évolution des idées, il n’y aurait pas de cerveaux humains. C’est pourquoi chaque homme est un composant de sa société dont il ne peut être dissocié. Chaque individu, certes, est unique, et la qualité d’un cerveau tient en partie à sa capacité à être rationnellement lui-même, mais il ne peut l’être qu’à l’intérieur d’un cadre que sa culture lui trace. Il est essentiellement une accrétion d’idées, parmi lesquelles très peu appartiennent en propre au porteur, s’il en est. Elles lui viennent du réseau de cerveaux auquel il appartient, mais leurs associations sont chaque fois différentes et leur utilisation chaque fois modulée par la part émotionnelle et passionnelle de ce cerveau.
     Si rien du corps n’a des chances de persister après la mort et si aucune âme immortelle ne s’en échappera pour poursuivre son existence, la survie des idées, elle, est une évidence. Quel que soit l’individu, le souvenir qui en subsiste, tant que ceux qui l’on connu vivent, est en grande partie celui des idées qui l’habitaient. Elles sont en général banales, mais forment pourtant des combinaisons originales. C’est ce qui assure aussi la survie à long terme de certains êtres dont la production mentale a marqué d’autres cerveaux et quelquefois toute l’humanité. Il n’est pas d’autre survie, et celle-là est le plus souvent anonyme, mais elle est de mieux en mieux assurée depuis quelques milliers d’années : depuis que les idées se sont stabilisées elles-mêmes, en nous amenant à créer le dessin et l’écriture, ces mémoires accessoires capables de les conserver, même si meurent les cerveaux.
Lewontin, R. C., Rose, S., & Kamin, L. J. (1985). Nous ne sommes pas programmés: Génétique, hérédité, idéologie M. Blanc, R. Forest & J. Ayats, Trans. Paris: Éditions La Découverte.  
Added by: admin 2008-06-14 17:29:04 Pop. 0%
      Il y a un problème encore plus fondamental auquel doivent faire face les théoriciens de la nature humaine biologique. Supposons que la biologie du développement soit capable de dire quelle réponse développementale à l’environnement va donner tel génotype humain, par rapport à tel comportement. Dans ces conditions, les caractéristiques d’un individu pourraient être prédites, étant donné tel environnement. Or, celui-ci est de nature sociale. Et qu’est-ce qui déterminera l’environnement social ? D’une façon ou d’une autre, les caractéristiques des individus jouent, quoiqu’elles ne soient pas déterminantes. Il y a aussi un rapport dialectique entre l’individu et la société, chacun étant la condition du développement et de la détermination de l’autre. La théorie de ce rapport dialectique, où les individus à la fois font et sont faits par la société, relève d’un thème social, pas biologique. Les lois qui gouvernent les rapports de génotype individuel à phénotype individuel ne peuvent pas elles-mêmes fournir ces lois du développement de la société. En outre, il doit y avoir des lois qui relient les natures individuelles à la nature de la collectivité. Ces problèmes de la théorie sociale disparaissent dans la vision réductionniste du monde parce que, pour un réductionniste, la société est déterminée par les individus, sans qu’il y ait d’action en retour.
      Le monde réductionniste intégral tel qu’il apparaît dans les écrits sociobiologiques d’un E. O. Wilson (Sociobiology : The New Synthesis), ou d’un Richard Dawkins (Le gène égoïste) se fonde explicitement sur le dogme central de la biologie moléculaire : le gène prime ontologiquement sur l’individu et l’individu sur la société (*). Mais il se fonde tout aussi explicitement sur un ensemble de concepts économiques de gestion, en vogue dans les années soixante et soixante-dix : analyse des coûts, coûts marginaux des investissements, théorie des jeux, ingénierie et communication. Tout cela est transféré sans complexe par Wilson ou Dawkins dans le domaine naturel. En fait, ce réductionnisme intégral met en jeu un double mouvement : la vision du monde sociobiologique est tirée de l’observation de l’ordre social existant, puis, comme on peut s’y attendre et comme il est également arrivé à la théorie darwinienne de l’évolution avec le darwinisme social, elle est appliquée en retour à l’ordre social pour le légitimer […]
(*) Pour Jaques Monod [Hudson 1977:212] : « On a une équivalence logique exacte entre famille et cellules. Tout ceci est entièrement écrit dans la structure des protéines qui est elle-même inscrite dans l’ADN. »
      En fait, il s’agit d’une tentative d’explication systématique de l’existence sociale de l’homme, fondée sur deux principes : les phénomènes sociaux humains sont la conséquence directe du comportement des individus ; ces comportements individuels sont la conséquence directe de caractéristiques biologiques innées. Ainsi, le déterminisme biologique est une explication réductionniste de la vie humaine, pour laquelle les « flèches » de la causalité vont des gènes aux individus humains et des individus humains à l’humanité. Mais c’est davantage qu’une explication : c’est une position politique. Car si l’organisation sociale humaine, y compris les inégalités de statut, richesse ou pouvoir, est la conséquence directe de notre biologie, alors, en dehors de tel ou tel programme gigantesque de génie génétique, aucune pratique ne peut modifier significativement la structure sociale ou la situation des individus ou des groupes au sein de celle-ci. Ce que nous sommes est naturel, et donc fixé une fois pour toutes. Lutter, faire des lois, faire des révolutions même, tout cela est vain. À la longue les différences naturelles entre individus et entre groupes, fondées sur les universaux biologiques du comportement humain, rendront impuissants tous nos efforts naïfs pour restructurer la société. Nous ne vivons peut-être pas dans le meilleur de tous les mondes concevables, mais nous vivons dans le meilleur de tous les mondes possibles.
Prochiantz, A. (1989). La construction du cerveau. Paris: Hachette.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2010-07-18 09:34:49 Pop. 0%
      Le système nerveux central de l’homme forme une manière d’engramme de son histoire personnelle ; et l’individu humain, unique, donc non clonable, résulte d’une histoire sociale. Chez les abeilles, tous les individus sont à quelque chose près (qu’il ne faut évidemment pas nier) des clones. Deux humains, fussent-ils absolument identiques sur le plan génétique, ne sont jamais des clones, parce que l’histoire de chaque individu reste singulière, de la naissance à la mort. Or, cette histoire est marquée dans la structure physique, puisqu’elle s’inscrit dans la matière cérébrale même, à cause de l’importance de l’épigenèse qui va stabiliser tel circuit ou tel autre. Et si le langage, évidemment fondamental pour ce qui est de l’humanité de l’homme, se trouve lié à la structure d’une couche cérébrale particulière, à sa conformation synaptique, au nombre de cellules qui la composent et à tout autre trait de caractère épigénétique, alors le langage d’un individu a à voir avec le processus de son individuation: avec son histoire affective, intellectuelle, d’interactions avec les autres individus dans la société.
     L’individu humain est donc un individu extrême, et en même temps un individu social extrême ; à la fois le plus individuel et le plus social des animaux; le plus individuel parce que, par nature, le plus social. Voilà qui permet, me semble-t-il, de relancer sur de nouvelles bases les discussions souvent mal engagées sur l’inné et l’acquis.
     Prenons un exemple brûlant. Je suis convaincu que la perspective développementale que l’on vient de résumer est susceptible de réduire, sinon de dissiper complètement, l’hostilité qui s’est installée entre les neurobiologistes, ou ceux qu’on appelle les psychiatres biologistes, d’une part, et le courant psychanalytique, toutes obédiences confondues, d’autre part.
     Quand les biologistes décrivent les désordres comportementaux (névroses, psychoses...) comme inscrits dans la structure neuronale du cerveau, les psychanalystes interprètent à contresens et s’imaginent qu’on veut parler de quelque chose d’inné. Ils sont persuadés qu’on soutient, ipso facto, qu’il existe, par exemple, un gène de la schizophrénie ou de la névrose obsessionnelle, et que la maladie affecte automatiquement tout individu porteur du gène.
     Il faut bien leur accorder qu’à partir de données généalogiques démontrant, pour certaines formes de maladies mentales, une composante héréditaire, il s’est trouvé quelques idéologues qui ont tenté de généraliser et d’exploiter les résultats des recherches en biologie moléculaire pour soutenir de telles aberrations radicalement et exclusivement généticistes, qui menacent toujours d’être criminelles. Rappelons-nous les premières lobotomies !
     Mais il y a là un profond malentendu. La position des neurobiologistes sérieux consiste à affirmer, tout simplement, que la plupart de ces comportements sont liés à certaines structurations des réseaux neuronaux : ce qui ne signifie nullement que ces comportements soient innés ou qu’une quelconque composante génétique les rende fatals. On peut penser, au contraire, que ce sont des structures qui se sont construites au cours du développement de l’individu et qui se sont stabilisées du fait de l’environnement affectif que l’individu a dû affronter au fil de son histoire singulière. Dans cette perspective, une structure psychique névrotique peut, de fait, très bien correspondre à une structure de réseaux neuronaux.
     Prenons le risque de heurter un peu plus les convictions idéalistes de la majorité des psychanalystes en empiétant résolument sur leur domaine. Ne peut-on penser que la cure analytique correspond à une modification des réseaux neuronaux, qui s’effectue douloureusement dans les conditions du transfert au cours de l’anamnèse (la remontée vers les souvenirs d’enfance), puisqu’on sait que les neurones restent plastiques, chez l’homme, jusqu’à un âge avancé, sinon pendant l’entière durée de sa vie ? Si l’on a un jour la possibilité de visualiser certains de ces réseaux entiers, par exemple grâce à de nouvelles techniques d’imagerie médicale, on pourra peut-être trancher. J ’aime à penser qu’on pourra voir, au cours de la cure, s’opérer la modification de certains réseaux, et le dénouement de certains « nœuds » qu’on pourrait appeler, pourquoi pas, des « nœuds névrotiques ». Il n’y a rien là qui me paraisse scandaleux du point de vue de la neurobiologie. Pourquoi les psychanalystes s’en offusqueraient-ils ? Freud lui-même aurait-il rejeté cette hypothèse ?
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