| Feyerabend, P. K. (1996). Tuer le temps: Une autobiographie B. Jurdant, Trans. Paris: Éditions du Seuil. |
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| Last edited by: Dominique Meeùs 2009-10-09 11:41:02 |
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Tout cela [les explications simples de Popper] était plus facile à comprendre et plus plausible que les diverses formes de la logique inductive que j’avais trouvées chez Mill et Jørgensen. L’argument qui m’a finalement convaincu que l’induction était une escroquerie et que Popper a présenté au cours d’un séminaire de la British Society for the Philosophy of Science (c’est un argument de Duhem — mais Popper n’en dit rien) était que les lois de niveau supérieur (comme la loi de la gravitation de Newton) se trouvent souvent en conflit avec celles de niveau inférieur (comme les lois de Kepler) et que donc elles ne pouvaient pas en être dérivées, quel que soit le nombre d’hypothèses que l’on rajoutât aux prémisses. Le falsificationnisme semblait alors être une véritable alternative et j’ai craqué pour ça. Parfois je me sentais quelque peu mal à l’aise, en particulier quand je parlais avec Walter Hollitscher ; il semblait qu’il y ait un grain de sable dans la machine. Pourtant, j’utilisais la procédure dans divers domaines et j’en fis le point central de mes cours quand je commençai à enseigner. Aujourd’hui je vois cet épisode comme une illustration parfaite des dangers du raisonnement abstrait. Il y a beaucoup de philosophies dangereuses qui se promènent. Pourquoi dangereuses ? Parce qu’elles contiennent des éléments qui paralysent notre jugement. Le rationalisme, qu’il soit dogmatique ou critique, ne fait pas exception. Pire même : la cohérence interne de ses produits, la dimension apparemment raisonnable de ses principes, la promesse d’une méthode qui permettrait aux individus de se libérer des préjugés et le succès des sciences qui semblent être l’exploit principal du rationalisme lui confèrent une autorité presque surhumaine. Popper a non seulement fait usage de ces éléments, mais il y a encore ajouté un ingrédient paralysant de son propre cru — la simplicité. Donc, qu’est-ce qui cloche dans une philosophie cohérente qui explique ses principes d’une façon simple et directe ? Le fait qu’elle peut perdre le contact avec la réalité, ce qui veut dire, dans le cas d’une philosophie des sciences, avec la pratique scientifique. Une philosophie, après tout, n’est pas comme un morceau de musique qui peut donner du plaisir par lui-même. Elle est censée nous guider dans la confusion et peut-être nous fournir un programme pour changer. Popper savait qu’un guide ou une carte peuvent être simples, cohérents, « rationnels », tout en ne traitant de rien. Tout comme Kraft, Reichenbach et Herschel avant lui, il a alors fait une distinction entre la pratique des sciences et les normes de l’excellence scientifique et a déclaré que l’épistémologie n’avait affaire qu’à ces dernières : le monde (de la science, et du savoir en général) doit s’adapter à la carte, et non l’inverse. Pendant un certain temps j’ai raisonné de la même manière. C’était drôle de couvrir de mépris des traditions vénérables en prouvant qu’elles n’avaient « aucun sens sur le plan cognitif ». C’était même encore plus drôle de critiquer des théories scientifiques respectables en levant la baguette magique de la falsifiabilité. Je ne me rendis pas compte que j’acceptais une hypothèse importante et pas du tout évidente. Je croyais que les normes « rationnelles », dès qu’elles étaient appliquées rigoureusement et sans exceptions, pouvaient conduire à une pratique aussi flexible, riche, stimulante et technologiquement efficace que celle des sciences que nous connaissons déjà, que nous acceptons et que nous admirons. Mais l’hypothèse est fausse. Pratiqué avec détermination et sans concession, le falsificationnisme balaierait la science telle que nous la connaissons. Il y a quelques épisodes qui semblent obéir au modèle falsificationniste (mon exemple favori était la transition entre la théorie de l’horreur du vide et les conceptions de Torricelli et Pascal — jusqu’à ce que j’en sache plus). Mais la grande majorité des épisodes, et plus particulièrement ceux qui, selon Popper, montrent la science sous son meilleur jour, se sont déroulés d’une manière complètement différente. Ce qui ne veut pas dire que la science est « irrationnelle » — on peut rendre compte de chacune de ses étapes (comme le font des historiens comme Shapin, Schaffer, Galison, Pickering, Rudwick, Gould, Hacking, Buchwald, Latour, Biagioli, Pera et d’autres). Néanmoins, les étapes prises ensemble ne constituent que rarement un modèle cohérent obéissant à des principes universels, et les cas qui confirment de tels principes ne sont pas plus fondamentaux que les autres. À ce niveau-là, les arts et les sciences deviennent assez semblables. Dans l’art byzantin les visages étaient peints d’une façon sévèrement schématique : trois cercles dont la base du nez était le centre. La longueur du nez était égale à la hauteur du front et à la partie inférieure du visage — et ainsi de suite, selon la description du Manuel du peintre du mont Athos. Ces règles produisent des visages — mais dans une seule attitude (de face), sans détails et sans personnalité. Elles se trouvent en conflit avec presque tout ce qui ne relève pas d’une école byzantine particulière. De la même manière, les règles de Popper peuvent produire une science byzantine ; elles ne sont pas totalement inefficaces. Mais leurs résultats n’ont que très peu de chose à voir avec la science de Newton, Faraday, Maxwell, Darwin, Einstein et Bohr (Otto Neurath, il y a bien longtemps déjà, avait adressé exactement les mêmes critiques à Popper). |
| Garaudy, R. (1953). La théorie matérialiste de la connaissance. Paris: Presses universitaires de France. |
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| Last edited by: Dominique Meeùs 2010-11-28 12:02:45 |
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« Toute discussion sur la réalité ou l’irréalité de la pensée isolée de la pratique est purement scolastique. » (Marx, 2e thèse sur Feuerbach.) Un exemple typique de cette scolastique nous est fourni par la façon dont Carnap discute le problème de la valeur des données de l’expérience et « démontre » que ces données de l’expérience ne représentent qu’un certain degré de probabilité, qu’elles ne sont en réalité que des hypothèses. Carnap choisit cet exemple : « Cette clé est en fer », et il s’efforce de « démontrer » que la science est impuissante à établir la réalité de cette affirmation qui, selon lui, reste une hypothèse plus ou moins probable. Voici son raisonnement : Nous pouvons tenter de vérifier expérimentalement la réalité de l’affirmation p1, en vérifiant si la clé est attirée par l’aimant. L’issue positive de l’expérience fournirait la preuve partielle que la clé est en fer. « Nous pouvons après cela, poursuit Carnap, ou au lieu de cela, procéder à des expériences par les méthodes électriques, mécaniques, chimiques, optiques, etc. Si tous les résultats des expériences ultérieures s’avèrent positifs, la détermination de l’expression p1 augmente continuellement. Le nombre des conséquences tirées de p1 est illimité. Par conséquent, on aura toujours la possibilité de trouver à l’avenir des résultats négatifs. » Le caractère scolastique de cette argumentation apparaît plus nettement encore dans le développement que lui donne le Pr Henle (« On the certainty of empirical statements », The Journal of Philosophy, vol. 44 (1947), p. 625). Henle prend le même exemple, mais sous une forme plus générale : « Pour que l’expérience au moyen de l’aimant soit décisive, écrit-il, il faut avoir l’assurance que ce que nous mettons en contact avec notre objet est réellement un aimant. Supposons, poursuit gravement Henle, que des amis farceurs aient remplacé mon aimant par un morceau de fer ayant la même apparence !… Il faudra donc que je vérifie, par exemple que j’approche l’aimant d’une boussole. Mais la question se pose alors : la boussole est-elle réellement une boussole ?… Et ainsi de suite à l’infini. » On raisonne ainsi comme si l’expérimentateur devait agir en faisant abstraction de toute la pratique humaine précédente, de la pratique historique de la science. C’est une robinsonnade philosophique : notre agnostique se croit dans la situation de Robinson dans son île déserte, muni d’une clé et d’un aimant. Vendredi, qui est un farceur, peut avoir remplacé l’aimant par un morceau de fer non aimanté, et voilà Robinson obligé de vérifier lui-même le bon état de tous ses instruments en commençant par le commencement, et comme il n’y a pas plus de commencement que de fin, notre Robinson devient agnostique. En réalité, la science ne procède jamais ainsi. |
| Weinberg, S. (1993). Dreams of a final theory: Search for the ultimate laws of nature. Londres: Hutchinson Radius. |
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| Last edited by: Dominique Meeùs 2011-05-03 08:46:32 |
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| Some of it [current work on the philosophy of science] I found to be written in a jargon so impenetrable that I can only think that it aimed at impressing those who confound obscurity with profundity. |