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Bunge, M. (2008). Le matérialisme scientifique S. Ayache, P. Deleporte, É. Guinet & J. Rodriguez Carvajal, Trans. Paris: Éditions Syllepse.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2017-04-01 21:24:07 Pop. 0%
      Le dualisme psychophysique, ou la thèse selon laquelle il y a des esprits à côté des corps, est probablement la plus ancienne philosophie de l’esprit. Elle fait partie intégrante de la plupart des religions et a été introduite en philosophie par Platon. Descartes lui a donné une nouvelle tournure en expulsant tous les esprits du corps et en offrant ce dernier à la science — tout en conservant à la théologie et à la philosophie leurs droits sur l’âme. Beaucoup de philosophes modernes, ainsi qu’un certain nombre de scientifiques dans leurs moments philosophiques, ont adopté un dualisme d’une forme ou d’une autre, certains explicitement, la plupart de manière tacite. Des écoles de pensée entières l’ont endossé, par exemple la psychanalyse qui nous parle d’entités immatérielles habitant le corps, et les anthropologues et les historiens qui nous parlent d’une superstructure spirituelle chevauchant l’infrastructure matérielle. Toutefois, le sort du dualisme psychophysique a commencé à décliner depuis à peu près trois décennies sous l’action non concertée de la philosophie et de la psychologie. Je m’explique.
     Il y a au moins trois manières de saper la doctrine de l’immatérialité de l’esprit. L’une d’elles est de montrer qu’elle est défectueuse dans ses concepts, une autre est de montrer qu’elle est en désaccord avec la science, et une troisième consiste à proposer une meilleure alternative. Abordons les deux premières maintenant, en laissant la troisième pour le chapitre 5. [Voir aussi (Bunge, 1980).]
     Le défaut conceptuel le plus criant du dualisme psychophysique, c’est son imprécision : il n’énonce pas clairement ce qu’est l’esprit parce qu’il n’offre ni une théorie ni une définition de l’esprit. Tout ce que nous donne le dualisme, ce sont des exemples d’états mentaux ou d’événements mentaux : il ne nous dit pas ce qui se trouve dans ces états ni ce qui subit ces changements — excepté bien sûr l’esprit lui-même, de telle sorte que le dualisme est circulaire. Un second défaut capital du dualisme, c’est qu’il disjoint les états et les événements mentaux des choses qui pourraient être dans de tels états ou qui pourraient être l’objet de tels changements. Cette manière de concevoir des états et des changements va à l’encontre de la nature de la science : en fait dans toute science les états sont des états d’entités matérielles et les événements sont des modifications de ces états. La psychophysiologie remplit cette condition, mais pas le dualisme psychophysique. Un troisième défaut grave du dualisme, c’est qu’il est compatible avec le créationnisme mais pas avec l’évolutionnisme : en fait, si l’esprit est immatériel, alors il est au-dessus des vicissitudes de la matière vivante, c’est-à-dire de la mutation et de la sélection naturelle. En revanche, selon le matérialisme, l’esprit évolue en même temps que le cerveau (cf chap. 6).
     Mais le pire aspect du dualisme est qu’il bloque la recherche, parce qu’il est une réponse toute faite à tous les problèmes et qu’il refuse de regarder dans le cerveau pour découvrir l’esprit. (Il renforce ainsi la séparation entre la psychologie et la neurophysiologie, et en vertu de cela il favorise la psychothérapie verbale contre la psychothérapie comportementale ou médicamenteuse.) De la même façon, le dualisme entretient la superstition, en particulier la croyance en la télépathie, la psychokinésie, la voyance, la prévision de l’avenir, et les diverses entités immatérielles de la psychanalyse (le moi, le surmoi, le ça et la libido).
     En bref, le dualisme psychophysique n’est pas une théorie scientifique ni même une théorie : c’est seulement une partie des vieilles conceptions du monde magiques et religieuses : c’est de l’idéologie, ce n’est pas de la science. Il n’est pas étonnant qu’i1 soit remplacé par l’approche matérialiste selon laquelle l’esprit est un ensemble particulier de fonctions cérébrales. Nous développerons cela au chapitre 5.
Changeux, J.-P. (2002). L’homme de vérité M. Kirsch, Trans. Paris: Éditions Odile Jacob.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2016-05-30 21:00:01 Pop. 0%
      Cette analyse ne met pas fin au débat entre nature et culture, mais elle le replace dans une perspective nouvelle. On ne peut plus désormais parler d’inné et d’acquis sans prendre en compte à la fois les données du génome, leur mode d’expression au cours du développement, l’évolution épigénétique de la connectivité sous ses aspects anatomiques, physiologiques et comportementaux. Cela peut paraître très difficile, voire presque impossible, surtout dans le cas du cerveau humain. Pourtant, cette conception du gène et de son expression, à la fois multidimensionnelle, non linéaire et hautement contextualisée, remet en cause des formulations qui ont un impact social très fort : comme les « gènes du bonheur » ou, au contraire, de « la nature strictement constructive du développement mental », dans le premier cas, on omet l’épigenèse, dans le second, la génétique.
     Le développement du cerveau humain se caractérise fondamentalement par cette « ouverture de l’enveloppe génétique » à la variabilité épigénétique et à l’évolution par sélection, celles-ci étant rendues possibles par l’incorporation dans le développement synaptique d’une composante aléatoire au sein des enchaînements de croissance synaptique en cascade qui vont des débuts de l’embryogenèse jusqu’à la puberté.
     Chaque « vague » successive de connexions, dont le type et la chronologie sont encadrés par l’enveloppe génétique, est sans doute en corrélation avec l’acquisition de savoir-faire et de connaissances particuliers, mais aussi avec la perte de compétences […] Le savoir inné et l’apprentissage épigénétique se trouvent étroitement entrelacés au cours du développement pré- et postnatal, où se manifestent l’acquisition de savoir-faire et de connaissances, l’entrée en action de la conscience réflexive et de la « théorie de l’esprit », l’apprentissage du langage, des « règles épigénétiques » et des conventions sociales. L’épigenèse rend possibles le développement de la culture, sa diversification, sa transmission, son évolution. Une bonne éducation devrait tendre à accorder ces schémas de développement avec le matériel pédagogique approprié que l’enfant doit apprendre et expérimenter. Petit à petit se met en place ce que Pierre Bourdieu appelle l’« habitus » de chaque individu, qui varie avec l’environnement social et culturel, mais aussi avec l’histoire particulière de chacun. Le caractère unique de chaque personne se construit ainsi comme une synthèse singulière de son héritage génétique, des conditions de son développement et de son expérience personnelle dans l’environnement social et culturel qui lui est propre.
     Du point de vue plus général de l’acquisition des connaissances, le savoir inné et la plupart des dispositions innées à acquérir des connaissances et à en mettre à l’épreuve leur vérité de manière consciente se sont développés à travers l’évolution des espèces au niveau de l’enveloppe génétique. Par ailleurs, la durée exceptionnellement longue de l’évolution épigénétique dont dispose le cerveau humain a permis une « incorporation » dans le cerveau de caractéristiques du monde extérieur sous forme de « savoir épigénétique ». Inversement, c’est aussi ce qui a rendu possible la production d’une mémoire culturelle qui ne dépende pas directement des limites intrinsèques du cerveau humain et puisse être transmise de manière épigénétique au niveau du groupe social.
Charlesworth, B., & Charlesworth, D. (2003). Evolution: A very short introduction. Oxford et New York: Oxford University Press.  
Added by: Dominique Meeùs 2009-08-11 21:27:39 Pop. 0%
      Evolutionary change relies on the appearance of new variant forms of organisms: mutations. These are caused by stable changes in the genetic material…
Chomsky, N. (2001). Le langage et la pensée: Contributions linguistiques à l’étude de la pensée L.-J. Calvet, Trans. Paris: Éditions Payot & Rivages.  
Last edited by: admin 2010-12-12 18:09:05 Pop. 0%
      Lorsque nous nous demandons ce qu’est le langage humain, nous ne lui trouvons pas de similitudes frappantes avec les systèmes de communication animale. Il n’y a rien d’utile à dire sur le comportement et sur la pensée au niveau d’abstraction auquel la communication animale et la communication humaine se rejoignent. Les exemples de communication animale qui ont été jusqu’ici examinés partagent effectivement bien des propriétés avec les systèmes gestuels humains, et il serait raisonnable d’explorer la possibilité de relation directe dans ce cas. Mais il apparaît que le langage humain est fondé sur des principes entièrement différents. Ceci est je crois un point important, trop souvent dédaigné par ceux qui approchent le langage humain comme un phénomène biologique, naturel ; il semble en particulier relativement sans objet de spéculer sur l’évolution du langage humain à partir de systèmes plus simples — aussi absurde peut-être que de spéculer sur l’ « évolution » des atomes à partir de nuages de particules élémentaires.
     Pour ce que nous en savons, la possession du langage humain s’accompagne d’un type spécifique d’organisation mentale et pas simplement d’un degré élevé d’intelligence. L’idée selon laquelle le langage humain serait simplement un exemple plus complexe de quelque chose que l’on trouverait partout dans le monde animal semble n’avoir aucune solidité. Ceci pose un problème au biologiste car, si c’est vrai, c’est un bel exemple d’ « émergence » — apparition d’un phénomène qualitativement différent à un stade particulier de complexité d’organisation. C’est la reconnaissance de ce fait qui, quoique formulée différemment, a en grande partie motivé l’étude du langage à l’époque classique chez ceux qui étaient en premier lieu intéressés par la nature de la pensée.
Darwin, C. (1965). Textes choisis: La sélection naturelle, la descendance de l’homme. Paris: Éditions sociales.  
Added by: Dominique Meeùs 2009-07-01 06:24:47 Pop. 0%
      L’examen des fossiles nous démontre indiscutablement une évolution, et, en général (on note quelques cas de régression qui éliminent le mécanisme et l’idéalisme), cette évolution est progressive, c’est-à-dire que les individus, dans les espèces, échappent de mieux en mieux au déterminisme des lois de la physique et de la chimie en répondant à leurs propres lois physiologiques et psychologiques. Bien entendu, c’est un jugement subjectif, mais nous n’avons que celui-là à notre disposition…
     Mais pour le mutationnisme, aucun organisme, et dans l’organisme aucun organe, ne répondrait à un besoin.
      Ceci ne signifie pas du tout qu’il faille rejeter la mutation « de hasard » (dans le sens plein du mot) en tant que facteur d’évolution. […] On peut seulement dire que la mutation de hasard, telle que la conçoivent les « néo-darwiniens » (mutationnistes), est notoirement insuffisante pour expliquer l’évolution.
      […] comment, par exemple, concevoir que les coaptations ont pour origine des mutations « de hasard » ?
     […]
     Comme nous savons que le système solaire n’excède pas cinq milliards d’années d’âge, nous pouvons dire avec Aron et Grassé qu’ « une probabilité aussi faible équivaut dans la réalité à une inexistence ».
Référence (p. 86)
(probablement) Aron et [P.P.] Grassé, Biologie animale, éd. Masson, ou peut-être (p. 88) Précis de biologie animale.
      Ce qui les [Aron et Grassé] amène à conclure [et Hilaire Cuny conclut par cette citation sa section sur la notion de mutation] :
     « On nage dans l’invraisemblance, voire dans le fantastique. Ce n’est pas tout d’affirmer, encore faut-il que les néo-darwiniens soumettent leurs principes aux réalités. »
      En ce qui concerne le darwinisme, on doit tout d’abord noter que la « lutte pour l’existence » n’est pas aussi universelle que le croyait Darwin. […] la valeur évolutive de la sélection naturelle n’est pas aussi évidente que l’assurait Darwin.
     […]
     Ceci précisé, malgré ses imperfections, la théorie darwinienne de l’évolution reste, avec celle de Lamarck, à la base des recherches sur l’étonnante histoire de la vie et du transformisme dont le mécanisme subtil nous échappe encore.
Dawkins, R. (2003). Le gène égoïste L. Ovion, Trans. Paris: Éditions Odile Jacob.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2010-10-04 06:36:35 Pop. 0%
      La théorie du gène égoïste, c’est la théorie de Darwin exprimée d’une autre manière […] Plutôt que de se focaliser sur l’organisme individuel, elle prend le point de vue du gène sur la nature. Il s’agit d’une manière de voir différente, et non d’une théorie différente.
      J’aimerais écrire un livre exaltant le point de vue qu’a le gène sur l’évolution. Il devrait limiter ses exemples au comportement social, pour aider à corriger la théorie de la sélection inconsciente par le groupe qui s’infiltra dans le darwinisme populaire.
      […] ce livre […] va explorer les conséquences de la théorie de l’évolution sur un sujet bien précis. Mon but est d’examiner la biologie de l’égoïsme et de l’altruisme.
Dover, G. (2001). Dear mr darwin: Letters on the evolution of life and the human nature. Londres: Phoenix (Orion Books Ltd).  
Last edited by: Dominique Meeùs 2009-08-05 16:09:45 Pop. 0%
      The recent discoveries in biology are challenging how we think about biological evolution. We are entering a world of biology that lies far beyond the naivety of selfish genes and their supposedly lonely pursuits of self-replication and self-immortalization.
      Ed Lewis found that the same genes that caused homeotic transformations in the adult [of D. melanogaster] (for example, a pair of wings on T3 in place of halteres) also caused segment transformations in the larva.
     Three particular genes, which turned out to be among the first three Hox genes discovered, could be deleted from the chromosome and the resultant segments of the embryo examined. These genes are called Ultrabithorax (Ubx), abd-A and abd-B. If all three genes are deleted together, which is possible because they lie very near to each other on the same chromosome, the resultant larva has segment structures T1, (T2) × 10. In other words, ten of the segments have the structure of T2. lf Ubx is added back, the larva has segment structures T1, T2, T3, (A1) × 8. lf abd-A is added back as well, we have T1, T2, T3, A1, A2, A3, (A4) × 5.
     In the absence of all three Hox genes, all the segments except T1 would tum into T2, and if the larva could overcome this little problem and develop into an adult, we would have a fly with ten pairs of wings and eleven pairs of legs — something resembling Manchester United Football Team, to which I shall return later ! In the absence of only the Ubx gene, we get our four-winged fly. In the absence of abd-B, several of the most posterior segments resemble the fourth abdominal segment. And finally, in the absence of both abd-A and abd-B, all the abdominal segments look like the very first one.
de Duve, C. (1996). Poussière de vie: Une histoire du vivant A. Bucher & J.-M. Luccioni, Trans. Paris: Fayard.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2013-12-01 13:57:32 Pop. 0%
      En revanche, les savanes, étendues à ciel ouvert qui gagnaient sur les anciens espaces boisés, avaient bien des richesses à offrir à des créatures susceptibles de s’y adapter. Le bipédisme, auquel les ancêtres voisins du chimpanzé s’étaient déjà essayés, fit l’affaire. Il permettait à ces animaux de rester en position debout et d’acquérir ainsi une meilleure vision de leurs proies et de leurs ennemis à travers les herbes hautes ; et surtout, il libérait les mains.
     Observez les chimpanzés aujourd’hui, et vous comprendrez tout ce que les ancêtres que nous partageons avec eux avaient probablement réussi à faire avec leurs mains : porter leurs petits, se toiletter, ouvrir leur chemin à travers les fourrés, ramasser la nourriture, cueillir les baies et autres friandises, éplucher les bananes, porter les aliments à leur bouche, saisir leurs partenaires en amour, combattre leurs ennemis et leurs rivaux, chasser, faire des gestes, émettre des signaux et même utiliser des pierres et des bâtons comme armes ou comme moyen de se procurer la nourriture. Observez leurs yeux attentifs, leurs sourcils froncés, la moue de leurs lèvres lorsque leurs mains sont occupées à réaliser quelque opération délicate et manifestement réfléchie, et vous pourrez, avec un peu d’imagination, apercevoir les rouages d’une pensée en action sous ce front oblique. Ce qui s’est passé dans la jungle africaine il y a six millions d’années a joué un rôle essentiel dans l’apparition de la pensée humaine. Du cerveau à la main et, en retour, de la main au cerveau, ainsi s’initia un va-et-vient d'impulsions, s’amplifiant de lui-même, qui allait changer le monde.
de Duve, C. (2013). Sept vies en une: Mémoires d’un prix nobel. Paris: Éditions Odile Jacob.  
Added by: Dominique Meeùs 2013-01-13 09:54:03 Pop. 0%
      Au moment où j’écris ces pages, l’humanité vient d’entrer dans une phase critique de son existence, peut-être fatale, non pas suite à un échec, mais à cause d’un succès excessif. Quand je suis né, la population du globe comptait moins de deux milliards d’individus. Elle dépasse les sept milliards aujourd’hui, faisant peser sur l’avenir du monde des menaces qui risquent de devenir bientôt intolérables. Ces menaces ont des noms : perte de biodiversité, déforestation, désertification, changement climatique, épuisement des ressources naturelles, raréfaction des sources d’énergie, pollution de l’environnement, mégapoles surpeuplées, conflits et guerres, avec, comme cause commune l’expansion démographique. Je me borne à les mentionner, vu la place abondante qui leur est accordée dans les médias. Mon propos est plutôt d’en analyser les causes.
     Je le fais en biologiste, qui voit dans l’état actuel du genre humain la conséquence de propensions qui ont été imprimées dans les gènes par la sélection naturelle. Remontons quelque cent mille ans en arrière, à l’époque où nos ancêtres parcouraient les forêts ou la savane africaines, par petites bandes de trente à cinquante individus en moyenne, avec comme objectif principal survivre et se reproduire en utilisant au mieux les ressources de leur environnement. Pour réussir dans une telle entreprise, le chacun-pour-soi était de mise, mais tempéré par l’existence en groupes, au sein desquels il était plus avantageux de s’entraider que de se chamailler. D’où l’inscription dans le génome humain de l’égoïsme de groupe qui était favorable à nos ancêtres et ne s’est pas révélé depuis suffisamment nuisible pour en être extirpé.
     Le groupe dont je parle n’était pas le seul à tenter de survivre au cœur de l’Afrique. D’autres groupes semblables lui faisaient concurrence pour les meilleurs terrains de chasse et de cueillette et pour les conditions de climat et d’environnement les plus favorables, sans compter les femelles les plus désirables. À l’égoïsme à l’intérieur des groupes s’est donc ajoutée l’hostilité agressive entre groupes concurrents.
     Le temps a peu changé ces traits du patrimoine génétique humain. L’égoïsme de groupe et l’hostilité entre groupes restent de mise. Seuls les groupes ont changé. Ce sont moins des familles, des tribus ou des clans unis par des liens de parenté, mais plutôt des associations plus larges liées par l’ethnie, la nationalité, le territoire, la langue, la culture, l’appartenance politique, la religion, la profession, l’intérêt, le sport ou tout autre point commun qui les singularise et les différencie des « autres ». L’hostilité entre ces groupes continue de se manifester sous la forme de confrontations, allant de la joute pacifique aux conflits les plus meurtriers, que l’expansion démographique ne fait qu’exacerber.
      De l’origine de la vie à son histoire, il n’y avait qu’un pas ou, plutôt, une série de pas dont chacun m’a demandé un nouvel effort d’étude et de réflexion concrétisé dans un nouveau livre (de Duve, 1996). Le problème était simple au départ, car seules les grandes lignes de l’évolution biologique m’intéressaient. je laissais les détails aux experts. Par contre, ce qui a considérablement enrichi et, en même temps, stimulé ma réflexion, ce fut la théorie de la sélection naturelle de Darwin, que je n’avais rencontrée précédemment que dans ma critique du livre de Monod (de Duve, 1972).
     Je n’avais aucune difficulté à accepter la version contemporaine de cette théorie, qui ne fait que donner un habillage chimique (par l’ADN et l’appariement de bases) à ses fondements conceptuels. Il y avait d’abord le phénomène fondamental de la réplication, source, si elle est fidèle, de la continuité génétique et, par ses inévitables infidélités, de la diversité naturelle que les cultivateurs et les éleveurs ont longtemps exploitée pour créer, par le choix des géniteurs (sélection artificielle), des espèces végétales et animales possédant certains caractères génétiques désirables qui ont remplacé la plupart des espèces dites « sauvages » dans le monde d’aujourd’hui. Il y a ensuite, empruntée à l’économiste Thomas Malthus (1766-1834), la notion de lutte pour la vie (struggle for life) comme conséquence inéluctable de cette diversité naturelle laissée à elle-même. D’où la sélection obligatoire des variants les mieux adaptés à survivre et à se reproduire dans les conditions d’environnement existantes, reconnue par Darwin et, en même temps, par son compatriote et contemporain moins connu, Alfred Russell Wallace.
     J’admettais en outre, avec la grande majorité des évolutionnistes, que les modifications génétiques qui offrent à la sélection naturelle les objets de ses « choix » sont le fruit d’événements strictement accidentels, récusant par la même occasion la théorie du « dessein intelligent », en partie parce que ses soi-disant « preuves » ne sont pas convaincantes et, surtout, parce qu’elle n’est pas scientifique, étant fondée sur une affirmation indémontrable et infalsifiable, selon laquelle certains phénomènes ne sont pas explicables naturellement. Par définition, la science repose sur le postulat que les choses sont explicables naturellement, que l’on n’abandonnera que s’il est mis en défaut, ce qui ne s’est encore jamais passé. Il convient de ne pas confondre ici « inexplicable » avec « inexpliqué », dont il subsiste encore de nombreux cas.
     Un corollaire de la vision darwinienne classique, obvie mais rarement explicité, est que la sélection naturelle ne peut agir que sur les variants inclus dans le lot qui lui est offert par le hasard. D’autres formes mieux adaptées aux conditions ambiantes pourraient exister, mais, si elles ne sont pas offertes, elles n’émergeront pas. Ici, deux extrêmes se présentent à l’esprit : Ou bien le hasard offre à la sélection naturelle tous les variants possibles, auquel cas c’est la forme optimale qui sortira — et qui sortira à répétition si la situation se reproduit. C’est ce que j’ai appelé l’optimisation sélective. Ou bien le lot offert par le hasard ne contient qu’un très petit sous-ensemble des variants possibles, auquel cas le phénomène est gouverné par la contingence et a toutes les chances de ne pas être reproductible. Je n’ai pas souvenance d’avoir jamais vu le problème présenté sous cette forme, mais j’ai toutes les raisons de soupçonner que la deuxième éventualité a été retenue intuitivement par la majorité des évolutionnistes classiques, dont Jacques Monod, François Jacob, Ernst Mayr, George Gaylord Simpson, Stephen Jay Gould, pour ne citer que les plus connus. C’est ce que déclare implicitement Monod lorsqu’il écrit : « L’Univers n’était pas gros de la vie, ni la biosphère de l’homme » ; ou ce que sous-entend Jacob quand il parle du « bricolage » de l’évolution ; ou, encore ce qu’affirme Gould dans une allégorie aussi bancale que célèbre : « Rembobinez la bande et rejouez-la à partir d’un même début, le résultat sera tout à fait différent. »
     L’erreur, dans ce genre d’affirmations est de confondre hasard et improbabilité. Ce n’est pas parce qu’un phénomène est régi par le hasard qu’il en devient automatiquement improbable. Tout dépend du nombre d’occasions qui lui sont données de se produire, relativement à sa probabilité. Ainsi, comme je l’ai montré par un calcul simple (de Duve, 2005), j’ai 99,9 % de chances de gagner à pile ou face si la pièce est lancée une dizaine de fois, au jet d’un dé avec trente-huit essais, et même avec un billet de loterie de sept chiffres s’il y a soixante-neuf millions de tirages, soit, en moyenne, avec un nombre d’occasions égal approximativement à sept fois l’inverse de la probabilité de l’événement. Bien entendu, la loterie ne fonctionne pas ainsi. Mais il pourrait en être autrement pour l’évolution.
     C’est ce que suggèrent, notamment, les nombreux cas qui ne s’expliquent que par optimisation sélective dans une optique darwinienne. Un exemple particulièrement frappant est celui du mimétisme, le phénomène, fréquent dans la nature, par lequel, par exemple, sont nés des insectes qui ressemblent à s’y méprendre à la branche ou à la feuille sur laquelle ils sont juchés, ou des poissons qui ne se distinguent pas du fond sablonneux ou couvert de galets sur lequel ils reposent. Il est évident qu’une adaptation aussi précise à l’environnement n’a pu se faire, si elle a eu lieu naturellement, que par une longue succession d’étapes dont chacune a été retenue par la sélection naturelle, ce qui sous-entend qu’à chaque étape, le lot fourni par le hasard contenait une mutation suffisamment favorable à la poursuite du processus ou, du moins, compatible avec elle pour être retenue par la sélection naturelle.
     Ma pensée se rapproche ainsi sous une forme plus explicite de celle des évolutionnistes de la nouvelle génération, tels que Simon Conway Morris et Richard Dawkins, qui mettent en exergue les nombreux cas de convergence évolutive, le phénomène par lequel des formes de vie géographiquement séparées répondent indépendamment par une même adaptation à un même défi environnemental. Dawkins va jusqu’à retourner contre son auteur l’allégorie de Gould en affirmant que si on « rejouait la bande », le même récit en sortirait. Éclairée par ces notions, l’évolution de la vie apparaît devoir plus à la nécessité et moins au hasard qu’on ne le croit généralement, sans qu’il soit nécessaire pour expliquer ce fait de faire appel à un principe directeur finaliste extramatériel type « dessein intelligent ».
     Dans ce type d’estimation, il est important également de définir clairement l’événement dont on estime la probabilité. Ainsi, au jeu de bridge, que j’ai beaucoup pratiqué dans ma jeunesse et qui est devenu le domaine d’expertise de mon fils Alain, le nombre total des distributions possibles des cinquante-deux cartes parmi les quatre joueurs est 5 × 10exp28, soit cinquante milliards de milliards de milliards. C’est dire que la probabilité que la même répartition des cartes ait jamais été distribuée deux fois par hasard depuis que le jeu existe est proche de zéro. Mais ce qui intéresse le joueur, ce n’est pas ce chiffre, c’est la chance qu’il a de réussir un contrat, par exemple trois sans atout. Ici, à en juger par la fréquence avec laquelle un tel contrat est réussi en une soirée, l’événement devient banal.
     De même, le nombre de séquences différentes que l’on peut réaliser avec des acides aminés appartenant, comme les constituants des protéines, à vingt espèces différentes (espace des séquences), devient matériellement irréalisable avec des longueurs dépassant une trentaine d’acides aminés. Il faudrait une masse équivalente à 10exp54 fois la masse de l’univers pour contenir un exemplaire de chaque séquence possible de cent acides aminés, la longueur d’une petite protéine naturelle. Ce fait a été utilisé par les partisans du « dessein intelligent » comme argument massue contre la notion que la vie a pu naître naturellement. Ils ne tiennent pas compte du fait que la sélection naturelle ne joue pas sur les séquences comme telles, mais sur des caractères structuraux ou fonctionnels, tels qu’une activité enzymatique, par exemple, réalisables avec de très nombreuses séquences différentes. Surtout, l’argument néglige l’itinéraire parcouru pour atteindre une séquence donnée. D’après ce que nous savons, les protéines d’aujourd’hui sont nées par la combinaison modulaire de nombreux intermédiaires (par le biais de gènes d’ADN ou d’ARN) de séquence croissante dont chacun a été produit en un nombre suffisamment petit pour faire l’objet de la sélection naturelle.
     En conclusion, on peut se demander ce que penserait Einstein de ces nouvelles conceptions. On sait que, déterministe jusqu’au bout des ongles, le père de la théorie de la relativité abhorrait la notion de hasard, où il ne voyait qu’un écran pour notre ignorance. Il a exprimé ce sentiment par la phrase célèbre : « Dieu ne joue pas aux dés », à laquelle je réponds, au figuré, bien entendu : « Si, car Il est sûr de gagner. »
Edelman, G. M., & Tononi, G. (2000). Comment la matière devient conscience J.-L. Fidel, Trans. Paris: Éditions Odile Jacob.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2016-05-30 19:22:45 Pop. 0%
      Lorsqu’on contemple les modifications phénotypiques qui ont dû se mettre en place avant que le langage n’apparaisse ou ne soit inventé, la difficulté qu’on éprouve à reconstruire ses origines au cours de l’évolution ne devient que trop évidente. Premièrement, le précurseur des hominidés devait posséder une conscience primaire — c’est-à-dire une aptitude à, dans le présent remémoré, élaborer une scène dans laquelle des objets ou des événements à la fois liés et non liés entre eux, mais pris ensemble, avaient un sens au regard des valeurs et des souvenirs influencés par l’histoire de cet animal individuel. Une série de changements morphologiques ont ainsi conduit à la mise en place de la bipédie, de la possibilité de saisir des objets, liée à un sens tactile plus élaboré, et à la transformation du crâne. En même temps, ces modifications crâniennes ont permis que le larynx descende au cours du développement, libérant un espace au-dessus qui a permis de produire des sons de parole articulés. Aptes à communiquer, ces hominidés se sont servi de gestes et de sons pour développer des interactions sociales présentant un avantage sélectif pour la chasse et la reproduction.
     Et le cerveau ? C’est sans doute à cette époque que les structures corticales et sous-corticales permettant une riche catégorisation phonologique et la mémoire des sons de parole ont évolué. Cette étape cruciale dans l’émergence de la conscience de niveau supérieur a reposé sur l’apparition au cours de l’évolution de connexions réentrantes entre ces structures et les aires du cerveau responsables de la formation des concepts. Selon la théorie de la sélection des groupes de neurones, les répertoires des différentes aires cérébrales, opérant selon un principe de sélection, sont assez malléables pour s’adapter de façon somatique à une vaste gamme de changements phénotypiques corporels, comme l’émergence d’un espace supralaryngal. Cette plasticité résout un dilemme génétique et évolutif : des mutations corrélées et simultanées peuvent ainsi avoir lieu à la fois dans les parties altérées du corps et dans les cartographies neuronales altérées correspondantes. (Bien sûr, à la suite de l’ajustement somatique du cerveau à une mutation affectant le corps, des mutations ultérieures dans les gènes significatifs du point de vue neuronal ont pu s’accumuler au cours de l ’évolution pour le bénéfice de l’organisme.)
     Que faut-il pour que du sens et de la sémantique émergent des échanges ayant lieu au sein de la communauté de parole qui s’est développée chez les hominidés ? Premièrement, ces échanges doivent avoir des composantes affectives et émotionnelles liées au jeu des récompenses et des punitions. La relation émotionnelle précoce entre la mère et l’enfant et la toilette en sont probablement des prototypes, mais ce ne sont pas les seuls. Deuxièmement, la conscience primaire et les aptitudes conceptuelles devaient déjà être en place. (Avant le langage, les concepts dépendent de l’aptitude du cerveau à élaborer des « universaux » par le biais des cartographies de niveau supérieur de l’activité des cartes cérébrales perceptives et motrices.) Troisièmement, il faut que les sons deviennent des mots — des vocalisations développées au fil du temps au sein de l’histoire par ailleurs arbitraire d’une communauté de parole doivent être échangées et remémorées en liaison avec leurs référents. Enfin, certaines aires du cerveau doivent répondre à ces vocalisations, les catégoriser et connecter le souvenir de leur signification symbolique aux concepts, aux valeurs et aux réponses motrices. La valeur pour l’évolution de ces développements tient au souvenir des événements qui résulte des connexions réentrantes entre les aires qui médiatisent la mémoire pour les symboles de parole et les aires conceptuelles du cerveau.
Gould, S. J. (1979). Darwin et les grandes énigmes de la vie D. Lemoine, Trans. Paris: Pygmalion/Gérard Watelet.  
Added by: admin 2015-09-15 12:52:21 Pop. 0%
      L’importance de l’essai d’Engels ne réside pas dans ses conclusions elles-mêmes, mais dans l’analyse politique pénétrante par laquelle il montre que la science fondait son raisonnement sur une affirmation arbitraire : la primauté du cerveau.
     À mesure que les êtres humains maîtrisaient leur environnement matériel, continue Engels, de nouvelles techniques s’ajoutèrent à la chasse primitive : l’agriculture, le filage, la poterie, la navigation, les arts et les sciences, les lois et la politique puis, finalement, « le reflet grotesque des choses humaines dans l’esprit humain : la religion ». À mesure que la richesse augmentait, des groupes d’hommes s’emparèrent du pouvoir et contraignirent les autres à travailler pour eux. Le travail, source de toutes les richesses et premier moteur de l’évolution de l’homme, fut assimilé au statut de ceux qui travaillaient pour les dirigeants. Comme les dirigeants gouvernaient par leur volonté (c’est-à-dire par l’action de l’esprit), il apparut que le cerveau était lui-même le moyen du pouvoir. Les philosophes se mirent sous la protection de l’Église ou de l’État. Même si Platon n’avait pas consciemment l’intention de soutenir les privilèges des dirigeants à l’aide d’une philosophie prétendument abstraite, sa propre position sociale l’encourageait à insister sur la primauté, la domination de la pensée, considérée comme plus noble et plus importante que le travail qu’elle supervise. La tradition idéaliste a dominé la philosophie jusqu’à l’époque de Darwin. Son influence était si subtile et si pénétrante que même des matérialistes scientifiques, mais apolitiques, tels que Darwin n’y échappèrent pas. Il faut connaître un préjugé avant de le combattre. La primauté du cerveau semblait si évidente et si naturelle qu’on la tenait pour acquise, sans se douter qu’elle reflétait un préjugé social profondément ancré, lié à la position des penseurs professionnels et de leurs protecteurs dans la communauté. Et Engels conclut :
     « On a attribué tout le mérite des progrès rapides de la civilisation à l’esprit, au développement de l’activité du cerveau. Les hommes s’accoutumèrent à expliquer leurs actes par leurs pensées et non par leurs besoins. Ainsi, à mesure que le temps passait, une vision idéaliste du monde, en particulier depuis la disparition de l’ancien monde, s’est installée dans l’esprit des hommes. Elle s’exerce aujourd’hui encore à un degré tel que même les plus matérialistes des hommes de science, comme ceux de l’école de Darwin, sont incapables d’avoir une idée claire de l’origine de l’homme, parce que, soumis à cette idéologie, ils ne peuvent reconnaître le rôle joué par le travail. »
      En fait, nous devons au 19e siècle un exposé brillant, dont l’auteur surprendra sans doute beaucoup de lecteurs puisqu’i1 s’agit de Friedrich Engels. Engels a écrit en 1876, un traité intitulé le Rôle du travail dans le passage du singe à l’homme, qui ne fut publié qu’en 1896, après sa mort, et qui n’a malheureusement exercé aucune influence sur la science occidentale.
     Engels considère trois caractéristiques essentielles de l’évolution humaine : le langage, la taille du cerveau et la station debout. Il pense que la première étape a été la descente des arbres et que nos ancêtres, installés sur le sol, se sont progressivement redressés. « Ces singes, vivant sur le sol, perdirent l’habitude de se servir de leurs mains et adoptèrent une attitude de plus en plus droite. Ce fut une étape décisive du passage du singe à l’homme. » La position debout libérait les mains et permettait l’utilisation d’outils (c’est ce qu’Engels appelle le travail). Le développement de l’intelligence et le langage vinrent plus tard.
     « Ainsi, poursuit Engels, la main n’est pas seulement un outil de travail, c’est également le produit du travail. Ce n’est que par le travail, par l’adaptation à des opérations toujours nouvelles […], par l’utilisation toujours renouvelée des améliorations léguées par héritage dans des opérations nouvelles, de plus en plus complexes, que la main humaine a atteint le degré de perfection qui lui a permis de faire naître les peintures de Raphaël, les statues de Thorvaldsen, la musique de Paganini. »
Haldane, J. B. S. (1946). La philosphie marxiste et les sciences É. Bottigelli, Trans. Paris: Éditions sociales.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2013-01-13 09:12:01 Pop. 0%
      D’autre part, les biologistes voient à bon droit dans la sélection naturelle un processus purement négatif. Elle ne peut créer directement du nouveau, bien qu’elle crée certainement les conditions de son apparition. C’est pourquoi on a beaucoup réagi contre Darwin et il y a une tendance à expliquer l’évolution par le lamarckisme, par la seule influence du milieu, l’interférence créatrice, etc. Je pense qu’il y a aujourd’hui en Union soviétique une tendance à adopter le point de vue assez mécaniste de Lamarck, selon lequel les transformations produites par l’organisme en réponse à une transformation du milieu sont directement héréditaires ; cela n’est nullement un point de vue illogique ou impossible a priori, mais il semble faux à la lumière des recherches biologiques actuelles.
      Dans les violentes discussions qui ont lieu sur cette question en Union soviétique, quelques généticiens ont été traités d’antidarwiniens parce qu’ils avaient dépassé Darwin en rejetant les effets d’usage et de non-usage.
Hoquet, T. (2009). Darwin contre darwin: Comment lire l’origine des espèces. Paris: Éditions du Seuil.  
Added by: Dominique Meeùs 2009-07-04 16:52:59 Pop. 0%
      Mais pour les critiques les plus virulents du darwinisme Darwin a apporté une mauvaise réponse à une mauvaise question. […] Le reproche spécialement adressé à l’ouvrage de Darwin est la disproportion entre l’ambition avouée par son titre, l’outil proposé pour la résoudre et le projet général qu’il aurait fallu adopter. Cope regrette ainsi qu’à propos de l’évolution deux types de problèmes soient constamment mêlés: les preuves du fait de l’évolution, point que Darwin a largement établi par sa lutte vigoureuse contre la vieille orthodoxie des créations indépendantes; les preuves quant à la nature du progrès évolutif, point qui a été, selon Cope, largement négligé et sur lequel on n’a accumulé que récemment quelques éléments de réponse — Darwin et ses successeurs ont mis en évidence la loi de sélection naturelle; Spencer a tenté de formuler des «forces»; Cope propose la «loi d’accélération de de retard» (law of acceleration and retardation)… La sélection naturelle se trouve interprétée comme la première pièce d’un programme qui la dépasse et qu’il faut compléter.
Le titre de l’ouvrage de Darwin est le nœud que les critiques font jouer comme révélateur de ses supposés défauts: d’une part, il pose une question trop restreinte, puisque appliquée à un point taxinomique local (les espèces, produites à l’intérieur d’un même genre); d’autre part, il mobilise pour l’explication un concept insuffisant (la sélection naturelle[i]). L’[i]O[rigin of] S[pecies] se serait donc donné un but plus étroit que l’évolution et il l’aurait — c’est un comble! — traité avec la sélection naturelle, un outil encore trop restreint pour ses prétentions affichées. La «loi de sélection naturelle», cette même loi que Spencer a qualifiée de survival of the fittest, est jugée «purement restrictive, directive, conservatrice ou destructive de quelque chose qui a été créé auparavant». Du fait de cette interprétation purement négative (et non créative) de la sélection naturelle, les contemporains de Darwin se mettent en quête de lois véritablement originatives, précisément celles qui ont fourni ces matériaux: en d’autres termes, non plus les causes de l’origine des espèces, mais, en général, celles des lois de l’origine du fittest.
Jouary, J.-P., & Spire, A. (1983). Invitation à la philosophie marxiste. Paris: Messidor/Éditions sociales.  
Added by: Dominique Meeùs 2009-12-20 17:58:44 Pop. 0%
      Si on jette un coup d’œil sur la réalité dans son ensemble, ce qui apparaît d’abord, c’est un enchevêtrement […] Il s’agit là de l’apparence de la dialectique, qui est l’interaction.
     […]
     Ce qui apparaît ensuite, c’est que […] « Tout se meut, change, devient et périt ». Autrement dit, l’évolution est un aspect moins superficiel de la dialectique.
     […]
     Il n’est pas faux de dire que la dialectique est une théorie de l’interaction et du développement. Mais il convient d’aller plus loin et de ne jamais perdre du vue que ça renvoie à l’étude de la contradiction dans l’essence même de la chose.
     […]
     Il s’agit d’un appel à analyser concrètement de quelle manière chaque chose est dans son essence contradictoire […]
Lévêque, C. (2011). La nature en débat: Idées reçues sur la biodiversité. Paris: Le Cavalier Bleu.  
Added by: Dominique Meeùs 2014-02-26 09:14:56 Pop. 0%
      Pourquoi parle-t-on d’une sixième extinction de masse ? Les paléontologues ont mis en évidence l’existence au cours de l’évolution de cinq grandes périodes durant lesquelles une grande partie des espèces ont disparu de la surface de la Terre. La première il y a environ 445 millions d’années (Ma) aurait causé la disparition de 85 % des espèces. Des groupes comme les trilobites, les céphalopodes ou les échinodermes ont été particulièrement affectés. La seconde crise il y a 375 Ma a vu disparaître 75 % des espèces marines. La crise du Permien, il y a 250 Ma, a été la plus grave : près de 90 % des espèces marines disparaissent, et environ les deux tiers des insectes. Puis intervient la crise du Trias il y a 210 Ma qui affecte de nouveau les organismes marins, et enfin la crise de la fin du Crétacé, il y a 65 Ma, qui est la plus médiatisée puisqu’elle a vu disparaître les dinosaures qui avaient dominé la vie sur Terre pendant près de 140 Ma.
     Il s’agit là des principales extinctions massives, mais les paléontologues en recensent une vingtaine d’autres, d’ampleur plus ou moins importante. Au total, ce serait ainsi plus de 99 % des espèces ayant vécu sur Terre qui auraient disparu au cours de l’évolution.
Levins, R., & Lewontin, R. C. (1985). The dialectical biologist. Harvard: Harvard University Press.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2020-03-03 15:30:17 Pop. 0%
      The theory of organic evolution assumes that the processes of mutation, recombination, and natural selection have been the driving forces since the beginning of life, even before its organization into cells, and that these forces will continue as a characteristic feature of living organisms until the extinction of the living world. It is assumed that life in other parts of the cosmos will exhibit these same dynamic features. A commitment to the evolutionary world view is a commitment to a belief in the instability and constant motion of systems in the past, present, and future; such motion is assumed to be their essential characteristic. In the eighteenth century this belief was expressed for the nascent bourgeois revolution by Diderot: “Tout change, tout passe, il n’y a que le tout qui reste” (everything changes, all things pass, only the totality remains) [1830] 1951, p. 56). In the nineteenth century Engels expressed the socialist revolutionary ideology: “Motion in the most general sense, conceived as the mode of existence, the inherent attribute, of matter, comprehends all changes and processes occurring in the universe, from mere change of place right up to thinking” ([1880] 1934, p. 69).
     The growth in the ideology of change as an essential feature of natu-
ral systems was the necessary outcome of that slow but profound alteration in European social relations that we call the bourgeois revolution. The replacement of hereditary holders of power by those whose power derived from their entrepreneurial activities demanded an alteration in legitimating ideology from one of natural stasis and stability to one of unceasing change. The breaking down of the last vestiges of feudal society, in which peasant and lord alike were tied to the land; the ascendancy of merchants, financiers, and manufacturers; the growing power in France of the noblesse de la robe in parallel to the old noblesse de l’épée—all were in contradiction with a world view that saw changes in state as only occasional and unusual, the result of irregular reallocations of grace. Reciprocally, a world view that made change an essential feature of the natural systems was inconceivable in a social world of fixed hereditary relations. Humans beings see the natural world as a reflection of the social organization that is the dominant reality of their lives. An evolutionary world view, being a theory of the naturalness of change, is really congenial only in a revolutionizing society.
      Marx insisted that human history was part of natural history. By this he meant that the human species arose through its interactions with nature; that, like other animals, people have to eat and reproduce; and that human history should be understood not as the unfolding of great ideas or ethical advancement, but as the ways in which people act on nature to survive and the social relations through which production and reproduction are carried out. Engels (1880) developed the theme further in his essay “The Role of Labor in the Transition from Ape to Man.” Despite, or because of, his Lamarckian biases, Engels captured the essential feature of human evolution: the very strong feedback between what people did and how they changed. He saw “environment” not as a passive selective force external to the organism but rather as the product of human activity the special feature of the human niche being productive labor and cooperation, which channeled the evolution of hand and brain.
      The simple view that the external environment changes by some dynamic of its own and is tracked by the organisms takes no account of the effect organisms have on the environment. The activity of all living forms transforms the external world in ways that both promote and inhibit the life of organisms. Nest building, trail and boundary marking, the creation of entire habitats, as in the dam building of beavers, all increase the possibilities of life for their creators. On the other hand, the universal character of organisms is that their increase in numbers is self-limited, because they use up food and space resources. In this way the environment is a product of the organism, just as the organism is a product of the environment. The organism adapts the environment in the short term to its own needs, as, for example, by nest building, but in the long term the organism must adapt to an environment that is changing, partly through the organism’s own activity, in ways that are distinctive to the species.
     In human evolution the usual relationship between organism and environment has become virtually reversed in adaptation. Cultural invention has replaced genetic change as the effective source of variation. Consciousness allows people to analyze and make deliberate alterations, so adaptation of environment to organism has become the dominant mode. Beginning with the usual relation, in which slow genetic adaptation to an almost independently changing environment was dominant, the line leading to Homo sapiens passed to a stage where conscious activity made adaptation of the environment to the organism’s needs an integral part of the biological evolution of the species. As Engels (1880) observed in “The Part Played by Labor in the Transition from Ape to Man,” the human hand is as much a product of human labor as it is an instrument of that labor. Finally the human species passed to the stage where adaptation of the environment to the organism has come to be completely dominant, marking off Homo sapiens from all other life. It is this phenomenon, rather than any lucky change in the external world, that is responsible for the rapid expansion of the human species in historical time.
      Dialectical materialism is not, and never has been, a programmatic method for the solution of particular physical problems. Rather, dialectical analysis provides us with an overview and a set of warning signs against particular forms of dogmatism and narrowness of thought. It tells us: “Remember that history may leave an important trace”; “Remember that being and becoming are dual aspects of nature”; “Remember that conditions change and that the conditions necessary to the initiation of some processes may be destroyed by the process itself”; “Remember to pay attention to real objects in space and time and not lose them utterly in idealised abstractions”; “Remember that qualitative effects of context and interaction may be lost when phenomena are isolated”, and above all else, “Remember that all the other caveats are only reminders and warning signs whose application to different circumstances of the real world is contingent”.
Lévy, J.-P. (1997). La fabrique de l’homme. Paris: Éditions Odile Jacob.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2010-01-02 08:12:20 Pop. 0%
      Les limites
     Dans cet univers infini où notre place ne cesse de se restreindre et nos explications traditionnelles de s’effondrer, nous prenons conscience de l’incapacité humaine à totalement expliquer le monde, sans pouvoir espérer d’autres intelligences une future révélation. Ce n’est pas la connaissance du vivant qui sera l’obstacle. Les réponses aux questions que son existence soulève sont proches, quand elles ne sont pas déjà acquises. La vie est explicable de bout en bout, même si nous ne pouvons dire exactement aujourd’hui comment elle s’est initialement formée. La logique des scénarios possibles nous est connue, si bien que nous pourrons probablement progresser vers une certitude, même si nous ne parvenions pas à les reproduire en laboratoire. La pensée, dans la compréhension de ses mécanismes intimes, nous pose de difficiles questions, mais tout permet de croire que leur résolution est désormais engagée. L’âme humaine fabriquée par le cerveau, imparfaite et mortelle, ne devrait plus nous poser de problème : chacune certes restera singulière, mais nous savons pourquoi. Il n’existe même pas à proprement parler de nature humaine puisque nous n’avons fait que poursuivre l’exploitation de fonctions apparues avant nous. Tout cela ne nous prive en rien, pourtant, de notre dignité et des devoirs que notre humanité nous impose, si nous acceptons de considérer notre situation objective.
      L’univers dans lequel nous nous trouvons risque, en revanche, de rester plus impénétrable que le vivant. Nous ignorons jusqu’où il faudra progresser pour aller jusqu’au bout des questions : les particules supposées élémentaires le sont-elles vraiment ? N’ont-elles d’autre réalité que probabiliste ? Pourquoi la matière émerge-t-elle du vide ? Qu’est-ce que ce vide qui grouille de particules virtuelles et bouillonne d’énergie ? Quel sera le destin final de cet univers ? Comment peut-on même envisager une cause explicative d’un début alors qu’elle serait nécessairement hors du système ?
      Il ne suffit pas de se déplacer, il faut aussi disposer d’instruments de préhension pour capter les aliments, en réduire les dimensions et les broyer pour leur permettre de traverser la bouche, le pharynx (la gorge) et l’œsophage, et parvenir à l’estomac où va commencer la digestion. Beaucoup d’animaux ne disposent pour cela que de leurs mâchoires. Nos ancêtres quadrupèdes lointains, qui étaient dans ce cas, devaient posséder de volumineuses mandibules et de puissants muscles de la face pour les faire fonctionner et assurer leurs prises. Nous n’aurions jamais appris à penser si nous en étions demeurés là, car il ne reste pas assez de place dans ces petits crânes prolongeant une grosse face pour loger un cerveau aussi performant que le nôtre. Mais, du fait de l’évolution du bassin, qui permettait le redressement complet des préhominiens, la station verticale et la marche bipède, les mains se sont trouvées de plus en plus libres de devenir ce que sont les nôtres. Cela a nécessité aussi l’évolution de la patte arrière vers le pied, étape décisive que l’on oublie souvent, car on imagine mal que penser puisse dépendre des pieds. Les quadrupèdes redressés dont nous provenons disposaient désormais, comme bien des insectes ou crustacés, de membres spécialisés dans la préhension.
Voltaire. Le sottisier: Suivi des remarques sur le discours sur l’inégalité des conditions et sur le contrat social. Paris: Librairie Garnier frères.  
Added by: admin 2009-11-28 21:45:17 Pop. 0%
      Jean de Passilly [Bernard (de) Palissy ?], potier de terre au 15e siècle [16e ?], est le premier qui ait dit que la terre était pleine de monuments que les eaux y avaient laissés. Les coquillages de Touraine, nommés falun, en sont une bonne preuve ; ils démontrent que ce n’est point un déluge subit qui les a amoncelés, mais que l’eau de mer les a formés insensiblement par couches, dans un grand nombre de siècles.
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