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Darwin, C. (1965). Textes choisis: La sélection naturelle, la descendance de l’homme. Paris: Éditions sociales.  
Added by: Dominique Meeùs 2009-07-01 06:24:47 Pop. 0%
      Il est curieux de constater combien les travaux de Weismann ont influencé l’opinion scientifique dans la première moitié du 20e siècle. Le dogmatisme de Lyssenko a engendré dans le second quart de ce siècle un dogmatisme occidental tout aussi sclérosant que l’était le sien en U.R.S.S. Il en découla des prises de position extrêmes. Là, on en vint à nier, contre l’évidence, l’existence des chromosomes ; ici, les expériences furent entreprises dans le seul but de fournir des preuves contre l’hérédité de l’acquis, toutes autres tentatives étant déclarées suspectes de sans aucun intérêt.
     Heureusement, depuis une dizaine d’années, un revirement s’est opéré, tant à l’Est et chez les défenseurs de ce que l’on appela péjorativement le « mitchourinisme » (alors que les résultats techniques de Mitchourine sont en dehors de la critique) qu’à l’Ouest où l’on ne rencontre plus guère de biologistes qui n’acceptent pas de reconsidérer la question.
Huxley, J. (1950). La génétique soviétique et la science mondiale J. Castier, Trans. Paris: Stock.  
Added by: Dominique Meeùs 2009-08-03 13:51:51 Pop. 0%
      Il faut insister sur ce que le statut scientifique du mitchourinisme est fort différent de celui du néo-mendélisme. Celui-ci comprend un grand nombre de faits et de lois qui ont été vérifiés à mainte reprise, et de façon indépendante, par des savants du monde entier (et beaucoup d’entre eux aussi, par des amateurs et des étudiants) ; la constitution héréditaire qu’il postule — celle d’un grand nombre de gènes disposés de façon régulière à l’intérieur des chromosomes — a été établie comme objectivement vraie ; et ses principes théoriques découlent tous directement de ce fait central, d’une constitution particulaire portée par des chromosomes.
     D’autre part, beaucoup d’entre les résultats revendiqués comme faits par les mitchouriniens (savoir : l’hybridation végétative et l’hérédité des caractères acquis) ne se sont pas révélés susceptibles de vérification par les savant hors de la Russie ; et d’autres (savoir : la « dislocation » de l’hérédité par les croisements) s’interprètent également bien suivant les principes mendéliens. En outre, il est notoire que les mitchouriniens ont négligé beaucoup d’entre les précautions habituelles prises par les généticiens occidentaux pour assurer la validité de leurs expériences, et qu’ils ont, de propos délibéré, rejeté l’usage de l’analyse statistique pour contrôler la signification scientifique de leurs résultats numériques.
     […]
     Nous pourrions peut-être résumer de la façon suivante la différence entre les deux systèmes (et c’est une différence fort importante). Le mendélisme représente le développement cohérent d’un concept scientifique central, dont la formulation était nécessaire, comme étant la seule façon dont pouvaient s’expliquer certains faits observés. (Le concept était celui du facteur-unité de l’hérédité, appelé plus tard gène, et les fait étaient ceux qu’avait obtenus Mendel en croisant des variétés de pois.) Le développement a consisté, d’une part, en la généralisation de ce concept, et, d’autre part, en son perfectionnement.
     […]
     Le mitchourinisme, par contre, représente le promulgation d’une idée centrale ; et cette idée n’est pas la seule façon dont puissent s’expliquer les faits (puisque les uns s’expliqueraient également bien, ou mieux, comme étant dus à des méthodes défectueuses, et d’autres, comme dus à d’autres causes). Cette idée est dans une large mesure une idée préconçue, qui a été imposée aux faits, au lieu de naître d’eux ; quand les faits ne s’adaptent pas à l’idée, on en nie l’importance, ou même l’existence. À l’inverse du néo-mendélisme, il n’est pas quantitatif, du sorte qu’il manque de précision. Sa principale nouveauté, l’affirmation selon laquelle l’hérédité est le résultat de l’assimilation des influences extérieures, est fondée uniquement sur l’analogie, et non sur l’expérimentation ou l’observation scientifiques.
     Voilà ce que l’ai voulu dire lorsque j’ai déclaré que le mitchourinisme est une doctrine. C’est une doctrine essentiellement non scientifique ou pré-scientifique, appliquée à une branche de la recherche scientifique, et non pas en soi une branche de la science.
      On mit en scène, en Russie, des conférences spéciales pour discuter des mérites rivaux du néo-mendélisme et du mitchourinisme. La première de ces conférences eut lieu en 1936, à la place du Congrès international qui fut décommandé. […]
     Dans cette conférence, il fut manifeste que les savants, en général, prirent parti pour les néo-mendéliens, en dépit d’attaques violentes formulées contre eux dans la presse.
      Une seconde « controverse de génétique » fut mise en scène en 1939. […] Comme l’écrit Muller : « Cette fois, on fit apparaître les lyssenkistes comme les vainqueurs incontestables » tandis que les mendéliens étaient publiquement dénoncés et couverts d’opprobre.
      L’attitude des mitchouriniens ne peut être qualifiée que de non-scientifique. Dans leurs travaux, ils n’utilisent pas normalement les témoins scientifiques, les tests statistiques, ni les précautions scientifiques habituelles, telles que le souci de la pureté du matériel employé ; ils ne semblent jamais vérifier la validité d’explications sur d’autres bases ; et leur publication de méthodes et de données est fréquemment tout à fait insuffisante pour permettre, soit la répétition des travaux, soit l’appréciation convenable des résultats annoncés.
     […]
     Les mitchouriniens font, à maintes reprises, des énoncés de faits incorrects.
      Il est bon de noter ici la façon dont fut pour la première fois rendu public le fait de l’approbation du Parti communiste. Elle fut annoncée par Lyssenko lui-même au cours de la session de l’Académie d’agronomie. Toutefois, il ne fit pas cette annonce dans son rapport d’ouverture, mais seulement après la clôture de la discussion, au début de la dixième séance de la session, dans ses observations de conclusion, qui préparèrent le chemin à la résolution finale votée par l’Académie.
     Voici ce qu’il dit : « Camarades, avant de passer aux observations que je ferai en conclusion, je considère qu’il est de mon devoir de faire la déclaration suivante : La question est posée dans l’une des notes qui m’ont été transmises : Quelle est l’attitude du Comité central du Parti à l’égard de mon rapport ? Je réponds : Le Comité central du Parti a examiné mon rapport, et l’a approuvé. »
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