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Bunge, M. (2008). Le matérialisme scientifique S. Ayache, P. Deleporte, É. Guinet & J. Rodriguez Carvajal, Trans. Paris: Éditions Syllepse.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2017-04-01 21:24:07 Pop. 0%
      Il y a deux ensembles principaux de solutions au problème de la nature de l’esprit : le monisme psychoneural et le dualisme psychoneural. Alors que, selon le premier, dans un certain sens, l’esprit et le cerveau ne font qu’un, selon le dualisme ce sont des entités séparées. Toutefois, il y a des différences considérables entre les composantes de chacun des deux ensembles de solutions au problème corps-esprit. Ainsi, le monisme psychoneural se compose des doctrines alternatives suivantes : le panpsychisme (« Tout est mental »), le monisme neutre (« Le physique et le mental sont autant d’aspects ou de manifestations d’une seule entité »), le matérialisme éliminativiste (« Rien n’est mental »), le matérialisme réductionniste (« L’esprit est physique ») et le matérialisme émergentiste (« L’esprit est un ensemble de fonctions ou d’activités cérébrales émergentes »). De même, le camp dualiste est divisé en cinq sectes : l’autonomisme (« Le corps et l’esprit sont indépendants l’un de l’autre »), le parallélisme (« Le corps et l’esprit sont parallèles ou synchrones l’un à l’autre »), l’épiphénoménalisme (« Le corps affecte ou est la cause de l’esprit »), l’animisme (« L’esprit affecte, cause, anime ou contrôle le corps »), et l’interactionisme (« Le corps et l’esprit interagissent »).
     Aucune de ces conceptions n’est bien claire ; aucune d’entre elles n’est à proprement parler une théorie, c’est-à-dire un système hypothético-déductif avec un énoncé clair des postulats, des définitions et des conséquences logiques qu’on en tire. Chacune de ces conceptions sur la nature de l’esprit n’a donné lieu qu’à des formulations purement verbales et plus soucieuses de soumission à l’idéologie que de la prise en compte des données et des modèles produits par les neuroscientifiques et les psychologues. En particulier, bien qu’il y ait quantité d’arguments pour et contre la prétendue théorie de l'identité, ou théorie matérialiste de l’esprit, personne ne semble avoir produit complètement une telle théorie au sens strict du terme « théorie ». Tout ce dont nous disposons, en plus d’un certain nombre de modèles psychophysiologiques portant sur quelques fonctions mentales particulières, c’est une hypothèse programmatique — à savoir que l’esprit est un ensemble de fonctions cérébrales. Il est certain que cette hypothèse a eu un pouvoir heuristique énorme en guidant la recherche en neurophysiologie des processus mentaux. Elle est pourtant insufïisante parce que les scientifiques ont besoin d’une formulation plus explicite de la thèse selon laquelle ce qui « manifeste de l’esprit », c’est le cerveau, et parce que les philosophes trouveraient plus facile d’évaluer les assertions de la « théorie » de l’identité psychoneurale si elle était formulée avec quelque précision et avec un certain nombre de détails.
     Ce chapitre essaie précisément de remplir cet objectif en ce qui concerne une théorie particulière de l’identité psychoneurale, à savoir le matérialisme émergentiste. Il s’agit de la conception selon laquelle les états mentaux et les processus mentaux, tout en étant des activités cérébrales, ne sont pas simplement physiques ou chimiques ni même cellulaires, mais sont des activités spécifiques aux assemblages complexes de neurones. Ces systèmes, qui ont évolué chez certains vertébrés supérieurs, sont fixes (Hebb 1949) ou mobiles (Craik 1966, Bindra 1976). Ce chapitre est fondé sur un autre travail, plus complet et plus formel (Bunge 1980), qui utilise lui-même des concepts clés élucidés ailleurs (Bunge 1977a, 1979), particulièrement ceux de système, de biosystème et de biofonction. Seule l’ossature de la théorie est présentée ici.
Changeux, J.-P. (2002). L’homme de vérité M. Kirsch, Trans. Paris: Éditions Odile Jacob.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2016-05-30 21:00:01 Pop. 0%
      Si énigmes et problèmes subsistent […] cela ne devrait pas nous dissuader de nous intéresser en particulier à ce que Voltaire appelait la « matière pensante ». Bien au contraire. Car la chimie du cerveau ne présente guère d’ambiguïté à cet égard. Elle est constituée des mêmes éléments que la matière inorganique, et ceux-ci sont assemblés de façon à former des molécules organiques.
Changeux, J.-P. (1984). L’homme neuronal 5th ed. Paris: Fayard.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2011-01-02 15:35:12 Pop. 0%
      Le cerveau, machine à penser ? Bergson, dans Matière et Mémoire, écrivait que « le système nerveux n’a rien d’un appareil qui servirait à fabriquer ou même à préparer des représentations ». La thèse développée dans ce chapitre est l’exact contre-pied de celle de Bergson.
Chomsky, N. (2001). Le langage et la pensée: Contributions linguistiques à l’étude de la pensée L.-J. Calvet, Trans. Paris: Éditions Payot & Rivages.  
Last edited by: admin 2010-12-12 18:09:05 Pop. 0%
      Lorsque nous nous demandons ce qu’est le langage humain, nous ne lui trouvons pas de similitudes frappantes avec les systèmes de communication animale. Il n’y a rien d’utile à dire sur le comportement et sur la pensée au niveau d’abstraction auquel la communication animale et la communication humaine se rejoignent. Les exemples de communication animale qui ont été jusqu’ici examinés partagent effectivement bien des propriétés avec les systèmes gestuels humains, et il serait raisonnable d’explorer la possibilité de relation directe dans ce cas. Mais il apparaît que le langage humain est fondé sur des principes entièrement différents. Ceci est je crois un point important, trop souvent dédaigné par ceux qui approchent le langage humain comme un phénomène biologique, naturel ; il semble en particulier relativement sans objet de spéculer sur l’évolution du langage humain à partir de systèmes plus simples — aussi absurde peut-être que de spéculer sur l’ « évolution » des atomes à partir de nuages de particules élémentaires.
     Pour ce que nous en savons, la possession du langage humain s’accompagne d’un type spécifique d’organisation mentale et pas simplement d’un degré élevé d’intelligence. L’idée selon laquelle le langage humain serait simplement un exemple plus complexe de quelque chose que l’on trouverait partout dans le monde animal semble n’avoir aucune solidité. Ceci pose un problème au biologiste car, si c’est vrai, c’est un bel exemple d’ « émergence » — apparition d’un phénomène qualitativement différent à un stade particulier de complexité d’organisation. C’est la reconnaissance de ce fait qui, quoique formulée différemment, a en grande partie motivé l’étude du langage à l’époque classique chez ceux qui étaient en premier lieu intéressés par la nature de la pensée.
de Duve, C. (1996). Poussière de vie: Une histoire du vivant A. Bucher & J.-M. Luccioni, Trans. Paris: Fayard.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2013-12-01 13:57:32 Pop. 0%
      En revanche, les savanes, étendues à ciel ouvert qui gagnaient sur les anciens espaces boisés, avaient bien des richesses à offrir à des créatures susceptibles de s’y adapter. Le bipédisme, auquel les ancêtres voisins du chimpanzé s’étaient déjà essayés, fit l’affaire. Il permettait à ces animaux de rester en position debout et d’acquérir ainsi une meilleure vision de leurs proies et de leurs ennemis à travers les herbes hautes ; et surtout, il libérait les mains.
     Observez les chimpanzés aujourd’hui, et vous comprendrez tout ce que les ancêtres que nous partageons avec eux avaient probablement réussi à faire avec leurs mains : porter leurs petits, se toiletter, ouvrir leur chemin à travers les fourrés, ramasser la nourriture, cueillir les baies et autres friandises, éplucher les bananes, porter les aliments à leur bouche, saisir leurs partenaires en amour, combattre leurs ennemis et leurs rivaux, chasser, faire des gestes, émettre des signaux et même utiliser des pierres et des bâtons comme armes ou comme moyen de se procurer la nourriture. Observez leurs yeux attentifs, leurs sourcils froncés, la moue de leurs lèvres lorsque leurs mains sont occupées à réaliser quelque opération délicate et manifestement réfléchie, et vous pourrez, avec un peu d’imagination, apercevoir les rouages d’une pensée en action sous ce front oblique. Ce qui s’est passé dans la jungle africaine il y a six millions d’années a joué un rôle essentiel dans l’apparition de la pensée humaine. Du cerveau à la main et, en retour, de la main au cerveau, ainsi s’initia un va-et-vient d'impulsions, s’amplifiant de lui-même, qui allait changer le monde.
Garaudy, R. (1953). La théorie matérialiste de la connaissance. Paris: Presses universitaires de France.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2010-11-28 12:02:45 Pop. 0%
      La terre exista même avant tout être doué de sensibilité, avant tout être vivant. Nulle matière organique ne pouvait exister sur son globe aux premières étapes de son existence. La matière inorganique précéda donc la vie, et la vie dut se développer pendant des milliers de millénaires avant que l’homme apparut, et, avec lui, la connaissance.
     Les sciences nous conduisent donc à cette affirmation que le monde a existé dans des états où nulle forme de vie ni de sensibilité n’étaient possibles, c’est~à-dire à cette affirmation qu’il existe une réalité extérieure à la pensée et indépendante d’elle.
      Notons d’abord que le matérialisme ne nie nullement l’existence de l’esprit. La pensée existe. La matière existe. Il ne s’agit pas de « réduire » la pensée à la matière, mais de montrer que la matière est la réalité première et l’esprit la donnée seconde.
     Le matérialisme vulgaire, c’est-à-dire mécaniste, fait cette confusion. Vogt écrivait que « la pensée est dans le même rapport avec le cerveau que la bile avec le foie ou l’urine avec le rein ». Cette formule de la « sécrétion » de la pensée par le cerveau est proprement absurde et aussi inintelligible que la formule hégélienne de « l’aliénation » de l’idée qui engendrerait la nature, ou que la formule théologique de la Création du monde par l’Esprit.
     Dans les deux cas — celui de l’idéalisme et de la théologie, ou celui du matérialisme mécaniste — on rend incompréhensibles les rapports de la pensée et de la matière. Par opposition symétrique à un idéalisme qui prétend tirer la matière de la pensée, le matérialisme vulgaire réduit la pensée à des phénomènes mécaniques, physiques ou physiologiques, ou ne fait d’elle qu’un « épiphénomène ».
     […]
     La tâche de la théorie matérialiste de la connaissance ce sera de montrer que la pensée est issue de la matière mais nullement identique à elle.
      Il n’y a pas de pensée possible sans cerveau. Le cerveau est l’organe de la pensée. Mais la pensée n’est pas seulement un produit de l’activité physiologique du cerveau. La pensée, chez l’homme, est aussi un produit de l’activité sociale. Le cerveau est le substrat matériel nécessaire, l’organe de la pensée, mais la fonction de penser s’élabore dans la vie sociale.
Gould, S. J. (1979). Darwin et les grandes énigmes de la vie D. Lemoine, Trans. Paris: Pygmalion/Gérard Watelet.  
Added by: admin 2015-09-15 12:52:21 Pop. 0%
      L’importance de l’essai d’Engels ne réside pas dans ses conclusions elles-mêmes, mais dans l’analyse politique pénétrante par laquelle il montre que la science fondait son raisonnement sur une affirmation arbitraire : la primauté du cerveau.
     À mesure que les êtres humains maîtrisaient leur environnement matériel, continue Engels, de nouvelles techniques s’ajoutèrent à la chasse primitive : l’agriculture, le filage, la poterie, la navigation, les arts et les sciences, les lois et la politique puis, finalement, « le reflet grotesque des choses humaines dans l’esprit humain : la religion ». À mesure que la richesse augmentait, des groupes d’hommes s’emparèrent du pouvoir et contraignirent les autres à travailler pour eux. Le travail, source de toutes les richesses et premier moteur de l’évolution de l’homme, fut assimilé au statut de ceux qui travaillaient pour les dirigeants. Comme les dirigeants gouvernaient par leur volonté (c’est-à-dire par l’action de l’esprit), il apparut que le cerveau était lui-même le moyen du pouvoir. Les philosophes se mirent sous la protection de l’Église ou de l’État. Même si Platon n’avait pas consciemment l’intention de soutenir les privilèges des dirigeants à l’aide d’une philosophie prétendument abstraite, sa propre position sociale l’encourageait à insister sur la primauté, la domination de la pensée, considérée comme plus noble et plus importante que le travail qu’elle supervise. La tradition idéaliste a dominé la philosophie jusqu’à l’époque de Darwin. Son influence était si subtile et si pénétrante que même des matérialistes scientifiques, mais apolitiques, tels que Darwin n’y échappèrent pas. Il faut connaître un préjugé avant de le combattre. La primauté du cerveau semblait si évidente et si naturelle qu’on la tenait pour acquise, sans se douter qu’elle reflétait un préjugé social profondément ancré, lié à la position des penseurs professionnels et de leurs protecteurs dans la communauté. Et Engels conclut :
     « On a attribué tout le mérite des progrès rapides de la civilisation à l’esprit, au développement de l’activité du cerveau. Les hommes s’accoutumèrent à expliquer leurs actes par leurs pensées et non par leurs besoins. Ainsi, à mesure que le temps passait, une vision idéaliste du monde, en particulier depuis la disparition de l’ancien monde, s’est installée dans l’esprit des hommes. Elle s’exerce aujourd’hui encore à un degré tel que même les plus matérialistes des hommes de science, comme ceux de l’école de Darwin, sont incapables d’avoir une idée claire de l’origine de l’homme, parce que, soumis à cette idéologie, ils ne peuvent reconnaître le rôle joué par le travail. »
      En revanche, les savanes, étendues à ciel ouvert qui gagnaient sur les anciens espaces boisés, avaient bien des richesses à offrir à des créatures susceptibles de s’y adapter. Le bipédisme, auquel les ancêtres voisins du chimpanzé s’étaient déjà essayés, fit l'affaire. Il permettait à ces animaux de rester en position debout et d’acquérir ainsi une meilleure vision de leurs proies et de leurs ennemis à travers les herbes hautes ; et surtout, il libérait les mains.

Observez les chimpanzés aujourd’hui, et vous comprendrez tout ce que les ancêtres que nous partageons avec eux avaient probablement réussi à faire avec leurs mains : porter leurs petits, se toiletter, ouvrir leur chemin à travers les fourrés, ramasser la nourriture, cueillir les baies et autres friandises, éplucher les bananes, porter les aliments à leur bouche, saisir leurs partenaires en amour, combattre leurs ennemis et leurs rivaux, chasser, faire des gestes, émettre des signaux et même utiliser des pierres et des bâtons comme armes ou comme moyen de se procurer la nourriture. Observez leurs yeux attentifs, leurs sourcils froncés, la moue de leurs lèvres lorsque leurs mains sont occupées à réaliser quelque opération délicate et manifestement réfléchie, et vous pourrez, avec un peu d’imagination, apercevoir les rouages d’une pensée en action sous ce front oblique. Ce qui s’est passé dans la jungle africaine il y a six millions d’années a joué un rôle essentiel dans l’apparition de la pensée humaine. Du cerveau à la main et, en retour, de la main au cerveau, ainsi s’initia un va-et-vient d'impulsions, s’amplifiant de lui-même, qui allait changer le monde.
Laplane, D. (1992). La neuropsychologie s’intéresse-t-elle à la pensée ? In H. Barreau (Ed.), Le cerveau et l’esprit (pp. 3–14). Paris: CNRS éditions.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2009-10-06 04:11:52 Pop. 0%
      Résumé
     Le but de cet article est de rappeler que la neuropsychologie (prise ici au sens restreint du terme : étude des modifications du fonctionnement psychique par des lésions cérébrales) est une science des comportements, y compris verbaux. Trois exemples sont pris pour illustrer ce rappel : l’aphasie, pour montrer que la pensée le déborde de toute part et qu’aucun neuropsychologue ne saurait soutenir l’idée chère à certains philosophes et cognitivistes que la pensée se résume au langage ; la négligence unilatérale pour montrer que son assimilation à un défaut d’attention correspond à une inférence psychologique discutable ; la question de la conscience de l’hémisphère droit après section des commissures interhémisphériques pour souligner la tentation anthropomorphique contre laquelle le béhaviorisme n’arrive que difficilement à se défendre.
     La difficulté du problème vient de l’impossibilité de définir ce qu’est la pensée que nous ne connaissons que par expérience personnelle et que nous ne pouvons qu’attribuer aux autres dans la mesure où leur comportement nous renvoie à des expériences que nous connaissons. ll en résulte que si la science peut nous apprendre beaucoup sur le fonctionnement du cerveau et le mode de formation des éléments qui peuplent notre pensée, elle ne pourra jamais rien nous dire sur la pensée en tant que telle qui reste un problème philosophique.

Abstract
     The aim of this paper is to remind that neuropsychology is a science of behaviours including language. (Neuropsychology will be defined here restricively as the study of the psychic modifications from cerebral lesions). This is illustrated by three examples : aphasia, to show that thought overlaps language in any direction and that a neuropsychologist cannot support the idea defended by some philosophers and cognitivists that thought is restricted to language ; unilateral neglect to show that it assimilation to an attentional deficit is due to a disputable psychologic inference from a behaviour ; the question of the conscious awareness of the right hemisphere in split brain patients to emphasize that the behaviourism hardly avoids completely the anthropomorphic temptation.
     The difficulty of the problem raises from the impossibility to define what is tought which we know only by personal experience and which we can attribute to the others only as far as their behaviours echoes some experience of ours. Science has demonstrated its ability to tell us much on the working brain and the modalities of formation of the components of our thought. It will never be able, however, to say anything on the thought itself which remains a philosophical problem.
Lévy, J.-P. (1997). La fabrique de l’homme. Paris: Éditions Odile Jacob.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2010-01-02 08:12:20 Pop. 0%
      Les limites
     Dans cet univers infini où notre place ne cesse de se restreindre et nos explications traditionnelles de s’effondrer, nous prenons conscience de l’incapacité humaine à totalement expliquer le monde, sans pouvoir espérer d’autres intelligences une future révélation. Ce n’est pas la connaissance du vivant qui sera l’obstacle. Les réponses aux questions que son existence soulève sont proches, quand elles ne sont pas déjà acquises. La vie est explicable de bout en bout, même si nous ne pouvons dire exactement aujourd’hui comment elle s’est initialement formée. La logique des scénarios possibles nous est connue, si bien que nous pourrons probablement progresser vers une certitude, même si nous ne parvenions pas à les reproduire en laboratoire. La pensée, dans la compréhension de ses mécanismes intimes, nous pose de difficiles questions, mais tout permet de croire que leur résolution est désormais engagée. L’âme humaine fabriquée par le cerveau, imparfaite et mortelle, ne devrait plus nous poser de problème : chacune certes restera singulière, mais nous savons pourquoi. Il n’existe même pas à proprement parler de nature humaine puisque nous n’avons fait que poursuivre l’exploitation de fonctions apparues avant nous. Tout cela ne nous prive en rien, pourtant, de notre dignité et des devoirs que notre humanité nous impose, si nous acceptons de considérer notre situation objective.
      L’univers dans lequel nous nous trouvons risque, en revanche, de rester plus impénétrable que le vivant. Nous ignorons jusqu’où il faudra progresser pour aller jusqu’au bout des questions : les particules supposées élémentaires le sont-elles vraiment ? N’ont-elles d’autre réalité que probabiliste ? Pourquoi la matière émerge-t-elle du vide ? Qu’est-ce que ce vide qui grouille de particules virtuelles et bouillonne d’énergie ? Quel sera le destin final de cet univers ? Comment peut-on même envisager une cause explicative d’un début alors qu’elle serait nécessairement hors du système ?
      Il ne suffit pas de se déplacer, il faut aussi disposer d’instruments de préhension pour capter les aliments, en réduire les dimensions et les broyer pour leur permettre de traverser la bouche, le pharynx (la gorge) et l’œsophage, et parvenir à l’estomac où va commencer la digestion. Beaucoup d’animaux ne disposent pour cela que de leurs mâchoires. Nos ancêtres quadrupèdes lointains, qui étaient dans ce cas, devaient posséder de volumineuses mandibules et de puissants muscles de la face pour les faire fonctionner et assurer leurs prises. Nous n’aurions jamais appris à penser si nous en étions demeurés là, car il ne reste pas assez de place dans ces petits crânes prolongeant une grosse face pour loger un cerveau aussi performant que le nôtre. Mais, du fait de l’évolution du bassin, qui permettait le redressement complet des préhominiens, la station verticale et la marche bipède, les mains se sont trouvées de plus en plus libres de devenir ce que sont les nôtres. Cela a nécessité aussi l’évolution de la patte arrière vers le pied, étape décisive que l’on oublie souvent, car on imagine mal que penser puisse dépendre des pieds. Les quadrupèdes redressés dont nous provenons disposaient désormais, comme bien des insectes ou crustacés, de membres spécialisés dans la préhension.
      Au total, des phénomènes chimiques très simples, mettant en œuvre un petit nombre de molécules, expliquent l’influx nerveux de repos, sa modulation en période d’excitation et sa transmission, électrique tout le long du neurone, puis chimique dans les synapses. La nature du médiateur libéré par le neurone conditionne par ailleurs sa fonction précise : dans le cortex, les neurones les plus nombreux libèrent du glutamate et exercent ainsi une fonction activatrice, mais d’autres libèrent du GABA (acide gamma-aminobutyrique) et sont au contraire inhibiteurs de l’activation. De même, les neurones de certains noyaux du tronc cérébral envoient dans tout le cerveau de longs axones qui sécrètent de la dopamine ou de la sérotonine, ou d’autres médiateurs qui conditionnent le type de réponse des neurones récepteurs et, par conséquent, une fonction cérébrale précise. Ce qui peut surprendre finalement, c’est qu’il ne se passe rien d’autre dans les neurones que des phénomènes physiques et chimiques aussi simples, même lorsqu’il s’agit d’expliquer la pensée !
      Un cerveau à la fois banal et exceptionnel
     Au total, la fabrique de la pensée humaine ne se distingue des autres encéphales que par très peu de choses. Les neurones sont les mêmes et ils émettent les mêmes influx nerveux. Les structures sont conservées depuis les mammifères primitifs, et les mêmes organes constituent le cerveau. Seul nous caractérise le développement considérable du néocortex qui a multiplié le nombre de ses neurones et de leurs connexions, et du même coup les possibilités de diversification des aires spécialisées dans l’analyse des données, leurs associations et les décisions qui peuvent résulter de leur utilisation. Mais une autre particularité de l’homme est essentielle : son interminable capacité à restructurer son encéphale, c’est-à-dire à apprendre. Dans un sens, il a la chance de rester toute sa vie un enfant. Les systèmes nerveux des animaux les plus primitifs sont si semblables, d’un animal à l’autre, que l’on peut retrouver et numéroter chacun des neurones, dotés de fonctions strictement identiques, de l’aplysie ou de la daphnie. Avec leur multiplication, chaque neurone se dispose de façon plus variable, même si le plan d’ensemble est strictement réalisé selon un programme génétique commun, si bien qu’il serait illusoire, déjà chez la souris, de chercher à individualiser chaque cellule nerveuse. Deux souris, même de souches pures, ne sont pas absolument identiques. Chez l’homme, cette démarche serait d’autant plus vaine que le nombre des neurones s’est encore considérablement accru, mais surtout parce que la phase de structuration épigénétique, qui se poursuit des décennies, prend une place considérable et fait de chaque encéphale une entité unique. Le cerveau humain est un produit exceptionnel qui, rappelons-le, est encore loin d’avoir atteint son poids définitif à la naissance, puisqu’il pourra se multiplier ensuite par cinq, laissant d’énormes possibilités d’apprentissage, c’est-à-dire de remaniement cérébral.
      Qu’est-ce qui pense ?
     C’est dans le cerveau que naît la pensée, on le sait depuis l’Antiquité. Certes, Aristote, comme les Amérindiens et bien d’autres, la localisait dans le cœur, mais Platon et les médecins, Hippocrate ou Galien, n’avaient pas d’hésitation quant à sa localisation cérébrale. Mais qu’est-ce qui pense ? Et en quoi l’acte de penser consiste-t-il dans le cerveau ? C’est si peu évident que le dualisme cartésien (une âme qui pense, dans un corps qui fait le reste) continue de traduire la vision la plus habituelle des humains, leur conception intuitive, et cela dans les cultures les plus diverses. Il est clair, pourtant, que cette idée revient à évacuer le problème dans le surnaturel sans chercher à le résoudre. Or ce que la neurobiologie nous montre à l’évidence aujourd’hui, c’est que la matière pense, et elle seule. Un monisme matérialiste est la seule conception scientifiquement fondée désormais, et les progrès rapides de la connaissance dans ce domaine, s’ils laissent encore bien des points d’incertitude, n’en permettent pas moins d’aborder en termes biologiques ce que l’on a longtemps cru hors du champ scientifique. Les décennies qui viennent seront probablement révolutionnaires à cet égard et marqueront, du même coup, une étape majeure dans la culture de l’humanité. Majeure, et pas facile à accepter par tous !
      La parole est d’or
     Le langage articulé est une authentique particularité humaine, bien plus que l’outil par exemple, qu’on invoque souvent à ce titre mais que les chimpanzés utilisent et fabriquent déjà, au moins de façon rudimentaire. Certes, ils disposent aussi de quelques dizaines de sons correspondant à des messages très simples, mais ils n’ont pas de syntaxe. Ce n’est peut-être qu’une question de possibilité de vocalisation, et il est probable que les structures qui permettent la parole s’ébauchent déjà avant l’homme, puisqu’il semble qu’au moins un bonobo, qui serait notre plus proche cousin longtemps confondu avec le chimpanzé, ait pu acquérir une syntaxe rudimentaire et quelques centaines de mots, d’un langage symbolique. L’homme, lui, peut naturellement émettre des milliers de messages différents et les associer de façon quasi infinie, pour transmettre des informations d’une extrême complexité. À une seule condition toutefois : qu’il ait pu imiter d’autres humains.
     Selon toute vraisemblance, cette capacité est récente dans notre famille. Les préhominiens, et même les premiers membres du genre Homo, ne disposaient pas d’un larynx situé comme le nôtre et associé à une chambre supralaryngée leur permettant de moduler les sons, avec le concours de la langue et des lèvres, comme nous le faisons. L’homme de Neanderthal, pourtant très proche de nous, n’avait pas seulement une région préfrontale beaucoup plus petite que la nôtre, ce qui limitait ses performances intellectuelles, il avait aussi un larynx en position sensiblement différente. Cette position devait lui permettre de respirer et de boire en même temps, ce qui nous est impossible, mais du coup il ne pouvait probablement pas moduler les voyelles. Seuls les derniers néanderthaliens auraient commencé à pouvoir le faire. Il est donc vraisemblable que nos prédécesseurs, il n’y a que quelques dizaines de milliers d’années, cent mille ans peut-être, ne pouvaient pas vraiment parler. C’est avec les changements de la face, qui ont entraîné aussi des modifications de la disposition du larynx, que le langage articulé est devenu possible. Et c’est la sélection, au cours de l’évolution, de cerveaux de plus en plus performants, capables d’utiliser une parole diversifiée, qui a fait l’Homo sapiens sapiens. Cette sélection très progressive n’a pu s’effectuer que grâce aux interactions réciproques de la pensée, d’abord élémentaire, et de la parole, qui va finalement perfectionner la pensée en lui fournissant un instrument de symbolisation et une syntaxe, ce qui multiplie massivement ses possibilités.
Sève, L. (1980). Une introduction à la philosophie marxiste suivie d’un vocabulaire philosophique. Paris: Éditions sociales.  
Added by: admin 2009-03-15 23:21:34 Pop. 0%
      Toute claire compréhension des textes comme des problèmes philosophiques présuppose donc l’examen attentif des rapports entre le langage, la pensée et la vie réelle. Comment la pensée, à travers le langage, peut-elle se détacher de la réalité ? C’est la question, primordiale, de la nature et des pièges de l’abstraction, c’est-à-dire, plus généralement, du processus de la connaissance.
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