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Darwin, C. (1965). Textes choisis: La sélection naturelle, la descendance de l’homme. Paris: Éditions sociales.  
Added by: Dominique Meeùs 2009-07-01 06:24:47 Pop. 0%
      En ce qui concerne le darwinisme, on doit tout d’abord noter que la « lutte pour l’existence » n’est pas aussi universelle que le croyait Darwin. […] la valeur évolutive de la sélection naturelle n’est pas aussi évidente que l’assurait Darwin.
     […]
     Ceci précisé, malgré ses imperfections, la théorie darwinienne de l’évolution reste, avec celle de Lamarck, à la base des recherches sur l’étonnante histoire de la vie et du transformisme dont le mécanisme subtil nous échappe encore.
Darwin, C. La variation des animaux et des plantes sous l’action de la domestication.  
Added by: admin 2009-03-15 09:42:45 Pop. 0%
      Dans les recherches scientifiques, il est licite d’inventer une hypothèse quelconque ; si celle-ci explique de grandes classes de faits indépendants, on l’élève au rang de théorie bien établie.
     On peut envisager le principe de sélection naturelle comme une simple hypothèse, rendue cependant probable par ce que nous savons positivement de la variabilité des êtres organiques à l’état de nature, de la lutte pour l’existence, de la préservation quasiment inévitable des variations qui s’ensuit, et de la formation analogique des races domestiques.
     Or cette hypothèse peut être testée — et c’est là à mon sens la seule manière honnête et légitime d’aborder la question dans son ensemble — en examinant si elle explique plusieurs grandes classes de faits indépendants, tels que la succession géologique des êtres organiques, leur distribution dans les temps passés et présents, leurs affinités mutuelles et leurs homologies. Si le principe de sélection naturelle explique bien ces grands ensembles de faits, elle doit être acceptée.
Dawkins, R. (2003). Le gène égoïste L. Ovion, Trans. Paris: Éditions Odile Jacob.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2010-10-04 06:36:35 Pop. 0%
      La théorie du gène égoïste, c’est la théorie de Darwin exprimée d’une autre manière […] Plutôt que de se focaliser sur l’organisme individuel, elle prend le point de vue du gène sur la nature. Il s’agit d’une manière de voir différente, et non d’une théorie différente.
Dobzhansky, T. (1978). Le droit à l’intelligence: Génétique et égalité M. Reisinger, Trans. Bruxelles: Éditions Complexe.  
Added by: Dominique Meeùs 2009-08-22 06:19:05 Pop. 0%
      « Mon but n’est pas de décrire ce qu’on appelle les races humaines, mais de rechercher la valeur des différences classificatoires établies entre elles, et comment elles sont nées». C’est une phrase de Darwin (1871), qui ouvre le chapitre « Sur les races humaines » dans La descendance de l’homme. Un siècle plus tard, cette phrase convient toujours pour entamer une discussion sur les races humaines, du point de vue génétique. Les problèmes qui occupaient Darwin restent d’actualité, malgré l’énorme accroissement des données sur les variations raciales chez l’homme et d’autres organismes. En un sens, l’incertitude est même plus grande. Un groupe de chercheurs restreint, mais bruyant, soutient que l’humanité n’est pas divisée en races. Si cette position est justifiée — ce que je ne crois pas — le problème ne disparaît pas pour autant. Car même s’il n’existe pas de races humaines, l’humanité n’est pas homogène, ni uniforme. Il faut donc décrire, étudier et expliquer cette diversité.
de Duve, C. (2013). Sept vies en une: Mémoires d’un prix nobel. Paris: Éditions Odile Jacob.  
Added by: Dominique Meeùs 2013-01-13 09:54:03 Pop. 0%
      De l’origine de la vie à son histoire, il n’y avait qu’un pas ou, plutôt, une série de pas dont chacun m’a demandé un nouvel effort d’étude et de réflexion concrétisé dans un nouveau livre (de Duve, 1996). Le problème était simple au départ, car seules les grandes lignes de l’évolution biologique m’intéressaient. je laissais les détails aux experts. Par contre, ce qui a considérablement enrichi et, en même temps, stimulé ma réflexion, ce fut la théorie de la sélection naturelle de Darwin, que je n’avais rencontrée précédemment que dans ma critique du livre de Monod (de Duve, 1972).
     Je n’avais aucune difficulté à accepter la version contemporaine de cette théorie, qui ne fait que donner un habillage chimique (par l’ADN et l’appariement de bases) à ses fondements conceptuels. Il y avait d’abord le phénomène fondamental de la réplication, source, si elle est fidèle, de la continuité génétique et, par ses inévitables infidélités, de la diversité naturelle que les cultivateurs et les éleveurs ont longtemps exploitée pour créer, par le choix des géniteurs (sélection artificielle), des espèces végétales et animales possédant certains caractères génétiques désirables qui ont remplacé la plupart des espèces dites « sauvages » dans le monde d’aujourd’hui. Il y a ensuite, empruntée à l’économiste Thomas Malthus (1766-1834), la notion de lutte pour la vie (struggle for life) comme conséquence inéluctable de cette diversité naturelle laissée à elle-même. D’où la sélection obligatoire des variants les mieux adaptés à survivre et à se reproduire dans les conditions d’environnement existantes, reconnue par Darwin et, en même temps, par son compatriote et contemporain moins connu, Alfred Russell Wallace.
     J’admettais en outre, avec la grande majorité des évolutionnistes, que les modifications génétiques qui offrent à la sélection naturelle les objets de ses « choix » sont le fruit d’événements strictement accidentels, récusant par la même occasion la théorie du « dessein intelligent », en partie parce que ses soi-disant « preuves » ne sont pas convaincantes et, surtout, parce qu’elle n’est pas scientifique, étant fondée sur une affirmation indémontrable et infalsifiable, selon laquelle certains phénomènes ne sont pas explicables naturellement. Par définition, la science repose sur le postulat que les choses sont explicables naturellement, que l’on n’abandonnera que s’il est mis en défaut, ce qui ne s’est encore jamais passé. Il convient de ne pas confondre ici « inexplicable » avec « inexpliqué », dont il subsiste encore de nombreux cas.
     Un corollaire de la vision darwinienne classique, obvie mais rarement explicité, est que la sélection naturelle ne peut agir que sur les variants inclus dans le lot qui lui est offert par le hasard. D’autres formes mieux adaptées aux conditions ambiantes pourraient exister, mais, si elles ne sont pas offertes, elles n’émergeront pas. Ici, deux extrêmes se présentent à l’esprit : Ou bien le hasard offre à la sélection naturelle tous les variants possibles, auquel cas c’est la forme optimale qui sortira — et qui sortira à répétition si la situation se reproduit. C’est ce que j’ai appelé l’optimisation sélective. Ou bien le lot offert par le hasard ne contient qu’un très petit sous-ensemble des variants possibles, auquel cas le phénomène est gouverné par la contingence et a toutes les chances de ne pas être reproductible. Je n’ai pas souvenance d’avoir jamais vu le problème présenté sous cette forme, mais j’ai toutes les raisons de soupçonner que la deuxième éventualité a été retenue intuitivement par la majorité des évolutionnistes classiques, dont Jacques Monod, François Jacob, Ernst Mayr, George Gaylord Simpson, Stephen Jay Gould, pour ne citer que les plus connus. C’est ce que déclare implicitement Monod lorsqu’il écrit : « L’Univers n’était pas gros de la vie, ni la biosphère de l’homme » ; ou ce que sous-entend Jacob quand il parle du « bricolage » de l’évolution ; ou, encore ce qu’affirme Gould dans une allégorie aussi bancale que célèbre : « Rembobinez la bande et rejouez-la à partir d’un même début, le résultat sera tout à fait différent. »
     L’erreur, dans ce genre d’affirmations est de confondre hasard et improbabilité. Ce n’est pas parce qu’un phénomène est régi par le hasard qu’il en devient automatiquement improbable. Tout dépend du nombre d’occasions qui lui sont données de se produire, relativement à sa probabilité. Ainsi, comme je l’ai montré par un calcul simple (de Duve, 2005), j’ai 99,9 % de chances de gagner à pile ou face si la pièce est lancée une dizaine de fois, au jet d’un dé avec trente-huit essais, et même avec un billet de loterie de sept chiffres s’il y a soixante-neuf millions de tirages, soit, en moyenne, avec un nombre d’occasions égal approximativement à sept fois l’inverse de la probabilité de l’événement. Bien entendu, la loterie ne fonctionne pas ainsi. Mais il pourrait en être autrement pour l’évolution.
     C’est ce que suggèrent, notamment, les nombreux cas qui ne s’expliquent que par optimisation sélective dans une optique darwinienne. Un exemple particulièrement frappant est celui du mimétisme, le phénomène, fréquent dans la nature, par lequel, par exemple, sont nés des insectes qui ressemblent à s’y méprendre à la branche ou à la feuille sur laquelle ils sont juchés, ou des poissons qui ne se distinguent pas du fond sablonneux ou couvert de galets sur lequel ils reposent. Il est évident qu’une adaptation aussi précise à l’environnement n’a pu se faire, si elle a eu lieu naturellement, que par une longue succession d’étapes dont chacune a été retenue par la sélection naturelle, ce qui sous-entend qu’à chaque étape, le lot fourni par le hasard contenait une mutation suffisamment favorable à la poursuite du processus ou, du moins, compatible avec elle pour être retenue par la sélection naturelle.
     Ma pensée se rapproche ainsi sous une forme plus explicite de celle des évolutionnistes de la nouvelle génération, tels que Simon Conway Morris et Richard Dawkins, qui mettent en exergue les nombreux cas de convergence évolutive, le phénomène par lequel des formes de vie géographiquement séparées répondent indépendamment par une même adaptation à un même défi environnemental. Dawkins va jusqu’à retourner contre son auteur l’allégorie de Gould en affirmant que si on « rejouait la bande », le même récit en sortirait. Éclairée par ces notions, l’évolution de la vie apparaît devoir plus à la nécessité et moins au hasard qu’on ne le croit généralement, sans qu’il soit nécessaire pour expliquer ce fait de faire appel à un principe directeur finaliste extramatériel type « dessein intelligent ».
     Dans ce type d’estimation, il est important également de définir clairement l’événement dont on estime la probabilité. Ainsi, au jeu de bridge, que j’ai beaucoup pratiqué dans ma jeunesse et qui est devenu le domaine d’expertise de mon fils Alain, le nombre total des distributions possibles des cinquante-deux cartes parmi les quatre joueurs est 5 × 10exp28, soit cinquante milliards de milliards de milliards. C’est dire que la probabilité que la même répartition des cartes ait jamais été distribuée deux fois par hasard depuis que le jeu existe est proche de zéro. Mais ce qui intéresse le joueur, ce n’est pas ce chiffre, c’est la chance qu’il a de réussir un contrat, par exemple trois sans atout. Ici, à en juger par la fréquence avec laquelle un tel contrat est réussi en une soirée, l’événement devient banal.
     De même, le nombre de séquences différentes que l’on peut réaliser avec des acides aminés appartenant, comme les constituants des protéines, à vingt espèces différentes (espace des séquences), devient matériellement irréalisable avec des longueurs dépassant une trentaine d’acides aminés. Il faudrait une masse équivalente à 10exp54 fois la masse de l’univers pour contenir un exemplaire de chaque séquence possible de cent acides aminés, la longueur d’une petite protéine naturelle. Ce fait a été utilisé par les partisans du « dessein intelligent » comme argument massue contre la notion que la vie a pu naître naturellement. Ils ne tiennent pas compte du fait que la sélection naturelle ne joue pas sur les séquences comme telles, mais sur des caractères structuraux ou fonctionnels, tels qu’une activité enzymatique, par exemple, réalisables avec de très nombreuses séquences différentes. Surtout, l’argument néglige l’itinéraire parcouru pour atteindre une séquence donnée. D’après ce que nous savons, les protéines d’aujourd’hui sont nées par la combinaison modulaire de nombreux intermédiaires (par le biais de gènes d’ADN ou d’ARN) de séquence croissante dont chacun a été produit en un nombre suffisamment petit pour faire l’objet de la sélection naturelle.
     En conclusion, on peut se demander ce que penserait Einstein de ces nouvelles conceptions. On sait que, déterministe jusqu’au bout des ongles, le père de la théorie de la relativité abhorrait la notion de hasard, où il ne voyait qu’un écran pour notre ignorance. Il a exprimé ce sentiment par la phrase célèbre : « Dieu ne joue pas aux dés », à laquelle je réponds, au figuré, bien entendu : « Si, car Il est sûr de gagner. »
Gould, S. J. (1979). Darwin et les grandes énigmes de la vie D. Lemoine, Trans. Paris: Pygmalion/Gérard Watelet.  
Added by: admin 2015-09-15 12:52:21 Pop. 0%
      L’importance de l’essai d’Engels ne réside pas dans ses conclusions elles-mêmes, mais dans l’analyse politique pénétrante par laquelle il montre que la science fondait son raisonnement sur une affirmation arbitraire : la primauté du cerveau.
     À mesure que les êtres humains maîtrisaient leur environnement matériel, continue Engels, de nouvelles techniques s’ajoutèrent à la chasse primitive : l’agriculture, le filage, la poterie, la navigation, les arts et les sciences, les lois et la politique puis, finalement, « le reflet grotesque des choses humaines dans l’esprit humain : la religion ». À mesure que la richesse augmentait, des groupes d’hommes s’emparèrent du pouvoir et contraignirent les autres à travailler pour eux. Le travail, source de toutes les richesses et premier moteur de l’évolution de l’homme, fut assimilé au statut de ceux qui travaillaient pour les dirigeants. Comme les dirigeants gouvernaient par leur volonté (c’est-à-dire par l’action de l’esprit), il apparut que le cerveau était lui-même le moyen du pouvoir. Les philosophes se mirent sous la protection de l’Église ou de l’État. Même si Platon n’avait pas consciemment l’intention de soutenir les privilèges des dirigeants à l’aide d’une philosophie prétendument abstraite, sa propre position sociale l’encourageait à insister sur la primauté, la domination de la pensée, considérée comme plus noble et plus importante que le travail qu’elle supervise. La tradition idéaliste a dominé la philosophie jusqu’à l’époque de Darwin. Son influence était si subtile et si pénétrante que même des matérialistes scientifiques, mais apolitiques, tels que Darwin n’y échappèrent pas. Il faut connaître un préjugé avant de le combattre. La primauté du cerveau semblait si évidente et si naturelle qu’on la tenait pour acquise, sans se douter qu’elle reflétait un préjugé social profondément ancré, lié à la position des penseurs professionnels et de leurs protecteurs dans la communauté. Et Engels conclut :
     « On a attribué tout le mérite des progrès rapides de la civilisation à l’esprit, au développement de l’activité du cerveau. Les hommes s’accoutumèrent à expliquer leurs actes par leurs pensées et non par leurs besoins. Ainsi, à mesure que le temps passait, une vision idéaliste du monde, en particulier depuis la disparition de l’ancien monde, s’est installée dans l’esprit des hommes. Elle s’exerce aujourd’hui encore à un degré tel que même les plus matérialistes des hommes de science, comme ceux de l’école de Darwin, sont incapables d’avoir une idée claire de l’origine de l’homme, parce que, soumis à cette idéologie, ils ne peuvent reconnaître le rôle joué par le travail. »
Haldane, J. B. S. (1946). La philosphie marxiste et les sciences É. Bottigelli, Trans. Paris: Éditions sociales.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2013-01-13 09:12:01 Pop. 0%
      D’autre part, les biologistes voient à bon droit dans la sélection naturelle un processus purement négatif. Elle ne peut créer directement du nouveau, bien qu’elle crée certainement les conditions de son apparition. C’est pourquoi on a beaucoup réagi contre Darwin et il y a une tendance à expliquer l’évolution par le lamarckisme, par la seule influence du milieu, l’interférence créatrice, etc. Je pense qu’il y a aujourd’hui en Union soviétique une tendance à adopter le point de vue assez mécaniste de Lamarck, selon lequel les transformations produites par l’organisme en réponse à une transformation du milieu sont directement héréditaires ; cela n’est nullement un point de vue illogique ou impossible a priori, mais il semble faux à la lumière des recherches biologiques actuelles.
      Il est bon d’indiquer qu’Engels se trouvait y croire à peu près dans dans la même mesure que Darwin lui-même. Dans sa Dialectique de la nature qu’il n’a d’ailleurs pas publiée, il adoptait largement le point de vue lamarckien ; et cela l’amenait à des conséquences sociales plutôt curieuses. Par exemple, il pensait que les primitifs auraient sans doute été incapables de faire des mathématiques ou de se livrer à d’autres formes d’activité intellectuelle, car leurs ancêtres ne les avaient pas pratiquées. Vous vous rappellerez qu’Engels n’a pas publié le livre en question. Il y avait de nombreux points, et sans aucun doute celui-ci en était un, qui ne le satisfaisaient pas et nous pouvons ajouter tout de suite que dans l’état des connaissances biologiques de son temps, il n’y avait pas moyen d’atteindre ce que je crois être le point de vue exact.
      Dans les violentes discussions qui ont lieu sur cette question en Union soviétique, quelques généticiens ont été traités d’antidarwiniens parce qu’ils avaient dépassé Darwin en rejetant les effets d’usage et de non-usage.
Hoquet, T. (2009). Darwin contre darwin: Comment lire l’origine des espèces. Paris: Éditions du Seuil.  
Added by: Dominique Meeùs 2009-07-04 16:52:59 Pop. 0%
      Mais pour les critiques les plus virulents du darwinisme Darwin a apporté une mauvaise réponse à une mauvaise question. […] Le reproche spécialement adressé à l’ouvrage de Darwin est la disproportion entre l’ambition avouée par son titre, l’outil proposé pour la résoudre et le projet général qu’il aurait fallu adopter. Cope regrette ainsi qu’à propos de l’évolution deux types de problèmes soient constamment mêlés: les preuves du fait de l’évolution, point que Darwin a largement établi par sa lutte vigoureuse contre la vieille orthodoxie des créations indépendantes; les preuves quant à la nature du progrès évolutif, point qui a été, selon Cope, largement négligé et sur lequel on n’a accumulé que récemment quelques éléments de réponse — Darwin et ses successeurs ont mis en évidence la loi de sélection naturelle; Spencer a tenté de formuler des «forces»; Cope propose la «loi d’accélération de de retard» (law of acceleration and retardation)… La sélection naturelle se trouve interprétée comme la première pièce d’un programme qui la dépasse et qu’il faut compléter.
Le titre de l’ouvrage de Darwin est le nœud que les critiques font jouer comme révélateur de ses supposés défauts: d’une part, il pose une question trop restreinte, puisque appliquée à un point taxinomique local (les espèces, produites à l’intérieur d’un même genre); d’autre part, il mobilise pour l’explication un concept insuffisant (la sélection naturelle[i]). L’[i]O[rigin of] S[pecies] se serait donc donné un but plus étroit que l’évolution et il l’aurait — c’est un comble! — traité avec la sélection naturelle, un outil encore trop restreint pour ses prétentions affichées. La «loi de sélection naturelle», cette même loi que Spencer a qualifiée de survival of the fittest, est jugée «purement restrictive, directive, conservatrice ou destructive de quelque chose qui a été créé auparavant». Du fait de cette interprétation purement négative (et non créative) de la sélection naturelle, les contemporains de Darwin se mettent en quête de lois véritablement originatives, précisément celles qui ont fourni ces matériaux: en d’autres termes, non plus les causes de l’origine des espèces, mais, en général, celles des lois de l’origine du fittest.
Levins, R., & Lewontin, R. C. (1985). The dialectical biologist. Harvard: Harvard University Press.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2020-03-03 15:30:17 Pop. 0%
      Marx insisted that human history was part of natural history. By this he meant that the human species arose through its interactions with nature; that, like other animals, people have to eat and reproduce; and that human history should be understood not as the unfolding of great ideas or ethical advancement, but as the ways in which people act on nature to survive and the social relations through which production and reproduction are carried out. Engels (1880) developed the theme further in his essay “The Role of Labor in the Transition from Ape to Man.” Despite, or because of, his Lamarckian biases, Engels captured the essential feature of human evolution: the very strong feedback between what people did and how they changed. He saw “environment” not as a passive selective force external to the organism but rather as the product of human activity the special feature of the human niche being productive labor and cooperation, which channeled the evolution of hand and brain.
Lévy, J.-P. (1997). La fabrique de l’homme. Paris: Éditions Odile Jacob.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2010-01-02 08:12:20 Pop. 0%
      Le moi n’est apparemment que la perception d’un état neural, strictement présent, intégrant l’état actuel du corps et toutes les informations mémorisées sur ce corps, sur ses interactions avec le monde et même sur ses projets, qui sont en fait des souvenirs du futur possible. Il est non seulement lié au présent mais en permanence en train de se modifier au gré du présent. Quand je dis « moi », je me réfère à un ensemble d’informations sur ma machine, pour l’essentiel inconscientes, dont une fraction émerge, ou plus précisément vient juste d’émerger à ma conscience, dans un passé très récent que j’appelle « le présent ». Et ces informations vont se modifier avec ce présent

Où suis-je ? Que suis-je ? Suis-je un ou deux ?
     L’ambiguïté du moi, c’est qu’en même temps qu’il se perçoit comme corps il se ressent aussi comme quelque chose d’autre, qui en serait prisonnier. Le dualisme, l’idée d’un corps habité par un esprit, est naturel et universel. Il est à l’origine de toutes les religions. Et pourtant, tout le monde constate l’évidence de la dégradation de l’esprit avec celle du cerveau, voire de son anéantissement dans un corps atteint de la maladie d’Alzheimer, par exemple. Où serait un esprit autonome dans cette machine dont la pensée est morte ? Mais l’esprit qui se pense lui-même se place naturellement hors de son objet au cours de ce processus, il ne peut donc pas s’assimiler à la machine biologique qui le produit. L’esprit (ou l’âme, si l’on préfère) est un ensemble d’informations de la machine, sur le monde et sur elle-même, qui proviennent exclusivement de ses circuits de neurones, et sont mortelles avec eux.
     […]
     Je me pense, donc je suis. Où ? Je suis entièrement inscrit dans mon cerveau, dans un langage dont les symboles sont des réseaux activables de neurones, avec des synapses renforcées qui donnent des préférences à certains de ces réseaux, ou plutôt à certaines de leurs associations. Pourtant, le dualisme continue à obséder une grande partie des humains, même ceux qui s’occupent de sciences cognitives. Or toute la pensée ne peut venir que de la matière, du corps. Comme l’écrit Edelman, « l’esprit est un processus d’un type particulier qui dépend de certaines formes particulières d’organisation de la matière », ou encore : « Darwin avait raison : c’est la morphologie qui a donné l’esprit. Et sur ce point Wallace, qui pensait que la sélection naturelle ne pouvait pas rendre compte de l’esprit humain, avait tort. Quant à Platon, il n’avait même pas tort : il était tout simplement à côté de la question. »
     C’est peut-être le permanent remaniement de l’esprit, c’est-à-dire du cerveau, qui le produit, qui donne cette impression de localisation de la pensée hors du corps. Mon moi, « je », est un gigantesque ensemble d’informations sur le monde, mais aussi sur moi, et sur moi dans le monde. Certaines de ces informations, le noyau dur interne, sont celles de l’espèce, génétiquement transmises dans mes cerveaux anciens et à peu près inaltérables, elles font mon humanité élémentaire et mes limites. D’autres, implantées solidement, sont en particulier les acquis de ma formation depuis l’enfance, ancrés dans mon cortex mais bien contrôlés par mes circuits limbiques, avec leurs connotations affectives et leur sentiment de vérité. Elles sont, pour cela, difficiles à faire évoluer. D’autres encore, plus récentes, issues de mon néocortex, se greffent sans cesse sur cet ensemble, comme une surface bouillonnante, infiniment changeante. Étant donné son remaniement permanent sous l’effet de sa propre activité, le cerveau n’est totalement le même que dans l’instant. Sous l’influence du monde extérieur, du corps, ou de son propre bouillonnement intérieur, une information particulière émerge à la conscience et, prise en compte par le cerveau lui-même qui l’a produit, elle va du même coup le modifier. Nous sommes en permanent devenir.
Rittaud, B. (2010). Le mythe climatique. Paris: Éditions du Seuil.  
Added by: Dominique Meeùs 2012-05-05 20:14:46 Pop. 0%
      Une question vient alors à l’esprit : dans cet étrange bal des sciences et des pseudosciences‚ quel est donc le partenaire des sciences de la Terre ? Un premier élément de réponse est donné par certaines interprétations de la Bible qui affirment d’une part que la Terre n’aurait pas plus de quelques milliers d’années‚ d’autre part que toutes les espèces vivantes auraient été créées en même temps (c’est le créationnisme). Il me semble que cet élément, qui subsiste dans certains cercles religieux parfois très actifs notamment aux États-Unis, a partiellement cédé la place à cet autre paradigme pseudoscientifique, plus récent‚ selon laquelle la Terre serait une sorte de sanctuaire dont l’équilibre originel aurait été rompu par l’homme, créature par principe néfaste à « l’ordre naturel des choses » L’un des piliers de cette idée — laquelle prend aujourd’hui des formes très diverses — est la « géophysiologie » proposée par James Lovelock en 1969. Ce chimiste de formation est l’inventeur de l’ « hypothèse Gaïa », selon laquelle la Terre serait un organisme vivant pour lequel végétaux, animaux et humains seraient comme des cellules. Selon cette hypothèse, les «cellules » que sont les humains seraient en quelque sorte devenues cancéreuses, et les catastrophes naturelles actuelles ou à venir (comme le réchauffement climatique) seraient une réaction d’ordre immunitaire de notre planète, destinée à éradiquer l’espèce humaine.
     L’analogie entre la Terre et l’organisme humain n’est pas nouvelle. On la retrouve sous différentes formes à des époques diverses, notamment dans des théories médicales qui identifiaient par analogie le microcosme du corps humain et le macrocosme de la planète entière (les veines et les artères‚ par exemple, correspondaient aux fleuves). La nouveauté de l’hypothèse Gaïa tient à la manière dont elle a été (et est toujours) défendue, qui utilise de façon déterminante de vieilles connaissances : les modèles informatiques. Nous n’allons pas entrer ici dans une description détaillée, et nous contenter d’indiquer que, pour l’essentiel, l’hypothèse Gaïa n’est guère plus qu’une analogie assistée par ordinateur. Pour paraphraser Lénine, qui définissait le communisme comme « les soviets plus l’électricité », la théorie Gaïa, c’est en quelque sorte la médecine de la Renaissance plus l’informatique.
     L’hypothèse Gaïa n’est que l’une des facettes du discours ambiant concernant notre planète. Elle donne un exemple très net des dangers du raisonnement par analogie : comme il en a été question dans le prologue du présent ouvrage, l’analogie présente l’incomparable avantage de susciter l’intérêt pour des questions nouvelles, mais elle n’est pas un outil de démonstration, et doit donc être utilisée avec prudence. Certes, il est pratique de dire que la Terre « a de la fièvre » pour traduire le fait que la température moyenne de sa surface augmente. L’on conçoit aussi, même s’il s’agit d’un gros abus de langage, qu’il est suggestif de parler de la forêt tropicale comme d’un « poumon ». Malgré tout, il convient d’accepter clairement que ces expressions ne sont rien de plus que des façons commodes de s’exprimer. Il est très regrettable que même des scientifiques et des intellectuels se laissent emporter par ce genre de vocabulaire qui personnifie la Terre. On lit par exemple sous la plume de Jacques Grinevald (université de Genève) un appel à créer « une nouvelle cosmologie de l’humanité faisant corps avec toute la Terre en tant que “planète vivante” ». Et les appels à « sauver » notre planète de la « crise » climatique ne se comptent plus, venus d’horizons les plus divers. Gore suggère‚ dans son film encensé par les carbocentristes, que nous avons « trahi » la Terre; Lovelock affirme que notre planète est aujourd’hui en train de se « venger » ; quant à l’Unesco‚ il nous exhorte, dans le titre d’un ouvrage publié en 2007, à « signer la paix avec la Terre ».
     N’allons pas dire qu’il ne s’agirait là que de questions secondaires de terminologie. Certes, un physicien quantique qui parle du « charme » d’un quark sait que sous cette expression se cachent des notions précises qui ne laissent aucune place à une interprétation équivoque. Sans inconvénient majeur dans ce genre de cas, un vocabulaire aussi suggestif devient en revanche très risqué dans des situations moins balisées. Par exemple, le terme de « sélection naturelle » retenu par Darwin pour exposer sa théorie de l’évolution a parfois été chargée d’une connotation fautive d’intentionnalité de la part de la nature (qui sélectionnerait les plus aptes comme le jardinier sélectionne ses plants). Darwin tenta lui-même de dissiper le malentendu en expliquant qu’ « il est difficile d’éviter de personnifier le mot de Nature ; mais j’entends par nature, seulement l’action conjuguée et le résultat de nombreuses lois de la nature, et par “lois” je désigne la séquence des événements en tant que nous les établissons ». […]
     Le carbocentrisme, faut-il le dire‚ ouvre très facilement la voie à une pseudoscience qui s’intègre à cette vision d’une « Terre vivante ». Sans en être une lui—même, il favorise l’émergence d’une pseudoscience adossée à la climatologie que j’appellerai ici la climatomancie. En voici une définition : art divinatoire visant à déduire du comportement humain l’avenir climatique de la Terre, dans l’idée de prescrire à chacun des actions de pénitence.
Van Duppen, D., & Hoebeke, J. (2016). De supersamenwerker. Anvers: EPO.  
Added by: Dominique Meeùs 2016-12-20 21:12:52 Pop. 0%
      Al in de oudheid deden mensen wetenschappelijk onderzoek. Maar pas de laatste vijfhonderd jaar is de wetenschappelijke revolutie echt doorgebroken, ook omdat dit wetenschappelijk onderzoek werd toegepast in de productie.

Galileo Galilei veroorzaakte in de aanhef van die nieuwe tijd — op gevaar van eigen leven want de katholieke inquisitie dreigde — een omwenteling in het denken over de kosmos en de aarde. Dat de aarde om de zon draait, het heliocentrisme, verving het oude beeld van de zon die om de aarde draait. Copernicus had die stelling al eerder geopperd, maar Galilei plaatste ze op de wetenschappelijke agenda. Hij was samen met Bacon ook de vader van het fysisch experimenteren. De fysieke praktijk was voor hen de toetssteen voor de theorie.

Het werk van Charles Darwin veroorzaakte een vergelijkbare omwenteling in de wetenschap over het organische leven op aarde. Darwin hanteerde dezelfde wetenschappelijke methode: eerst observatie, vervolgens het formuleren van een hypothese, met testbare voorspellingen en ten slotte experimentele verificatie. Van de praktijk naar de theorie en dan terug naar de praktijk, die methode zat ingebakken in zijn manier van werken. Dat verklaart het grote succes van zijn werk. Na zijn reis met de Beagle zei hij: ‘Wat ik ontdekt heb, is het plezier van observeren en logisch nadenken.’

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