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Deutsch, J. (2012). Le gène: Un concept en évolution. Paris: Éditions du Seuil.  
Added by: Dominique Meeùs 2016-10-08 05:34:48 Pop. 0%
      L’analyse de la séquence de référence du génome humain montre que seulement 5 % de cet ADN est codant, c’est-à-dire susceptible d’être traduit en protéine suivant le code génétique. Si une partie de cet ADN non codant est représentée par les transposons, une partie importante consiste en des séquences de régulation de l’expression des gènes : ce sont simplement, à une échelle bien plus grande qu’on ne le soupçonnait dans les années 1960, des séquences agissant en cis, du type des gènes régulateurs opérateur et promoteur que Jacob et Monod ont mis en évidence dans l’opéron Lac d’Escherichia coli. Pour donner un exemple, l’unité de transcription du gène Krüppel de la drosophile, un gène impliqué dans le développement précoce, a une longueur de 2 500 paires de bases (pb), pour une séquence codante de 1 500 pb, tandis que les séquences nécessaires pour permettre une expression correcte de ce gène représentent cinq fois plus. Loin d’être un ADN poubelle, comme on l’a dit parfois, ces séquences non codantes sont fonctionnelles et nécessaires. Comme les séquences codantes, elles sont à la fois stables et mutables et soumises à l’évolution. C’est du fait de ces séquences d’ADN que la régulation de l’expression des gènes est elle-même génétiquement déterminée. Cependant le signal porté par ces séquences n’est pas un signal de type alphabétique, comme celui porté par les séquences codantes, transcrites et traduites suivant le code génétique. Le signal est alors d’une autre nature. Il est « lu » non pas par la machinerie de traduction, de synthèse des protéines, mais par d’autres protéines, qui permettent la synthèse des ARN messagers, la machinerie de transcription : d’une part le complexe protéique formé par l’ARN polymérase et les protéines associées, qui se fixent au niveau du promoteur pour déclencher la transcription, et d’autre part les facteurs de transcription « spécifiques » qui vont la « réguler », permettre que l’expression du gène codant se passe au bon moment et dans le bon tissu. Ces facteurs de transcription se fixent au niveau de séquences appelées opérateurs chez les bactéries et enhancers chez les eucaryotes. Le signal qui permet la fixation de protéines particulières à des sites particuliers du génome est de type analogique (stérique ou géométrique) : c’est la forme que prendra l’ADN localement qui sera reconnue par la forme tridimensionnelle de la protéine, ARN polymérase ou facteur de transcription. Cette forme dépend de la séquence locale de l’ADN mais aussi des séquences voisines. Elle n’est pas nécessairement stable et peut n’être que transitoire, par exemple ne se former qu’en présence de la protéine qui se fixe ou d’une autre protéine qui se fixe au voisinage. Ce signal est ainsi beaucoup plus difficile à déchiffrer que le code génétique. L’ADN n’est pas seulement vecteur d’un signal alphabétique (digital), qui en outre est universel, mais aussi de signaux analogiques particuliers. Du moins chez les eucaryotes, le signal de type analogique (géométrique) porté par l’ADN est beaucoup plus important, en longueur de la molécule de double hélice, que le signal numérique.
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