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Althusser, L. (1974). Philosophie et philosophie spontanée des savants (1967): Cours de philosophie pour scientifiques. Paris: Librairie François Maspero.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2009-08-23 21:21:26 Pop. 0%
      Les propositions philosophiques sont des Thèses.
[…] une proposition philosophique est une proposition dogmatique […]
[…] des propositions dogmatiques négativement, dans la mesure où elles ne sont pas susceptibles de démonstration au sens strictement scientifique (au sens où l’on parle de démonstration en mathématiques et en logique), ni de preuve au sens strictement scientifique (au sens où l’on parle de preuve dans les sciences expérimentales).
[…] Elles peuvent seulement être dites « justes ».
      Mais les questions philosophiques ne sont pas les problèmes scientifiques. La philosophie traditionnelle peut donner des réponses à ses questions, elle ne donne pas de solution aux problèmes scientifiques ou autres — au sens où les scientifiques donnent des solutions à leurs problèmes. Ce qui veut dire : la philosophie ne résout pas les problèmes scientifiques au lieu et place de la science ; les questions de la philosophie ne sont pas les problèmes des sciences. Ici encore, nous prenons position dans la philosophie : la philosophie n’est pas science, ni à fortiori la science, ni la science des crises de la science, ni la science du Tout. Les questions philosophiques ne sont pas ipso facto des problèmes scientifiques.
      Donc la philosphie énonce des Thèses. Propositions qui ne donnent lieu ni à démonstration ni à preuves scientifiques au sens strict, mais à des justifications rationnelles d’un type particulier, distinct.
     […] la philosophie est une discipline différente des sciences (la « nature » de ses propositions suffit ici à l’indiquer).
      La philosophie a pour fonction majeure de tracer une ligne de démarcation entre l’idéologique des idéologies d’une part, et le scientifique des sciences d’autre part.
      C’est à partir de cette situation contradictoire qu’on peut comprendre les rapports qui s’esquissent actuellement entre les différentes disciplines littéraires. Elles revendiquent le nom de sciences humaines, marquant, par le mot de sciences, leur prétention d’avoir mis fin à leur ancien rapport à leur objet. Au lieu d’un rapport culturel, c’est-â-dire idéologique, elles veulent instaurer un nouveau rapport : scientifique. Dans l’ensemble, elles pensent avoir réussi cette conversion, et le proclament dans le nom qu’elles se donnent, se baptisant elles-mêmes sciences humaines. Mais une proclamation peut être seulement une proclamation : une intention, un programme — mais aussi en partie un mythe, destiné à entretenir une illusion, la « réalisation d’un désir ».
     Il n’est pas sûr que les sciences humaines aient vraiment changé de « nature » en changeant, de nom et de méthodes. La preuve en est dans le type de rapports qui se constituent actuellement entre les disciplines littéraires : mathématisation systématique de nombre de disciplines (économie politique, sociologie, psychologie) ; et « application » des disciplines manifestement les plus avancées dans la scientificité sur les autres (rôle pilote de la logique mathématique, et surtout de la linguistique, rôle également envahissant de la psychanalyse, etc.). Contrairement à ce qui se passe dans les sciences de la nature, où les rapports sont généralement organiques, ce genre d’ « application » reste extérieur, mécanique, instrumental, technique — donc suspect. L’exemple actuel le plus aberrant de l’application extérieure d’une « méthode » (qui dans son « universalité » relève de la mode) à un objet quelconque est le « structuralisme ». Quand des disciplines sont à la recherche d’une « méthode » universelle, il y a fort à parier qu’elles ont un peu trop envie d’afficher leurs titres scientifiques pour les avoir vraiment mérités. De vraies sciences n’ont jamais besoin de faire savoir au monde qu’elles ont trouvé la recette pour le devenir.
      Les conditions de l’Alliance entre les scientifiques et la nouvelle philosophie matérialiste doivent être particulièrement claires. […]
     Par cette Alliance, la philosophie matérialiste est autorisée à intervenir dans la P.S.S. [philosophie spontanée des savants], et uniquement dans la P.S.S. Ce qui veut dire : la philosophie n’intervient que dans la philosophie. Elle s’interdit donc toute intervention dans la science proprement dite, dans ses problèmes, dans sa pratique. Cela ne veut pas dire qu’il y ait une séparation radicale entre la science d’une part et la philosophie d’autre part, que la science soit un domaine réservé au pur scientifique. Cela veut dire que le rôle des catégories philosophiques et même des conceptions philosophiques dans la science, dont nous n’avons pas parlé jusqu’ici […], s’exerce, entre autres formes, par l’intermédiaire de la P.S.S., et que l’intervention philosophique dont nous parlons ici est une intervention de la philosophie dans la philosophie. Il s’agit encore une fois de faire basculer le rapport des forces internes à la P.S.S. de manière à ce que la pratique scientifique ne soit plus exploitée par la philosophie, mais soit servie par elle.
Bachelard, G. (1975). Le rationalisme appliqué 5th ed. Paris: Presses universitaires de France.  
Added by: Dominique Meeùs 2010-11-13 19:53:15 Pop. 0%
      La science de Lavoisier qui fonde le positivisme de la balance est en liaison continue avec les aspects immédiats de l’expérience usuelle. Il n’en va plus de même quand on adjoint un électrisme au matérialisme. Les phénomènes électriques des atomes sont cachés. Il faut les instrumenter dans un appareillage qui n’a pas de signification directe dans la vie commune. Dans la chimie lavoisienne on pèse le chlorure de sodium comme dans la vie commune on pèse le sel de cuisine. Les conditions de précision scientifique, dans la chimie positiviste, ne font qu’accentuer les conditions de précision commerciale. D’une précision à l’autre, on ne change pas la pensée de la mesure. Même si on lit la position de l’aiguille fixée au fléau de la balance avec un microscope, on ne quitte pas la pensée d’un équilibre, d’une identité de masse, application très simple du principe d’identité, si tranquillement fondamental pour la connaissance commune. En ce qui concerne le spectroscope de masse, nous sommes en pleine épistémologie discursive. Un long circuit dans la science théorique est nécessaire pour en comprendre les données. En fait, les données sont ici des résultats.
     On nous objectera que nous proposons une distinction bien délicate pour séparer la connaissance commune et la connaissance scientifique. Mais il est nécessaire de comprendre que les nuances sont ici philosophiquement décisives. Il ne s’agit rien moins que de la primauté de la réflexion sur l’aperception, rien moins que de la préparation nouménale des phénomènes techniquement constitués.
Changeux, J.-P. (2002). L’homme de vérité M. Kirsch, Trans. Paris: Éditions Odile Jacob.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2016-05-30 21:00:01 Pop. 0%
      Certains auteurs ont contesté le concept même de représentation, en soulignant qu’aucun objet du monde extérieur n’a jamais été présent ou ne sera jamais re-présenté en nous sous quelque forme que ce soit. Ils soutiennent qu’il y aurait dans les significations communes et dans la connaissance en général quelque chose d’immatériel qui échapperait à jamais à l’explication scientifique.
     Je défends ici la thèse opposée : on devrait pouvoir identifier dans le cerveau cet « élément commun » qui conduit selon Wittgenstein des individus à se comporter de la même manière. Dans un chapitre suivant (chapitre 6), je rouvrirai le débat à propos du fait que les connexions entre neurones peuvent varier considérablement d’un cerveau à l’autre, même dans le cas de vrais jumeaux. Il reste que ces systèmes de connexion différents peuvent produire les mêmes relations entre entrée et sortie, ou encore conduire aux mêmes actions sur le monde. Le problème se pose donc de savoir comment s’établissent des cartographies communes, ou des « constantes » partagées, pour les mêmes significations ou les mêmes connaissances, dans des cerveaux individuels très variables.
Cohen, I. B. (1962). Les origines de la physique moderne: De copernic à newton J. Métadier, Trans. Paris: Éditions Payot.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2009-08-15 18:25:29 Pop. 0%
      L’année 1543 est souvent considérée comme l’année de la naissance de la science moderne. En cette année furent publiés deux livres d’importance capitale, qui conduisirent à des changements radicaux dans la conception de la nature et du monde : l’un de l’homme d’Église Nicolas Copernic, sur Les révolutions des sphères célestes, et l’autre du Flamand André Vésale, sur La contexture du corps humain.
      La méthode employée par Galilée, telle que nous l’avons décrite, ressemble à celle utilisée par les hommes de science les meilleurs ; pourtant elle diffère radicalement de celle communément décrite dans les manuels élémentaires et présentée comme « la méthode scientifique ». La première chose à faire, explique-t-on dans les manuels, c’est de « rassembler toutes les informations pertinentes », etc. La façon habituelle de procéder, nous dit-on, consiste donc à collecter un grand nombre d’observations, ou de faire une série d’expériences, puis de mettre en ordre les résultats, de les généraliser, de chercher une relation mathématique pouvant les exprimer et, finalement, de trouver une loi. Mais Galilée procède différemment : il s’assoit à son bureau, prend une feuille de papier et un crayon, médite et crée des idées. Il commence par s’appuyer sur la conviction primordiale que la nature est simple et que l’on peut ainsi spéculer sur des abstractions naturelles ; puis il cherche une relation simple du premier degré, plutôt que d’un degré plus élevé, et trouve la relation la plus simple n’impliquant pas contradiction.
Darwin, C. (1965). Textes choisis: La sélection naturelle, la descendance de l’homme. Paris: Éditions sociales.  
Added by: Dominique Meeùs 2009-07-01 06:24:47 Pop. 0%
      Ce qui les [Aron et Grassé] amène à conclure [et Hilaire Cuny conclut par cette citation sa section sur la notion de mutation] :
     « On nage dans l’invraisemblance, voire dans le fantastique. Ce n’est pas tout d’affirmer, encore faut-il que les néo-darwiniens soumettent leurs principes aux réalités. »
Dobzhansky, T. (1978). Le droit à l’intelligence: Génétique et égalité M. Reisinger, Trans. Bruxelles: Éditions Complexe.  
Added by: Dominique Meeùs 2009-08-22 06:19:05 Pop. 0%
      L’infinie variété des êtres vivants nous fascine et nous déroute à la fois. Il n’existe pas deux êtres humains identiques, pas plus que deux sapins, deux mouches Drosophiles ou deux infusoires identiques. Le langage humain rend maniable la variété fugitive de nos perceptions. La classification et la dénomination de groupes d’objets est peut-être l’activité scientifique primordiale. Il se peut qu’elle ait précédé l’apparition de l’Homo sapiens, et elle subsistera tant qu’un animal doué de la faculté symbolique existera. Les biologistes et les anthropologues décrivent et nomment les ensembles d’organismes qu’ils étudient, afin de les identifier pour eux-mêmes, et pour que les autres puissent savoir de quoi ils parlent.
     Les êtres humains que nous rencontrons et dont nous entendons parler sont nombreux et divers. Il faut que nous les classifions et mettions une étiquette sur les différents groupes. Ainsi nous distinguons ceux qui parlent Anglais, Russe, Swahili, ou d’autres langues ; les étudiants, les ouvriers et les paysans ; les intellectuels et la « majorité silencieuse », etc. Les gens qui étudient les variations physiques, physiologiques et génétiques de l’homme trouvent pratique de distinguer différentes races. On peut définir les races comme des populations mendéliennes faisant partie de la même espèce biologique, mais différant entre elles par l’incidence de certaines variables génétiques.
     On pose souvent la question suivante : les races représentent-elles des phénomènes naturels objectifs, ou bien sont-elles de simples concepts élaborés par les biologistes et les anthropologues pour des raisons pratiques ? C’est pourquoi il faut indiquer clairement la dualité du concept de race. D’une part il se rapporte à des différences génétiques objectives entre des populations mendéliennes. D’autre part il s’agit de catégories classificatoires qui ont pour rôle pragmatique de faciliter la communication. On peut spécifier la procédure opérationnelle par laquelle on démontre que deux populations font partie ou pas d’une même race. Ces populations renferment des ensembles de génotypes différents si elles n’appartiennent pas à la même race et des ensembles semblables si elles font partie de la même race.
Duhem, P. (1908). Σώζειν τὰ φαινόμενα (sauver les phénomènes): Essai sur la notion de théorie physique de platon à galilée. Paris: Librairie scientifique A. Hermann et fils.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2009-12-01 00:15:39 Pop. 0%
      Le but de l’Astronomie est ici défini avec une extrême netteté ; cette science combine des mouvements circulaires et uniformes destinés à fournir un mouvement résultant semblable au mouvement des astres ; lorsque ses constructions géométriques assignent à chaque planète une marche conforme à celle que révèlent les observations, son but est atteint, car ses hypothèses ont sauvé les apparences.
     […]
     Si l’astronome doit se déclarer pleinement satisfait lorsque les hypothèses qu’il a combinées ont sauvé les apparences, l’esprit humain n’est-il pas en droit d’exiger autre chose ? Ne peut-il découvrir et analyser quelques caractères de la nature des corps célestes ? Ces caractères ne peuvent-ils lui servir à marquer certains types auxquels les hypothèses astronomiques devront nécessairement se conformer ? […]
     À côté de la méthode de l’astronome, si nettement définie par Platon, Aristote admet l’existence et la légitimité d’une telle méthode ; il la nomme méthode du physicien.
de Duve, C., Meeùs, D., & Pestieau, D. 2006, September 20Aux origines de la vie: Sur l’évolution, darwin, le dessein intelligent et la science. Solidaire.  
Added by: admin 2009-03-01 08:18:49 Pop. 0%
      Du moment que vous affirmez que quelque chose n’est pas explicable, vous sortez du domaine de la science. Parce que la science est fondée sur une hypothèse de départ : que les choses sont explicables. Cela ne sert à rien de construire des laboratoires, de faire des recherches si on ne prend pas comme point de départ que ce qu’on recherche est explicable. Si je dis que quelque chose n’est pas explicable, j’exclus l’objet de ma recherche et je ferme le labo. Comme scientifique, on ne pourrait affirmer que quelque chose n’est pas explicable que quand on a épuisé toutes les possibilités d’explications.
de Duve, C. (2013). Sept vies en une: Mémoires d’un prix nobel. Paris: Éditions Odile Jacob.  
Added by: Dominique Meeùs 2013-01-13 09:54:03 Pop. 0%
      Victimes de tout ce bouillonnement intérieur, mes convictions religieuses n’ont pas résisté à la nouvelle discipline intellectuelle que j’apprenais à m’imposer [la recherche scientifique]. Ce ne fut ni un déchirement, ni une illumination, mais plutôt la simple constatation — qui sautait aux yeux du moment où elle venait à l’esprit — du caractère en même temps humain et anachronique des constructions qui nous étaient présentées comme divinement révélées. Portés par une règle morale admirable fondée sur l’amour, soutenus par leur promesse d’immortalité, des mythes vieux de plusieurs millénaires continuaient à nourrir les aspirations d’une bonne part de l’humanité, désemparée par l’existence du mal et de l’injustice. Le plus gênant pour moi était le manteau d’autorité dans lequel s’étaient progressivement drapés ceux qui, au départ, ne devaient être que les apôtres des enseignements du Christ.
      La protection de l’environnement est une autre option que j’évoque pour prévenir les effets délétères de la sélection naturelle. Tout en me déclarant énergiquement en faveur d’une telle action, je ne puis m’empêcher de déplorer certaines dérives du mouvement écologique vers des objectifs politico-économiques qui n’y sont pas nécessairement liés, ainsi que vers une idéologie irrationnelle qui sacralise la nature et condamne, par principe, tout effort de la contrôler et de la modifier avec les moyens de la science. L’opposition inconditionnelle aux organismes génétiquement modifiés (OGM), qui domine surtout en Europe, appartient à cette attitude doctrinale qui fait fi du dialogue rationnel qui devrait accompagner chaque cas particulier.
      Au moment où j’écris ces pages, l’humanité vient d’entrer dans une phase critique de son existence, peut-être fatale, non pas suite à un échec, mais à cause d’un succès excessif. Quand je suis né, la population du globe comptait moins de deux milliards d’individus. Elle dépasse les sept milliards aujourd’hui, faisant peser sur l’avenir du monde des menaces qui risquent de devenir bientôt intolérables. Ces menaces ont des noms : perte de biodiversité, déforestation, désertification, changement climatique, épuisement des ressources naturelles, raréfaction des sources d’énergie, pollution de l’environnement, mégapoles surpeuplées, conflits et guerres, avec, comme cause commune l’expansion démographique. Je me borne à les mentionner, vu la place abondante qui leur est accordée dans les médias. Mon propos est plutôt d’en analyser les causes.
     Je le fais en biologiste, qui voit dans l’état actuel du genre humain la conséquence de propensions qui ont été imprimées dans les gènes par la sélection naturelle. Remontons quelque cent mille ans en arrière, à l’époque où nos ancêtres parcouraient les forêts ou la savane africaines, par petites bandes de trente à cinquante individus en moyenne, avec comme objectif principal survivre et se reproduire en utilisant au mieux les ressources de leur environnement. Pour réussir dans une telle entreprise, le chacun-pour-soi était de mise, mais tempéré par l’existence en groupes, au sein desquels il était plus avantageux de s’entraider que de se chamailler. D’où l’inscription dans le génome humain de l’égoïsme de groupe qui était favorable à nos ancêtres et ne s’est pas révélé depuis suffisamment nuisible pour en être extirpé.
     Le groupe dont je parle n’était pas le seul à tenter de survivre au cœur de l’Afrique. D’autres groupes semblables lui faisaient concurrence pour les meilleurs terrains de chasse et de cueillette et pour les conditions de climat et d’environnement les plus favorables, sans compter les femelles les plus désirables. À l’égoïsme à l’intérieur des groupes s’est donc ajoutée l’hostilité agressive entre groupes concurrents.
     Le temps a peu changé ces traits du patrimoine génétique humain. L’égoïsme de groupe et l’hostilité entre groupes restent de mise. Seuls les groupes ont changé. Ce sont moins des familles, des tribus ou des clans unis par des liens de parenté, mais plutôt des associations plus larges liées par l’ethnie, la nationalité, le territoire, la langue, la culture, l’appartenance politique, la religion, la profession, l’intérêt, le sport ou tout autre point commun qui les singularise et les différencie des « autres ». L’hostilité entre ces groupes continue de se manifester sous la forme de confrontations, allant de la joute pacifique aux conflits les plus meurtriers, que l’expansion démographique ne fait qu’exacerber.
Edelman, G. M., & Tononi, G. (2000). Comment la matière devient conscience J.-L. Fidel, Trans. Paris: Éditions Odile Jacob.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2016-05-30 19:22:45 Pop. 0%
      Les efforts philosophiques pour mettre au jour les origines de la conscience sont en fait marqués par une limite fondamentale. Et celle-ci est en partie le produit du présupposé selon lequel la pensée pourrait à elle seule révéler les sources de la pensée consciente. Ce présupposé est aussi inadéquat que celui qui caractérisait jadis les tentatives pour comprendre la cosmogonie, la base de la vie et la structure profonde de la matière en l’absence d’observations et d’expériences scientifiques. En fait, les philosophes n’ont pas tant excellé dans les solutions qu’ils ont proposées au problème en question que par leur manière de souligner combien il est insoluble.
      Nous savons aussi que notre conscience privée est, très profondément, tout ce que nous avons. Le dôme aplati du ciel et cent autres choses visibles dessous, y compris le cerveau lui-même — bref, le monde tout entier —, n’existent pour chacun de nous que comme des parties de notre conscience, et tout cela périt avec elle. Cette énigme tapie dans un mystère plus épais encore — comment l’expérience subjective dépend de certains événements qu’on peut décrire objectivement — est ce que Schopenhauer appelait le « nœud du monde » (Schopenhauer, 1813, 1889, p.169). Or, malgré cette apparence de mystère, nous pouvons espérer démêler ce nœud par une démarche scientifique combinant théories qu’on peut tester et expériences bien conçues. C’est le but de ce livre.
Feyerabend, P. K. (1996). Tuer le temps: Une autobiographie B. Jurdant, Trans. Paris: Éditions du Seuil.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2009-10-09 11:41:02 Pop. 0%
      Tout cela [les explications simples de Popper] était plus facile à comprendre et plus plausible que les diverses formes de la logique inductive que j’avais trouvées chez Mill et Jørgensen. L’argument qui m’a finalement convaincu que l’induction était une escroquerie et que Popper a présenté au cours d’un séminaire de la British Society for the Philosophy of Science (c’est un argument de Duhem — mais Popper n’en dit rien) était que les lois de niveau supérieur (comme la loi de la gravitation de Newton) se trouvent souvent en conflit avec celles de niveau inférieur (comme les lois de Kepler) et que donc elles ne pouvaient pas en être dérivées, quel que soit le nombre d’hypothèses que l’on rajoutât aux prémisses. Le falsificationnisme semblait alors être une véritable alternative et j’ai craqué pour ça. Parfois je me sentais quelque peu mal à l’aise, en particulier quand je parlais avec Walter Hollitscher ; il semblait qu’il y ait un grain de sable dans la machine. Pourtant, j’utilisais la procédure dans divers domaines et j’en fis le point central de mes cours quand je commençai à enseigner.
     Aujourd’hui je vois cet épisode comme une illustration parfaite des dangers du raisonnement abstrait. Il y a beaucoup de philosophies dangereuses qui se promènent. Pourquoi dangereuses ? Parce qu’elles contiennent des éléments qui paralysent notre jugement. Le rationalisme, qu’il soit dogmatique ou critique, ne fait pas exception. Pire même : la cohérence interne de ses produits, la dimension apparemment raisonnable de ses principes, la promesse d’une méthode qui permettrait aux individus de se libérer des préjugés et le succès des sciences qui semblent être l’exploit principal du rationalisme lui confèrent une autorité presque surhumaine. Popper a non seulement fait usage de ces éléments, mais il y a encore ajouté un ingrédient paralysant de son propre cru — la simplicité. Donc, qu’est-ce qui cloche dans une philosophie cohérente qui explique ses principes d’une façon simple et directe ? Le fait qu’elle peut perdre le contact avec la réalité, ce qui veut dire, dans le cas d’une philosophie des sciences, avec la pratique scientifique. Une philosophie, après tout, n’est pas comme un morceau de musique qui peut donner du plaisir par lui-même. Elle est censée nous guider dans la confusion et peut-être nous fournir un programme pour changer. Popper savait qu’un guide ou une carte peuvent être simples, cohérents, « rationnels », tout en ne traitant de rien. Tout comme Kraft, Reichenbach et Herschel avant lui, il a alors fait une distinction entre la pratique des sciences et les normes de l’excellence scientifique et a déclaré que l’épistémologie n’avait affaire qu’à ces dernières : le monde (de la science, et du savoir en général) doit s’adapter à la carte, et non l’inverse. Pendant un certain temps j’ai raisonné de la même manière. C’était drôle de couvrir de mépris des traditions vénérables en prouvant qu’elles n’avaient « aucun sens sur le plan cognitif ». C’était même encore plus drôle de critiquer des théories scientifiques respectables en levant la baguette magique de la falsifiabilité. Je ne me rendis pas compte que j’acceptais une hypothèse importante et pas du tout évidente. Je croyais que les normes « rationnelles », dès qu’elles étaient appliquées rigoureusement et sans exceptions, pouvaient conduire à une pratique aussi flexible, riche, stimulante et technologiquement efficace que celle des sciences que nous connaissons déjà, que nous acceptons et que nous admirons. Mais l’hypothèse est fausse. Pratiqué avec détermination et sans concession, le falsificationnisme balaierait la science telle que nous la connaissons.
     Il y a quelques épisodes qui semblent obéir au modèle falsificationniste (mon exemple favori était la transition entre la théorie de l’horreur du vide et les conceptions de Torricelli et Pascal — jusqu’à ce que j’en sache plus). Mais la grande majorité des épisodes, et plus particulièrement ceux qui, selon Popper, montrent la science sous son meilleur jour, se sont déroulés d’une manière complètement différente. Ce qui ne veut pas dire que la science est « irrationnelle » — on peut rendre compte de chacune de ses étapes (comme le font des historiens comme Shapin, Schaffer, Galison, Pickering, Rudwick, Gould, Hacking, Buchwald, Latour, Biagioli, Pera et d’autres). Néanmoins, les étapes prises ensemble ne constituent que rarement un modèle cohérent obéissant à des principes universels, et les cas qui confirment de tels principes ne sont pas plus fondamentaux que les autres.
     À ce niveau-là, les arts et les sciences deviennent assez semblables. Dans l’art byzantin les visages étaient peints d’une façon sévèrement schématique : trois cercles dont la base du nez était le centre. La longueur du nez était égale à la hauteur du front et à la partie inférieure du visage — et ainsi de suite, selon la description du Manuel du peintre du mont Athos. Ces règles produisent des visages — mais dans une seule attitude (de face), sans détails et sans personnalité. Elles se trouvent en conflit avec presque tout ce qui ne relève pas d’une école byzantine particulière. De la même manière, les règles de Popper peuvent produire une science byzantine ; elles ne sont pas totalement inefficaces. Mais leurs résultats n’ont que très peu de chose à voir avec la science de Newton, Faraday, Maxwell, Darwin, Einstein et Bohr (Otto Neurath, il y a bien longtemps déjà, avait adressé exactement les mêmes critiques à Popper).
Finley, M. I. (1981). Esclavage antique et idéologie moderne D. Fourgous, Trans. Paris: Les Éditions de Minuit.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2012-05-28 00:24:55 Pop. 0%
      l’axiome méthodologique élémentaire que Charles Darwin exposait en ces termes en 1861 : « On disait beaucoup voici environ trente ans que les géologues devaient se contenter d’observer et non de théoriser ; et je me souviens bien de la réflexion émise par quelqu’un qu’à ce compte on pourrait aussi bien descendre dans une gravière, y compter les cailloux et en décrire les couleurs. Comme c’est étrange de ne pas s’apercevoir que toute observation doit nécessairement être faite pour ou contre une théorie si elle doit rendre quelque service. » (Darwin (1903, p.195).)
Garaudy, R. (1953). La théorie matérialiste de la connaissance. Paris: Presses universitaires de France.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2010-11-28 12:02:45 Pop. 0%
      « Toute discussion sur la réalité ou l’irréalité de la pensée isolée de la pratique est purement scolastique. » (Marx, 2e thèse sur Feuerbach.)
     Un exemple typique de cette scolastique nous est fourni par la façon dont Carnap discute le problème de la valeur des données de l’expérience et « démontre » que ces données de l’expérience ne représentent qu’un certain degré de probabilité, qu’elles ne sont en réalité que des hypothèses. Carnap choisit cet exemple : « Cette clé est en fer », et il s’efforce de « démontrer » que la science est impuissante à établir la réalité de cette affirmation qui, selon lui, reste une hypothèse plus ou moins probable. Voici son raisonnement : Nous pouvons tenter de vérifier expérimentalement la réalité de l’affirmation p1, en vérifiant si la clé est attirée par l’aimant. L’issue positive de l’expérience fournirait la preuve partielle que la clé est en fer. « Nous pouvons après cela, poursuit Carnap, ou au lieu de cela, procéder à des expériences par les méthodes électriques, mécaniques, chimiques, optiques, etc. Si tous les résultats des expériences ultérieures s’avèrent positifs, la détermination de l’expression p1 augmente continuellement. Le nombre des conséquences tirées de p1 est illimité. Par conséquent, on aura toujours la possibilité de trouver à l’avenir des résultats négatifs. »
     Le caractère scolastique de cette argumentation apparaît plus nettement encore dans le développement que lui donne le Pr Henle (« On the certainty of empirical statements », The Journal of Philosophy, vol. 44 (1947), p. 625). Henle prend le même exemple, mais sous une forme plus générale : « Pour que l’expérience au moyen de l’aimant soit décisive, écrit-il, il faut avoir l’assurance que ce que nous mettons en contact avec notre objet est réellement un aimant. Supposons, poursuit gravement Henle, que des amis farceurs aient remplacé mon aimant par un morceau de fer ayant la même apparence !… Il faudra donc que je vérifie, par exemple que j’approche l’aimant d’une boussole. Mais la question se pose alors : la boussole est-elle réellement une boussole ?… Et ainsi de suite à l’infini. »
     On raisonne ainsi comme si l’expérimentateur devait agir en faisant abstraction de toute la pratique humaine précédente, de la pratique historique de la science. C’est une robinsonnade philosophique : notre agnostique se croit dans la situation de Robinson dans son île déserte, muni d’une clé et d’un aimant. Vendredi, qui est un farceur, peut avoir remplacé l’aimant par un morceau de fer non aimanté, et voilà Robinson obligé de vérifier lui-même le bon état de tous ses instruments en commençant par le commencement, et comme il n’y a pas plus de commencement que de fin, notre Robinson devient agnostique.
     En réalité, la science ne procède jamais ainsi.
Glashow, S. L. (1997). Le charme de la physique: La recherche des secrets de la matière O. Colardelle, Trans. Paris: Éditions Albin Michel.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2010-10-03 16:36:45 Pop. 0%
      Nous tentons d’appréhender la naissance, l’évolution et le destin de notre Univers. Nous voulons savoir pourquoi les choses doivent être exactement ce qu’elles sont. Nous voulons dévoiler la profonde simplicité de la Nature, car il est dans la nature des physiciens des particules (et de quelques autres) d’avoir foi dans la simplicité, et de croire contre toute raison qu’en fait les lois fondamentales de la physique, de la Nature ou de la réalité sont tout à fait élémentaires et compréhensibles. Cette foi s’est révélée jusqu’ici extraordinairement productive : ceux qui l’ont réussissent souvent, et ceux qui en manquent échouent toujours.
      La science progresse souvent dans cet ordre : on observe un résultat surprenant en laboratoire, et le cadre théorique existant doit alors être élargi ou amélioré afin d’expliquer ce nouveau phénomène. C’est ainsi que les irrégularités constatées dans le déplacement de la planète Uranus ont conduit à la prédiction remarquablement exacte d’une nouvelle planète : Neptune. De la même manière, c’est en remarquant que la patte coupée d’une grenouille se contractait lorsqu’il y appliquait un scalpel que Galvani a compris la nature du courant électrique, ce qui a conduit à la construction de la première pile électrique par Alessandro Volta. Les découvertes surprenantes et tout à fait imprévues des rayons X, de la radioactivité et des particules étranges ont elles aussi suivi la même voie d’évolution de la science.
     En de rares occasions, l’ordre historique normal s’inverse, lorsque l’invention théorique précède la découverte expérimentale. C’est ainsi qu’en établissant sa table périodique des éléments, Mendeleïev remarqua qu’elle comptait plusieurs cases vides. Il réalisa qu’elles correspondaient à des éléments chimiques encore inconnus, dont il calcula les propriétés physico-chimiques. Quelques années plus tard, ces éléments dont il avait prédit l’existence furent trouvés dans la Nature, et nommés scandium, gallium et germanium en l’honneur des pays de leur découverte. Mendeleïev fut alors reconnu comme un grand scientifique, qui possédait le courage de ses convictions.
     En 1961, Murray Gell-Mann et Yuval Ne’eman inventerent un système de classification qui ressemblait beaucoup à une table périodique des particules élémentaires. Selon cette « voie octuple », les particules étaient regroupées dans des figures géométriques simples, hexagones et triangles. Là encore, une de ces figures comportait un trou correspondant à une particule inconnue. Peu de scientifiques prirent au sérieux cette nouvelle et étrange théorie, mais des expérimentateurs du Laboratoire national de Brookhaven finirent cependant par découvrir en 1964 la particule prédite par Gell-Mann. Cette découverte de l’ « oméga-moins » força les païens à se convertir et fit de la voie octuple un dogme scientifique.
     Le succès de la voie octuple s’explique aujourd’hui par la théorie des quarks, de la même façon que celui de la table périodique des éléments est justifié par la théorie quantique de la structure atomique. Gell-Mann lui-même imagina dès 1963 la notion de quarks (qui fut également inventée indépendamment par George Zweig, devenu depuis neurobiologiste), mais il s’écoula pourtant une décennie avant que ces idées soient partout acceptées.
     […]
     Les lois fondamentales de la théorie des quarks postulent qu’il est possible de construire une particule subnucléaire à partir de n’importe quelle combinaison de ces trois quarks. Il existe aussi une autre famille de particules subnucléaires, les mésons, qui sont composés d’un quark et d’un antiquark. Une grande part de la diversité que présente la physique subnucléaire provient de ce que trois types de quarks différents peuvent être utilisés.
     En 1964, peu de temps après l’invention des quarks, James Bjorken et moi·même avançâmes qu’il devait exister un quatrième type de quark, que nous appelâmes « quark charmé », mais ce n’est que dix ans plus tard que la première particule contenant un quark charmé fut produite et détectée en laboratoire.
     Notre raisonnement s’appuyait là encore sur une « table périodique » : non pas une table d’éléments, ni de particules subnucléaires, mais une table de quarks et de leptons.
      Notre discipline est menacée par le récent divorce entre l’expérimentation et la théorie des particules. Peut-être tout a-t·il commencé avec la chromodynamique quantique, cette théorie apparemment correcte qui sous-tend la structure en quarks des nucléons et la force nucléaire elle-même. Elle n’est pas simplement une théorie mais, ramenée à un cadre raisonnable, c’est l’uniquc théorie. […] La QCD n’est pas la menace que j’ai à l’esprit. Elle n’a pas provoqué de divorce entre l’expérimentation et la théorie, et a même, en fait, permis une coordination et une coopération plus étroites entre expérimentateurs et théoriciens. Mais elle a planté une graine qui a germé ailleurs. Elle suggère, et même affirme, la croyance que l’élégance et l’unicité peuvent être des critères de la vérité. ]e crois en ces critères, mais ils doivent être renforcés par l’expérience. […] Même selon ce critère, la QCD est une science. Mais peut-on en dire autant des supercordes et de leurs semblables ?
     La mécanique quantique est contagieuse, et la gravitation doit être incorporée à son cadre. Certains de mes amis théoriciens estiment avoir découvert la théorie quantique de la gravitation : un système supersymétrique de cordes, formulé dans un espace-temps à dix dimensions. La physique des supercordes s’applique essentiellement aux énergies à jamais inaccessibles, de l’ordre de la masse de Planck. Dans ce contexte, cette théorie est bien unique, et peut même être considérée comme finie et autocohérente. Elle semble capable de décrire les phénomènes de basse énergie que nous observons en laboratoire, mais cela reste difficile à prouver. En principe, elle prédit quelles particules doivent exister. En principe encore, le nombre de paramètres ajustables est ramené à zéro. En pratique cependant, elle n’a encore fait aucune prédiction vérifiable, et il se peut qu’elle n’en fasse pas avant des dizaines d’années. Les théoriciens des cordes se sont tournés vers une harmonie intérieure. Mais peut-on prétendre que l’élégance, l’unicité et la beauté fournissent une définition de la vérité ? Les mathématiques ont-elles supplanté et transcendé l’expérience au point que celle-ci soit devenue inutile ? Les problèmes terre à terre que je nomme la physique, mais qu’eux appellent phénoménologie, se résoudront-ils tout simplement d’eux-mêmes dans un lointain futur ? Tout effort expérimental plus poussé serait-il devenu non seulement difficile et coûteux, mais sans nécessité et hors de propos ? J’ai peut-être exagéré les arguments présentés par les théoriciens des cordes en défense de leur nouvelle version de la théologie médiévale, où les anges sont remplacés par les espaces de Calabi-Yau, mais la menace est toutefois évidente. Pour la toute première fois, il est possible d’imaginer de quelle manière notre noble quête pourrait finir, et comment la Foi pourrait une fois de plus prendre la place de la Science. Personnellement, je reste optimiste. La théorie des cordes va peut-être dominer la théorie fondamentale des cinquante prochaines années, mais seulement au sens où la théorie de Kaluza-Klein l’a fait durant les cinquante dernières. Peut-être faut-il nous tourner vers le passé, afin d’y trouver un guide pour l’avenir.
Haldane, J. B. S. (1946). La philosphie marxiste et les sciences É. Bottigelli, Trans. Paris: Éditions sociales.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2013-01-13 09:12:01 Pop. 0%
      Dans l’application du marxisme à la science, nous devons procéder avec la plus grande circonspection. Dans le cas le plus favorable, le marxisme ne pourra dire à un savant que ce qu’il doit chercher. Il lui dira rarement, s’il le fait jamais, ce qu’il est sur le point de trouver et si on se mèle de le transformer en dogme, il est plus qu’inutile.
      À n’importe quelle étape du développement de la science, nous pouvons expliquer des contradictions qui embarrassaient nos ancêtres. Aujourd’hui, par exemple, au lieu de dire comme Platon qu’une table est à la fois dure et molle, nous pouvons vérifier par certaines mesures le degré de dureté du bois, sa résistance à la rupture, etc.
     Il y a un certain nombre de choses qui étaient paradoxales pour Platon et qui ne le sont plus pour nous. D’autre part, des contradictions nouvelles ont apparu de notre temps qui semblent nous embarrasser autant que les contradictions que nous trouvons futiles et qui embarrassaient Platon. Par exemple, les électrons semblent avoir en même temps des propriétés qui nous obligent à les considérer comme des particules, et d’autres propriétés qui ne s’expliquent que s’ils sont des systèmes ondulatoires. Dans deux mille ans d’ici, ces difficultés paraîtront certes très élémentaires, mais je pense que nos descendants rencontreront sans doute des contradictions inhérentes à la matière qu’ils trouveront très difficile de résoudre.
      Si certains veulent étudier ce sujet (*) en détail, je leur recommanderai de lire le Feuerbach et l’Anti-Dühring, en se rappelant qu’ils furent écrits du point de vue de la science d’il y a soixante ans et que, par conséquent, certaines des affirmations qui s’y rencontrent devraient évidemment être modifiées pour satisfaire aux développements récents de la science.
Huxley, J. (1950). La génétique soviétique et la science mondiale J. Castier, Trans. Paris: Stock.  
Added by: Dominique Meeùs 2009-08-03 13:51:51 Pop. 0%
      Il faut insister sur ce que le statut scientifique du mitchourinisme est fort différent de celui du néo-mendélisme. Celui-ci comprend un grand nombre de faits et de lois qui ont été vérifiés à mainte reprise, et de façon indépendante, par des savants du monde entier (et beaucoup d’entre eux aussi, par des amateurs et des étudiants) ; la constitution héréditaire qu’il postule — celle d’un grand nombre de gènes disposés de façon régulière à l’intérieur des chromosomes — a été établie comme objectivement vraie ; et ses principes théoriques découlent tous directement de ce fait central, d’une constitution particulaire portée par des chromosomes.
     D’autre part, beaucoup d’entre les résultats revendiqués comme faits par les mitchouriniens (savoir : l’hybridation végétative et l’hérédité des caractères acquis) ne se sont pas révélés susceptibles de vérification par les savant hors de la Russie ; et d’autres (savoir : la « dislocation » de l’hérédité par les croisements) s’interprètent également bien suivant les principes mendéliens. En outre, il est notoire que les mitchouriniens ont négligé beaucoup d’entre les précautions habituelles prises par les généticiens occidentaux pour assurer la validité de leurs expériences, et qu’ils ont, de propos délibéré, rejeté l’usage de l’analyse statistique pour contrôler la signification scientifique de leurs résultats numériques.
     […]
     Nous pourrions peut-être résumer de la façon suivante la différence entre les deux systèmes (et c’est une différence fort importante). Le mendélisme représente le développement cohérent d’un concept scientifique central, dont la formulation était nécessaire, comme étant la seule façon dont pouvaient s’expliquer certains faits observés. (Le concept était celui du facteur-unité de l’hérédité, appelé plus tard gène, et les fait étaient ceux qu’avait obtenus Mendel en croisant des variétés de pois.) Le développement a consisté, d’une part, en la généralisation de ce concept, et, d’autre part, en son perfectionnement.
     […]
     Le mitchourinisme, par contre, représente le promulgation d’une idée centrale ; et cette idée n’est pas la seule façon dont puissent s’expliquer les faits (puisque les uns s’expliqueraient également bien, ou mieux, comme étant dus à des méthodes défectueuses, et d’autres, comme dus à d’autres causes). Cette idée est dans une large mesure une idée préconçue, qui a été imposée aux faits, au lieu de naître d’eux ; quand les faits ne s’adaptent pas à l’idée, on en nie l’importance, ou même l’existence. À l’inverse du néo-mendélisme, il n’est pas quantitatif, du sorte qu’il manque de précision. Sa principale nouveauté, l’affirmation selon laquelle l’hérédité est le résultat de l’assimilation des influences extérieures, est fondée uniquement sur l’analogie, et non sur l’expérimentation ou l’observation scientifiques.
     Voilà ce que l’ai voulu dire lorsque j’ai déclaré que le mitchourinisme est une doctrine. C’est une doctrine essentiellement non scientifique ou pré-scientifique, appliquée à une branche de la recherche scientifique, et non pas en soi une branche de la science.
      En premier lieu, on insiste souvent [dans le rapport de la session de l’été 1948 de l’Académie d’agronomie] sur la vérité ou la fausseté de l’ « enseignement » (« doctrine », « point de vue », ou « tendance »), qui rappelle la scolastique plutôt que la science.
     […]
     La vérité ou la fausseté de la doctrine se rattache, comme il a déjà été indiqué, aux rapports des théories scientifiques avec l’orthodoxie politico-philosophique. Ce thème revient constamment au cours de toute la controverse.
Jouvet, M. (1992). Le sommeil et le rêve. Paris: Éditions Odile Jacob.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2016-05-30 21:23:52 Pop. 0%
      Je ne crois pas que dans la science il puisse y avoir une démarche très cohérente. Je ne crois pas, non plus, qu’il soit possible d’ « administrer » la recherche. S’il y a un domaine où il faut laisser le plus de liberté, c’est bien celui de la recherche. L’ « administrer » ce serait forcément le faire en fonction de certains dogmes, de certaines vérités. Or, par définition, plus une vérité est connue, plus elle est médiatisée, plus elle a de chances de bloquer les autres voies de la recherche.
Koursanov, G. (Ed.). (1978). Histoire de la dialectique marxiste: Étape léniniste D. Sanadzé & M. Arséniéva, Trans. Moscou: Éditions du Progrès.  
Added by: Dominique Meeùs 2009-08-12 14:23:47 Pop. 0%
      […] au cours du développement de la science et de la philosophie se sont révélées certaines interprétations erronées de cette fonction de la dialectique [sa fonction méthodologique en science] et, partant, son application erronée dans la recherche scientifique.
     Une de ces erreurs était qu’en appliquant la dialectique aux sciences particulières, on se bornait à illustrer tels ou tels thèses, principes, lois de la dialectique par certains exemples empruntés au domaine de la connaissance des sciences particulières (les tentatives furent fréquentes, notamment, de confirmer « encore une fois les thèses et les déductions connues de la dialectique par de nouveaux faits obtenus au cours du développement des sciences particulières »). La dialectique était réduite ainsi à une somme d’exemples de vérités dialectiques connues.
     Dans la compréhension de la fonction méthodologique de la dialectique, lorsqu’on la considérait en tant que méthode, en tant que « moyen de résoudre les questions, les problèmes », etc., on commettait également l’erreur grave de l’interpréter comme permettant, en partant seulement de la doctrine dialectique, de résoudre un problème concret quelconque de telle ou telle science particulière, de justifier la véracité d’une thèse théorique quelconque d’une conception déterminée d’une science particulière. C’est ainsi que négligeant l’analyse des faits, des phénomènes concrets, certains philosophes tentaient de déduire directement de la doctrine dialectique, en partant uniquement de considérations « philosophiques » générales, des réponses aux questions de savoir si la génétique, la doctrine de N. Marr sur la langue, la conception biologique de T. Lyssenko étaient correctes, si la cybernétique, la mécanique quantique, la théorie de la relativité, etc., étaient correctes. Autrement dit, pour résoudre la question de la véracité de telle ou telle théorie, d’une thèse théorique, on cherchait à remplacer l’analyse du contenu scientifique des théories, des faits concrets, de la pratique par des références aux thèses générales de la dialectique.
Lefebvre, H. (1962). Le matérialisme dialectique 5th ed. Paris: Presses universitaires de France.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2011-10-22 14:16:45 Pop. 0%
      La logique formelle a engagé la pensée rationnelle dans une série de conflits. Le premier est un conflit entre la rigueur et la fécondité. Dans le syllogisme (même s’il n’est pas absolument stérile) la pensée n’est rigoureusement cohérente qu’en se maintenant dans la répétition des mêmes termes. Il est bien connu que l’induction rigoureuse n’est pas celle qui permet de passer des faits aux lois. Tout fait, toute constatation expérimentale introduisent dans la pensée un élément neuf, donc sans nécessité du point de vue du formalisme logique. Les sciences se sont développées en dehors de la logique formelle, et même contre elle. Mais alors si la science est féconde, elle ne part pas de vérités nécessaires, elle ne suit pas un développement rigoureux. La logique et la philosophie restent hors des sciences, ou ne viennent qu’après elles, pour constater leurs méthodes spécifiques, sans rien leur apporter. Réciproquement les sciences sont extérieures à la philosophie — au-dessous ou au-dessus d’elle — et leurs méthodes de découverte n’ont rien à voir avec la logique rigoureuse. Le savant prouve le mouvement de la pensée en avançant dans la connaissance; mais le philosophe se venge en mettant en question la valeur de la science. Le conflit entre la rigueur et la fécondité s’élargit; il fait naître le problème de la connaissance et de la valeur de la science.
Lévy, J.-P. (1997). La fabrique de l’homme. Paris: Éditions Odile Jacob.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2010-01-02 08:12:20 Pop. 0%
      […] une évolution majeure de notre culture, intégrant véritablement la pensée scientifique — et non plus seulement technique —, serait nécessaire. Dans un monde tout imprégné de science, nous vivons une étrange situation : moins qu’à aucune autre époque la science ne fait partie de la culture. La formation de l’intellectuel du 20e siècle le laisse en général d’une ignorance étonnante en matière scientifique et prêt, comme le politique, à croire n’importe quelle absurdité. On pourrait pourtant souhaiter voir les hommes se passionner pour ce qui est, et recréer à partir de cette passion une culture. Cela impliquerait une profonde évolution de nos enseignements.
      La conscience primaire que je partage avec mon chien
     S’il est une fonction cérébrale mal comprise, c’est bien la conscience, cet étrange processus qui fait que nous savons que nous voyons ou que nous pensons, et même que nous savons que nous le savons. Nous avons beaucoup de mal à analyser et à définir ce phénomène. Toujours présente, sauf durant le sommeil lent, la conscience nous met en communication avec le monde et avec nous-même, mais nous ne la dirigeons qu’en certains instants privilégiés. Les neurobiologistes […] commencent seulement à aborder l’étude de la conscience, timidement, avec des méthodes encore maladroites. C’est donc l’un des domaines dans lesquels les philosophes continuent à spéculer, ce qui témoigne, à l’évidence, de l’insuffisance des connaissances scientifiques. L’histoire des connaissances est celle d’un recul permanent de la spéculation abstraite des philosophes, parfois géniale, mais somme toute fort peu productrice de connaissances, devant les méthodes de la science. Mais la conscience est un domaine où la science ne pénètre encore qu’à pas comptés.
      Les étapes majeures des progrès des cultures paléolithiques se sont donc succédé à des intervalles de centaines d’abord, puis de dizaines de millénaires. Avec les civilisations néolithiques, l’agriculture, l’élevage, la poterie, puis l’emploi des métaux, les villes, l’écriture, et les cultures historiques antiques, tout s’est déroulé beaucoup plus vite, en quelques millénaires, avec des étapes principales séparées de quelques siècles seulement. C’est avec la science que l’accélération suivante s’est produite. Depuis l’Antiquité, ce mot recouvrait le début des mathématiques et de l’astronomie, mais aussi, et pour l’essentiel, de pures spéculations qui n’avaient rien de scientifique, au sens où nous l’entendons. Autour de la Renaissance seulement et au début de l’âge classique, la science devient observation rigoureuse, des corps par l’anatomie ou des planètes par la lunette astronomique, mais elle devient aussi mesures et calculs appliqués à ces mesures. C’est le tournant décisif, le moment de la véritable naissance des sciences.
     C’est aussi celui où se produit un événement capital de l’histoire humaine, dont les conséquences finales restent aujourd’hui encore imprévisibles : la séparation progressive mais inéluctable de la foi et de la raison, que les querelles théologiques des siècles précédents n’avaient abordée que de façon spéculative. Les acquis scientifiques posaient le problème en des termes nouveaux et qui n’allaient cesser de se préciser. Les penseurs de la foi, malheureusement, ont manqué du génie qu’il leur aurait fallu pour percevoir le prodigieux événement qui s’ébauchait, si bien qu’ils ont stupidement continué à prétendre régenter la raison. Les processus de mutation des idées indispensables au progrès, il est vrai, sont la base de la science, alors que la foi requiert plutôt l’élimination des mutants.
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