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Meulders, M. (2001). Helmholtz: Des lumières aux neurosciences. Paris: Éditions Odile Jacob.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2013-01-13 09:03:35 Pop. 0%
      La Naturphilosophie oppose à la vision mécanique et quantitative de Newton et à la rigueur de l’entendement kantien, la connaissance globale, intuitive et qualitative, d’une nature animée par l’esprit. Friedrich Wilhelm von Schelling en est le philosophe fondateur et autour de lui gravitent de nombreux personnages parfois hauts en couleur, religieux et poètes, médecins et physiciens, inspirés par la Naturphilosophie à des degrés divers, parfois avec outrance. Peut-être n’aurait-il cependant pas été le philosophe que nous connaissons aujourd’hui, s’il n’y avait pas eu, trente ans avant la publication de ses travaux, une période d’intense activité littéraire appelée « Sturm und Drang », sorte de prologue à l’ère de la Naturphilosophie et du savoir romantique.
     Ce mouvement exprimait le mal-être d’une génération en révolte contre celle qui la précédait : il s’élevait notamment contre les valeurs propres aux Lumières, et prônait à leur place le retour à la nature, au Moyen Âge et aux anciennes valeurs populaires. Ce fut pourtant loin d’être une vague de fond généralisée, et encore moins une révolution. Né pour les historiens en 1770, le « Stunn und Drang » ne dura guère plus qu’une dizaine d’années et n’empêcha pas les acteurs des Lumières de poursuivre leurs activités, puisque c’est en 1776 que Lessing publia Nathan le Sage, éloge d’une tolérance digne des Lumières, et en 1784 seulement, que Kant écrivit son essai Qu’est-ce que les Lumières ? Ce fut pourtant un moment fort de la littérature, puisque pour la première fois un roman allemand, le Werther de Goethe (1774), envahit l’Europe entière et se retrouva même sur la table de nuit de Napoléon.
      C’est dans ce milieu profondément imprégné de romantisme, et probablement sous son impulsion, que Schelling (1775-1854) entreprit la tâche d’unifier et de rendre cohérentes les connaissances de la nature, ce qui le fit apparaître à la postérité comme le fondateur officiel de la Naturphilosophie. Élève de Johann Gottlieb Fichte, nommé à l’université grâce à son intervention et à celle de Goethe, il se détacha cependant très tôt de la ligne philosophique kantienne de son maître et se brouilla avec lui.
     Son grand projet était de réconcilier le fini et l’infini, vieux problème déjà posé naguère par Bruno.
     Dans un premier temps, il affirma comme Fichte que le moi était le seul absolu authentique et attendit de lui qu’il « joue, dans la nouvelle philosophie, le rôle que jouait Dieu dans les philosophies dogmatistes de Descartes et surtout de Spinoza, celui du principe d’un savoir lui-même absolu ».
     Il s’ensuivit, dans un deuxième temps, que le sujet confronté à la nature pouvait alors décrire cette dernière sur son propre modèle et produire à partir de lui-même les principes explicatifs nécessaires, ce que résume un de ses commentateurs : « La nature de l’esprit humain est la clef explicative dernière de la nature tout court. »
      Autre concept cher à Schelling : la polarité, qui est à la base du dynamisme créatif de la nature, car celui-ci est assuré par le conflit de deux forces antagonistes qui tendent à s’équilibrer sans jamais y parvenir, et dont l’aimant est l’exemple par excellence réalisé dans la nature.
      La démonstration expérimentale, par exemple, est devenue inutile. Il y a en effet une harmonie préétablie quasi leibnizienne entre la pensée et la nature, par l’identité entre l’une et l’autre, ce qui avait permis à Novalis de dire que « si la théorie devait attendre la confirmation de l’expérience, elle ne viendrait jamais à bonne fin ». La physique expérimentale ne pourrait donc jamais être qu’une juxtaposition de travaux analytiques et dispersés, sans lien possible avec l’évidente unité de la nature et l’insertion de l’homme dans l’univers. Seule compte une physique spéculative qui permette de penser et de justifier une nature préexistant à l’homme et de lui donner un sens, comme la vision dit le sens de l’œil. Pour Schelling : « Nous ne connaissons pas la Nature, mais la Nature est a priori » ; il en résulte que la science naturelle s’est muée en philosophie déductive et démonstrative.
     La Naturphilosophie se situe donc à un niveau supérieur du savoir, à un niveau d’intelligibilité différent de celui des sciences empiriques, qui sont en porte-à-faux sur un abîme insondable.
     Il n’est pas étonnant, dès lors, que le rejet de l’expérimentation en tant que démonstration s’accompagne de l’exclusion des mathématiques. Non seulement Goethe, mais même Schopenhauer pour qui « là où commence le calcul, la compréhension cesse », partagent l’avis de Schelling déniant aux mathématiques une « voix au chapitre de la physique supérieure ». Par contre, l’arithmosophie a droit de cité, car la plupart des Naturphilosophen recherchent partout les mêmes structures de nombres dans les cristaux, les constellations, la circulation du sang, les périodes de la vie humaine.
     Enfin, il faut rappeler l’importance en Naturphilosophie du concept d’organisme, que Leibniz avait développé dans sa Monadologie, en affirmant que la diversité des monades d’un animal donné n’empêche en rien l’une d’entre elles de devenir dominante et de devenir ainsi l’âme de l’animal. L’organisme est un modèle en acte de « l’identité dans la différence » ; pour Schelling, il doit y avoir un principe qui se reproduise dans chaque partie de l’ensemble comme « une unité organique des choses… c’est l’âme du monde qui est le principe unissant la nature en un vaste organisme ».
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