Bibliographie générale

List Resources

Displaying 1 - 1 of 1 (Bibliography: WIKINDX Master Bibliography)
Order by:

Ascending
Descending
Use all checked: 
Use all displayed: 
Use all in list: 
Coppens, Y. (2008). L’histoire de l’homme: 22 ans d’amphi au collège de france. Paris: Éditions Odile Jacob.  
Added by: Dominique Meeùs 2012-12-22 18:13:24 Pop. 0%
      Se démarquant de l’histoire de la paléoanthropologie, l’histoire de la préhistoire se caractérise par trois grands traits : elle est parfaitement continue ; elle fonctionne comme une boule de neige, ne perdant rien, agglutinant au contraire, sans cesse, des inventions nouvelles ; elle se diversifie enfin ; ne se contentant pas de s’accroître en volume, elle enrichit sa trousse à outils comme se multiplient les activités des Hommes — 63 types d’outils ont été par exemple listés pour le Paléolithique inférieur et moyen par François Bordes en Europe occidentale, 92 pour le Paléolithique supérieur.
     Les plus anciens outillages connus au monde sont ceux réunis sous le terme de Shungurien par Jean Chavaillon et découverts sur la rive droite de la basse vallée du fleuve Omo en Éthiopie ; ils ont entre 3,3 et 2,3 millions d’années ; c’est une industrie majoritairement en quartz, de très petite taille et sur éclats qui compte, malgré son grand âge, quelques pièces à retouches (jusqu’à 5 % parfois) — lamelles, pièces à encoches, denticulés, burins.
      Des constatations de décalage entre Hommes et cultures ont été faites également dans les parties moyenne et supérieure du Paléolithique : on avait en effet attribué à Neandertal, les industries « grossières » à éclats du Paléolithique moyen et à Cro-Magnon tous les outillages raffinés à lames du Paléolithique supérieur ; mais voilà que Neandertal n’a plus 50 000 ou 100 000 ans, mais au moins 500 000, si ce n’est 800 000, Homo sapiens non pas 40 000, mais 500 000 et Homo sapiens sapiens, 200 000 ; voilà que c’est l’Homo sapiens et même sapiens sapiens qui fait l’outillage du Paléolithique moyen, qui comporte d’ailleurs parfois des lames, en Afrique du Nord par exemple ou au Proche-Orient, et voilà que c’est le Neandertal qui se trouve être l’artisan des premières inventions du Paléolithique supérieur (Chatelperronien). Une fois de plus, la recherche d’un rapport trop strict entre nature et culture s’avère donc décevante ; l’outillage est comme une couleur que l’on voudrait appliquer à une surface bien circonscrite et qui échapperait à ses limites et en déborderait de manière imprévisible. Le Moustérien de Neandertal est le Moustérien de Cro-Magnon ; le Paléolithique supérieur de Cro-Magnon (lorsque ce dernier est contemporain de Neandertal) est le Paléolithique supérieur de Neandertal.
     Il est amusant, à propos de ces débordements, de constater que la culture est d’abord, pendant longtemps, en retard sur la nature et qu’ensuite c’est l’inverse qui se produit ; ce point d’inversion, que j’appellerai volontiers aussi le seuil culturel d’inversion ou reverse point, ne doit se placer que vers 100 000 ans. Il est particulièrement important car il situe le moment de majorité incontestable du libre-arbitre sur la réaction instinctive, les rapports de l’un et de l’autre ayant en fait évolué de manière continue comme un sablier.
wikindx 6.2.0 ©2003-2020 | Total resources: 1310 | Username: -- | Bibliography: WIKINDX Master Bibliography | Style: American Psychological Association (APA) | Database queries: 24 | DB execution: 0.00769 secs | Script execution: 0.05034 secs