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de Duve, C. (2013). Sept vies en une: Mémoires d’un prix nobel. Paris: Éditions Odile Jacob.  
Added by: Dominique Meeùs 2013-01-13 09:54:03 Pop. 0%
           Ce que je relate, avec mon vocabulaire à moi, c’est un cheminement intérieur strictement personnel, soutenu par l’art de raisonner que m’ont inculqué les pères jésuites, par le « doute méthodique » auquel m’a initié Descartes et par la démarche scientifique de Claude Bernard que j’ai apprise de mon maître Bouckaert.
     Le fruit principal de ce cheminement a été le refus de tout dualisme et une prise de position ferme en faveur du monisme, non par conviction doctrinale, mais pour des raisons de simple cohérence intellectuelle. Je refuse le dualisme cartésien « matière-esprit », « corps-âme », etc., parce que je pose la question de la nature du lien par lequel les deux communiquent : matière ? esprit ? ou les deux ? Descartes ne se prononce pas sur cette question à propos de ses « esprits animaux », dont la terminologie est presque contradictoire.
     L’autre dualisme que je rejette est celui qui voit dans l’univers existant l’œuvre d’un Créateur, Grand Architecte, Maître Horloger ou toute autre représentation anthropomorphique tirée de notre expérience journalière. Avec d’autres, je demande qui a créé le Créateur. Si on me répond : « Il n’a pas été créé ; Il est », je demande pourquoi on juge nécessaire de faire appel à lui. Pourquoi ne pas voir tout simplement le monde comme étant lui-même incréé, la seule réalité qui inclut tout, y compris nous-mêmes ? […]
     C’est de telles considérations qu’est née dans mon esprit, il y a une dizaine d’années, la notion d’Ultime Réalité, qui englobe tout ce qui existe, y compris moi-même et mes semblables, en une entité unique, mais présentant plusieurs facettes accessibles chacune à une part différente du cerveau humain : 1) la facette intelligible, révélée par la science ; 2) la facette sensible, source de l’émotion artistique ; et 3) la facette éthique, d’où naît la distinction entre le bien et le mal ; soit la célèbre triade retenue, notamment, par Einstein — le vrai, le beau et le bien — à laquelle j’ajoute l’amour, qui domine tout.

Un dernier virage
     J’allais conclure sur cette « profession de foi », lorsqu’une dernière autocritique m’a soudain fait changer d’avis. Je me suis rendu compte que cette notion d’Ultime Réalité, que j’ai énoncée il y a dix ans et réitérée depuis à plusieurs reprises, n’était pas le fruit d’une conviction raisonnée, mais bien un simple prolongement de ce fil conducteur issu du déisme de ma première enfance qui transparaît tout au long des citations qui précèdent. Il est enveloppé d’un « flou artistique » qui me permet de prendre mes distances à l’égard d’une croyance que mon cerveau rationnel rejette, tout en continuant de baigner dans le mysticisme romantique du boy-scout qui contemple le ciel étoilé. Suite à cette constatation, la notion d’Ultime Réalité a cessé d’emporter mon adhésion. Elle est devenue pour moi une cause d’embarras et de malentendu, que je me dois de dissiper tant que j’en ai encore le temps.
     En effet, cette notion évoque presque immanquablement celle d’une entité intemporelle dont nous ne faisons que découvrir l’existence et la nature. Entre mon Ultime Réalité et l’Être immanent des religions monothéistes, le pas est aisément franchi. je n’en voudrais pour preuve que l’accueil favorable que ma proposition a reçu d’un grand nombre de croyants. Pour ceux que j’induirais à franchir ce pas, je dois à l’honnêteté intellectuelle de préciser que telle n’est pas mon intention. Je ne puis plus, rationnellement, me rallier à ce concept d’un Être immanent.
     Il existe une autre conception, défendue en dehors de toute croyance par de nombreux scientifiques, selon laquelle les qualités que j’attribue à l’Ultime Réalité ne sont que des constructions du cerveau humain, de nature strictement utilitaire, dont il se fait qu’elles ont été retenues par la sélection naturelle parce que les individus et les groupes qui s’y conformaient survivaient mieux et produisaient plus de progéniture que ceux qui les ignoraient. Si nous respectons la vérité, ce n’est pas pour sa valeur intrinsèque, mais parce que, au cours du temps, le mensonge n’a pas été payant. En dernière analyse, la sélection naturelle n’a pas favorisé ceux qui refusaient de regarder la vérité en face. Nous aspirons à la beauté, non pas comme une conception abstraite, mais comme une qualité génératrice d’émotions qui, au travers de formes perpétuellement changeantes, ont renforcé les liens que les œuvres d’art ont tissés au sein des populations qui se sont groupées autour d’elles. Nous faisons appel à l’éthique, non pas en raison d’une supériorité existentielle du bien sur le mal, mais parce que les sociétés qui se donnaient des lois l’ont emporté sur les sociétés anarchiques. On doit souligner à ce propos que la sélection naturelle joue aussi un rôle dans le domaine culturel. Toutes les innovations qui contribuent au succès évolutif de leurs auteurs tendent à être automatiquement retenues.
     Vue sous cet angle, la réalité se présente comme une entité que nous ne faisons pas que découvrir, comme je le suggérais, mais que nous contribuons aussi à construire, dans un cadre où le temps joue un rôle majeur. Ainsi redéfinie, l’Ultime Réalité n’est pas l’entité intemporelle que son nom évoque, mais bien une conception de mon esprit qui ne me serait pas venue à l’idée si je n’avais pas subi un endoctrinement déiste au cours de ma première enfance. On peut se demander à ce propos si la « religiosité » d’Einstein, qui a fait couler tant d’encre, sinon d’eau bénite — le mot « Dieu » semble exercer sur lui une attraction presque obsessionnelle — ne trouve pas semblablement son origine dans une synagogue où il aurait reçu sa première éducation.
     Examinant mon revirement à la lueur des bribes qui subsistent de mes cours de philosophie, je constate que je n’ai fait que redécouvrir pour mon compte un dilemme qui préoccupe les philosophes depuis des millénaires et qui a opposé, notamment, Aristote à son ancien maître Platon : les notions abstraites appartiennent-elles, comme le pensait Platon, à un monde métaphysique qui existe en dehors de nous et que nous découvrons ? Ou bien sont-elles des créations de l’esprit humain ? Les mathématiciens se sont posé la même question à propos de leurs concepts. Pour ma part, j’ai commencé par me ranger avec les platoniciens, comme en témoigne ce passage d’À l’écoute du vivant : « Je ne puis qu’avouer un préjugé intuitif — ou est-ce une empreinte de ma première enfance ? — en faveur de la vision platonicienne. » Je suis passé depuis de l’autre côté.
     Cette nouvelle vision des choses débarrasse les attributs que j’assignais à l’Ultime Réalité de tout cadre métaphysique ou ésotérique. Pour autant, elle n’exclut pas la nécessité pour nous de nous donner des valeurs. Elle demande simplement une réorganisation de ces dernières.
Lévêque, C. (2011). La nature en débat: Idées reçues sur la biodiversité. Paris: Le Cavalier Bleu.  
Added by: Dominique Meeùs 2014-02-26 09:14:56 Pop. 0%
      Dans les faits, ce sont les ONG qui semblent mener le jeu, en se présentant comme les porte-parole de la société civile. On ne peut parler de manière globale de toutes les ONG et associations de protection de la nature. Elles n’ont pas toutes les mêmes objectifs, ni les mêmes modes de fonctionnement. Il y a notamment les grosses ONG qui fonctionnent comme des multinationales bien structurées, et les petites qui comptent surtout sur l’enthousiasme de leurs militants. Les grosses (WWF ; WRI, UICN, Conservation international, etc.) comptent plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d’employés, elles tirent leur financement pour partie de dons et pour partie d’expertises. Elles sont construites comme de grandes entreprises de protestation, ont un besoin de pérennité et de légitimité politique, qui les amène à rassembler des moyens importants (agents, donateurs, militants). Ainsi l’UICN affiche 1 000 professionnels répartis en 60 bureaux et 11 000 scientifiques et experts bénévoles dans environ 160 pays. Les grandes ONG internationales environnementales sont presque toutes d’origine anglo-saxonne. Leurs modes d’action se sont largement inspirés de ceux du lobbying à l’américaine, et des méthodes de Ralph Nader, un avocat américain promoteur des associations de défense des consommateurs, qui fit voter des réformes au Congrès en s’appuyant sur les médias, l’opinion publique et le mouvement associatif agissant comme groupes de pression.
     Ces ONG sont actives depuis plusieurs décennies. On peut les comparer, toutes proportions gardées, à des « syndicats de la nature ». Ce sont elles, pas les scientifiques, qui ont été à l’origine des Stratégies de conservation et de la Convention sur la diversité biologique. Elles aussi peuvent légitimement se revendiquer d’être les principaux acteurs dans le domaine de la conservation de la biodiversité.
     Les ONG usent souvent du registre médiatique et de la dramatisation mettant en avant les atteintes irréversibles à l’environnement provoquées par les activités humaines. Leur système de communication est très élaboré (bien supérieur à celui du monde scientifique), sachant par ailleurs que leur existence repose en grande partie sur les dons. Elles ont fondé leur réputation dans les années 1970-1980 comme force de contestation. À la fin des années 1980 elles s’affichent ainsi comme représentantes d’une société civile mondiale, produisant des ouvrages scientifiques, ou développant des stratégies faisant autorité au niveau international. Simultanément elles perdent en partie leur caractère contestataire en s’impliquant de plus en plus dans l’élaboration de politiques publiques, nationales et internationales, et en développant un lobbying à l’expertise. Elles se voient confier par des États ou des organismes internationaux des missions qui demandent une expertise éprouvée. Et pour cela, elles associent des scientifiques à leur démarche, ce qui crée implicitement des liens de dépendance entre les scientifiques et ces ONG. Cette situation engendre également une dépendance des ONG par rapport aux États ou aux institutions internationales qui les subventionnent.
     Néanmoins, les ONG continuent de s’autoproclamer représentantes de la société civile et essaient de légitimer cette position en faisant appel à 1’opinion publique sous forme de pétition, de mobilisation, de dons. La légitimité et la visibilité des ONG dépendent de leur capacité d’expertise et de proposition, ainsi que des arguments qu’elles développent pour convaincre les adhérents/donateurs ou les politiques. Ce n’est pas un monde idyllique et la compétition est la règle derrière des alliances conjoncturelles, ce qui conduit inévitablement à certaines surenchères. On se doit donc d’être vigilants sur certains aspects du discours que les unes ou les autres propagent, et qui est relayé sans trop de discernement par les médias :
     — D’une part certaines ONG se préoccupent avant tout de la protection intégrale de la biodiversité. Le danger dans l’entrecroisement des discours médiatiques est de voir s’imposer des positions idéologiques. Les positions des ONG « intégristes » ne sont pas très éloignées d’une vision créationniste de la nature. On sait que les mouvements créationnistes sont puissants aux États-Unis où beaucoup de grandes ONG environnementales ont leur siège…
     — L’attitude qui consiste à dramatiser la situation pour retenir l’attention a des aspects positifs : elle a permis une prise de conscience de l’impact de l’homme sur la nature. Mais simultanément la radicalisation du discours peut conduire à la diffusion de messages caricaturaux, ou par trop globaux, ou pour le moins discutables sur le taux d’érosion de la biodiversité ou sur le danger supposé des introductions d’espèces.
     — De même, pour soutenir des politiques de conservation, certaines ONG ont tendance à instrumentaliser l’écologie et l’économie pour justifier leur action. On peut avoir parfois l’impression confuse (et parfois vérifiée) que des ONG privilégient la protection de certaines espèces animales, au détriment du bien-être des populations locales.
     Les grandes ONG qui ont fondé leur existence sur la contestation sont progressivement devenues des institutions qui doivent assurer leur pérennité à tout prix. Elles n’ont plus guère l’esprit suffisamment révolutionnaire pour remettre en cause leur statut de conseiller du Prince en contestant de manière frontale le système économique et politique international. Seules quelques-unes le font, à l’exemple de Transparency International (TI), une ONG qui lutte contre la corruption des gouvernements et institutions gouvernementales mondiales. En d’autres termes, on ne s’attaque pas aux causes profondes de la question : pourquoi y a-t-il érosion de la biodiversité ? On se contente de proposer quelques solutions curatives, une situation qui peut s’éterniser…
     Dans cette grande mise en scène internationale autour de la protection de la biodiversité, avec ses grands-messes et ses grands prêtres, on a l’impression que les différents acteurs jouent leur rôle en éludant les questions de fond, qui sont d’ailleurs les mêmes que celles posées à propos du développement durable : comment faire, dans le système politique et économique mondial actuel, pour mieux partager les ressources naturelles entre les hommes ? C’est un des objectifs du Millénaire de l’ONU… Et comment faire pour que la recherche effrénée du profit à court terme ne mette pas en péril l’intérêt collectif et notre patrimoine naturel ? Mais y a-t-il des réponses possibles à ces questions dans le contexte de l’ordre économique actuel ?
      Alors que la diversité biologique est issue de l’adaptation des organismes aux changements de leur environnement, de nombreux concepts de l’écologie sont basés sur le principe de l’équilibre. On transmet ainsi une vision statique de la nature qui ne cadre pas avec la dynamique de la vie, mais qui s’apparente plutôt à la pensée créationniste. Le discours sur les espèces introduites venant perturber l’ordre naturel […] traduisent ainsi une certaine crainte du changement. Pourtant c’est vers une écologie plus dynamique, basée sur le changement et non pas l’équilibre, qu’il faudrait se tourner. Ce qui implique de disposer d’outils et de concepts nouveaux.
      Le discours « prêt-à-penser » concernant la biodiversité, tel qu’il est diffusé par des groupes militants, s’appuie sur une représentation de la nature de type « Paradis perdu ». Les expressions « équilibre de la nature » ou « harmonie de la nature » reviennent fréquemment dans les propos qui tendent à dénoncer les exactions de l’homme. En bref, la nature se porterait très bien si l’homme ne venait pas la perturber… Les scientifiques eux-mêmes parlent fréquemment du « bon état » des écosystèmes (une expression difficile à définir) ou de systèmes de référence avant perturbation. L’idée qu’il existerait une nature idéale reste très ancrée dans les esprits.
     L’équilibre de la nature et le créationnisme trouvent leur origine dans la religion judéo-chrétienne. Selon la Bible c’est Dieu qui a créé le monde. Une croyance bien ancrée dans l’esprit des scientifiques aux 17e et 18e siècles. Linné lui-même s’était donné pour objectif d’inventorier l’œuvre de Dieu. Cette nature, créée par Dieu, est nécessairement harmonieuse, en équilibre et immuable (le « balance of nature » des Anglo-Saxons). Elle s’organise comme un tout structuré et hiérarchisé.
Rittaud, B. (2010). Le mythe climatique. Paris: Éditions du Seuil.  
Added by: Dominique Meeùs 2012-05-05 20:14:46 Pop. 0%
      Une question vient alors à l’esprit : dans cet étrange bal des sciences et des pseudosciences‚ quel est donc le partenaire des sciences de la Terre ? Un premier élément de réponse est donné par certaines interprétations de la Bible qui affirment d’une part que la Terre n’aurait pas plus de quelques milliers d’années‚ d’autre part que toutes les espèces vivantes auraient été créées en même temps (c’est le créationnisme). Il me semble que cet élément, qui subsiste dans certains cercles religieux parfois très actifs notamment aux États-Unis, a partiellement cédé la place à cet autre paradigme pseudoscientifique, plus récent‚ selon laquelle la Terre serait une sorte de sanctuaire dont l’équilibre originel aurait été rompu par l’homme, créature par principe néfaste à « l’ordre naturel des choses » L’un des piliers de cette idée — laquelle prend aujourd’hui des formes très diverses — est la « géophysiologie » proposée par James Lovelock en 1969. Ce chimiste de formation est l’inventeur de l’ « hypothèse Gaïa », selon laquelle la Terre serait un organisme vivant pour lequel végétaux, animaux et humains seraient comme des cellules. Selon cette hypothèse, les «cellules » que sont les humains seraient en quelque sorte devenues cancéreuses, et les catastrophes naturelles actuelles ou à venir (comme le réchauffement climatique) seraient une réaction d’ordre immunitaire de notre planète, destinée à éradiquer l’espèce humaine.
     L’analogie entre la Terre et l’organisme humain n’est pas nouvelle. On la retrouve sous différentes formes à des époques diverses, notamment dans des théories médicales qui identifiaient par analogie le microcosme du corps humain et le macrocosme de la planète entière (les veines et les artères‚ par exemple, correspondaient aux fleuves). La nouveauté de l’hypothèse Gaïa tient à la manière dont elle a été (et est toujours) défendue, qui utilise de façon déterminante de vieilles connaissances : les modèles informatiques. Nous n’allons pas entrer ici dans une description détaillée, et nous contenter d’indiquer que, pour l’essentiel, l’hypothèse Gaïa n’est guère plus qu’une analogie assistée par ordinateur. Pour paraphraser Lénine, qui définissait le communisme comme « les soviets plus l’électricité », la théorie Gaïa, c’est en quelque sorte la médecine de la Renaissance plus l’informatique.
     L’hypothèse Gaïa n’est que l’une des facettes du discours ambiant concernant notre planète. Elle donne un exemple très net des dangers du raisonnement par analogie : comme il en a été question dans le prologue du présent ouvrage, l’analogie présente l’incomparable avantage de susciter l’intérêt pour des questions nouvelles, mais elle n’est pas un outil de démonstration, et doit donc être utilisée avec prudence. Certes, il est pratique de dire que la Terre « a de la fièvre » pour traduire le fait que la température moyenne de sa surface augmente. L’on conçoit aussi, même s’il s’agit d’un gros abus de langage, qu’il est suggestif de parler de la forêt tropicale comme d’un « poumon ». Malgré tout, il convient d’accepter clairement que ces expressions ne sont rien de plus que des façons commodes de s’exprimer. Il est très regrettable que même des scientifiques et des intellectuels se laissent emporter par ce genre de vocabulaire qui personnifie la Terre. On lit par exemple sous la plume de Jacques Grinevald (université de Genève) un appel à créer « une nouvelle cosmologie de l’humanité faisant corps avec toute la Terre en tant que “planète vivante” ». Et les appels à « sauver » notre planète de la « crise » climatique ne se comptent plus, venus d’horizons les plus divers. Gore suggère‚ dans son film encensé par les carbocentristes, que nous avons « trahi » la Terre; Lovelock affirme que notre planète est aujourd’hui en train de se « venger » ; quant à l’Unesco‚ il nous exhorte, dans le titre d’un ouvrage publié en 2007, à « signer la paix avec la Terre ».
     N’allons pas dire qu’il ne s’agirait là que de questions secondaires de terminologie. Certes, un physicien quantique qui parle du « charme » d’un quark sait que sous cette expression se cachent des notions précises qui ne laissent aucune place à une interprétation équivoque. Sans inconvénient majeur dans ce genre de cas, un vocabulaire aussi suggestif devient en revanche très risqué dans des situations moins balisées. Par exemple, le terme de « sélection naturelle » retenu par Darwin pour exposer sa théorie de l’évolution a parfois été chargée d’une connotation fautive d’intentionnalité de la part de la nature (qui sélectionnerait les plus aptes comme le jardinier sélectionne ses plants). Darwin tenta lui-même de dissiper le malentendu en expliquant qu’ « il est difficile d’éviter de personnifier le mot de Nature ; mais j’entends par nature, seulement l’action conjuguée et le résultat de nombreuses lois de la nature, et par “lois” je désigne la séquence des événements en tant que nous les établissons ». […]
     Le carbocentrisme, faut-il le dire‚ ouvre très facilement la voie à une pseudoscience qui s’intègre à cette vision d’une « Terre vivante ». Sans en être une lui—même, il favorise l’émergence d’une pseudoscience adossée à la climatologie que j’appellerai ici la climatomancie. En voici une définition : art divinatoire visant à déduire du comportement humain l’avenir climatique de la Terre, dans l’idée de prescrire à chacun des actions de pénitence.
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