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Weber, M. (2001). Économie et société dans l’antiquité: Précédé de les causes sociales du déclin de la civilisation antique C. Colliot-Thélène & F. Laroche, Trans. Paris: Éditions La Découverte.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2011-08-15 07:01:07 Pop. 0%
      Sans doute, sur ces fondements locaux s’instaure, dès la plus haute Antiquité, un commerce international, qui couvre un espace important et brasse de nombreux biens. L’histoire nous renseigne précisément sur les cités dont les navires portent ce commerce : mais, du fait même que nous sommes renseignés sur elles, nous sommes tentés d’oublier un point : son insignifiance quantitative. D’abord, la civilisation européenne antique est une civilisation côtière [Küstenkultur], tout comme son histoire est avant tout une histoire de villes côtières. Juste à côté du système d’échanges urbain techniquement très perfectionné, on trouve, sans transition, l’économie naturelle des paysans barbares de l’intérieur, réunis en communautés locales [Gaugenossenschaften] ou sous l’autorité de patriarches féodaux. Ce n’est que sur mer ou sur de grands fleuves que des échanges internationaux peuvent devenir permanents et durables. En Europe, l’Antiquité n’a pas connu de trafic continental que l’on puisse comparer ne serait-ce qu’à celui de l’époque médiévale. Les routes romaines tant vantées, pas plus que la poste romaine, ne portent un commerce qui rappellerait, même de loin, la situation moderne. Les différences de rentabilité sont énormes entre les produits continentaux et ceux que l’on obtient au bord de voies d’eau. La proximité des routes romaines, dans l’Antiquité, n’était pas considérée comme un avantage, mais comme une plaie : elles apportaient avec elles les cantonnements militaires et la vermine ; c’étaient des voies militaires, non des voies commerciales.
     Dans le sol encore intact de l’économie naturelle, les échanges ne poussent pas de racines profondes : seule est l’objet d’un commerce véritablement permanent une mince frange d’articles de grande valeur : métaux précieux, ambre, tissus précieux, quelques objets de fer, des poteries, etc. Ce sont des objets de luxe qui, en raison de leur prix élevé, peuvent supporter les énormes frais de transport. Un tel commerce n’est en rien comparable aux échanges modernes […] Il est sans doute exact que des villes comme Athènes et Rome en étaient réduites, pour leurs besoins en céréales, à les importer. Mais il s’agit toujours de cas exceptionnels du point de vue de l’histoire universelle et de besoins que la communauté prend en charge elle-même, car elle ne veut ni ne peut en confier la satisfaction au libre commerce.
     Ce ne sont pas les masses qui, par leurs besoins courants, interviennent dans le trafic international, mais une mince couche de possédants. Il en résulte que l’inégalité croissante des fortunes est, dans l’Antiquité, la condition de l’essor du commerce. Mais cette inégalité des fortunes — qui nous mène à un troisième point, décisif — s’accomplit selon des modalités et dans un sens très précis : la civilisation antique est une civilisation esclavagiste.
      L’incorporation dans le monde romain de grands territoires continentaux (l’Espagne, la Gaule, l’Illyrie, les pays danubiens) renforça de façon décisive la signification du travail non libre pour la civilisation romaine. Le centre de gravité démographique de l’Empire se déplaça vers l’intérieur des terres. De ce fait, la civilisation antique tenta de changer de scène : de civilisation côtière, elle essaya de devenir une civilisation continentale. Elle s’étendit à un énorme espace économique, mais où, même après des siècles, elle ne put, de loin, assurer la circulation des biens et la satisfaction des besoins par une économie monétaire, à la manière de ce qui s’était fait sur les côtes de la Méditerranée. Si, ainsi qu’il a été dit, le commerce interrégional antique ne représentait, même sur les côtes, qu’une pellicule mince et qui allait s’amincissant, à plus forte raison les mailles du réseau commercial devaient-elles se relâcher substantiellement à l’intérieur des terres. Là, les progrès de la civilisation par voie de la division libre du travail grâce au développement d’un commerce intensif étaient, en l’état, une impossibilité absolue. Seule la montée d’une aristocratie foncière, assise sur la propriété des esclaves et la division non libre du travail dans le cadre de l’οἶκος, permettait une intégration progressive dans l’aire culturelle méditerranéenne. Bien plus encore que sur les côtes, le trafic continental infiniment plus coûteux dut se limiter d’abord exclusivement à satisfaire les besoins de luxe d’une couche supérieure propriétaire d’esclaves ; de même, seule une mince couche de grandes entreprises esclavagistes était en mesure de dégager un surplus commercialisable [Absatzproduktion].
     Le propriétaire d’esclaves devint ainsi le support économique de la civilisation antique, et l’organisation du travail des esclaves constitua le fondement indispensable de la société romaine.
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