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Baran, P. A. (1967). Économie politique de la croissance L. Mozère, Trans. Paris: Librairie François Maspero.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2011-02-01 23:42:09 Pop. 0%
      « L’été indien » de la stabilité, de la prospérité et de la confiance inébranlable en l’avenir du capitalisme, qui suivit la fin de la Première Guerre mondiale, dura moins de dix ans.
     Le rêve du « capitalisme organisé », de la « solution Ford » contre la « solution Marx » comme remède aux difficultés économiques et sociales, le mythe de la « démocratie économique » garantissant la justice et le bien-être à tous, voilà l’utopie qui ne tarda pas à s’effondrer très vite.
     La grande dépression, et surtout ses conséquences innombrables, dont les prolongements étaient imprévisibles, rendit plus délicate la tâche des apologistes de l’optimisme, de la croissance économique harmonieuse et du progrès social.
     L’analyse économique « scientifiquement » fondée et « objectivement » démontrée, qui niait la possibilité de la construction d’une société socialiste en Union soviétique fut brutalement contredite par les succès de l‘effort d’industrialisation constatés en U.R.S.S.
     Avec retard et réticence, l’économie politique bourgeoise tenta de reprendre alors contact avec la réalité de cette situation nouvelle.
     La « Nouvelle Économie », présentée par J. M. Keynes, bien qu’étroitement liée à la lutte immédiate contre la dépression et le chômage — c’est-à-dire relative à des objectifs à court terme — dépassa, en fait, largement ses buts primitifs.
     Dans sa tentative de déterminer clairement les facteurs entraînant, à court terme, des variations dans le volume de l’emploi, de la production et du revenu, Keynes s’est vite trouvé confronté à toute l’irrationalité capitaliste, aux distorsions considérables entre les potentialités productives et la production effective en régime capitaliste.
     Même si nous risquons d’exagérer l’importance de l’entreprise intellectuelle de Keynes, on pourrait dire que ce que Hegel fut à la philosophie allemande classique, Keynes le fut à l’économie politique néoclassique.
     Keynes, en opérant à l’aide des outils théoriques conventionnels, en se cantonnant strictement dans le domaine de l’économie « pure », c’est-à-dire en refusant de considérer le processus socio-économique comme une totalité, et, utilisant pour ce faire les catégories et concepts de l’économie classique, a fait progresser la pensée économique bourgeoise jusqu’à ses propres limites et, ce faisant, a fait éclater entièrement sa structure interne ; sa tentative a eu pour conséquence la reconnaissance « officielle », par les « pontes » de l’économie traditionnelle, de la réalité de l’instabilité et d’une tendance marquée au sous-emploi chronique des ressources humaines et matérielles, inhérentes au capitalisme.
     La « pureté » académique jalousement sauvegardée jusqu’alors, fut implicitement répudiée au profit de la connaissance d’un certain nombre de facteurs « exogènes » indispensables à la compréhension du processus économique : structure de la société, relations entre les classes sociales, distribution du revenu national, rôle de l’État, etc.
     Ce regain d’intérêt involontaire pour l’analyse de « la nature et les causes de la richesse des Nations » n’avait cependant rien de commun avec l’élan juvénile et révolutionnaire qui avait caractérisé la recherche entreprise par les « croisés » du « laisser faire ».
     Malgré sa contribution importante à la compréhension des mécanismes de la société capitaliste, la « Nouvelle Économie » fut incapable de parvenir à une analyse théorique globale susceptible de rendre compte de la crise générale du capitalisme ; l’effort keynésien ne fut jamais que la tentative suprême et désespérée de la pensée bourgeoise de découvrir un moyen capable de sauver le système capitaliste en dépit des symptômes évidents de sa désagrégation et de sa décadence.
     C’est pourquoi, la « révolution keynésienne » n’a jamais été rattachée à un quelconque mouvement pour le développement économique et le progrès social visant à abolir un ordre social dépassé et destructeur.
     Semblable en cela à l’interprétation de « gauche » de la philosophie de Hegel, la pensée de Keynes donna des armes à un courant réformiste dont il était attendu qu’il résolve les contradictions du système capitaliste par une nouvelle distribution des revenus et par une aide de l’État permettant, à l’avenir, un développement harmonieux et constant de l’expansion et une augmentation croissante des niveaux de vie.
     Mais, il se trouve que la logique du capitalisme monopoliste fut encore plus forte que ne l’avaient pensé Keynes et ses successeurs. Leurs analyses théoriques furent en effet utilisées à des fins tout à fait étrangères à leurs intentions premières.
     Le « Welfare State » (l’État-Providence) tel qu’il ressortait des analyses de Keynes ainsi que la politique fonctionnelle des finances publiques demeurèrent en effet des utopies, sur le papier. En fait ce fut l’Allemagne hitlérienne qui alla le plus loin dans l’application des principes énoncés par Keynes en mettant sur pied une économie lui permettant de déclencher la seconde guerre mondiale.
     La guerre et les années immédiates de l’après-guerre levèrent toutes les inquiétudes des keynésiens relativement à une accumulation excessive du capital et à une baisse de la demande effective.
     Les exigences de la reconstruction dans divers pays et la satisfaction de la demande des entreprises et des consommateurs qui avait été ajournée par l’état de guerre, la nécessité de reconvertir des innovations techniques développées par l’industrie de guerre (ou en relation avec l’effort de guerre) en procédés utilisables par la production : tout cela créa les conditions de développement d’un vaste marché pour la production capitaliste.
     Les économistes qui avaient accepté de mauvaise grâce et sous la pression de faits irrécusables, les implications anticapitalistes de la doctrine keynésienne, retournèrent avec empressement aux louanges habituelles relatives à l’harmonie capitaliste.
     Toujours « en contact étroit avec les faits », ces économistes déclarèrent que les dangers de dépression, d’excès de l’épargne et des surcapacités de production appartenaient au passé et dénonçaient surtout gaiement les effets néfastes de l’inflation sur l’équilibre de l’économie capitaliste.
     Exaltant les vertus des mécanismes de marché, glorifiant le régime de monopole et les entreprises oligopolitiques, l’économie politique renonça en fait à bénéficier de l’avance théorique permise par la révolution keynésienne pour retrouver sa suffisance des « folles années » de 1920.
      Cette façade scintillante, attrayante, de prospérité économique et sociale, de cohésion politique et idéologique, est néanmoins fort trompeuse. Il semblerait en effet, à première vue, que le capitalisme est parvenu à résoudre les problèmes de surproduction et de sous-emploi — difficultés de base du régime capitaliste — et à assurer la stabilité et le fonctionnement normal du système.
     Une telle appréciation, toujours présente dans la pensée économique bourgeoise, est actuellement assumée par les keynésiens, promoteurs de la politique de plein emploi. Face à une accumulation excessive et à une insuffisance caractérisée de débouchés, les économistes keynésiens en viennent — s’étant approprié la théorie de la détermination à court terme des revenus — à proclamer que toute dépense favorise le développement de la prospérité, que n’importe quelle utilisation du surplus économique engendre le bien-être. Cela suffit à les rassurer. Présenter cette position comme étant la seule valable — alors qu’elle est peut-être seulement la moins mauvaise, ou même la plus mauvaise lorsque la demande porte sur la production d’armements — ne suffit pas à supprimer l’irrationalité qu’elle ne peut manquer de développer. Les économistes bourgeois, pour y échapper, ont recours à des arguments qui ont déjà fait leurs preuves, selon lesquels un accroissement du revenu national et de l’emploi — quelle qu’en soit l’origine — entraîne un gonflement de la demande globale, ce qui augmente la consommation globale et risque même, grâce à l’élargissement du marché, de créer un investissement additionnel. Voilà sans doute le meilleur exemple de la bêtise de cette « intelligence pragmatique » dont on nous rebat les oreilles ; en effet quelle peut être la valeur d’un raisonnement qui justifie le gaspillage d’une quantité considérable de ressources humaines et matérielles par l’existence possible (et secondaire) d’un certain accroissement de la consommation et d’une (incertaine) augmentation de l’investissement ?
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