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Edelman, G. M., & Tononi, G. (2000). Comment la matière devient conscience J.-L. Fidel, Trans. Paris: Éditions Odile Jacob.  
Last edited by: Dominique Meeùs 2016-05-30 19:22:45 Pop. 0%
      Un animal seulement doté d’une conscience primaire peut produire une « image mentale » ou une scène fondée sur l’activité réentrante intégrée du noyau dynamique. Cette scène est en grande partie déterminée par la succession des événements réels survenant dans l’environnement et, jusqu’à un certain point, par l’activité sous-corticale inconsciente. Cet animal a une individualité biologique, mais non de vrai soi, de soi conscient de lui-même. Bien qu’il ait du « présent remémoré », sous l’effet de l’activité du noyau dynamique à travers le temps réel, il n’a pas de concept du passé ou du futur. Ces concepts n’ont émergé que lorsque les aptitudes sémantiques — à savoir la capacité à exprimer des sentiments et à se référer à des objets et à des éléments au moyen de symboles — sont apparues au cours de l’évolution. Nécessairement, la conscience de niveau supérieur implique des interactions sociales. Lorsque l’aptitude linguistique pleine et entière, fondée sur la syntaxe, est apparue chez les précurseurs d’Homo sapiens, la conscience de niveau supérieur s’est épanouie, en partie par suite des échanges au sein de la communauté des êtres qui parlaient. Les systèmes syntaxiques et sémantiques ont fourni de nouveaux moyens de construction symbolique et un nouveau type de mémoire médiatisant la conscience de niveau supérieur. La conscience de la conscience est alors devenue possible.
      Lorsqu’on contemple les modifications phénotypiques qui ont dû se mettre en place avant que le langage n’apparaisse ou ne soit inventé, la difficulté qu’on éprouve à reconstruire ses origines au cours de l’évolution ne devient que trop évidente. Premièrement, le précurseur des hominidés devait posséder une conscience primaire — c’est-à-dire une aptitude à, dans le présent remémoré, élaborer une scène dans laquelle des objets ou des événements à la fois liés et non liés entre eux, mais pris ensemble, avaient un sens au regard des valeurs et des souvenirs influencés par l’histoire de cet animal individuel. Une série de changements morphologiques ont ainsi conduit à la mise en place de la bipédie, de la possibilité de saisir des objets, liée à un sens tactile plus élaboré, et à la transformation du crâne. En même temps, ces modifications crâniennes ont permis que le larynx descende au cours du développement, libérant un espace au-dessus qui a permis de produire des sons de parole articulés. Aptes à communiquer, ces hominidés se sont servi de gestes et de sons pour développer des interactions sociales présentant un avantage sélectif pour la chasse et la reproduction.
     Et le cerveau ? C’est sans doute à cette époque que les structures corticales et sous-corticales permettant une riche catégorisation phonologique et la mémoire des sons de parole ont évolué. Cette étape cruciale dans l’émergence de la conscience de niveau supérieur a reposé sur l’apparition au cours de l’évolution de connexions réentrantes entre ces structures et les aires du cerveau responsables de la formation des concepts. Selon la théorie de la sélection des groupes de neurones, les répertoires des différentes aires cérébrales, opérant selon un principe de sélection, sont assez malléables pour s’adapter de façon somatique à une vaste gamme de changements phénotypiques corporels, comme l’émergence d’un espace supralaryngal. Cette plasticité résout un dilemme génétique et évolutif : des mutations corrélées et simultanées peuvent ainsi avoir lieu à la fois dans les parties altérées du corps et dans les cartographies neuronales altérées correspondantes. (Bien sûr, à la suite de l’ajustement somatique du cerveau à une mutation affectant le corps, des mutations ultérieures dans les gènes significatifs du point de vue neuronal ont pu s’accumuler au cours de l ’évolution pour le bénéfice de l’organisme.)
     Que faut-il pour que du sens et de la sémantique émergent des échanges ayant lieu au sein de la communauté de parole qui s’est développée chez les hominidés ? Premièrement, ces échanges doivent avoir des composantes affectives et émotionnelles liées au jeu des récompenses et des punitions. La relation émotionnelle précoce entre la mère et l’enfant et la toilette en sont probablement des prototypes, mais ce ne sont pas les seuls. Deuxièmement, la conscience primaire et les aptitudes conceptuelles devaient déjà être en place. (Avant le langage, les concepts dépendent de l’aptitude du cerveau à élaborer des « universaux » par le biais des cartographies de niveau supérieur de l’activité des cartes cérébrales perceptives et motrices.) Troisièmement, il faut que les sons deviennent des mots — des vocalisations développées au fil du temps au sein de l’histoire par ailleurs arbitraire d’une communauté de parole doivent être échangées et remémorées en liaison avec leurs référents. Enfin, certaines aires du cerveau doivent répondre à ces vocalisations, les catégoriser et connecter le souvenir de leur signification symbolique aux concepts, aux valeurs et aux réponses motrices. La valeur pour l’évolution de ces développements tient au souvenir des événements qui résulte des connexions réentrantes entre les aires qui médiatisent la mémoire pour les symboles de parole et les aires conceptuelles du cerveau.
      Notre attention se concentre ici sur la conscience primaire, c’est-à-dire l’aptitude à construire une scène mentale intégrée dans le présent sans recourir au langage ni au sentiment de soi. Il nous semble que cette scène mentale ne dépend pas seulement de la catégorisation perceptive des stimuli sensoriels actuels — qui forment le présent —, mais surtout de leur interaction avec des souvenirs catégoriels — c’est-à-dire avec le passé. En d’autres termes, cette scène mentale intégrée constitue un « souvenir du présent ».
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