| L’eugénique est une discipline apparue au cours des années 1910, dans les pays anglo-saxons pour l’essentiel (Allemagne comprise), ainsi qu’en France. Le terme est employé dès 1883 par Francis Galton pour désigner « l’étude des éléments contrôlables socialement qui peuvent améliorer ou détériorer les qualités raciales des futures générations, physiquement ou mentalement ». Pourquoi un tel intérêt chez Galton ? L’ historien Bernard Norton se rallie à l’hypothèse émise par Ray Fancher et Daniel Kevles : reconnu par les siens comme un génie, le jeune Galton échoue à l’Université de Cambridge ; « cet échec fit naître une curiosité passionnée pour l’origine du succès intellectuel et un désir non moins passionné d’expliquer son propre insuccès ». Après avoir lu L’Origine des espèces, il décide que « tous les caractères humains, et, par exemple, les capacités intellectuelles, [sont] déterminés par l’hérédité plutôt que par le milieu. Ceci explique limites de sa propre capacité » tout en ouvrant une nouvelle vision du monde. Nous laissons à Norton la responsabilité de l’hypothèse. Toujours est-il que le projet de Galton est d’imiter la nature à l’égard de l’espèce humaine, de faire sortir la société de l’âge du christianisme pour la faire entrer dans un âge post-darwinien, celui de la «bonne naissance» et de l’amélioration dirigée, autrement dit l’âge de l’eugénique. Dans cet esprit est créée en 1907 la Société d’éducation eugénique dont l’un des directeurs est le fils de Charles Darwin, Léonard Darwin ; elle publie la Revue d’Eugénique (Eugenics Review). |