Du temps de Marx et d’Engels, et pour moi encore à l’école au milieu du 20e siècle, la préhistoire, ça voulait dire la civilisation d’êtres humains taillant des silex comme outils. (À l’école, c’étaient les hommes des cavernes en raison de leur habitat sous nos latitudes. Je revois aussi des images de cités lacustres, sans doute sous des cieux plus cléments.) On en connaît aujourd’hui, malgré les difficultés, beaucoup plus qu’au 19e siècle. (En ouvrant directement lignage.svg dans un navigateur web, le tableau s’adapte à la largeur de la fenêtre. Si on veut remonter plus loin, il y a aussi Homolineage.html.) (On pense maintenant que certains de ces gens, ne connaissant pas encore ces classifications, ont cédé à la tentation de coucher ensemble et se soient même parfois reproduits — certainement entre Homo neanderthalensis et Homo sapiens. On peut donc contester que toutes les espèces ci-dessus soient à proprement parler des espèces distinctes. Mais ça n’empêche pas le tableau de donner une certaine vue de la variété de ceux que nous appelons nos ancêtres.) Il se peut que les Kenyanthropus soient les premiers fabricants d’outils de pierre taillée, il y a 3,4 millions d’années. Les Homo ont certainement taillé des silex très tôt, et contrôlé aussi le feu il y a 400 000 ans ou plus, donc avant l’apparition, il y a 200 ou 300 000 ans, des Homo sapiens. Engels insiste sur l’importance de la main dans l’évolution qui conduit jusqu’à nous. Si on considère comme typique de la main « humaine » la taille d’outils en pierre, ça fait quand même plus de trois millions d’années et pas mal d’espèces animales différentes, chacune avec son bagage phylogénétique, à quoi il faut ajouter une grande variété de cultures. Les affirmations générales sur le mode vie de « l’humanité primitive » (sur la sauvagerie au sens de Morgan) sont forcément abusives. C’était normal du temps d’Engels, ce l’est moins aujourd’hui.