Dominique Meeùs
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521.
L’expérience historique de l’Opposition syndicale révolutionnaire

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En 1933, Hitler prend le pouvoir en Allemagne. La division de la classe ouvrière facilite sa progression et son accession au pouvoir. La responsabilité de cette situation revient essentiellement à la grande majorité des dirigeants réformistes, y compris les dirigeants syndicaux, car ils ont systématiquement saboté la création d’un front uni antifasciste auquel appelaient les communistes. Ces dirigeants réformistes menaient une politique de conciliation et de capitulation face à la montée nazie, politique qui fut sanctionnée dramatiquement en 1933. Le KPD (Kommunistische Partei Deutschland) était la seule force politique qui combattait de façon conséquente le fascisme montant. Il avait une large base au sein des masses ; en novembre 1932, il avait remporté 6 millions de voix aux élections parlementaires. Et pourtant, il n’est pas vraiment parvenu à briser de façon décisive le poids paralysant du réformisme et à organiser de véritables mouvements de masse contre le fascisme. Pourquoi ? Piatnitski, l’un des leaders de la IIIe Internationale, souligne que les communistes n’avaient pas assez réussi, dans les années précédentes, à ancrer leur influence parmi les masses, aux plans organisationnel et syndical. Que s’est-il passé sur le plan syndical ? On a constaté deux grosses erreurs. Tout d’abord, d’après Piatnitski, « le travail d’un certain nombre de communistes dans les syndicats se distinguait peu de celui des réformistes ». Ces communistes déclaraient qu’il était impossible de se battre si les dirigeants syndicaux ne le voulaient pas. Ils refusaient de défendre les syndicalistes combatifs exclus du syndicat. Ils ont même souvent approuvé les projets de licenciements et de diminutions salariales. Ce qui a eu pour conséquence d’éloigner les masses des communistes.

Une autre déviation était encore plus importante : Piatnitski explique que l’on a beaucoup trop peu travaillé dans les syndicats ». On a vu apparaître au KPD certains points de vue sectaires, sous-estimant l’importance du travail syndical. La force d’attraction des syndicats réformistes sur la masse a été sous-estimée. On disait trop facilement : « chez nous, les réformistes n’ont pas d’influence », ce qui a provoqué des appels à déserter les syndicats : des appels rarement couronnés de succès. Dans la pratique quotidienne, des délégués et des dirigeants syndicaux étaient trop facilement mis sur le même pied que le patronat ou les hauts fonctionnaires de l’État. Conséquence : pas de politique de front uni, pas de pression systématique pour que les dirigeants et les délégués syndicaux défendent les intérêts des ouvriers. Ces points de vue et d’autres encore n’ont pas fait qu’entraver le travail de front uni. Ils ont également contribué à un exode massif des communistes hors des organisations syndicales. Des camarades qui reculaient devant les difficultés réelles du travail syndical se sont cramponnés à ces points de vue. Des ouvriers combatifs, qui voulaient effectuer un travail révolutionnaire, ont dédaigné le travail syndical par peur d’erreurs opportunistes. La lutte contre les exclusions de communistes par les dirigeants syndicaux de droite n’a pas (ou insuffisamment) été menée. Dans de nombreux cas, on a même constaté que les communistes avaient provoqué leur propre exclusion ! On n’a pas — ou pas assez longtemps — lutté pour décrocher les fonctions subalternes éligibles dans les entreprises (Betriebsrate, délégations) et dans l’appareil syndical (les exécutifs locaux). Schulte, membre du Comité central du KPD, a écrit, en 1932, qu’il était persuadé que des dizaines de milliers de membres et de sympathisants du parti s’étaient volontairement retirés du syndicat.

À la lumière de ces constatations, l’évolution de l’Opposition syndicale révolutionnaire (OSR) a été soumise à une analyse critique. En 1928, la Troisième Internationale avait donné le feu vert à la création d’OSR. Elles devaient devenir les organisations des affiliés des syndicats, des exclus de leurs organisations et des militants menant l’opposition de l’intérieur. Elles devaient lutter pour la réintégration des exclus et pour la défense des revendications et des grèves au sein des syndicats. En même temps, elles devaient préparer organisationnellement les grèves pour assurer qu’elles soient effectivement dirigées. La réalisation de cette ligne a permis aux communistes, en 1929 et en 1930, de diriger des grèves importantes et de remporter des victoires. D’autre part, cela a renforcé la pression des dirigeants syndicaux de droite pour que soient écartés des syndicats les communistes et les membres des OSR. Suite à ces pressions et au sectarisme qui se développait, l’objectif et le caractère des OSR ont peu à peu changé. Au lieu d’être une opposition organisée pour le travail dans les syndicats, on les vit lentement se transformer en rassemblement des communistes qui échouaient dans le difficile travail syndical. En fait, les OSR sont devenues des « Syndicats rouges ». En ne travaillant plus dans les syndicats réformistes, les communistes se sont isolés sur le plan syndical, ils se sont coupés des organisations qui continuaient à regrouper la majorité des ouvriers. En 1931, les OSR, syndicats rouges compris, rassemblaient 300 000 membres tandis qu’il y avait 4,2 millions de travailleurs organisés dans le syndicat réformiste. Ce chiffre atteignait même 5 millions, si l’on y ajoute les membres des syndicats chrétiens et des unions patronales.

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