Dominique Meeùs
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411.
La division du travail est internationale

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Dans tous les pays riches, les statistiques révèlent une diminution de la part de l’industrie au profit des services. Pour l’ensemble des pays de l’OCDE et pour la Belgique, cela donne l’évolution suivante (en % de la population active totale3) :

70 60 50 40 30 20 10 0 Pays de l’OCDE Emploi en % du total de la population active 1963 1975 1987 industrie services 70 60 50 40 30 20 10 0 Belgique Emploi en % du total de la population active 1963 1975 1987 industrie services

Passons provisoirement sur le fait que le classement industrie/services est lui-même sujet à caution. D’un côté, les chiffres démontrent les effets des énormes rationalisations qui ont touché l’industrie. Mais d’un autre côté, il est impossible d’interpréter cette mutation de façon exacte sans tenir compte de la division du travail à l’échelle internationale. Il est tout à fait absurde de n’étudier l’évolution de la population ouvrière que dans les limites des frontières nationales, étant donné l’internationalisation de l’appareil de production et la globalisation de l’économie. (Voir les paragraphes 312, 322 et 342.) Les chiffres reflètent également le déménagement industriel vers certains pays du tiers monde. Les statistiques relatives au tiers monde présentent donc logiquement un profil inverse : la part de l’industrie augmente, celle de l’agriculture, du secteur minier et des services baisse. Bien que ce résultat soit surtout influencé par quelques prétendus « pays nouvellement industrialisés », cela démontre bien la mutation globale. En 1970, le tiers monde produisait 12 % de la production industrielle mondiale, en 1985, la production a grimpé jusqu’à 16 % et elle devrait encore progresser jusqu’à 22 % en l’an 20004.

En d’autres termes, la « disparition de l’industrie » doit être relativisée ; il y a un déplacement, un déménagement sous tutelle de groupes financiers situés dans le Nord. Les États-Unis, par exemple, qui ont un pourcentage de « services » particulièrement élevé (73 %), ont déplacé une grande partie de leur industrie du sud au-delà de leur frontière avec le Mexique ; le magazine Fortune estime que le nombre de travailleurs dans ces « maquiladores » s’élèvera à un million en l’an 2000. Globalement, les entreprises transnationales occupent directement 65 millions de travailleurs à travers le monde entier, dont 22 millions en dehors de la métropole. Nous constatons qu’à l’heure actuelle, 30 % de ces emplois hors frontières (soit 7 millions d’emplois) sont situés dans le tiers monde. En ce qui concerne les trois pays les plus riches (les États-Unis, le Japon et l’Allemagne), 70 % de ces emplois se situent dans des entreprises industrielles5.

Le Nord prospère a partiellement déplacé vers le Sud sa production industrielle à haute densité de main-d’œuvre et s’est concentré sur les secteurs de haute technologie et des services. Les importations en provenance du Sud (souvent effectuées par les mêmes groupes) deviennent par la suite un argument pour rationaliser encore plus par ici. Pour le secteur du textile, des études ont été effectuées, démontrant l’impact respectif sur l’emploi des rationalisations et du « déménagement » vers le tiers monde. Ces études concluent que les pertes d’emploi dues à l’accroissement des importations se chiffrent à peu près à un quart (pour la confection) et à un dixième (pour le textile) des pertes dues à la hausse de productivité6.

Une deuxième constatation qui s’impose est que le nombre de travailleurs, le nombre de « salariés » ou d’exploités dans le monde entier n’a jamais été aussi grand qu’aujourd’hui. Loin de « s’éteindre », l’exploitation capitaliste gagne des couches de plus en plus larges. Aussi bien dans les pays pauvres que dans les pays riches, le nombre de salariés augmente. Au lieu d’une disparition des classes, on assiste, au niveau mondial, à une augmentation incessante du nombre total des travailleurs (et des chômeurs). La part des salariés dans la population active de tous les pays de l’OCDE a augmenté de 70,5 % en 1960 jusqu’à 82 % en 1980. Dans les pays du tiers monde, l’emploi industriel augmente de 4 % à 5 % par an7.

Notes
3.
OCDE, Statistiques de la population active 1966-1986, Paris 1988.
4.
Nations Unies, Global Outlook 2000, 1990, p. 176.
5.
Bunge et Dreyfys, Multinational enterprises and employment, étude par Otto Kreye, Jürgen Heinrichs, Folker Fröbel, Starnberg Instituut, Deutschland, 1988.
6.
Fröbel, Heinrichs, Kreye, Umbruch in die Weltwirtschaft, Hamburg 1986, p. 127.
7.
Bureau international du Travail, Le travail dans le monde.
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