Dominique Meeùs
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345.
Saisir les occasions

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L’internationalisation de l’économie ne facilite pas la lutte de classe. Les groupes transnationaux échappent plus facilement au contrôle syndical. Pour répondre à une grève, ils peuvent transférer la production et organiser la concurrence entre les filiales. Les derniers congrès syndicaux affirment que les centres stratégiques de décision sont devenus « invisibles, inaccessibles, insaisissables25 ». Si l’on s’arrête à ce constat, il faudrait conclure que la lutte est désespérée, qu’il est impossible de lutter contre une force supérieure. Or, les centres de décision sont bien connus : ce sont les quartiers généraux des monopoles européens, américains, japonais. Et chaque monstre a ses points faibles, que la solidarité internationale peut atteindre.

L’internationalisation ne crée pas uniquement des difficultés. Elle crée aussi de nouvelles occasions. L’évolution même du capitalisme unit les peuples du monde et la classe ouvrière internationale. L’organisation de la production à l’échelle internationale place la classe ouvrière internationale devant les mêmes ennemis. L’internationalisation croissante de la production facilite donc la tâche de faire comprendre aux travailleurs le caractère international de l’exploitation impérialiste. Même si l’organisation pratique de la solidarité de classe suscite de nombreux problèmes, les propos de Marx gardent toute leur actualité : « La bourgeoisie creuse sa propre tombe ».

Un facteur négatif (les problèmes organisationnels) peut être transformé en facteur positif, si l’on cherche activement à nouer des contacts internationaux : avec des syndicalistes du tiers monde, d’autres pays européens, des syndicalistes de la même multinationale dans le monde entier.

Regardons les patrons. Certains d’entre eux sont plus empressés que d’autres de suivre la tendance à l’internationalisation. L’affaire du raid audacieux de De Benedetti contre la Générale nous en a livré l’exemple. La nouvelle génération de patrons pense résolument en termes internationaux et saisit toutes les occasions pour s’enrichir en s’engageant dans cette voie. La nouvelle génération de syndicalistes doit faire preuve de la même détermination et de la même audace pour construire la solidarité de classe internationale.

La solidarité de classe internationale ne doit pas seulement se manifester dans la lutte pour l’amélioration des conditions de vie matérielles, mais encore davantage dans la lutte pour les droits démocratiques et syndicaux, dans la lutte politique contre l’impérialisme, le fascisme, le racisme, le sionisme et l’apartheid. La conception de syndicats « apolitiques », qui n’ont à s’occuper que du salaire et de l’emploi de « leurs propres ouvriers », est propre aux syndicats les plus réactionnaires et les plus inféodés au système.

Par contre, les manifestations les plus magnifiques de véritable internationalisme prolétaire que l’histoire syndicale internationale ait connues ont été des mouvements de solidarité politiques : la solidarité avec les ouvriers et les paysans russes en 1917, avec les combattants antifascistes pendant la guerre civile en Espagne, avec les victimes de la chasse aux communistes (Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, Sacco et Vanzetti, les Rosenberg), avec la lutte de libération vietnamienne et nicaraguayenne, avec le mouvement contre l’apartheid, etc.

Notes
25.
Syndicat et Demain, document de travail du congrès CSC, avril 1990, p. 30.
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