Dominique Meeùs

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231.
« On n’arrête pas le progrès »

Voilà la première objection à laquelle se trouve confronté plus d’un militant syndical combatif. Du reste, est-il possible d’aller à rencontre de l’évolution technologique ? Les défenseurs acharnés de la collaboration de classe iront ne manqueront pas de faire valoir que « Marx était lui-même partisan du développement des forces productives »…

Marx n’a jamais manqué de souligner que les rapports de production sont déterminants pour l’application de la technologie. En d’autres termes, la technologie n’est pas un fétiche, pas une donnée « neutre » dépourvue de contenu de classe. Marx ne s’exprimait pas au figuré mais au sens propre lorsqu’il parlait du rabaissement des êtres humains au statut d’accessoires des machines et d’esclaves des capitalistes. En apparence, le patronat ne fait rien d’autre qu’appliquer des principes plus « rationnels », travailler de manière plus matérialiste (en s’appuyant sur de meilleures mesures, sur la connaissance, sur l’analyse des fautes). Le mythe est créé, selon lequel il s’agit de la loi inévitable du progrès… masquant ainsi le fait que le profit maximal reste le seul et unique motif de la production.

Lors du dernier congrès de la CMB, les rapporteurs ont fait une appréciation correcte des « nouveaux rapports de production » qui s’installent avec la nouvelle technologie. « En nous plaçant dans le cadre du matérialisme historique, nous pourrions l’analyser comme une modification des rapports de production imposée par l’évolution, inéluctable et non maîtrisée par le système capitaliste, des moyens de production. […] L’histoire ne nous a-t-elle pas appris que le développement des moyens de production ne peut se réaliser sans que simultanément, les rapports de production soient également modifiés ? […] À partir du moment où les rapports de production deviennent une entrave au développement des moyens de production, il y a nécessité, pour la survie du système, de les modifier. Face à cette nécessité d’adaptation, le management participatif est donc une approche minimaliste dans la recherche de solutions ne remettant pas radicalement en cause le système économique dominant9. » Il s’agit effectivement d’une adaptation contrainte et forcée afin de sauvegarder l’existence du système. Il n’y a donc aucune raison pour que le mouvement ouvrier se soumette sans résistance à un « progrès » uniquement dicté par les besoins patronaux et dont ce sont les ouvriers qui font les frais. Toute lutte des classes retient, dans une plus ou moins grande mesure, le « progrès » patronal et freine donc le développement des forces productives. La classe ouvrière ne lutte pas contre le progrès, mais s’oppose à la rançon de ce progrès, qui, au sein des rapports de production capitalistes, est toujours payée par les travailleurs. Et le problème est que la plupart des dirigeants syndicaux qui soulignent « le caractère inévitable du progrès » se laissent emporter par la logique patronale et par les lois capitalistes de la concurrence, au point qu’ils sacrifient les intérêts des ouvriers sur l’autel du profit.

Notes
9.
Congrès d’orientation de la CMB, 30-31 mars 1990, « Les défis à la solidarité », CMB-Inform, janvier-février 1990, p. 33.