Dominique Meeùs
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018.
La nostalgie de la concertation sociale

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C’est surtout l’effondrement de la concertation sociale qui est fortement regrettée par beaucoup de dirigeants syndicaux. Pour ceux qui se situent le plus à droite, la chose la plus importante est la suivante : ils veulent être considérés comme des partenaires responsables et chercher des solutions ensemble. « Avant, dans les moments difficiles, nos prédécesseurs Gust Cools et Louis Major parvenaient à élaborer des accords de programmation sociale avec les employeurs, sur la sécurité sociale et la productivité », regrette Jef Houthuys, « et justement dans cette période de bouleversements sociaux, on devrait pouvoir briser les obstacles idéologiques […]. Bien que nous soyons divisés d’un point de vue idéologique, nous ne pouvons vaincre la crise que par le consensus et non par la lutte des élus ou des positions doctrinaires8. »

L’échec de la concertation sociale est considéré comme le plus grand danger pour le mouvement syndical. Afin de restaurer cette concertation, afin de réaliser un nouveau pacte social, cette droite est prête à tout. Elle supplie, elle implore de nouveaux accords interprofessionnels et se contente du moindre semblant de concession.

L’aile gauche réformiste espère également une réhabilitation de la concertation, mais accuse le patronat et le gouvernement d’être responsables de l’effondrement de celle-ci. Georges Debunne : « Il est vrai que les relations sociales sont devenues plus difficiles. Pourquoi ? Lorsque tout va bien, lorsque le gâteau augmente, chacun a l’impression que sa part augmente également, même si elle reste proportionnellement la même. Et à ce moment, si nous parlons de réformes de structures, si nous faisons état de nos inquiétudes quant à l’avenir, on nous objecte : « Allons donc ! Voyez comme tout va bien, comme tout le monde est satisfait. Pourquoi changer ce qui est bien ? » On nous regarde comme des oiseaux de mauvais augure. Mais lorsque rien ne va plus, comme c’est le cas aujourd’hui, on nous dit : « Attention ! Nous sommes tous dans le même bateau. Soyons tous solidaires, faisons un effort ensemble. Et modérez donc vos revendications. Surtout, ne parlez pas de réformes ! Ce n’est pas le moment. On en reparlera quand ça ira mieux. Et le patronat mène l’offensive contre les coûts salariaux et l’indexation automatique des salaires : c’est un assaut contre le pouvoir d’achat des plus faibles. Comment s’étonner alors si les relations sociales sont devenues plus difficiles9 ? »

Cette aile gauche n’est pas prête à collaborer à une politique de démantèlement afin de réussir coûte que coûte la concertation. Sous son impulsion, la FGTB refuse un accord interprofessionnel en 1982 et en 1984, refuse toute négociation concernant l’index en 1981‑1982. Il est évident que tous les dirigeants syndicaux ne sont pas sur la même longueur d’onde.

Notes
8.
Houthuys consécutivement dans Knack, 3 mai 1982, p. 21 ; Le Soir, 9-10 avril 1978 ; Het Volk, 15 juillet 1982.
9.
Pourquoi Pas ?, 9 décembre 1976, p. 4.
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