<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<!--  Hand woven by Dominique Meeùs with the help of
      Bluefish 2.0 (http://bluefish.openoffice.nl/),
      gPHPedit et cetera, from February 2010
      with some rendering, tables, formulas and
      images in March and April, more corrections
      and other improvements in May and June -->
<!DOCTYPE TEI PUBLIC "-//TEI P5//DTD Main Document Type//EN" 
    "http://www.tei-c.org/release/xml/tei/schema/dtd//tei.dtd" []>
<TEI  xml:lang="fr-BE"
      xmlns="http://www.tei-c.org/ns/1.0"
      xmlns:svg="http://www.w3.org/2000/svg"
      xmlns:math="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
  <teiHeader>
    <fileDesc>
      <titleStmt>
        <!-- <author>Académie des sciences de l’U.R.S.S., Institut d’économie</author> -->
        <title>Manuel d’économie politique</title>
        <editor>Dominique Meeùs</editor>
      </titleStmt>
      <editionStmt>
        <edition><date>2010</date> edition</edition>
        <editor>Dominique Meeùs</editor>
      </editionStmt>
      <extent>2,5 Mo</extent>
      <sourceDesc>
        <biblStruct xml:lang="fr">
         <monogr>
           <author>Académie des sciences de l’U.R.S.S., Institut d’économie</author>
           <title>Manuel d’économie politique</title>
           <imprint>
             <pubPlace>Paris</pubPlace>
             <publisher>Éditions sociales</publisher>
             <date when="1846">1956</date>
           </imprint>
           <extent>703 pages</extent>
         </monogr>
       </biblStruct>
      </sourceDesc>
    </fileDesc>
    <encodingDesc>
      <projectDesc>
        <respStmt>
          <persName>Vincent Gouysse</persName>
          <resp>ROC à partir de l’édition de 1956 des Éditions sociales vers PDF
          en passant par Microsoft Word et ScanSoft PDF Create! 4.</resp>
          <date>mercredi 16 avril 2008</date>
        </respStmt>
        <respStmt>
          <persName>Dominique Meeùs</persName>
          <resp>Balisage en TEI P5 du texte simple tiré du PDF.</resp>
        </respStmt>
        <respStmt>
          <persName>Dominique Meeùs</persName>
          <resp>En SVG les tables comprenant des flèches ou des accolades.
          Formules en MathML.</resp>
        </respStmt>
        <respStmt>
        <resp>Corrections orthographiques et orthotypographiques.
        Vérification et modernisation des citations…</resp>
        <name xml:id="dm">Dominique Meeùs</name>
        </respStmt>
        <p>J’avais d’abord publié sur mon site (<date>2006</date>)
        la première moitié du <title>Manuel</title>
        en une longue page html (1,3 Mo) encore améliorable.
        C’était déjà à partir d’une reconnaissance de caractères
        par Vincent Gouysse. L’Institut d’études marxistes
        avait repris mon travail en le divisant en une page Web
        par chapitre.</p>
        <p>J’ai découvert début 2010 que Vincent Gouysse avait mis en ligne
        le PDF du <title>Manuel</title> complet. Vu le travail de l’encodage
        en html et le problème immédiatement posé par la divergence entre
        ma version et celle de l’INEM à la moindre correction d’une faute
        d’orthographe (ou au placement d’une ancre), je me suis posé la question
        d’une technologie plus automatisée de publication. Je connaissais
        vaguement DocBook (un peu plus que son existence) et mes recherches
        m’ont conduit à la TEI.</p>
        <p>J’ai fait quelques essais avec Serna de Syntext, qui ne supporte nativement
        que la TEI P4. Je suis passé à l’encodage direct en TEI P5 avec l’éditeur
        généraliste (plutôt html) Bluefish. La première moitié est une récupération
        de mon code html de 2006. La deuxième moitié est copiée-collée du PDF.
        Le travail le plus fatstidieux est l’introduction manuelle des éléments
        paragraphe.</p>
      </projectDesc>
    </encodingDesc>
    <profileDesc>
      <!-- ... -->
    </profileDesc>
    <revisionDesc>
      <change><!-- ... --></change>
      <change n="1.07" when="2010-07-25" who="#dm">Sebastian Rahtz me fait remarquer
      que les div0 n’existent plus en P5. Je décale donc tout.</change>
    </revisionDesc>
  </teiHeader>
  <text>
    <front>
      <titlePage>
        <byline>Académie des sciences de l’U.R.S.S.</byline>
        <byline>Institut d’économie</byline>
        <docTitle>
          <titlePart>Manuel d’économie politique</titlePart>
        </docTitle>
        <byline>Texte conforme à la 2<hi rend="sup">e</hi> édition (1955)</byline>
      </titlePage>
      <div xml:id="colophon" type="colophon">
        <head>Indications sur cette édition numérisée</head>
        <p>Document de travail à partir de l’édition de 1956.
        Version 1.07 (25-7-2010), Dominique Meeùs.</p>
        <p rend="alinéa">Cet ouvrage, traduit du russe <bibl>(Éditions sociales, Paris, 1956)</bibl>,
        a été publié dans son texte original sous le titre :
          <bibl>
            <title>Polititcheskaia Ékonomiia (Outchebnik)</title>,
            <publisher>Gossoudarstvennoié Izdatelstvo, polititcheskoï litératoury</publisher>,
            <pubPlace>Moscou</pubPlace>,
            <date>1955</date>.
          </bibl>
        </p>
        <p rend="alinéa">Numérisation du texte de 1956 par Vincent Gouysse
        (<ref target="http://www.marxisme.fr/">www.marxisme.fr</ref>).</p>
        <p rend="alinéa">Édition, corrections et adaptations du texte par Dominique Meeùs.
        Tout en respectant du mieux que possible le texte de l’édition de 1956,
        le présent document de travail présente une série d’adaptations volontaires
        pour en faciliter l’étude. (Les manipulations diverses ont pu conduire
        aussi à des modifications ou effacements accidentels et malencontreux.
        Merci de signaler tout écart significatif du texte original.)
        Outre certaines corrections orthographiques et orthotypographiques,
        il faut noter les modifications suivantes :</p>
        <list rend="runon"> <!-- type="ordered" -->
          <item>
            <p rend="alinéa">Les références biliographiques en bas de page dans l’original
            ont été placées à la suite de la citation. Ne restent en bas de page que
            les autres notes.</p>
          </item>
          <item>
            <p rend="alinéa">Certaines références aux auteurs classiques dans des éditions
            russes ou anciennes ont été remplacées par des références à des traductions
            françaises plus accessibles et les citations alors ont été mises en conformité
            avec cette traduction. (Ce travail pourrait être poursuivi et systématisé.)
            En particulier, dans le cas de Lénine, on est retourné toujours aux
            <title>Œuvres</title> en français en 45 tomes plus deux d’index des
            Éditions sociales à Paris et Éditions du Progrès à Moscou des années
            1950, 60 et 70.</p>
          </item>
          <item>
            <p rend="alinéa">Dans le cas du <title>Capital</title>, la pagination,
            sauf indication contraire, est celle de l’édition en huit volumes des années
            quarante, cinquante et soixante aux Éditions sociales à Paris.</p>
          </item>
          <item>
            <p rend="alinéa">On a réservé aux rois le privilège des chiffres romains
            (au détriment des livres, tomes, congrès et cetera).</p>
          </item>
          <item>
            <p rend="alinéa">Les tableaux du revenu total sous le capitalisme (à la <ref target=
            "#chap15sect02page219">deuxième section du chapitre 15</ref>) et sous le socialisme
            (dans la <ref target="#chap39sect04page601">quatrième section du chapitre 39</ref>)
            différaient par une inversion des dimensions verticale et horizontale.
            On a transposé le deuxième (on l’a « remis sur ses pieds ») pour le rendre
            plus lisible et surtout plus comparable au premier.</p>
          </item>
        </list>
        <p rend="alinéa smaller">Le texte est utilisable dans son état actuel,
        mais l’encodage peut encore être amélioré dans quelques détails.
        Merci de signaler les imperfections trouvées. En particulier si vous vous trouvez
        confronter la présente édition à la version papier, ne manquez pas de signaler
        les divergences éventuelles. Les retours à la ligne (alinéas) ont été placés
        à la main. Il pourrait y en avoir trop ou trop peu.</p>
        <p rend="alinéa smaller">Balisage dans le code <distinct type="informatics">xml</distinct>
        de la <ref target="http://www.tei-c.org/">Text Encoding Initiative</ref>.
        Transformation en <distinct type="informatics">xhtml</distinct> (et éclatement
        en pages distinctes avec navigation) par <distinct type="informatics">xsltproc</distinct>
        selon des transformations personnalisées à partir des <ref
        target="http://www.tei-c.org/Tools/Stylesheets/">feuilles de style de la TEI</ref>.</p>
        <p rend="alinéa smaller">Les tableaux comportants des flèches ou des accolades sont
        composés en SVG et les formules en MathML.<!--  Cela impose que les pages Web
        qu’on en tire soient de type <distinct type="informatics">application/xhtml+xml</distinct>.
        Si cela ne s’affiche pas ou pas correctement dans votre navigateur, il faut
        envisager de passer à un navigateur plus récent et plus conforme aux normes.
        L’affichage de ces tableaux et formules a été testé en Firefox. --></p>
      </div>
      <div xml:id="preface1" type="preface" n="1">
        <head>Préface de la première édition</head>
        <p rend="alinéa">Ce manuel d’économie politique est l’œuvre collective
        des économistes K. Ostrovitianov, de l’Académie des Sciences de l’U.R.S.S.,
        D. Chepilov et L. Leontiev, correspondants de l’Académie des Sciences de l’U.R.S.S. ;
        I. Laptev, de l’Académie Lénine des Sciences agricoles de l’U.R.S.S. ;
        du professeur I. Kouzminov ; L. Gatovski, docteur es sciences économiques ;
        P. Ioudine, de l’Académie des Sciences de l’U.R.S.S. ; A. Pachkov, correspondant de l’Académie
        des Sciences de l’U.R.S.S. ; V. Peresleguine, candidat ès sciences économiques. La sélection et
        la présentation des données statistiques ont été faites avec le concours de V. Starovski,
        docteur ès sciences économiques.</p>
        <p rend="alinéa">Lors de la mise au point du projet de cet ouvrage, un grand nombre
        d’économistes soviétiques ont apporté, sur le texte, de précieuses observations
        critiques et d’utiles suggestions, dont les auteurs ont tenu compte par la suite.</p>
        <p rend="alinéa">La discussion économique organisée par le Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique
        en novembre 1951 a eu la plus grande importance pour la mise au point de ce manuel :
        au cours de cette discussion, à laquelle des centaines d’économistes soviétiques
        prirent une part active, le projet de manuel d’économie politique présenté par les auteurs
        fut l’objet d’un ample examen critique. Les propositions formulées à la suite de la discussion
        ont grandement contribué à en améliorer la composition et à en enrichir le contenu.</p>
        <p rend="alinéa">K. Ostrovitianov, D. Chepilov, L. Leontiev, I. Laptev, I. Kouzminov et L. Gatovski
        ont procédé à la rédaction définitive.
        Conscients de l’importance d’un manuel marxiste d’économie politique,
        les auteurs s’appliqueront à améliorer le texte du présent ouvrage
        en tenant compte des observations critiques et des propositions
        qui leur seront faites sur cette première édition.
        Ils prient donc les lecteurs de faire parvenir leurs appréciations et suggestions
        à l’Institut d’Économie de l’Académie des Sciences de l’U.R.S.S., Volkhonka, 14, Moscou.</p>
        <signed>Les auteurs, Moscou, août 1954.</signed>
      </div>
      <div xml:id="preface2" type="preface" n="2">
        <head>Préface de la deuxième édition</head>
        <p rend="alinéa">La première édition du <title>Manuel d’économie politique</title>
        publiée à la fin de 1954 à un tirage de plus de six millions d’exemplaires,
        a été rapidement épuisée. En plus de l’édition russe, le manuel a été édité
        en un grand nombre de langues des peuples de l’U.R.S.S.,
        ainsi que dans plusieurs pays étrangers. Une deuxième édition était nécessaire.
        En préparant cette édition, les auteurs se sont proposé de compléter l’ouvrage
        par des thèses et des faits nouveaux illustrant l’essor constant de l’économie socialiste
        en U.R.S.S. et dans les pays de démocratie populaire,
        ainsi que l’aggravation de la crise générale du capitalisme.</p>
        <p rend="alinéa">Les auteurs se sont efforcés de tenir compte au maximum de
        l’expérience de l’étude de l’économie politique
        dans les établissements d’enseignement supérieur, les écoles et les cercles du Parti communiste,
        ainsi que de l’étude individuelle d’après ce manuel.
        Au cours de l’année qui vient de s’écouler, ce manuel a été discuté
        dans de nombreuses chaires d’économie politique.
        Les auteurs ont reçu également un grand nombre de lettres de lecteurs
        qui proposaient des améliorations au texte.
        En mars-avril 1955 a eu lieu une large réunion d’économistes :
        travailleurs scientifiques, professeurs, directeurs d’entreprises de Moscou, Leningrad, Kiev, Minsk,
        Riga, Tallin, Vilnious, Tbilissi, Erevan, Bakou, Tachkent,
        Achkhabad, Stalinabad, Alma-Ata, Sverdlovsk,
        au cours de laquelle il a été procédé à un examen complet de la première édition du manuel.</p>
        <p rend="alinéa">Les auteurs ont fait une étude minutieuse des critiques
        et suggestions de toutes origines qui leur ont été communiquées et ils ont cherché
        à utiliser tout ce qui était susceptible d’améliorer ce manuel.
        Néanmoins, ils ont jugé nécessaire de s’en tenir au même type d’ouvrage,
        destiné à un large public, et de n’en pas augmenter sensiblement le volume.
        La deuxième édition de ce manuel a été mise au point par
        K. Ostrovitianov, D. Chcpilov, L. Léontiev, I. Laptev, I. Kouzminov et L. Gatovski
        et pour la sélection et la présentation des données statistiques par V. Starovski.</p>
        <p rend="alinéa">Les auteurs remercient toutes les personnes qui
        par leurs critiques et leurs suggestions ont contribué à cette deuxième édition.
        Ils ont l’intention de poursuivre l’amélioration de ce manuel
        et prient les lecteurs de leur faire part de leur opinion et de leurs suggestions
        à l’Institut d’Économie de l’Académie des Sciences de l’U.R.S.S., Volkhonka, 14, Moscou.</p>
        <signed>Moscou, septembre 1955.</signed>
      </div>
      <div xml:id="intro" type="introduction">
        <head>Introduction</head>
        <p rend="alinéa">L’économie politique fait partie des sciences
        sociales<note xml:id="not01intro" n="1" place="bottom">« Économie politique »
        vient des mots grecs « oïkonomia » et « politéia ».
        Le mot « oïkonomia » se compose lui-même de deux mots :
        « oïkos » (maison, ménage), et « nomos » (loi).
        « Politéia » signifie « organisation sociale ».
        Le terme d’ « économie politique » n’est apparu qu’au début
        du <!-- <choice><orig rend="orig">XVII</orig><reg>17</reg></choice> --><hi
        type="ordinal" rend="ordinal">e</hi> siècle.</note>.
        <!-- La transformation ne comprend pas orig. L’attribut @rend ne donne pas de classe
        identifiable pour la rendre display none. Laisser tomber provisoirement. -->
        Elle étudie les lois de la production sociale et de la répartition des biens matériels
        aux différents stades du développement de la société humaine.</p>
        <p rend="alinéa">La production matérielle constitue la base de la vie
        de la société. Pour vivre, les hommes doivent avoir de la nourriture,
        des vêtements et d’autres biens matériels. Pour se procurer ces biens,
        ils sont dans l’obligation de les produire, dans l’obligation de travailler.
        Les hommes produisent les biens matériels, c’est-à-dire luttent contre la nature,
        non pas isolément mais en commun, en groupes, en sociétés. C’est pourquoi la production
        est toujours et quelles que soient les conditions une production sociale,
        et le travail une forme d’activité de l’homme social.</p>
        <p rend="alinéa">La production des biens matériels suppose :
        1<hi rend="ordinal">o</hi> le travail de l’homme ;
        2<hi rend="ordinal">o</hi> l’objet du travail et
        3<hi rend="ordinal">o</hi> les moyens de travail.</p>
        <p rend="alinéa">Le <emph>travail</emph> est une activité rationnelle de l’homme
        au cours de laquelle celui-ci modifie et utilise pour la satisfaction de ses besoins
        les objets fournis par la nature.
        Le travail est une nécessité naturelle, une condition absolue de l’existence des hommes.
        Sans lui, la vie humaine serait impossible.</p>
        <p rend="alinéa">Est <emph>objet de travail</emph> tout ce à quoi l’homme applique son travail.
        Les objets du travail peuvent être donnés directement par la nature :
        ainsi, l’arbre que l’on abat dans la forêt, le minerai que l’on extrait du sol.
        Les objets du travail qui ont déjà été soumis à l’action d’un travail,
        comme le minerai à l’usine métallurgique, le coton à la filature, les filés à l’usine textile,
        portent le nom de <emph>matières premières</emph>.</p>
        <p rend="alinéa">Les <emph>moyens de travail</emph> désignent toutes les choses à l’aide desquelles
        l’homme agit sur l’objet de son travail et le modifie : ce sont avant tout les instruments de production,
        ainsi que la terre, les bâtiments d’exploitation, les routes, les canaux, les entrepôts, etc.
        Parmi eux le rôle déterminant appartient aux <emph>instruments de production</emph>.
        Ces derniers comprennent les instruments variés que l’homme utilise dans son travail,
        depuis les grossiers instruments de pierre des primitifs jusqu’aux machines modernes.
        Le niveau de développement des instruments de production donne la mesure du pouvoir de la société sur la nature,
        la mesure du développement de la production.
        Ce qui distingue entre elles les différentes époques économiques, ce n’est pas ce qu’elles produisent
        mais la manière de produire les biens matériels, les instruments de production dont elles se servent.</p>
        <p rend="alinéa">Les objets du travail et les moyens de travail constituent les <emph>moyens de production</emph>.
        S’ils ne sont associés à la force de travail, ceux-ci ne peuvent rien créer par eux-mêmes.
        Pour que le processus du travail, le processus de création des biens matériels puissent commencer,
        la force de travail doit s’associer aux instruments de production.</p>
        <p rend="alinéa">La <emph>force de travail</emph> est la faculté que l’homme a de travailler,
        la somme des forces physiques et spirituelles grâce auxquelles il est capable de produire des biens matériels.
        La force de travail est l’élément actif de la production ; c’est elle qui met en œuvre les moyens de production.
        Avec le progrès des instruments de production se développent aussi chez l’homme l’aptitude au travail,
        le savoir-faire, l’habileté, l’expérience de la production.</p>
        <p rend="alinéa">Les instruments de production à l’aide desquels les biens matériels sont produits,
        les hommes qui mettent en œuvre ces instruments et produisent les biens matériels,
        grâce à une certaine expérience de la production et à des habitudes de travail,
        constituent les <emph>forces productives</emph> de la société.
        Les masses laborieuses sont la principale force productive de la société humaine
        à toutes les étapes de son développement.</p>
        <p rend="alinéa">Les forces productives traduisent les rapports des hommes avec les objets et les forces de la nature
        dont ils se servent pour produire les biens matériels.
        Cependant, dans la production les hommes agissent non seulement sur la nature,
        mais aussi les uns sur les autres.</p>
        <cit rend="display">
          <quote>
            <p rend="alinéa">Ils ne produisent qu’en collaborant d’une manière déterminée
            et en échangeant entre eux leurs activités.
            Pour produire, ils entrent en relations et en rapports déterminés les uns avec les autres,
            et ce n’est que dans les limites de ces relations et de ces rapports sociaux
            que s’établit leur action sur la nature, la production.</p>
          </quote>
          <bibl>
            <author>Karl Marx</author>,
            <title>Travail salarié et capital, suivi de Salaire, prix et profit</title>,
            p. 31,
            <publisher>Éditions sociales</publisher>,
            <pubPlace>Paris</pubPlace>,
            <date>1952</date>.
          </bibl>
          <!-- avec <bibl><p>…</p></b> la transformation en shtml d’un <bibl> non inline donne
          un bloc avec parenthèses, mais celles-ci ne sont pas dans le <p> et parce qu’elles
          sont en dehors, elles sont sur des lignes séparées -->
          <!-- avec <p rend="alinéa"><bibl>…</bibl></p> on a rien — en fait <p> ne peut pas être
          enfant de <cit> (et est écarté par la feuille de transformation) ni de <bibl> (mais ça
          la feuille le tolère -->
        </cit>
        <p rend="alinéa">Les rapports déterminés des hommes entre eux dans le processus
        de la production des biens matériels constituent les rapports de production.</p>
        <p rend="alinéa">Les rapports de production comprennent :
        a) les formes de propriété des moyens de production ;
        b) la position des divers groupes sociaux dans la production qui en découle
        et les rapports entre eux ;
        c) les formes de répartition des produits qui dépendent de la propriété des moyens
        de production et de la position des hommes dans la production.</p>
        <p rend="alinéa">Le caractère des rapports de production est déterminé par celui
        de la propriété des moyens de production (terre, forêts, eaux, sous-sol, matières
        premières, instruments de production, bâtiments d’exploitation, moyens de transport
        et de communication, etc.) : ou bien cette propriété est celle d’individus, de groupes
        sociaux ou de classes qui s’en servent pour exploiter les travailleurs,
        ou bien celle d’une société dont le but est de satisfaire les besoins matériels et
        culturels des masses populaires. L’état des rapports de production montre comment
        les moyens de production, et par conséquent les biens matériels produits par les hommes,
        sont répartis entre les membres de la société.
        Ainsi, c’est la forme particulière de la <emph>propriété des moyens de production</emph>
        qui constitue le trait déterminant des rapports de production.</p>
        <p rend="alinéa">Les rapports de production déterminent aussi les rapports de répartition qui leur correspondent.
        La <emph>répartition</emph> constitue le lien entre la production et la consommation.</p>
        <p rend="alinéa">Les produits fabriqués dans la société servent soit à la consommation productive,
        soit à la consommation individuelle.
        La <emph>consommation productive</emph>, c’est l’utilisation des moyens de production
        en vue de créer des biens matériels.
        La <emph>consommation individuelle</emph> satisfait les besoins de l’homme
        en nourriture, vêtements, logement, etc.</p>
        <p rend="alinéa">La répartition des articles de consommation individuelle qui ont été produits
        dépend elle-même de la répartition des moyens de production.
        Dans la société capitaliste les moyens de production, et par suite les produits du travail,
        appartiennent aux capitalistes.
        Les ouvriers sont privés des moyens de production, et pour ne pas mourir de faim,
        ils sont obligés de travailler pour les capitalistes qui s’approprient les fruits de leur travail.
        Dans la société socialiste les moyens de production sont propriété sociale.
        Aussi les fruits du travail appartiennent-ils aux travailleurs.</p>
        <p rend="alinéa">Dans les formations sociales où existe la production marchande,
        la répartition des biens matériels s’accomplit par l’<emph>échange des marchandises</emph>.</p>
        <p rend="alinéa">Production, répartition, échange et consommation forment une unité
        où le rôle déterminant appartient à la production.
        Les formes déterminées de répartition, d’échange et de consommation réagissent à leur tour activement
        sur la production, favorisant ou freinant son développement.
        L’ensemble des</p>
        <cit rend="display">
          <quote>
            rapports de production constitue la structure économique de la société,
            la base réelle sur quoi s’élève une superstructure juridique et politique
            et à laquelle correspondent des formes de conscience sociale déterminées.
          </quote>
          <bibl>
            <author>Karl Marx</author>,
            <title>Contribution à la critique de l’économie politique</title>,
            Préface. Voir <author>Marx-Engels</author>,
            <title>Études philosophiques</title>, p. 73,
            <publisher>Éditions sociales</publisher>, <date>1951</date>.
          </bibl>
        </cit>
        <p rend="alinéa">Une fois venue au monde, la superstructure réagit activement à son tour sur la base
        dont elle accélère ou entrave le développement.</p>
        <p rend="alinéa">La production présente un aspect technique et un aspect social.
        L’aspect technique de la production est étudié par les sciences naturelles et techniques,
        telles que la physique, la chimie, la métallurgie, la mécanique, l’agronomie, etc.
        L’économie politique étudie l’aspect social de la production, les rapports des hommes entre eux
        dans la <emph>production sociale</emph>, c’est-à-dire les rapports <emph>économiques</emph>.</p>
        <reg resp="#dm" cert="high">
          <cit rend="display">
            <quote xml:id="Lénine-t3p55">
              <p rend="alinéa">L’objet de l’économie politique, écrivait Lénine,
              ce n’est nullement la « production » mais les rapports sociaux existant entre les hommes
              dans le domaine de la production, la structure sociale de la production.</p>
            </quote>
            <bibl>
              <author>V. Lénine</author>,
              « Le développement du capitalisme en Russie »,
              <title>Œuvres</title>, t. 3, p. 55.
            </bibl>
          </cit>
        </reg>
        <p rend="alinéa">L’économie politique étudie les rapports de production dans leur interaction
        avec les forces productives. Les forces productives et les rapports de production
        forment un ensemble qui est le <emph>mode de production</emph>.</p>
        <p rend="alinéa">Les forces productives sont l’élément le plus mobile et le plus révolutionnaire de
        la production. Le développement de la production commence par des changements dans les
        forces productives et, avant tout, par le changement et le développement des
        instruments de production ; des changements correspondants se produisent ensuite dans
        les rapports de production. Les rapports de production entre les hommes, dont le
        développement dépend de celui des forces productives, exercent à leur tour une
        puissante action sur les forces productives.</p>
        <p rend="alinéa">Celles-ci ne peuvent se développer pleinement
        que si les rapports de production correspondent à l’état des forces productives.
        À un certain degré de leur développement, les forces productives dépassent le cadre
        des rapports de production existants et entrent en conflit avec eux.
        Les rapports de production, de forme de développement des forces productives qu’ils étaient,
        deviennent leurs chaînes.</p>
        <p rend="alinéa">C’est pourquoi les anciens rapports de production sont tôt ou tard remplacés
        par de nouveaux rapports qui correspondent au niveau de développement et au caractère
        des forces productives de la société.
        Un changement de la base économique de la société entraîne un changement de sa superstructure.
        Les conditions matérielles du passage des anciens rapports de production à des rapports nouveaux
        apparaissent et se développent au sein même de la vielle formation.
        Les nouveaux rapports de production donnent libre cours au développement des forces productives.</p>
        <p rend="alinéa">La loi de la <emph>correspondance nécessaire</emph> entre les rapports de production
        et le caractère des forces productives est donc une loi économique du développement de la société.</p>
        <p rend="alinéa">Dans une société qui repose sur la propriété privée et l’exploitation de l’homme par l’homme,
        les conflits entre les forces productives et les rapports de production se manifestent
        par la lutte des classes.
        Le passage de l’ancien au nouveau mode de production s’accomplit alors par une révolution sociale.</p>
        <p rend="alinéa">L’économie politique est une science historique.
        Elle étudie la production matérielle dans ses formes sociales historiquement déterminées,
        les lois économiques propres aux différents modes de production.
        Les <emph>lois économiques</emph> expriment l’essence des phénomènes et des processus économiques,
        le rapport interne de cause à effet et d’interdépendance qui existe entre eux.</p>
        <p rend="alinéa">Les lois du développement économique sont des lois objectives.
        Elles naissent et agissent sur la base de conditions économiques déterminées,
        indépendamment de la volonté des hommes.
        Les hommes peuvent connaître ces lois et les utiliser dans l’intérêt de la société,
        mais ils ne peuvent pas abolir ou créer des lois économiques.
        L’utilisation des lois économiques dans une société de classes a toujours un contenu de classe :
        la classe d’avant-garde de chaque formation sociale utilise les lois économiques
        dans l’intérêt d’un développement progressiste de la société,
        tandis que les classes qui ont fait leur temps s’y opposent.
        Chaque mode de production a sa loi économique fondamentale qui en exprime l’essence
        et en définit les principaux aspects et les principales lignes de développement.
        L’économie politique</p>
        <cit rend="display">
          <quote>
            étudie d’abord les lois particulières à chaque degré d’évolution de la production et de l’échange,
            et ce n’est qu’à la fin de cette étude qu’elle pourra établir les quelques lois tout à fait générales
            qui sont valables en tout cas pour la production et l’échange.
          </quote>
          <bibl>
            <author>F. Engels</author>,
            <title>Anti-Dühring</title>,
            <num type="ordinal" value="2">2</num><hi rend="ordinal">e</hi> partie, ch. I, p. 179,
            <publisher>Éditions sociales</publisher>, <pubPlace>Paris</pubPlace>, <date>1950</date>.
          </bibl>
        </cit>
        <p rend="alinéa">Par conséquent, le développement des différentes formations sociales obéit
        tant aux lois économiques qui leur sont propres,
        qu’à celles aussi qui sont valables pour toutes ces formations,
        comme, par exemple, la loi de la correspondance nécessaire des rapports de production
        et du caractère des forces productives.
        Les formations sociales ne sont donc pas seulement séparées
        par les lois économiques propres uniquement au mode de production considéré ;
        elles sont aussi reliées l’une à l’autre par des lois économiques valables pour toutes.</p>
        <p rend="alinéa">L’économie politique étudie les types fondamentaux de rapports de production que connaît l’histoire :
        <emph>la communauté primitive</emph>, <emph>l’esclavage</emph>, <emph>la féodalité</emph>,
        <emph>le capitalisme</emph>, <emph>le socialisme</emph>.
        La communauté primitive est un régime social antérieur à l’existence des classes.
        L’esclavage, la féodalité et le capitalisme sont des formes différentes de sociétés
        fondées sur l’asservissement et l’exploitation des masses laborieuses.
        Le socialisme est un régime social qui a mis fin à l’exploitation de l’homme par l’homme.</p>
        <p rend="alinéa">L’économie politique étudie l’évolution de la production sociale,
        des formes inférieures aux formes supérieures ;
        l’apparition, le développement et la disparition des régimes sociaux
        fondés sur l’exploitation de l’homme par l’homme.
        Elle montre comment toute la marche de l’histoire prépare la victoire du mode de production socialiste.
        Elle étudie, ensuite, les lois économiques du socialisme, les lois de la naissance de la société socialiste
        et de son développement vers la phase supérieure du communisme.</p>
        <p rend="alinéa">Ainsi, <emph>l’économie politique est la science qui traite
        du développement des rapports des hommes entre eux dans la production sociale,
        c’est-à-dire des rapports économiques des hommes.
        Elle fait apparaître les lois qui régissent la production et la répartition
        des biens matériels dans la société humaine aux différents stades de son développement</emph>.</p>
        <p rend="alinéa">La méthode de l’économie politique marxiste est celle du matérialisme dialectique.
        L’économie politique marxiste-léniniste applique les principes fondamentaux du matérialisme dialectique
        et du matérialisme historique à l’étude du régime économique de la société.</p>
        <p rend="alinéa">À la différence des sciences de la nature, telles que la physique, la chimie, etc.,
        l’économie politique ne peut recourir, pour étudier le régime économique de la société,
        à des essais, des expériences de laboratoire faites dans des conditions artificielles,
        éliminant les phénomènes qui empêchent l’examen d’un processus à l’état pur.</p>
        <cit rend="display">
          <quote>
            <p rend="alinéa">L’analyse des formes économiques, signalait Marx,
            ne peut s’aider du microscope et des réactifs fournis par la chimie ;
            l’abstraction est la seule force qui puisse lui servir d’instrument.</p>
          </quote>
          <bibl>
            <author>K. Marx</author>,
            « Préface de la première édition allemande »,
            <title>Le Capital</title>,
            livre I, t. 1, p. 18.
          </bibl>
        </cit>
        <p rend="alinéa">Tout régime économique offre une physionomie complexe et contradictoire.
        Une étude scientifique doit aller au-delà des apparences superficielles
        que présentent les phénomènes économiques et, s’aidant de l’analyse théorique,
        mettre en évidence les processus sous-jacents, les traits économiques fondamentaux
        qui expriment l’essence des rapports de production considérés, et faire abstraction des traits secondaires.</p>
        <p rend="alinéa">Cette analyse scientifique conduit aux <emph>catégories économiques</emph>,
        c’est-à-dire aux notions qui sont l’expression théorique
        des rapports réels de production de la formation sociale considérée,
        tels que, par exemple, la marchandise, la valeur, la monnaie, la gestion équilibrée,
        le prix de revient, la journée-travail, etc.</p>
        <p rend="alinéa">La méthode de Marx consiste à s’élever progressivement
        des catégories économiques les plus simples aux plus complexes,
        ce qui correspond au mouvement ascendant de la société évoluant des formes inférieures aux formes supérieures.
        Dans cette étude des catégories de l’économie politique,
        la recherche <emph>logique</emph> se double d’une analyse <emph>historique</emph> du développement social.</p>
        <p rend="alinéa">Marx, analysant les rapports de production capitalistes,
        commence par dégager le rapport général le plus simple et le plus fréquent :
        l’échange d’une marchandise contre une autre.
        Il montre dans la marchandise, cellule de l’économie capitaliste, le germe des contradictions du capitalisme.
        Partant de l’analyse de la marchandise, il explique l’apparition de la monnaie,
        retrace le processus de la transformation de l’argent en capital,
        dévoile l’essence de l’exploitation capitaliste.
        Il montre comment le développement social conduit inéluctablement à la chute du capitalisme,
        à la victoire du communisme.</p>
        <p rend="alinéa">Lénine a indiqué que l’exposé de l’économie politique
        devait caractériser les périodes successives du développement économique.
        Aussi le présent cours examine-t-il les principales catégories de l’économie politique
        — marchandise, valeur, monnaie, capital, etc. —
        dans l’ordre historique où elles sont apparues aux différents stades de l’évolution de la société humaine.
        C’est ainsi qu’on trouvera déjà des notions élémentaires sur la marchandise et la monnaie
        dans les chapitres consacrés aux formations pécapitalistes.
        Mais ces catégories sont examinées plus à fond dans la partie où est étudiée l’économie capitaliste évoluée,
        où elles atteignent leur plein développement.
        Le même ordre d’exposition est suivi pour l’économie socialiste.
        Dans la partie consacrée à la période de transition du capitalisme au socialisme,
        il est donné une notion élémentaire de la loi économique fondamentale du socialisme,
        de la loi du développement harmonieux, proportionné de l’économie nationale,
        de la répartition selon le travail, de la valeur, de la monnaie, etc.
        Mais l’étude complète de ces lois et de ces catégories
        est abordée dans la partie consacrée au « Système socialiste d’économie nationale ».</p>
        <p rend="alinéa">L’économie politique, à la différence de l’histoire,
        ne se propose nullement d’étudier l’histoire du développement de la société dans toute sa diversité concrète.
        Elle donne des notions fondamentales sur les traits essentiels de chaque système d’économie sociale.</p>
        <p rend="alinéa">À côté de l’économie politique, il existe d’autres disciplines scientifiques
        qui étudient les rapports économiques dans les branches particulières de l’économie nationale,
        sur la base des lois découvertes par l’économie politique :
        l’économie de l’industrie, l’économie de l’agriculture, etc.</p>
        <p rend="alinéa">L’économie politique s’occupe non de problèmes nébuleux, détachés de la vie,
        mais de problèmes réels et brûlants s’il en est,
        qui affectent les intérêts vitaux des hommes, de la société, des classes.
        La chute du capitalisme et la victoire du système socialiste d’économie sont-elles inévitables ?
        Les intérêts du capitalisme sont-ils en contradiction avec ceux de la société et du pogrès humain ?
        La classe ouvrière est-elle le fossoyeur du capitalisme ?
        Est-elle appelée à libérer la société du capitalisme ?
        À toutes ces questions et à d’autres questions semblables
        les économistes donnent des réponses différentes
        selon les intérêts des classes dont ils se font les interprètes.
        On s’explique ainsi qu’il n’existe pas à l’heure actuelle une économie politique
        commune à toutes les classes de la société, mais qu’il en existe plusieurs :
        l’économie politique <emph>bourgeoise</emph>, l’économie politique <emph>prolétarienne</emph>,
        et enfin celle des classes <emph>intermédiaires</emph>, l’économie politique petite-bourgeoise.</p>
        <p rend="alinéa">Il est donc absolument faux de prétendre, comme certains économistes,
        que l’économie politique est une science neutre, qu’elle n’est pas une science de parti,
        qu’elle est indépendante de la lutte des classes sociales
        et sans aucune attache, directe ou indirecte, avec un parti politique quelconque.</p>
        <p rend="alinéa">Peut-il exister une économie politique objective, impartiale, qui ne craint pas la vérité ?
        Sans aucun doute.
        Ce ne peut être que celle de la classe qui n’a pas intérêt à dissimuler
        les contradictions et les plaies du capitalisme, à voir se perpétuer l’ordre capitaliste,
        de la classe dont les intérêts se confondent avec ceux de l’affranchissement
        de la société asservie par le capitalisme,
        de la classe dont les intérêts sont aussi ceux du progrès humain.
        Cette classe, c’est la classe ouvrière.
        Aussi seule une économie politique qui défend les intérêts de la classe ouvrière
        peut-elle être objective et désintéressée.
        Cette économie politique est celle du marxisme-léninisme.</p>
        <p rend="alinéa">L’économie politique marxiste est un élément essentiel de la théorie marxiste-léniniste.</p>
        <p rend="alinéa">Les grands dirigeants et théoriciens de la classe ouvrière, Karl Marx et Friedrich Engels,
        ont été les fondateurs de l’économie politique prolétarienne. Dans son ouvrage génial,
        <title>Le Capital</title>, Marx a mis en lumière les lois qui régissent
        la naissance, le développement et la chute du capitalisme ;
        il a apporté la démonstration économique de la nécessité de la révolution socialiste
        et de l’établissement de la dictature du prolétariat.
        Marx et Engels ont formulé dans ses grandes lignes
        la théorie de la période de transition du capitalisme au socialisme
        et des deux phases de la société communiste.</p>
        <p rend="alinéa">La doctrine économique du marxisme a été développée dans les ouvrages de Lénine,
        fondateur du Parti communiste et de l’État soviétique et génial continuateur de l’œuvre de Marx et d’Engels.
        Lénine a enrichi la science économique marxiste
        d’une synthèse de l’expérience acquise dans les conditions nouvelles du développement historique
        en créant la théorie marxiste de l’impérialisme ;
        il a montré la nature économique et politique de l’impérialisme
        et fourni les premiers éléments de la loi économique fondamentale du capitalisme moderne ;
        il a élaboré dans ses grandes lignes la théorie de la crise générale du capitalisme ;
        il est l’auteur d’une théorie nouvelle, achevée, de la révolution socialiste ;
        il a donné une solution scientifique aux principaux problèmes de l’édification du socialisme et du communisme.</p>
        <p rend="alinéa">S’appuyant sur les ouvrages fondamentaux de Marx, Engels et Lénine,
        qui ont créé une économie politique réellement scientifique,
        Staline, le grand compagnon d’armes et le disciple de Lénine,
        a formulé et développé un certain nombre de thèses nouvelles.</p>
        <p rend="alinéa">Les décisions du Parti communiste de l’Union soviétique et des partis communistes frères,
        les travaux des compagnons d’armes et des disciples de Lénine et de Staline, dirigeants de ces partis,
        ne cessent d’enrichir la théorie économique marxiste-léniniste
        de déductions et de thèses nouvelles
        en partant de la synthèse de la pratique de la lutte révolutionnaire
        et de l’édification du socialisme et du communisme.</p>
        <p rend="alinéa">L’économie politique marxiste-léniniste est une arme idéologique puissante
        entre les mains de la classe ouvrière et de toute l’humanité laborieuse
        qui luttent pour s’affranchir de l’oppression capitaliste.
        Ce qui fait la force et la vitalité de la théorie économique du marxisme-léninisme,
        c’est qu’elle arme la classe ouvrière et les masses laborieuses
        de la connaissance des lois du développement économique de la société,
        qu’elle leur donne de claires perspectives et la certitude de la victoire définitive du communisme.</p>
      </div>
    </front>
    <body>
      <div1 n="1" type="partie" xml:id="part1">
        <head>Première partie — Les modes de production précapitalistes</head>
        <div2 n="1" type="chapitre" xml:id="chap01">
          <head>Chapitre 1 — Le mode de production de la communauté primitive</head>
          <div3 type="section" n="1" xml:id="chap01sect01">
            <head>1.1. L’apparition de la société humaine.</head>
            <p rend="alinéa">L’homme est apparu au début de la période actuelle de l’histoire de la
            Terre, dite période quaternaire, qui compte selon les savants un peu moins
            d’un million d’années. Dans différentes régions d’Europe, d’Asie et d’Afrique
            au climat chaud et humide vivait une espèce très évoluée de singes
            anthropomorphes dont l’homme est descendu à la suite d’une longue évolution
            qui passe par toute une série de stades intermédiaires.</p>
            <p rend="alinéa">L’apparition de l’homme a marqué un tournant décisif dans le développement
            de la nature. Ce tournant s’est opéré lorsque les ancêtres de l’homme
            <emph xml:id="term01instru">se sont mis à confectionner des instruments de
            travail</emph>. L’homme commence à se distinguer foncièrement de l’animal au
            moment où il se met à fabriquer des instruments, aussi simples soient-ils. On
            sait que les singes se servent souvent d’un bâton ou d’une pierre pour
            abattre les fruits de l’arbre ou se défendre quand ils sont attaqués. Mais
            jamais aucun animal n’a confectionné même l’outil le plus primitif. Les
            conditions d’existence incitaient les ancêtres de l’homme à fabriquer des
            instruments. L’expérience leur suggéra qu’ils pouvaient utiliser des pierres
            aiguisées pour se défendre en cas d’attaque ou pour chasser. Ils se mirent à
            confectionner des outils de pierre en frappant une pierre contre une autre.
            Ceci marque le début de la fabrication des outils. Et c’est par la
            fabrication des outils que le travail a commencé.</p>
            <p rend="alinéa">Grâce au travail, les extrémités des membres antérieurs du singe
            anthropomorphe sont devenues les mains de l’homme, ainsi qu’en témoignent les
            restes du pithécanthrope (être intermédiaire entre le singe et l’homme)
            trouvés par les archéologues. Le cerveau du pithécanthrope était beaucoup
            moins développé que celui de l’homme, mais déjà sa main se distinguait
            relativement peu de la main humaine. La main est donc l’organe, mais aussi le
            produit du travail.</p>
            <p rend="alinéa">À mesure que les mains se déchargeaient de tout emploi autre que le
            travail, les ancêtres de l’homme s’habituaient de plus en plus à la station
            verticale. Quand les mains furent prises par le travail, s’accomplit le
            passage définitif à la station verticale, ce qui joua un rôle très important
            dans la formation de l’homme.</p>
            <p rend="alinéa">Les ancêtres de l’homme vivaient en hordes, en troupeaux ; les premiers
            hommes aussi. Mais entre les hommes un lien était apparu, qui n’existait pas,
            et ne pouvait pas exister, dans le règne animal ; ce lien, c’était le
            travail. C’est en commun que les hommes fabriquaient des outils, en commun
            qu’ils les mettaient en œuvre. Par conséquent, l’apparition de l’homme a
            aussi marqué le début de la
            <emph xml:id="term01soci">société humaine</emph>, le passage de l’état
            zoologique à l’état social.</p>
            <p rend="alinéa">Le travail en commun a entraîné l’apparition et le développement du
            langage articulé. Le
            <emph xml:id="term01lang">langage</emph> est un moyen, un instrument à l’aide
            duquel les hommes communiquent entre eux, échangent leurs idées et
            parviennent à se faire comprendre. L’échange des idées est une nécessité
            constante et vitale ; sans elle les hommes ne pourraient se concerter pour
            lutter ensemble contre les forces de la nature, la production sociale
            elle-même ne pourrait exister.</p>
            <p rend="alinéa">Le travail et le langage articulé ont exercé une influence déterminante
            sur le perfectionnement de l’organisme de l’homme, sur le développement de
            son
            <emph xml:id="term01cerv">cerveau</emph>. Les progrès du langage sont
            étroitement solidaires des progrès de la pensée. Dans le processus du
            travail, l’homme étendait le champ de ses perceptions et de ses
            représentations, il perfectionnait ses organes des sens. À la différence des
            actes instinctifs des animaux, les actes de l’homme au travail prirent peu à
            peu un caractère conscient.</p>
            <p rend="alinéa">Ainsi, le travail est</p>
            <cit rend="display">
              <quote>
                la condition fondamentale première de toute vie humaine,
                et il l’est à un point tel que, dans un certain sens, il nous faut dire :
                le travail a créé l’homme lui-même.
              </quote>
              <bibl>
                <author>F. Engels</author>,
                « Le rôle du travail dans la transformation du singe en homme »,
                <title>Dialectique de la nature</title>, p. 171, Éditions sociales, Paris, 1952.
              </bibl>
            </cit>
            <p rend="alinéa">C’est grâce au travail que la société humaine est née et qu’elle a commencé à se développer.</p>
          </div3>
          <div3 type="section" n="2" xml:id="chap01sect02">
            <head>1.2. Les conditions de la vie matérielle dans la société primitive.
            Le perfectionnement des instruments de travail.</head>
            <p rend="alinéa">L’homme primitif dépendait dans une très large mesure de la nature environnante ;
            il était complètement écrasé par les difficultés de l’existence, de la lutte contre la nature.
            Ce n’est qu’avec une extrême lenteur qu’il est parvenu à dompter les forces de la nature,
            par suite du caractère rudimentaire de ses instruments de travail.
            Une pierre grossièrement taillée et un bâton ont été ses premiers outils.
            Ils continuaient en quelque sorte artificiellement les organes de son corps,
            la pierre prolongeant le poing et le bâton le bras tendu.
            Les hommes vivaient en groupes comptant au plus quelques dizaines de membres :
            un nombre plus élevé d’individus n’aurait pu trouver à se nourrir ensemble.
            Quand deux groupes se rencontraient, des conflits éclataient parfois entre eux.
            Beaucoup de ces groupes mouraient de faim ou devenaient la proie des bêtes féroces.
            Aussi le travail en commun était-il pour les hommes la seule possibilité et une nécessité absolue.</p>
            <p rend="alinéa">Longtemps l’homme primitif a surtout vécu de la <emph xml:id="term01cueil01chass">cueillette</emph>
            et de la <emph>chasse</emph> effectuées collectivement à l’aide des instruments les plus simples.
            Les fruits du travail en commun étaient de même consommés en commun.
            La précarité de la nourriture explique l’existence chez les hommes primitifs du cannibalisme.
            Au cours des millénaires, les hommes ont appris en quelque sorte à tâtons,
            par une expérience très lentement accumulée,
            à fabriquer les instruments les plus simples,
            propres à frapper, à couper, à creuser et à exécuter les autres actions peu compliquées
            auxquelles se réduisait alors presque toute la production.</p>
            <p rend="alinéa">La <emph xml:id="term01feu">découverte du feu</emph>
            a été une grande conquête de l’homme primitif en lutte contre la nature.
            Il a d’abord appris à se servir du feu allumé fortuitement :
            il voyait la foudre enflammer un arbre, il observait les incendies de forêt et les éruptions des volcans.
            Le feu obtenu par hasard était longuement et soigneusement entretenu.
            Ce n’est qu’après des millénaires que l’homme perça le secret de la production du feu.
            À un stade plus avancé de la fabrication des instruments,
            il nota que le feu s’obtenait par le frottement, et il apprit à le produire.</p>
            <p rend="alinéa">La découverte et l’usage du feu permirent aux hommes de dominer certaines forces de la nature.
            L’homme primitif se détacha définitivement du règne animal ;
            la longue période de la formation de l’homme avait pris fin.
            La découverte du feu modifia profondément les conditions de sa vie matérielle.
            D’abord, le feu lui servit à préparer les aliments et à en augmenter ainsi le nombre :
            il put désormais se nourrir de poisson, de viande, de racines et de tubercules féculents, etc.,
            en les faisant cuire.
            Ensuite, le feu commença à jouer un rôle important dans la fabrication des instruments de production ;
            d’autre part il protégeait du froid,
            ce qui permit aux hommes de se répandre sur une partie plus étendue du globe.
            Enfin, il permettait de mieux se défendre contre les bêtes féroces.</p>
            <p rend="alinéa">Longtemps la chasse resta la principale source de moyens d’existence.
            Elle procurait aux hommes les peaux dont ils se vêtaient, les os dont ils faisaient des outils,
            une nourriture carnée qui influa sur le développement ultérieur de l’organisme humain,
            et surtout du cerveau.
            À mesure qu’il se développait physiquement et intellectuellement,
            l’homme devenait capable de produire des instruments de plus en plus perfectionnés.
            Il se servait pour chasser d’un bâton à bout aiguisé.
            Puis il fixa à ce bâton une pointe de pierre.
            Il eut ensuite des lances à pointe de pierre, des haches, des racloirs, des couteaux, des harpons
            et des crochets de pierre, instruments qui permirent de chasser le gros gibier et de développer la pêche.</p>
            <p rend="alinéa">La pierre est restée très longtemps la principale matière dont on faisait les outils.
            On a donné le nom d’<emph xml:id="term01pierr">âge de la pierre</emph>
            à l’époque où prédominent les instruments de pierre,
            et qui s’étend sur des centaines de milliers d’années.
            Plus tard l’homme apprit à fabriquer des outils en métal,
            en métal natif pour commencer, et d’abord en cuivre
            (mais le cuivre, métal mou, ne pouvait être largement utilisé pour la fabrication d’outils),
            puis en bronze (alliage de cuivre et d’étain) et ensuite en fer.
            À l’âge de la pierre succède l’<emph xml:id="term01bronz01fer">âge du bronze</emph>,
            puis l’<emph>âge du fer</emph>.</p>
            <p rend="alinéa smaller">Les traces les plus anciennes de la fonte du cuivre remontent, dans l’Asie antérieure,
            aux 5<hi rend="ordinal">e</hi>-4<hi rend="ordinal">e</hi> millénaires avant notre ère ;
            dans l’Europe méridionale et centrale, aux 3<hi rend="ordinal">e</hi>-2<hi rend="ordinal">e</hi> millénaires.
            Les premiers vestiges du bronze datent en Mésopotamie du 4<hi rend="ordinal">e</hi> millénaire
            avant notre ère.</p>
            <p rend="alinéa smaller">Les traces les plus anciennes de la fonte du fer ont été découvertes
            en Égypte et en Mésopotamie et se situent 2 000 ans avant notre ère.
            En Europe occidentale, l’âge du fer commence environ 1 000 ans avant notre ère.</p>
            <p rend="alinéa">L’invention de l’<emph xml:id="term01arc">arc</emph> et des <emph xml:id="term01flech">flèches</emph>
            marqua une importante étape dans l’histoire du perfectionnement des instruments de travail.
            Désormais la chasse fournit en quantités accrues les moyens d’existence indispensables.
            Les progrès de la chasse donnèrent naissance à l’<emph xml:id="term01elev">élevage</emph> primitif.
            Les chasseurs se mirent à domestiquer les animaux :
            le chien d’abord, puis la chèvre, les bovidés, le porc et le cheval.</p>
            <p rend="alinéa">L’<emph xml:id="term01agri">agriculture</emph> primitive constitua un nouveau progrès considérable
            dans le développement des forces productives de la société.
            En récoltant les fruits et les racines, les hommes primitifs avaient remarqué des milliers de fois,
            sans comprendre pourquoi, que les graines tombées à terre se mettaient à germer.
            Mais un jour arriva où leur esprit établit un rapport entre ces faits,
            et ils commencèrent à cultiver les plantes. Ce fut le début de l’agriculture.
            Longtemps les procédés de culture restèrent des plus primitifs.
            On ameublissait le sol au moyen d’un simple bâton, et plus tard, d’un bâton à bout recourbé : la houe.
            Dans les vallées des cours d’eau, on jetait les semences sur le limon déposé par les crues.
            La domestication des animaux permit d’utiliser le bétail comme force de trait.
            Par la suite, quand les hommes apprirent à fondre les métaux,
            l’emploi d’outils en métal rendit le travail agricole plus productif.
            L’agriculture reçut une base plus solide. Les tribus primitives devinrent progressivement sédentaires.</p>
          </div3>
          <div3 type="section" n="3" xml:id="chap01sect03">
            <head>1.3. Les rapports de production dans la société primitive.
            La division naturelle du travail.</head>
            <p rend="alinéa">Les rapports de production sont déterminés par le caractère, l’état des forces productives.
            Dans la communauté primitive, la propriété commune des moyens de production
            constitue la base des rapports de production.
            La propriété commune correspond alors au caractère des forces productives,
            les instruments de travail étant trop primitifs pour permettre aux hommes
            de lutter isolément contre les forces de la nature et les bêtes féroces.</p>
            <cit rend="display">
              <quote>
                <p rend="alinéa">Ce type primitif de la production collective ou coopérative, écrit Marx,
                fut, bien entendu, le résultat de la faiblesse de l’individu isolé,
                et non de la socialisation des moyens de production.</p>
              </quote>
              <bibl>
                « Brouillon d’une lettre de Marx à Véra Zassoulitch » dans
                <author>K. Marx et F. Engels</author>
                <title>Œuvres</title>, t. 27, p. 681 (éd. russe).
              </bibl>
            </cit>
            <p rend="alinéa">D’où la nécessité du travail collectif, de la propriété commune de la terre
            et des autres moyens de production, ainsi que des produits du travail.
            Les hommes primitifs n’avaient pas la notion de la propriété privée des moyens de production.
            Seuls quelques instruments de production,
            qui constituaient en même temps des moyens de défense contre les bêtes féroces,
            étaient leur propriété individuelle et étaient utilisés par certains membres de la communauté.</p>
            <p rend="alinéa">Le travail de l’homme primitif ne créait aucun excédent par rapport au strict nécessaire,
            autrement dit aucun <emph xml:id="term01suppl">produit supplémentaire</emph>
            ou <emph xml:id="term01surpr">surproduit</emph>.
            Il ne pouvait donc exister ni classes ni exploitation de l’homme par l’homme.
            La propriété sociale ne s’étendait qu’à de petites communautés plus ou moins isolées les unes des autres.
            Ainsi que l’a fait observer Lénine,
            le caractère social de la production n’englobait que les membres d’une même communauté.
            Le travail, dans la société primitive, reposait sur la coopération simple.
            La <emph xml:id="term01simpl">coopération simple</emph>,
            c’est l’emploi simultané d’une quantité plus ou moins grande de force de travail
            pour exécuter des travaux du même genre.
            La coopération simple permettait déjà aux hommes primitifs de s’acquitter
            de tâches qu’il aurait été impossible à un homme seul d’accomplir
            (par exemple, la chasse aux grands fauves).</p>
            <p rend="alinéa">Le niveau extrêmement bas des forces productives
            imposait la division d’une maigre nourriture en parts égales.
            Toute autre méthode de partage était impossible,
            les produits du travail suffisant à peine à satisfaire les besoins les plus pressants :
            si un membre de la communauté avait reçu une part supérieure à celle de chacun,
            un autre aurait été condamné à mourir de faim.
            Ainsi la <emph xml:id="term01repart">répartition égalitaire</emph> des produits du travail commun
            était une nécessité.</p>
            <p rend="alinéa smaller">L’habitude de tout diviser en parts égales
            était profondément ancrée chez les peuples primitifs.
            Les voyageurs qui ont séjourné dans les tribus
            se trouvant encore à un stade inférieur du développement social ont pu le constater.
            Il y a plus d’un siècle le grand naturaliste Darwin, accomplissant un voyage autour du monde,
            rapportait le fait suivant :
            on avait fait cadeau d’un morceau de toile à des indigènes de la Terre de Feu ;
            ils le déchirèrent en parties absolument égales pour que chacun en eût autant.</p>
            <p rend="alinéa">La <emph xml:id="term01loipri">loi économique fondamentale du régime de la communauté primitive</emph>
            consiste à assurer aux hommes les moyens d’existence nécessaires
            à l’aide d’instruments de production primitifs,
            sur la base de la propriété communautaire des moyens de production,
            par le travail collectif et par la répartition égalitaire des produits.
            Le développement des instruments de production entraîne la division du travail
            dont la forme la plus simple est la <emph xml:id="term01divnat">division naturelle du travail</emph>
            d’après le sexe et l’âge :
            entre les hommes et les femmes, entre les adultes, les enfants et les vieillards.</p>
            <p rend="alinéa smaller">Le célèbre explorateur russe Mikloukho-Maklaï,
            qui a étudié la vie des Papous de la nouvelle-Guinée
            dans la seconde moitié du 19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle,
            décrit ainsi le travail collectif dans l’agriculture.
            Quelques hommes alignés enfoncent profondément des bâtons pointus dans le sol,
            puis d’un seul coup soulèvent un bloc de terre.
            Derrière eux, des femmes s’avancent à genoux et émiettent à l’aide de bâtons
            la terre retournée par les hommes.
            Viennent ensuite les enfants de tout âge qui triturent la terre avec leurs mains.
            Quand le sol a été ameubli, les femmes pratiquent des trous à l’aide de bâtonnets
            et y enfouissent les graines ou les racines des plantes.
            Le travail a donc un caractère collectif et est divisé d’après le sexe et l’âge.</p>
            <p rend="alinéa">Avec le développement des forces productives,
            la division naturelle du travail s’affermit et se stabilise.
            La chasse est devenue la spécialité des hommes,
            la récolte des aliments végétaux et le ménage celle des femmes,
            d’où un certain accroissement de la productivité du travail.</p>
          </div3>
          <div3 type="section" n="4" xml:id="chap01sect04">
            <head>1.4. Le régime de la « gens ». Le droit maternel. Le droit paternel.</head>
            <p rend="alinéa">Tant que l’humanité ne s’était pas entièrement détachée du règne animal,
            les hommes vivaient en troupeaux, en hordes, comme leurs ancêtres immédiats.
            Par la suite, quand une économie primitive se fut constituée et que la population
            eut augmenté peu à peu, la société s’organisa en
            <emph xml:id="term01gent" xml:lang="la">« gentes »</emph><note xml:id=
            "not01chap01sect04" n="1" place="bottom">Nom latin de la communauté réunissant
            des membres unis par les liens du sang.
            Au pluriel : « gentes » ; de là l’adjectif : gentilice. (N. d. T.)</note>.</p>
            <p rend="alinéa">Seuls des hommes unis par les liens du sang pouvaient, à cette époque,
            se grouper pour travailler ensemble.
            Le caractère primitif des instruments de production ne permettait au travail collectif
            de s’exercer que dans le cadre restreint d’un groupe d’individus
            liés entre eux par la consanguinité et la vie en commun.
            L’homme primitif considérait d’ordinaire comme un ennemi
            quiconque n’était pas lié à lui par la parenté consanguine et la vie en commun au sein de la gens.
            La gens s’est d’abord composée de quelques dizaines d’individus unis par les liens du sang.
            Chacune de ces gentes vivait repliée sur elle-même.
            Avec le temps, l’effectif du groupe augmenta et atteignit plusieurs centaines d’individus ;
            l’habitude de la vie en commun se développa ;
            les avantages du travail collectif incitèrent de plus en plus les hommes à rester ensemble.</p>
            <p rend="alinéa smaller">Morgan qui a étudié la vie des primitifs,
            décrit le régime gentilice encore en vigueur chez les Indiens Iroquois au milieu du siècle dernier.
            Les principales occupations des Iroquois étaient la chasse, la pêche, la cueillette des fruits
            et la culture.
            Le travail était divisé entre les hommes et les femmes.
            La chasse et la pêche, la fabrication des armes et des outils, le défrichement,
            la construction des cases et les travaux de fortification étaient le lot des hommes.
            Les femmes s’acquittaient des principaux travaux des champs, levaient et rentraient la récolte,
            cuisaient la nourriture, confectionnaient les vêtements et les ustensiles d’argile,
            cueillaient les fruits sauvages, les baies et les noisettes, récoltaient les tubercules.
            La terre était la propriété de la gens.
            Les gros travaux : coupe du bois, essouchage, grandes chasses, étaient exécutés en commun.
            Les Iroquois vivaient dans ce qu’ils appelaient de « grandes maisons »
            pouvant abriter vingt familles et plus.
            Chaque groupe de ce genre avait ses entrepôts communs où étaient déposées les provisions.
            La femme qui se trouvait à la tête du groupe distribuait la nourriture entre les familles.
            En cas de guerre, la gens élisait un chef militaire qui ne bénéficiait d’aucun avantage matériel
            et dont le pouvoir prenait fin en même temps que les hostilités.</p>
            <p rend="alinéa">Au premier stade du régime gentilice, la femme occupait une situation prépondérante,
            ce qui découlait des conditions de la vie matérielle d’alors.
            La chasse à l’aide d’instruments des plus primitifs, qui était alors l’affaire des hommes,
            ne pouvait assurer entièrement l’existence de la communauté,
            ses résultats étant plus ou moins aléatoires.
            Dans ces conditions, les formes même embryonnaires de la culture du sol et de l’élevage
            (domestication des animaux) acquéraient une grande importance économique.
            Elles étaient une source de subsistance plus sûre et plus régulière que la chasse.
            Or, la culture et l’élevage primitifs étaient surtout le lot des femmes restées au foyer
            pendant que les hommes allaient à la chasse.
            La femme joua pendant une longue période le rôle prépondérant dans la société gentilice.
            C’est par la mère que s’établissait la filiation.
            C’était la gens matriarcale, la prédominance du <emph xml:id="term01droimat">droit maternel</emph>.</p>
            <p rend="alinéa">Avec le développement des forces productives,
            quand l’élevage nomade (pâturage) et l’agriculture plus évoluée (culture des céréales),
            qui étaient l’affaire des hommes,
            commencèrent à jouer un rôle déterminant dans la vie de la communauté primitive,
            la gens matriarcale fut remplacée par la gens <emph xml:id="term01patriarc">patriarcale</emph>.
            La prépondérance passa à l’homme qui prit la tête de la communauté.
            C’est par le père que s’établit désormais la filiation.
            La gens patriarcale a existé au dernier stade de la communauté primitive.</p>
            <p rend="alinéa">L’absence de propriété privée, de division en classes et d’exploitation de l’homme par l’homme
            rendait impossible l’existence de l’État.</p>
            <reg resp="#dm" cert="high">
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Dans la société primitive […], on n’observe pas d’indices d’existence de l’État.
                  On y voit régner les coutumes, l’autorité, le respect, le pouvoir dont jouissaient
                  les anciens du clan ; ce pouvoir était parfois dévolu aux femmes — la situation
                  de la femme ne ressemblait pas alors à ce qu’elle est aujourd’hui, privée de droits,
                  opprimée ; mais nulle part une <emph>catégorie</emph> spéciale d’hommes ne se différencie
                  pour gouverner les autres et mettre en œuvre d’une façon systématique, constante,
                  à des fins de gouvernement, cet appareil de coercition, cet appareil de violence […]</p>
                </quote>
                <bibl>
                  <author>V. Lénine</author>,
                  « De l’État »,
                  <title>Œuvres</title>, t. 29, p. 478.
                </bibl>
              </cit>
            </reg>
          </div3>
          <div3 type="section" n="5" xml:id="chap01sect05">
            <head>1.5. Les débuts de la division sociale du travail et de l’échange.</head>
            <p rend="alinéa">Avec le passage à l’élevage et à la culture du sol
            apparut la <emph xml:id="term01divsoc">division sociale du travail</emph> :
            diverses communautés, puis les différents membres d’une même communauté
            commencèrent à exercer des activités productrices distinctes.
            La <emph xml:id="term01formpas">formation de tribus de pasteurs</emph>
            a marqué la <emph xml:id="term01premdivsoc">première</emph> grande division sociale du travail.</p>
            <p rend="alinéa">En se livrant à l’élevage, les tribus de pasteurs réalisèrent d’importants progrès.
            Elles apprirent à soigner le bétail de manière à obtenir plus de viande, de laine, de lait.
            Cette première grande division sociale du travail
            entraîna à elle seule une élévation sensible pour l’époque de la productivité du travail.</p>
            <p rend="alinéa">Toute base d’échange fit longtemps défaut entre les membres de la communauté primitive :
            le produit était tout entier créé et consommé en commun.
            L’échange naquit et se développa d’abord entre les gentes
            et garda durant une longue période un caractère accidentel.</p>
            <p rend="alinéa">La première grande division sociale du travail modifia cette situation.
            Les tribus de pasteurs disposaient de certains excédents de bétail,
            de produits laitiers, de viande, de peaux, de laine.
            Mais elles avaient aussi besoin de produits agricoles.
            À leur tour, les tribus qui cultivaient le sol
            réalisèrent avec le temps des progrès dans la production des denrées agricoles.
            Agriculteurs et pasteurs avaient besoin d’objets
            qu’ils ne pouvaient produire dans leur propre exploitation. D’où le développement des échanges.</p>
            <p rend="alinéa">À côté de l’agriculture et de l’élevage, d’autres activités productrices prenaient leur essor.
            Les hommes avaient appris à fabriquer des récipients en argile dès l’âge de la pierre.
            Puis apparut le tissage à la main.
            Enfin, avec la fonte du fer, il fut possible de fabriquer en métal des instruments de travail
            (araire à soc de fer, hache de fer) et des armes (épées de fer).
            Il s’avérait de plus en plus difficile de cumuler ces formes de travail avec la culture ou l’élevage.
            Peu à peu se constitua au sein de la communauté une catégorie d’hommes exerçait des métiers.
            Les articles produits par les artisans : forgerons, armuriers, potiers, etc.,
            devenaient de plus en plus des objets d’échange. Les échanges prirent de l’extension.</p>
          </div3>
          <div3 type="section" n="6" xml:id="chap01sect06">
            <head>1.6. Apparition de la propriété privée et des classes.
            La désagrégation de la communauté primitive.</head>
            <p rend="alinéa">Le régime de la communauté primitive atteignit son apogée à l’époque du droit maternel ;
            la gens patriarcale renfermait déjà les germes de la désagrégation de la communauté primitive.</p>
            <p rend="alinéa">Les rapports de production, dans la communauté primitive,
            correspondirent jusqu’à une certaine époque au niveau de développement des forces productives.
            Il n’en fut plus de même au dernier stade de la gens patriarcale,
            après l’apparition d’outils plus perfectionnés (âge du fer).
            Le cadre trop étroit de la propriété commune, la répartition égalitaire des produits du travail
            commencèrent à freiner le développement des nouvelles forces productives.</p>
            <p rend="alinéa">Jusque là, l’effort collectif de quelques dizaines d’individus permettait seul de cultiver un champ.
            Dans ces conditions, le travail en commun était une nécessité.
            Avec le perfectionnement des instruments de production et l’élévation de la productivité du travail,
            une famille à elle seule était déjà capable de cultiver un terrain
            et de s’assurer les moyens d’existence dont elle avait besoin.
            L’amélioration de l’outillage permit donc de passer à l’exploitation individuelle,
            plus productive dans les nouvelles conditions historiques.
            La nécessité du travail en commun, de l’économie communautaire se faisait de moins en moins sentir.
            Si le travail en commun entraînait nécessairement la propriété commune des moyens de production,
            le travail individuel requérait la propriété privée.</p>
            <p rend="alinéa">L’apparition de la propriété privée
            est inséparable de la division sociale du travail et du progrès des échanges.
            Ceux-ci se firent au début par l’entremise des chefs des communautés gentilices (anciens, patriarches)
            au nom de la communauté qu’ils représentaient.
            Ce qu’ils échangeaient appartenait à la communauté.
            Mais avec le développement de la division sociale du travail et l’extension des échanges,
            les chefs des gentes en vinrent peu à peu à considérer le bien de la communauté comme leur propriété.</p>
            <p rend="alinéa">Le principal article d’échange fut d’abord le <emph xml:id="term01betail">bétail</emph>.
            Les communautés de pasteurs possédaient de grands troupeaux de moutons, de chèvres, de bovins.
            Les anciens et les patriarches, qui jouissaient déjà d’un pouvoir étendu dans la société,
            s’habituèrent à disposer de ces troupeaux comme s’ils étaient à eux.
            Leur droit effectif de disposer des troupeaux était reconnu par les autres membres de la communauté.
            De la sorte le bétail, puis peu à peu tous les instruments de production
            devinrent <emph xml:id="term01propriv">propriété privée</emph>.
            C’est la propriété commune du sol qui se maintint le plus longtemps.</p>
            <p rend="alinéa">Le développement des forces productives et la naissance de la propriété privée
            entraîna la désagrégation de la gens.
            Celle-ci se décomposa en un certain nombre de grandes familles patriarcales.
            Du sein de ces dernières se dégagèrent par la suite certaines cellules familiales
            qui firent des instruments de production, des ustensiles de ménage et du bétail leur propriété privée.
            Avec les progrès de la propriété privée les liens de la gens se relâchaient.
            La <emph xml:id="term01commru">communauté rurale</emph>, ou territoriale, se substitua à la gens.
            À la différence de celle-ci,
            elle se composait d’individus qui n’étaient pas forcément liés par la consanguinité.
            L’habitation, l’exploitation domestique, le bétail étaient la propriété privée de chaque famille.
            Les forêts, les prairies, les eaux et d’autres biens restèrent propriété commune,
            de même que, pendant une certaine période, les terres arables.
            Celles-ci, d’abord périodiquement redistribuées entre les membres de la communauté,
            devinrent à leur tour propriété privée.</p>
            <p xml:id="term01ecomarch">L’apparition de la propriété privée et de l’échange
            marqua le début d’un bouleversement profond de toute la structure de la société primitive.
            Les progrès de la propriété privée et de l’inégalité des biens
            déterminèrent chez les divers groupes de la communauté des intérêts différents.
            Les individus qui exerçaient les fonctions d’anciens, de chefs militaires, de prêtres
            mirent leur situation à profit pour s’enrichir.
            Ils s’approprièrent une partie considérable de la propriété commune.
            Les hommes qui avaient été investis de ces fonctions sociales,
            se détachaient de plus en plus de la grande masse des membres et formaient une aristocratie
            dont le pouvoir se transmettait de plus en plus par hérédité.
            Les familles aristocratiques devenaient aussi les plus riches,
            et la grande masse des membres de la communauté tombait peu à peu, d’une manière ou d’une autre,
            sous leur dépendance économique.</p>
            <p rend="alinéa">Grâce à l’essor des forces productives, le travail de l’homme, dans l’élevage et l’agriculture,
            lui procura plus de moyens d’existence qu’il n’en fallait pour son entretien.
            Il devint possible de s’approprier le surtravail
            ou <emph xml:id="term01travsup">travail supplémentaire</emph>
            et le <emph xml:id="term01surprod">surproduit</emph>
            ou <emph xml:id="term01prodsup">produit supplémentaire</emph>,
            c’est-à-dire la partie du travail et du produit qui excédait les besoins du producteur.
            Il était donc profitable de ne pas mettre à mort les prisonniers de guerre, comme auparavant,
            mais de les faire travailler, d’en faire des esclaves.
            Les esclaves étaient accaparés par les familles les plus puissantes et les plus riches.
            À son tour, le travail servile aggrava l’inégalité existante,
            car les exploitations utilisant des esclaves s’enrichissaient rapidement.
            Avec les progrès de l’inégalité des fortunes,
            les riches se mirent à réduire en esclavage non seulement les prisonniers de guerre,
            mais aussi les membres de leur propre tribu appauvris et endettés.
            Ainsi naquit la première <emph xml:id="term01divclass">division de la société en classes</emph> :
            la division en maîtres et en esclaves.
            Ce fut le début de l’<emph xml:id="term01exploit">exploitation</emph> de l’home par l’homme,
            c’est-à-dire de l’appropriation sans contre-partie par certains individus
            des produits du travail d’autres individus.</p>
            <p rend="alinéa">Peu à peu les rapports de production propres au régime de la communauté primitive se désagrégeaient
            et étaient remplacés par des rapports nouveaux,
            qui correspondaient au caractère des nouvelles forces productives.
            Le travail en commun fit place au travail individuel, la propriété sociale à la propriété privée,
            la société gentilice à la société de classes.
            Désormais l’histoire de l’humanité sera, jusqu’à l’édification de la société socialiste,
            l’ <emph xml:id="term01histclass">histoire de la lutte des classes</emph>.</p>
            <p rend="alinéa">Les idéologues de la bourgeoisie prétendent que la propriété privée a toujours existé.
            L’histoire dément cette assertion ;
            elle atteste que tous les peuples ont passé par le stade de la communauté primitive,
            qui est fondée sur la propriété commune et ignore la propriété privée.</p>
          </div3>
          <div3 type="repres"  n="7" xml:id="chap01repres">
            <head>Les représentations sociales à l’époque primitive.</head>
            <p rend="alinéa">À l’origine, l’homme primitif, accablé par le besoin
              et les difficultés de la lutte pour l’existence, ne s’était pas encore
              entièrement détaché de la nature environnante. Il n’eut pendant longtemps
              aucune notion cohérente ni de lui-même, ni des conditions naturelles de son
              existence.</p>
            <p rend="alinéa">Ce n’est que peu à peu qu’apparaissent chez lui des
              représentations très limitées et primitives sur lui-même et sur les
              conditions de sa vie. Il ne pouvait encore être question de conceptions
              religieuses, que les défenseurs de la religion prétendent inhérentes de toute
              éternité à la conscience humaine. C’est seulement par la suite que l’homme
              primitif, incapable de comprendre et d’expliquer les phénomènes de la nature
              et de la vie sociale, se mit à peupler le monde d’êtres surnaturels,
              d’esprits, de forces magiques. Il animait les forces de la nature. C’est ce
              qu’on a appelé l’animisme (du latin <foreign xml:id="term01animus">animus</foreign> :
              âme). De ces notions confuses sur l’homme et la nature naquirent les mythes primitifs et la
              religion primitive où l’on retrouvait l’égalitarisme du régime social.
              L’homme, qui ignorait la division en classes et l’inégalité des fortunes dans
              la vie réelle, ne hiérarchisait pas non plus le monde imaginaire des esprits.
              Il divisait ceux-ci en esprits familiers et étrangers, favorables et
              hostiles. La hiérarchisation des esprits date de l’époque de la désagrégation
              de la communauté primitive.</p>
            <p rend="alinéa">L’homme se sentait intimement lié à la gens ; il
              ne se concevait pas en dehors de celle-ci. Le culte des ancêtres communs
              était le reflet idéologique de cet état de choses. Il est significatif que
              les mots « moi » et « mon » n’apparaissent qu’assez tard
              dans la langue. La gens exerçait sur chacun de ses membres un pouvoir
              extraordinairement étendu. La désagrégation de la communauté primitive
              s’accompagna de la naissance et de la diffusion de notions centrées sur la
              propriété privée, ce dont témoignent éloquemment les mythes et les idées
              religieuses. À l’époque où s’établirent les rapports de propriété privée et
              où l’inégalité des fortunes commença à s’affirmer, on prit l’habitude dans de
              nombreuses tribus, de conférer un caractère sacré (« tabou ») aux
              biens que s’étaient attribués les chefs des familles riches (dans les îles du
              Pacifique le mot « tabou » s’applique à tout ce qui est frappé
              d’interdiction, soustrait à l’usage général). Avec la désagrégation de la
              communauté primitive et l’apparition de la propriété privée, l’interdit
              religieux consacra les nouveaux rapports économiques et l’inégalité des
              fortunes.</p>
          </div3>
          <div3 type="resume"  n="1" xml:id="chap01resume">
            <head>Résumé du chapitre 1</head>
            <list rend="runon" type="ordered">
              <item>
                <p rend="alinéa">C’est grâce au travail que les hommes se sont dégagés du règne
                  animal et que la société humaine a pu se constituer. Le travail humain est
                  avant tout caractérisé par la confection d’instruments de production.</p>
                </item>
              <item>
                <p rend="alinéa">Les forces productives de la société primitive se trouvaient à un
                  niveau extrêmement bas, les instruments de production étaient extrêmement
                  primitifs. D’où la nécessité du travail collectif, de la propriété sociale
                  des moyens de production et de la répartition égalitaire. Sous le régime de
                  la communauté primitive, l’inégalité des fortunes, la propriété privée des
                  moyens de production, les classes et l’exploitation de l’homme par l’homme
                  étaient inconnues. La propriété sociale des moyens de production était
                  limitée au cadre restreint de petites communautés plus ou moins isolées les
                  unes des autres.</p>
                </item>
              <item>
                <p rend="alinéa">La loi économique fondamentale du régime de la communauté
                  primitive consiste à assurer aux hommes les moyens d’existence nécessaires
                  à l’aide d’instruments de production primitifs, sur la base de la propriété
                  communautaire des moyens de production, par le travail collectif et par la
                  répartition égalitaire des produits.</p>
                </item>
              <item>
                <p rend="alinéa">Pendant longtemps les hommes, qui travaillaient en commun,
                  accomplirent le même genre de travail. L’amélioration progressive des
                  instruments de production contribua à l’établissement de la division
                  naturelle du travail selon le sexe et l’âge. Le perfectionnement ultérieur
                  des instruments de production et du mode d’obtention des moyens
                  d’existence, le développement de l’élevage et de l’agriculture firent
                  apparaître la division sociale du travail et l’échange, la propriété privée
                  et l’inégalité des fortunes, entraînèrent la division de la société en
                  classes et l’exploitation de l’homme par l’homme. Ainsi, les forces
                  productives accrues entrèrent en conflit avec les rapports de
                  production ; en conséquence, le régime de la communauté primitive fit
                  place à un autre type de rapports de production, à la société
                  esclavagiste.</p>
                </item>
            </list>
          </div3>
        </div2>
        <div2 n="2" type="chapitre" xml:id="chap02">
          <head>Chapitre 2 — Le mode de production fondé sur l’esclavage</head>
          <div3 type="section" n="1" xml:id="chap02sect01">
            <head>2.1. La naissance de l’esclavage.</head>
            <p rend="alinéa">L’esclavage est, historiquement, la première et la plus
            grossière forme d’exploitation. Il a existé chez presque tous les
            peuples.</p>
            <p rend="alinéa smaller">Le passage du régime de la communauté primitive à
            celui de l’esclavage s’est d’abord produit dans les pays d’Orient. Le mode de
            production fondé sur l’esclavage était prépondérant en Mésopotamie (Sumérie,
            Babylonie. Assyrie, etc.), en Égypte, dans l’Inde et en Chine du 4<hi rend=
            "ordinal">e</hi> au 2<hi rend="ordinal">e</hi> millénaire avant notre
            ère. Au 1<hi rend="ordinal">er</hi> millénaire avant notre ère, il régnait
            en Transcaucasie (Ourartou) ; depuis les 8<hi rend="ordinal">e</hi>
            et 7<hi rend="ordinal">e</hi> siècles avant notre ère jusqu’aux
            5<hi rend="ordinal">e</hi> et 6<hi rend="ordinal">e</hi> siècles de
            notre ère, il a existé au Khorezm un puissant État esclavagiste. La
            civilisation des pays de l’Orient antique, où régnait l’esclavage, exerça une
            influence considérable sur les peuples européens.</p>
            <p type="alinéa smaller">En Grèce, l’apogée du mode de production basé sur
            l’esclavage se situe aux 5<hi rend="ordinal">e</hi> et 4<hi rend=
            "ordinal">e</hi> siècles avant notre ère. Par la suite, l’esclavage se
            développa en Asie mineure, en Égypte, en Macédoine (du 4<hi rend=
            "ordinal">e</hi> au 1<hi rend="ordinal">er</hi> siècle avant notre ère).
            Il atteignit son plus haut degré de développement à Rome, du 2<hi rend=
            "ordinal">e</hi> siècle avant notre ère au
            2<hi rend="ordinal">e</hi> siècle de notre ère.</p>
            <p rend="alinéa">L’esclavage revêtit d’abord un caractère
            <emph xml:id="term02patriarcal">patriarcal</emph>,
            <emph xml:id="term02domestique">domestique</emph>. Les esclaves
            étaient relativement peu nombreux. Le travail servile ne constituait pas
            encore la base de la production et ne jouait qu’un rôle auxiliaire dans
            l’économie dont le but restait de subvenir aux besoins de la grande famille
            patriarcale qui n’avait presque pas recours aux échanges. Le maître avait
            déjà sur ses esclaves un pouvoir illimité, mais le champ d’application du
            travail servile restait limité.</p>
            <p rend="alinéa">Le passage de la société au régime de l’esclavage
            s’explique par le progrès des forces productives, le développement de la
            division sociale du travail et des échanges. Le passage des outils de pierre
            aux outils de métal ouvrit au travail humain des domaines nouveaux.
            L’invention du soufflet de forge permit de fabriquer des instruments de fer
            d’une solidité encore inconnue. La hache de fer rendit possible le
            défrichement des terrains couverts de forêts et de buissons et leur mise en
            culture ; l’araire à soc de fer permit de cultiver des superficies
            relativement étendues. L’économie primitive fondée sur la chasse céda la
            place à la culture et à l’élevage. Les métiers firent leur apparition.</p>
            <p rend="alinéa">Dans l’agriculture, qui restait la principale branche de la
            production, les procédés de culture et d’élevage s’améliorèrent. De nouvelles
            plantes furent cultivées : vigne, lin, plantes oléagineuses, etc. Les
            troupeaux s’accrurent rapidement dans les familles riches. L’entretien du
            bétail réclamait toujours plus de bras. Le tissage, l’art de
            traiter les métaux, la poterie et les autres métiers se perfectionnèrent. Le
            métier, qui était auparavant une occupation annexe pour le cultivateur et
            l’éleveur, devint pour beaucoup une activité autonome. <emph xml:id=
            "term02metier">Le
            métier se détacha de l’agriculture</emph>.</p>
            <p rend="alinéa">Ce fut la <emph xml:id="term02deuxdivsoc">deuxième grande division
            sociale du travail</emph>.</p>
            <p rend="alinéa">Avec la division de la production en deux branches
            essentielles : l’agriculture et le métier, apparaît la production
            directe pour l’échange, sous une forme encore peu développée, il est vrai.
            L’élévation de la productivité du travail augmenta la
            masse du surproduit, ce qui, en raison de l’existence de la propriété privée
            des moyens de production, permit à une minorité de la société d’accumuler des
            richesses et, grâce à elles, d’assujettir la majorité laborieuse à la
            minorité exploiteuse, de réduire les travailleurs en esclavage.</p>
            <p rend="alinéa">Dans les conditions
            de l’esclavage, l’économie était avant tout une économie naturelle. On entend
            par <emph xml:id="term02econat">économie naturelle</emph> une économie dans laquelle les
            fruits du travail ne font pas l’objet d’échange et sont consommés dans
            l’exploitation même. Mais en même temps l’échange se développait. Les
            artisans produisirent d’abord sur commande, puis pour le marché. Beaucoup, du
            reste, continuèrent longtemps encore à cultiver de petits lopins de terre
            pour subvenir à leurs besoins. Les paysans, qui vivaient pour l’essentiel en
            économie naturelle, se voyaient pourtant obligés de vendre une partie de
            leurs produits sur le marché pour acheter des articles aux artisans et payer
            les impôts. Ainsi une partie des produits du travail des artisans et des
            paysans se transforma peu à peu en marchandises.</p>
            <p rend="alinéa">La <emph xml:id="term02marchandise">marchandise</emph> est un
            produit fabriqué non pour être directement consommé, mais pour être échangé,
            vendu sur le marché. La production pour l’échange caractérise
            l’<emph xml:id="term02ecomarch">économie marchande</emph>. Ainsi,
            la séparation du métier d’avec
            l’agriculture, l’apparition du métier comme activité autonome marquaient la
            naissance de la production marchande.</p>
            <p rend="alinéa">Tant que l’échange
            ne fut qu’occasionnel, on échangeait directement un produit du travail contre
            un autre. Mais quand les échanges prirent de l’extension et devinrent
            réguliers, une marchandise se dégagea peu à peu, contre laquelle on
            échangeait volontiers toute autre marchandise. C’est ainsi qu’apparut la
            monnaie. La <emph xml:id="term02monnaie">monnaie</emph> est la marchandise universelle
            qui sert à évaluer toutes les autres marchandises et joue le rôle
            d’intermédiaire dans les échanges.</p>
            <p rend="alinéa">Le
            développement du métier et de l’échange eut pour conséquence la formation des
            <emph xml:id="term02villes">villes</emph>. Celles-ci sont apparues dès la plus haute
            antiquité, à l’aube du mode de production esclavagiste. La ville se distingua
            d’abord fort peu du village. Mais peu à peu le métier et le commerce s’y
            concentrèrent. Par le genre d’occupation de leurs habitants, par leur mode de
            vie, les villes se différencièrent de plus en plus de la campagne. Ainsi
            commença la <emph xml:id="term02oppvilcamp">séparation de la ville et de la campagne</emph>
            et se dessina leur <emph>opposition</emph>.</p>
            <p rend="alinéa">À mesure que la
            masse des marchandises à échanger augmentait, les limites territoriales de
            l’échange s’élargissaient elles aussi. Des <emph xml:id="term02marchands">marchands</emph>
            apparurent qui, pour réaliser un gain, achetaient les marchandises aux
            producteurs, les amenaient sur des marchés parfois assez éloignés du lieu de
            la production, et les revendaient aux consommateurs.</p>
            <p rend="alinéa">L’extension de la production et des échanges accrut
            l’inégalité des fortunes. La monnaie, les animaux de trait, les instruments
            de production, les semences s’accumulaient entre les mains des riches.
            De plus en plus souvent les pauvres
            étaient obligés de recourir à ces derniers pour obtenir un prêt, la plupart
            du temps en nature, mais parfois aussi en argent. Les riches prêtaient
            instruments de production, semences, argent, assujettissant leurs débiteurs
            qu’ils réduisaient en esclavage et dépouillaient de leur terre en cas de
            non-remboursement de la dette. Ainsi naquit l’<emph xml:id="term02usure">usure</emph>.
            Elle apporta aux uns un surcroît de richesses, aux autres la sujétion du
            débiteur.</p>
            <p rend="alinéa">La terre, à son tour, devint propriété privée. On se mit à
            la vendre et à l’hypothéquer. Si le débiteur ne pouvait rembourser l’usurier,
            il devait abandonner sa terre, vendre ses enfants et se vendre lui-même comme
            esclaves. Parfois, sous un prétexte quelconque, les gros propriétaires
            fonciers s’emparaient de prairies et de pâturages appartenant aux communautés
            rurales.</p>
            <p rend="alinéa">C’est ainsi que la propriété foncière, l’argent et la masse
            des esclaves se concentrèrent entre les mains de riches propriétaires. La
            petite exploitation paysanne se ruinait de plus en plus alors que l’économie
            fondée sur l’esclavage se renforçait, s’élargissait et s’étendait à toutes
            les branches de la production.</p>
            <cit rend="display">
              <quote>
                <p rend="alinéa">L’accroissement constant de la production, et avec elle de la productivité
                du travail, accrut la valeur de la force de travail humaine ;
                l’esclavage qui, au stade antérieur, était encore à l’origine et restait
                sporadique, devient maintenant un composant essentiel du système
                social ; les esclaves cessent d’être de simples auxiliaires ;
                c’est par douzaines qu’on les pousse au travail, dans les champs et à
                l’atelier.</p>
              </quote>
              <bibl>
                F. Engels,
                <title>L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État</title>,
                p. 149, Éditions sociales, Paris, 1954.
              </bibl>
            </cit>
            <p rend="alinéa">C’est sur le travail servile que repose désormais
            l’existence de la société. Celle-ci se divise en deux grandes classes
            antagonistes : celle des esclaves et celle des propriétaires
            d’esclaves.</p>
            <p rend="alinéa">Ainsi se
            constitua le <emph xml:id="term02modprodescl">mode de production fondé sur
            l’esclavage</emph>.</p>
            <p rend="alinéa">Sous le régime de l’esclavage, la population se divisait en
            hommes libres et en esclaves. Les hommes libres jouissaient de tous les
            droits civiques, politiques et de propriété (sauf les femmes réduites en fait
            à la condition d’esclaves). Les esclaves étaient privés de ces droits et
            l’accès de la classe des hommes libres leur était interdit. Les hommes
            libres, à leur tour, se divisaient en deux classes : les grands
            propriétaires fonciers, qui étaient en même temps de grands propriétaires
            d’esclaves, et les petits producteurs (paysans, artisans) dont les plus aisés
            utilisaient également le travail servile et possédaient des esclaves. Les
            prêtres, qui jouaient un rôle important à l’époque de l’esclavage, se
            rattachaient par leur situation à la classe des grands propriétaires de
            terres et d’esclaves.</p>
            <p rend="alinéa">Outre la contradiction de classe entre maîtres et esclaves,
            il en existait une autre : entre grands propriétaires fonciers et
            paysans. Mais étant donné qu’avec le développement du régime esclavagiste le
            travail servile, qui était le moins coûteux, s’étendit à la plupart des
            branches d’activité et finit par constituer la principale base de la
            production, la contradiction entre maîtres et esclaves devint la
            contradiction fondamentale de la société.</p>
            <p rend="alinéa">La division de la société en classes rendit nécessaire la
            formation de l’État. Avec les progrès de la division sociale du travail et le
            développement de l’échange, les gentes et les tribus se rapprochèrent,
            s’unirent en confédérations. Le caractère des institutions gentilices se
            modifia. Les organes du régime gentilice perdirent de plus en plus leur
            caractère populaire. Ils se transformèrent en organes de domination sur le
            peuple, en organes ayant pour objet de spolier et d’opprimer leurs propres
            tribus et les tribus voisines. Les anciens et les chefs militaires des gentes
            et des tribus devinrent des <emph xml:id="term02princes">princes</emph> et des
            <emph xml:id="term02rois">rois</emph>. Ils devaient autrefois leur autorité
            à leur qualité
            d’élus de la gens ou d’une fédération de gentes. Ils usèrent dorénavant de
            leur pouvoir pour défendre les intérêts des couches possédantes, pour tenir
            en bride leurs concitoyens en train de se ruiner, pour réprimer les esclaves.
            C’est aussi à quoi servirent les détachements armés, les tribunaux, les
            organismes punitifs.</p>
            <p rend="alinéa">Ainsi naquit le
            <emph xml:id="term02pouvEtat">pouvoir d’État</emph>.</p>
            <reg resp="#dm" cert="high">
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">C’est seulement quand l’esclavage, première forme de division de la société
                  en classes, est apparu ; quand une classe d’hommes, en s’adonnant aux
                  formes les plus rudes du travail agricole, a pu produire un certain
                  excédent, et que cet excédent qui n’était pas absolument indispensable à
                  l’existence extrêmement misérable de l’esclave, était accaparé par les
                  propriétaires d’esclaves, c’est alors que cette dernière classe s’est
                  affermie ; mais pour qu’elle pût s’affermir, il fallait que l’État
                  apparut.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  V. Lénine,
                  « De l’État »,
                  <title>Œuvres</title>, t. 29, p. 482-483.
                </bibl>
              </cit>
            </reg>
            <p rend="alinéa">L’État a surgi pour tenir en bride la majorité exploitée
            dans l’intérêt de la minorité exploiteuse. L’État esclavagiste a joué un rôle
            considérable dans le développement et la consolidation des rapports de
            production de la société fondée sur l’esclavage. Il maintenait dans
            l’obéissance les foules d’esclaves. Il grandit, se ramifia et devint un vaste
            appareil de domination et de violence dirigé contre les masses populaires.
            Les démocraties de la Grèce et de la Rome antiques, qu’exaltent les manuels
            d’histoire bourgeois, n’étaient au fond que des démocraties de propriétaires
            d’esclaves.</p>
          </div3>
          <div3 type="section" n="2" xml:id="chap02sect02">
            <head>2.2. Les rapports de production de la société esclavagiste.
            La situation des esclaves.</head>
            <p rend="alinéa">La propriété du maître non seulement sur les moyens de
            production, mais aussi sur les producteurs, les esclaves, formait la base des
            rapports de production de la société esclavagiste. L’esclave était considéré
            comme une chose ; son maître avait sur lui un pouvoir absolu. Il n’était
            pas seulement exploité ; on pouvait le vendre et l’acheter comme du
            bétail, ou même le tuer impunément. Si, à l’époque de l’esclavage patriarcal,
            il était regardé comme un membre de la famille, avec le développement du mode
            de production esclavagiste, il cessa même d’être considéré comme un
            homme.</p>
            <cit rend="display">
              <quote>
                <p rend="alinéa">L’<emph xml:id="term02esclave">esclave</emph> ne
                vendait pas sa force de travail au possesseur d’esclaves, pas plus que le
                bœuf ne vend le produit de son travail au paysan. L’esclave est vendu, y
                compris sa force de travail, une fois pour toutes à son propriétaire.</p>
              </quote>
              <bibl>
                K. Marx,
                <title>Travail salarié et capital</title>, suivi de
                <title>Salaire, prix et profit</title>, p. 32, Éditions sociales.
              </bibl>
            </cit>
            <p rend="alinéa">Le travail servile avait un caractère de contrainte non
            dissimulé. On obligeait les esclaves à travailler par les moyens les plus
            brutaux. On les poussait au travail à coups de fouet, on les punissait
            férocement à la moindre peccadille. On les marquait pour les retrouver plus
            facilement s’ils s’enfuyaient. Beaucoup portaient jour et nuit un collier de
            fer sur lequel était inscrit le nom de leur maître.</p>
            <p rend="alinéa">Celui-ci s’appropriait la totalité des fruits du travail
            servile. Il ne donnait aux esclaves qu’un minimum de moyens d’existence,
            juste assez pour qu’ils ne meurent pas de faim et puissent continuer à
            travailler pour lui. Il s’attribuait le surproduit, mais aussi une grande
            partie du produit nécessaire.</p>
            <p rend="alinéa">Le développement du mode de production fondé sur
            l’esclavage s’accompagnait d’une demande d’esclaves toujours accrue. Dans
            certains pays les esclaves, en règle générale, n’avaient pas de famille. Une
            exploitation brutale entraînait leur usure rapide. Il en fallait sans cesse
            de nouveaux. La <emph xml:id="term02guerre">guerre</emph> était la grande pourvoyeuse d’esclaves. Les États
            esclavagistes de l’Orient ancien étaient sans cesse en guerre pour conquérir
            d’autres peuples. L’histoire de la Grèce antique est pleine des guerres que
            se livraient les cités entre elles, les métropoles et les colonies, les États
            grecs et orientaux. Rome fit constamment la guerre ; à son apogée, elle
            soumit la plus grande partie du monde alors connu. On réduisait en esclavage
            non seulement les soldats faits prisonniers, mais encore une grande partie de
            la population des pays conquis.</p>
            <p rend="alinéa">Les provinces et les colonies fournissaient également des
            esclaves. Elles procuraient cette « marchandise vivante » au même
            titre que toute autre marchandise. Le commerce des esclaves était une des
            branches de l’activité économique les plus lucratives et les plus
            florissantes. Il existait à cet effet des centres spéciaux, des marchés où
            vendeurs et acheteurs, venus de lointains pays, se rencontraient.</p>
            <p rend="alinéa">Le mode de production esclavagiste ouvrait de plus larges
            possibilités à l’accroissement des forces productives que la communauté
            primitive. La concentration d’un grand nombre d’esclaves entre les mains de
            l’État esclavagiste et des propriétaires d’esclaves permettait d’appliquer la
            coopération simple sur une très large échelle. En témoignent les ouvrages
            gigantesques réalisés dans l’antiquité par les peuples de la Chine, de
            l’Inde, de l’Égypte, de l’Italie, de la Grèce, de la Transcaucasie, de l’Asie
            Centrale, et d’autres encore : systèmes d’irrigation, routes, ponts,
            fortifications, monuments.</p>
            <p rend="alinéa">La division sociale du travail se développait, elle
            aboutissait à la spécialisation dans l’agriculture et les métiers, et par
            suite à une augmentation de la productivité du travail.</p>
            <p rend="alinéa">En Grèce, la main-d’œuvre servile était largement employée
            dans les métiers. De grands ateliers (<foreign xml:id=
            "term02ergasteries">ergasteries</foreign>) firent leur apparition, où des dizaines
            d’esclaves travaillaient ensemble. Le travail servile était également utilisé
            dans la construction, l’extraction du minerai de fer, de l’argent et de l’or.
            À Rome, il était très répandu dans l’agriculture. L’aristocratie romaine
            possédait des <emph xml:id="term02latifundia">latifundia</emph>,
            vastes domaines où peinaient des
            centaines et des milliers d’esclaves. Ces latifundia avaient été constitués
            par l’accaparement des terres paysannes et par des usurpations sur le domaine
            public.</p>
            <p rend="alinéa">Le bon marché du travail servile et les avantages de la
            coopération simple permettaient aux latifundia de produire du blé et d’autres
            denrées agricoles à meilleur compte que les petites exploitations des paysans
            libres. La petite paysannerie était évincée, réduite en esclavage, ou allait
            à la ville grossir les rangs des couches misérables de la population.</p>
            <p rend="alinéa">L’opposition entre la ville et la campagne, qui était
            apparue dès le passage du régime de la communauté primitive au régime
            esclavagiste, s’accroissait de plus en plus. Les villes deviennent les
            centres de rassemblement de l’aristocratie esclavagiste, des marchands, des
            usuriers, des fonctionnaires de l’État esclavagiste, qui tous exploitaient
            les masses de la population paysanne.</p>
            <p rend="alinéa">Grâce au travail servile, le monde antique atteignit un
            degré de développement économique et culturel remarquable Mais un régime
            fondé sur l’esclavage ne pouvait créer les conditions d’un progrès technique
            de quelque importance. Le travail servile était caractérisé par un rendement
            extrêmement bas. L’esclave ne portait aucun intérêt à son travail. Il avait
            en haine le labeur auquel il était astreint. Souvent sa protestation et son
            indignation se traduisaient par des détériorations d’outils. Aussi ne lui
            confiait-on que des instruments grossiers qu’il eût été difficile de
            détériorer.</p>
            <p rend="alinéa">La production restait à un niveau technique très bas.
            Malgré un certain développement des sciences naturelles et des sciences
            exactes, celles-ci n’étaient presque pas appliquées dans la production. Si
            quelques inventions techniques étaient utilisées, c’était uniquement pour la
            guerre et dans la construction. Au cours des siècles que dura sa domination,
            le mode de production esclavagiste se contenta d’instruments manuels
            empruntés au petit cultivateur et à l’artisan, il ne dépassa jamais le stade
            de la coopération simple. La principale force motrice restait la force
            physique de l’homme et des animaux domestiques.</p>
            <p rend="alinéa">L’emploi généralisé de la main-d’œuvre servile permit aux
            possesseurs d’esclaves de se décharger sur ces derniers de tout travail
            physique. Les propriétaires d’esclaves méprisaient le travail, qu’ils
            regardaient comme une activité indigne d’un homme libre, et menaient une
            existence de parasites. À mesure que l’esclavage se développait, des masses
            de plus en plus considérables de la population libre tournaient le dos à
            toute activité productrice. Seule une partie de la couche privilégiée des
            propriétaires d’esclaves et du reste de la population libre s’occupait des
            affaires publiques, de science et d’art. Ceux-ci atteignirent un important
            développement.</p>
            <p rend="alinéa">Le régime de l’esclavage a engendré l’<emph xml:id=
            "term02oppmanint">opposition entre le travail
            manuel et le travail intellectuel</emph>, a creusé entre eux un fossé.</p>
            <p rend="alinéa">L’exploitation des esclaves par leurs maîtres est le trait
            essentiel des rapports de production de la société esclavagiste. Mais dans
            chaque pays le mode de production fondé sur l’esclavage présente des
            particularités.</p>
            <p rend="alinéa">Dans l’Orient antique, la prédominance de l’économie
            naturelle était encore plus accusée que dans le monde gréco-romain. Le
            travail servile était largement utilisé dans les domaines de l’État, des
            grands propriétaires d’esclaves et des temples. L’esclavage domestique était
            très répandu. Dans l’agriculture chinoise, indienne, babylonienne et
            égyptienne, les membres des communautés paysannes étaient exploités en masse
            parallèlement aux esclaves. L’esclavage pour dettes prit une grande
            extension. Le membre de la communauté rurale, qui ne s’était pas acquitté de
            sa dette envers l’usurier ou n’avait pas payé son fermage au propriétaire
            foncier, se voyait contraint de travailler pendant un certain temps dans les
            domaines de ces derniers en qualité d’esclave débiteur.</p>
            <p rend="alinéa">Dans les pays d’esclavage de l’Orient ancien, la terre
            appartenait souvent à la communauté ou à l’État. Ces formes de propriété
            étaient liées au système d’agriculture, fondé sur l’irrigation. Dans les
            vallées fluviales, l’agriculture irriguée exigeait de grands travaux pour la
            construction de digues, de canaux et de réservoirs, pour l’assèchement des
            marais. D’où la nécessité de centraliser la construction et l’exploitation
            des systèmes d’irrigation à l’échelle de vastes territoires.</p>
            <cit rend="display">
              <quote>
                <p rend="alinéa">L’irrigation artificielle y constitue la première condition de
                l’agriculture, et ceci est l’affaire des communautés, des provinces ou du
                gouvernement central.</p>
              </quote>
              <bibl>
                Lettre de Friedrich Engels à Karl Marx, du 6 juin 1853.
                <title>Correspondance K. Marx-F. Engels</title>, t. 3.
              </bibl>
            </cit>
            <p rend="alinéa">Avec le développement de l’esclavage, les terres des
            communautés se concentrèrent de plus en plus entre les mains de l’État. Le
            roi, qui exerçait un pouvoir absolu, devint le propriétaire suprême du sol.
            Monopolisant la propriété de la terre, l’État esclavagiste accablait les
            paysans d’impôts, faisait peser sur eux toutes sortes de charges, les
            réduisant ainsi à la condition d’esclaves. Les paysans continuaient à faire
            partie de leurs communautés. Mais la terre se trouvant aux mains de l’État
            esclavagiste, la communauté formait la base permanente du despotisme
            oriental, c’est-à-dire d’un pouvoir monarchique absolu et sans contrôle.
            L’aristocratie sacerdotale jouait un rôle important dans les pays d’Orient où
            dominait l’esclavage. Les vastes domaines appartenant aux temples reposaient
            sur le travail servile.</p>
            <p rend="alinéa">Sous le régime de l’esclavage, la majeure partie du travail
            servile et de son produit était, dans tous les pays, dépensée par les
            propriétaires d’esclaves de façon improductive pour satisfaire des caprices
            individuels, amasser des trésors, construire des ouvrages militaires et
            mettre sur pied des armées, bâtir et entretenir des palais et des temples
            somptueux. Les pyramides d’Égypte sont un exemple frappant de ces énormes
            dépenses de travail improductives. Seule une partie infime du labeur servile
            et de son produit était consacrée à l’extension de la production dont le
            développement, de ce fait, était très lent. Les guerres dévastatrices
            entraînaient la destruction des forces productives, l’extermination d’une
            grande partie de la population non combattante et la disparition de
            civilisations entières.</p>
            <p rend="alinéa">La <emph xml:id="term02loifondescl">loi économique fondamentale du
            régime de l’esclavage</emph> réside
            dans la production d’un surproduit pour la satisfaction des besoins des
            possesseurs d’esclaves en exploitant brutalement les esclaves sur la base de
            la propriété complète des moyens de production et des esclaves par les
            possesseurs d’esclaves, par la ruine et l’asservissement des paysans et des
            artisans, ainsi que par la conquête et l’asservissement des peuples des
            autres pays.</p>
          </div3>
          <div3 type="section" n="3" xml:id="chap02sect03">
            <head>2.3. Le développement de l’échange.
            Le capital commercial et le capital usuraire.</head>
            <p rend="alinéa">L’économie esclavagiste restait pour l’essentiel une
            économie naturelle. Ce qu’elle produisait était surtout destiné à être
            directement consommé par le propriétaire d’esclaves, ses nombreux parasites
            et sa valetaille, et non à être échangé. L’échange joua pourtant un rôle de
            plus en plus marquant, surtout à l’apogée du régime esclavagiste. Dans
            certaines branches de la production, une partie des produits était
            régulièrement vendue sur le marche, autrement dit convertie en
            marchandises.</p>
            <p rend="alinéa">Avec le progrès des échanges, le rôle de la monnaie
            s’accrut. D’ordinaire, c’était la marchandise le plus fréquemment échangée
            qui devenait monnaie. Chez de nombreux peuples, notamment ceux qui
            s’adonnaient à l’élevage, le bétail remplit d’abord cet office. Ailleurs, ce
            fut le sel, le blé, les fourrures. Peu à peu ces différentes formes de
            monnaie furent remplacées par la monnaie métallique.</p>
            <p rend="alinéa smaller">Les premières monnaies métalliques firent leur
            apparition dans l’Orient antique où elles circulèrent sous forme de lingots
            de bronze, d’argent et d’or dès les 3<hi rend="ordinal">e</hi> et
            2<hi rend="ordinal">e</hi> millénaires avant notre ère, et sous forme de
            monnaies frappées à partir du 7<hi rend="ordinal">e</hi> siècle avant
            notre ère. Des monnaies de fer avaient cours en Grèce huit siècles avant
            notre ère. Aux 5<hi rend="ordinal">e</hi> et
            4<hi rend="ordinal">e</hi> siècles avant notre ère, Rome ne connaissait encore que la monnaie de cuivre.
            Par la suite, l’argent et l’or remplacèrent le fer et le cuivre en qualité de
            monnaie.</p>
            <p rend="alinéa">Les cités grecques entretenaient un
            commerce assez actif, notamment avec leurs colonies dispersées le long du
            littoral de la Méditerranée et de la mer Noire. Les colonies fournissaient
            régulièrement des esclaves, principale force de travail, des matières
            premières et des moyens d’existence : peaux, laine, bétail, blé,
            poisson.</p>
            <p rend="alinéa">Outre le commerce des esclaves et d’autres marchandises, le
            commerce des objets de luxe jouait un rôle important à Rome comme en Grèce.
            Ces objets étaient fournis par les peuples d’Orient, principalement à titre
            de tribut. Le commerce s’accompagnait du pillage, de la piraterie et de
            l’asservissement des colonies.</p>
            <p rend="alinéa">Sous le régime de
            l’esclavage, l’argent n’était pas seulement un moyen d’acheter et de vendre
            des marchandises. Il servait aussi à s’approprier le travail d’autrui par le
            commerce et l’usure. L’argent dépensé pour s’approprier le surtravail et son
            produit devient <emph xml:id="term02capital">capital</emph>, c’est-à-dire un moyen
            d’exploitation. Le capital commercial et le capital usuraire ont été,
            historiquement, les premières formes de capital. Le
            <emph xml:id="term02capcomm">capital commercial</emph> est
            le capital engagé dans la sphère de l’échange des marchandises. En achetant
            et en revendant, les marchands s’appropriaient une importante partie du
            surproduit créé par les esclaves, les petits paysans et les artisans. Le
            <emph xml:id="term02capusur">capital
            usuraire</emph> est le capital utilisé sous forme de prêts d’argent, de moyens
            de production ou d’objets de consommation pour s’approprier le surtravail des
            paysans et des artisans par le prélèvement d’intérêts élevés. Les usuriers
            prêtaient également de l’argent à l’aristocratie et avaient ainsi part au
            surproduit que fournissait à celle-ci le travail de ses esclaves.</p>
          </div3>
          <div3 type="section" n="4" xml:id="chap02sect04">
            <head>2.4. L’aggravation des contradictions du mode de production esclavagiste.</head>
            <p rend="alinéa">L’esclavage a été une étape nécessaire dans l’histoire de l’humanité.</p>
            <cit rend="display">
              <quote>
                <p rend="alinéa">Ce fut seulement l’esclavage qui rendit possible sur une assez grande,
                échelle la division du travail entre agriculture et industrie et, par
                suite, l’apogée du monde antique, l’hellénisme. Sans esclavage, pas d’État
                grec, pas d’art et de science grecs ; sans esclavage, pas d’Empire
                romain. Or, sans la base de l’hellénisme et de l’Empire romain, pas non
                plus d’Europe moderne.</p>
              </quote>
              <bibl>
                F. Engels,
                <title>Anti-Dühring</title>, p. 213.
              </bibl>
            </cit>
            <p rend="alinéa">C’est sur les ossements de générations d’esclaves que s’est
            épanouie la civilisation qui a été à la base des progrès ultérieurs de
            l’humanité. De nombreuses branches du savoir : mathématiques,
            astronomie, mécanique, architecture, ont atteint dans le monde antique un
            degré de développement remarquable. Les objets d’art, les chefs-d’œuvre de la
            littérature, de la sculpture et de l’architecture que nous a légués
            l’antiquité, font à jamais partie du trésor de la culture humaine.</p>
            <p rend="alinéa">Mais le régime esclavagiste était déchiré par des
            contradictions insolubles, qui le conduisirent finalement à sa perte. La
            forme d’exploitation qu’était l’esclavage détruisait la principale force
            productive de la société : les esclaves. La lutte de ces derniers contre
            l’exploitation féroce dont ils étaient les victimes, se traduisait de plus en
            plus fréquemment par des révoltes. L’afflux ininterrompu de nouveaux
            esclaves, leur bon marché, était la condition d’existence de l’économie
            esclavagiste. La guerre était la grande pourvoyeuse d’esclaves. La puissance
            militaire de la société esclavagiste reposait sur la masse des petits
            producteurs libres : paysans et artisans, qui composaient l’armée et
            supportaient le poids principal des impôts nécessités par la guerre. Mais la
            concurrence de la grande production fondée sur le travail servile meilleur
            marché, et les charges écrasantes ruinaient les paysans et les artisans.
            L’antagonisme irréductible entre les latifundia et les exploitations
            paysannes ne cessait de s’aggraver.</p>
            <p rend="alinéa">La disparition de la paysannerie libre sapait la puissance
            économique, mais aussi la puissance militaire et politique des États
            esclavagistes, et notamment de Rome. Aux victoires succédèrent les défaites,
            aux guerres de conquête des guerres défensives. La source était tarie, qui
            fournissait jadis sans arrêt des esclaves à bon compte. Les côtés négatifs du
            travail servile se manifestaient avec toujours plus de netteté. Les deux
            derniers siècles de l’Empire romain furent marqués par un déclin général de
            la production. Le commerce fut désorganisé ; des contrées autrefois
            riches s’appauvrirent ; la population diminua ; les métiers
            dépérirent ; les villes se vidèrent.</p>
            <p rend="alinéa">Les rapports de production fondés sur le travail servile
            étaient devenus des entraves pour les forces productives accrues de la
            société. Le travail des esclaves, aucunement intéressés à la production,
            avait épuisé ses possibilités. Il était devenu historiquement nécessaire de
            remplacer les rapports de production fondés sur l’esclavage par d’autres
            rapports, qui permettraient de modifier la situation sociale des masses
            laborieuses, principale force productive. La loi de la correspondance
            nécessaire entre les rapports de production et le caractère des forces
            productives exigeait que les esclaves fussent remplacés par des travailleurs
            ayant quelque intérêt aux résultats de leur travail.</p>
            <p rend="alinéa">Comme la grande production fondée sur
            l’esclavage avait cessé d’être rémunératrice, le maître affranchissait en
            masse ses esclaves, dont le travail ne lui fournissait plus de revenus. Les
            grands domaines furent morcelés en petites parcelles remises à certaines
            conditions soit à d’anciens esclaves, soit à des citoyens autrefois libres,
            qui étaient astreints désormais à toutes sortes de redevances au bénéfice du
            propriétaire foncier. Ces nouveaux cultivateurs étaient attachés à leurs
            parcelles et pouvaient être vendus avec elles. Mais ils n’étaient plus
            esclaves.</p>
            <p rend="alinéa">C’était une nouvelle catégorie de petits
            producteurs dont la situation était intermédiaire entre celles des hommes
            libres et des esclaves, et qui avait quelque intérêt au travail. Ces
            <emph xml:id="term02colons">colons</emph>, comme on les appelait, furent les
            prédécesseurs des serfs du Moyen âge.</p>
            <p rend="alinéa">Ainsi apparaissaient, au sein même de la société
            esclavagiste, les éléments d’un mode de production nouveau, le mode
            féodal.</p>
          </div3>
          <div3 type="section" n="5" xml:id="chap02sect05">
            <head>2.5. La lutte de classe des exploités contre leurs exploiteurs.
            Les révoltes d’esclaves. La fin du régime de l’esclavage.</head>
            <p rend="alinéa">L’histoire des sociétés fondées sur l’esclavage dans
            l’Orient ancien, en Grèce et à Rome montre qu’avec le développement de
            l’économie esclavagiste la lutte de classe des masses asservies contre leurs
            oppresseurs s’intensifiait. Les révoltes d’esclaves se combinaient avec la
            lutte des petits paysans exploités contre la couche privilégiée des grands
            propriétaires d’esclaves et de terres.</p>
            <p rend="alinéa">La contradiction entre les petits producteurs et les grands
            propriétaires fonciers donna naissance dès le début du développement de la
            société esclavagiste, parmi les hommes libres, à un mouvement démocratique
            qui se proposait d’annuler les dettes, de procéder au partage des terres, de
            retirer ses privilèges à l’aristocratie foncière, de donner le pouvoir au
            peuple, au « démos ».</p>
            <p rend="alinéa smaller">Parmi les nombreuses révoltes d’esclaves dont l’Empire
            romain fut le théâtre, la plus importante est celle que dirigea Spartacus
            (74-71 avant notre ère), au nom duquel se rattache l’épisode le plus glorieux
            de la lutte des esclaves contre leurs maîtres.</p>
            <p rend="alinéa smaller">Au cours des siècles, les
            soulèvements d’esclaves furent fréquents ; les paysans ruinés se
            joignaient à eux. Les plus importants éclatèrent aux 2<hi rend=
            "ordinal">e</hi> et 1<hi rend="ordinal">er</hi> siècles avant notre ère
            et du 3<hi rend="ordinal">e</hi> au 5<hi rend="ordinal">e</hi> siècle
            de notre ère. Les propriétaires d’esclaves réprimèrent ces révoltes avec la
            dernière cruauté.</p>
            <p rend="alinéa">Les soulèvements des masses exploitées, et surtout des
            esclaves, minèrent la puissance de Rome. Ces poussées internes étaient de
            plus en plus souvent accompagnées de poussées externes. Les habitants des
            pays voisins emmenés en esclavage se soulevaient dans les champs d’Italie
            tandis que leurs compatriotes restés en liberté attaquaient et forçaient les
            frontières de l’Empire, renversaient la domination romaine. Toutes ces
            circonstances hâtèrent la fin du régime esclavagiste à Rome.</p>
            <p rend="alinéa">C’est dans l’Empire romain que le mode de production fondé
            sur l’esclavage atteignit son apogée. La chute de l’Empire romain marqua
            aussi la fin du régime de l’esclavage dans son ensemble.</p>
            <p rend="alinéa">À ce régime succéda la féodalité.</p>
          </div3>
          <div3 type="repres"  n="6" xml:id="chap02repres">
            <head>Les conceptions économiques de l’époque de l’esclavage.</head>
            <p rend="alinéa">Les conceptions économiques de la période de
            l’esclavage ont trouvé leur expression dans maints ouvrages que nous ont
            laissés les poètes, les philosophes, les historiens, les hommes d’État et les
            personnalités publiques, pour qui l’esclave n’était pas un homme, mais une
            chose entre les mains de son maître. Le travail servile était méprisé ;
            or, le travail devenait de plus en plus le lot des esclaves ; aussi
            fut-il bientôt considéré comme une activité indigne d’un homme libre.</p>
            <p rend="alinéa">Le code du roi Hammourabi (18<hi rend=
            "ordinal">e</hi> siècle avant notre ère) témoigne des conceptions
            économiques de la société esclavagiste babylonienne. Ce code protège la
            propriété et les droits des riches et des nobles, des propriétaires
            d’esclaves et de terres. Quiconque cache un esclave fugitif est passible de
            mort. Le paysan qui n’a pas payé sa dette au créancier ou son fermage au
            propriétaire foncier doit livrer sa femme, son fils ou sa fille qui sont
            réduits en esclavage, jusqu’à ce qu’ils aient acquitté la dette par leur
            travail. Les <emph xml:id="term02loisManou">lois de Manou</emph>,
            dans l’Inde antique, sont un recueil de prescriptions sociales, religieuses
            et morales qui consacrent l’esclavage. L’esclave n’a aucune propriété. La loi
            punissait de mort quiconque «cachait dans sa maison un esclave fugitif».</p>
            <p rend="alinéa">Les idées des classes dominantes se retrouvaient dans
            la religion. Ainsi le <emph xml:id="term02bouddhisme">bouddhisme</emph>,
            qui se répandit dans l’Inde à partir du
            6<hi rend="ordinal">e</hi> siècle avant notre ère, prêchait la
            résignation, la non-résistance à la violence et l’humilité devant les classes
            dominantes ; l’aristocratie esclavagiste s’en servit pour consolider sa
            domination.</p>
            <p rend="alinéa">Même les penseurs éminents de l’Antiquité ne
            pouvaient se représenter une société sans esclaves. Ainsi le philosophe grec
            <emph type="personne" xml:id="pers02Platon"><name>Platon</name></emph> (5<hi rend=
            "ordinal">e</hi>-4<hi rend="ordinal">e</hi> siècles avant notre ère), qui
            composa la première <emph xml:id="term02utopie">utopie</emph>
            connue, maintenait l’esclavage dans sa république idéale. Le travail des
            esclaves, des cultivateurs et des artisans devait procurer les moyens
            d’existence indispensables à la classe supérieure, celle des gouvernants et
            des guerriers.</p>
            <p rend="alinéa">Aux yeux d’<emph type="personne" rend="ital" xml:id=
            "pers02Aristote">Aristote</emph>, le plus grand penseur de l’Antiquité
            (4<hi rend="ordinal">e</hi> siècle avant notre ère), l’esclavage était
            pour la société une nécessité éternelle. Aristote a exercé une influence
            considérable sur la vie intellectuelle de l’Antiquité et du Moyen âge. Tout
            en s’élevant bien au-dessus de son temps lorsqu’il formule ses hypothèses et
            ses prévisions scientifiques, il reste, sur la question de l’esclavage,
            prisonnier des idées de la société de son époque. Son raisonnement est le
            suivant : de même que le gouvernail est pour le pilote un instrument
            inanimé, l’esclave est un instrument animé. Si les outils travaillaient
            d’eux-mêmes sur notre ordre, si par exemple les navettes tissaient toutes
            seules, on n’aurait pas besoin d’esclaves. Mais comme nombre d’occupations
            exigent un travail grossier, peu compliqué, la nature, dans sa sagesse, a
            créé les esclaves. Certains sont nés pour être esclaves et les autres pour
            les diriger. Le travail servile procure aux hommes libres des loisirs pour
            leur perfectionnement. Tout l’art du maître consiste donc à tirer le meilleur
            parti de ses esclaves.</p>
            <p rend="alinéa">C’est Aristote qui a créé le terme
            d’ « oïkonomia ». De son temps l’échange, le commerce et
            l’usure avaient déjà pris un certain développement, mais dans l’ensemble
            l’économie restait une économie naturelle, consommatrice. Aristote
            considérait comme seuls légitimes les biens acquis par l’agriculture et le
            métier ; c’est un partisan de l’<emph xml:id=
            "term02econatu">économie naturelle</emph>. Mais il comprenait la nature réelle
            de l’<emph xml:id="term02echange">échange</emph>, trouvant
            parfaitement normal l’échange pour la consommation « puisque les hommes
            ont d’ordinaire certains objets en quantité supérieure, et d’autres objets en
            quantité inférieure à leurs besoins ». Il comprenait que la monnaie
            était nécessaire aux échanges.</p>
            <p rend="alinéa">Par ailleurs Aristote condamnait le commerce s’il
            était exercé à des fins de lucre, ainsi que l’usure. À la différence de
            l’agriculture et du métier, ces activités, disait-il, ne posent aucune borne
            à l’acquisition des richesses.</p>
            <p rend="alinéa">Les anciens Grecs avaient déjà une idée de la
            <emph xml:id="term02divtrav">division du travail</emph> et de son
            rôle dans la vie sociale. Platon, par exemple, la plaçait à la base du régime
            dont il dotait sa république idéale.</p>
            <p rend="alinéa">Les idées des <emph type="personne" xml:id=
            "term02Romains">Romains</emph> en matière économique étaient également fonction
            du mode de production fondé sur l’esclavage, qui prédominait alors.</p>
            <p rend="alinéa">Les écrivains et les hommes politiques, idéologues de
            la classe des propriétaires d’esclaves, considéraient les esclaves comme de
            simples instruments. C’est au polygraphe <emph type="personne" xml:id=
            "pers02Varron">Varron</emph> (1<hi rend="ordinal">er</hi> siècle avant notre
            ère), qui composa entre autres une sorte de manuel d’agriculture à l’usage
            des propriétaires d’esclaves, qu’appartient la célèbre division des
            instruments en :
            1, instruments muets (chariots) ;
            2, instruments qui émettent des sons inarticulés (bétail) ; et
            3, instruments doués de la parole (esclaves).
            Il ne faisait qu’exprimer par là les opinions généralement
            admises par les propriétaires d’esclaves.</p>
            <p rend="alinéa">L’art de diriger les esclaves préoccupait les
            esprits, à Rome comme en Grèce. L’historien <emph type="personne" xml:id=
            "pers02Plutarque">Plutarque</emph> (1<hi rend="ordinal">er</hi>-2<hi rend=
            "ordinal">e</hi> siècles de notre ère) rapporte que Caton, maître
            « modèle », achetait ses esclaves encore enfants, « dans un
            âge où, pareils aux petits chiens et aux poulains, ils se prêtent facilement
            à l’éducation et au dressage ». Il relate ensuite qu’ « il
            imaginait sans cesse de nouveaux moyens d’entretenir parmi les esclaves la
            discorde et la division, car il craignait leur bonne entente, qu’il
            considérait comme dangereuse ».</p>
            <p rend="alinéa">Par la suite, dans l’Empire romain, l’écroulement et
            la désagrégation de l’économie fondée sur le travail forcé des esclaves
            s’accentuèrent. L’écrivain latin <emph type="personne" xml:id=
            "pers02Columelle">Columelle</emph> (1<hi rend="ordinal">er</hi> siècle de
            notre ère) se plaignait en ces termes : « Les esclaves causent un
            grave préjudice aux champs. Ils prêtent les bœufs et soignent mal le
            troupeau. Ils labourent de façon déplorable. » <emph type=
            "personne" xml:id="pers02Pline">Pline l’Ancien</emph>, son contemporain,
            déclarait: « Les latifundia ont perdu l’Italie et les
            provinces. »</p>
            <p rend="alinéa">De même que les Grecs, les Romains considéraient
            comme normale l’économie naturelle où le maître n’échange que ses excédents.
            Les ouvrages de l’époque condamnent parfois les profits commerciaux élevés et
            l’intérêt usuraire. Mais les marchands et les usuriers n’en amassaient pas
            moins d’immenses fortunes.</p>
            <p rend="alinéa">Dans la dernière période de l’histoire romaine des
            voix s’élevèrent pour condamner l’esclavage et proclamer
            l’<emph xml:id="term02egalnat">égalité naturelle des hommes</emph>. Il va
            sans dire que ces idées ne trouvaient point d’écho parmi la classe dominante,
            celle des propriétaires d’esclaves. Quant aux esclaves, ils étaient si
            accablés par leur situation misérable, si abrutis et si ignorants, qu’ils
            étaient incapables d’élaborer une idéologie plus progressiste que les idées
            périmées de la classe esclavagiste. C’est d’ailleurs là une des raisons du
            caractère tout spontané et inorganisé des révoltes d’esclaves.</p>
            <p rend="alinéa">La lutte entre la grande et la petite propriété
            foncière constituait une des contradictions profondes du régime de
            l’esclavage. La paysannerie dont la situation devenait de plus en plus
            difficile réclamait dans son programme la limitation de la grande propriété
            foncière et le partage des terres. Tel était aussi le but de la réforme
            agraire défendue par les <emph type="personne" xml:id=
            "pers02Gracques">Gracques</emph> (2<hi rend="ordinal">e</hi> siècle avant
            notre ère).</p>
            <p rend="alinéa">À l’époque de la désagrégation de l’Empire romain,
            alors que la grande majorité de la population des villes et des campagnes,
            esclaves et hommes libres, n’apercevait aucune issue à la situation,
            l’idéologie de la Rome esclavagiste traversa une crise profonde.</p>
            <p rend="alinéa">Les contradictions de classe de l’Empire agonisant
            donnèrent naissance à une nouvelle idéologie religieuse : le
            <emph xml:id="term02christianisme">christianisme</emph>, qui traduisait à
            l’époque la protestation des esclaves, des masses ruinées de la paysannerie,
            des artisans et des déclassés contre l’esclavage et l’oppression. Le
            christianisme répondait aussi à l’état d’esprit de larges fractions des
            classes dominantes qui avaient conscience de leur situation sans issue. C’est
            pourquoi, tout en adressant des avertissements sévères aux riches et aux
            puissants, le christianisme de la chute de l’Empire romain exhortait à
            l’humilité et à la recherche du salut dans la vie d’outre-tombe.</p>
            <p rend="alinéa">Dans les siècles qui suivirent, le christianisme
            devint définitivement la religion des classes dominantes, l’arme spirituelle
            chargée de défendre et de justifier l’exploitation et l’oppression des masses
            laborieuses.</p>
          </div3>
          <div3 type="resume"  n="2" xml:id="chap02resume">
            <head>Résumé du chapitre 2</head>
            <list rend="runon" type="ordered">
              <item>
                <p rend="alinéa">Le mode de production fondé sur l’esclavage s’est instauré grâce
                à l’accroissement des forces productives de la société, à l’apparition du
                surproduit, à la naissance de la propriété privée des moyens de production,
                y compris la terre, et à l’appropriation du surproduit par les détenteurs
                des moyens de production.</p>
                <p rend="alinéa">L’esclavage est la première et la plus grossière forme
                d’exploitation de l’homme par l’homme. Le maître avait la propriété
                pleine et entière de son esclave. Il disposait à sa guise non seulement
                du travail de l’esclave, mais encore de sa vie.</p>
              </item>
              <item>
                <p rend="alinéa">Avec le régime de l’esclavage naquit aussi l’État. Celui-ci est
                le résultat de la scission de la société en classes irréductiblement
                hostiles ; c’est un appareil permettant à une minorité exploiteuse
                d’opprimer la majorité exploitée de la société.</p>
              </item>
              <item>
                <p rend="alinéa">L’économie esclavagiste était essentiellement une économie
                naturelle. Le monde antique se subdivisait en une multitude d’unités
                économiques subvenant elles-mêmes à leurs besoins. Le commerce portait
                principalement sur les esclaves et les objets de luxe. Le développement de
                l’échange engendra la monnaie métallique.</p>
              </item>
              <item>
                <p rend="alinéa">La loi économique fondamentale du mode de production fondé sur
                l’esclavage réside dans la production d’un surproduit pour la satisfaction
                des besoins des propriétaires d’esclaves en exploitant sauvagement les
                esclaves sur la base de la propriété complète des moyens de production et
                des esclaves par les possesseurs d’esclaves, par la ruine et
                l’asservissement des paysans et des artisans, ainsi que par la conquête et
                l’asservissement des peuples des autres pays.</p>
              </item>
              <item>
                <p rend="alinéa">L’esclavage permit l’essor d’une civilisation (sciences,
                philosophie, arts) d’un niveau relativement élevé, mais dont la mince
                couche privilégiée de la société esclavagiste était seule à bénéficier. La
                conscience sociale du monde antique correspondait au mode de production
                fondé sur l’esclavage. Les classes dominantes et leurs idéologues ne
                considéraient pas l’esclave comme un homme. Le travail manuel, lot des
                esclaves, était regardé comme une activité déshonorante, indigne d’un homme
                libre.</p>
              </item>
              <item>
                <p rend="alinéa">Le mode de production esclavagiste entraîna un accroissement des
                forces productives de la société par rapport au régime de la communauté
                primitive. Mais par la suite, le travail des esclaves, qui n’avaient aucun
                intérêt à la production, épuisa toutes ses possibilités. L’extension du
                travail servile et la situation de parias faite aux esclaves avaient pour
                conséquence la destruction de la main-d’œuvre, principale force productive
                de la société, et la ruine des petits producteurs libres : paysans et
                artisans. D’où la chute inévitable du régime esclavagiste.</p>
              </item>
              <item>
                <p rend="alinéa">Les révoltes d’esclaves ébranlèrent le régime esclavagiste et
                hâtèrent sa destruction. Le mode de production fondé sur l’esclavage fut
                remplacé par le mode de production féodal, la forme d’exploitation
                esclavagiste par la forme d’exploitation féodale qui permettait dans une
                certaine mesure un développement nouveau des forces productives de la
                société.</p>
              </item>
            </list>
          </div3>
        </div2>
        <div2 n="3" type="chapitre" xml:id="chap03">
          <head>Chapitre 3 — Le mode de production féodal</head>
          <div3 type="section" n="1" xml:id="chap03sect01">
            <head>3.1. L’avènement de la féodalité.</head>
            <p rend="alinéa">Le régime féodal a existé, avec des particularités
            différentes, dans presque tous les pays.</p>
            <p rend="alinéa smaller">La féodalité s’étend sur une longue période. En Chine,
            le régime féodal a existé plus de deux mille ans. En Europe occidentale, il a
            duré plusieurs siècles, depuis la chute de l’Empire romain (5<hi rend=
            "ordinal">e</hi> siècle) jusqu’aux révolutions bourgeoises d’Angleterre
            (17<hi rend="ordinal">e</hi> siècle) et de France (18<hi rend=
            "ordinal">e</hi> siècle) ; en Russie, du
            9<hi rend="ordinal">e</hi> siècle à la réforme paysanne de 1861 ; en Transcaucasie, du 4<hi rend=
            "ordinal">e</hi> siècle jusque vers 1870 ; chez les peuples de l’Asie
            centrale, des 7<hi rend="ordinal">e</hi> et
            8<hi rend="ordinal">e</hi> siècles à la victoire de la révolution prolétarienne en Russie.</p>
            <p rend="alinéa smaller">En <emph type=
            "geo" xml:id="term02Eurooccid">Europe occidentale</emph>, la féodalité s’est
            constituée sur les ruines de la société romaine esclavagiste, d’une part, et
            sur celles de la gens, chez les tribus conquérantes, d’autre part ; elle
            résulta de l’action réciproque de ces deux processus.</p>
            <p rend="alinéa">Des éléments de féodalisme existaient, nous l’avons déjà
            dit, au sein de la société esclavagiste sous la forme du colonat. Les colons
            étaient tenus de cultiver la terre de leur maître, grand propriétaire
            foncier, de lui verser une somme d’argent ou de lui remettre une importante
            partie de la récolte ; ils étaient en outre astreints à certaines
            redevances. Néanmoins, les colons avaient plus d’intérêt à leur travail que
            les esclaves, puisqu’ils possédaient leur propre exploitation.</p>
            <p rend="alinéa">Ainsi se formèrent de nouveaux rapports de production, qui
            reçurent leur plein développement à l’époque féodale.</p>
            <p rend="alinéa">L’Empire romain fut détruit par les tribus germaniques,
            gauloises, slaves et autres, qui habitaient différentes parties de l’Europe.
            Le pouvoir des propriétaires d’esclaves fut renversé, l’esclavage disparut.
            Les latifundia et les grands ateliers artisanaux reposant sur le travail
            servile se disloquèrent. Après la chute de l’Empire romain, la population se
            composait de grands propriétaires fonciers (anciens propriétaires d’esclaves
            qui avaient adopté le système du colonat), d’esclaves affranchis, de colons,
            de petits paysans et d’artisans. À l’époque où elles soumirent Rome, les
            tribus conquérantes se trouvaient au stade de la communauté primitive en voie
            de désagrégation. La <emph xml:id="term03commrur">communauté
            rurale</emph>, qui chez les Germains portait le nom de « marche »,
            jouait un rôle important dans la vie sociale de ces peuplades. La terre, à
            l’exception des grands domaines de l’aristocratie de la gens, était bien
            communal. Les forêts, les friches, les pacages, les étangs restaient indivis
            pour l’usage collectif. Au bout de quelques années, on procédait à un nouveau
            partage des champs et des prairies entre les membres de la communauté. Mais,
            peu à peu, le terrain attenant à l’habitation, puis toute la terre arable,
            passèrent aux familles, en jouissance héréditaire. La répartition des terres,
            l’examen des affaires concernant la communauté, le règlement des litiges qui
            s’élevaient entre ses membres, étaient du ressort de l’assemblée de la
            communauté, des anciens et des juges qu’elle élisait. À la tête des tribus
            conquérantes se trouvaient des chefs militaires qui, ainsi que leurs suites,
            possédaient de vastes étendues de terre.</p>
            <p rend="alinéa">Les tribus qui soumirent l’Empire romain s’emparèrent de la
            plus grande partie des terres publiques et d’une partie des terres
            appartenant aux gros propriétaires fonciers. Les forêts, les prairies et les
            pacages restèrent en jouissance commune, alors que la terre arable était
            divisée entre les exploitations. Les terres ainsi partagées devinrent par la
            suite la propriété privée des paysans. Ainsi se constitua une couche
            nombreuse de petits paysans indépendants.</p>
            <p rend="alinéa">Mais les paysans ne pouvaient garder longtemps leur
            indépendance. L’inégalité des fortunes entre les membres de la communauté
            rurale devait nécessairement s’accentuer du fait de l’existence de la
            propriété privée de la terre et des autres moyens de production. Il y eut,
            parmi la paysannerie, des familles pauvres et des familles aisées. À mesure
            que grandissait l’inégalité des fortunes, les membres enrichis de la
            communauté acquéraient sur celle-ci un pouvoir toujours croissant. La terre
            se concentrait entre les mains des familles riches, de l’aristocratie de la
            gens et des chefs militaires. Les paysans perdaient petit à petit leur
            liberté personnelle au profit des grands propriétaires fonciers.</p>
            <p rend="alinéa">La conquête de l’Empire romain hâta la décomposition du
            régime de la gens chez les tribus conquérantes. Pour maintenir et consolider
            leur pouvoir sur les paysans dépendants, les grands propriétaires fonciers
            devaient renforcer le pouvoir d’État. Les chefs militaires, s’appuyant sur
            l’aristocratie de la « gens » et les guerriers de leurs suites,
            concentrèrent le pouvoir en leurs mains et se transformèrent en rois, en
            monarques.</p>
            <p rend="alinéa">Sur les ruines de l’Empire romain se constituèrent un
            certain nombre d’États nouveaux ayant des rois à leur tête. Ces rois
            distribuaient généreusement à leurs proches, à titre viager, puis
            héréditaire, les terres qu’ils avaient conquises ; ceux-ci leur devaient
            en échange le service militaire. L’Église, appui important du pouvoir royal,
            reçut elle aussi de nombreuses terres. Le sol était cultivé par les paysans
            désormais tenus de s’acquitter de certaines obligations au bénéfice de leurs
            nouveaux maîtres. D’immenses propriétés foncières passèrent aux mains des
            guerriers et des serviteurs du roi, du haut clergé et des monastères. Les
            terres ainsi concédées étaient désignées sous le nom de fiefs (en bas
            latin : <foreign xml:id="term03feodum" xml:lang="la">feodum</foreign>). D’où
            le nom de <emph xml:id="term03feodalite">féodalité</emph> donné
            au nouveau régime social.</p>
            <p rend="alinéa">En Europe, la transformation graduelle des terres des
            paysans en propriété féodale et l’asservissement des masses paysannes
            (féodalisation) se poursuivit pendant des siècles (des 5<hi rend=
            "ordinal">e</hi> et 6<hi rend="ordinal">e</hi> siècles aux 9<hi rend=
            "ordinal">e</hi> et 10<hi rend="ordinal">e</hi> siècles). Le service
            militaire ininterrompu, les pillages et les impôts ruinaient la paysannerie
            libre. Réduit à demander assistance au grand propriétaire foncier, le paysan
            devenait dépendant de ce dernier. Il était souvent contraint de se placer
            sous la « protection » du seigneur féodal ; un homme isolé,
            sans défense, n’aurait pu subsister en raison des guerres continuelles, des
            incursions de brigandage. La propriété de sa parcelle passait au seigneur et
            le paysan ne pouvait la cultiver qu’en échange de diverses redevances qu’il
            devait au seigneur. Parfois aussi, les représentants et les fonctionnaires du
            roi accaparaient, par la fraude et la violence, les terres des paysans
            libres, les obligeant à reconnaître leur pouvoir.</p>
            <p rend="alinéa">La féodalisation s’accomplit différemment dans les divers
            pays, mais elle aboutit partout aux mêmes résultats : les paysans
            autrefois libres devenaient personnellement dépendants des féodaux qui
            s’étaient emparés de leur terre. Cette dépendance était plus ou moins dure.
            Avec le temps, les différences qui avaient d’abord existé entre anciens
            esclaves, colons et paysans libres, finirent par s’effacer, et tous se
            fondirent dans la masse de la <emph xml:id=
            "term03paysserv">paysannerie serve</emph>. Peu à peu se constitua un état de
            choses caractérisé par l’adage du Moyen âge : « Pas de terre sans
            seigneur ». Les rois étaient les propriétaires suprêmes de la terre.</p>
            <p rend="alinéa">La féodalité a été un stade nécessaire dans l’histoire de
            la société. L’esclavage avait épuisé toutes ses possibilités. Un nouveau
            développement des forces productives n’était désormais possible que grâce au
            travail de la masse des paysans dépendants possédant leur propre
            exploitation, leurs instruments de production et ayant quelque intérêt au
            travail.</p>
            <p rend="alinéa">Pourtant l’histoire atteste qu’il n’est nullement
            obligatoire que chaque peuple parcoure successivement toutes les étapes de
            l’évolution sociale. Beaucoup de peuples se trouvent placés dans des
            conditions qui leur permettent d’éviter telle ou telle phase du développement
            et de passer d’emblée à un stade supérieur.</p>
            <p rend="alinéa">En <emph type="geo" xml:id="term03Russie">Russie</emph>,
            l’esclavage patriarcal fît son apparition à l’époque de la désagrégation de
            la communauté. Mais ici le développement social s’engagea pour l’essentiel,
            non dans la voie de l’esclavage, mais dans celle de la féodalisation. Les
            tribus slaves, où régnait encore le régime gentilice, attaquèrent l’Empire
            romain esclavagiste à partir du 3<hi rend="ordinal">e</hi> siècle de notre
            ère pour libérer les villes du littoral nord de la mer Noire et jouèrent un
            rôle important dans la chute de l’esclavage. Le passage de la communauté
            primitive à la féodalité s’effectua en Russie au moment où l’esclavage avait
            depuis longtemps disparu et où les rapports féodaux s’étaient consolidés dans
            les pays de l’Europe occidentale.</p>
            <p rend="alinéa">Chez les Slaves de l’Est, la communauté rurale portait le
            nom de « verv » ou de « mir ». Les prairies, les forêts,
            les étangs restaient indivis, alors que la terre arable devenait possession
            des différentes familles. À la tête de la communauté se trouvait un ancien.
            Le développement de la propriété privée de la terre entraîna peu à peu la
            décomposition de la communauté. Les anciens et les princes de la tribu
            s’emparèrent du sol. Les paysans (<foreign xml:id=
            "term03smerdy">smerdy</foreign>), d’abord membres libres de la communauté,
            tombèrent sous la dépendance des grands propriétaires fonciers, ou
            boyards.</p>
            <p rend="alinéa">L’Église devint le plus important des propriétaires féodaux
            de l’époque. Les dons des princes, les donations et les legs testamentaires
            la mirent en possession de vastes territoires et de très riches domaines.</p>
            <p rend="alinéa">Quand se constitua l’État russe centralisé (15<hi rend=
            "ordinal">e</hi> et 16<hi rend="ordinal">e</hi> siècles) les grands
            princes et les tsars prirent l’habitude d’« installer » (en russe
            <foreign xml:id="term03pomechtchat">pomechtchat</foreign>) comme on
            disait alors, sur des terres leurs proches et leurs serviteurs, autrement dit
            de leur concéder terres et paysans, à charge pour eux de les servir à la
            guerre. De là sont venus les noms de <foreign xml:id=
            "term03pomestie">pomestié</foreign> (fief) et de <foreign xml:id=
            "term03pomechtchik">pomechtchik</foreign> (seigneur féodal).</p>
            <p rend="alinéa">À l’époque, les paysans n’étaient pas encore définitivement
            attachés au propriétaire foncier et à la glèbe : ils avaient le droit de
            changer de seigneur. À la fin du 16<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, les
            grands propriétaires fonciers intensifièrent l’exploitation de la paysannerie
            afin de produire davantage de céréales pour la vente. Aussi, en 1581, l’État
            retira-t-il aux paysans le droit de changer de seigneur. Les paysans,
            désormais complètement attachés à la terre de leur propriétaire, furent ainsi
            transformés en serfs.</p>
            <p rend="alinéa">Sous la féodalité, l’économie rurale, et surtout la culture
            du sol, jouaient un rôle prépondérant. Des améliorations furent apportées au
            cours des siècles à la culture des céréales ; la culture maraîchère, le
            jardinage, l’industrie vinicole, la fabrication de l’huile se
            développèrent.</p>
            <p rend="alinéa smaller">Durant la première phase de la féodalité prédominait
            un système de culture à jachère complète, ou à brûlis dans les régions
            boisées. On pratiquait la même culture sur une terre plusieurs années de
            suite jusqu’à ce que le sol fût épuisé. Après quoi on mettait en culture une
            autre terre. Ce système fut ensuite remplacé par
            l’<emph xml:id="term03assoltri">assolement triennal</emph> : la terre
            arable était divisée en trois soles dont chacune était alternativement
            cultivée en céréale d’hiver, en céréale de printemps et laissée en friche.
            L’assolement triennal se répandit en Europe occidentale et en Russie à partir
            des 11<hi rend="ordinal">e</hi> et 12<hi rend="ordinal">e</hi> siècles.
            Il resta en usage pendant des centaines d’années, jusqu’au 19<hi rend=
            "ordinal">e</hi> siècle, et est encore appliqué aujourd’hui dans maints
            pays.</p>
            <p rend="alinéa">Au début de la féodalité, l’outillage agricole restait
            médiocre, les instruments de travail étaient l’araire à soc de fer, la faucille,
            la faux, la bêche. Puis on se mit à employer la charrue de fer et la herse.
            La mouture du grain s’effectua longtemps à la main, jusqu’au moment où se
            répandit l’usage des moulins à vent et à eau.</p>
          </div3>
          <div3 type="section" n="2" xml:id="chap03sect02">
            <head>3.2. Les rapports de production de la société féodale.
            L’exploitation du paysan par le seigneur.</head>
            <p rend="alinéa">La base des rapports de production de la société féodale
            était la propriété du seigneur sur la terre et sa propriété limitée sur le
            serf. Ce dernier n’était pas un esclave. Il avait sa propre exploitation. Le
            seigneur ne pouvait plus le tuer, mais il pouvait le vendre. La propriété
            féodale coexistait avec la propriété individuelle du paysan et de l’artisan
            sur les instruments de production et sur leur exploitation privée ;
            cette propriété individuelle était fondée sur le travail personnel.</p>
            <p rend="alinéa">La grande propriété foncière féodale était à la base de
            l’exploitation du paysan par le seigneur. Le domaine proprement dit du féodal
            s’étendait sur une partie de sa terre. L’autre partie, le seigneur la donnait
            en jouissance aux paysans à des conditions qui les asservissaient. Le féodal
            « lotissait » le paysan et s’assurait ainsi une main-d’œuvre. En
            échange de la jouissance héréditaire de son lot, le paysan devait travailler
            pour le propriétaire, cultiver la terre de celui-ci avec ses propres
            instruments et son bétail, ou bien lui remettre son surproduit, en nature ou
            en argent.</p>
            <p rend="alinéa">Ce système d’économie supposait qu’un lien de dépendance
            personnelle attachait le paysan au propriétaire foncier, il supposait une
            contrainte extra-économique :</p>
            <reg resp="#dm" cert="high">
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">[…] si [le seigneur] n’avait plus exercé une autorité directe sur la personne
                  du paysan, il lui aurait été impossible d’obliger à travailler pour lui un
                  homme qui était pourvu d’un lot de terre et qui avait sa propre
                  exploitation.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  V. Lénine,
                  « Le développement du capitalisme en Russie »,
                  <title>Œuvres</title>, t. 3, p. 199.
                </bibl>
              </cit>
            </reg>
            <p rend="alinéa">Le temps de travail du serf se divisait en deux
            parties : le temps nécessaire et le temps supplémentaire. Pendant le
            temps nécessaire, le paysan créait le produit nécessaire à sa subsistance et
            à celle de sa famille. Pendant le temps supplémentaire, il créait le produit
            supplémentaire, le surproduit, que le seigneur s’appropriait. Le fruit du
            surtravail du paysan travaillant dans le domaine seigneurial, ou le
            surproduit créé par le paysan dans sa propre exploitation et que
            s’appropriait le seigneur, constituaient la <emph xml:id=
            "term03rentfon">rente foncière</emph> féodale.</p>
            <p rend="alinéa">Souvent la rente féodale absorbait non seulement le
            surproduit du paysan, mais encore une partie de son produit nécessaire. Cette
            rente avait sa base dans la propriété féodale de la terre, à laquelle se
            rattachait la domination directe du propriétaire féodal sur les paysans
            placés sous sa dépendance.</p>
            <p rend="alinéa">Il a existé sous la féodalité trois formes de rente
            foncière :</p>
            <p rend="alinéa">La rente-travail, la rente en nature et la rente en
            argent ; elles sont toutes trois la manifestation non déguisée de
            l’exploitation des paysans par leurs propriétaires.</p>
            <p rend="alinéa">La <emph xml:id=
            "term03renttrav">rente-travail</emph> ou <emph xml:id=
            "term03corvee">corvée</emph> a prédominé aux premiers stades de la
            féodalité : le paysan travaillait une partie de la semaine — trois jours
            ou davantage — avec ses instruments de production (araire, bêtes de somme, etc.)
            dans le domaine du seigneur, et les autres jours de la semaine dans son
            exploitation. De la sorte, le travail nécessaire et le surtravail du paysan
            étaient nettement délimités dans le temps et dans l’espace. Les travaux à
            exécuter pendant la corvée étaient très nombreux : le paysan labourait,
            semait et rentrait la récolte, paissait le bétail, charpentait, coupait du
            bois, transportait a l’aide de son cheval des denrées agricoles et des
            matériaux de construction.</p>
            <p rend="alinéa">Le serf astreint à la corvée n’avait intérêt à accroître le
            rendement de son travail que sur son exploitation. Il en allait autrement sur
            la terre du seigneur. Aussi celui-ci avait-il des surveillants pour obliger
            les paysans à travailler.</p>
            <p rend="alinéa">Par la suite, la rente-travail lit place à la
            <emph xml:id="term03rentenat">rente en nature</emph>, à la
            <emph xml:id="term03redevnat">redevance en nature</emph>. Le paysan était
            tenu de livrer régulièrement au seigneur une certaine quantité de blé, de
            bétail, de volailles et d’autres produits agricoles ; le plus souvent la
            redevance s’ajoutait à certaines survivances de la corvée, c’est-à-dire à des
            travaux à exécuter par le paysan dans le domaine seigneurial.</p>
            <p rend="alinéa">La rente en nature permettait au paysan de disposer à son
            gré de son travail nécessaire comme de son surtravail. Le travail nécessaire
            et le surtravail ne se distinguaient plus de façon aussi tangible que dans la
            rente-travail. Le paysan acquérait une indépendance relative, ce qui
            l’encourageait jusqu’à un certain point à accroître la productivité de son
            travail.</p>
            <p rend="alinéa">À un stade ultérieur de la féodalité, quand l’échange eut
            pris une assez large extension, apparut la <emph xml:id=
            "term03rentearg">rente en argent</emph> sous la forme d’une
            <emph xml:id="term03redevarg">redevance en argent</emph>. La rente en
            argent est caractéristique de la période où la féodalité se désagrège et où
            les rapports capitalistes font leur apparition.</p>
            <p rend="alinéa">Les différentes formes de la rente féodale ont souvent
            coexisté.</p>
            <cit rend="display">
              <quote>
                <p rend="alinéa">Dans toutes les formes étudiées, nous avons admis que celui qui
                payait la rente possédait et travaillait réellement la terre, et que son surtravail
                non rétribué revenait directement au propriétaire foncier. Dans la rente en
                argent, transformation de la rente en nature, c’est non seulement possible,
                c’est la réalité !</p>
              </quote>
              <bibl>
                <author>K. Marx</author>,
                <title>Le Capital</title>,
                livre 3, chap. 47, § 4<!-- Vérifier référence -->.
              </bibl>
            </cit>
            <p rend="alinéa">Pour accroître leurs revenus, les seigneurs levaient une
            foule de taxes sur les paysans. Souvent, ils monopolisaient les moulins, les
            forges et autres entreprises auxquelles le paysan était obligé de recourir
            moyennant un paiement exorbitant en nature ou en argent. Outre la redevance
            en nature ou en argent qu’il versait au seigneur, le paysan devait acquitter
            une série d’impôts d’État, de taxes locales et, dans certains pays, payer la
            dîme, c’est-à-dire remettre à l’Église le dixième de sa récolte.</p>
            <p rend="alinéa">Le travail des serfs était donc à la base de l’existence de
            la société féodale. Les paysans non seulement produisaient les denrées
            agricoles, mais encore travaillaient dans les domaines seigneuriaux en
            qualité d’artisans, construisaient châteaux et monastères, faisaient les
            routes ; ce sont eux qui ont bâti les villes.</p>
            <p rend="alinéa">L’économie seigneuriale, surtout au début, était
            essentiellement une <emph xml:id="term03econat">économie
            naturelle</emph>. Chaque domaine féodal, qui se composait de la résidence
            du seigneur et des villages lui appartenant, vivait en économie fermée et
            avait rarement recours aux échanges. Les besoins du seigneur, de sa famille
            et de sa nombreuse valetaille étaient couverts au début par les produits
            provenant du domaine seigneurial et par les redevances des paysans. Les
            domaines plus ou moins importants disposaient d’un nombre suffisant
            d’artisans, pour la plupart des serfs attachés à la demeure seigneuriale. Ces
            artisans confectionnaient des vêtements et des chaussures, fabriquaient et
            réparaient les armes, les engins de chasse et le matériel agricole,
            construisaient les bâtiments.</p>
            <p rend="alinéa">L’exploitation du paysan était elle aussi une économie
            naturelle. Les paysans se livraient non seulement aux travaux agricoles, mais
            aussi à des travaux d’artisanat, notamment au traitement des matières
            premières provenant de leur exploitation : ils filaient, tissaient,
            fabriquaient des chaussures et des outils pour leur exploitation.</p>
            <p rend="alinéa">La féodalité fut longtemps caractérisée par
            l’<emph xml:id="term03assocagrimet">association de l’agriculture</emph>,
            principale branche d’activité, et du <emph xml:id=
            "term03metdom">métier à domicile</emph>, qui ne jouait qu’un rôle auxiliaire.
            Les quelques produits importés dont on ne pouvait se passer, comme le sel,
            les articles en fer, étaient d’abord fournis par des marchands ambulants. Par
            la suite, avec le développement des villes et de la production artisanale, la
            division du travail et le développement des échanges entre la ville et la
            campagne réalisèrent d’importants progrès.</p>
            <p rend="alinéa">L’exploitation des paysans dépendants par les seigneurs
            constitue le principal trait de la féodalité chez tous les peuples. Mais dans
            certains pays le régime féodal a présenté des particularités. En Orient, les
            rapports féodaux se sont longtemps combinés avec l’esclavage, comme ce fut le
            cas en Chine, dans l’Inde, au Japon et dans quelques autres pays. La
            propriété d’État féodale sur la terre y a joué un rôle important. Ainsi, à
            l’époque du califat de Bagdad, sous la domination arabe (notamment aux
            8<hi rend="ordinal">e</hi> et 9<hi rend="ordinal">e</hi> siècles de
            notre ère), une partie considérable des membres des communautés rurales
            vivait sur les terres du calife et payait la rente féodale directement à
            l’État. En Orient, la féodalité était également caractérisée par la
            survivance des rapports patriarcaux que les seigneurs mettaient à profit pour
            intensifier l’exploitation des paysans. Dans les pays d’Orient où
            l’agriculture irriguée joue un rôle déterminant, les paysans se trouvaient
            sous la coupe des féodaux du fait que non seulement la terre, mais aussi
            l’eau et les systèmes d’irrigation étaient la propriété de l’État féodal ou
            des seigneurs.</p>
            <p rend="alinéa">Chez les peuples nomades, la terre était utilisée comme
            pâturage. L’étendue des terres possédées par les féodaux était déterminée par
            l’importance de leurs troupeaux. Les grands seigneurs propriétaires de bétail
            étaient aussi en fait de grands propriétaires de pâturages. Ils
            asservissaient et exploitaient la paysannerie.</p>
            <p rend="alinéa">La <emph xml:id="term03loifondfeod">loi
            économique fondamentale de la féodalité</emph> réside dans la production d’un
            surproduit pour la satisfaction des besoins des seigneurs féodaux en
            exploitant les paysans dépendants sur la base de la propriété du féodal sur
            la terre et de sa propriété limitée sur les producteurs les paysans
            serfs.</p>
          </div3>
          <div3 type="section" n="3" xml:id="chap03sect03">
            <head>3.3. La ville médiévale. Les corporations. Les guildes des marchands.</head>
            <p rend="alinéa">Les villes sont apparues dès l’époque de l’esclavage :
            ainsi Rome, Florence, Venise, Gênes en Italie ; Constantinople,
            Alexandrie dans le Proche-Orient ; Paris, Lyon et Marseille en
            France ; Londres en Angleterre, Samarcande en Asie centrale et bien
            d’autres encore sont un héritage qu’a reçu le Moyen âge de l’époque de
            l’esclavage. Le régime fondé sur l’esclavage s’écroula, mais les villes
            restèrent. Les grands ateliers d’esclaves se morcelèrent, mais les métiers
            continuèrent d’exister.</p>
            <p rend="alinéa">Dans le haut Moyen âge, les villes et les métiers ne
            connurent qu’un faible développement. Les artisans des villes produisaient
            des articles pour la vente, mais c’est par leur travail personnel qu’ils
            tiraient la plupart des biens de consommation dont ils avaient besoin.
            Beaucoup possédaient une parcelle de terre, un jardin, du bétail. Les femmes
            filaient le lin et la laine pour les vêtements. Ce qui témoignait du
            caractère limité des marchés et de l’échange.</p>
            <p rend="alinéa">À la campagne, le traitement des matières premières
            agricoles ne fut d’abord pour le cultivateur qu’une activité auxiliaire. Puis
            des artisans, desservant leur village, commencèrent à se détacher de la masse
            paysanne. La productivité de leur travail s’accrut. On put fabriquer plus
            d’articles qu’il n’était nécessaire au seigneur ou aux paysans d’un seul
            village. Les artisans commencèrent à se grouper autour des châteaux forts et
            des monastères, dans les gros bourgs et autres centres commerciaux. C’est
            ainsi que petit à petit on vit apparaître de nouvelles cités, la plupart du
            temps sur des cours d’eau (comme ce fut en Russie le cas de Kiev, Pskov,
            Novgorod, Vladimir).</p>
            <p rend="alinéa">Avec le temps, les métiers devinrent de plus en plus
            lucratifs. L’habileté des artisans augmenta. Le seigneur féodal prit
            l’habitude d’acheter des articles artisanaux chez les citadins, ceux de ses
            propres serfs ayant cessé de le satisfaire. Le métier, en se développant, se
            détacha définitivement de l’agriculture.</p>
            <p rend="alinéa">Les villes, qui se trouvaient sur les terres des féodaux
            laïques et ecclésiastiques, relevaient de leur juridiction. Les citadins
            étaient tenus à certaines obligations envers le seigneur, ils lui versaient
            des redevances en nature ou en argent, ils étaient justiciables de son
            administration et de ses tribunaux. De bonne heure, la population des villes
            engagea la lutte pour s’affranchir de cette dépendance féodale. De force ou
            en se rachetant, les villes obtinrent le droit de s’administrer, d’avoir
            leurs tribunaux, de battre monnaie et de lever des impôts.</p>
            <p rend="alinéa">La population urbaine se composait surtout d’artisans et de
            marchands. Beaucoup de villes donnaient asile aux serfs fugitifs. La ville
            représentait la production marchande, par opposition à la campagne, où
            dominait l’économie naturelle. La concurrence croissante des serfs fugitifs
            affluant dans les villes, la lutte contre l’exploitation et les exactions des
            seigneurs obligèrent les artisans à se grouper en <emph xml:id=
            "term03corporations">corporations</emph>. Le régime corporatif a, sous la
            féodalité, existé dans presque tous les pays.</p>
            <p rend="alinéa smaller">Les corporations sont apparues à Byzance et en Italie
            aux 9<hi rend="ordinal">e</hi> et 10<hi rend="ordinal">e</hi> siècles
            et, par la suite, dans toute l’Europe occidentale et en Russie. En Orient
            (Égypte, Chine, califat arabe), les corporations sont nées plus tôt encore.
            Elles groupaient les artisans urbains exerçant la même profession ou des
            professions connexes. Seuls les maîtres de métier en étaient membres de plein
            droit. Le maître de métier avait sous ses ordres un petit nombre de
            compagnons et d’apprentis. La corporation protégeait jalousement le droit
            exclusif de ses membres d’exercer leur métier et réglementait strictement la
            production : elle fixait la durée de la journée de travail, le nombre
            des compagnons et des apprentis que chaque maître pouvait avoir, la qualité
            des matières premières et des articles finis, ainsi que les prix ; elle
            organisait souvent l’achat en commun des matières premières. Les procédés de
            travail, consacrés par une longue tradition, étaient obligatoires pour tous.
            Une réglementation sévère visait à empêcher qu’un maître de métier s’élevât
            au-dessus des autres. Les corporations étaient en outre des organisations de
            secours mutuel.</p>
            <p rend="alinéa">Les corporations étaient la forme féodale de l’organisation
            du métier. Elles jouèrent au début un rôle bienfaisant en contribuant à
            affermir et à développer les métiers dans les villes. Mais avec la croissance
            de la production marchande et l’extension du marché, elles devinrent de plus
            en plus un frein au progrès des forces productives.</p>
            <p rend="alinéa">La réglementation stricte du travail par les corporations
            paralysait l’initiative des artisans et entravait le développement de la
            technique. Pour limiter la concurrence les corporations firent dépendre
            l’acquisition de la maîtrise de conditions de plus en plus restrictives. Les
            apprentis et les compagnons, dont le nombre avait fortement augmenté, étaient
            pratiquement dans l’impossibilité d’accéder à la maîtrise. Ils étaient
            condamnés à rester toute leur vie des salariés. Aussi les rapports entre le
            maître et ses subordonnés perdirent-ils leur caractère plus ou moins
            patriarcal. Les maîtres intensifiaient l’exploitation de leurs subordonnés,
            les faisant travailler quatorze ou seize heures par jour pour un salaire
            misérable. Les compagnons commencèrent à se grouper, pour défendre leurs
            intérêts, en associations secrètes, ou compagnonnages, que les corporations
            et les autorités de la ville persécutaient violemment.</p>
            <p rend="alinéa">Les <emph xml:id=
            "term03marchands">marchands</emph> formaient la partie la plus riche de la
            population urbaine. Le commerce se développait dans les villes, nées à
            l’époque de l’esclavage ou apparues sous la féodalité. Aux corporations dans
            l’artisanat correspondaient les guildes dans le commerce. Les
            <emph xml:id="term03guildes">guildes des marchands</emph> ont existé un peu
            partout à l’époque de la féodalité. On constate leur existence en Orient à
            partir du 9<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, en Europe occidentale à
            partir des 9<hi rend="ordinal">e</hi> et
            10<hi rend="ordinal">e</hi> siècles, en Russie à partir du
            12<hi rend="ordinal">e</hi> siècle. Elles
            se proposaient surtout de lutter contre la concurrence des autres marchands,
            d’assurer l’unification des poids et mesures, de protéger les droits des
            marchands contre les entreprises des seigneurs.</p>
            <p rend="alinéa smaller">Aux 9<hi rend="ordinal">e</hi> et 10<hi rend=
            "ordinal">e</hi> siècles, il existait déjà un commerce important entre
            l’Orient et l’Europe occidentale, commerce auquel la Russie de Kiev prenait
            une part active. Les croisades (du 11<hi rend="ordinal">e</hi> au
            13<hi rend="ordinal">e</hi> siècle) contribuèrent à son extension en
            ouvrant aux marchands d’Europe occidentale les marchés du Proche-Orient. L’or
            et l’argent d’Orient affluèrent en Europe. La monnaie fit son apparition là
            où on l’ignorait encore. Les villes italiennes, notamment Gênes et Venise,
            dont les navires assuraient le transport et le ravitaillement des croisés,
            participèrent directement à la conquête des marchés orientaux.</p>
            <p rend="alinéa smaller">Les ports de la Méditerranée furent longtemps les
            principaux intermédiaires entre l’Europe occidentale et l’Orient. Mais le
            commerce se développa également dans les villes de l’Allemagne du Nord et des
            Pays-Bas situées sur les voies commerciales de la mer du Nord et de la
            Baltique. Au 14<hi rend="ordinal">e</hi> siècle il s’y constitua une
            confédération commerciale, la Ligue hanséatique, qui groupa au cours des deux
            siècles qui suivirent près de 80 villes de différents pays d’Europe. La Ligue
            faisait le commerce avec l’Angleterre, la Scandinavie, la Pologne et la
            Russie. Les produits industriels d’Europe occidentale : draps de Flandre
            et d’Angleterre, toiles, articles métalliques d’Allemagne, vins de France,
            étaient échangés contre les fourrures, les peaux, le lard, le miel, le blé,
            le bois, la poix, les tissus de lin et autres articles artisanaux du nord-est
            de l’Europe. Les marchands rapportaient d’Orient les épices (poivre, clous de
            girofle, muscade), des parfums, des teintures, des cotonnades et des
            soieries, des tapis, et bien d’autres produits.</p>
            <p rend="alinéa smaller">Aux 13<hi rend="ordinal">e</hi> et 14<hi rend=
            "ordinal">e</hi> siècles les villes russes : Novgorod, Pskov et Moscou,
            étaient en relations très suivies avec l’Asie et l’Europe occidentale. Les
            marchands de Novgorod entretenaient des relations commerciales régulières
            avec les peuples du Nord (littoral de l’océan Glacial et pays au-delà de
            l’Oural), d’une part, avec la Scandinavie et l’Allemagne, d’autre part.</p>
            <p rend="alinéa">Le développement des villes et les progrès du commerce
            exercèrent une influence considérable sur la campagne féodale. L’économie
            seigneuriale était peu à peu entraînée dans la circulation marchande. Les
            seigneurs avaient besoin d’argent pour se procurer les objets de luxe et les
            articles de la ville. Aussi préféraient-ils remplacer la corvée et la
            redevance en nature par une redevance en argent. L’exploitation féodale se
            fit dès lors plus lourde. L’opposition entre la ville et la campagne, apparue
            avec l’esclavage, s’accentuait.</p>
          </div3>
          <div3 type="section" n="4" xml:id="chap03sect04">
            <head>3.4. Les classes et les castes de la société féodale. La hiérarchie féodale.</head>
            <p rend="alinéa">La société féodale se composait de deux classes
            principales : les féodaux et les paysans. Elle</p>
            <reg resp="#dm" cert="high">
              <cit rend="display">
                <quote>
                  comportait une division en classes qui plaçait l’immense majorité, la
                  paysannerie serve, sous la dépendance complète d’une infime minorité :
                  les seigneurs féodaux possesseurs de la terre.
                </quote>
                <bibl>
                  <author>V. Lénine</author>,
                  « De l’État »,
                  <title>Œuvres</title>, t. 29, p. 486.
                </bibl>
              </cit>
            </reg>
            <p rend="alinéa">La classe féodale n’était pas homogène. Les petits féodaux
            payaient tribut aux grands, les aidaient dans la guerre, mais bénéficiaient
            en revanche de leur protection. Le protecteur s’appelait
            <emph xml:id="term03suzerain">suzerain</emph>, le protégé
            <emph xml:id="term03vassal">vassal</emph>. Les suzerains étaient à leur
            tour les vassaux de seigneurs plus puissants. C’est ainsi que se forma la
            hiérarchie féodale.</p>
            <p rend="alinéa">Classe dominante, les propriétaires fonciers féodaux
            étaient à la tête de l’État. Ils formaient une couche sociale : la
            <emph xml:id="term03noblesse">noblesse</emph>. Au sommet de
            l’échelle sociale, les nobles jouissaient de privilèges politiques et
            économiques étendus.</p>
            <p rend="alinéa">Le <emph xml:id="term03clerge">clergé</emph>
            (séculier et régulier) était, lui aussi, un gros propriétaire foncier. Il
            possédait de vastes territoires sur lesquels vivait une nombreuse population
            dépendante et serve, et formait, comme la noblesse, une couche sociale
            dominante.</p>
            <p rend="alinéa">La hiérarchie féodale reposait sur la large base que
            constituait la <emph xml:id=
            "term03paysannerie">paysannerie</emph>. Les paysans devaient obéissance au
            seigneur et se trouvaient placés sous la juridiction suprême du premier
            féodal : le roi. La paysannerie était une couche sociale dépourvue de
            tout droit politique. Les seigneurs pouvaient vendre leurs serfs, et ils
            usaient largement de ce droit. Ils infligeaient aux paysans des châtiments
            corporels. Lénine a appelé le servage l’ « esclavage de l’homme attaché à la
            glèbe ». Le serf était presque aussi férocement exploité que
            l’Antiquité. Il pouvait toutefois travailler une partie de son temps sur son
            lopin de terre, il pouvait jusqu’à un certain point être son propre
            maître.</p>
            <p rend="alinéa">La contradiction de classe entre féodaux et paysans serfs
            domine l’histoire de la société féodale. La lutte de la paysannerie exploitée
            contre les seigneurs s’est poursuivie durant toute la féodalité ; elle
            devint particulièrement aiguë à la fin de cette époque, quand l’exploitation
            des serfs se fut aggravée à l’extrême.</p>
            <p rend="alinéa">Dans les villes qui s’étaient affranchies de la dépendance
            féodale, le pouvoir appartenait aux riches citadins : marchands,
            usuriers, propriétaires de terrains et d’immeubles. Les artisans des
            corporations, qui formaient la grande masse de la population des villes,
            étaient souvent en lutte contre l’aristocratie urbaine pour obtenir le droit
            de participer conjointement avec elle à l’administration de la cité. Les
            petits artisans et les compagnons luttaient contre l’exploitation que leur
            faisaient subir les maîtres de métier et les marchands.</p>
            <p rend="alinéa">À la fin de l’époque féodale, une différenciation déjà très
            poussée s’était opérée parmi la population des villes. Il y avait, d’un côté,
            les riches marchands et les maîtres de métier ; de l’autre, la masse des
            compagnons et des apprentis, des pauvres gens. Les couches inférieures de la
            population luttaient contre l’aristocratie urbaine et les seigneurs coalisés.
            Leur lutte rejoignait celle des paysans serfs contre l’exploitation
            féodale.</p>
            <p rend="alinéa">Le pouvoir suprême était censé appartenir aux rois (en
            Russie, aux grands princes, puis aux tsars). Mais hors de leurs domaines, le
            pouvoir des rois était infime au début de l’époque féodale, souvent même
            purement nominal. Toute l’Europe était divisée en une foule d’États grands et
            petits. Les grands feudataires étaient maîtres absolus sur leurs terres. Ils
            édictaient les lois, en assuraient l’exécution, rendaient la justice,
            possédaient une armée, se livraient à des incursions contre leurs
            voisins ; ils ne se faisaient pas faute non plus de piller sur les
            grands chemins. Beaucoup d’entre eux battaient monnaie. Les féodaux moins
            puissants jouissaient aussi de droits très étendus sur leurs sujets et
            cherchaient à s’aligner en tout sur les grands seigneurs.</p>
            <p rend="alinéa">Avec le temps, les rapports féodaux finirent par constituer
            un écheveau extrêmement embrouillé de droits et de devoirs. Les désaccords et
            les conflits étaient continuels entre seigneurs. Ils étaient d’ordinaire
            tranchés par la force, au cours de guerres intestines.</p>
          </div3>
          <div3 type="section" n="5" xml:id="chap03sect05">
            <head>3.5. Le développement des forces productives de la société féodale.</head>
            <p rend="alinéa">Les forces productives atteignirent à l’époque féodale un
            niveau plus élevé qu’à l’époque de l’esclavage.</p>
            <p rend="alinéa">La technique agricole se perfectionna. L’emploi de la
            charrue en fer et d’autres instruments en fer se généralisa. De nouvelles
            cultures furent introduites, la viticulture, l’industrie vinicole, les
            cultures maraîchères connurent un essor remarquable. L’élevage progressa,
            surtout celui du cheval, en raison des besoins militaires des féodaux ;
            la fabrication du beurre se développa. Dans certaines régions, l’élevage du
            mouton prit une grande extension. On agrandit et on améliora les prairies et
            les pâturages.</p>
            <p rend="alinéa">Les outils des artisans et le traitement des matières
            premières se perfectionnèrent. Les anciens métiers commencèrent à se
            spécialiser. C’est ainsi que du métier du forgeron, qui produisait d’abord
            tous les articles de métal, se détachèrent l’armurerie, la clouterie, la
            coutellerie, la serrurerie ; de la peausserie, la cordonnerie et la
            bourrellerie. Aux 16<hi rend="ordinal">e</hi> et 17<hi rend=
            "ordinal">e</hi> siècles, le rouet se répandit en Europe. Le métier à étirer
            fut inventé en 1600.</p>
            <p rend="alinéa">L’amélioration des procédés de la fonte et du traitement du
            fer joua un rôle décisif dans le perfectionnement des instruments de travail.
            Au début, on produisait le fer par des méthodes tout à fait primitives. Au
            14<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, on commença à utiliser la roue
            hydraulique, pour actionner les soufflets de forge et les gros marteaux
            destinés à concasser le minerai. Un meilleur tirage dans les fours permit
            d’obtenir, au lieu d’une masse malléable, une masse en fusion : la
            fonte. Avec l’emploi de la poudre à des fins militaires et l’apparition de
            l’artillerie (14<hi rend="ordinal">e</hi> siècle), il fallut de grosses
            quantités de métal pour fabriquer les boulets ; à partir du début du
            15<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, on prit l’habitude de les couler en
            fonte. La confection des outils agricoles et d’autres instruments demandait
            aussi toujours plus de métal. Les premiers hauts fourneaux firent leur
            apparition dans la première moitié du 15<hi rend="ordinal">e</hi> siècle.
            L’invention de la boussole contribua aux progrès de la navigation.
            L’invention et la diffusion de l’imprimerie eurent une importance
            considérable.</p>
            <p rend="alinéa smaller">La Chine, où les forces productives et la civilisation
            connurent déjà du 6<hi rend="ordinal">e</hi> au 11<hi rend=
            "ordinal">e</hi> siècle un développement remarquable, devança l’Europe sur
            bien des points. C’est aux Chinois que l’on doit l’invention de la boussole,
            de la poudre, du papier et de l’imprimerie sous sa forme la plus
            élémentaire.</p>
            <p rend="alinéa">Le développement des forces productives de la société se
            heurtait de plus en plus au cadre trop étroit des rapports de production
            féodaux. La paysannerie, courbée sous le joug de l’exploitation féodale,
            était incapable de produire davantage de denrées agricoles. Le rendement du
            travail du paysan asservi était extrêmement bas. Dans les villes,
            l’augmentation de la productivité du travail artisanal se heurtait aux
            statuts et aux règlements corporatifs. La lenteur des progrès de la
            production, la routine, l’empire de la tradition, caractérisaient le régime
            féodal.</p>
            <p rend="alinéa">Les forces productives qui s’étaient développées dans la
            société féodale réclamaient de nouveaux rapports de production.</p>
          </div3>
          <div3 type="section" n="6" xml:id="chap03sect06">
            <head>3.6. La naissance de la production capitaliste au sein du régime féodal.
            Le rôle du capital marchand.</head>
            <p rend="alinéa">On assiste, à l’époque féodale, au développement graduel de
            la production marchande et à l’extension de l’artisanat urbain ; les
            produits de l’économie paysanne sont de plus en plus entraînés dans le
            mouvement des échanges.</p>
            <p rend="alinéa">La production des petits artisans et des paysans, fondée
            sur la propriété privée et le travail personnel, et créant des produits pour
            l’échange, est ce qu’on appelle la <emph xml:id=
            "term03prodmarsim">production marchande simple</emph>.</p>
            <p rend="alinéa">Le produit fabriqué en vue de l’échange est, nous l’avons
            déjà dit, une marchandise. Les différents producteurs de marchandises
            dépensent pour produire des marchandises identiques une quantité différente
            de travail, qui dépend des conditions dans lesquelles ils se trouvent placés.
            Ceux qui disposent d’instruments plus perfectionnés dépensent moins de
            travail que les autres pour produire une même marchandise. Les travailleurs
            diffèrent également par la force, l’adresse, l’habileté, etc. Mais peu
            importe au marché dans quelles conditions et à l’aide de quels instruments a
            été produite telle ou telle marchandise. On paye sur le marché la même somme
            d’argent pour des marchandises identiques, quelles que soient les conditions
            individuelles de travail dans lesquelles elles ont été fabriquées.</p>
            <p rend="alinéa">Aussi les producteurs de marchandises, chez qui les
            dépenses individuelles du travail sont supérieures à la moyenne du fait
            qu’ils se trouvent placés dans de plus mauvaises conditions, ne couvrent-ils
            qu’une partie de ces dépenses en vendant leurs marchandises et ils finissent
            par se ruiner. Par contre, ceux chez qui les dépenses individuelles de
            travail sont inférieures à la moyenne, grâce à de meilleures conditions, sont
            en excellente posture pour vendre, et s’enrichissent. D’où une aggravation de
            la concurrence. Une différenciation s’opère parmi les petits producteurs de
            marchandises : la majorité s’appauvrit de plus en plus, alors qu’une
            infime minorité s’enrichit.</p>
            <p rend="alinéa">Le morcellement politique fut, sous le régime féodal, un
            gros obstacle au développement de la production marchande. Les féodaux
            établissaient à leur guise des droits sur les marchandises amenées du dehors,
            percevaient des péages et créaient ainsi de graves obstacles au commerce. Les
            besoins de celui-ci, et plus généralement du développement économique de la
            société, exigeaient la suppression du morcellement féodal. Les progrès de la
            production artisanale et agricole, de la division sociale du travail entre la
            ville et la campagne eurent pour conséquence l’établissement de relations
            économiques plus actives entre les différentes régions d’un même pays, la
            formation d’un <emph xml:id="term03marchenat">marché
            national</emph>. Celui-ci créa à son tour les conditions économiques d’une
            centralisation du pouvoir politique. La bourgeoisie naissante des villes
            avait intérêt à la destruction des barrières féodales ; aussi était-elle
            favorable à la constitution d’un État centralisé.</p>
            <p rend="alinéa">S’appuyant sur la couche plus large de la petite noblesse,
            sur les « vassaux de leurs vassaux », ainsi que sur les villes dont
            l’ascension se poursuit, les rois portent à l’aristocratie féodale des coups
            décisifs et affermissent leur domination. Ils deviennent les maîtres de
            l’État non plus seulement de nom, mais aussi en fait. De grands États
            nationaux se constituent sous forme de monarchies absolues. La fin du
            morcellement féodal et l’établissement d’un pouvoir politique centralisé
            contribuent à l’apparition et au développement de rapports capitalistes.</p>
            <p rend="alinéa">La formation d’un <emph xml:id=
            "term03marchemond">marché mondial</emph> joua également un rôle considérable
            dans l’avènement du régime capitaliste.</p>
            <p rend="alinéa smaller">Dans la seconde moitié du 15<hi rend=
            "ordinal">e</hi> siècle, les Turcs s’emparèrent de Constantinople et de
            toute la partie orientale de la Méditerranée. La grande route commerciale
            était coupée, qui mettait l’Europe occidentale en communication avec
            l’Orient. Christophe Colomb découvrit en 1492 l’Amérique, alors qu’il
            cherchait la voie maritime des Indes, que Vasco de Gama trouva en 1498, après
            avoir fait le tour de l’Afrique.</p>
            <p rend="alinéa smaller">À la suite de ces découvertes, la Méditerranée perdit
            sa primauté commerciale au profit de l’Atlantique, et la première place dans
            le Commerce échut aux Pays-Bas, à l’Angleterre et à la France. La Russie
            jouait elle aussi un rôle important dans le commerce européen.</p>
            <p rend="alinéa">Avec la naissance du commerce mondial et d’un marché
            mondial, l’artisanal n’était plus en mesure de satisfaire la demande accrue
            de marchandises. Cette circonstance hâta le passage de la petite production
            artisanale à la grande <emph xml:id="term03producap">production
            capitaliste</emph> fondée sur l’exploitation d’ouvriers salariés.</p>
            <p rend="alinéa">Le passage du mode de production féodal au mode de
            production capitaliste s’accomplit de deux façons : d’une part, la
            différenciation des petits producteurs de marchandises fit apparaître des
            entrepreneurs capitalistes ; d’autre part, le capital commercial, en la
            personne des marchands, plaça directement la production sous sa
            dépendance.</p>
            <p rend="alinéa">Les corporations pouvaient limiter la concurrence et la
            différenciation parmi les artisans tant que la production marchande restait
            peu développée. Avec les progrès de l’échange, la concurrence se fit de plus
            en plus âpre. Les maîtres de métier travaillant pour un marché plus étendu
            cherchaient à obtenir l’abolition des restrictions corporatives, ou bien les
            tournaient purement et simplement. Ils allongeaient la journée de travail des
            compagnons et des apprentis, en augmentaient le nombre, appliquaient des
            méthodes de travail plus productives. Les plus riches d’entre eux devenaient
            peu à peu des capitalistes ; les plus pauvres, les compagnons et les
            apprentis, devenaient des ouvriers salariés.</p>
            <p rend="alinéa">En désagrégeant l’économie naturelle, le capital commercial
            contribua à l’avènement de la production capitaliste. Il ne fut d’abord qu’un
            intermédiaire dans l’échange des marchandises des petits producteurs —
            artisans et paysans — et lors de la réalisation par les féodaux d’une partie
            du surproduit que ceux-ci s’appropriaient. Puis le marchand se mit à acheter
            régulièrement aux petits producteurs les marchandises qu’ils fabriquaient,
            pour les revendre sur un marché plus large. Il devenait de la sorte un
            <emph xml:id="term03accapareur">accapareur</emph><note xml:id=
            "not01chap03sect06" n="1" place="bottom">Le mot est
            pris ici dans son sens propre, sans la nuance péjorative qu’il a prise
            aujourd’hui (N.T.)</note>. Avec les progrès de la concurrence et l’apparition de
            l’accapareur, la situation de la masse des artisans se modifia sensiblement.
            Les maîtres de métier appauvris imploraient l’aide du marchand accapareur qui
            leur avançait de l’argent, des matières premières et des matériaux, à la
            condition qu’ils lui vendent le produit fini à un prix très bas, convenu
            d’avance. Les petits producteurs tombaient de la sorte sous la dépendance
            économique du capital commercial.</p>
            <p rend="alinéa">Peu à peu un grand nombre de maîtres de métier appauvris se
            trouvèrent dépendre d’un riche accapareur. Celui-ci leur distribuait des
            matières premières, par exemple des filés dont ils faisaient des tissus,
            contre le payement d’une certaine somme, et devenait ainsi un
            <emph xml:id="term03distributeur">distributeur</emph>.</p>
            <p rend="alinéa">La ruine de l’artisan fit que l’accapareur dut lui fournir
            non seulement la matière première, mais encore les instruments de travail. De
            la sorte, l’artisan perdit son dernier semblant d’autonomie et devint
            définitivement un ouvrier salarié, tandis que l’accapareur se transformait en
            capitaliste industriel.</p>
            <p rend="alinéa">Groupés dans l’atelier du capitaliste, les artisans
            d’autrefois exécutaient un même travail. Mais il apparut bientôt que
            certaines opérations réussissaient mieux aux uns, et d’autres opérations aux
            autres. Il était donc plus avantageux de confier à chacun la partie du
            travail où il était le plus habile. C’est ainsi que la
            <emph xml:id="term03divitrav">division du travail</emph> s’introduisit peu
            à peu dans les ateliers employant une main-d’œuvre plus ou moins nombreuse.
            Les entreprises capitalistes où des ouvriers salariés accomplissent un
            travail manuel sur la base de la division du travail, sont appelées
            <emph xml:id="term03manufactures">manufactures</emph><note xml:id=
            "not02chap03sect06" n="2" place="bottom">« Manufacture » signifie littéralement
            travail fait à la main.</note>.</p>
            <p rend="alinéa smaller">Les premières sont apparues dès les 14<hi rend=
            "ordinal">e</hi> et 15<hi rend="ordinal">e</hi> siècles à Florence et
            dans certaines républiques italiennes du Moyen âge. Du 16<hi rend=
            "ordinal">e</hi> au 18<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, les manufactures
            produisant du drap, des tissus de lin et de soie, de l’horlogerie, des armes,
            de la verrerie, se multiplièrent dans tous les pays d’Europe.</p>
            <p rend="alinéa smaller">Elles firent leur apparition en Russie au
            17<hi rend="ordinal">e</hi> siècle. Au début du 18<hi rend=
            "ordinal">e</hi> siècle, sous Pierre I<hi rend="ordinal">er</hi>, elles
            connurent un essor rapide, notamment les manufactures d’armes, de drap, de
            soieries. Des usines sidérurgiques, des mines, des sauneries furent créées
            dans l’Oural.</p>
            <p rend="alinéa smaller">À la différence des manufactures d’Europe occidentale,
            reposant sur le travail salarié, les entreprises russes des 17<hi rend=
            "ordinal">e</hi> et 18<hi rend="ordinal">e</hi> siècles, tout en
            recourant à des travailleurs libres salariés, employaient surtout des paysans
            et des ouvriers serfs. À partir de la fin du
            18<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, les manufactures fondées sur le travail libre salarié reçurent une
            large extension. Ce processus s’intensifia au cours des dernières décennies
            qui précédèrent l’abolition du servage.</p>
            <p rend="alinéa">La désagrégation des rapports féodaux se poursuivait
            également à la campagne. À mesure que se développait la production marchande,
            le pouvoir de l’argent augmentait. Les seigneurs remplaçaient les obligations
            en nature des paysans par des obligations en argent. Les paysans durent
            vendre les produits de leur travail et remettre aux féodaux l’argent qu’ils
            en avaient retiré. D’où, chez les paysans, un perpétuel besoin d’argent. Les
            accapareurs et les usuriers mettaient à profit cette situation pour les
            asservir. L’oppression féodale devenait plus lourde, la situation des serfs
            s’aggravait.</p>
            <p rend="alinéa">Le développement des relations monétaires donna une forte
            impulsion à la <emph xml:id="term03diffpaysan">différenciation
            de la paysannerie</emph>, autrement dit à sa division en différents groupes
            sociaux. L’immense majorité de la paysannerie était dans la misère,
            s’épuisait au travail et se ruinait. Parallèlement apparurent des paysans
            riches qui exploitaient leurs voisins par des prêts léonins, en achetant à
            vil prix leurs produits agricoles, leur cheptel, leurs instruments de
            travail.</p>
            <p rend="alinéa">C’est ainsi que la production capitaliste naquît au sein du
            régime féodal.</p>
          </div3>
          <div3 type="section" n="7" xml:id="chap03sect07">
            <head>3.7. L’accumulation primitive du capital.
            L’expropriation violente des paysans. L’accumulation des richesses.</head>
            <p rend="alinéa">La production capitaliste suppose réalisées deux conditions
            principales : 1<hi rend="ordinal">o</hi> l’existence d’une masse de non-possédants
            personnellement libres mais dépourvus de moyens de production et d’existence,
            obligés par suite de se louer aux capitalistes et de travailler pour
            eux ; et 2<hi rend="ordinal">o</hi> l’accumulation des richesses monétaires indispensables pour
            créer de grandes entreprises capitalistes.</p>
            <p rend="alinéa">Nous avons vu que le capitalisme a pour milieu nourricier
            la petite production marchande fondée sur la propriété privée, où la
            concurrence enrichit quelques-uns et ruine la plupart des autres. Mais la
            lenteur de ce processus ne correspondait pas aux besoins du nouveau marché
            mondial créé par les grandes découvertes de la fin du 15<hi rend=
            "ordinal">e</hi> siècle. L’avènement du mode de production capitaliste fut
            accéléré par l’emploi des méthodes de contrainte les plus brutales de la part
            des grands propriétaires fonciers, de la bourgeoisie et du pouvoir d’État qui
            se trouvait aux mains des classes exploiteuses. La violence, selon
            l’expression de Marx, a été l’accoucheuse qui a hâté la venue au monde du
            nouveau mode de production capitaliste.</p>
            <p rend="alinéa">Les savants bourgeois dépeignent sous des couleurs
            idylliques la naissance de la classe capitaliste et de la classe ouvrière.
            Dans des temps immémoriaux, assurent-ils, une poignée d’hommes laborieux et
            économes accumulèrent des richesses par leur travail, alors qu’une foule de
            paresseux et d’oisifs gaspillaient tout leur avoir et devenaient des
            prolétaires.</p>
            <p rend="alinéa">Ces fables imaginées par les défenseurs du capitalisme
            n’ont rien de commun avec la réalité. En fait, la formation d’une masse de
            non-possédants — les prolétaires — et l’accumulation de richesses aux mains
            de quelques-uns résultèrent du fait que les petits producteurs furent privés
            par la violence de leurs moyens de production. Le processus de séparation des
            producteurs de leurs moyens de production (terre, instruments de production, etc.)
            s’accompagna de spoliations et de cruautés sans nombre. Il a reçu le
            nom d’<emph xml:id="term03accupricap">accumulation primitive du
            capital</emph>, car il a précédé l’apparition de la grande production
            capitaliste.</p>
            <p rend="alinéa">C’est d’abord en Angleterre que la production capitaliste
            prit un développement considérable. À la fin du 15<hi rend=
            "ordinal">e</hi> siècle, un douloureux processus d’expropriation violente de
            la paysannerie s’amorça dans ce pays. L’impulsion directe fut donnée par la
            demande accrue de laine de la part des grandes manufactures de drap apparues
            d’abord en Flandre, puis en Angleterre même. Les seigneurs se mirent à élever
            de grands troupeaux de moutons. Ils avaient besoin pour cela de pâturages.
            Ils chassaient en masse les paysans de leurs demeures, s’emparaient de la
            terre dont ceux-ci avaient toujours eu la jouissance, et transformaient les
            champs cultivés en pâturages.</p>
            <p rend="alinéa">L’expropriation des paysans s’accomplit de différentes
            façons, mais principalement par une mainmise éhontée sur les terres
            communales. Les seigneurs entouraient ces terres de clôtures, démolissaient
            les maisons des paysans, expulsaient ces derniers. Si ceux-ci tentaient de
            recouvrer la terre dont ils avaient été illégalement dépossédés, la force
            armée de l’État volait au secours du seigneur. Une série de lois sur les
            « enclosures » consacrèrent au
            18<hi rend="ordinal">e</hi> siècle cette spoliation du paysan.</p>
            <p rend="alinéa">La foule des paysans ruinés et dépouillés encombrait les
            villes, les bourgs et les routes d’Angleterre. Privés de moyens d’existence,
            ils étaient réduits à la mendicité. Les autorités édictèrent contre les
            expropriés des lois sanguinaires, d’une cruauté exceptionnelle. Ainsi, sous
            le règne d’Henri VIII (16<hi rend="ordinal">e</hi> siècle), 72 000
            personnes furent exécutées pour « vagabondage ». Au 18<hi rend=
            "ordinal">e</hi> siècle, la peine de mort fut remplacée pour les
            « vagabonds » et les sans-logis par l’incarcération dans des
            « maisons de travail », qui méritèrent le nom de « maisons
            d’horreur ». La bourgeoisie entendait ainsi plier la population rurale,
            chassée de ses terres et réduite au vagabondage, à la discipline du travail
            salarié.</p>
            <p rend="alinéa">Dans la <emph type="geo" xml:id="term03Russie1">Russie</emph>
            des tsars, engagée après les autres pays d’Europe dans la voie du
            développement capitaliste, la séparation du producteur de ses moyens de
            production fut réalisée par les mêmes méthodes qu’ailleurs. En 1861, le
            gouvernement tsariste, sous la pression des soulèvements paysans, se vit
            contraint d’abolir le servage.</p>
            <p rend="alinéa smaller">Cette réforme constitua une gigantesque spoliation de
            la paysannerie. Les grands propriétaires fonciers s’emparèrent des deux tiers
            du sol. Ils se réservèrent des enclaves (« otrezki »), sur les
            terres les mieux situées, et parfois aussi les pacages, les abreuvoirs, les
            chemins conduisant aux champs, etc., dont les paysans avaient auparavant la
            jouissance. Les enclaves devinrent pour les propriétaires fonciers un moyen
            d’asservir les paysans, obligés de prendre des terres à bail aux plus dures
            conditions. La loi établissant la liberté personnelle du paysan maintint
            provisoirement la corvée et la redevance. En échange du lot tronqué qu’il
            avait reçu, le paysan devait satisfaire à ces obligations au bénéfice du
            propriétaire foncier tant que la terre n’aurait pas été rachetée. Le montant
            des droits de rachat avait été calculé sur la base de prix de la terre
            fortement majorés, et il s’éleva à environ deux milliards de roubles.</p>
            <p rend="alinéa">Caractérisant la réforme paysanne de 1861, Lénine
            écrivait :</p>
            <reg resp="#dm" cert="high">
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">C’est une première violence massive contre la paysannerie au profit du
                  capitalisme naissant dans l’agriculture. C’est un « nettoyage des
                  terres », entrepris par les propriétaires fonciers au profit du
                  capitalisme.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  <author>V. Lénine</author>,
                  « Le Programme agraire de la social-démocratie
                  dans la première révolution russe de 1905-1907 »,
                  <title>Œuvres</title>, t. 13, p. 291.
                </bibl>
              </cit>
            </reg>
            <p rend="alinéa">L’expropriation des paysans eut un double résultat. D’une
            part, la terre devint la propriété privée d’un nombre relativement restreint
            de grands propriétaires fonciers. La propriété féodale de la terre, la
            propriété d’une couche sociale, se transforma en propriété bourgeoise.
            D’autre part, l’industrie bénéficia d’un afflux considérable d’ouvriers
            libres, prêts à se louer aux capitalistes.</p>
            <p rend="alinéa">Pour que la production capitaliste pût apparaître, il
            fallait non seulement une main-d’œuvre à bon marché, mais encore une
            accumulation de richesses considérables entre les mains de quelques-uns sous
            forme de sommes d’argent pouvant être transformées en moyens de production et
            servir à embaucher des ouvriers.</p>
            <p rend="alinéa">Au Moyen âge, marchands et usuriers avaient édifié de
            grandes fortunes qui permirent par la suite de créer de nombreuses
            entreprises capitalistes.</p>
            <p rend="alinéa">La conquête de l’Amérique, qui s’accompagna du pillage
            massif et de l’extermination de la population indigène, procura aux
            conquérants des richesses incalculables qu’accrut plus rapidement encore
            l’exploitation des mines de métaux précieux d’une richesse extraordinaire.
            Pour faire valoir ces mines, il fallait de la main-d’œuvre. Les Indiens
            périssaient en masse par suite des conditions inhumaines dans lesquelles ils
            travaillaient. Les marchands européens organisèrent en Afrique la chasse aux
            nègres comme s’il s’était agi de bêtes sauvages. Le commerce des nègres
            d’Afrique réduits en esclavage était des plus lucratifs. Les négriers
            réalisaient des profits fabuleux. Le travail servile des nègres reçut une
            grande extension dans les plantations de coton américaines.</p>
            <p rend="alinéa">Le <emph xml:id="term03commcol">commerce
            colonial</emph> fut, lui aussi, à l’origine de grosses fortunes. Les marchands
            de Hollande, d’Angleterre et de France fondèrent les compagnies des Indes
            orientales pour faire le commerce avec l’Inde. Ces compagnies bénéficiaient
            de l’appui de leurs gouvernements. Elles monopolisaient le commerce des
            produits coloniaux et avaient reçu le droit d’exploiter sans aucune
            restriction les colonies en usant des pires méthodes de violence. Leurs
            bénéfices annuels dépassaient de plusieurs fois le capital engagé. En Russie,
            le commerce avec la Sibérie qui mettait en coupe réglée les populations et la
            ferme de l’eau-de-vie, par laquelle l’État accordait à des traitants le droit
            exclusif de produire et de vendre des spiritueux contre le payement d’une
            certaine somme, procuraient de gros profits aux marchands.</p>
            <p rend="alinéa">Le capital commercial et le capital usuraire concentrèrent
            de la sorte de prodigieuses richesses monétaires. C’est ainsi que par le
            pillage et la ruine de la masse des petits producteurs s’accumulèrent les
            ressources monétaires indispensables à la création de grandes entreprises
            capitalistes. Analysant ce processus, Marx a écrit que le capital arrive au
            monde « suant le sang et la boue par tous les pores ». (<bibl>K. Marx,
            <title>Le Capital</title>, livre 1, t. 3, p. 202.</bibl>)</p>
          </div3>
          <div3 type="section" n="8" xml:id="chap03sect08">
            <head>3.8. Les révoltes des serfs. Les révolutions bourgeoises.
            La chute du régime féodal.</head>
            <p rend="alinéa">La lutte de la paysannerie contre les seigneurs féodaux
            s’est poursuivie durant toute l’époque féodale, mais c’est à la fin de
            celle-ci qu’elle a atteint sa plus grande acuité.</p>
            <p rend="alinéa smaller">Au 14<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, la
            <emph type="geo" xml:id="term03France">France</emph> fut le théâtre d’une
            guerre des paysans connue dans l’histoire sous le nom de Jacquerie. La
            bourgeoisie naissante des villes, qui avait d’abord appuyé le mouvement, s’en
            détourna au moment décisif.</p>
            <p rend="alinéa smaller">À la fin du 14<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, une
            révolte paysanne éclata dans une grande partie de l’<emph type="geo" xml:id=
            "term03Angleterre">Angleterre</emph>. Les paysans armés, ayant à leur tête Wat
            Tyler, se répandirent à travers le pays, détruisant les demeures
            seigneuriales et les monastères, et s’emparèrent de Londres. Les seigneurs
            étouffèrent le soulèvement par la violence et la ruse. Tyler fut tué par
            trahison. Confiants dans les promesses du roi et des seigneurs, les révoltés
            rentrèrent chez eux, après quoi des expéditions punitives passèrent dans le»
            villages ; la répression fut féroce.</p>
            <p rend="alinéa smaller">Au début du 16<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, une
            guerre des paysans soutenus par les petites gens des villes et conduits par
            Thomas Münzer se déroula en <emph type="geo" xml:id=
            "term03Allemagne">Allemagne</emph>. Les paysans réclamaient la cessation de
            l’arbitraire et des violences des nobles.</p>
            <p rend="alinéa smaller">En <emph type="geo" xml:id=
            "term03Russie2">Russie</emph>, citons les grandes guerres paysannes dirigées
            par Stépan Razine au 17<hi rend="ordinal">e</hi> siècle et Emélian
            Pougatchev au 18<hi rend="ordinal">e</hi>. Les révoltés demandaient
            l’abolition du servage, la remise aux paysans des terres de la noblesse et de
            l’État, la fin de la domination féodale. L’aggravation de la crise du système
            féodal d’économie entre 1850 et 1860 se traduisit par une puissante vague
            d’insurrections paysannes à la veille de la réforme de 1861.</p>
            <p rend="alinéa smaller">Des guerres et des révoltes paysannes d’une ampleur
            exceptionnelle se sont déroulées en <emph type="geo" xml:id=
            "term03Chine">Chine</emph> pendant des siècles. L’insurrection des Taïpings,
            sous la dynastie des Tsing (milieu du 19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle),
            mit en mouvement des millions de paysans. Les révoltés occupèrent Nankin,
            ancienne capitale de la Chine. La loi agraire des Taïpings proclamait
            l’égalité dans le droit, la jouissance de la terre et des autres biens. Leur
            organisation politique combinait de façon originale la monarchie avec la
            démocratie paysanne, trait que l’on retrouve aussi dans les mouvements
            paysans d’autres pays.</p>
            <p rend="alinéa">Les révoltes paysannes ont une importance révolutionnaire,
            car elles ont ébranlé les bases mêmes de la féodalité et conduit en
            définitive à l’abolition du servage.</p>
            <p rend="alinéa">Le passage du régime féodal au capitalisme en Europe
            occidentale s’est accompli grâce aux <emph xml:id=
            "term03revolbourge">révolutions bourgeoises</emph>. La bourgeoisie montante
            profita de la lutte des paysans contre les seigneurs pour hâter la chute du
            régime féodal, remplacer l’exploitation féodale par l’exploitation
            capitaliste, et s’emparer du pouvoir. Lors des révolutions bourgeoises, les
            paysans fournirent le gros des forces qui renversèrent le régime féodal. Il
            en fut ainsi au cours de la première révolution bourgeoise dans les Pays-Bas,
            au 16<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, pendant la révolution anglaise du
            17<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, pendant la révolution bourgeoise en
            France à la fin du 18<hi rend="ordinal">e</hi> siècle.</p>
            <p rend="alinéa">La bourgeoisie s’appropria les fruits de la lutte
            révolutionnaire de la paysannerie et se hissa au pouvoir sur les épaules de
            celle-ci. La force des paysans résidait dans leur haine des oppresseurs. Mais
            leurs révoltes étaient spontanées. La paysannerie, en tant que classe de
            petits propriétaires privés, était morcelée ; elle ne pouvait formuler
            un programme clair ni mettre sur pied une organisation solide et cohérente
            pour mener la lutte. Pour triompher, les révoltes paysannes doivent se
            combiner avec le mouvement ouvrier et être dirigées par les ouvriers. Mais
            lors des révolutions bourgeoises des 17<hi rend="ordinal">e</hi> et
            18<hi rend="ordinal">e</hi> siècles la classe ouvrière était encore
            faible, peu nombreuse et inorganisée.</p>
            <p rend="alinéa">C’est au sein même de la société féodale qu’avaient mûri
            les formes plus ou moins achevées du régime capitaliste ; une nouvelle
            classe exploiteuse, celle des capitalistes, avait grandi en même temps
            qu’étaient apparues des masses d’hommes dépourvus de moyens de
            production : les prolétaires.</p>
            <p rend="alinéa">À l’époque des révolutions bourgeoises, la bourgeoisie a
            utilisé contre la féodalité la loi économique de correspondance nécessaire
            entre les rapports de production et le caractère des forces
            productives ; elle a renversé les rapports de production féodaux, créé
            des rapports de production nouveaux, des rapports bourgeois, et fait
            concorder les rapports de production avec le caractère des forces productives
            développées au sein du régime féodal.</p>
            <p rend="alinéa">Les révolutions bourgeoises mirent fin au régime féodal et
            instaurèrent la domination du capitalisme.</p>
          </div3>
          <div3 type="repres"  n="9" xml:id="chap03repres">
            <head>Les conceptions économiques de l’époque féodale.</head>
            <p rend="alinéa">Les conceptions économiques de l’époque féodale
            reflètent les rapports sociaux qui règnent alors. Toute la vie intellectuelle
            se trouve sous le contrôle du clergé et revêt de préférence pour cette raison
            une forme <emph xml:id="term03reliscol">religieuse et
            scolastique</emph>. Aussi les considérations sur la vie économique
            forment-elles des chapitres particuliers des traités de théologie.</p>
            <p rend="alinéa">En Chine, les conceptions économiques furent pendant
            des siècles Influencées par la doctrine de <emph type="personne" xml:id=
            "term03Confucius">Confucius</emph>. Idéologie religieuse, le confucianisme
            naquit au 5<hi rend="ordinal">e</hi> siècle avant notre ère. Il exige le
            maintien strict de la hiérarchie féodale des castes dans l’ordre politique
            aussi bien que dans la famille. « Les ignorants, dit
            Confucius, doivent obéir aux nobles et aux sages. L’insubordination des
            petites gens à l’autorité supérieure est principe de désordre. »
            Cependant Confucius demandait aux hommes « bien nés » de faire
            preuve d’ « humanité » et de ne pas être trop durs envers les
            pauvres. Confucius prônait la nécessité de l’union de la Chine, alors
            morcelée, sous le pouvoir d’un monarque. Confucius et ses disciples
            idéalisent les formes d’économie arriérées. Ils exaltent « l’âge
            d’or » que représente pour eux le passé patriarcal. La paysannerie,
            écrasée par l’aristocratie féodale et les marchands, mettait dans le
            confucianisme ses espérances d’une amélioration de sa situation, bien que
            cette doctrine n’exprimât pas les intérêts de classe de la paysannerie. Au
            cours de son évolution, le confucianisme devint l’idéologie officielle de
            l’aristocratie féodale. Il fut exploité par les classes dirigeantes pour
            élever le peuple dans l’esprit d’une soumission servile aux seigneurs
            féodaux, pour perpétuer le régime féodal.</p>
            <p rend="alinéa"><emph type="personne" xml:id="term03TAquin">Saint
            Thomas d’Aquin</emph> (13<hi rend="ordinal">e</hi> siècle), un des
            idéologues du féodalisme de l’Europe médiévale, a tenté de justifier par la
            théologie la nécessité de la société féodale. Tout en proclamant que la
            propriété féodale est nécessaire et raisonnable, et en déclarant que les
            serfs sont des esclaves, il affirme, contrairement aux esclavagistes de
            l’antiquité, que « l’esclave est libre en esprit » et que par
            conséquent son maître n’a pas le droit de le tuer. Il ne considère plus le
            travail comme indigne d’un homme libre. Le travail manuel est à ses yeux une
            activité d’ordre inférieur, et le travail intellectuel une occupation
            noble ; il voit dans cette distinction la base de la division de la
            société en différents ordres. Ses idées sur la richesse s’inspirent du même
            point de vue de caste. L’homme doit disposer de la richesse à laquelle lui
            donne droit la situation qu’il occupe dans la hiérarchie féodale. Très
            caractéristique à cet égard est la théorie des théologiens du Moyen Âge sur
            le « juste » prix. Le « juste » prix doit correspondre à
            la quantité de travail dépensée pour produire un objet et à la situation
            sociale du producteur.</p>
            <p rend="alinéa">Les défenseurs du « juste » prix ne
            protestaient nullement contre le profit du marchand. Ce qu’ils voulaient,
            c’était lui fixer des bornes pour qu’il ne compromît pas l’existence
            économique des autres ordres. Ils condamnaient l’usure comme déshonorante et
            immorale. Mais avec le développement de la production marchande et de
            l’échange, le clergé lui-même se livra à l’usure pour laquelle l’Église se
            montra de plus en plus indulgente.</p>
            <p rend="alinéa">La lutte de classe des masses opprimées contre les
            classes dominantes de la société féodale prit pendant des siècles une forme
            religieuse. Les paysans et les compagnons exploités citaient souvent la Bible
            à l’appui de leurs revendications. D’innombrables sectes prirent une grande
            extension. L’Église catholique et l’Inquisition persécutaient férocement les
            « hérétiques », les envoyaient au bûcher.</p>
            <p rend="alinéa">Avec le développement de la lutte de classe, le
            mouvement des masses opprimées se dégagea de plus en plus de son enveloppe
            religieuse, et son caractère révolutionnaire s’affirma avec une netteté
            croissante. Les paysans réclamaient l’abolition du servage et des privilèges
            féodaux, l’égalité des droits, la suppression des ordres, etc.</p>
            <p rend="alinéa">Au cours des guerres paysannes en Angleterre, en
            Bohême et en Allemagne, les mots d’ordre des révoltés prirent un caractère
            toujours plus radical. L’aspiration à l’égalité des masses exploitées de la
            campagne et de la ville se traduisit par la revendication de la
            <emph xml:id="term03commbiens">communauté des biens</emph>, c’est-à-dire de
            l’égalité en matière de consommation. Revendication impossible à réaliser,
            mais qui avait à l’époque une portée révolutionnaire, car elle soulevait les
            masses pour la lutte contre l’oppression féodale.</p>
            <p rend="alinéa">C’est au déclin de l’époque féodale qu’apparurent les
            deux premiers grands socialistes utopistes : l’Anglais <emph type=
            "personne" xml:id="term03More">Thomas More</emph>, auteur de l’Utopie
            (16<hi rend="ordinal">e</hi> siècle), et l’Italien
            <emph type="personne" xml:id="term03Campanella">Tommaso Campanella</emph> qui
            écrivit <title>La Cité du soleil</title> (17<hi rend=
            "ordinal">e</hi> siècle). Constatant dans la société de leur temps une
            inégalité et des contradictions croissantes, ces penseurs ont exposé sous une
            forme originale leurs idées sur la cause des maux dont elle souffre ;
            ils ont donné la description d’un régime qu’ils considèrent comme idéal et où
            ces maux auront été supprimés.</p>
            <p rend="alinéa">Le régime social qu’ils préconisent ignore la
            propriété privée et les vices qu’elle entraîne. Chacun est à la fois artisan
            et agriculteur. La journée de travail est de six, voire de quatre heures par
            jour, ce qui suffit parfaitement à couvrir tous les besoins. Les produits
            sont répartis selon les besoins. L’éducation des enfants est confiée à la
            société.</p>
            <p rend="alinéa">Les ouvrages de More et de Campanella jouèrent un rôle
            progressiste dans l’histoire de la pensée sociale. Ils renfermaient des idées
            très en avance sur leur temps. Mais faute de tenir compte des lois du
            développement social, ces idées étaient irréalisables, utopiques. On ne
            pouvait alors supprimer l’inégalité sociale: le niveau des forces productives
            exigeait que l’exploitation féodale fît place à l’exploitation
            capitaliste.</p>
            <p rend="alinéa">L’apparition du capitalisme remonte au 16<hi rend=
            "ordinal">e</hi> siècle. C’est aussi à cette époque que furent faites les
            premières tentatives pour interpréter et pour expliquer certains phénomènes
            propres au capitalisme. Ainsi prit naissance et se développa, du
            16<hi rend="ordinal">e</hi> au 18<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, le
            courant de la pensée et de la politique économiques, qui a reçu le nom de
            <emph xml:id="term03mercantilisme">mercantilisme</emph>.</p>
            <p rend="alinéa">Né en Angleterre, le mercantilisme se répandit ensuite
            en France, en Italie et dans les autres pays. Il posait le problème de la
            richesse nationale, de ses formes et des moyens de l’accroître.</p>
            <p rend="alinéa">C’était à l’époque où le capital, sous sa forme
            commerciale et usuraire, dominait le commerce et le crédit. Il ne faisait
            encore que ses premiers pas dans la production où il fondait des
            manufactures. Après la découverte et la conquête de l’Amérique les métaux
            précieux affluèrent en Europe. Les guerres et le commerce opéraient une
            redistribution permanente de l’or et de l’argent entre les États
            européens.</p>
            <p rend="alinéa">Dans leur conception de la nature de la richesse, les
            mercantilistes partaient de l’analyse des phénomènes superficiels de la
            circulation. Leur attention se portait non sur la production, mais sur le
            commerce et la circulation monétaire, en particulier sur les mouvements de
            l’or et do l’argent.</p>
            <p rend="alinéa">Pour les mercantilistes, la seule richesse véritable
            est constituée non par la production sociale, mais par la monnaie : l’or
            et l’argent. Ils demandent que l’État intervienne énergiquement dans la vie
            économique pour faire en sorte que la monnaie afflue le plus possible dans le
            pays et s’en aille le moins possible à l’étranger. Les mercantilistes
            pensèrent d’abord y parvenir en interdisant par de simples mesures
            administratives la sortie de la monnaie. Ils estimèrent par la suite qu’il
            était nécessaire pour cela de développer le commerce extérieur. Ainsi,
            l’Anglais <emph type="personne" xml:id="term03Mun">Thomas Mun</emph>
            (1571-1641), gros marchand et directeur de la Compagnie des Indes orientales,
            écrivait : « Le moyen ordinaire d’augmenter notre richesse et nos
            trésors est le commerce avec l’étranger où nous devons toujours avoir pour
            règle de vendre chaque année aux étrangers nos marchandises pour une somme
            supérieure à celle que nous dépensons pour nous procurer les
            leurs ».</p>
            <p rend="alinéa">Les mercantilistes exprimaient les intérêts de la
            bourgeoisie, qui naissait au sein du régime féodal, et qui était impatiente
            d’accumuler des richesses sous forme d’or et d’argent en développant le
            commerce extérieur, en pillant les colonies et en engageant des guerres
            commerciales, en asservissant les peuples moins évolués. Avec le progrès du
            capitalisme, ils exigèrent que l’État protégeât le développement des
            entreprises industrielles, des manufactures. Des <emph xml:id=
            "term03primexport">primes à l’exportation</emph> furent accordées aux marchands
            qui vendaient des marchandises à l’étranger. Les <emph xml:id=
            "term03droitentree">droits d’entrée</emph> acquirent bientôt une importance
            plus grande encore. À mesure que se développaient les manufactures, puis les
            fabriques, l’imposition de droits de douane sur les produits importés devint
            la mesure la plus fréquemment appliquée pour protéger l’industrie nationale
            contre la concurrence étrangère.</p>
            <p rend="alinéa">C’est ce qu’on appelle le <emph xml:id=
            "term03protectionnisme">protectionnisme</emph>, politique qui a subsisté dans
            de nombreux pays bien après l’abandon des théories mercantilistes.</p>
            <p rend="alinéa">En <emph type="geo" xml:id=
            "term03Angleterre2">Angleterre</emph>, les tarifs protecteurs jouèrent un rôle
            important aux 16<hi rend="ordinal">e</hi> et 17<hi rend=
            "ordinal">e</hi> siècles, alors qu’il s’agissait d’écarter la concurrence
            des manufactures plus développées des Pays-Bas. À partir du 18<hi rend=
            "ordinal">e</hi> siècle, l’Angleterre t’assura de façon durable la primauté
            industrielle. Les autres pays, moins évolués, ne pouvaient rivaliser avec
            elle. Aussi l’idée du libre-échange commença-t-elle à se faire jour en
            Angleterre.</p>
            <p rend="alinéa">Il en allait autrement dans les pays qui s’étaient
            engagés dans la voie du capitalisme après l’Angleterre. En
            <emph xml:id="term03France2">France</emph>, le ministre de Louis XIV,
            Colbert, encouragea les manufactures par tout un ensemble de mesures
            protectionnistes : droits de douane élevés, interdiction d’exporter les
            matières premières, implantation d’industries nouvelles et création de
            compagnies pour le commerce extérieur, etc.</p>
            <p rend="alinéa">Le mercantilisme joua à l’époque un rôle progressiste.
            La politique protectionniste qu’il inspira contribua dans une mesure
            appréciable à l’extension des manufactures. Mais la théorie mercantiliste de
            la richesse traduisait le faible développement de la production capitaliste.
            Les progrès du capitalisme firent de mieux en mieux apparaître la faiblesse
            de cette théorie.</p>
            <p rend="alinéa">En <emph xml:id=
            "term03Russie3">Russie</emph>, le système féodal prédomina aux 17<hi rend=
            "ordinal">e</hi> et 18<hi rend="ordinal">e</hi> siècles. L’économie était
            essentiellement une économie naturelle. Néanmoins le commerce et l’artisanat
            prirent un développement considérable, un marché national se constitua, des
            manufactures furent fondées ; ces transformations contribuèrent à
            renforcer l’absolutisme.</p>
            <p rend="alinéa">Les économistes russes développèrent certaines idées
            propres au mercantilisme en tenant compte des particularités historiques et
            économiques du pays. Toutefois, à la différence de nombreux mercantilistes
            d’Europe occidentale, ils attachaient une grande importance non seulement au
            commerce, mais aussi au développement de l’industrie et de l’agriculture.</p>
            <p rend="alinéa">Les conceptions économiques de cette époque ont
            inspiré les ouvrages et les actes de A. L. Ordyne-Nachtchokine, homme d’État
            russe du 17<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, la politique économique de
            Pierre le Grand, les œuvres de I. T. Possochkov, le plus éminent des
            économistes russes du début du 18<hi rend="ordinal">e</hi> siècle.</p>
            <p rend="alinéa">Dans son livre <title>De la pauvreté et de la richesse</title> (<bibl>1724</bibl>),
            <emph type="personne" xml:id="term03Possochkov">I. T. Possochkov</emph>
            expose un vaste programme de développement économique de la
            Russie qu’il justifie dans le détail. Il y montre la nécessité d’appliquer un
            certain nombre de mesures pour protéger l’industrie nationale, le commerce et
            l’agriculture, améliorer le système financier.</p>
            <p rend="alinéa">À partir du dernier tiers du 18<hi rend=
            "ordinal">e</hi> siècle, une tendance à la désagrégation des rapports fondés
            sur la féodalité et le servage se dessina en Russie ; elle s’accentua au
            cours du premier quart du 19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle et aboutit à
            une véritable crise du servage.</p>
            <p rend="alinéa"><emph xml:id="term03Radichtchev">A. N. Radichtchev</emph>
            (1749-1802), qui est à l’origine du courant démocratique et
            révolutionnaire dans la pensée sociale russe, fut un économiste éminent.
            S’élevant vigoureusement contre le servage et prenant la défense de la
            paysannerie opprimée, il soumit le régime féodal à une critique impitoyable,
            dénonça l’exploitation à laquelle les seigneurs féodaux, les propriétaires
            des manufactures et les marchands devaient leur richesse, et proclama que la
            terre doit appartenir à ceux qui la travaillent. Il était convaincu qu’une
            révolution pouvait seule mettre un terme à l’absolutisme et au servage. Il
            proposa l’application d’un ensemble de mesures économiques progressistes pour
            l’époque dont la réalisation aurait permis rétablissement en Russie d’un
            régime bourgeois démocratique.</p>
            <p rend="alinéa">Les <emph xml:id=
            "term03decembristes">décembristes</emph> (premier quart du 19<hi rend=
            "ordinal">e</hi> siècle) furent des révolutionnaires d’une époque où
            commençait à se faire sentir en Russie la nécessité de remplacer le régime
            féodal par le capitalisme. Leur critique était avant tout dirigée contre le
            servage. Ardents champions du développement des forces productives en Russie,
            ils voyaient dans l’abolition du servage et l’affranchissement de la
            paysannerie la condition essentielle de ce développement. Non contents de
            prêcher la lutte contre le servage et l’autocratie, ils organisèrent une
            insurrection contre la monarchie absolue. On doit à <emph type=
            "personne" xml:id="term03Pestel">P. I. Pestel</emph> (1793-1826) un projet
            original de règlement de la question agraire. Son projet de constitution, la
            Rousskaïa Pravda, prévoyait l’affranchissement
            immédiat et complet des paysans, ainsi que des mesures d’ordre économique
            pour protéger leurs intérêts à l’avenir. Il préconisait dans ce but la
            constitution d’un fonds social des terres, grâce auquel chaque paysan
            pourrait recevoir en jouissance gratuite la terre dont il avait besoin pour
            sa subsistance. Ce fonds devait se composer de terres de la noblesse et de
            l’État, une partie de celles qui appartenaient aux seigneurs les plus riches
            étant aliénée sans indemnité. Révolutionnaires issus de la noblesse, les
            décembristes étaient loin du peuple, mais leur lutte contre le servage fit
            progresser le mouvement révolutionnaire en Russie.</p>
            <p rend="alinéa">C’est avec la désagrégation du régime féodal et la
            naissance du capitalisme que s’élabora l’idéologie de la bourgeoisie marchant
            à la conquête du pouvoir. Cette idéologie était dirigée contre le régime
            féodal et contre la religion, arme spirituelle de la féodalité. Aussi la
            conception du monde de la bourgeoisie en lutte pour le pouvoir revêt-elle
            dans une série de pays un caractère progressiste. Ses représentants les plus
            en vue, économistes et philosophes, soumirent à une critique impitoyable tous
            les fondements — économiques, politiques, religieux, philosophiques et moraux
            — de la société féodale. Ils jouèrent un rôle important dans la préparation
            idéologique de la révolution bourgeoise et exercèrent une influence féconde
            sur les sciences et les arts.</p>
          </div3>
          <div3 type="resume" n="3" xml:id="chap03resume">
            <head>Résumé du chapitre 3</head>
            <list rend="runon" type="ordered">
              <item>
                <p rend="alinéa">La féodalité est née de la décadence de la société esclavagiste
                et de la désagrégation de la communauté rurale dans les tribus qui avaient
                conquis les États esclavagistes. Dans les pays qui n’ont pas connu
                l’esclavage, la féodalité est née de la désagrégation de la communauté
                primitive. L’aristocratie des gentes et les chefs militaires des tribus
                s’emparèrent d’une grande partie des terres qu’ils distribuèrent à leurs
                proches. Les paysans furent peu à peu asservis.</p>
              </item>
              <item>
                <p rend="alinéa">La base des rapports de production de la société féodale était la
                propriété du seigneur sur la terre et sa propriété limitée sur le
                producteur : le paysan serf. La propriété féodale coexistait avec la
                propriété individuelle du paysan et de l’artisan fondée sur le travail
                personnel. La société féodale reposait sur le travail des serfs.
                L’exploitation féodale se traduisait par la corvée à laquelle les paysans
                étaient astreints au profit du seigneur, ou par le paiement à celui-ci
                d’une redevance en nature et en argent. Le servage était souvent pour le
                paysan presque aussi dur que l’esclavage. Mais le régime féodal offrait
                certaines possibilités de développement aux forces productives, puisque le
                paysan pouvait consacrer une partie de son temps à cultiver sa terre et
                avait quelque intérêt à son travail.</p>
              </item>
              <item>
                <p rend="alinéa">La loi économique fondamentale de la féodalité réside dans la
                production d’un surproduit pour la satisfaction des besoins des seigneurs
                féodaux en exploitant les paysans dépendants sur la base de la propriété du
                féodal sur la terre et de sa propriété limitée sur les producteurs :
                les paysans serfs.</p>
              </item>
              <item>
                <p rend="alinéa">La société féodale, surtout au début du Moyen âge, était divisée
                en une foule de petites principautés et de petits États. Les couches
                sociales dominantes de la société féodale étaient la noblesse et le clergé.
                La paysannerie n’avait aucun droit politique. La lutte de classe entre
                paysans et seigneurs féodaux s’est poursuivie tout au long de l’histoire de
                la société féodale. L’État féodal, expression des intérêts de la noblesse
                et du clergé, les aidait activement à maintenir leur droit de propriété
                féodale sur la terre et à intensifier l’exploitation des paysans opprimés
                et dépourvus de tout droit.</p>
              </item>
              <item>
                <p rend="alinéa">Sous le régime féodal, l’agriculture jouait un rôle primordial et
                l’économie était essentiellement une économie naturelle. Avec le
                développement de la division sociale du travail et de l’échange, les
                vieilles cités, qui avaient survécu à la chute de l’esclavage, connurent
                une animation nouvelle ; d’autres apparurent. Les villes étaient les
                centres de l’artisanat et du commerce. L’artisanat était organisé en
                corporations qui visaient à empêcher la concurrence. Les commerçants
                étaient groupés en guildes de marchands.</p>
              </item>
              <item>
                <p rend="alinéa">Désagrégeant l’économie naturelle, les progrès de la production
                marchande entraînèrent une différenciation parmi la paysannerie et les
                artisans. Le capital commercial hâta la décomposition de l’artisanat et
                contribua à l’apparition d’entreprises capitalistes : les
                manufactures. Les entraves féodales et le morcellement territorial
                freinaient l’essor de la production marchande. Des marchés nationaux se
                formèrent peu à peu. Des États féodaux centralisés se constituèrent sous
                forme de monarchies absolues.</p>
              </item>
              <item>
                <p rend="alinéa">L’accumulation primitive du capital prépara l’avènement du
                capitalisme. Des masses considérables de petits producteurs — paysans et
                artisans — furent privés de leurs moyens de production. Les grands
                propriétaires fonciers, les marchands et les usuriers concentrèrent entre
                leurs mains d’importantes richesses monétaires par l’expropriation brutale
                de la paysannerie, le commerce avec les colonies, les impôts et la traite
                des noirs. Ainsi se trouva accélérée la formation des principales classes
                de la société capitaliste : celle des ouvriers salariés et celle des
                capitalistes. C’est au sein même de la société féodale que surgirent et
                mûrirent les formes plus ou moins achevées du régime capitaliste.</p>
              </item>
              <item>
                <p rend="alinéa">Les rapports de production féodaux, la faible productivité du
                travail des paysans serfs, les restrictions corporatives entravaient le
                développement des forces productives. Les révoltes des serfs ébranlèrent le
                régime féodal et aboutirent à l’abolition du servage. La bourgeoisie prit
                la tête du combat contre la féodalité. Elle mit à profit la lutte
                révolutionnaire des paysans contre les seigneurs féodaux pour s’emparer du
                pouvoir. Les révolutions bourgeoises renversèrent le régime féodal,
                assurèrent la victoire du capitalisme et donnèrent libre cours au
                développement des forces productives.</p>
              </item>
            </list>
          </div3>
        </div2>
      </div1>
      <div1 n="2" type="partie" xml:id="part2">
        <head>Deuxième partie — Le mode de production capitaliste</head>
        <div2 type="subdivision" n="1" xml:id="part2subA">
          <head>A. — Le capitalisme prémonopoliste</head>
          <div3  n="4" type="chapitre" xml:id="chap04">
            <head>Chapitre 4 — La production marchande — La marchandise et la monnaie</head>
            <div4 type="section" n="1" xml:id="chap04sect01">
              <head>4.1. La production marchande est le point de départ et
              le trait général du capitalisme.</head>
              <p rend="alinéa">Le mode de production capitaliste, qui a succédé au mode de
              production féodal, est fondé sur l’exploitation de la classe des ouvriers
              salariés par la classe des capitalistes. Pour comprendre ce qu’est au fond le
              mode de production capitaliste, il faut tout d’abord ne pas perdre de vue que
              le régime capitaliste est fondé sur la production marchande : tout y
              prend forme de marchandise, partout prévaut le principe de l’achat et de la
              vente.</p>
              <p rend="alinéa">La production marchande est plus ancienne que la production
              capitaliste. Elle existait déjà sous le régime de l’esclavage et sous le
              régime féodal. Dans la période de décomposition de la féodalité, la
              production marchande simple a servi de base à la naissance de la production
              capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">La production marchande simple implique, premièrement, la
              division sociale du travail dans laquelle des producteurs isolés se
              spécialisent dans la fabrication de produits déterminés, et, en second lieu,
              l’existence de la propriété privée des moyens de production et des produits
              du travail.</p>
              <p rend="alinéa">La production marchande simple des artisans et des paysans
              se distingue de la production capitaliste en ce qu’elle repose sur le travail
              individuel du producteur de marchandises. Cependant, elle est, quant à sa
              base, <emph>du même type</emph> que la production capitaliste, puisqu’elle prend
              appui sur la propriété privée des moyens de production. La propriété privée
              engendre nécessairement, entre les producteurs de marchandises, la
              concurrence qui aboutit à l’enrichissement d’une minorité et à la ruine de la
              majorité. La petite production marchande est donc à l’origine de la formation
              et du développement des rapports capitalistes.</p>
              <p rend="alinéa">La production marchande revêt en régime capitaliste un
              caractère prédominant, universel. L’échange des marchandises, écrivait
              Lénine, constitue</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    le <emph>rapport</emph> de la société
                    bourgeoise (marchande) le plus simple, habituel, fondamental, le plus
                    massivement répandu, le plus ordinaire, qui se rencontre des milliards de
                    fois […]
                  </quote>
                  <bibl>
                    <author>V. Lénine</author>,
                    « Sur la question de la dialectique »,
                    <title>Cahiers philosophiques</title>, p. 344-345, Éditions sociales,
                    Éditions du Progrès, 1973. Aussi
                    <title>Œuvres</title>, t. 38, p. 344-345.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
            </div4>
            <div4 type="section" n="2" xml:id="chap04sect02">
              <head>4.2. La marchandise et ses propriétés.
              Le double caractère du travail incorporé dans la marchandise.</head>
              <p rend="alinéa">La marchandise est une chose qui, premièrement, satisfait
              un besoin quelconque de l’homme et qui, deuxièmement, est produite, non pas
              pour la consommation propre, mais pour l’échange.</p>
              <p rend="alinéa">L’utilité d’un objet, ses propriétés qui lui permettent de
              satisfaire tel ou tel besoin de l’homme, en font une
              <emph xml:id="term04valusage">valeur d’usage</emph>. La valeur d’usage peut
              satisfaire directement le besoin individuel de l’homme, ou servir de moyen de
              production de biens matériels. Ainsi, le pain satisfait le besoin de
              nourriture ; le tissu, le besoin de s’habiller ; la valeur d’usage
              du métier à tisser consiste en ce qu’il sert à produire des tissus. Au cours
              du développement historique, l’homme découvre des propriétés utiles toujours
              nouvelles dans les objets et des procédés nouveaux de leur utilisation.</p>
              <p rend="alinéa">De nombreuses choses qui n’ont cependant pas été créées par
              le travail de l’homme, ont une valeur d’usage, comme par exemple, l’eau de
              source, les fruits sauvages, etc. Mais toute chose ayant une valeur d’usage
              ne constitue pas une marchandise. Pour qu’un objet puisse devenir
              marchandise, il doit être un produit du travail destiné à la vente.</p>
              <p rend="alinéa">Les valeurs d’usage forment le contenu matériel de la
              richesse, quelle que soit la forme sociale de cette richesse. Dans l’économie
              marchande, la valeur d’usage porte en soi la valeur d’échange de la
              marchandise. La <emph xml:id="term04valechange">valeur
              d’échange</emph> se présente tout d’abord comme un
              <emph xml:id="term04rappquant">rapport quantitatif</emph> dans lequel les
              valeurs d’usage d’espèce différente sont échangées l’une contre l’autre. Par
              exemple, une hache est échangée contre 20 kilogrammes de grain. Dans ce
              rapport quantitatif des objets échangés se trouve exprimée leur valeur
              d’échange. Des marchandises en quantités déterminées sont assimilées les unes
              aux autres ; par conséquent, elles ont quelque chose de commun. Ce ne
              peut être aucune des propriétés physiques des marchandises — leur poids, leur
              volume, leur forme, etc. Les propriétés naturelles des marchandises
              déterminent leur utilité, leur valeur d’usage. La diversité des valeurs
              d’usage des marchandises est une condition nécessaire de l’échange. Personne
              n’échangera des marchandises identiques en qualité, par exemple, du froment
              pour du froment ou du sucre pour du sucre.</p>
              <p rend="alinéa">Les valeurs d’usage des diverses marchandises,
              qualitativement différentes, ne sont pas quantitativement commensurables.</p>
              <p rend="alinéa">Les différentes marchandises n’ont qu’une seule propriété
              commune qui les rende comparables entre elles lors de rechange : elles
              sont des <emph xml:id="term04produitravail">produits du
              travail</emph>. À la base de l’égalité de deux marchandises échangées se
              trouve le travail social dépensé pour les produire. Quand le producteur porte
              au marché une hache pour l’échanger, il constate que l’on donne pour sa hache
              20 kilogrammes de grain. Cela veut dire que la hache <emph>vaut</emph> autant de
              travail social que 20 kilogrammes de grain. La <emph xml:id=
              "term04valeur">valeur</emph> est le travail social des producteurs, incorporé
              dans la marchandise.</p>
              <p rend="alinéa">La valeur des marchandises incarne le travail social
              dépensé pour leur production ; c’est ce que confirment des faits connus
              de tous. Les biens matériels qui, utiles par eux-mêmes, n’exigent pas de
              dépenses de travail, n’ont pas de valeur, comme par exemple l’air. Les biens
              matériels nécessitant une grande quantité de travail possèdent une grande
              valeur, comme par exemple l’or, les diamants. Beaucoup de marchandises qui
              coûtaient d’abord cher, ont considérablement diminué de prix depuis que le
              progrès technique a réduit la quantité de travail nécessaire à leur
              production. Les variations de dépenses de travail dans la production des
              marchandises se reflètent d’ordinaire aussi dans le rapport quantitatif des
              marchandises échangées, c’est-à-dire dans leur valeur d’échange. Il en
              résulte que la valeur d’échange d’une marchandise est la forme de la
              manifestation de sa valeur.</p>
              <p rend="alinéa">L’échange des marchandises implique la division sociale du
              travail entre les propriétaires de ces marchandises. Les producteurs, en
              assimilant les différentes marchandises les unes aux autres, identifient par
              là même leurs différentes espèces de travail. Ainsi donc, la valeur exprime
              des rapports de production entre les producteurs. Ces rapports apparaissent
              dans l’échange des marchandises.</p>
              <p rend="alinéa">La marchandise revêt un <emph xml:id=
              "term04double">double</emph> caractère : 1<hi rend="ordinal">o</hi> elle est une valeur d’usage et
              2<hi rend="ordinal">o</hi> elle est une valeur d’échange. Le double caractère de la marchandise est
              déterminé par le <emph xml:id="term04doubletra">double caractère du
              travail</emph> incorporé à la marchandise. Les espèces de travail sont
              aussi variées que les valeurs d’usage produites. Le travail du menuisier
              diffère qualitativement de celui du tailleur, du cordonnier, etc. Les
              différentes espèces de travail se distinguent les unes des autres par leur
              but, les procédés de fabrication, les outils et, enfin, par les résultats. Le
              menuisier travaille à l’aide d’une hache, d’une scie, d’un rabot, et produit
              des articles en bois : tables, chaises, armoires ; le tailleur
              produit des vêtements à l’aide d’une machine à coudre, de ciseaux,
              d’aiguilles. C’est ainsi que chaque valeur d’usage incarne une espèce
              déterminée de travail : la table, le travail du menuisier ; le
              costume, le travail du tailleur ; les chaussures, le travail du
              cordonnier, etc. Le travail dépensé sous une forme déterminée constitue le
              <emph xml:id="term04travconcret">travail concret</emph>. Le
              travail concret crée la valeur d’usage de la marchandise.</p>
              <p rend="alinéa">Lors de l’échange, les marchandises les plus variées
              provenant des formes diverses du travail concret, sont comparées et
              assimilées les unes aux autres. Par conséquent, les différentes espèces
              concrètes de travail cachent derrière elles quelque chose de commun à tout
              travail. Le travail du menuisier comme celui du tailleur, malgré leur
              différence qualitative, comporte une dépense productive du cerveau humain,
              des nerfs, des muscles, etc., et c’est dans ce sens qu’il apparaît comme un
              travail humain identique uniforme, du travail <emph>en général</emph>. Le travail
              des producteurs de marchandises en tant que dépense de la force de travail de
              l’homme en général, indépendamment de sa forme concrète, est du
              <emph xml:id="term04travabstrait">travail abstrait</emph>. Le travail
              abstrait forme la valeur de la marchandise.</p>
              <p rend="alinéa">Travail abstrait et travail concret sont les deux aspects
              du travail incorporé dans la marchandise.</p>
              <cit rend="display">
              <quote>
                  <p rend="alinéa">Tout travail est d’une part dépense, dans le sens physiologique, de force
                  de travail humaine, et à ce titre de travail humain identique ou travail
                  humain abstrait il forme la valeur des marchandises. D’autre part, tout
                  travail est dépense de force de travail humaine, déterminée par un but
                  particulier, et à ce titre de travail concret utile il produit des valeurs
                  d’usage.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  <author>K. Marx</author>,
                  <title>Le Capital</title>,
                  livre 1, t. 1, p. 61<!-- Vérifier référence -->.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Dans une société où règne la propriété privée des moyens de
              production, le double caractère du travail incorporé dans la marchandise
              reflète la <emph xml:id="term04conprisoc">contradiction entre le
              travail privé et le travail social</emph> des producteurs. La propriété
              privée des moyens de production <emph>sépare</emph> les hommes, fait du travail
              de chaque producteur son affaire <emph>privée</emph>. Chaque producteur de
              marchandises travaille isolément. Le travail des différents ouvriers n’est ni
              concerté ni coordonné à l’échelle de toute la société. Mais d’autre part, la
              division sociale du travail traduit l’existence d’une
              <emph xml:id="term04multiliens">multitude de liens</emph> entre les
              producteurs qui travaillent les uns pour les autres. Plus la division du
              travail dans la société est poussée et plus il y a de diversité dans les
              produits des différents producteurs, et plus leur interdépendance est grande.
              Par conséquent, le travail du producteur isolé est au fond un travail
              <emph xml:id="term04travsocial">social</emph> ; il constitue
              une parcelle du travail de la société dans son ensemble. Les marchandises,
              qui sont les produits de diverses formes de travail privé concret, sont
              également en même temps les produits de travail humain en général, de travail
              abstrait.</p>
              <p rend="alinéa">La contradiction propre à la production marchande consiste
              donc en ce que le travail des producteurs de marchandises, tout en étant
              directement leur affaire privée, revêt en même temps un caractère social. Par
              suite de l’isolement des producteurs de marchandises, le caractère social de
              leur travail dans le processus de production reste caché. Il ne se manifeste
              que dans le processus de l’échange, au moment où la marchandise apparaît sur
              le marché pour être échangée contre une autre marchandise. C’est seulement
              dans le processus d’échange qu’il est possible d’établir si le travail de tel
              ou tel producteur est nécessaire à la société et s’il obtiendra l’agrément de
              la société. Le travail abstrait, qui forme la valeur de la marchandise,
              constitue une catégorie historique, il est la forme spécifique du travail
              social propre seulement à l’économie marchande. Dans l’économie naturelle,
              les hommes produisent non pas pour l’échange, mais pour leur propre
              consommation ; en conséquence, le caractère social de leur travail se
              présente directement sous sa forme concrète. Ainsi, quand le seigneur féodal
              prenait aux serfs le surproduit sous la forme d’une rente-travail ou d’une
              rente en nature, il s’appropriait leur travail directement sous la forme de
              redevance en travail ou de certains produits. Le travail social dans ces
              conditions ne prenait pas la forme d’un travail abstrait. Dans la production
              marchande, les produits sont confectionnés non pour la consommation
              personnelle du producteur, mais pour la vente. Le caractère social du travail
              ne se manifeste que sur le marché, par l’assimilation d’une marchandise à une
              autre, en ramenant les formes concrètes du travail au travail abstrait qui
              constitue la valeur de la marchandise. Ce processus s’opère spontanément, en
              dehors de tout plan général, à l’insu du producteur.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="3" xml:id="chap04sect03">
              <head>4.3. Le temps de travail socialement nécessaire.
              Le travail simple et le travail complexe.</head>
              <p rend="alinéa">La <emph xml:id=
              "term04grandeurval">grandeur</emph> de la valeur d’une marchandise est
              déterminée par le temps de travail. Plus la production d’une marchandise
              nécessite de temps, et plus grande est sa valeur. On sait que les producteurs
              travaillent dans des conditions différentes et dépensent pour la production
              de marchandises identiques une quantité différente de temps. Est-ce à dire
              que plus le travailleur est paresseux, plus les conditions dans lesquelles il
              travaille sont défavorables, et plus la valeur de la marchandise produite par
              lui sera élevée ? Non, évidemment. La grandeur de la valeur de la
              marchandise n’est point déterminée par le temps de travail individuel dépensé
              pour la production de la marchandise par tel ou tel producteur, mais par le
              temps de travail socialement nécessaire.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph xml:id="term04temptrasocnec">temps de
              travail socialement nécessaire</emph> est celui qu’exige la fabrication de
              telle ou telle marchandise, dans des conditions sociales de production
              moyennes, c’est-à-dire avec un niveau technique moyen, une habileté moyenne
              et une intensité de travail moyenne. Il correspond aux conditions de
              production, dans lesquelles sont fabriquées la plupart des marchandises d’un
              type donné. Le temps de travail socialement nécessaire varie selon le degré
              de la productivité du travail.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph xml:id="term04productitra">productivité
              du travail</emph> s’exprime dans la quantité de produits créés en une unité
              de temps de travail. Elle augmente grâce au perfectionnement ou à
              l’utilisation plus complète des instruments de production, aux progrès de la
              science, à l’habileté accrue du travailleur, à la rationalisation du travail
              et à d’autres améliorations dans le processus de production. Plus la
              productivité du travail est élevée, et moins de temps est nécessaire à la
              production d’une unité d’une marchandise donnée, et plus la valeur de cette
              marchandise est basse.</p>
              <p rend="alinéa">De la productivité du travail, il faut distinguer
              l’intensité du travail. L’<emph xml:id="term04intensitra">intensité
              du travail</emph> est déterminée par les dépenses de travail en une unité
              de temps. L’accroissement de l’intensité du travail signifie l’augmentation
              des dépenses de travail dans un laps de temps donné. Un travail plus intensif
              s’incarne dans une plus grande quantité de produits et crée plus de valeur en
              une unité de temps qu’un travail moins intensif.</p>
              <p rend="alinéa">À la production des marchandises prennent part des
              travailleurs de toute qualification. Le travail de l’homme ne possédant
              aucune formation spéciale est un travail <emph xml:id=
              "term04travsimple">travail simple</emph>. Le travail demandant une formation
              spéciale est un travail <emph xml:id=
              "term04travcomple">complexe</emph>, ou un travail <emph xml:id=
              "term04travqualif">qualifié</emph>.</p>
              <p rend="alinéa">Le travail complexe crée dans une même unité de temps, une
              valeur plus grande que le travail simple. La valeur de la marchandise créée
              par le travail complexe contient aussi la part du travail consacrée à
              l’apprentissage du travailleur et à l’augmentation de sa qualification. Le
              travail complexe prend la signification d’un travail simple
              <emph xml:id="term04multiplie">multiplié</emph> ; une heure de travail
              complexe équivaut à plusieurs heures de travail simple. C’est de façon
              spontanée que, dans la production marchande fondée sur la propriété privée,
              toutes les espèces de travail complexe se ramènent à un travail simple. La
              grandeur de la valeur d’une marchandise est déterminée par la quantité de
              travail simple socialement nécessaire.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="4" xml:id="chap04sect04">
              <head>4.4. L’évolution des formes de la valeur.
              Le caractère de la monnaie.</head>
              <p rend="alinéa">La valeur de la marchandise est créée par le travail dans
              le processus de production, mais elle ne peut se manifester que si l’on
              compare une marchandise à une autre dans le processus d’échange, c’est-à-dire
              dans la valeur d’échange.</p>
              <p rend="alinéa">La forme la plus simple de la valeur est l’expression de la
              valeur d’une marchandise en une autre marchandise : par exemple, une
              hache = 20 kilogrammes de grain. Examinons cette forme.</p>
              <p rend="alinéa">Ici la valeur de la hache est exprimée en grain. Le grain
              sert de moyen d’expression matériel de la valeur de la hache. La valeur de la
              hache ne peut s’exprimer dans la valeur d’usage du grain que parce que la
              production du grain, de même que la production de la hache, a nécessité du
              travail. Derrière l’égalité des marchandises se cache l’égalité du travail
              dépensé à leur production. La marchandise (dans notre cas la hache) exprimant
              sa valeur en une autre marchandise se présente sous la forme
              <emph xml:id="term04formrelat">relative</emph> de la valeur. La marchandise
              (dans notre exemple le grain), dont la valeur d’usage sert de moyen
              d’expression de la valeur d’une autre marchandise, se présente sous une forme
              <emph xml:id="term04formequiv">forme équivalente</emph>. Le grain
              est l’équivalent d’une autre marchandise : la hache. La valeur d’usage
              d’aine marchandise : le grain, devient ainsi la forme d’expression de la
              valeur d’une autre marchandise : la hache.</p>
              <p rend="alinéa">À l’origine l’échange, qui apparaît déjà dans la société
              primitive, présentait un caractère fortuit et s’effectuait sous forme
              d’échange direct d’un produit contre un autre. À cette phase du développement
              des échanges correspond la forme <emph xml:id=
              "term04formsimpl">simple</emph> ou <emph xml:id=
              "term04formaccid">accidentelle</emph> de la valeur :</p>
              <p type="formule" rend="centralign">Une hache = 20 kilogrammes de grain.</p>
              <p rend="alinéa">Avec la forme simple de la valeur, la valeur de la hache ne
              peut être exprimée que dans la valeur d’usage d’une marchandise, le grain
              dans notre exemple.</p>
              <p rend="alinéa">Avec l’apparition de la première grande division sociale du
              travail, la séparation des tribus de pasteurs de l’ensemble des tribus,
              l’échange devient plus régulier. Certaines tribus, celles des éleveurs, par
              exemple, commencent à produire un excédent de produits d’élevage, qu’elles
              échangent contre les produits agricoles ou artisanaux qui leur manquent. À ce
              degré d’évolution des échanges correspond une forme
              <emph xml:id="term04formtotal">totale</emph> ou <emph xml:id=
              "term04formdevel">développée</emph> de la valeur. Interviennent alors dans les
              échanges non plus deux, mais toute une série de marchandises :</p>
              <p rend="centralign">
                <figure xml:id="page81">
                  <svg
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                    <defs>
                      <style type="text/css">
                      g#fig81textes {font-size:16px;}
                      </style>
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                    <g id="fig81textes">
                      <text transform="translate(0,76)">
                        Un mouton =
                      </text>
                      <text transform="translate(150,35)">
                                 40 kilogrammes de grain, ou
                        <tspan  x="0" dy="28">20 mètres de toile, ou</tspan>
                        <tspan x="10" dy="28">2 haches, ou</tspan>
                        <tspan x="10" dy="28">3 grammes d’or, etc.</tspan>
                      </text>
                    </g>
                    <path transform="translate(110,0)"
                       d="M 21.830462,18.760152
                       C 20.630671,20.348633 18.911827,24.065146 18.224186,26.005046
                       C 17.192983,30.074752 16.849249,35.024778 17.192983,39.802645
                       C 17.361399,41.389351 17.705306,44.92483 18.224186,47.753924
                       C 19.080243,54.478789 19.255561,57.307883 19.255561,60.136976
                       C 19.080243,64.73381 17.880452,68.441449 15.986462,70.917349
                       C 15.642556,71.270542 15.47414,71.623735 15.47414,71.804769
                       C 15.47414,71.985802 15.642556,72.338995 15.986462,72.692188
                       C 17.880452,75.168089 19.080243,78.875728 19.255561,83.300401
                       C 19.255561,86.301654 19.080243,89.130748 18.224186,95.67458
                       C 17.705306,98.684707 17.361399,102.22019 17.192983,103.63473
                       C 16.849249,108.58476 17.192983,113.53479 18.224186,117.42346
                       C 19.080243,120.60574 22.174196,126.09 23.036983,126.09
                       C 23.380717,126.09 23.724451,125.7368 23.724451,125.38184
                       C 23.724451,125.20258 23.380717,124.67545 23.036983,124.14122
                       C 20.974405,121.13997 20.111618,118.13162 19.767884,113.53479
                       C 19.767884,110.70569 19.94303,108.05053 20.799087,101.33277
                       C 21.142821,98.684707 21.486728,95.50242 21.661873,94.260033
                       C 22.349514,85.774527 20.974405,78.522535 17.536718,73.219315
                       C 17.017665,72.511155 16.673931,71.804769 16.673931,71.804769
                       C 16.673931,71.804769 17.017665,71.098383 17.536718,70.390222
                       C 20.974405,65.087003 22.349514,57.83501 21.661873,49.168471
                       C 21.486728,48.107117 21.142821,44.92483 20.799087,42.097512
                       C 19.94303,35.559004 19.767884,32.903845 19.767884,30.074752
                       C 20.111618,25.477918 20.974405,22.469566 23.036983,19.468313
                       C 23.724451,18.406959 23.89977,18.053766 23.556035,17.700573
                       C 23.036983,17.345606 22.693249,17.51954 21.830462,18.760152 z"
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                  </svg>
                </figure>
              </p>
              <p rend="alinéa">Ici la valeur de la marchandise reçoit son expression dans
              la valeur d’usage non pas d’une seule, mais de beaucoup de marchandises, qui
              jouent le rôle d’équivalent, En même temps les rapports quantitatifs, dans
              lesquels s’effectue l’échange, prennent un caractère plus constant. À ce
              degré toutefois se conserve encore l’échange direct d’une marchandise contre
              une autre.</p>
              <p rend="alinéa">Avec le développement de la division sociale du travail et
              de la production marchande, la forme d’échange direct d’une marchandise
              contre une autre devient insuffisante. On voit surgir, dans le processus de
              l’échange, des difficultés dues à l’accroissement des contradictions de la
              production marchande, des contradictions entre travail privé et travail
              social, entre la valeur d’usage et la valeur d’une marchandise. De plus en
              plus souvent apparaît une situation dans laquelle, par exemple, le possesseur
              d’une paire de bottes a besoin d’une hache, mais la valeur d’usage des bottes
              fait obstacle à l’échange, car le possesseur de la hache a besoin non de
              bottes, mais de grain : la transaction ne peut avoir lieu entre ces deux
              possesseurs de marchandises. Alors le possesseur de bottes échange sa
              marchandise contre la marchandise qui est plus souvent demandée en échange,
              et que tout le monde accepte volontiers, par exemple un mouton, et il échange
              contre ce mouton la hache qui lui est nécessaire. Quant au possesseur de la
              hache, une fois qu’il a reçu en échange de sa hache un mouton, il échange
              celui-ci contre du grain. C’est ainsi que sont résolues les contradictions de
              l’échange direct. L’échange direct d’une marchandise contre une autre
              disparaît progressivement. De la masse des marchandises, il s’en dégage une,
              par exemple le bétail, contre laquelle on commence à échanger toutes les
              marchandises. À ce degré de développement de l’échange correspond la forme
              <emph xml:id="term04formgener">générale</emph> de la
              valeur :</p>
              <p rend="centralign">
                <figure xml:id="page82a">
                  <svg
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                    <title>fig82a</title>
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                        = un mouton.
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                      <text transform="translate(0,35)">
                                 40 kilogrammes de grain, ou
                        <tspan  x="0" dy="28">20 mètres de toile, ou</tspan>
                        <tspan x="10" dy="28">2 haches, ou</tspan>
                        <tspan x="10" dy="28">3 grammes d’or, etc.</tspan>
                      </text>
                    </g>
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                       C 17.880452,75.168089 19.080243,78.875728 19.255561,83.300401
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                       C 17.705306,98.684707 17.361399,102.22019 17.192983,103.63473
                       C 16.849249,108.58476 17.192983,113.53479 18.224186,117.42346
                       C 19.080243,120.60574 22.174196,126.09 23.036983,126.09
                       C 23.380717,126.09 23.724451,125.7368 23.724451,125.38184
                       C 23.724451,125.20258 23.380717,124.67545 23.036983,124.14122
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                       C 19.767884,110.70569 19.94303,108.05053 20.799087,101.33277
                       C 21.142821,98.684707 21.486728,95.50242 21.661873,94.260033
                       C 22.349514,85.774527 20.974405,78.522535 17.536718,73.219315
                       C 17.017665,72.511155 16.673931,71.804769 16.673931,71.804769
                       C 16.673931,71.804769 17.017665,71.098383 17.536718,70.390222
                       C 20.974405,65.087003 22.349514,57.83501 21.661873,49.168471
                       C 21.486728,48.107117 21.142821,44.92483 20.799087,42.097512
                       C 19.94303,35.559004 19.767884,32.903845 19.767884,30.074752
                       C 20.111618,25.477918 20.974405,22.469566 23.036983,19.468313
                       C 23.724451,18.406959 23.89977,18.053766 23.556035,17.700573
                       C 23.036983,17.345606 22.693249,17.51954 21.830462,18.760152 z "
                       style="fill:black; fill-rule:evenodd; stroke:#000000; stroke-width:0pt;
                       stroke-linecap:butt; stroke-linejoin:round; stroke-miterlimit:10"/>
                       </g>
                  </svg>
                </figure>
              </p>
              <p rend="alinéa">La forme générale de la valeur se caractérise par Je fait
              que toutes les marchandises commencent à s’échanger contre une marchandise
              qui joue le rôle d’<emph xml:id="term04equivgen">équivalent
              général</emph>. Cependant, dans cette phase, le rôle d’équivalent général
              n’a pas encore été réservé à une seule marchandise. Selon les lieux, ce rôle
              est rempli par des marchandises différentes. Là, c’est le bétail ; ici,
              ce sont les fourrures ; ailleurs encore, c’est le sel, etc.</p>
              <p rend="alinéa">L’accroissement des forces productives, l’apparition des
              outils de métal et de la deuxième grande division sociale du travail, la
              séparation de l’artisanat et de l’agriculture, amènent le développement de la
              production marchande et l’élargissement du marché. L’abondance de
              marchandises d’espèces différentes, jouant le rôle d’équivalent général,
              entre en contradiction avec les besoins croissants du marché, qui exige
              l’adoption d’un équivalent unique.</p>
              <p rend="alinéa">Lorsque le rôle d’équivalent général se fut attaché à une
              seule marchandise, on a vu surgir la forme <emph xml:id=
              "term04formmonnaie">monnaie</emph> de la valeur. Divers métaux ont joué le rôle
              de monnaie, mais en fin de compte, il a été réservé aux métaux précieux, l’or
              et l’argent. L’argent et l’or présentent au plus haut degré toutes les
              qualités qui rendent les métaux propres à jouer le rôle de monnaie : ils
              sont homogènes, divisibles, inaltérables et ont une grande valeur sous un
              poids et un volume faibles. C’est pourquoi la fonction de la monnaie échut
              aux métaux précieux, et finalement à l’or.</p>
              <p rend="alinéa">La forme monnaie de la valeur peut être représentée de la
              façon suivante :</p>
              <p rend="centralign">
                <figure xml:id="page82b">
                  <svg
                    xmlns:svg="http://www.w3.org/2000/svg"
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                    <title>fig82b</title>
                    <defs>
                      <style type="text/css">
                      g#fig82btextes {font-size:16px;}
                      </style>
                    </defs>
                    <g id="fig82btextes">
                      <text transform="translate(270,76)">
                        = 3 grammes d’or.
                      </text>
                      <text transform="translate(0,35)">
                                  40 kilogrammes de grain, ou
                        <tspan  x="0" dy="28">20 mètres de toile, ou</tspan>
                        <tspan x="10" dy="28">1 mouton, ou</tspan>
                        <tspan x="10" dy="28">2 haches, etc.</tspan>
                      </text>
                    </g>
                    <g  transform="translate(230,17)">
                      <path transform="rotate(180 22 63)"
                         d="M 21.830462,18.760152
                         C 20.630671,20.348633 18.911827,24.065146 18.224186,26.005046
                         C 17.192983,30.074752 16.849249,35.024778 17.192983,39.802645
                         C 17.361399,41.389351 17.705306,44.92483 18.224186,47.753924
                         C 19.080243,54.478789 19.255561,57.307883 19.255561,60.136976
                         C 19.080243,64.73381 17.880452,68.441449 15.986462,70.917349
                         C 15.642556,71.270542 15.47414,71.623735 15.47414,71.804769
                         C 15.47414,71.985802 15.642556,72.338995 15.986462,72.692188
                         C 17.880452,75.168089 19.080243,78.875728 19.255561,83.300401
                         C 19.255561,86.301654 19.080243,89.130748 18.224186,95.67458
                         C 17.705306,98.684707 17.361399,102.22019 17.192983,103.63473
                         C 16.849249,108.58476 17.192983,113.53479 18.224186,117.42346
                         C 19.080243,120.60574 22.174196,126.09 23.036983,126.09
                         C 23.380717,126.09 23.724451,125.7368 23.724451,125.38184
                         C 23.724451,125.20258 23.380717,124.67545 23.036983,124.14122
                         C 20.974405,121.13997 20.111618,118.13162 19.767884,113.53479
                         C 19.767884,110.70569 19.94303,108.05053 20.799087,101.33277
                         C 21.142821,98.684707 21.486728,95.50242 21.661873,94.260033
                         C 22.349514,85.774527 20.974405,78.522535 17.536718,73.219315
                         C 17.017665,72.511155 16.673931,71.804769 16.673931,71.804769
                         C 16.673931,71.804769 17.017665,71.098383 17.536718,70.390222
                         C 20.974405,65.087003 22.349514,57.83501 21.661873,49.168471
                         C 21.486728,48.107117 21.142821,44.92483 20.799087,42.097512
                         C 19.94303,35.559004 19.767884,32.903845 19.767884,30.074752
                         C 20.111618,25.477918 20.974405,22.469566 23.036983,19.468313
                         C 23.724451,18.406959 23.89977,18.053766 23.556035,17.700573
                         C 23.036983,17.345606 22.693249,17.51954 21.830462,18.760152 z "
                         style="fill:black; fill-rule:evenodd; stroke:#000000; stroke-width:0pt;
                         stroke-linecap:butt; stroke-linejoin:round; stroke-miterlimit:10"/>
                       </g>
                  </svg>
                </figure>
              </p>
              <p rend="alinéa">Avec la forme monnaie, la valeur de toutes les marchandises
              s’exprime dans la valeur d’usage d’une seule marchandise, qui est devenue
              équivalent général.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi la monnaie a fait son apparition à la suite d’un long
              processus de développement de l’échange et des formes de la valeur. Avec
              l’apparition de la monnaie s’effectue la division du monde des marchandises
              selon deux pôles : à un pôle restent les marchandises courantes ; à
              l’autre se trouve la marchandise qui joue le rôle de monnaie. Désormais
              toutes les marchandises commencent à exprimer leur valeur en
              marchandise-monnaie. Par conséquent, la monnaie, contrairement à toutes les
              autres marchandises, joue le rôle d’incarnation générale de la valeur,
              d’équivalent général. La monnaie a la faculté de pouvoir être échangée
              directement contre toutes les marchandises, et ainsi de servir de moyen de
              satisfaction de tous les besoins des possesseurs de marchandises, tandis que
              toutes les autres marchandises ne sont à même de satisfaire qu’une espèce de
              besoins particuliers, par exemple les besoins en pain, en vêtements, etc…</p>
              <p rend="alinéa">Par conséquent, la <emph xml:id=
              "term04monnaie">monnaie</emph> est une marchandise qui sert d’équivalent
              général pour toutes les marchandises ; elle incarne le travail social et
              exprime les rapports de production entre les producteurs de marchandises.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="5" xml:id="chap04sect05">
              <head>4.5. Les fonctions de la monnaie.</head>
              <p rend="alinéa">À mesure que la production marchande croît, se développent
              les fonctions exercées par la monnaie. Dans une production marchande évoluée
              la monnaie sert :
              1<hi rend="ordinal">o</hi> de mesure de la valeur ;
              2<hi rend="ordinal">o</hi> de moyen de circulation ;
              3<hi rend="ordinal">o</hi> de moyen d’accumulation ;
              4<hi rend="ordinal">o</hi> de moyen de paiement
              et 5<hi rend="ordinal">o</hi> de monnaie universelle.</p>
              <p rend="alinéa">La fonction essentielle de la monnaie est de servir de
              <emph xml:id="term04mesurval">mesure de la valeur</emph> des
              marchandises. C’est au moyen de la monnaie que le travail privé des
              producteurs de marchandises trouve une expression sociale, que s’opère le
              contrôle spontané et la mesure de la valeur de toutes les marchandises. La
              valeur d’une marchandise ne peut être exprimée directement en temps de
              travail, puisque dans les conditions d’isolement et de dispersion des
              producteurs privés il est impossible de déterminer la quantité de travail que
              dépense non pas un producteur isolé, mais la société dans son ensemble pour
              la production de telle ou telle marchandise. De ce fait la valeur de la
              marchandise ne peut être exprimée qu’indirectement, en assimilant la
              marchandise à la monnaie dans le processus d’échange.</p>
              <p rend="alinéa">Pour remplir la fonction de mesure de la valeur, la monnaie
              doit être elle-même une marchandise, posséder une valeur. De même que la
              pesanteur d’un corps ne peut être mesurée qu’à l’aide d’un corps pesant, de
              même la valeur d’une marchandise ne peut être mesurée qu’à l’aide d’une
              marchandise ayant une valeur.</p>
              <p rend="alinéa">La mesure de la valeur des marchandises par le moyen de
              l’or se fait avant que s’effectue l’échange d’une marchandise donnée contre
              de la monnaie. Pour exprimer en monnaie la valeur des marchandises, il n’est
              pas nécessaire d’avoir en main de l’argent liquide. En fixant un prix
              déterminé pour une marchandise, le possesseur exprime mentalement ou, comme
              le dit Marx, idéalement, la valeur de la marchandise en or.</p>
              <p rend="alinéa">Cela est possible parce que, dans la réalité vivante, il
              existe un rapport déterminé entre la valeur de l’or et celle d’une
              marchandise donnée ; à la base de ce rapport se trouve le travail
              socialement nécessaire dépensé pour leur production.</p>
              <p rend="alinéa">La valeur d’une marchandise, exprimée en monnaie, s’appelle
              son prix. Le <emph xml:id="term04prix">prix</emph> est
              l’expression monétaire de la valeur de la marchandise.</p>
              <p rend="alinéa">Les marchandises expriment leur valeur en des quantités
              déterminées d’argent ou d’or. Ces quantités de marchandise-monnaie doivent
              être mesurées à leur tour. D’où la nécessité d’une unité de mesure de la
              monnaie. Cette unité est constituée par un certain poids du métal devenu
              monnaie.</p>
              <p rend="alinéa">En Angleterre, par exemple, l’unité monétaire s’appelle
              livre sterling ; autrefois, elle correspondait à une livre d’argent.
              Plus tard, les unités de monnaie se sont différenciées des unités de poids.
              Cela est dû à l’emprunt de monnaies étrangères, au passage de l’argent à
              l’or, et principalement à la dépréciation des pièces de monnaie par les
              gouvernements, qui peu à peu en diminuèrent le poids. Pour faciliter la
              mesure les unités monétaires se divisent en parties plus petites : le
              rouble en 100 kopeks ; le dollar en 100 cents ; le franc en 100
              centimes, etc.</p>
              <p rend="alinéa">L’unité monétaire avec ses subdivisions sert
              d’<emph xml:id="term04etalprix">étalon des prix</emph>. À ce titre, la
              monnaie joue un tout autre rôle qu’en tant que mesure de la valeur. Comme
              mesure de la valeur, la monnaie mesure la valeur des autres
              marchandises ; en tant qu’étalon des prix, elle mesure la quantité du
              métal monétaire. La valeur de la marchandise-monnaie varie avec les
              variations de la quantité de travail socialement nécessaire à sa production.
              Le changement de valeur de l’or n’affecte pas sa fonction d’étalon des prix.
              Quelles que soient les variations de la valeur de l’or, le dollar reste
              toujours cent fois supérieur au cent.</p>
              <p rend="alinéa">L’État peut modifier la teneur en or de l’unité monétaire,
              mais il ne peut changer le rapport de valeur entre l’or et les autres
              marchandises. Si l’État diminue la quantité d’or contenue dans une unité
              monétaire, c’est-à-dire s’il en diminue la teneur en or, le marché réagira
              par une hausse des prix, et la valeur de la marchandise s’exprimera comme par
              le passé en une quantité d’or qui correspond au travail dépensé pour la
              fabrication de cette marchandise. Seulement, pour exprimer maintenant la même
              quantité d’or, il faut un plus grand nombre d’unités monétaires
              qu’auparavant.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les prix des marchandises peuvent monter ou s’abaisser sous
              l’influence des variations que subissent la valeur des marchandises, ainsi
              que la valeur de l’or. La valeur de l’or, comme celle de toutes les autres
              marchandises, dépend de la productivité du travail. Ainsi, la découverte de
              l’Amérique avec ses riches ruines d’or a amené une « révolution »
              dans les prix. L’or en Amérique était extrait avec moins de travail qu’en
              Europe. L’afflux en Europe de l’or américain à meilleur marché a provoqué une
              hausse générale des prix.</p>
              <p rend="alinéa">La monnaie fait fonction de <emph xml:id=
              "term04moycircul">moyen de circulation</emph>. L’échange des marchandises
              effectué avec de la monnaie s’appelle circulation des marchandises. La
              circulation des marchandises est étroitement liée à la circulation de la
              monnaie : lorsque la marchandise passe des mains du vendeur dans celles
              de l’acheteur, la monnaie passe des mains de l’acheteur dans celles du
              vendeur. La fonction de la monnaie comme moyen de circulation consiste
              précisément dans son rôle d’intermédiaire dans le processus de circulation
              des marchandises. Pour remplir cette fonction la monnaie est
              indispensable.</p>
              <p rend="alinéa">À l’origine, dans l’échange des marchandises, la monnaie se
              présentait directement sous forme de lingots d’argent ou d’or. Cela créait
              certaines difficultés ; nécessité de peser le métal-monnaie, de le
              fragmenter en petites parcelles, d’en établir le titre. Peu à peu les lingots
              de métal-monnaie furent remplacés par des pièces de monnaie. La
              <emph xml:id="term04pcemonnaie">pièce de monnaie</emph> est un lingot de
              métal de forme, de poids et de valeur déterminés, qui sert de moyen de
              circulation. La frappe des monnaies fut centralisée entre les mains de
              l’État.</p>
              <p rend="alinéa">Dans le processus de circulation, les monnaies s’usent et
              perdent une partie de leur valeur. La pratique de la circulation monétaire
              montre que les pièces usées peuvent faire office de moyen de circulation
              aussi bien que les pièces de monnaie demeurées intactes. Cela s’explique par
              le fait que la monnaie dans sa fonction de moyen de circulation joue un rôle
              passager. En règle générale, le vendeur d’une marchandise l’échange contre de
              la monnaie pour acheter avec cette monnaie une autre marchandise. Par
              conséquent, la monnaie comme moyen de circulation ne doit pas avoir
              obligatoirement une valeur propre.</p>
              <p rend="alinéa">Constatant la circulation des pièces de monnaie usées, les
              gouvernements se sont mis sciemment à déprécier les pièces de monnaie, à en
              diminuer le poids, à abaisser le titre du métal-monnaie, sans changer la
              valeur nominale de la pièce de monnaie, c’est-à-dire la quantité d’unités
              monétaires marquées sur les pièces. Les pièces de monnaie devenaient de plus
              en plus des symboles de valeur, des <emph xml:id=
              "term04sigmonnaie">signes monétaires</emph>. Leur valeur réelle est de beaucoup
              inférieure à leur valeur nominale.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le dédoublement de la marchandise en marchandise et en
              monnaie marque le développement des contradictions de la production
              marchande. Lors de l’échange direct d’une marchandise contre une autre,
              chaque transaction présente un caractère isolé, la vente est inséparable de
              l’achat. Tout autre est l’échange effectué par l’intermédiaire de la monnaie,
              c’est-à-dire la circulation des marchandises. Ici, l’échange suppose une
              multitude de liens entre producteurs et un entrelacement constant de leurs
              transactions. Il offre la possibilité de séparer la vente et l’achat. Le
              producteur peut vendre sa marchandise et garder pour un temps la monnaie
              qu’il a retirée de cette vente. Lorsque beaucoup de producteurs vendent sans
              acheter, il peut se produire un arrêt dans l’écoulement des marchandises.
              Ainsi, déjà dans la circulation simple des marchandises se trouve impliquée
              la possibilité des crises. Mais pour que les crises deviennent inévitables,
              il faut une série de conditions qui n’apparaissent qu’avec le passage au mode
              de production capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">La monnaie fait fonction de <emph xml:id=
              "term04moyaccumul">moyen d’accumulation</emph> ou de
              <emph xml:id="term04moythesaur">moyen de thésaurisation</emph>. La monnaie
              devient trésor dans les cas où elle est retirée de la circulation. Comme on
              peut toujours convertir la monnaie en n’importe quelle marchandise, elle est
              le représentant universel de la richesse. On peut la garder en n’importe
              quelle quantité. Les producteurs accumulent de la monnaie, par exemple pour
              l’achat de moyens de production ou à titre d’épargne. Le pouvoir de la
              monnaie grandit avec le développement de la production marchande. C’est ce
              qui engendre la passion de l’épargne de la monnaie, la passion de la
              thésaurisation. Seule la monnaie non dépréciée peut exercer la fonction de
              thésaurisation : les pièces d’or et d’argent, les lingots d’or et
              d’argent, ainsi que les objets en or et en argent.</p>
              <p rend="alinéa">Quand ce sont les pièces d’or ou d’argent qui servent de
              monnaie, leur quantité s’adapte spontanément aux besoins de la circulation
              des marchandises. En cas de diminution de la production des marchandises et
              de réduction du commerce, une partie des pièces d’or est retirée de la
              circulation et est thésaurisée. Par contre, quand la production s’élargit et
              que le commerce s’accroît, ces pièces de monnaie rentrent de nouveau dans la
              circulation.</p>
              <p rend="alinéa">La monnaie exerce la fonction de
              <emph xml:id="term04moypaiement">moyen de paiement</emph>. En tant que
              moyen de paiement elle intervient dans les cas où l’achat et la vente de la
              marchandise se font à <emph xml:id="term04credit">crédit</emph>,
              c’est-à-dire quand le paiement est différé. Dans l’achat à crédit, la remise
              de la marchandise des mains du vendeur dans celles de l’acheteur se fait sans
              paiement immédiat de la marchandise achetée. À l’échéance du paiement de la
              marchandise, l’acheteur verse la monnaie au vendeur pour la marchandise dont
              la livraison a déjà été effectuée auparavant. La monnaie sert aussi de moyen
              de paiement quand elle sert à acquitter les impôts, la rente foncière, etc.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La fonction de la monnaie comme moyen de paiement reflète
              le développement des contradictions de la production marchande. Les liaisons
              entre les divers producteurs s’étendent, leur interdépendance s’accroît.
              L’acheteur devient débiteur, le vendeur se transforme en créancier. Lorsque
              beaucoup de possesseurs de marchandises achètent à crédit, le défaut de
              paiement de traites à leur échéance, par l’un ou plusieurs des débiteurs,
              peut se répercuter sur toute la chaîne des obligations de paiement et
              provoquer la faillite d’un certain nombre de possesseurs de marchandises,
              liés les uns aux autres par des rapports de crédit. C’est ainsi que la
              possibilité des crises, impliquée déjà dans la fonction de la monnaie comme
              moyen de circulation, s’accentue.</p>
              <p rend="alinéa">L’analyse des fonctions exercées par la monnaie comme moyen
              de circulation et comme moyen de paiement permet d’établir la loi déterminant
              la quantité de monnaie nécessaire à la circulation des marchandises.</p>
              <p rend="alinéa">Les marchandises se vendent et s’achètent en beaucoup
              d’endroits simultanément. La quantité de monnaie nécessaire a la circulation
              à une période donnée dépend tout d’abord de la <emph xml:id=
              "term04sommprix">somme des prix</emph> des marchandises en circulation ;
              cette somme dépend à son tour de la quantité de marchandises et du prix de
              chaque marchandise prise à part. En outre, il faut tenir compte de la
              <emph xml:id="term04vitesse">vitesse</emph> avec laquelle la
              monnaie circule. Quand la monnaie circule plus vite, il en faut moins pour la
              circulation, et inversement. Si, par exemple, pendant une période donnée,
              mettons un an, il se vend pour un milliard de dollars de marchandises, et si
              chaque dollar effectue en moyenne cinq rotations, il faudra 200 millions de
              dollars pour la circulation de toute la masse des marchandises.</p>
              <p rend="alinéa">Grâce au crédit que les producteurs s’accordent les uns aux
              autres, le besoin de monnaie diminue de la somme des prix des marchandises
              vendues à crédit, ainsi que des créances réciproques qui s’annulent au jour
              de l’échéance. L’argent liquide n’est nécessaire que pour acquitter les
              dettes, dont le remboursement est venu à échéance.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi donc, la loi de la circulation monétaire est la
              suivante : <emph>la quantité de monnaie nécessaire à la
              circulation des marchandises doit égaler la somme des prix de toutes les
              marchandises, divisée par la moyenne des rotations des unités monétaires de
              même nom</emph>. De la somme des prix de toutes les marchandises, il faut
              déduire la somme des prix des marchandises vendues à crédit, les sommes
              mutuellement remboursables et y ajouter les sommes dont le remboursement est
              venu à échéance.</p>
              <p rend="alinéa">Cette loi a une portée générale pour toutes les formations
              sociales où il y a production et circulation marchandes.</p>
              <p rend="alinéa">Enfin la monnaie joue le rôle de <emph>monnaie
              universelle</emph> dans le trafic entre les pays. Le rôle de monnaie
              universelle ne peut être joué par des pièces de monnaie dévalorisées ou par
              du papier-monnaie. Sur le marché mondial, la monnaie perd la forme de pièces
              de monnaie et se présente sous son aspect primitif de lingots de métal
              précieux. Sur le marché mondial dans les transactions entre les pays, l’or
              est le moyen d’achat universel, dans le règlement des marchandises importées
              d’un pays dans un autre ; il est le moyen de paiement universel dans
              l’amortissement des dettes internationales, dans le paiement des intérêts des
              emprunts extérieurs et des autres obligations ; il est l’incarnation de
              la richesse sociale dans les transferts de richesse sous forme monétaire d’un
              pays dans un autre, par exemple dans les cas d’exportation de capitaux en
              monnaie, destinés à des placements dans des banques étrangères ou à des
              octrois de prêts ainsi que dans les impositions de contributions par un pays
              vainqueur à un pays vaincu, etc.</p>
              <p rend="alinéa">Le développement des fonctions exercées par la monnaie
              exprime le progrès de la production marchande et de ses contradictions. La
              monnaie dans les formations sociales fondées sur l’exploitation de l’homme
              par l’homme a une nature de classe : elle est un moyen d’accaparer le
              travail d’autrui. Elle a joué ce rôle dans les sociétés esclavagiste et
              féodale. Nous verrons par la suite que c’est dans la société capitaliste que
              la monnaie sert au plus haut degré d’instrument d’exploitation des
              travailleurs.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="6" xml:id="chap04sect06">
              <head>4.6. L’or et le papier-monnaie.</head>
              <p rend="alinéa">Quand la production marchande est développée, on emploie
              souvent pour les achats et les paiements, au lieu de pièces d’or, le
              papier-monnaie qui les remplace. L’émission du papier-monnaie a été engendrée
              par la pratique de la circulation des pièces usées et dépréciées, qui
              devenaient des symboles d’or, des signes monétaires.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>papier-monnaie</emph> consiste en
              signes monétaires émis par l’État et ayant cours forcé, qui remplacent l’or
              dans sa fonction de moyen de circulation. Il n’a pas de valeur propre. Aussi
              ne peut-il pas remplir la fonction de mesure de la valeur des marchandises.
              Quelle que soit la quantité de papier-monnaie émis, elle ne représente que la
              valeur de la quantité d’or, nécessaire pour assurer les échanges. Le
              papier-monnaie n’est pas échangeable avec l’or.</p>
              <p rend="alinéa">Si le papier-monnaie est émis proportionnellement à la
              quantité d’or nécessaire à la circulation, son pouvoir d’achat, c’est-à-dire
              la quantité de marchandises qu’il permet d’acheter, coïncide avec le pouvoir
              d’achat de la monnaie d’or. Mais l’État émet généralement le papier-monnaie
              pour couvrir ses dépenses, notamment pendant les guerres, les crises et
              autres bouleversements, sans tenir compte des besoins de la circulation des
              marchandises. Lorsque la production et la circulation des marchandises se
              contractent, ou qu’on émet une quantité excessive de papier-monnaie, celle-ci
              excède la quantité d’or nécessaire aux échanges. Admettons que l’on ait émis
              deux fois plus de monnaie qu’il n’est nécessaire. En ce cas, chaque unité de
              papier-monnaie (dollar, mark, franc, etc.) représentera une quantité d’or
              deux fois moindre, c’est-à-dire que le papier-monnaie sera déprécié de
              moitié.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les premiers essais d’émission de papier-monnaie ont
              eu lieu en Chine dès le 12<hi rend="ordinal">e</hi> siècle ; du
              papier-monnaie fut émis en Amérique en 1690, en France, en 1716 ;
              l’Angleterre a procédé aux émissions de papier-monnaie pendant les guerres de
              Napoléon. En Russie, le papier-monnaie a été émis pour la première fois sous
              le règne de Catherine II.</p>
              <p rend="alinéa">L’émission excessive de papier-monnaie, qui entraîne sa
              dépréciation et qui est utilisée par les classes régnantes pour faire
              retomber les dépenses de l’État sur le dos des masses laborieuses et en
              renforcer l’exploitation, porte le nom <emph>d’inflation</emph>.
              Celle-ci, en provoquant la hausse des prix des produits, affecte surtout les
              travailleurs, car le salaire des ouvriers et des employés reste en retard sur
              la montée des prix. L’inflation profite aux capitalistes et aux propriétaires
              fonciers, surtout par suite de l’abaissement du salaire réel des ouvriers de
              l’industrie et de l’agriculture. L’inflation favorise les capitalistes et les
              propriétaires terriens qui exportent leurs marchandises à l’étranger. Par
              suite de la chute du salaire réel et de la diminution des dépenses de
              production qui en résulte, il devient possible de concurrencer avec succès
              les capitalistes et les propriétaires terriens étrangers et d’accroître
              l’écoulement de ses propres marchandises.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="7" xml:id="chap04sect07">
              <head>4.7. La loi de la valeur est la loi économique de la production marchande.</head>
              <p rend="alinéa">Dans l’économie marchande fondée sur la propriété privée,
              les marchandises sont fabriquées par des producteurs privés, isolés. Entre
              les producteurs de marchandises règnent la concurrence et la lutte. Chacun
              s’efforce d’évincer l’autre, de maintenir et d’élargir ses positions sur le
              marché. La production se fait sans aucun plan d’ensemble. Chacun produit pour
              son compte, indépendamment des autres, nul ne connaît quel besoin les
              marchandises qu’il produit doivent satisfaire ni le nombre des autres
              producteurs qui travaillent à la fabrication de la même marchandise, ni s’il
              pourra vendre sa marchandise au marché et si sa dépense de travail sera
              dédommagée. Avec le développement de la production marchande, le pouvoir du
              marché sur le producteur se renforce de plus en plus.</p>
              <p rend="alinéa">Cela veut dire que dans la production marchande fondée sur
              la propriété privée des moyens de production agit <emph>la loi
              économique de la concurrence et de l’anarchie de la production</emph>. Cette
              loi exprime le caractère spontané de la production et de l’échange, la lutte
              entre les producteurs privés pour des conditions plus avantageuses de la
              production et de la vente des marchandises.</p>
              <p rend="alinéa">Dans les conditions de l’anarchie de la production, qui
              règne dans l’économie marchande fondée sur la propriété privée, c’est la loi
              de la valeur agissant par la concurrence du marché, qui joue le rôle de
              régulateur spontané de la production.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>loi de la valeur</emph> est la loi
              économique de la production des marchandises, d’après laquelle l’échange des
              marchandises s’opère conformément à la quantité de travail socialement
              nécessaire à leur production.</p>
              <p rend="alinéa">Spontanément la loi de la valeur
              <emph>règle</emph>, par le mécanisme des prix, <emph>la
              répartition du travail social et des moyens de production entre les diverses
              branches de l’économie marchande</emph>. Sous l’influence des fluctuations qui
              se produisent dans le rapport de l’offre et de la demande, les prix des
              marchandises s’écartent sans cesse de leur valeur (au-dessus ou en dessous de
              celle-ci). Ces écarts ne sont pas le résultat de quelque déficience de la loi
              de la valeur ; au contraire, c’est le seul moyen pour cette loi de se
              réaliser. Dans une société où la production est détenue par des propriétaires
              privés qui travaillent à l’aveuglette, seules les fluctuations spontanées des
              prix sur le marché font connaître aux producteurs quels sont les produits qui
              sont en excédent ou qui manquent par rapport à la demande solvable de la
              population. Seules les fluctuations spontanées des prix autour de la valeur
              obligent les producteurs à élargir ou à réduire la production de telle ou
              telle marchandise. Sous l’influence de la variation des prix, les producteurs
              se tournent vers les branches plus avantageuses, où les prix des marchandises
              sont supérieurs à leur valeur, et ils se retirent de celles où les prix des
              marchandises sont inférieurs à leur valeur.</p>
              <p rend="alinéa">L’action de la loi de la valeur conditionne le
              <emph>développement des forces productives</emph> de l’économie marchande.
              Comme on le sait, la grandeur de la valeur d’une marchandise est déterminée
              par le travail socialement nécessaire. Les producteurs qui appliquent pour la
              première fois une technique plus avancée, produisent leurs marchandises avec
              des dépenses inférieures aux dépenses socialement nécessaires ; ils les
              vendent cependant à des prix correspondant au travail socialement nécessaire.
              Ce faisant, ils reçoivent un surplus de monnaie et s’enrichissent. Cela
              incite les autres producteurs à moderniser leurs entreprises au point de vue
              technique. C’est ainsi qu’à la suite d’actions disséminées de producteurs
              isolés, qui ne songent qu’à leur profit personnel, la technique progresse,
              les forces productives de la société se développent.</p>
              <p rend="alinéa">La concurrence et l’anarchie de la production font que la
              répartition du travail et des moyens de production entre les différentes
              branches, et le développement des forces productives dans l’économie
              marchande, sont réalisés au prix de grosses pertes de travail social et
              aboutissent à une aggravation constante des contradictions de cette
              économie.</p>
              <p rend="alinéa">Dans le cadre de la production marchande fondée sur la
              propriété privée, l’action de la loi de la valeur conduit à
              <emph>la naissance et au développement des rapports capitalistes</emph>. Les
              variations spontanées des prix du marché autour de la valeur, les écarts des
              dépenses individuelles de travail par rapport au travail socialement
              nécessaire qui détermine la grandeur de la valeur de la marchandise,
              accentuent l’inégalité économique et la lutte entre les producteurs. La
              concurrence provoque la <emph>ruine</emph> et la disparition de
              certains producteurs qui deviennent des prolétaires,
              <emph>l’enrichissement</emph> de certains autres, qui deviennent des
              capitalistes. L’action de la loi de la valeur conduit ainsi à la
              différenciation des producteurs.</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">[…] la petite production <emph>engendre</emph> le capitalisme et la
                    bourgeoisie constamment, chaque jour, à chaque heure, d’une manière
                    spontanée et dans de vastes proportions.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    <author>V. Lénine</author>,
                    « La Maladie infantile du communisme (le gauchisme) »,
                    <title>Œuvres</title>, t. 31, p. 18.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
            </div4>
            <div4 type="section" n="8" xml:id="chap04sect08">
              <head>4.8. Le caractère fétiche de la marchandise.</head>
              <p rend="alinéa">Dans le cadre de la production marchande fondée sur la
              propriété privée des moyens de production, le lien social qui existe entre
              les hommes dans le processus de production ne se manifeste que par l’échange
              des objets-marchandises. Le sort des producteurs se trouve étroitement lié à
              celui des objets-marchandises qu’ils ont créés. Les prix des marchandises
              varient sans cesse indépendamment de la volonté et de la conscience des
              hommes, cependant que le niveau des prix est souvent une question de vie et
              de mort pour les producteurs.</p>
              <p rend="alinéa">Les rapports des choses masquent les rapports sociaux entre
              les hommes. Ainsi, la valeur de la marchandise exprime le rapport social
              entre producteurs, toutefois elle apparaît comme une propriété aussi
              naturelle de la marchandise que, par exemple, sa couleur ou son poids.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">C’est seulement un rapport social déterminé des hommes entre eux qui revêt
                  ici pour eux la forme fantastique d’un rapport des choses entre elles.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  K. Marx,
                  <title>Le Capital</title>,
                  livre 1, t. 1, p. 85<!-- Vérifier référence -->.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Ainsi, dans l’économie marchande fondée sur la propriété
              privée, les rapports de production entre les hommes se présentent
              inévitablement comme des rapports entre objets-marchandises. C’est dans cette
              matérialisation des rapports de production que réside justement le
              <emph>caractère fétiche</emph><note xml:id="not01chap04sect08" n="1"
              place="bottom">La matérialisation des rapports de production,
              inhérente à la production des marchandises, porte le nom de « fétichisme
              marchand » par analogie avec le fétichisme religieux qui consiste dans
              la déification par les hommes primitifs des objets qu’ils avaient eux-mêmes
              créés.</note> propre à la production des marchandises.</p>
              <p rend="alinéa">Le fétichisme de la marchandise se manifeste de façon
              particulièrement éclatante dans la monnaie. La monnaie dans l’économie
              marchande est une force énorme qui confère un pouvoir sur les hommes. Tout
              s’achète avec de la monnaie. On a l’impression que cette faculté de tout
              acheter est la propriété naturelle de l’or, alors que, en réalité, elle
              résulte de rapports sociaux déterminés.</p>
              <p rend="alinéa">Le fétichisme de la marchandise a des racines profondes
              dans la production marchande, où le travail du producteur se manifeste
              directement comme travail privé, et où son caractère social n’apparaît que
              dans l’échange des marchandises. C’est seulement avec l’abolition de la
              propriété privée des moyens de production que disparaît le caractère fétiche
              de la marchandise.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume" n="4" xml:id="chap04resume">
              <head>Résumé du chapitre 4</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
                <item>
                  <p rend="alinéa">La production marchande simple des artisans et des paysans est à
                  l’origine du capitalisme. Elle diffère de la production capitaliste en ce
                  qu’elle repose sur le travail individuel du producteur. Elle a en même
                  temps une base analogue à la production capitaliste, puisqu’elle est fondée
                  sur la propriété privée des moyens de production. Sous le régime
                  capitaliste, quand, tout comme les produits du travail, la force de travail
                  devient aussi marchandise, la production marchande prend un caractère
                  prédominant, universel.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">La marchandise est un objet produit en vue de rechange. Elle
                  constitue d’une part une valeur d’usage, d’autre part une valeur proprement
                  dite. Le travail qui crée la marchandise possède un double caractère. Le
                  travail concret est celui que l’on dépense sous une forme déterminée ;
                  il crée la valeur d’usage de la marchandise. Le travail abstrait est une
                  dépense de force humaine de travail en général ; il crée la valeur de
                  la marchandise.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">La valeur est le travail social — matérialisé dans la marchandise
                  — des producteurs. La valeur est une catégorie historique propre uniquement
                  à l’économie marchande. La grandeur de la valeur d’une marchandise est
                  déterminée par le travail socialement nécessaire à sa production. La
                  contradiction de la production marchande simple réside en ce que le travail
                  des producteurs, qui est directement leur affaire privée, revêt en même
                  temps un caractère social.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">Le développement des contradictions dans la production marchande
                  fait que, de la masse des marchandises, il s en dégage spontanément une,
                  qui devient monnaie. La monnaie est une marchandise qui joue le rôle
                  d’équivalent général. La monnaie exerce les fonctions suivantes :
                  1<hi rend="ordinal">o</hi> mesure de la valeur ;
                  2<hi rend="ordinal">o</hi> moyen de circulation ;
                  3<hi rend="ordinal">o</hi> moyen d’accumulation ;
                  4<hi rend="ordinal">o</hi> moyen de paiement et
                  5<hi rend="ordinal">o</hi> monnaie universelle.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">Avec le développement de la circulation monétaire apparaît le
                  papier-monnaie. Celui-ci, n’ayant pas de valeur propre, est le signe de la
                  monnaie métallique qu’il remplace comme moyen de circulation. L’émission
                  excessive de papier-monnaie, qui en provoque la dépréciation (inflation),
                  conduit à l’abaissement du niveau de vie des travailleurs.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">Dans l’économie marchande fondée sur la propriété privée des
                  moyens de production, la loi de la valeur est le régulateur spontané de la
                  répartition du travail social entre les branches de la production. L’action
                  de la loi de la valeur détermine la différenciation des petits producteurs
                  et le développement des rapports capitalistes.</p>
                </item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3  n="5" type="chapitre" xml:id="chap05">
            <head>Chapitre 5 — La coopération capitaliste simple et la manufacture</head>
            <div4 type="section" n="1" xml:id="chap05sect01">
              <head>5.1. La coopération capitaliste simple.</head>
              <p rend="alinéa">Le capitalisme se rend d’abord maître de la production
              telle qu’il la trouve, c’est-à-dire avec sa technique arriérée d’économie
              artisanale et petite-paysanne, et ce n’est que plus tard, à une phase
              supérieure de son développement, qu’il la transforme sur des bases
              économiques et techniques nouvelles.</p>
              <p rend="alinéa">La production capitaliste commence là où les moyens de
              production sont détenus par des particuliers, et où les ouvriers privés des
              moyens de production sont obligés de vendre leur force de travail comme une
              marchandise. Dans la production artisanale et dans les petites industries des
              paysans se forment des ateliers relativement importants, qui appartiennent
              aux capitalistes. Ces derniers étendent la production, sans modifier au début
              ni les instruments, ni les méthodes de travail des petits producteurs. Cette
              phase initiale du développement de la production capitaliste s’appelle la
              coopération capitaliste simple.</p>
              <p rend="alinéa"><emph>La coopération capitaliste simple</emph>
              est une forme de socialisation du travail dans laquelle le capitaliste
              exploite un nombre plus ou moins important d’ouvriers salariés occupés
              simultanément à un travail de même espèce. Cette coopération capitaliste
              simple apparaît lors de la désagrégation de la petite production marchande.
              Les premières entreprises capitalistes furent fondées par des marchands
              accapareurs, des usuriers, des maîtres-ouvriers et des artisans enrichis.
              Dans ces entreprises travaillaient des artisans ruinés, des apprentis, qui
              n’avaient plus la possibilité de devenir maîtres-ouvriers, des paysans
              pauvres.</p>
              <p rend="alinéa">La coopération capitaliste simple présente des avantages
              sur la petite production marchande.</p>
              <p rend="alinéa">La réunion de nombreux travailleurs dans une seule
              entreprise permet d’économiser les moyens de production. Construire, chauffer
              et éclairer un atelier pour vingt personnes coûte moins cher que construire
              et entretenir dix ateliers occupant chacun deux ouvriers. Les dépenses
              nécessitées par les outils, les entrepôts, le transport des matières
              premières et des produits finis, sont également réduites.</p>
              <p rend="alinéa">Le fruit du travail d’un artisan pris à part dépend dans
              une large mesure de ses qualités individuelles : de sa force, de son
              habileté, de son art, etc. Dans le cadre d’une technique rudimentaire ces
              différences entre travailleurs sont très grandes. Déjà de ce seul fait la
              situation du petit producteur est extrêmement précaire. Les producteurs qui
              pour la fabrication d’une marchandise d’une seule et même espèce dépensent
              plus de travail qu’il n’en faut dans les conditions moyennes de la
              production, finissent inévitablement par se ruiner. Les ouvriers étant
              nombreux dans un atelier, les différences individuelles entre eux s’effacent.
              Le travail de chaque ouvrier s’écarte dans un sens ou dans l’autre du travail
              social moyen, mais le travail d’ensemble de nombreux ouvriers occupés
              simultanément correspond plus ou moins à la moyenne du travail socialement
              nécessaire. De ce fait, la production et la vente des marchandises d’un
              atelier capitaliste deviennent plus régulières et plus stables.</p>
              <p rend="alinéa">La coopération simple permet une économie de travail, un
              accroissement de la productivité du travail.</p>
              <p rend="alinéa">Prenons un exemple : la transmission de briques de la
              main à la main par des ouvriers faisant la chaîne. Chaque travailleur
              accomplit ici les mêmes mouvements, mais ses actes font partie d’une seule
              opération commune. Résultat : le travail va beaucoup plus vite que si le
              transport des briques était effectué par chacun pris à part. Dix personnes
              travaillant ensemble produisent, pendant une journée de travail, plus que ces
              mêmes dix personnes travaillant isolément ou qu’une seule personne
              travaillant pendant dix journées de même durée.</p>
              <p rend="alinéa">La coopération permet de conduire des travaux simultanément
              sur une grande superficie, par exemple : l’assèchement de marais, la
              construction de barrages, de canaux, de voies ferrées ; elle permet
              également de dépenser sur un espace réduit une grande quantité de travail,
              par exemple, pour la construction d’édifices ou pour les cultures agricoles
              qui réclament beaucoup de travail.</p>
              <p rend="alinéa">La coopération a une grande importance dans les branches de
              la production où des travaux doivent être exécutés rapidement, par exemple,
              pour la rentrée des récoltes, la tonte des moutons, etc. L’emploi simultané
              d’un grand nombre d’ouvriers permet d’accomplir rapidement ce genre de
              travaux et d’éviter par là de grosses pertes.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi, la coopération a engendré une
              <emph>nouvelle force productive sociale</emph> du travail. Déjà la simple
              réunion des efforts de divers travailleurs aboutissait à l’accroissement de
              la productivité du travail. Cela permettait aux propriétaires des premiers
              ateliers capitalistes de fabriquer à meilleur compte les marchandises et de
              concurrencer avec succès les petits producteurs. Accaparés gratuitement par
              les capitalistes, les résultats de la nouvelle force productive sociale du
              travail servaient à leur enrichissement.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="2" xml:id="chap05sect02">
              <head>5.2. La phase manufacturière du capitalisme.</head>
              <p rend="alinéa">Le développement de la coopération capitaliste simple a
              amené la naissance des manufactures. La <emph>manufacture</emph>
              est la coopération capitaliste fondée sur la division du travail et la
              technique artisanale. La manufacture, comme forme du processus de production
              capitaliste, a dominé en Europe occidentale à peu près depuis la moitié du
              16<hi rend="ordinal">e</hi> siècle jusqu’au dernier tiers du 18<hi rend=
              "ordinal">e</hi> siècle.</p>
              <p rend="alinéa">Le passage à la manufacture s’est effectué selon deux voies
              différentes.</p>
              <p rend="alinéa">La première, c’est la réunion par le capitaliste, dans un
              seul atelier, d’artisans de <emph>différentes</emph> spécialités. C’est ainsi
              qu’est née, par exemple, la manufacture de la carrosserie, qui groupait dans
              un même local des artisans autrefois indépendants : charrons, selliers,
              tapissiers, serruriers, chaudronniers, tourneurs, passementiers, vitriers,
              peintres, vernisseurs, etc. La fabrication des carrosses comporte un grand
              nombre d’opérations qui se complètent les unes les autres, et dont chacune
              est exécutée par un ouvrier. Cela étant, le caractère antérieur du travail
              artisanal se modifie. Par exemple, l’ouvrier serrurier ne s’occupe alors,
              pendant un temps assez long, que d’une opération déterminée dans la
              fabrication des carrosses et cesse peu à peu d’être le serrurier qui,
              autrefois, fabriquait lui-même une marchandise finie.</p>
              <p rend="alinéa">La seconde voie, c’est la réunion par le capitaliste, dans
              un seul atelier, d’artisans d’une <emph>seule</emph> spécialité. Auparavant,
              chacun des artisans accomplissait lui-même toutes les opérations nécessitées
              par la fabrication d’une marchandise donnée. Le capitaliste décompose le
              processus de production dans l’atelier en une suite d’opérations dont chacune
              est confiée à un ouvrier spécialiste. C’est ainsi qu’est apparue, par
              exemple, la manufacture d’aiguilles. Le fil de fer y passait par les mains de
              72 ouvriers et même plus : l’un étirait le fil, l’autre le redressait,
              un troisième le sectionnait, un quatrième taillait la pointe, etc.</p>
              <p rend="alinéa">La division manufacturière du travail est une division du
              travail à l’intérieur de l’entreprise lors de la fabrication <emph>d’une seule
              et même</emph> marchandise à la différence de la division du travail dans la
              société entre les différentes entreprises lors de la fabrication de
              marchandises <emph>différentes</emph>.</p>
              <p rend="alinéa">La division du travail à l’intérieur de la manufacture
              suppose la concentration des moyens de production entre les mains du
              capitaliste qui est en même temps le propriétaire des marchandises
              fabriquées. L’ouvrier salarié, contrairement au petit producteur, ne fabrique
              pas lui-même la marchandise ; seul le produit commun du travail de
              plusieurs ouvriers se convertit en marchandise. La division du travail à
              l’intérieur de la société suppose la dissémination des moyens de production
              entre des producteurs isolés, indépendants les uns des autres. Les produits
              de leur travail, par exemple de celui du menuisier, du peaussier, du
              cordonnier, du cultivateur, se présentent comme des marchandises, et le lien
              entre les producteurs indépendants s’établit par le marché.</p>
              <p rend="alinéa">L’ouvrier qui accomplit dans la manufacture une opération
              particulière de la fabrication d’une marchandise, devient un ouvrier
              <emph>parcellaire</emph>. Répétant sans cesse une opération
              simple, toujours la même, il dépense moins de temps et de force que l’artisan
              qui exécute tour à tour une série d’opérations diverses. D’autre part, avec
              la spécialisation, le travail devient plus intensif. Auparavant, l’ouvrier
              dépensait une certaine quantité de temps pour passer d’une opération à une
              autre, pour changer d’outil. Dans la manufacture, ces pertes de temps étaient
              moindres. Peu à peu la spécialisation s’est étendue non seulement à
              l’ouvrier, mais aussi aux instruments de production qui se perfectionnaient,
              s’adaptaient de plus en plus à l’opération partielle à laquelle ils étaient
              destinés.</p>
              <p rend="alinéa">Tout cela devait aboutir à un nouvel accroissement de la
              productivité du travail.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La fabrication des aiguilles en est un exemple
              frappant. Au 18<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, une petite manufacture
              avec 10 ouvriers produisait, en appliquant la division du travail,
              48 000 aiguilles par jour, soit 4 800 aiguilles par ouvrier. Or,
              sans la division du travail, un ouvrier n’aurait même pas pu produire 20
              aiguilles par jour.</p>
              <p rend="alinéa">La spécialisation du travail dans la manufacture,
              comportant la répétition constante des mêmes mouvements peu compliqués,
              mutilait l’ouvrier physiquement et moralement. Il y eut des ouvriers à la
              colonne vertébrale déviée, à la cage thoracique comprimée, etc. Ainsi, la
              productivité du travail dans la manufacture augmentait au prix de la
              mutilation de l’ouvrier.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  Elle [<emph>la manufacture</emph>] estropie le travailleur, elle fait de lui
                  quelque chose de monstrueux en activant le développement factice de sa
                  dextérité de détail, en sacrifiant tout un monde de dispositions et
                  d’instincts producteurs.
                </quote>
                <bibl>
                  K. Marx,
                  <title>Le Capital</title>,
                  livre 1, t. 2, p. 49.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Les ouvriers des manufactures étaient l’objet d’une
              exploitation féroce. La journée de travail atteignait jusqu’à 18 heures et
              plus ; le salaire était extrêmement bas ; l’immense majorité des
              ouvriers des manufactures était sous-alimentée ; la nouvelle discipline
              capitaliste du travail était inculquée par des mesures implacables de
              coercition et de violence.</p>
              <p rend="alinéa">La division manufacturière du travail, écrivait Marx,</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  crée des circonstances nouvelles qui assurent la domination du capital sur
                  le travail. Elle se présente donc et comme un progrès historique, une phase
                  nécessaire dans la formation économique de la société, et comme un moyen
                  civilisé et raffiné d’exploitation.
                </quote>
                <bibl>
                  K. Marx,
                  <title>ibidem</title>, p. 53.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Dans les sociétés esclavagiste et féodale, il existait deux
              formes de capital — le capital commercial et le capital usuraire.</p>
              <p rend="alinéa">La naissance de la production capitaliste marquait le début
              du capital industriel. Le <emph>capital industriel</emph> est le
              capital engagé dans la production des marchandises. Un des traits
              caractéristiques de la phase manufacturière du capitalisme est le lien étroit
              et indissoluble entre le capital commercial et le capital industriel. Le
              propriétaire d’une manufacture a presque toujours été aussi un accapareur. Il
              revendait les matières premières aux petits producteurs, distribuait des
              matériaux à domicile pour les faire transformer, ou bien il achetait aux
              petits producteurs des éléments d’articles manufacturés, pour les revendre.
              La vente des matières premières et l’achat du produit se mêlaient à une
              exploitation usuraire. Cela avait pour effet d’aggraver considérablement la
              situation du petit producteur, aboutissait à la prolongation de la journée de
              travail, à la baisse des salaires.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="3" xml:id="chap05sect03">
              <head>5.3. Le mode capitaliste du travail à domicile.</head>
              <p rend="alinéa">Dans la phase manufacturière du capitalisme, la
             distribution de travail à domicile prit une large extension.</p>
              <p rend="alinéa"><emph>Le travail à domicile pour le
              capitaliste</emph> consiste à transformer, pour un salaire aux pièces, les
              matériaux reçus de l’entrepreneur. Cette forme d’exploitation se rencontrait
              parfois déjà au temps de la coopération simple. Elle a lieu aussi dans la
              phase de la grande industrie mécanisée, mais elle caractérise précisément la
              manufacture. Le travail à domicile pour le capitaliste apparaît ici comme un
              <emph>appendice</emph> de la manufacture.</p>
              <p rend="alinéa">La division manufacturière du travail décomposait la
              production de chaque marchandise en un certain nombre d’opérations séparées.
              Souvent l’accapareur manufacturier trouvait avantageux de fonder un petit
              atelier où ne s’opérait que l’assemblage ou la finition de la marchandise.
              Toutes les opérations préparatoires étaient exécutées par des artisans à
              domicile, mais ceux-ci n’en étaient pas moins sous la dépendance absolue des
              capitalistes. Souvent les artisans, disséminés dans les villages, ne
              traitaient pas avec le propriétaire de l’atelier, mais avec des
              maîtres-ouvriers intermédiaires qui les exploitaient à leur tour.</p>
              <p rend="alinéa">Les artisans travaillant à domicile recevaient du
              capitaliste un salaire de beaucoup inférieur à celui de l’ouvrier occupé dans
              l’atelier du capitaliste. L’industrie attirait les masses de paysans que le
              besoin d’argent contraignait à chercher un gagne-pain auxiliaire. Pour gagner
              une petite somme d’argent, le paysan s’épuisait et faisait travailler tous
              les membres de sa famille. Une journée de travail excessivement longue, des
              conditions de travail nuisibles à la santé, l’exploitation la plus
              impitoyable, tels sont les traits distinctifs du travail capitaliste à
              domicile.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Ces traits sont caractéristiques des nombreux métiers
              artisanaux de la Russie tsariste. Les accapareurs, devenus en fait les
              maîtres des industries artisanales du village ou du district, pratiquaient
              largement la division du travail parmi les artisans. Par exemple, dans
              l’établissement des Zavialov, à Pavlovo (dont l’atelier d’assemblage, entre
              1860 et 1870, occupait plus de 100 ouvriers) un simple canif passait par les
              mains de 8 à 9 artisans. Forgeron, coutelier en lames, emmancheur, trempeur,
              polisseur, finisseur, affileur, marqueur travaillaient à sa fabrication. Un
              grand nombre d’ouvriers parcellaires étaient occupés, non dans l’atelier du
              capitaliste, mais à domicile. De même étaient organisées la fabrication des
              voitures, du feutre, les industries travaillant le bois, la cordonnerie, la
              boutonnerie, etc.</p>
              <p rend="alinéa smaller">De nombreux exemples d’exploitation féroce des
              artisans ont été cités par Lénine dans son ouvrage <title>Le
              Développement du capitalisme en Russie</title>. Ainsi, dans la province de
              Moscou, vers 1880, 37 500 ouvrières travaillaient au dévidage des filés
              de coton, au tricotage et à d’autres métiers de femmes. Les enfants
              commençaient à travailler à 5 ou 6 ans. Le salaire moyen était de 13 kopeks
              par jour ; la journée de travail atteignait 18 heures.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="4" xml:id="chap05sect04">
              <head>5.4. Le rôle historique de la manufacture.</head>
              <p rend="alinéa">La manufacture a été la transition entre la petite
              production artisanale et la grande industrie mécanisée. La manufacture se
              rapprochait de l’artisanat parce qu’elle avait à sa base la technique
              manuelle, et de la fabrique capitaliste, parce qu’elle était une forme de
              grande production fondée sur l’exploitation des ouvriers salariés.</p>
              <p rend="alinéa">La division manufacturière du travail représentait un grand
              pas en avant dans le développement des forces productives de la société.
              Cependant la manufacture, basée sur le travail manuel, était incapable de
              supplanter la petite production. Un fait est typique de la manufacture
              capitaliste : c’est le petit nombre des établissements relativement
              importants et le grand nombre de petits établissements. Les manufactures
              fabriquaient une partie des marchandises, mais l’immense majorité de
              celles-ci était fournie, comme auparavant, par les artisans qui se
              trouvaient, à divers degrés, sous la dépendance des accapareurs capitalistes,
              des distributeurs et des manufacturiers. La manufacture ne pouvait donc
              embrasser la production sociale dans toute son étendue. Elle était une sorte
              de superstructure ; la base demeurait comme avant la petite production
              avec sa technique rudimentaire.</p>
              <p rend="alinéa">Le rôle historique de la manufacture a été de préparer les
              conditions du passage à la production mécanique. À cet égard, trois
              circonstances apparaissent particulièrement importantes. Premièrement, la
              manufacture, en portant à un haut degré la division du travail, a simplifié
              beaucoup d’opérations. Elles se ramenaient à des mouvements si simples qu’il
              devint possible de substituer la machine à l’ouvrier. En second lieu, le
              développement de la manufacture a abouti à la spécialisation des instruments
              de travail, à leur perfectionnement considérable, ce qui a permis de passer
              des outils manuels aux machines. Troisièmement, la manufacture a formé des
              cadres d’ouvriers habiles pour la grande industrie mécanique, grâce à leur
              spécialisation prolongée dans l’exécution de différentes opérations.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La petite production marchande, la coopération
              capitaliste simple et la manufacture avec son appendice : le travail à
              domicile pour le capitaliste, sont actuellement très répandues dans les pays
              économiquement arriérés et sous-développés, tels que l’Inde, la Turquie,
              l’Iran, etc.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="5" xml:id="chap05sect05">
              <head>5.5. La différenciation de la paysannerie.
              Le passage de l’économie fondée sur la corvée à l’économie capitaliste.</head>
              <p rend="alinéa">Dans la phase manufacturière du développement du
              capitalisme, l’industrie s’est de plus en plus séparée de l’agriculture. La
              division sans cesse accrue du travail avait pour résultat que, non seulement
              les produits de l’industrie, mais aussi ceux de l’agriculture se
              convertissaient en marchandises. Il s’effectuait dans l’agriculture une
              spécialisation des régions suivant les cultures et les branches agricoles. On
              a vu se former des régions d’<emph>agriculture
              commerciale :</emph> lin, betterave à sucre, coton, tabac, lait, fromage, etc.
              C’est sur cette base que se développait l’échange non seulement entre
              l’industrie et l’agriculture, mais aussi entre les différentes branches de la
              production agricole.</p>
              <p rend="alinéa">Plus la production marchande pénétrait dans l’agriculture,
              et plus la concurrence se renforçait entre les agriculteurs. Le paysan
              tombait de plus en plus dans la dépendance du marché. Les variations
              spontanées des prix du marché renforçaient et aggravaient l’inégalité
              matérielle entre les paysans. Des disponibilités de monnaie s’accumulaient
              entre les mains des couches aisées de la campagne. Cette monnaie servait à
              asservir, à exploiter les paysans non possédants ; elle se transformait
              en capital. Un des moyens de cet asservissement était l’achat à vil prix des
              produits du travail paysan. La ruine des paysans atteignait peu à peu un tel
              degré que beaucoup d’entre eux étaient obligés d’abandonner totalement leur
              exploitation et de vendre leur force de travail.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi, avec le développement de la division sociale du
              travail et l’accroissement de la production marchande, s’opérait une
              différenciation de la paysannerie ; des rapports capitalistes
              s’établissaient à la campagne, on y voyait apparaître de nouveaux types
              sociaux de population rurale, qui formaient les classes de la société
              capitaliste : la bourgeoisie rurale et le prolétariat agricole.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>bourgeoisie rurale</emph> (les
              <emph>koulaks</emph>) pratique une économie marchande en employant
              le travail salarié, en exploitant les ouvriers agricoles permanents, et
              encore davantage les journaliers et les autres ouvriers temporaires engagés
              pour les travaux agricoles saisonniers. Les koulaks détiennent une part
              considérable de la terre (y compris la terre affermée), des bêtes de trait,
              des produits agricoles. Ils possèdent également des entreprises pour la
              transformation des matières premières, des moulins, des batteuses, des
              reproducteurs de race, etc. Au village, ils jouent généralement le rôle
              d’usuriers et de boutiquiers. Tout cela sert à exploiter les paysans pauvres
              et une partie considérable des paysans moyens.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>prolétariat agricole</emph> est
              constitué par la masse des ouvriers salariés qui ne possèdent pas de moyens
              de production et sont exploités par les propriétaires fonciers et la
              bourgeoisie rurale. C’est de la vente de sa propre force de travail que le
              prolétaire agricole tire surtout sa subsistance. Le représentant typique du
              prolétariat rural est l’<emph>ouvrier salarié pourvu d’une
              parcelle de terre</emph>. L’exploitation de son minuscule lopin de terre,
              l’absence de bêtes de trait et de matériel agricole contraignent fatalement
              ce paysan à vendre sa force de travail.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>paysan pauvre</emph> s’apparente au
              prolétariat agricole. Il possède peu de terre et peu de bétail. Le blé qu’il
              produit ne suffit pas à le nourrir. L’argent nécessaire pour manger, se
              vêtir, pour tenir le ménage et payer les impôts, il est obligé de le gagner
              surtout en se louant. Il a déjà cessé ou presque d’être son maître pour
              devenir un semi-prolétaire rural. Le niveau de vie du paysan pauvre, comme
              celui du prolétaire rural, est très bas et même inférieur à celui de
              l’ouvrier industriel. Le développement du capitalisme dans l’agriculture
              aboutit à grossir de plus en plus les rangs du prolétariat rural et de la
              paysannerie pauvre.</p>
              <p rend="alinéa">La paysannerie moyenne occupe une position intermédiaire
              entre la bourgeoisie rurale et les paysans pauvres.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>paysan moyen</emph> exploite son
              terrain sur la base de ses propres moyens de production et de son travail
              personnel. Le travail qu’il fournit ne pourvoit à l’entretien de sa famille
              que si les conditions sont favorables. De là sa situation précaire.</p>
             <reg resp="#dm" cert="high">
               <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">Par ses rapports sociaux, ce groupe oscille entre le groupe supérieur —
                    autour duquel il gravite et où seule une faible minorité de favorisés
                    réussit à pénétrer —, et le groupe inférieur où le pousse toute l’évolution
                    sociale.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    <author>V. Lénine</author>,
                    « Le développement du capitalisme en Russie »,
                    <title>Œuvres</title>, t. 3, p. 188.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Et c’est la ruine, le « lessivage » de la
              paysannerie moyenne.</p>
              <p rend="alinéa">Les rapports capitalistes dans l’agriculture des pays
              bourgeois s’entremêlent avec des survivances du servage. La bourgeoisie, en
              accédant au pouvoir, n’a pas supprimé dans la plupart des pays la grande
              propriété féodale. Les exploitations des propriétaires fonciers s’adaptaient
              progressivement au capitalisme. La paysannerie, libérée du servage, mais
              dépouillée d’une notable partie des terres, étouffait du manque de terre.
              Elle se vit obligée d’en louer au propriétaire foncier à des conditions
              asservissantes.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En Russie, par exemple, après la réforme de 1861, la
              forme d’exploitation la plus répandue des paysans par les propriétaires
              fonciers était <emph>la redevance en travail</emph> : le
              paysan, à titre de fermage ou pour acquitter un emprunt de servitude, était
              astreint à travailler sur le domaine du propriétaire foncier, en employant
              ses propres moyens de production, ses animaux de trait et son matériel
              primitif.</p>
              <p rend="alinéa">La différenciation de la paysannerie sapait les fondements
              de l’économie féodale fondée sur les redevances en travail, sur
              l’exploitation du paysan économiquement dépendant, sur une technique
              arriérée. Le paysan aisé pouvait louer de la terre contre de l’argent ;
              aussi n’avait-il pas besoin d’un bail asservissant pour faire face aux
              redevances. Le paysan pauvre ne pouvait pas non plus s’adapter à ces
              redevances, mais cette fois pour une autre raison : n’ayant pas de
              moyens de production, il devenait ouvrier salarié. Le propriétaire foncier
              pouvait utiliser principalement pour les redevances en travail la paysannerie
              moyenne. Mais le développement de l’économie marchande et de l’agriculture
              commerciale en ruinant la paysannerie moyenne, sapait le mode d’exploitation
              fondé sur les redevances ou prestations. Les propriétaires fonciers
              multipliaient l’emploi du travail salarié, qui était plus productif que le
              travail du paysan dépendant ; l’importance du système capitaliste
              d’exploitation augmentait, tandis que celle du système des redevances
              déclinait. Mais les redevances, en tant que survivance directe de la corvée,
              demeurent encore longtemps à côté du système d’exploitation capitaliste.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="6" xml:id="chap05sect06">
              <head>5.6. La formation du marché intérieur pour l’industrie capitaliste.</head>
              <p rend="alinéa">Avec le développement du capitalisme dans l’industrie et
              dans l’agriculture, se formait un <emph>marché
              intérieur</emph>.</p>
              <p rend="alinéa">Déjà dans la phase manufacturière, une série de nouvelles
              branches de la production industrielle avaient fait leur apparition. De
              l’agriculture se détachaient l’une après l’autre les différentes formes de
              traitement industriel des matières premières agricoles. Parallèlement au
              progrès de l’industrie augmentait la demande des produits agricoles. Le
              marché prenait donc de l’extension ; les régions qui s’étaient
              spécialisées, par exemple, dans la production du coton, du lin, de la
              betterave à sucre, de même que dans l’élevage du bétail de rapport,
              demandaient du blé. L’agriculture augmentait sa demande d’articles
              industriels variés.</p>
              <p rend="alinéa">Le marché intérieur pour l’industrie capitaliste se crée
              grâce au développement même du capitalisme, par la différenciation des petits
              producteurs.</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">La séparation du producteur direct d’avec les moyens de production,
                    c’est-à-dire son expropriation, qui marque le passage de la simple
                    production marchande à la production capitaliste (et qui constitue la
                    condition indispensable de ce passage), <emph>crée</emph> le marché intérieur.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « Le développement du capitalisme en Russie »,
                    <title>Œuvres</title>, t. 3, p. 60.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">La création du marché intérieur revêtait un double
              caractère. D’une part, la bourgeoisie des villes et des campagnes présentait
              une demande de moyens de production : instruments perfectionnés de
              travail, machines, matières premières, etc. nécessaires pour agrandir les
              entreprises capitalistes existantes et en construire de nouvelles. Elle
              accroissait également sa demande d’objets de consommation. D’autre part,
              l’augmentation des effectifs du prolétariat industriel et agricole,
              étroitement liée à la différenciation de la paysannerie, s’accompagnait d’une
              demande accrue de marchandises constituant les moyens de subsistance de
              l’ouvrier.</p>
              <p rend="alinéa">Les manufactures, fondées sur une technique primitive et
              sur le travail manuel, étaient incapables de satisfaire la demande croissante
              de marchandises industrielles que présentait le marché en extension. C’était
              une nécessité économique de passer à la grande production mécanisée.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume"  n="5" xml:id="chap05resume">
              <head>Résumé du chapitre 5</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
                <item>
                  <p rend="alinéa">La coopération capitaliste simple est une forme de production
                  fondée sur l’exploitation par le capitaliste isolé d’un nombre plus ou
                  moins important d’ouvriers salariés occupés simultanément à un travail
                  identique. Elle permettait d’économiser les moyens de production, créait
                  une nouvelle force sociale productive du travail, diminuait la dépense de
                  travail par unité de produit fabriqué. Les résultats de l’augmentation de
                  la force productive du travail social étaient accaparés gratuitement par
                  les capitalistes.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">La manufacture est la grande production capitaliste, fondée sur
                  la technique manuelle et la division du travail entre ouvriers salariés. La
                  division manufacturière du travail augmentait sensiblement la productivité
                  du travail et mutilait du même coup l’ouvrier salarié, qu’elle vouait à un
                  développement extrêmement unilatéral. La manufacture a créé les conditions
                  nécessaires au passage à la grande industrie mécanique.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">Le développement de la production marchande aboutit à la
                  différenciation de la paysannerie. Les couches supérieures peu nombreuses
                  de la campagne rejoignent les rangs de la bourgeoisie ; une partie
                  importante des paysans rejoint les rangs du prolétariat urbain et
                  rural ; la masse des paysans pauvres augmente ; la vaste couche
                  intermédiaire de la paysannerie moyenne se ruine. La différenciation de la
                  paysannerie sape les fondements du système des redevances en travail. Les
                  propriétaires fonciers passent de plus en plus de l’exploitation par
                  corvées à l’exploitation capitaliste.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">C’est le développement du capitalisme lui-même qui crée le marché
                  intérieur. L’extension du marché intérieur signifiait une demande
                  croissante de moyens de production et de moyens de subsistance. La
                  manufacture fondée sur une technique arriérée et sur le travail manuel
                  était incapable de satisfaire la demande de marchandises industrielles que
                  présentait le marché en extension. La nécessité s’affirme de passer à
                  l’industrie mécanique.</p>
                </item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3  n="5" type="chapitre" xml:id="chap06">
            <head>Chapitre 6 — La phase du machinisme sous le capitalisme</head>
            <div4 type="section" n="1" xml:id="chap06sect01">
              <head>6.1. Le passage de la manufacture à l’industrie mécanique.</head>
              <p rend="alinéa">Tant que la production avait pour base le travail manuel,
              comme ce fut le cas dans la phase manufacturière, le capitalisme ne pouvait
              réaliser une révolution radicale de toute la vie économique de la société.
              Cette révolution se fit lors du passage de la manufacture à l’industrie
              mécanique, qui naquit dans le dernier tiers du
              18<hi rend="ordinal">e</hi> siècle et se développa dans les pays capitalistes les plus importants de
              l’Europe et aux États-Unis, au cours du
              19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle.</p>
              <p rend="alinéa">La base technique et matérielle de cette révolution fut la
              <emph>machine</emph>.</p>
              <p rend="alinéa">Tout ensemble de machines perfectionné comporte trois
              parties : 1<hi rend="ordinal">o</hi> le moteur ; 2<hi rend="ordinal">o</hi> le mécanisme de transmission ;
              3<hi rend="ordinal">o</hi> la machine d’opération ou machine-outil.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le <emph>moteur</emph> donne l’impulsion à
              tout le mécanisme. Il engendre lui-même la force motrice (par exemple, la
              machine à vapeur), ou la reçoit du dehors, d’une force naturelle toute prête
              (par exemple, la roue hydraulique mise en mouvement par la puissance d’une
              chute d’eau).</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le <emph>mécanisme de transmission</emph>
              comporte toutes sortes de dispositifs (transmissions, engrenages, courroies,
              fils électriques, etc.), qui règlent le mouvement, en modifient en cas de
              nécessité la forme (par exemple, le changent de rectiligne en circulaire), le
              distribuent et le transmettent à la machine d’opération. Le moteur comme le
              mécanisme de transmission mettent en mouvement la machine d’opération.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La <emph>machine-outil</emph> agit
              directement sur l’objet du travail et y produit les modifications nécessaires
              selon le but assigné. Si l’on examine de près la machine-outil, on peut y
              trouver en général, quoique souvent sous une forme sensiblement modifiée, les
              mêmes instruments dont on se sert pour le travail manuel. Mais en tout état
              de cause, ce ne sont plus des instruments de travail manuel, mais des
              mécanismes, des instruments mécaniques. La machine-outil a été le point de
              départ d’une révolution qui a amené la substitution de la production
              mécanique à la manufacture. Après l’invention des instruments mécaniques, des
              changements radicaux se sont produits dans la structure des moteurs et des
              mécanismes de transmission.</p>
              <p rend="alinéa">Dans sa course au profit, le capital a acquis, avec la
              machine, un puissant moyen pour augmenter la productivité du travail.</p>
              <p rend="alinéa">Premièrement, l’emploi des machines qui actionnent
              simultanément une multitude d’outils, a libéré le processus de la production
              de son cadre étroit déterminé par le caractère limité des organes humains. En
              second lieu, l’emploi des machines a permis pour la première fois d’utiliser
              dans le processus de la production d’immenses sources nouvelles
              d’énergie : la force motrice de la vapeur, du gaz et de l’électricité.
              Troisièmement l’emploi des machines a permis au capital de mettre au service
              de la production la science qui étend le pouvoir de l’homme sur la nature et
              ouvre des possibilités toujours nouvelles d’augmenter la productivité du
              travail. C’est sur la base de la grande industrie mécanique que s’est
              affirmée la domination du mode de production capitaliste. Avec la grande
              industrie mécanique le capitalisme acquiert la base matérielle et technique
              qui lui correspond.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="2" xml:id="chap06sect02">
              <head>6.2. La révolution industrielle.</head>
              <p rend="alinéa">C’est en <emph>Angleterre</emph> que la grande industrie
              mécanique a son origine. Il s’est formé dans ce pays des conditions
              historiques favorables à un prompt développement du mode de production
              capitaliste : le servage aboli de bonne heure et la liquidation du
              morcellement féodal, la victoire de la révolution bourgeoise au 17<hi rend=
              "ordinal">e</hi> siècle, le dépouillement du paysan de sa terre, ainsi que
              l’accumulation de capitaux au moyen d’un commerce très développé et du
              pillage des colonies.</p>
              <p rend="alinéa">Au milieu du 18<hi rend="ordinal">e</hi> siècle,
              l’Angleterre possédait un grand nombre de manufactures. La branche la plus
              importante de l’industrie était la production textile. C’est à partir de
              cette branche qu’a commencé la <emph>révolution
              industrielle</emph> en Angleterre, au cours du dernier tiers du 18<hi rend=
              "ordinal">e</hi> et du premier quart du
              19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle.</p>
              <p rend="alinéa">L’agrandissement du marché et la course aux profits engagée
              par les capitalistes ont déterminé la nécessité de perfectionner la technique
              de la production.</p>
              <p rend="alinéa">Dans l’industrie cotonnière, qui s’est développée plus vite
              que les autres branches de production, prédominait le travail manuel. Le
              filage et le tissage sont les principales opérations de l’industrie
              cotonnière. Le produit du travail des fileurs sert d’objet de travail aux
              tisseurs. La demande accrue des étoffes de coton s’est fait sentir tout
              d’abord sur la technique du tissage : en 1733 a été inventée la
              <emph>navette volante</emph>, qui a doublé la productivité du
              travail du tisseur. Cela a déterminé un retard du filage sur le tissage. Dans
              les manufactures, les métiers à tisser ont eu souvent des arrêts par manque
              de filés. L’amélioration de la technique du filage devint un besoin
              urgent.</p>
              <p rend="alinéa">Le problème fut résolu grâce à l’invention (en 1705-1767)
              des <emph>machines à filer</emph>, dont chacune possédait une
              quinzaine ou une vingtaine de broches. La force motrice des premières
              machines était l’homme lui-même ou les bêtes de trait ; ensuite, il y eut
              des machines actionnées parla force hydraulique. Les perfectionnements
              techniques ultérieurs permirent non seulement d’augmenter la production des
              filés, mais encore d’en améliorer la qualité. À la fin du 18<hi rend=
              "ordinal">e</hi> siècle existaient déjà des machines à filer comptant 400
              broches. Ces inventions ont permis d’augmenter sensiblement la productivité
              du travail dans le filage.</p>
              <p rend="alinéa">Une nouvelle disproportion s’est manifestée alors dans
              l’industrie cotonnière : le filage avait gagné de vitesse le tissage.
              Disproportion qui fut éliminée grâce à l’invention en 1735 du
              <emph>métier à tisser mécanique</emph>. Après une série de
              perfectionnements, ce métier a pris de l’extension en Angleterre et, vers
              1840, il a supplanté entièrement le tissage à la main. Le mode de traitement
              des tissus — blanchiment, teinture, impression — a lui aussi foncièrement
              changé. L’application de la chimie a eu pour effet de diminuer la durée de
              ces opérations et d’améliorer la qualité du produit.</p>
              <p rend="alinéa">Les premières fabriques textiles ont été implantées le long
              des cours d’eau, et les machines étaient mises en action au moyen de roues
              hydrauliques. Ceci limitait notablement les possibilités d’application du
              machinisme. Il fallait un nouveau moteur, qui ne dépendît ni de la localité
              ni de la saison. Ce fut la <emph>machine à vapeur</emph>.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La machine à vapeur sous sa forme primitive fut inventée
              dès la phase manufacturière du capitalisme et entre 1711 et 1712 commença à
              être employée dans l’industrie minière anglaise pour actionner les pompes
              installées dans les mines. La révolution industrielle en Angleterre provoqua
              le besoin d’un moteur à vapeur universel. Ce problème fut résolu en
              Angleterre vers 1780 par le perfectionnement de la machine à vapeur.</p>
              <p rend="alinéa">L’emploi de la machine à vapeur eut une importance énorme.
              C’est un moteur exempt des nombreux défauts propres au moteur hydraulique.
              Consommant le combustible et l’eau, la machine à vapeur produit une force
              motrice entièrement soumise au contrôle de l’homme. Cette machine est
              mobile ; elle permet à l’industrie de ne plus être tributaire des
              sources naturelles d’énergie et donne la possibilité de concentrer la
              production dans n’importe quel endroit.</p>
              <p rend="alinéa">L’emploi de la machine à vapeur s’est rapidement généralisé
              non seulement en Angleterre, mais aussi au-delà de ses frontières, créant
              ainsi les conditions nécessaires à l’apparition de fabriques importantes
              dotées d’une multitude de machines et comptant un grand nombre
              d’ouvriers.</p>
              <p rend="alinéa">Les machines ont révolutionné la production dans toutes les
              branches de l’industrie. Elles ont été mises en place non seulement dans
              l’industrie cotonnière, mais aussi dans l’industrie de la laine, du lin et de
              la soie. On découvrit peu après les procédés d’utilisation de la machine à
              vapeur dans les transports : en 1807, aux États-Unis, fut créé le
              premier bateau à vapeur et, en 1825, on construisit en Angleterre la première
              voie ferrée.</p>
              <p rend="alinéa">Au début, les machines furent fabriquées dans les
              manufactures au moyen du travail manuel. Elles revenaient cher et n’étaient
              pas suffisamment puissantes ni parfaites. Les manufactures ne pouvaient
              fabriquer la quantité de machines nécessaire au développement rapide de
              l’industrie. Le problème fut résolu par le passage à la production mécanique
              des machines. Une nouvelle branche de l’industrie apparut, qui se développa
              rapidement : les <emph>constructions mécaniques</emph>. Les
              premières machines étaient fabriquées surtout en bois. Ensuite, les pièces de
              bois furent remplacées par des pièces métalliques, ce qui permit d’augmenter
              la durée et la solidité des machines et de travailler avec une vitesse et une
              intensité inconnues jusque là. Au début du
              19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, on inventa des marteaux-pilons, des presses, des machines-outils pour
              le travail des métaux : le tour, ensuite la fraiseuse et la
              perceuse.</p>
              <p rend="alinéa">La fabrication de machines, locomotives, rails, bateaux
              nécessita des quantités énormes de fer et d’acier. La
              <emph>métallurgie</emph> fit des progrès rapides. Le développement de la
              métallurgie fut considérablement favorisé par la découverte des procédés de
              fonte des minerais de fer au combustible minéral au lieu du bois. Les hauts
              fourneaux se perfectionnèrent sans cesse. À partir de 1830, le soufflage à
              froid a été remplacé par le soufflage à chaud, ce qui accélérait les
              opérations dans les hauts fourneaux et fournissait une importante économie de
              combustible. On découvrit de nouveaux procédés, plus perfectionnés de
              production de l’acier. L’extension de la machine à vapeur, les progrès de la
              métallurgie réclamèrent d’importantes quantités de houille, ce qui amena un
              accroissement rapide de l’industrie houillère.</p>
              <p rend="alinéa">La révolution industrielle fit de l’Angleterre l’atelier
              industriel du monde. Après l’Angleterre, la production mécanique se répandit
              dans les autres pays d’Europe et en Amérique.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La révolution industrielle se poursuivit en
              <emph>France</emph> pendant des dizaines d’années à la suite de la révolution
              bourgeoise de 1789-1794. La situation dominante dans l’industrie de ce pays
              n’appartint à la fabrique capitaliste que dans la seconde moitié du
              19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En <emph>Allemagne</emph>, par suite du morcellement
              féodal et du maintien prolongé des rapports féodaux, la révolution
              industrielle se fit plus tard qu’en Angleterre et en France. La grande
              industrie ne commença à se développer qu’à partir de 1840 et particulièrement
              vite après l’unification de l’Allemagne en un seul État, en 1871.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Aux <emph>États-Unis</emph>, la grande industrie naquit au
              début du 19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle. L’industrie mécanique
              américaine se développa rapidement au lendemain de la guerre civile de
              1861-1865. Et l’on utilisa sur une grande échelle les réalisations techniques
              de l’industrie anglaise, ainsi que l’afflux des capitaux disponibles et des
              cadres d’ouvriers qualifiés venus d’Europe.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En <emph>Russie</emph>, le passage de la manufacture à la
              phase de la production mécanique commença ayant l’abolition du servage, et
              prit toute son ampleur dans les premières décennies qui suivirent la réforme
              paysanne de 1861. Cependant, même après la disparition du servage, de
              nombreuses survivances de la féodalité retardèrent le passage de la
              production manuelle au machinisme. Cela se fit sentir surtout dans
              l’industrie minière de l’Oural.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="3" xml:id="chap06sect03">
              <head>6.3. L’industrialisation capitaliste.</head>
              <p rend="alinéa">La révolution industrielle marque le début de
              l’industrialisation capitaliste. L’industrie lourde, la production des moyens
              de production forme la base de l’industrialisation.</p>
              <p rend="alinéa">L’industrialisation capitaliste s’opère spontanément dans
              la poursuite du profit par les capitalistes. Le développement de la grande
              industrie capitaliste commence généralement par le développement de
              <emph>l’industrie légère</emph>, c’est-à-dire des branches
              produisant les objets de consommation individuelle. Ces branches demandent
              moins d’investissements, la rotation du capital y est plus rapide que dans
              <emph>l’industrie lourde</emph>, c’est-à-dire dans les branches
              d’industrie produisant les moyens de production : machines, métaux,
              combustibles. Le développement de l’industrie lourde ne commence qu’après une
              période pendant laquelle l’industrie légère accumule des profits. Ceux-ci
              sont progressivement attirés par l’industrie lourde. Ainsi donc,
              l’industrialisation capitaliste constitue un processus qui dure des dizaines
              et des dizaines d’années.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En Angleterre, par exemple, l’industrie textile resta
              pendant longtemps la principale et la plus développée des branches
              industrielles. Dans la seconde moitié du
              19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, c’est l’industrie lourde qui commence à jouer le rôle dominant. On
              constate le même type de développement des branches industrielles dans les
              autres pays capitalistes.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Dans la seconde moitié du 19<hi rend=
              "ordinal">e</hi> siècle, la métallurgie continua à se développer ; la
              technique de la fonte des métaux s’améliorait, la dimension des hauts
              fourneaux augmentait. La production de fonte se développait rapidement. En
              Angleterre, elle passait de 193 000 tonnes en 1800 à 2 285 000
              tonnes en 1850, 6 059 000 tonnes en 1870 et 7 873 000
              tonnes en 1880 ; aux États-Unis, de 41 000 tonnes en 1800 à
              573 000 tonnes en 1850, 1 692 000 tonnes en 1870 et
              3 897 000 tonnes en 1880.</p>
              <p rend="alinéa">Jusqu’au dernier tiers du
              19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, la machine à vapeur demeura le seul moteur employé dans la grande
              industrie et les transports. La vapeur a joué un rôle considérable dans le
              développement de l’industrie mécanique. Durant tout le 19<hi rend=
              "ordinal">e</hi> siècle se poursuivit le perfectionnement de la machine à
              vapeur : sa puissance augmentait, de même que le coefficient
              d’utilisation de l’énergie thermique. Après 1880 on créa la
              <emph>turbine à vapeur</emph>. Grâce à ses avantages, elle commença à
              évincer dans une série d’industries la machine à vapeur.</p>
              <p rend="alinéa">Mais plus la grande industrie se développait, et plus vite
              se manifestait l’insuffisance de la vapeur en tant que force motrice. On
              inventa un nouveau type de moteur, le <emph>moteur à combustion
              interne</emph>, d’abord à gaz (1877), puis un moteur fonctionnant au
              combustible liquide, le diesel (1893). Le dernier tiers du 19<hi rend=
              "ordinal">e</hi> siècle voit paraître, dans la vie économique, une force
              nouvelle et puissante, qui devait révolutionner encore davantage la
              production : <emph>l’électricité</emph>.</p>
              <p rend="alinéa">Au 19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, le système
              mécanique gagne une industrie après l’autre. L’industrie minière — minerais,
              houille, — se développe. À la suite de l’invention du moteur à combustion
              interne, l’extraction du pétrole augmente. L’industrie chimique prend un
              large développement. L’accroissement rapide de la grande industrie mécanique
              s’accompagne d’une construction intense des voies ferrées.</p>
              <p rend="alinéa">L’industrialisation capitaliste se réalise au prix de
              l’exploitation des ouvriers salariés et de la ruine de la paysannerie de
              chaque pays, de même que par la spoliation des travailleurs des autres pays,
              notamment des colonies. Elle conduit inéluctablement à l’aggravation des
              contradictions du capitalisme, à l’appauvrissement de millions d’ouvriers, de
              paysans et d’artisans.</p>
              <p rend="alinéa">L’histoire fait apparaître différents moyens
              d’industrialisation capitaliste. Le premier est la mainmise sur les colonies
              et leur pillage. C’est ainsi que s’est développée l’industrie anglaise. Après
              s’être emparée de colonies dans toutes les parties du monde, l’Angleterre en
              a tiré, durant deux siècles, d’énormes profits qu’elle investissait dans son
              industrie. Le deuxième moyen est la guerre et les contributions prélevées par
              les pays vainqueurs sur les pays vaincus. Ainsi l’Allemagne, après avoir
              écrasé la France dans la guerre de 1870, la contraignit à payer cinq
              milliards de francs de contributions, qu’elle investit dans son industrie. Le
              troisième moyen, ce sont les concessions et les emprunts de servitude, qui
              mettent les pays arriérés sous la dépendance économique et politique des pays
              capitalistes développés. La Russie tsariste, par exemple, a accordé des
              concessions et s’est fait consentir des emprunts par les puissances
              occidentales à des conditions asservissantes, cherchant ainsi à s’engager
              progressivement dans la voie de l’industrialisation.</p>
              <p rend="alinéa">Dans l’histoire des différents pays, ces moyens
              d’industrialisation capitaliste se sont souvent enchevêtrés pour se compléter
              les uns les autres. L’histoire du développement économique des États-Unis en
              est un exemple. La grande industrie des États-Unis a été créée au moyen
              d’emprunts extérieurs et de crédits à long terme, et aussi par un pillage
              effréné de la population autochtone de l’Amérique.</p>
              <p rend="alinéa">Malgré les progrès de l’industrie mécanique dans les pays
              bourgeois, une grande partie de la population du monde capitaliste continue à
              vivre et à travailler avec la technique primitive du travail à la main.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="4" xml:id="chap06sect04">
              <head>6.4. Le développement des villes et des centres industriels.
              La formation de la classe des prolétaires.</head>
              <p rend="alinéa">L’industrialisation capitaliste a déterminé la croissance
              rapide des villes et des centres industriels. Au cours du 19<hi rend=
              "ordinal">e</hi> siècle, le nombre des grandes villes d’Europe (avec une
              population de plus de 100 000 habitants) a été multiplié par 7. La part
              de la population urbaine s’est constamment accrue aux dépens de la population
              rurale. En Angleterre, dès le milieu du
              19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, et en Allemagne au début du 20<hi rend="ordinal">e</hi> siècle,
              plus de la moitié de la population se trouvait concentrée dans les
              villes.</p>
              <p rend="alinéa">Dans la phase manufacturière du capitalisme, les masses
              d’ouvriers salariés ne formaient pas encore une classe de prolétaires bien
              constituée. Les ouvriers des manufactures étaient relativement peu nombreux,
              liés pour une bonne part à l’agriculture, disséminés dans une multitude de
              petits ateliers et divisés par toutes sortes d’intérêts corporatifs
              étroits.</p>
              <p rend="alinéa">La révolution industrielle et le développement de
              l’industrie mécanique donnèrent naissance dans les pays capitalistes au
              <emph>prolétariat industriel</emph>. La classe ouvrière, dont les
              rangs grossissaient sans cesse par l’afflux de paysans et artisans en train
              de se ruiner, vit ses effectifs se multiplier rapidement. L’essor de la
              grande industrie mécanique fit disparaître peu à peu les intérêts et les
              préjugés locaux, corporatifs et de caste, des premières générations
              d’ouvriers, leurs espoirs utopiques de reconquérir la condition de petit
              artisan du Moyen âge. Les masses ouvrières se fondaient en une seule classe,
              le prolétariat. Définissant la formation du prolétariat en tant que classe,
              Engels écrivait :</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Seul le développement de la production capitaliste, de
                  l’industrie et de l’agriculture modernes dans de grandes proportions, a pu
                  conférer un caractère de constance à son existence, l’a numériquement
                  augmenté et formé en tant que classe particulière, avec ses intérêts
                  particuliers et sa mission historique particulière.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  F. Engels,
                  « Le mouvement ouvrier en Amérique », dans
                  K. Marx et F. Engels,
                  <title>Œuvres</title>,
                  t. 16, 1<hi rend="ordinal">re</hi> partie, p. 287 (éd. russe).
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa smaller">En <emph type="pays">Angleterre</emph>, le nombre des
              ouvriers dans l’industrie et les transports dans la seconde décennie du
              19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle s’élevait à près de 2 millions
              d’individus ; au cours des cent années suivantes, il a plus que
              triplé.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En <emph type="pays">France</emph>, il y avait deux
              millions d’ouvriers dans l’industrie et les transports vers 1860, et au début
              du 20<hi rend="ordinal">e</hi> siècle leur nombre atteignait environ
              3 800 000 hommes.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Aux <emph type="pays">États-Unis</emph>, le nombre des
              ouvriers dans l’industrie et les transports était de 1 800 000 en
              1859 et 6 800 000 en 1899.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En <emph type="pays">Allemagne</emph>, le nombre des
              ouvriers occupés dans l’industrie et les transports passe de 700 000 en
              1848 à 5 millions en 1895.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En <emph type="pays">Russie</emph>, après l’abolition du
              servage, le processus de formation de la classe ouvrière se développe
              rapidement. En 1865, les grandes fabriques et usines, l’industrie minière et
              les chemins de fer occupent 700 000 ouvriers ; en 1890,
              1 433 000. En 25 ans, le nombre des ouvriers dans les grandes
              entreprises capitalistes a donc plus que doublé. Vers 1900, dans les
              cinquante provinces de la Russie d’Europe, le nombre des ouvriers des grandes
              fabriques et usines, de l’industrie minière et des chemins de fer s’élève à
              2 207 000 et dans toute la Russie, à 2 792 000.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="5" xml:id="chap06sect05">
              <head>6.5. La fabrique capitaliste.
              La machine comme moyen d’exploitation du travail salarié par le capital.</head>
              <p rend="alinéa"><emph>La fabrique capitaliste</emph> est une
              grande entreprise industrielle, fondée sur l’exploitation des ouvriers
              salariés et faisant usage d’un système de machines pour la production de
              marchandises.</p>
              <p rend="alinéa">Un <emph>système de machines</emph> est un
              ensemble de machines-outils accomplissant simultanément les mêmes opérations
              (par exemple, les métiers à tisser de même espèce), ou un ensemble de
              machines-outils d’espèces différentes, mais complémentaires les unes des
              autres. Le système de machines d’espèces différentes est une combinaison de
              machines-outils parcellaires, fondée sur la division des opérations entre
              elles. Chaque machine parcellaire fournit du travail à une autre machine.
              Comme toutes ces machines fonctionnent simultanément, le produit se trouve
              sans cesse à des degrés divers du processus de production, passant d’une
              phase à l’autre.</p>
              <p rend="alinéa">L’emploi des machines assure un accroissement considérable
              de la productivité du travail et un abaissement de la valeur de la
              marchandise. La machine permet de produire la même quantité de marchandises
              avec une dépense de travail beaucoup moindre, ou de produire avec la même
              dépense de travail une quantité sensiblement plus grande de marchandises.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Au 19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, pour
              transformer une même quantité de coton en filés au moyen d’une machine, il
              fallait 180 fois moins de temps de travail qu’avec un rouet. Au moyen de la
              machine, un ouvrier adulte ou un adolescent imprimait par heure autant de
              cotonnade à quatre couleurs que 200 ouvriers adultes, autrefois, travaillant
              à la main. Au 18<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, avec la division
              manufacturière du travail, un ouvrier produisait par jour 4 800
              aiguilles ; au 19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle un ouvrier,
              travaillant simultanément sur 4 machines, fabriquait jusqu’à 600 000
              aiguilles par jour.</p>
              <p rend="alinéa">Avec le mode de production capitaliste, tous les avantages
              que procure l’emploi des machines deviennent la propriété des possesseurs de
              ces machines, les capitalistes, dont les profits augmentent.</p>
              <p rend="alinéa">La fabrique est la forme supérieure de la coopération
              capitaliste. La coopération capitaliste étant un travail accompli en commun à
              une échelle relativement importante, rend nécessaires les fonctions
              particulières d’administration, de surveillance, de coordination des
              différents travaux. Dans l’entreprise capitaliste, la fonction
              d’administration est réalisée par le capitaliste ; elle possède des
              traits spécifiques, s’affirmant en même temps comme fonction d’exploitation
              des ouvriers salariés par le capital. Le capitaliste n’est pas capitaliste
              parce qu’il administre une entreprise industrielle ; au contraire, il
              devient dirigeant d’une entreprise parce qu’il est capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">Déjà avec la coopération simple, le capitaliste se libère
              du travail physique. La coopération du travail étant réalisée à une plus
              grande échelle, il se libère aussi de la fonction de surveillance directe et
              constante des ouvriers. Ces fonctions sont confiées à une catégorie
              particulière de travailleurs salariés, administrateurs et contremaîtres, qui
              commandent dans l’entreprise au nom du capitaliste. Par son caractère,
              l’administration capitaliste est despotique.</p>
              <p rend="alinéa">Avec le passage à la fabrique s’achève la création par le
              capital d’une discipline particulière, la <emph>discipline
              capitaliste du travail</emph>. C’est la discipline de la faim. Avec elle
              l’ouvrier, constamment menacé de renvoi, vit dans la crainte de se retrouver
              dans les rangs des chômeurs. Une discipline de caserne est le propre de la
              fabrique capitaliste. Les ouvriers sont frappés d’amendes et de retenues sur
              le salaire.</p>
              <p rend="alinéa">La machine est par elle-même un puissant moyen pour alléger
              le travail et en augmenter le rendement. Mais en régime capitaliste, la
              machine sert à renforcer l’exploitation du travail salarié.</p>
              <p rend="alinéa">Dès son introduction, la machine devient le concurrent de
              l’ouvrier. L’emploi capitaliste des machines prive tout d’abord de moyens de
              subsistance, des dizaines et des centaines de milliers d’ouvriers manuels,
              devenus inutiles. Ainsi, avec l’introduction en grand des métiers à tisser à
              vapeur, 800 000 tisserands anglais ont été jetés à la rue. Des millions
              de tisserands de l’Inde ont été voués à la famine et à la mort, car les
              tissus indiens faits à la main ne pouvaient résister à la concurrence des
              tissus anglais de fabrication mécanique. L’emploi accru des machines et leur
              perfectionnement évincent une quantité toujours plus grande d’ouvriers
              salariés, les mettent à la porte de la fabrique capitaliste et ils viennent
              grossir l’armée toujours plus nombreuse des chômeurs.</p>
              <p rend="alinéa">La machine simplifie le processus de production, rend
              inutile l’emploi d’une grande force musculaire. Aussi, avec Je passage au
              machinisme le capital fait-il participer largement à la production femmes et
              enfants. Le capitaliste les fait travailler dans de dures conditions pour un
              salaire de misère. Cela entraîne une mortalité infantile élevée dans les
              familles ouvrières, la mutilation physique et morale des femmes et des
              enfants.</p>
              <p rend="alinéa">La machine crée de grandes possibilités pour réduire le
              temps de travail nécessaire à la production d’une marchandise, créant ainsi
              les conditions favorables à la réduction de la journée de travail. Cependant
              en régime capitaliste elle est un moyen de prolonger la durée de la journée
              de travail. Dans sa course aux profits, le capitaliste cherche à utiliser au
              maximum la machine. En premier lieu, plus l’action utile de la machine est
              longue dans le courant de la journée de travail, et plus vite elle s’amortit.
              En second lieu, plus longue est la journée de travail et plus complète est
              l’utilisation de la machine, moins on risque de la voir vieillir au point de
              vue technique et de voir d’autres capitalistes réussir à introduire chez eux
              des machines plus perfectionnées ou moins coûteuses, ce qui les ferait
              bénéficier de conditions plus avantageuses de fabrication. Aussi bien le
              capitaliste cherche-t-il à prolonger au maximum la journée de travail.</p>
              <p rend="alinéa">La machine aux mains du capitaliste est utilisée pour tirer
              de l’ouvrier plus de travail dans un temps donné. L’intensité excessive du
              travail, l’exiguïté des locaux industriels, le manque d’air et de lumière,
              l’absence des mesures nécessaires à la protection du travail entraînent
              l’apparition massive de maladies professionnelles, ruinent la santé et
              raccourcissent la vie des ouvriers.</p>
              <p rend="alinéa">Le machinisme ouvre un large champ à l’utilisation de la
              science, dans le cours de la production ; il permet d’utiliser davantage
              dans le travail les facultés intellectuelles et créatrices. Mais l’emploi
              capitaliste des machines fait de l’ouvrier un <emph>appendice de
              la machine</emph>. Il ne lui reste qu’un travail physique uniforme et
              exténuant. Le travail intellectuel devient le privilège de travailleurs
              spécialisés : ingénieurs, techniciens, savants. La science passe au
              service du capital. En régime capitaliste l’<emph>opposition
              entre le travail manuel et le travail intellectuel</emph> devient de plus en
              plus profonde.</p>
              <p rend="alinéa">La machine marque le pouvoir accru de l’homme sur les
              forces de la nature. En augmentant la productivité du travail, la machine
              augmente la richesse de la société. Mais cette richesse va aux capitalistes,
              tandis que la condition de la classe ouvrière — principale force productive
              de la société — s’aggrave sans cesse.</p>
              <p rend="alinéa">Marx a prouvé dans son <title>Capital</title> que
              ce ne sont pas les machines par elles-mêmes qui sont l’ennemi de la classe
              ouvrière, mais le régime capitaliste sous lequel elles sont employées. Il
              disait que</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  la machine… moyen infaillible pour raccourcir le travail quotidien… le
                  prolonge entre les mains capitalistes… ; triomphe de l’homme sur les
                  forces naturelles, elle devient entre les mains capitalistes l’instrument
                  de l’asservissement de l’homme à ces mêmes forces… ; baguette magique
                  pour augmenter la richesse du producteur, elle l’appauvrit entre les mains
                  capitalistes.
                </quote>
                <bibl>
                  K. Marx,
                  <title>Le Capital</title>,
                  livre 1, t. 2, p. 122<!-- Vérifier ou expliciter référence -->.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Dès l’apparition des rapports capitalistes, commence
              <emph>la lutte de classes entre ouvriers salariés et
              capitalistes</emph>. Elle se poursuit durant toute la période manufacturière,
              et lorsque apparaît la production mécanique elle prend une grande ampleur et
              une acuité sans précédent.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La première expression de la protestation du mouvement
              ouvrier à ses débuts contre les conséquences néfastes de l’emploi capitaliste
              de la technique mécanique, a été la tentative de détruire les machines.
              Inventée en 1758, la première tondeuse a été brûlée par les ouvriers qui,
              avec l’introduction de cette machine, étaient restés sans travail. Au début
              du 19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, dans les comtés industriels
              d’Angleterre, s’est développé un vaste mouvement de «briseurs de machines»,
              dirigé tout d’abord contre le métier à tisser à vapeur. Il fallut à la classe
              ouvrière un certain temps et une certaine expérience pour se rendre compte
              que l’oppression et la misère ne provenaient pas des machines, mais de leur
              usage capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">Les capitalistes ont largement utilisé la machine comme
              instrument de répression des soulèvements périodiques des ouvriers, des
              grèves, etc., dirigés contre l’arbitraire du capital. Après 1830, un nombre
              important d’inventions en Angleterre n’ont dû leur apparition qu’aux intérêts
              de la lutte de classe des capitalistes contre les ouvriers, aux efforts des
              capitalistes pour briser la résistance opposée par les ouvriers à
              l’oppression du capital, en réduisant le nombre des ouvriers qu’ils
              employaient et en utilisant une main-d’œuvre moins qualifiée.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi l’usage capitaliste des machines aggrave la situation
              des ouvriers, ainsi que les contradictions de classes entre le travail et le
              capital.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="6" xml:id="chap06sect06">
              <head>6.6. La grande industrie et l’agriculture.</head>
              <p rend="alinéa">Le développement de la grande industrie entraîna aussi
              remploi des machines dans l’agriculture. La possibilité de faire usage des
              machines est un des avantages les plus importants de la grande production
              agricole. Les machines élèvent énormément la productivité du travail dans
              l’agriculture. Mais elles ne sont pas à la portée de la petite exploitation
              paysanne, car pour en faire l’achat, il faut disposer de sommes
              considérables. L’emploi de la machine peut être efficace dans les grandes
              exploitations possédant de grandes surfaces emblavées, introduisant, dans la
              production, les cultures industrielles, etc. Dans les grandes exploitations,
              fondées sur l’utilisation des machines, les dépenses de travail par unité de
              production sont sensiblement inférieures à celles des petites exploitations
              paysannes, fondées sur une technique arriérée et le travail manuel. Il
              s’ensuit que la petite exploitation paysanne ne peut soutenir la concurrence
              de la grande exploitation capitaliste. L’emploi des machines agricoles
              accélère, dans le cadre du capitalisme, le processus de différenciation de la
              paysannerie.</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">L’emploi systématique des machines dans l’agriculture élimine le paysan
                    « moyen » patriarcal aussi inexorablement que le métier à vapeur
                    élimine le tisseur-artisan travaillant sur son métier à main.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « Le développement du capitalisme en Russie »,
                    <title>Œuvres</title>, t. 3, p. 240.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Le capitalisme, en faisant progresser la technique
              agricole, ruine la masse des petits producteurs. De plus, la main-d’œuvre
              salariée dans l’agriculture est tellement bon marché que beaucoup de grandes
              exploitations n’emploient pas de machines ; elles préfèrent se servir de
              la main-d’œuvre manuelle. Cela retarde le développement du machinisme dans la
              production agricole.</p>
              <p rend="alinéa">L’usage capitaliste des machines dans l’agriculture
              s’accompagne nécessairement d’une exploitation accrue du prolétariat agricole
              par l’intensification du travail. Par exemple, une espèce de moissonneuse
              largement répandue à un moment donné a reçu en russe le nom de
              « lobogreïka » (chauffe-front), parce qu’il fallait un gros effort
              physique pour la faire fonctionner.</p>
              <p rend="alinéa">Dans la période du machinisme capitaliste s’achève la
              séparation de l’industrie et de l’agriculture, s’approfondit et s’aggrave
              l’<emph>opposition entre la ville et la campagne</emph>. En régime
              capitaliste, l’agriculture retarde de plus en plus dans son développement sur
              l’industrie. Lénine disait que l’agriculture des pays capitalistes au début
              du 20<hi rend="ordinal">e</hi> siècle par son niveau technique et
              économique, était plutôt voisine de la phase manufacturière.</p>
              <p rend="alinéa smaller">L’introduction du machinisme dans la production
              agricole en régime capitaliste s’opère avec beaucoup plus de lenteur que dans
              l’industrie. Si le moteur à vapeur a permis des transformations techniques
              fondamentales dans l’industrie, il n’a pu être utilisé dans l’agriculture que
              sous forme de batteuse à vapeur. Plus tard la batteuse mécanique complexe
              mènera de front les opérations de battage, de nettoyage et de triage du
              grain. Ce n’est que dans le dernier quart du
              19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle qu’apparaissent les machines à récolter le blé à traction
              hippomobile : les moissonneuses-lieuses. Le tracteur à chenilles a été
              inventé après 1880, et le tracteur à roues, au début du 20<hi rend=
              "ordinal">e</hi> siècle, mais les grandes exploitations capitalistes n’ont
              commencé à faire un usage plus ou moins étendu du tracteur qu’à partir de
              1920, principalement aux États-Unis.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Cependant, dans l’agriculture de la plupart des pays
              du monde capitaliste, la force motrice fondamentale est jusqu’à nos jours la
              bête de trait, et pour le travail du sol on emploie la charrue, la herse, le
              cultivateur à cheval.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="7" xml:id="chap06sect07">
              <head>6.7. La socialisation capitaliste du travail et de la production.
              Les limites de l’usage des machines en régime capitaliste.</head>
              <p rend="alinéa">Sur la base du machinisme, en régime capitaliste, un grand
              progrès a été réalisé dans le développement des forces productives de la
              société par rapport au mode de production féodal. La machine a été la force
              révolutionnaire qui a transformé la société.</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">Le passage de la manufacture à la fabrique constitue une révolution
                    technique complète qui réduit à néant toute l’habileté manuelle acquise au
                    cours des siècles par les maîtres-artisans, révolution suivie de la
                    démolition la plus brutale des rapports sociaux de production, d’une
                    scission définitive entre les différents groupes participant à la
                    production, d’une rupture totale avec la tradition, de l’aggravation et de
                    l’extension de tous les côtés sombres du capitalisme, et en même temps de
                    la socialisation en masse du travail par le capitalisme. On voit donc que
                    la grande industrie mécanique est le dernier mot du capitalisme, le dernier
                    mot de ses facteurs négatifs et de ses « éléments positifs ».</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « Le développement du capitalisme en Russie »,
                    <title>Œuvres</title>, t. 3, p. 480-481.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Sur la base de la grande industrie mécanique s’opère un
              processus spontané de vaste <emph>socialisation du travail</emph>
              par le capital.</p>
              <p rend="alinéa">Premièrement, grâce à l’emploi des machines la production
              industrielle se concentre de plus en plus dans les grandes entreprises. La
              machine exige par elle-même le travail collectif de nombreux ouvriers.</p>
              <p rend="alinéa">En second lieu, avec le capitalisme se développe de façon
              continue la division sociale du travail. Le nombre des branches industrielles
              et agricoles augmente. En même temps, l’interdépendance des branches et des
              entreprises devient de plus en plus étroite. Avec la haute spécialisation des
              branches d’industrie, le fabricant qui produit, par exemple, des tissus,
              dépend directement du fabricant qui produit les filés ; ce dernier, du
              capitaliste produisant le coton, du propriétaire de l’usine de constructions
              mécaniques, des houillères, etc.</p>
              <p rend="alinéa">Troisièmement, le morcellement des petites unités
              économiques propre à l’ disparaît, et les petits marchés locaux se fondent en
              un immense marché national et mondial.</p>
              <p rend="alinéa">Quatrièmement, le capitalisme avec son industrie mécanique
              refoule les diverses formes de dépendance personnelle du travailleur. Le
              travail salarié devient la base de la production. Il se crée une grande
              mobilité de la population, ce qui assure un afflux constant de main-d’œuvre
              dans les branches ascendantes de l’industrie.</p>
              <p rend="alinéa">Cinquièmement, avec l’expansion de la production mécanique,
              on voit apparaître une multitude de centres industriels et de grandes villes.
              La société se scinde de plus en plus en deux classes antagonistes
              fondamentales : la classe des capitalistes et la classe des ouvriers
              salariés.</p>
              <p rend="alinéa">La socialisation du travail et de la production, réalisée
              sur la base du machinisme, constitue un grand pas en avant dans le
              développement progressif de la société. Mais le bas égoïsme des capitalistes,
              âpres au gain, met des limites au développement des forces productives.</p>
              <p rend="alinéa">Du point de vue social, l’emploi de la machine est
              avantageux si le travail que nécessite la fabrication de la machine est
              inférieur à celui que son emploi permet d’économiser, et aussi si la machine
              allège le travail. Mais ce qui importe pour le capitaliste, ce n’est pas
              l’économie du travail social ni l’allègement du travail de l’ouvrier, mais
              l’économie réalisée sur le salaire. Les limites de l’emploi des machines pour
              le capitaliste sont donc plus étroites. Elles sont déterminées par la
              différence entre le prix de la machine et le salaire des ouvriers qu’elle
              élimine. Plus le salaire est bas, plus faible est la tendance du capitaliste
              à introduire des machines. Aussi le travail manuel est-il encore jusqu’à
              présent largement utilisé dans l’industrie des pays capitalistes même les
              plus développés.</p>
              <p rend="alinéa">La grande industrie mécanique a aggravé la concurrence
              entre les capitalistes, renforcé le caractère spontané, l’anarchie de toute
              la production sociale. L’usage capitaliste des machines a contribué non
              seulement au développement rapide des forces productives de la société, mais
              aussi à l’oppression du travail par le capital, à l’aggravation de toutes les
              contradictions inhérentes au mode de production capitaliste.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume"  n="6" xml:id="chap06resume">
              <head>Résumé du chapitre 6</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
                <item>
                  <p rend="alinéa">Le passage de la manufacture à la grande industrie mécanique a
                  constitué la révolution industrielle. Particulièrement importante pour le
                  passage à l’industrie mécanique furent l’invention de la machine à vapeur,
                  l’amélioration des procédés de fabrication du métal et la création de
                  machines produisant des machines, La machine a conquis, les unes après les
                  autres, les branches de la production.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">Avec le développement du capitalisme s’opère le processus
                  d’industrialisation capitaliste des pays les plus importants de l’Europe et
                  de l’Amérique. L’industrialisation capitaliste commence généralement par le
                  développement de l’industrie légère. Le pillage des colonies et des pays
                  vaincus et l’obtention d’emprunts asservissants jouent un grand rôle dans
                  l’industrialisation des pays capitalistes. Celle-ci est fondée sur
                  l’exploitation du travail salarié et elle accentue la ruine des grandes
                  masses de la paysannerie et de l’artisanat. Elle conduit à de nouveaux
                  progrès de la division sociale du travail, achève la séparation de
                  l’industrie et de l’agriculture, aggrave l’opposition entre la ville et la
                  campagne.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">La fabrique capitaliste est une grande entreprise fondée sur
                  l’exploitation des ouvriers salariés et qui fait usage d’un système de
                  machines pour la production des marchandises. L’administration de la
                  fabrique capitaliste revêt un caractère despotique. Dans la société
                  capitaliste l’emploi des machines augmente le fardeau du travail salarié,
                  renforce l’exploitation de l’ouvrier, entraîne à l’usine des femmes et des
                  enfants qui touchent un salaire de misère. Le machinisme capitaliste achève
                  la séparation du travail intellectuel et du travail manuel et aggrave leur
                  opposition.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">Le développement de la grande industrie mécanique contribue à
                  l’agrandissement des villes, à l’accroissement de la population urbaine aux
                  dépens de la population rurale, à la formation de la classe des ouvriers
                  salariés — le prolétariat —, à l’augmentation de ses effectifs. L’emploi
                  des machines dans l’agriculture est un avantage de la grande production, il
                  entraîne l’élévation de la productivité du travail et accélère le processus
                  de différenciation de la paysannerie. En régime capitaliste, l’agriculture
                  retarde de plus en plus sur l’industrie, ce qui aggrave l’opposition de la
                  ville et de la campagne.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">La grande industrie mécanique joue dans l’histoire un rôle
                  progressif, elle mène à l’accroissement de la productivité du travail et à
                  la socialisation du travail par le capital. Les limites de l’emploi
                  capitaliste des machines sont déterminées par le fait que les capitalistes
                  n’introduisent la machine que lorsque son prix est inférieur à la masse des
                  salaires des ouvriers qu’elle élimine.</p>
                </item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3  n="7" type="chapitre" xml:id="chap07">
            <head>Chapitre 7 — Le capital et la plus-value —
            La loi économique fondamentale du capitalisme</head>
            <div4 type="section"  n="1" xml:id="chap07sect01">
              <head>7.1. La base des rapports de production en régime capitaliste.</head>
              <p rend="alinéa">Avec le passage de la manufacture à la grande industrie
              mécanique, le mode de production capitaliste est devenu prédominant. Dans
              l’industrie, les ateliers artisanaux et les manufactures fondés sur le
              travail manuel, font place aux fabriques et aux usines dans lesquelles le
              travail s’effectue à l’aide de machines complexes. Dans l’agriculture, de
              grandes exploitations capitalistes apparaissent, qui introduisent la
              technique agronomique relativement perfectionnée et les machines agricoles.
              Une nouvelle technique est née, de nouvelles forces productives se sont
              formées, des rapports de production nouveaux, capitalistes, ont prévalu.
              L’étude des rapports de production de la société capitaliste dans leur
              naissance, leur développement et leur déclin fait l’objet principal du
              <title>Capital</title> de Marx.</p>
              <p rend="alinéa">La propriété capitaliste des moyens de production forme la
              base des rapports de production dans la société bourgeoise. La
              <emph>propriété capitaliste</emph> des moyens de production est la propriété
              privée des capitalistes, qui n’est pas le fruit du travail et qui est
              utilisée aux fins d’exploitation des ouvriers salariés. D’après la définition
              classique de Marx,</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  le mode de production capitaliste …consiste en ceci que les conditions
                  matérielles de production sont attribuées aux non-travailleurs sous forme
                  de propriété capitaliste et de propriété foncière, tandis que la masse ne
                  possède que les conditions personnelles de production : la force de
                  travail.
                </quote>
                <bibl>
                  K. Marx et F. Engels,
                  <title>Critique des programmes de Gotha et d’Erfurt</title>,
                  p. 25-26, Éditions sociales, Paris, 1950.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">La production capitaliste est fondée sur le travail
              salarié. Les ouvriers salariés sont libérés des liens du servage. Mais ils
              sont privés des moyens de production et, sous peine de mourir de faim, ils
              sont obligés de vendre leur force de travail aux capitalistes. L’exploitation
              du prolétariat par la bourgeoisie constitue le principal trait
              caractéristique du capitalisme, et le rapport entre bourgeoisie et
              prolétariat est le rapport de classe fondamental du régime capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">Les pays où règne le mode de production capitaliste
              conservent, à côté des formes capitalistes, des survivances plus ou moins
              importantes des formes précapitalistes d’économie. Le « capitalisme à
              l’état pur » n’existe dans aucun pays. Outre la propriété capitaliste,
              il y a dans les pays bourgeois la grande propriété foncière, de même que la
              petite propriété privée des simples producteurs — paysans et artisans — qui
              vivent de leur travail. La petite production joue en régime capitaliste un
              rôle subalterne. La masse des petits producteurs des villes et des campagnes
              est exploitée par les capitalistes et les propriétaires fonciers, possesseurs
              des fabriques et des usines, des banques, des entreprises commerciales et de
              la terre.</p>
              <p rend="alinéa">Le mode de production capitaliste dans son développement
              comprend deux phases : prémonopoliste et monopoliste. Les lois
              économiques générales du capitalisme agissent à ces deux phases de son
              développement. Mais le capitalisme monopoliste se distingue par toute une
              série de particularités essentielles, dont nous parlerons plus loin.</p>
              <p rend="alinéa">Passons à l’examen de la nature de l’exploitation
              capitaliste.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="2" xml:id="chap07sect02">
              <head>7.2. La transformation de l’argent en capital.</head>
              <p rend="alinéa">Tout capital commence sa carrière sous la forme d’une somme
              déterminée d’argent. L’argent par lui-même n’est pas un capital. Lorsque, par
              exemple, de petits producteurs indépendants échangent des marchandises,
              l’argent intervient comme moyen de circulation, mais non comme capital. La
              formule de la circulation des marchandises est la suivante : M
              (marchandise) — A (argent) — M (marchandise), c’est-à-dire vente d’une
              marchandise pour achat d’une autre marchandise. L’argent devient capital
              quand il est employé aux fins d’exploitation du travail d’autrui. La formule
              générale du capital est A — M — A. c’est-à-dire acheter pour vendre aux fins
              d’enrichissement.</p>
              <p rend="alinéa">La formule M — A — M signifie qu’une valeur d’usage est
              échangée contre une autre : le producteur livre la marchandise dont il
              n’a pas besoin et reçoit en échange une autre marchandise dont il a besoin
              pour sa consommation. La valeur d’usage est le but de la circulation.
              Inversement, avec la formule A — M — A, les points de départ et d’arrivée du
              mouvement coïncident : au départ le capitaliste avait de l’argent, et il
              en a au terme de l’opération. Le mouvement du capital serait inutile si, à la
              fin de l’opération, le capitaliste avait la même somme d’argent qu’au début.
              Tout le sens de son activité est qu’à la suite de l’opération il se trouve
              avoir une plus grande somme d’argent qu’auparavant. Le but de la circulation
              est l’augmentation de la valeur. La formule générale du capital dans sa forme
              intégrale est donc celle-ci : A — M — A′ où A′ désigne la somme d’argent
              accrue.</p>
              <p rend="alinéa">Le capital avancé, c’est-à-dire le capital mis en
              circulation, retourne à son possesseur avec un certain excédent.</p>
              <p rend="alinéa">D’où vient l’excédent du capital ? Les économistes
              bourgeois, soucieux de masquer la vraie source de l’enrichissement des
              capitalistes, affirment fréquemment que ce surplus provient de la circulation
              des marchandises. Affirmation gratuite ! En effet, si l’on fait l’échange de
              marchandises et d’argent d’égale valeur, c’est-à-dire d’équivalents, aucun
              des possesseurs de marchandises ne peut tirer de la circulation une valeur
              plus grande que celle qui est incorporée dans sa marchandise. Et si les
              vendeurs réussissent à vendre leurs marchandises à un prix plus élevé que
              leur valeur, par exemple de 10 %, ils doivent, en devenant acheteurs,
              payer aux vendeurs en sus de la valeur les mêmes 10 %. Ainsi, ce que les
              possesseurs de marchandises gagnent comme vendeurs, ils le perdent comme
              acheteurs. Or, en réalité, toute la classe des capitalistes bénéficie d’un
              accroissement de capital. Il est évident que le possesseur d’argent, devenu
              capitaliste, doit trouver sur le marché une marchandise dont la consommation
              crée une valeur, et une valeur supérieure à celle qu’elle possède elle-même.
              En d’autres termes, le possesseur d’argent doit trouver sur le marché une
              marchandise dont la valeur d’usage posséderait elle-même la faculté d’être
              source de valeur. Cette marchandise est la force de travail.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="3" xml:id="chap07sect03">
              <head>7.3. La force de travail en tant que marchandise.
              La valeur et la valeur d’usage de la marchandise force de travail.</head>
              <p rend="alinéa">La force de travail, l’ensemble des facultés physiques et
              morales dont l’homme dispose et qu’il met en action lorsqu’il produit des
              biens matériels, quelle que soit la forme de la société, est un élément
              indispensable de la production. Mais c’est seulement en régime capitaliste
              que la force de travail devient <emph>marchandise</emph>.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>capitalisme</emph> est la production
              marchande au plus haut degré de son développement, quand la force de travail
              elle-même devient marchandise. Avec la transformation de la force de travail
              en marchandise, la production marchande prend un caractère
              <emph>universel</emph>. La production capitaliste est fondée sur le travail
              salarié, et l’embauchage de l’ouvrier par le capitaliste n’est autre chose
              qu’une opération de vente-achat de la marchandise force de travail :
              l’ouvrier vend sa force de travail, le capitaliste l’achète.</p>
              <p rend="alinéa">En embauchant un ouvrier, le capitaliste reçoit sa force de
              travail dont il dispose sans réserve. Il l’utilise dans le processus de
              production capitaliste, dans lequel s’opère l’accroissement du capital.</p>
              <p rend="alinéa">De même que toute autre marchandise, la force de travail
              est vendue à un prix déterminé, à la base duquel se trouve la valeur de cette
              marchandise. Quelle est cette valeur ?</p>
              <p rend="alinéa">Pour que l’ouvrier conserve sa capacité de travail, il doit
              satisfaire ses besoins en nourriture, vêtements, chaussures, logement
              Satisfaire les besoins vitaux, c’est reconstituer l’énergie vitale dépensée
              par l’ouvrier : l’énergie des muscles, des nerfs, du cerveau ;
              c’est reconstituer sa capacité de travail. En outre, le capital a besoin d’un
              afflux incessant de force de travail ; l’ouvrier doit donc avoir la
              possibilité non seulement de s’entretenir lui-même, mais d’entretenir aussi
              sa famille. Par là se trouve assurée la reproduction, c’est-à-dire le
              renouvellement constant de la force de travail. Enfin, le capital a besoin
              non seulement d’ouvriers non spécialisés, mais aussi d’ouvriers qualifiés
              sachant manier les machines complexes ; or, acquérir une qualification
              comporte certaines dépenses de travail pour l’apprentissage. Aussi les frais
              de production et de reproduction de la force de travail comprennent-ils un
              minimum de dépenses pour la formation des générations montantes de la classe
              ouvrière.</p>
              <p rend="alinéa">Il ressort de tout cela que <emph>la valeur de
              la marchandise force de travail</emph> est égale à la valeur des moyens de
              subsistance nécessaires à l’entretien de l’ouvrier et de sa famille.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Cette marchandise, de même que toute autre, possède une valeur. Comment la
                  détermine-t-on ? Par le temps de travail nécessaire à sa production.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  K. Marx,
                  <title>Le Capital</title>,
                  livre 1, t. 1, p. 173.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Avec le développement historique de la société se modifient
              le niveau des besoins habituels de l’ouvrier, mais aussi les moyens de
              satisfaire ces besoins. Dans les différents pays, le niveau des besoins
              usuels de l’ouvrier n’est pas le même. Les particularités de l’évolution
              historique suivie par un pays donné, ainsi que celles des conditions dans
              lesquelles s’est formée la classe des ouvriers salariés, déterminent sous
              bien des rapports le caractère de ses besoins. Les conditions climatiques et
              autres exercent également une certaine influence sur les besoins de l’ouvrier
              en nourriture, en vêtements, en logement. La valeur de la force de travail
              renferme non seulement la valeur des objets de consommation nécessaires à la
              restauration des forces physiques de l’homme, mais aussi les frais que
              comporte la satisfaction des besoins culturels de l’ouvrier et de sa famille,
              tels qu’ils résultent des conditions sociales dans lesquelles vivent et sont
              élevés les ouvriers (éducation des enfants, achat de journaux, de livres,
              cinéma, théâtre, etc.) Les capitalistes cherchent toujours et partout à
              ramener les conditions matérielles et culturelles de vie de la classe
              ouvrière au niveau le plus bas.</p>
              <p rend="alinéa">Pour engager une affaire, le capitaliste commence par
              acheter tout ce qui est nécessaire à la production : bâtiments,
              machines, équipement, matières premières, combustible. Ensuite, il embauche
              la main-d’œuvre et le processus de production commence à l’entreprise. Dès
              que la marchandise est prête, le capitaliste la vend. La valeur de la
              marchandise produite renferme, premièrement, la valeur des moyens de
              production dépensés : matières premières traitées, combustible, une
              partie déterminée de la valeur des bâtiments, des machines et des
              outils ; en second lieu, la valeur nouvelle créée par le travail des
              ouvriers de l’entreprise.</p>
              <p rend="alinéa">Qu’est-ce que cette nouvelle valeur ?</p>
              <p rend="alinéa">Le mode de production capitaliste suppose un niveau
              relativement élevé de la productivité du travail, tel que l’ouvrier, pour
              créer une valeur égale à celle de sa force de travail, n’a besoin que d’une
              partie de la journée de travail. Admettons qu’une heure de travail moyen
              simple crée une valeur égale à un dollar, et que la valeur journalière de la
              force de travail soit égale à six dollars. Alors, pour compenser la valeur
              journalière de sa force de travail, l’ouvrier doit travailler pendant 6
              heures. Mais le capitaliste ayant acheté la force de travail pour toute la
              journée fait travailler le prolétaire non pas 6 heures, mais pendant une
              journée de travail entière qui comporte, par exemple, 12 heures. Pendant ces
              12 heures, l’ouvrier crée une valeur égale à 12 dollars, cependant que sa
              force de travail ne vaut que 6 dollars.</p>
              <p rend="alinéa">Nous voyons maintenant en quoi consiste la valeur d’usage
              spécifique de la marchandise force de travail pour l’acheteur de cette
              marchandise, le capitaliste. <emph>La valeur d’usage de la
              marchandise force de travail</emph> est sa propriété d’être une source de
              valeur, d’une valeur plus grande qu’elle n’en possède elle-même.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="4" xml:id="chap07sect04">
              <head>7.4. La production de la plus-value est la loi
              économique fondamentale du capitalisme.</head>
              <p rend="alinéa">La valeur de la force de travail et la valeur créée dans le
              processus de sa consommation sont deux grandeurs différentes. La différence
              entre ces deux grandeurs est la condition préalable nécessaire de
              l’exploitation capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">Dans notre exemple, le capitaliste, en dépensant 6 dollars
              pour embaucher un ouvrier, reçoit une valeur créée par le travail de
              l’ouvrier, égale à 12 dollars. Le capitaliste récupère le capital qu’il a
              d’abord avancé avec une augmentation ou un excédent égal à 6 dollars. Cet
              excédent constitue la plus-value.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>plus-value</emph> est la valeur créée
              par le travail de l’ouvrier salarié en plus de la valeur de sa force de
              travail, et que le capitaliste s’approprie gratuitement. Ainsi, la plus-value
              est le fruit du travail non payé de l’ouvrier.</p>
              <p rend="alinéa">La journée de travail dans l’entreprise capitaliste
              comporte deux parties: le temps de travail nécessaire et le temps de travail
              supplémentaire ; le travail de l’ouvrier salarié se décompose en travail
              nécessaire et surtravail. Pendant le temps de travail nécessaire, l’ouvrier
              reproduit la valeur de sa force de travail, et pendant le temps de
              surtravail, il crée la plus-value.</p>
              <p rend="alinéa">Le travail de l’ouvrier en régime capitaliste est processus
              de consommation par le capitaliste de la marchandise force de travail,
              c’est-à-dire processus pendant lequel le capitaliste soutire à l’ouvrier la
              plus-value. Le processus de travail en régime capitaliste est caractérisé par
              deux particularités fondamentales.</p>
              <p rend="alinéa">Premièrement, l’ouvrier travaille sous le contrôle du
              capitaliste à qui appartient le travail de l’ouvrier. En second lieu, au
              capitaliste appartient non seulement le travail de l’ouvrier, mais aussi le
              produit de ce travail. Ces particularités du processus de travail font du
              travail de l’ouvrier salarié un dur et odieux fardeau.</p>
              <p rend="alinéa">Le but immédiat de la production capitaliste est la
              production de la plus-value. En conséquence, seul un travail créateur de
              plus-value est considéré comme travail productif en régime capitaliste. Si
              donc l’ouvrier ne crée pas de plus-value, son travail est un travail
              improductif, inutile pour le capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">Contrairement aux anciennes formes d’exploitation —
              esclavagiste et féodale — l’exploitation capitaliste se présente sous une
              forme déguisée. Lorsque l’ouvrier salarié vend sa force de travail au
              capitaliste, cette transaction apparaît au premier abord comme une
              transaction habituelle entre possesseurs de marchandises, comme un échange
              ordinaire d’une marchandise contre de l’argent, effectué en accord avec la
              loi de la valeur. Mais la transaction vente-achat de la force de travail
              n’est qu’une forme extérieure derrière laquelle se cachent l’exploitation de
              l’ouvrier par le capitaliste, l’appropriation par l’entrepreneur, sans aucun
              équivalent, du travail non payé de l’ouvrier.</p>
              <p rend="alinéa">En analysant l’essence de l’exploitation capitaliste, nous
              supposons que le capitaliste, en louant l’ouvrier, lui paie la valeur
              intégrale de sa force de travail, déterminée par la loi de la valeur. Plus
              tard, en examinant le salaire, nous montrerons qu’à la différence des prix
              des autres marchandises, le prix de la force de travail, en règle générale,
              oscille <emph>au-dessous</emph> de sa valeur. Cela a pour effet d’augmenter
              encore l’exploitation de la classe ouvrière par la classe des
              capitalistes.</p>
              <p rend="alinéa">Le capitalisme permet à l’ouvrier salarié de travailler et,
              par conséquent, de vivre, dans la mesure seulement où il travaille un certain
              temps à titre gratuit pour le capitaliste. Lorsqu’il quitte une entreprise
              capitaliste, l’ouvrier, dans le meilleur des cas, entre dans une autre
              entreprise capitaliste où il subit la même exploitation. En dénonçant le
              travail salarié comme un système d’esclavage salarié, Marx disait que si
              l’esclave romain était chargé de fers, l’ouvrier salarié est attaché à son
              maître par des fils invisibles. Ce maître, c’est la classe des capitalistes
              dans son ensemble.</p>
              <p rend="alinéa">La plus-value créée par le travail non payé des ouvriers
              salariés constitue la source commune des revenus, non acquis par le travail,
              des différents groupes de la bourgeoisie : industriels, commerçants,
              banquiers, ainsi que de la classe des propriétaires fonciers.</p>
              <p rend="alinéa">La production de la plus-value est la
              <emph>loi économique fondamentale du capitalisme</emph>. En définissant le
              capitalisme, Marx disait :</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Fabriquer de la plus-value, telle est la loi absolue de ce mode de
                  production.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  K. Marx,
                  <title>Le Capital</title>,
                  livre 1, t. 3, p. 59.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Les traits essentiels de cette loi consistent dans la
              production sans cesse croissante de plus-value, et dans l’appropriation de
              celle-ci par les capitalistes sur la base de la propriété privée des moyens
              de production et grâce à l’intensification de l’exploitation du travail
              salarié et à l’élargissement de la production. La loi économique fondamentale
              exprime l’essence même des rapports de production capitalistes ; elle
              est la loi du mouvement du capitalisme ; elle détermine le caractère
              inévitable de l’accroissement et de l’aggravation de ses contradictions.</p>
              <p rend="alinéa">Le capital n’a pas inventé le surtravail. Partout où la
              société est composée d’exploiteurs et d’exploités, la classe dominante
              soutire du surtravail aux classes exploitées. Mais contrairement au maître
              d’esclaves et au seigneur féodal, qui, par suite du régime d’ qui régnait
              alors, consacraient la plus grande partie des produits du surtravail des
              esclaves et des serfs à la satisfaction immédiate de leurs besoins et de
              leurs caprices, le capitaliste convertit en argent tout le produit du
              surtravail des ouvriers salariés. Le capitaliste consacre une partie de cet
              argent à l’achat d’objets de consommation et d’objets de luxe ; l’autre
              partie de cet argent, il !a met de nouveau en œuvre à titre de capital
              additionnel qui produit une nouvelle plus-value. Aussi le capital
              manifeste-t-il, selon l’expression de Marx, une voracité de loup pour le
              surtravail.</p>
              <p rend="alinéa">La course à la plus-value est le principal moteur du
              développement des forces productives en régime capitaliste. Aucune des formes
              antérieures de régime d’exploitation — ni l’esclavage ni la féodalité — ne
              possédait un tel stimulant du progrès technique.</p>
              <p rend="alinéa">Lénine a appelé la théorie de la plus-value la pierre
              angulaire de la théorie économique de Marx. En révélant dans sa théorie de la
              plus-value l’essence de l’exploitation capitaliste, Marx a porté un coup
              mortel à l’économie politique bourgeoise et à ses affirmations sur l’harmonie
              des intérêts des classes en régime capitaliste et il a donné à la classe
              ouvrière une arme spirituelle pour renverser le capitalisme.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="5" xml:id="chap07sect05">
              <head>7.5. Le capital en tant que rapport social de production.
              Le capital constant et le capital variable.</head>
              <p rend="alinéa">Les économistes bourgeois appellent capital tout instrument
              de travail, tout moyen de production, à commencer par la pierre et le bâton
              de l’homme primitif. Cette définition du capital a pour but d’estomper
              l’essence de l’exploitation de l’ouvrier par le capitaliste, de présenter le
              capital comme une condition éternelle et immuable de l’existence de toute
              société humaine.</p>
              <p rend="alinéa">En réalité, la pierre et le bâton servaient d’outil de
              travail à l’homme primitif, mais n’étaient point du capital. Ne sont pas non
              plus du capital les instruments et les matières premières de l’artisan, le
              matériel, les semences et les bêtes de trait du paysan qui exploite son
              terrain sur la base de son travail personnel. Les moyens de production ne
              deviennent du capital qu’à une phase déterminée du développement historique,
              lorsqu’ils sont propriété privée du capitaliste et servent de moyen
              d’exploitation du travail salarié. Avec la liquidation du régime capitaliste
              les moyens de production deviennent propriété sociale et ils cessent d’être
              du capital. Ainsi le capital n’est pas une chose, mais un rapport social de
              production qui a un caractère historique transitoire.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>capital</emph> est une valeur qui — par
              l’exploitation des ouvriers salariés — rapporte la plus-value. Selon Marx, le
              capital est</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  du travail mort, qui, semblable au vampire, ne s’anime qu’en suçant le
                  travail vivant, et sa vie est d’autant plus allègre qu’il en pompe
                  davantage.
                </quote>
                <bibl>
                  K. Marx,
                  <title>Le Capital</title>,
                  livre 1, t. 1, p. 229.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Le capital incarne le rapport de production entre la classe
              des capitalistes et la classe ouvrière, rapport qui consiste en ce que les
              capitalistes, en tant que possesseurs des moyens et des conditions de
              production, exploitent les ouvriers salariés qui créent pour eux la
              plus-value. Ce rapport de production, comme d’ailleurs tous les autres
              rapports de production de la société capitaliste, prend la forme d’un rapport
              entre objets et apparaît comme la propriété de ces objets (moyens de
              production) de procurer un revenu au capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa smaller">C’est en cela que consiste le
              <emph>caractère fétiche du capital</emph> : avec le mode de production
              capitaliste se crée une apparence trompeuse, selon laquelle les moyens de
              production (ou une certaine somme d’argent avec laquelle on peut acheter les
              moyens de production) possèdent par eux-mêmes la faculté miraculeuse de
              procurer à leur possesseur un revenu régulier ne provenant pas du
              travail.</p>
              <p rend="alinéa">Les différentes parties du capital ne jouent pas le même
              rôle dans le processus de production de la plus-value.</p>
              <p rend="alinéa">L’entrepreneur dépense une certaine partie du capital pour
              construire les bâtiments d’une fabrique, acquérir de l’équipement et des
              machines, acheter les matières premières, le combustible, les matériaux
              accessoires. La valeur de cette partie du capital est transférée à la
              marchandise nouvellement produite à mesure que les moyens de production sont
              consommés ou usés au cours du travail. La partie du capital, qui existe sous
              forme de valeur des moyens de production, ne change pas de grandeur en cours
              de production ; aussi porte-t-elle le nom de capital
              <emph>constant</emph>.</p>
              <p rend="alinéa">L’entrepreneur consacre l’autre partie du capital à l’achat
              de la force de travail, à l’embauchage des ouvriers. En échange de cette
              partie du capital dépensé, l’entrepreneur, le processus de production
              terminé, reçoit une nouvelle valeur créée par les ouvriers dans son
              entreprise. Cette nouvelle valeur, on l’a vu, est supérieure à celle de la
              force de travail achetée par le capitaliste. C’est ainsi que la partie du
              capital, dépensée pour l’embauchage d’ouvriers, change de grandeur au cours
              de la production : elle augmente à la suite de la création par les
              ouvriers d’une plus-value que le capitaliste accapare. La partie du capital
              qui est consacrée à l’achat de la force de travail (c’est-à-dire à
              l’embauchage d’ouvriers) et qui augmente en cours de production, s’appelle
              capital <emph>variable</emph>.</p>
              <p rend="alinéa">On désigne le capital constant par la lettre c, et
              le capital variable par la lettre v. La division du capital en partie
              constante et partie variable a été établie pour la première fois par Marx.
              Cette division a mis en lumière le rôle particulier du capital variable
              destiné à l’achat de la force de travail. L’exploitation des ouvriers
              salariés par les capitalistes constitue la source véritable de la
              plus-value.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La découverte du double caractère du travail incarné
              dans la marchandise, a été la clef qui a permis à Marx d’établir la
              distinction entre le capital constant et le capital variable, et de dégager
              l’essence de l’exploitation capitaliste. Marx a montré que l’ouvrier par son
              travail crée simultanément une nouvelle valeur et transfère la valeur des
              moyens de production à la marchandise fabriquée. Comme travail concret et
              déterminé, le travail de l’ouvrier transmet au produit la valeur des moyens
              de production dépensés, et comme travail abstrait, en tant que dépense de la
              force de travail en général, le travail de ce même ouvrier crée une nouvelle
              valeur. Ces deux aspects du processus du travail se distinguent de façon très
              marquée. Par exemple, en doublant la productivité du travail dans sa branche,
              le fileur transmet au produit, pendant une journée de travail, une valeur de
              moyens de production deux fois plus grande (puisqu’il traite deux fois plus
              de coton) ; pour ce qui est de la nouvelle valeur, il en créera autant
              qu’auparavant.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="6" xml:id="chap07sect06">
              <head>7.6. Le taux de la plus-value.</head>
              <p rend="alinéa">Le degré d’exploitation de l’ouvrier par le capitaliste
              trouve son expression dans le taux de la plus-value.</p>
              <p rend="alinéa"><emph>Le taux de la plus-value</emph> est le
              rapport exprimé en pourcentage de la plus-value au capital variable. Le taux
              de la plus-value montre dans quelle proportion le travail dépensé par les
              ouvriers se divise en travail nécessaire et en surtravail ; autrement
              dit, quelle est la partie de la journée de travail que le prolétaire dépense
              pour compenser la valeur de sa force de travail et quelle partie de la
              journée il travaille gratuitement pour le capitaliste. On désigne la
              plus-value par la lettre
              <math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
                <mrow>
                  <mi>p</mi>
                </mrow>
              </math>
              et le taux de la
              plus-value par
              <math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
                <mrow>
                  <mi mathvariant="italic">p′</mi>
                  <mo>=</mo>
                  <mfrac>
                    <mi>p</mi>
                    <mi>v</mi>
                  </mfrac>
                </mrow>
              </math>.
              Dans le cas cité plus haut (p. 121) le taux
              de la plus-value, exprimé en pourcentage, est :</p>
              <p type="formule" rend="centralign">
                <math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
                  <mrow>
                    <mi mathvariant="italic">p′</mi>
                    <mo>=</mo>
                    <mfrac>
                      <mi>p</mi>
                      <mi>v</mi>
                    </mfrac>
                    <mo>=</mo>
                    <mfrac>
                      <mrow><mn>6</mn><mi> dollars</mi></mrow>
                      <mrow><mn>6</mn><mi> dollars</mi></mrow>
                    </mfrac>
                    <mo>×</mo>
                    <mn>100</mn>
                    <mo>=</mo>
                    <mn>100 %</mn>
                  </mrow>
                </math>.
              </p>
              <p rend="alinéa">Le taux de la plus-value est ici égal à 100 %. Cela
              veut dire que dans le cas présent le travail de l’ouvrier est divisé pour
              moitié en travail nécessaire et en surtravail. Avec le développement du
              capitalisme s’élève le taux de la plus-value, ce qui marque l’élévation du
              degré d’exploitation du prolétariat par la bourgeoisie. La
              <emph>masse</emph> de plus-value s’accroît encore plus rapidement, du fait
              qu’augmente le nombre des ouvriers salariés exploités par le capital.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Dans son article « Salaire des ouvriers et profit
              des capitalistes en Russie », rédigé en 1912, Lénine présente le calcul
              suivant qui montre le degré d’exploitation du prolétariat dans la Russie
              d’avant la Révolution. Une enquête officielle effectuée en 1908 sur les
              fabriques et les usines, et dont les chiffres sans aucun doute surestiment
              les salaires des ouvriers et sous-estiment les profits des capitalistes,
              établissait que les salaires des ouvriers se montaient à 555,7 millions de
              roubles, tandis que les profits des capitalistes étaient de 568,7 millions de
              roubles. Le nombre total des ouvriers des entreprises inspectées de la grande
              industrie était de 2 254 000. Ainsi, la moyenne du salaire d’un
              ouvrier était de 246 roubles par an, et chaque ouvrier apportait en moyenne
              au capitaliste 252 roubles de bénéfice annuel.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Ainsi donc, dans la Russie des tsars, l’ouvrier travaillait
              un peu moins de la moitié de la journée pour lui-même, et un peu plus de la
              moitié de cette journée pour le capitaliste.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="7" xml:id="chap07sect07">
              <head>7.7. Deux moyens d’augmentation du degré d’exploitation du travail par le capital.
              La plus-value absolue et la plus-value relative.</head>
              <p rend="alinéa">Tout capitaliste, afin d’accroître la plus-value, cherche
              par tous les moyens à augmenter la part du surtravail qu’il extorque à
              l’ouvrier. L’augmentation de la plus-value se réalise par deux moyens
              principaux.</p>
              <p rend="alinéa">Prenons à titre d’exemple une journée de travail de 12
              heures, dont 6 heures forment le travail nécessaire et 6 heures le
              surtravail. Représentons cette journée de travail sous la forme d’une ligne
              dont chaque division est égale à une heure.</p>
              <table type="formule" xml:id="page126a" rend="centre">
                <row>
                  <cell>
                    <l>Journée de travail = 12 heures</l>
                    <l>|—|—|—|—|—|—|—|—|—|—|—|—|</l>
                  </cell>
                  <cell/>
                </row>
                <row>
                  <cell>
                    <l>Temps de travail nécessaire</l>
                    <l>= 6 heures</l>
                    <l>|—|—|—|—|—|—|</l>
                  </cell>
                  <cell>
                    <l>Temps de surtravail</l>
                    <l>= 6 heures</l>
                    <l>
                    |—|—|—|—|—|—|</l>
                  </cell>
                </row>
              </table>
              <p rend="alinéa">Le premier moyen d’augmenter le degré d’exploitation de
              l’ouvrier consiste pour le capitaliste à augmenter la plus-value qu’il
              reçoit, en allongeant la journée de travail, par exemple, de 2 heures. Alors
              la journée de travail se présentera comme suit :</p>
              <table type="formule" xml:id="page126b" rend="centre">
                <row>
                  <cell>
                    <l>Journée de travail = 14 heures</l>
                    <l>|—|—|—|—|—|—|—|—|—|—|—|—|—|—|</l>
                  </cell>
                  <cell/>
                </row>
                <row>
                  <cell>
                    <l>Temps de travail nécessaire</l>
                    <l>= 6 heures</l>
                    <l>|—|—|—|—|—|—|</l>
                  </cell>
                  <cell>
                    <l>Temps de surtravail</l>
                    <l>= 8 heures</l>
                    <l>
                    |—|—|—|—|—|—|—|—|</l>
                  </cell>
                </row>
              </table>
              <p rend="alinéa">La durée du surtravail a augmenté par suite de rallongement
              <emph>absolu</emph> de la journée de travail dans son ensemble,
              tandis que le temps de travail nécessaire est resté invariable. La plus-value
              produite par la prolongation de la journée de travail s’appelle
              <emph>plus-value absolue</emph>.</p>
              <p rend="alinéa">Le second moyen d’augmenter le degré d’exploitation de
              l’ouvrier consiste, sans modifier la durée générale de la journée de travail,
              à augmenter la plus-value que reçoit le capitaliste en réduisant le temps de
              travail nécessaire. L’augmentation de la productivité du travail dans les
              branches fabriquant les objets de consommation pour les ouvriers, et aussi
              dans celles qui fournissent les instruments et les matériaux pour la
              production des objets de consommation, aboutit à réduire le temps de travail
              nécessaire à leur production. Il en résulte que la valeur des moyens de
              subsistance des ouvriers diminue et la valeur de la force de travail décroît
              en conséquence. Si auparavant on dépensait 6 heures pour la production des
              moyens de subsistance de l’ouvrier, maintenant on ne dépense, par exemple,
              que 4 heures. La journée de travail se présente alors comme suit :</p>
              <table type="formule" xml:id="page127" rend="centre">
                <row>
                  <cell>
                    <l>Journée de travail = 12 heures</l>
                    <l>|—|—|—|—|—|—|—|—|—|—|—|—|</l>
                  </cell>
                  <cell/>
                </row>
                <row>
                  <cell>
                    <l>Temps de travail nécessaire</l>
                    <l>= 4 heures</l>
                    <l>|—|—|—|—|</l>
                  </cell>
                  <cell>
                    <l>Temps de surtravail</l>
                    <l>= 8 heures</l>
                    <l>
                    |—|—|—|—|—|—|—|—|</l>
                  </cell>
                </row>
              </table>
              <p rend="alinéa">La longueur de la journée de travail reste invariable, mais
              la durée de surtravail augmente du fait que le <emph>rapport</emph> s’est modifié
              entre le temps de travail nécessaire et le temps de surtravail. La plus-value
              résultant, par suite de l’augmentation de la productivité du travail, de la
              diminution du temps du travail nécessaire et de l’augmentation correspondante
              du temps de surtravail s’appelle <emph>plus-value
              relative</emph>.</p>
              <p rend="alinéa">Ces deux moyens d’augmenter la plus-value renforcent
              l’exploitation du travail salarié par le capital. En même temps ils jouent un
              rôle différent aux différentes phases du développement historique du
              capitalisme. Dans les premières phases du développement du capitalisme, alors
              que la technique était rudimentaire et avançait relativement lentement,
              l’augmentation de la plus-value absolue avait une importance primordiale. Le
              capital à la poursuite de la plus-value réalisa une révolution radicale dans
              les méthodes de production, la révolution industrielle, qui donna le jour à
              la grande industrie mécanique. La coopération capitaliste simple, la
              manufacture et l’industrie mécanique, dont il a été question plus haut (ch. 5
              et 6), représentent des degrés successifs de l’élévation de la productivité
              du travail par le capital. Dans la période du machinisme, alors que la
              technique hautement développée permet d’accroître rapidement la productivité
              du travail, les capitalistes s’attachent à élever considérablement le degré
              d’exploitation des ouvriers, avant tout par l’augmentation de la plus-value
              relative. En même temps, ils cherchent comme par le passé à prolonger au
              maximum la journée de travail et surtout à intensifier encore le travail.
              L’intensification du travail des ouvriers a pour le capitaliste la même
              importance que l’allongement de la journée du travail : l’allongement de
              la journée de travail de 10 à 11 heures ou l’augmentation d’un dixième de
              l’intensité du travail lui fournit le même résultat.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="8" xml:id="chap07sect08">
              <head>7.8. La plus-value extra.</head>
              <p rend="alinéa">La course à la plus-value extra joue un grand rôle dans le
              développement du capitalisme. Elle s’obtient dans les cas où certains
              capitalistes introduisent chez eux des machines et des méthodes de production
              plus perfectionnées que celles qui sont employées dans la plupart des
              entreprises de la même branche d’industrie. C’est ainsi que tel capitaliste
              obtient dans son entreprise une plus haute productivité du travail par
              rapport au niveau moyen existant dans une branche d’industrie donnée. Dès
              lors, la valeur individuelle de la marchandise produite dans l’entreprise de
              ce capitaliste se trouve être inférieure à la valeur sociale de cette même
              marchandise. Mais comme le prix de la marchandise est déterminé par sa valeur
              sociale, ce capitaliste reçoit un taux de plus-value supérieur au taux
              ordinaire.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Prenons l’exemple suivant. Admettons que, dans une
              manufacture de tabac, un ouvrier produise 1 000 cigarettes à l’heure et
              travaille 12 heures, dont 6 lui servent à créer une valeur égale à celle de
              sa force de travail. Si l’on introduit dans la manufacture une machine
              doublant la productivité du travail, l’ouvrier, tout en continuant à
              travailler 12 heures, ne produit plus 12 000, mais 24 000
              cigarettes. Le salaire de l’ouvrier est compensé par une partie de la valeur
              nouvellement créée, incarnée (déduction faite de la valeur de la part
              transférée du capital constant) dans 6 000 cigarettes, c’est-à-dire dans
              le produit de 3 heures. Au fabricant revient l’autre partie de la valeur
              nouvellement créée, incarnée (déduction faite de la valeur de la part
              transférée du capital constant) dans 18 000 cigarettes, c’est-à-dire
              dans le produit de 9 heures.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Ainsi, le temps de travail nécessaire est réduit et le
              temps de surtravail de l’ouvrier est allongé en conséquence. L’ouvrier
              compense la valeur de sa force de travail, non plus en 6 heures, mais en
              3 heures ; son surtravail passe de 6 heures à 9 heures. Le taux de la
              plus-value a triplé.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>plus-value extra</emph> est l’excédent
              de plus-value que reçoivent, en sus du taux ordinaire, les capitalistes en
              abaissant la valeur individuelle des marchandises produites dans leurs
              entreprises.</p>
              <p rend="alinéa">L’obtention de la plus-value extra ne constitue, dans
              chaque entreprise, qu’un phénomène passager. Tôt ou tard, la plupart des
              entrepreneurs de la même branche d’industrie introduisent chez eux des
              machines nouvelles ; quiconque ne possède pas un capital suffisant pour
              cela finit par se ruiner dans cette concurrence. Résultat : le temps
              socialement nécessaire à la production d’une marchandise donnée diminue, la
              valeur de la marchandise baisse, et le capitaliste qui a appliqué avant les
              autres les perfectionnements techniques, cesse de recevoir une plus-value
              extra. Cependant, en disparaissant dans une entreprise, la plus-value extra
              apparaît dans une autre où sont introduites des machines nouvelles encore
              plus perfectionnées.</p>
              <p rend="alinéa">Chaque capitaliste ne vise qu’à s’enrichir personnellement.
              Cependant l’action dispersée des différents entrepreneurs a pour résultat le
              progrès technique, le développement des forces productives de la société
              capitaliste. En même temps, la course à la plus-value incite chaque
              capitaliste à protéger ses réalisations techniques contre ses concurrents,
              elle engendre le secret sur le plan commercial et technique. Il apparaît
              ainsi que le capitalisme pose des limites au développement des forces
              productives. Les forces productives, en régime capitaliste, se développent
              sous une forme contradictoire. Les capitalistes ne font usage de nouvelles
              machines que si leur emploi donne lieu à un accroissement de la plus-value.
              L’introduction de nouvelles machines sert de base à l’élévation systématique
              du degré d’exploitation du prolétariat, à l’allongement de la journée de
              travail et à l’intensification du travail ; le progrès technique se
              réalise au prix d’infinis sacrifices et privations de nombreuses générations
              de la classe ouvrière. Ainsi le capitalisme traite avec une rapacité extrême
              la principale force productive de la société, la classe ouvrière, les masses
              laborieuses.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="9" xml:id="chap07sect09">
              <head>7.9. La journée de travail et ses limites. La lutte pour sa réduction.</head>
              <p rend="alinéa">Dans leur course au relèvement du taux de la plus-value,
              les capitalistes s’efforcent d’allonger la journée de travail au maximum. La
              <emph>journée de travail</emph>, c’est le temps pendant lequel
              l’ouvrier se trouve à l’entreprise, à la disposition du capitaliste. Si la
              chose était possible, l’entrepreneur contraindrait ses ouvriers à travailler
              24 heures par jour. Mais, pendant une certaine partie de la journée, l’homme
              doit rétablir ses forces, se reposer, dormir, manger. Par là, des
              <emph>limites purement physiques</emph> sont assignées à la journée de
              travail. Celle-ci a de plus des <emph>limites morales</emph>,
              puisqu’il faut à l’ouvrier du temps pour satisfaire ses besoins culturels et
              sociaux.</p>
              <p rend="alinéa">Le capital, dans sa soif ardente de surtravail, refuse de
              tenir compte non seulement des limites morales, mais encore des limites
              purement physiques de la journée de travail. Selon Marx, le capital ne ménage
              ni la vie ni la santé du travailleur. L’exploitation effrénée de la force de
              travail réduit la durée de la vie du prolétaire, provoque une extraordinaire
              élévation de la mortalité parmi la population ouvrière.</p>
              <p rend="alinéa">À l’époque où le capitalisme naissait, le pouvoir d’État a
              promulgué, en faveur de la bourgeoisie, des lois spéciales pour contraindre
              les ouvriers salariés à travailler le plus d’heures possible. Alors la
              technique demeurait à un niveau inférieur, des masses de paysans et
              d’artisans pouvaient travailler pour leur propre compte, et de ce fait le
              capital ne disposait pas d’un excédent de main-d’œuvre. La situation s’est
              modifiée avec l’introduction des machines et les progrès de la
              prolétarisation de la population. Le capital disposait alors d’une quantité
              suffisante d’ouvriers qui, sous peine de mourir de faim, durent se laisser
              asservir aux capitalistes. La nécessité d’avoir des lois officielles, tendant
              à allonger la journée de travail, avait disparu. Le capital eut la
              possibilité, par des contraintes économiques, de prolonger la durée du
              travail à l’extrême. Dès lors la classe ouvrière engagea une lutte opiniâtre
              pour la réduction de la journée de travail. Cette lutte s’est déroulée tout
              d’abord en Angleterre.</p>
              <p rend="alinéa smaller">À la suite d’une lutte prolongée, les ouvriers anglais
              obtinrent la promulgation en 1833 d’une loi sur les fabriques qui limitait le
              travail des enfants au-dessous de 13 ans à 8 heures et celui des adolescents
              de 13 à 18 ans, à 12 heures. En 1844 fut promulguée la première loi limitant
              le travail des femmes à 12 heures et celui des enfants à 6 heures et demie.
              La plupart du temps la main-d’œuvre enfantine et féminine était utilisée
              parallèlement au travail des hommes. Aussi, dans les entreprises que visait
              la loi, la journée de 12 heures fut-elle étendue à tous les ouvriers. La loi
              de 1847 limitait le travail des adolescents et des femmes à 10 heures. La loi
              de 1901 limitait la journée de travail des ouvriers adultes à 12 heures
              pendant les cinq premiers jours de la semaine et à 5 heures et demie le
              samedi.</p>
              <p rend="alinéa">Au fur et à mesure que la résistance des ouvriers
              augmentait, les lois limitant la journée de travail apparurent aussi dans les
              autres pays capitalistes. Après la promulgation de chacune de ces lois, les
              ouvriers durent lutter inlassablement pour en assurer l’application.</p>
              <p rend="alinéa">La lutte pour la limitation législative du temps de travail
              fut particulièrement intense, après que la classe ouvrière eut adopté comme
              mot d’ordre de combat la revendication de la <emph>journée de
              huit heures</emph>. Cette revendication fut proclamée en 1866 par le Congrès
              ouvrier en Amérique et le Congrès de la 1<hi rend=
              "ordinal">re</hi> Internationale sur la proposition de Marx. La lutte pour
              la journée de 8 heures devint partie intégrante non seulement de la lutte
              économique, mais aussi de la lutte politique du prolétariat.</p>
              <p rend="alinéa">Dans la Russie tsariste, les premières lois ouvrières
              parurent à la fin du 19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle. Après les
              fameuses grèves du prolétariat de Saint-Pétersbourg, la loi de 1897 limita la
              journée de travail à 11 heures et demie. Cette loi fut, d’après Lénine, une
              concession imposée, conquise par les ouvriers russes sur le gouvernement du
              tsar.</p>
              <p rend="alinéa">À la veille de la première guerre mondiale, dans la plupart
              des pays développés au point de vue capitaliste, prédominait la journée de
              travail de 10 heures. En 1919, sous l’influence de la peur devant le
              mouvement révolutionnaire ascendant, les représentants d’une série de pays
              capitalistes passèrent à Washington un accord sur l’introduction de la
              journée de 8 heures à l’échelle internationale, mais ensuite tous les grands
              États capitalistes se refusèrent à ratifier cet accord. Pourtant sous la
              pression de la classe ouvrière, dans de nombreux pays capitalistes fut
              introduite la journée de travail de 8 heures. Mais les entrepreneurs
              compensaient la diminution de la journée de travail par un accroissement
              brutal de l’intensité du travail. Dans une série de pays capitalistes, à une
              intensité du travail exténuante s’ajoute une longue journée de travail,
              notamment dans l’industrie de l’armement. Une journée de travail
              excessivement longue est le lot du prolétariat des pays coloniaux et
              dépendants.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="10" xml:id="chap07sect10">
              <head>7.10. La structure de classe de la société capitaliste.
              L’État bourgeois.</head>
              <p rend="alinéa">Ce qui caractérisait les modes de production esclavagiste
              et féodal, c’était la division de la société en différentes classes et
              castes, division qui lui donnait une structure hiérarchique complexe.
              L’époque bourgeoise a simplifié les antagonismes de classes et substitué aux
              diverses formes de privilèges héréditaires et de dépendance personnelle le
              pouvoir impersonnel de l’argent, le despotisme illimité du capital. Avec le
              mode de production capitaliste, la société se scinde de plus en plus en deux
              grands camps ennemis, en deux classes opposées : la bourgeoisie et le
              prolétariat.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>bourgeoisie</emph> est la classe qui
              possède les moyens de production et les utilise pour exploiter le travail
              salarié. Elle est la classe dominante de la société capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>prolétariat</emph> est la classe des
              ouvriers salariés, dépourvus de moyens de production et obligés, par suite,
              de vendre leur force de travail aux capitalistes. Sur la base de la
              production mécanique le capital a entièrement mis sous sa coupe le travail
              salarié. Pour la classe des ouvriers salariés, la condition prolétarienne est
              devenue son lot pour la vie. La situation économique du prolétariat en fait
              la classe la plus révolutionnaire.</p>
              <p rend="alinéa">Bourgeoisie et prolétariat sont les classes fondamentales
              de la société capitaliste. Tant qu’existe le mode de production capitaliste,
              ces deux classes sont indissolublement liées entre elles : la
              bourgeoisie ne peut exister et s’enrichir sans exploiter les ouvriers
              salariés ; les prolétaires ne peuvent vivre sans se louer aux
              capitalistes. En même temps, la bourgeoisie et le prolétariat sont des
              classes antagonistes, dont les intérêts s’opposent et sont irréductiblement
              hostiles. Le capitalisme, en se développant, approfondit l’abîme entre la
              minorité exploiteuse et les masses exploitées.</p>
              <p rend="alinéa">À côté de la bourgeoisie et du prolétariat en régime
              capitaliste existent la classe des propriétaires fonciers et celle des
              paysans. Ces classes sont des survivances du régime féodal antérieur, mais
              elles ont pris un caractère sensiblement différent, en rapport avec les
              conditions du capitalisme.</p>
              <p rend="alinéa">Les <emph>propriétaires fonciers</emph> en
              régime capitaliste sont la classe des grands propriétaires terriens, qui,
              d’ordinaire, afferment leurs terres à des fermiers capitalistes ou à de
              petits paysans producteurs, ou bien qui pratiquent sur la propriété qui leur
              appartient la grande production capitaliste à l’aide de travail salarié.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>paysannerie</emph> est la classe des
              petits producteurs possédant leur propre exploitation, fondée sur la
              propriété privée des moyens de production, sur une technique arriérée et le
              travail manuel. La paysannerie constitue dans les pays bourgeois une partie
              importante de la population. La masse essentielle de la paysannerie,
              exploitée sans merci par les propriétaires fonciers, les paysans riches, les
              marchands et les usuriers, court à sa ruine. Dans le processus de sa
              différenciation, la paysannerie dégage constamment de son sein, d’une part,
              des masses de prolétaires, et de l’autre, des paysans enrichis, des
              capitalistes.</p>
              <p rend="alinéa">L’État bourgeois qui, à la suite de la révolution
              bourgeoise, est venu remplacer l’État féodal, est par son caractère de
              classe, entre les mains des capitalistes, un instrument d’asservissement et
              d’oppression de la classe ouvrière et de la paysannerie. L’État bourgeois
              protège la propriété privée capitaliste des moyens de production, garantit
              l’exploitation des travailleurs et réprime leur lutte contre le régime
              capitaliste. Gomme les intérêts de la classe capitaliste s’opposent
              foncièrement à ceux de l’immense majorité de la population, la bourgeoisie
              est obligée de cacher par tous les moyens le caractère de classe de son État.
              Elle s’efforce de le présenter comme un État de « démocratie
              pure », soi-disant au-dessus des classes et appartenant au peuple tout
              entier. Mais en fait la « liberté » bourgeoise est la liberté pour
              le capital d’exploiter le travail d’autrui, l’ « égalité »
              bourgeoise est une apparence qui masque l’inégalité de fait entre
              l’exploiteur et l’exploité, entre l’homme rassasié et l’affamé, entre les
              propriétaire moyens de production et la masse des prolétaires qui ne
              possèdent que leur force de travail.</p>
              <p rend="alinéa">L’État bourgeois réprime les masses populaires à l’aide de
              son appareil administratif, de sa police, de son armée, de ses tribunaux, de
              ses prisons, de ses camps de concentration, et d’autres moyens de coercition.
              L’action idéologique à l’aide de laquelle la bourgeoisie maintient sa
              domination est le complément indispensable de ces moyens de coercition. Cela
              comprend la presse bourgeoise, la radio, le cinéma, la science et l’art
              bourgeois, les Églises.</p>
              <p rend="alinéa">L’État bourgeois est le comité exécutif de la classe des
              capitalistes. Les constitutions bourgeoises ont pour but de renforcer le
              régime social, agréable et avantageux pour les classes possédantes. L’État
              bourgeois déclare sacré et inviolable le fondement du régime capitaliste, la
              propriété privée des moyens de production.</p>
              <p rend="alinéa">Les formes de l’État bourgeois sont très variées, mais leur
              essence est la même : dans tous ces États, la
              <emph>dictature est exercée par la bourgeoisie</emph> qui essaie par tous
              les moyens de conserver et de fortifier le régime d’exploitation du travail
              salarié par le capital.</p>
              <p rend="alinéa">À mesure que se développe la grande production capitaliste,
              augmentent les effectifs du prolétariat qui prend conscience de plus en plus
              de ses intérêts de classe, progresse politiquement et s’organise pour la
              lutte contre la bourgeoisie.</p>
              <p rend="alinéa">Le prolétariat est la classe de travailleurs, liée à la
              forme d’avant-garde de l’économie, la grande production.</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">Étant donné le rôle économique qu’il joue dans la grande production, le
                    prolétariat est seul capable d’être le guide de <emph>toutes</emph> les masses
                    laborieuses et exploitées […]</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « L’État et la révolution »,
                    <title>Œuvres</title>,
                    t. 25, p. 437.
                  </bibl>
               </cit>
             </reg>
              <p rend="alinéa">Le prolétariat industriel qui est la classe la plus
              révolutionnaire, la plus avancée de la société capitaliste, est appelé à
              réunir autour de lui les masses travailleuses de la paysannerie, toutes les
              couches exploitées de la population et de les mener à l’assaut du
              capitalisme.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume"  n="7" xml:id="chap07resume">
              <head>Résumé du chapitre 7</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
                <item>
                  <p rend="alinéa">En régime capitaliste, la base des rapports de production est la
                  propriété capitaliste des moyens de production, utilisée pour
                  l’exploitation des ouvriers salariés. Le capitalisme est la production
                  marchande au plus haut degré de son développement, quand la force de
                  travail elle-même devient marchandise. En tant que marchandise, la force de
                  travail en régime capitaliste a une valeur et une valeur d’usage. La valeur
                  de la marchandise force de travail est déterminée par la valeur des moyens
                  de subsistance nécessaires à l’entretien de l’ouvrier et de sa famille. La
                  valeur d’usage de la marchandise force de travail réside dans sa propriété
                  d’être source de valeur et de plus-value.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">La plus-value est la valeur créée par le travail de l’ouvrier en
                  plus de la valeur de sa force de travail, et que le capitaliste accapare
                  gratuitement La production de la plus-value est la loi économique
                  fondamentale du capitalisme.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">Le capital est de la valeur qui rapporte — au moyen de
                  l’exploitation des ouvriers salariés — de la plus-value. Le capital incarne
                  en lui le rapport social entre la classe des capitalistes et la classe
                  ouvrière. Dans le cours de la production de la plus-value, les différentes
                  parties du capital ne jouent pas un rôle identique. Le capital constant est
                  la partie du capital qui est dépensée en moyens de production ; cette
                  partie du capital ne crée pas de nouvelle valeur, ne change pas de
                  grandeur. Le capital variable est la partie du capital qui est dépensée
                  pour l’achat de la force de travail ; cette partie du capital augmente
                  du fait de la création par les ouvriers d’une plus-value, que s’approprie
                  le capitaliste.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">Le taux de la plus-value est le rapport de la plus-value au
                  capital variable. Il exprime le degré d’exploitation de l’ouvrier par le
                  capitaliste. Les capitalistes augmentent le taux de plus-value par deux
                  moyens : la production de la plus-value absolue et la production de la
                  plus-value relative. La plus-value absolue est celle qui est créée par
                  l’allongement de la journée de travail ou par l’intensification du travail.
                  La plus-value relative est celle qui est créée par la réduction du temps de
                  travail nécessaire et par l’augmentation correspondante du temps de
                  surtravail.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">Les intérêts de classe de la bourgeoisie et ceux du prolétariat
                  sont inconciliables. La contradiction entre la bourgeoisie et le
                  prolétariat constitue la principale contradiction de classe de la société
                  capitaliste. L’État bourgeois, dictature de la bourgeoisie, est l’organe de
                  protection du régime capitaliste et d’oppression de la majorité laborieuse
                  et exploitée de la société.</p>
                </item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3  n="8" type="chapitre" xml:id="chap08">
            <head>Chapitre 8 — Le salaire</head>
            <div4 type="section"  n="1" xml:id="chap08sect01">
              <head>8.1. Le prix de la force de travail. La nature du salaire.</head>
              <p rend="alinéa">Avec le mode de production capitaliste, la force de
              travail, comme toute autre marchandise, possède une valeur. La valeur de la
              force de travail, exprimée en argent, est le <emph>prix de la
              force de travail</emph>.</p>
              <p rend="alinéa">Le prix de la force de travail se distingue du prix des
              autres marchandises. Quand le producteur vend sur le marché, par exemple, de
              la toile, la somme d’argent qu’il en retire n’est autre chose que le prix de
              la marchandise vendue. Quand le prolétaire vend au capitaliste sa force de
              travail et en reçoit une somme d’argent déterminée sous forme de salaire,
              cette somme d’argent n’apparaît pas comme le prix de la marchandise force de
              travail, mais comme <emph>le prix du travail</emph>.</p>
              <p rend="alinéa">Cela tient à plusieurs causes. Premièrement, le capitaliste
              paye son salaire à l’ouvrier après que celui-ci a accompli son travail. En
              second lieu, le salaire est établi soit au prorata du temps de travail fourni
              (heures, jours, semaines), soit au prorata de la quantité du produit
              fabriqué. Prenons l’exemple de tout à l’heure. Supposons que l’ouvrier
              travaille 12 heures par jour. En 6 heures, il produit la valeur de 6 dollars,
              égale à la valeur de sa force de travail. Pendant les 6 autres heures, il
              produit la valeur de 6 dollars qui constitue la plus-value que le capitaliste
              s’approprie. L’entrepreneur ayant loué le prolétaire pour une journée de
              travail complète, lui paye pour ce total de 12 heures de travail 6 dollars.
              De là, l’apparence trompeuse selon laquelle le salaire serait le prix du
              travail, et 6 dollars le paiement complet de toute une journée de travail de
              12 heures. En réalité, les 6 dollars ne représentent que la valeur
              journalière de la force de travail, tandis que le travail du prolétaire a
              créé une valeur égale à 12 dollars. Et si l’entreprise paye selon la quantité
              du produit fourni, l’apparence se crée que l’ouvrier est payé pour le travail
              dépensé par lui pour chaque unité de marchandise fabriquée, c’est-à-dire que,
              cette fois encore, tout le travail dépensé par l’ouvrier est payé
              intégralement.</p>
              <p rend="alinéa">Cette apparence trompeuse n’est pas une erreur due au
              hasard. Elle est engendrée par les conditions mêmes de la production
              capitaliste dans lesquelles l’exploitation est masquée, estompée, et où les
              rapports de l’entrepreneur et de l’ouvrier salarié sont présentés de façon
              déformée comme des rapports entre possesseurs égaux de marchandises.</p>
              <p rend="alinéa">En réalité, le salaire de l’ouvrier salarié n’est pas la
              valeur ou le prix de son travail. Si l’on admet que le travail est une
              marchandise ayant une valeur, la grandeur de cette valeur doit pouvoir se
              mesurer. Il est évident que la grandeur de la « valeur du
              travail », comme celle de toute autre marchandise, doit se mesurer par
              la quantité de travail qui y est incorporée. Une telle hypothèse conduit à un
              cercle vicieux : le travail est mesuré par le travail.</p>
              <p rend="alinéa">De plus, si le capitaliste payait à l’ouvrier la
              « valeur du travail », c’est-à-dire tout son travail, il n’y aurait
              pas de source d’enrichissement pour le capitaliste, pas de plus-value,
              autrement dit il ne pourrait y avoir de mode de production capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">Le travail est créateur de la valeur des marchandises, mais
              lui-même n’est pas une marchandise et ne saurait avoir une valeur. Ce qu’on
              appelle dans la vie courante la « valeur du travail » est en
              réalité la valeur de la force de travail.</p>
              <p rend="alinéa">Le capitaliste achète sur le marché non pas le travail,
              mais une marchandise particulière, la force de travail. La consommation de
              force de travail, c’est-à-dire la dépense d’énergie musculaire, nerveuse,
              cérébrale de l’ouvrier, est le processus du travail. La valeur de la force de
              travail est toujours inférieure à la valeur nouvellement créée par le travail
              de l’ouvrier. Le salaire n’est le paiement que d’une
              <emph>partie</emph> de la journée de travail, du temps de travail
              nécessaire. Mais comme le salaire apparaît sous forme de paiement du travail,
              on a l’impression que la journée de travail est payée intégralement. C’est
              pourquoi Marx qualifie le salaire dans la société bourgeoise de
              <emph>forme transformée</emph> de la valeur, ou du prix, de la force du
              travail.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Le salaire du travail n’est pas ce qu’il <emph>paraît</emph> être, à savoir la
                  <emph>valeur</emph> (ou le <emph>prix) du
                  travail</emph>, mais seulement une forme déguisée de la <emph type=
                  "notion">valeur</emph> (ou du <emph>prix</emph>) de la <emph type=
                  "notion">force de travail</emph>.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  K. Marx et F. Engels,
                  <title>Critique des programmes de Gotha et d’Erfurt</title>,
                  p. 30, Éditions sociales, Paris, 1950.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Le <emph>salaire</emph> est l’expression
              monétaire de la valeur de la force de travail, son prix qui apparaît
              extérieurement comme le prix du travail.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Sous le régime de l’esclavage, entre le maître et
              l’esclave, il n’y a pas de transaction vente-achat de la force de travail.
              L’esclave est la propriété du maître. C’est pourquoi il semble que tout le
              travail de l’esclave est fait gratuitement, que même la partie du travail qui
              couvre les frais d’entretien de l’esclave est un travail non payé, travail
              fait pour le compte du maître. Dans la société féodale, le travail nécessaire
              du paysan dans son exploitation et le surtravail sur le domaine du seigneur
              sont nettement délimités, dans le temps et l’espace. En régime capitaliste
              même le travail non payé de l’ouvrier salarié apparaît comme du travail
              payé.</p>
              <p rend="alinéa">Le salaire dissimule toutes les traces de la division de la
              journée de travail en temps de travail nécessaire et en temps de surtravail,
              en travail payé et non payé, et c’est ainsi qu’il masque le rapport
              d’exploitation capitaliste.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="2" xml:id="chap08sect02">
              <head>8.2. Les formes principales du salaire.</head>
              <p rend="alinéa">Les formes principales du salaire sont le salaire au temps
              et le salaire aux pièces.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>salaire an temps</emph> est une forme
              de salaire dans laquelle la grandeur du salaire de l’ouvrier dépend du temps
              qu’il a fourni : heures, jours, semaines, mois. Il y a donc lieu de
              distinguer : le paiement à l’heure, à la journée, à la semaine, au
              mois.</p>
              <p rend="alinéa">Pour un salaire au temps de même grandeur, le salaire
              effectif de l’ouvrier peut être différent, selon la durée de la journée de
              travail.</p>
              <p rend="alinéa">La mesure de la rémunération de l’ouvrier pour le travail
              fourni par unité de temps est le prix d’une heure de travail. Bien que, comme
              on l’a déjà dit, le travail par lui-même n’ait pas de valeur, ni par
              conséquent de prix, pour déterminer la grandeur de la rémunération de
              l’ouvrier, on adopte l’appellation conventionnelle de « prix du
              travail ». L’unité de mesure du « prix du travail » est la
              rémunération ou le prix d’une heure de travail. Ainsi, si la durée moyenne de
              la journée de travail est de 12 heures, et si la valeur journalière moyenne
              de la force de travail est égale à 6 dollars, le prix moyen d’une heure de
              travail (600 cents : 12) sera égal à 50 cents.</p>
              <p rend="alinéa">Le salaire au temps permet au capitaliste de renforcer
              l’exploitation de l’ouvrier en allongeant la journée de travail, de diminuer
              le prix de l’heure de travail, en laissant inchangé le salaire journalier,
              hebdomadaire ou mensuel. Supposons que le salaire journalier demeure comme
              précédemment de 6 dollars, mais que la journée de travail passe de 12 à 13
              heures ; en ce cas, le prix d’une heure de travail (600 cents : 13)
              s’abaissera de 50 à 46 cents. Sous la pression des revendications des
              ouvriers, le capitaliste est parfois contraint d’augmenter le salaire
              journalier (et, en proportion, les salaires hebdomadaire et mensuel), mais le
              prix d’une heure de travail peut rester invariable ou même diminuer. Ainsi,
              si le salaire journalier est augmenté de 6 dollars à 6 dollars 20 cents, la
              journée de travail passant de 12 à 14 heures, le prix d’une heure de travail
              tombera alors (620 cents : 14) à 44 cents.</p>
              <p rend="alinéa">Au fond, l’intensification du travail signifie aussi la
              baisse du prix de l’heure de travail car, avec une plus grande dépense
              d’énergie (ce qui équivaut en fait à l’allongement de la journée de travail)
              la rémunération reste la même. Avec la baisse du prix de l’heure de travail
              le prolétaire, pour vivre, est obligé d’accepter un nouvel allongement de la
              journée de travail. L’allongement de la journée de travail et
              l’intensification excessive du travail entraînent une dépense plus élevée de
              force de travail et son épuisement. Moins est payée chaque heure de travail,
              et plus grande est la quantité de travail ou bien plus longue est la journée
              de travail nécessaires pour que l’ouvrier soit assuré ne serait-ce que d’un
              faible salaire. D’autre part, la prolongation du temps de travail provoque à
              son tour une baisse de la rémunération de l’heure de travail. Le capitaliste
              utilise dans son intérêt le fait qu’avec l’allongement de la journée de
              travail ou avec l’intensification du travail, le salaire horaire baisse.</p>
              <p rend="alinéa">Quand les conditions de la vente des marchandises sont
              favorables, il allonge la journée de travail, introduit les
              <emph>heures supplémentaires</emph>, c’est-à-dire un travail en plus de la
              durée établie de la journée de travail. Mais si les conditions du marché sont
              défavorables et si le capitaliste est obligé de diminuer momentanément le
              volume de sa production, il réduit la journée de travail et introduit la
              rémunération <emph>à l’heure</emph>. La rémunération à l’heure, la
              journée ou la semaine de travail étant incomplètes, diminue notablement le
              salaire. Si, dans notre exemple, la journée de travail est diminuée de 12 à
              6 heures avec maintien de l’ancien salaire horaire de 50 cents, le salaire à la
              journée de l’ouvrier sera de 3 dollars en tout, c’est-à-dire deux fois moins
              crue la valeur journalière de la force de travail. Par conséquent, l’ouvrier
              perd non seulement si la journée de travail est excessivement allongée, mais
              également quand il est obligé de travailler à temps réduit.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Le capitaliste peut maintenant extorquer à l’ouvrier un certain <emph type=
                  "notion">quantum</emph> de surtravail, sans lui accorder le temps de travail
                  nécessaire à son entretien. Il peut anéantir toute régularité d’occupation
                  et faire alterner arbitrairement, suivant sa commodité et ses intérêts du
                  moment, le plus énorme excès de travail avec un chômage partiel ou complet.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  K. Marx,
                  <title>Le Capital</title>, livre 1, t. 2, p. 216.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Avec le salaire au temps, la grandeur du salaire de
              l’ouvrier n’est pas en raison directe du degré d’intensité de son
              travail : si celui-ci augmente, le salaire au temps n’augmente pas, et
              le prix de l’heure de travail baisse en fait. Afin de renforcer
              l’exploitation, le capitaliste entretient des surveillants spéciaux, qui
              veillent au respect — par les ouvriers — de la discipline capitaliste du
              travail, ainsi qu’à son intensification ultérieure.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le salaire au temps était appliqué dès les premières phases
              du développement du capitalisme, quand l’entrepreneur qui ne rencontrait pas
              encore de résistance tant soit peu organisée de la part des ouvriers, pouvait
              rechercher un accroissement de la plus-value en allongeant la journée de
              travail. Mais le salaire au temps se maintient aussi au stade supérieur du
              capitalisme. Dans nombre de cas, il offre au capitaliste de notables
              avantages : en accélérant la vitesse des machines, le capitaliste fait
              travailler les ouvriers avec plus d’intensité, sans augmenter pour autant
              leur salaire.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>salaire aux pièces</emph> est une forme
              de salaire dans laquelle la grandeur du salaire de l’ouvrier dépend de la
              quantité d’articles ou de pièces détachées fabriquées en une unité de temps,
              ou bien du nombre des opérations exécutées. Avec le salaire au temps, le
              travail dépensé par l’ouvrier se mesure par sa durée ; avec le salaire
              aux pièces, par la quantité des articles fabriqués (ou des opérations
              exécutées), dont chacun est payé d’après un <emph>tarif</emph>
              déterminé.</p>
              <p rend="alinéa">En fixant les tarifs, le capitaliste tient compte,
              premièrement, du salaire au temps journalier et, en second lieu, de la
              quantité d’articles ou de pièces que l’ouvrier fournit au cours d’une
              journée, en prenant d’ordinaire pour norme le plus haut rendement de
              l’ouvrier. Si, dans une branche de production donnée, la moyenne du salaire
              au temps est de 6 dollars par jour, et si la quantité d’articles d’une espèce
              déterminée fabriqués par l’ouvrier est de 60 unités, le tarif aux pièces pour
              un article ou une pièce détachée sera de 10 cents. Le tarif aux pièces est
              établi par le capitaliste de telle sorte que le salaire par heure (par jour,
              par semaine) ne soit pas supérieur au salaire au temps. Ainsi, le salaire aux
              pièces est, à l’origine, une forme modifiée du salaire au temps.</p>
              <p rend="alinéa">Le salaire aux pièces, plus encore que le salaire au temps,
              crée l’illusion que l’ouvrier vend au capitaliste non pas sa force de
              travail, mais son travail et reçoit une rémunération complète,
              proportionnelle à la quantité de production fournie.</p>
              <p rend="alinéa">Le salaire aux pièces capitaliste aboutit à
              l’intensification constante du travail. Il facilite, d’autre part, pour
              l’entrepreneur la surveillance des ouvriers. Le degré d’intensité du travail
              est contrôlé ici par la quantité et la qualité des produits que l’ouvrier
              doit confectionner pour acquérir les moyens de subsistance qui lui sont
              nécessaires. L’ouvrier est obligé d’augmenter le rendement aux pièces, de
              travailler avec de plus en plus d’intensité. Mais dès qu’une partie plus ou
              moins importante des ouvriers atteint un niveau plus élevé d’intensité du
              travail, le capitaliste diminue les tarifs aux pièces. Si, dans notre cas, le
              tarif aux pièces est diminué, par exemple, de moitié, l’ouvrier pour
              conserver le salaire précédent est obligé de travailler le double,
              c’est-à-dire d’augmenter son temps de travail ou d’intensifier son travail
              encore davantage pour produire dans le cours d’une journée non plus 60, mais
              120 pièces.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">L’ouvrier cherche à conserver la masse de son salaire en travaillant
                  davantage, soit en faisant plus d’heures, soit en fournissant davantage
                  dans la même heure… Le résultat est que <emph>plus il
                  travaille, moins il reçoit de salaire</emph>.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  K. Marx,
                  <title>Travail salarié et capital</title> suivi de
                  <title>Salaire, prix et profit</title>,
                  p. 42, Éditions sociales, Paris, 1952.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">C’est là la particularité essentielle du salaire aux pièces
              en régime capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">Les formes de salaire au temps et aux pièces sont
              appliquées assez souvent simultanément dans les mêmes entreprises. En régime
              capitaliste, ces deux formes de salaire ne sont que des méthodes différentes
              pour renforcer l’exploitation de la classe ouvrière.</p>
              <p rend="alinéa">Le salaire aux pièces capitaliste se trouve à la base des
              systèmes de surexploitation pratiqués dans les pays bourgeois.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="3" xml:id="chap08sect03">
              <head>8.3. Les systèmes de salaires de surexploitation.</head>
              <p rend="alinéa">Un trait essentiel du salaire aux pièces capitaliste est
              l’intensification excessive du travail qui épuise toutes les forces du
              travailleur. Cependant le salaire ne compense pas les dépenses accrues de
              force de travail. Au-delà d’une certaine durée et d’une certaine intensité du
              travail, aucune compensation additionnelle n’est capable de conjurer la
              destruction pure et simple de la force de travail.</p>
              <p rend="alinéa">L’emploi, dans les entreprises capitalistes, de méthodes
              d’organisation du travail exténuantes, amène généralement, en fin de journée,
              un surmenage des forces musculaires et nerveuses de l’ouvrier, qui conduit à
              la baisse de la productivité du travail. Soucieux d’augmenter sa plus-value,
              le capitaliste a recours à toutes sortes de <emph>systèmes de
              salaires fondés sur le surmenage</emph> pour obtenir une haute intensité du
              travail durant toute la journée. En régime capitaliste,
              l’ « organisation scientifique du travail » poursuit les mêmes
              buts. Les formes les plus répandues de cette organisation du travail, avec
              application de systèmes de salaire qui épuisent complètement le travailleur,
              sont le <emph>taylorisme</emph> et le
              <emph>fordisme</emph>, à la base desquels se trouve le principe de
              l’intensification maxima du travail.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le taylorisme (système qui porte le nom de son auteur,
              l’ingénieur américain F. Taylor) consiste essentiellement en ceci : On
              choisit dans l’entreprise les ouvriers les plus forts et les plus habiles. On
              les fait travailler avec le maximum d’intensité. L’exécution de chacune des
              opérations est évaluée en secondes et en fractions de secondes. Sur la base
              des données du chronométrage, on établit le régime de production et les
              normes de temps de travail pour l’ensemble des ouvriers. La norme — la
              « tâche » — étant dépassée, l’ouvrier reçoit un petit supplément à
              son salaire journalier, une prime ; si la norme n’est pas remplie,
              l’ouvrier est payé d’après des tarifs fortement diminués. L’organisation
              capitaliste du travail d’après le système Taylor épuise complètement les
              forces de l’ouvrier, fait de lui un automate qui exécute mécaniquement
              toujours les mêmes mouvements.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Lénine cite un exemple concret (le chargement de la
              fonte dans une benne), qui montre qu’avec l’introduction du système Taylor le
              capitaliste a pu, rien que pour l’exécution d’une seule opération, réduire le
              nombre des ouvriers de 500 à 140, soit de 72 % ; c’est en
              intensifiant monstrueusement le travail qu’on est arrivé à augmenter la norme
              journalière de l’ouvrier occupé au chargement, de 16 à 59 tonnes, soit de
              270 %. En accomplissant, durant une journée, un travail qui demandait
              auparavant trois ou quatre jours, l’ouvrier voit son salaire journalier augmenter
              nominalement (et seulement dans les premiers temps) de 63 % au total. En
              d’autres termes, avec l’introduction de ce système de paiement, le salaire
              journalier de l’ouvrier a diminué en fait, par rapport aux dépenses de
              travail, de 56,5 %. <reg resp="#dm" cert="high">« Et le résultat, écrivait Lénine,
              c’est qu’en neuf ou dix heures de travail, on arrive à pressurer l’ouvrier
              pour lui faire produire trois plus de travail, on l’épuise sans pitié,
              on pompe avec une vitesse triplée chaque goutte d’énergie nerveuse et musculaire
              de l’esclave salarié. Et s’il meurt plus avant l’âge ? Il y en a beaucoup d’autres
              qui attendent à la porte !… » (<bibl>V. Lénine : « Un système “scientifique”
              pour pressurer l’ouvrier », <title>Œuvres</title>, t. 18, p. 619.</bibl>)</reg></p>
              <p rend="alinéa smaller">Cette organisation du travail et du salaire ouvrier,
              Lénine l’a qualifiée de <emph type="etranger">sweating-system</emph>
              scientifique.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le système d’organisation du travail et du salaire,
              introduit par le « roi de l’automobile » américain H. Ford et
              beaucoup d’autres capitalistes (système du fordisme) poursuit le même
              but : tirer de l’ouvrier la plus grande quantité de plus-value sur la
              base de l’intensification maxima du travail. On y arrive en accélérant le
              plus possible les cadences des chaînes et en introduisant des systèmes de
              salaires de surexploitation. La simplicité des opérations sur les chaînes de
              Ford permet d’employer largement les ouvriers non qualifiés et d’établir pour
              eux de bas salaires. L’intensification énorme du travail ne s’accompagne pas
              d’une augmentation des salaires ou d’une réduction de la journée de travail.
              Il s’ensuit donc que l’ouvrier s’use rapidement, devient invalide : on
              le renvoie de l’entreprise pour incapacité, et il va grossir les rangs des
              chômeurs.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le renforcement de l’exploitation des ouvriers
              s’obtient aussi par d’autres systèmes d’organisation du travail et des
              salaires, qui sont des variétés du taylorisme et du fordisme. Parmi eux,
              citons par exemple, le <emph>système de Hantt</emph> (États-Unis).
              Contrairement au système de salaire aux pièces de Taylor, le système de Hantt
              est un système de salaire au temps et aux primes. On assigne à l’ouvrier une
              « tâche » et on lui fixe un paiement garanti très bas par unité de
              temps fourni, indépendamment de l’exécution de la norme. On paye à l’ouvrier
              qui accomplit la « tâche » un petit supplément au minimum garanti,
              une « prime ». À la base du <emph>système Halsey</emph>
              (États-Unis) se trouve le principe du paiement d’une prime pour le temps
              « économisé » en supplément de « la paye moyenne » par
              heure de travail. Avec ce système, par exemple, si l’intensité du travail est
              doublée, chaque heure « économisée » comporte une
              « prime » de l’ordre d’un tiers environ de la rémunération horaire.
              Dans ces conditions, plus le travail est intense, et plus le salaire de
              l’ouvrier diminue par rapport au travail qu’il a dépensé. Le
              <emph>système Rowan</emph> (Angleterre) repose sur les mêmes principes.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Un des moyens d’augmenter la plus-value, qui n’est
              qu’une duperie des ouvriers, est celui que l’on appelle
              <emph>participation des ouvriers aux bénéfices</emph>. Sous prétexte
              d’intéresser l’ouvrier à l’augmentation de la rentabilité de l’entreprise, le
              capitaliste diminue le salaire de base et organise ainsi un fonds de
              « répartition des bénéfices entre ouvriers ». Puis, en fin d’année,
              sous forme de « bénéfices », on remet en fait à l’ouvrier la
              retenue effectuée précédemment sur son salaire. En fin do compte, l’ouvrier
              « qui participe aux bénéfices » reçoit en fait une somme inférieure
              à son salaire habituel. Dans le même but, on pratique le placement parmi les
              ouvriers d’actions d’une entreprise donnée.</p>
              <p rend="alinéa">Les subterfuges des capitalistes, quel que soit le système
              de rémunération, visent à tirer de l’ouvrier la plus grande quantité possible
              de plus-value. Les entrepreneurs utilisent tous les moyens pour intoxiquer la
              conscience des ouvriers par l’intérêt qu’ils ont soi-disant à voir
              s’intensifier le travail, diminuer les dépenses de salaires par unité de
              production, augmenter la rentabilité de l’entreprise. C’est ainsi que les
              capitalistes s’efforcent d’affaiblir la résistance du prolétariat face à
              l’offensive du capital, d’obtenir la scission du mouvement ouvrier, le refus
              des ouvriers de se syndiquer, de prendre part aux grèves. Malgré la
              multiplicité des formes du salaire aux pièces capitaliste, son essence reste
              inchangée : avec l’intensification du travail, de sa productivité, le
              salaire de l’ouvrier diminue en fait, les revenus du capitaliste
              augmentent.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="4" xml:id="chap08sect04">
              <head>8.4. Le salaire nominal et le salaire réel.</head>
              <p rend="alinéa">Aux premiers stades du développement du capitalisme, la
              rémunération des salariés <emph>en nature</emph> était pratiquée
              sur une grande échelle : l’ouvrier recevait un gîte, une maigre pitance
              et un peu d’argent.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le salaire en nature subsiste dans une certaine mesure à la
              période du machinisme. Il était pratiqué, par exemple, dans l’industrie
              extractive et textile de la Russie d’avant la Révolution. La rémunération en
              nature est répandue dans l’agriculture capitaliste, lorsqu’elle utilise le
              travail des ouvriers agricoles, dans certaines industries des pays
              capitalistes, dans les pays coloniaux et dépendants. Les formes de
              rémunération en nature sont variées. Les capitalistes mettent les ouvriers
              dans une situation qui les contraint à prendre à crédit les produits dans le
              magasin de l’usine, à utiliser les logements de la mine ou des plantations, à
              des conditions onéreuses établies par l’entrepreneur, etc. Le capitaliste, en
              payant un salaire en nature, exploite l’ouvrier salarié non seulement comme
              vendeur de la force de travail, mais aussi comme consommateur.</p>
              <p rend="alinéa">Le salaire <emph>en argent</emph> est
              caractéristique du mode de production capitaliste évolué.</p>
              <p rend="alinéa">Il faut distinguer entre le salaire nominal et le salaire
              réel.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>salaire nominal</emph> est celui qui
              est exprimé en argent ; c’est la somme d’argent que l’ouvrier reçoit
              pour la force de travail qu’il a vendue au capitaliste. Le salaire nominal ne
              donne pas par lui-même une idée du niveau réel de la rémunération de
              l’ouvrier. Il peut, par exemple, demeurer inchangé, mais si, en même temps,
              les prix des objets de consommation et les impôts augmentent, le salaire
              effectif de l’ouvrier baissera. Le salaire nominal peut même augmenter, mais
              si le coût de la vie durant cette période vient à s’élever plus encore que le
              salaire nominal, le salaire effectif diminuera.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>salaire réel</emph> est celui qui
              s’exprime en moyens de subsistance de l’ouvrier ; il indique la quantité
              et la qualité des objets de consommation et des services que l’ouvrier peut
              se procurer pour son salaire en argent. Pour déterminer le salaire réel de
              l’ouvrier, il faut partir du taux du salaire nominal, du niveau des prix des
              objets de consommation, du loyer, des charges fiscales acquittées par
              l’ouvrier, des journées non payées avec la semaine de travail réduite, du
              nombre des chômeurs totaux et partiels qui sont entretenus aux frais de la
              classe ouvrière. Il faut tenir compte également de la durée de la journée de
              travail et du degré d’intensité du travail.</p>
              <p rend="alinéa">En établissant le niveau moyen du salaire, les statistiques
              bourgeoises déforment la réalité : elles rangent dans la catégorie des
              salaires les revenus des couches dirigeantes de la bureaucratie industrielle
              et financière (administrateurs d’entreprises, directeurs de banques, etc.),
              n’introduisent dans leurs calculs que le salaire des ouvriers qualifiés et en
              excluent celui de la couche nombreuse des ouvriers non qualifiés et mal
              payés, du prolétariat agricole ; elles ne font pas état de l’armée
              nombreuse des chômeurs totaux ou partiels, de la hausse des prix des objets
              de consommation courante et du relèvement des impôts ; elles ont recours
              à d’autres méthodes de falsification pour présenter sous un jour favorable la
              situation de fait de la classe ouvrière en régime capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">Mais même les statistiques bourgeoises falsifiées ne
              peuvent dissimuler le fait que le salaire en régime capitaliste, par suite de
              son bas niveau, du renchérissement du coût de la vie et de la croissance du
              chômage, n’assure pas à la majorité des ouvriers le minimum vital.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En 1938, les économistes bourgeois des États-Unis, adoptant
              des normes très inférieures, ont évalué pour les États-Unis le minimum vital
              d’une famille ouvrière de quatre personnes, à 2 177 dollars par an. Or,
              en 1938 la moyenne du salaire annuel d’un ouvrier industriel aux États-Unis
              était de 1 176 dollars, soit un peu plus de la moitié de ce minimum
              vital, et en tenant compte des chômeurs, de 740 dollars, c’est-à-dire un
              tiers seulement de ce minimum vital. En 1937, le minimum vital très restreint
              d’une famille ouvrière moyenne en Angleterre était évalué par les économistes
              bourgeois à 55 shillings par semaine. D’après les chiffres officiels,
              80 % des ouvriers de l’industrie houillère, 75 % des ouvriers de
              l’industrie extractive (sans l’industrie houillère), 57 % des ouvriers
              des entreprises municipales d’Angleterre gagnaient moins que ce minimum
              vital.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="5" xml:id="chap08sect05">
              <head>8.5. La baisse du salaire réel en régime capitaliste.</head>
              <p rend="alinéa">Sur la base de l’analyse du mode de production capitaliste,
              Marx a établi la loi fondamentale suivante en ce qui concerne le salaire.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">La tendance générale de la production capitaliste n’est pas d’élever le
                  salaire normal moyen, mais de l’abaisser.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  K. Marx,
                  <title>Travail salarié et capital</title>, suivi de
                  <title>Salaire, prix et profit</title>, p. 114.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Le salaire en tant que prix de la force de travail, de même
              que le prix de toute marchandise, est déterminé par la loi de la valeur. Les
              prix des marchandises dans l’économie capitaliste oscillent autour de leur
              valeur sous l’influence de l’offre et de la demande. Mais à la différence des
              prix des autres marchandises, le prix de la force de travail, en règle
              générale, <emph>oscille au-dessous</emph> de sa valeur.</p>
              <p rend="alinéa">Le décalage du salaire par rapport à la valeur de la force
              de travail est dû avant tout au <emph>chômage</emph>. Le
              capitaliste entend acheter la force de travail à meilleur compte. Avec le
              chômage, l’offre de la force de travail excède la demande. Ce qui distingue
              la marchandise force de travail des autres marchandises, c’est que le
              prolétaire ne peut en différer la vente. Pour ne pas mourir de faim, il est
              obligé de la vendre aux conditions que lui offre le capitaliste. Dans les
              périodes de chômage total ou partiel l’ouvrier ou bien ne reçoit aucun
              salaire ou un salaire considérablement réduit. Le chômage accentue la
              concurrence entre ouvriers. Le capitaliste en profite et paye à l’ouvrier un
              salaire inférieur à la valeur de sa force de travail. Ainsi donc, la
              situation misérable des chômeurs, qui font partie de la classe ouvrière,
              influe sur la situation matérielle des ouvriers occupés à la production,
              abaisse le niveau de leur salaire.</p>
              <p rend="alinéa">Ensuite, le machinisme ouvre aux capitalistes de larges
              possibilités de remplacer dans la production la main-d’œuvre masculine par le
              travail des <emph>femmes</emph> et des
              <emph>enfants</emph>. La valeur de la force de travail est déterminée par la
              valeur des moyens de subsistance nécessaires à l’ouvrier et à sa famille.
              Aussi, lorsque la femme et les enfants de l’ouvrier sont entraînés dans la
              production, le salaire diminue, toute la famille reçoit dès lors à peu près
              autant que recevait auparavant le seul chef de famille. L’exploitation de la
              classe ouvrière dans son ensemble s’en trouve encore aggravée. Dans les pays
              capitalistes, les ouvrières qui fournissent un travail égal à celui de
              l’homme touchent un salaire sensiblement inférieur.</p>
              <p rend="alinéa">Le capital extorque la plus-value par une exploitation
              effrénée de la main-d’œuvre enfantine. Le salaire des enfants et des
              adolescents dans tous les pays capitalistes et coloniaux est de plusieurs
              fois inférieur à celui des ouvriers adultes.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le salaire moyen d’une ouvrière était inférieur au salaire
              moyen d’un ouvrier, aux États-Unis (en 1949) de 41 %, en Angleterre (en
              1951) de 46 %, en Allemagne occidentale (en 1951) de 42 %. Cette
              différence est encore plus importante dans les pays coloniaux et dépendants.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Aux États-Unis, en 1949, selon des données inférieures à la réalité, on
              compte parmi les salariés plus de 3,3 millions d’enfants et d’adolescents. La
              durée de la journée de travail des enfants et des adolescents est très
              longue. Ainsi dans les amidonneries, les usines de conserves et de viande,
              dans les blanchisseries et les entreprises pour le dégraissage des vêtements,
              les enfants travaillent de 12 à 13 heures par jour.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Au Japon, on pratique couramment la vente des enfants pour
              le travail dans les fabriques. La main-d’œuvre enfantine était largement
              employée dans la Russie des tsars. Une partie assez importante des ouvriers
              des fabriques textiles et de certaines autres entreprises se composait
              d’enfants de 8 à 10 ans. Dans l’industrie cotonnière de l’Inde les enfants
              forment de 20 à 25 % de la totalité des ouvriers. L’exploitation de la
              main-d’œuvre enfantine par le capital prend des formes particulièrement
              féroces dans les pays coloniaux et dépendants. En Turquie, dans les fabriques
              de textile et les manufactures de tabac, les enfants de 7 à 14 ans
              travaillent, tout comme les adultes, une journée complète.</p>
              <p rend="alinéa">Les bas salaires des ouvrières et l’exploitation des
              enfants provoquent de nombreuses maladies, un accroissement de la mortalité
              infantile, exercent une action néfaste sur l’éducation et l’instruction des
              jeunes générations.</p>
              <p rend="alinéa">La baisse du salaire réel des ouvriers est aussi
              conditionnée par le fait qu’avec le développement du capitalisme, la
              situation d’une grande partie des <emph>ouvriers qualifiés</emph>
              s’aggrave. Comme on l’a déjà dit, la valeur de la force de travail comprend
              aussi les frais nécessités par l’apprentissage du travailleur. Le travailleur
              qualifié crée dans une unité de temps plus de valeur, donc plus de
              plus-value, que l’ouvrier non spécialisé. Le capitaliste est obligé de payer
              le travail qualifié plus que le travail des manœuvres. Mais avec le
              développement du capitalisme et le progrès technique, d’une part, on demande
              des ouvriers hautement qualifiés, capables de manier des mécanismes
              complexes ; d’autre part, beaucoup d’opérations sont simplifiées, le
              travail d’une partie importante des ouvriers qualifies devient mutile. De
              larges couches d’ouvriers spécialisés perdent leur qualification, ils sont
              éliminés de la production et se voient obligés de faire un travail non
              qualifié, payé beaucoup moins.</p>
              <p rend="alinéa">L’augmentation du coût de la vie et la baisse du niveau du
              salaire réel qu’elle entraîne sont déterminées avant tout par la
              <emph>hausse des prix</emph> systématique des objets de consommation
              courante. Ainsi, en France, par suite de l’inflation, les prix de détail des
              denrées alimentaires en 1938 avaient dépassé de plus de sept fois leur niveau
              de 1914.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>loyer</emph> absorbe une grande partie
              du salaire de l’ouvrier. En Allemagne, de 1900 à 1930, le loyer a augmenté en
              moyenne de 69 %. D’après les chiffres du Bureau International du
              Travail, après 1930, les ouvriers dépensaient pour le loyer, le chauffage et
              l’éclairage aux États-Unis 25 %, en Angleterre 20 %, au Canada
              27 % du budget de la famille. Dans la Russie tsariste, les frais de
              logement chez les ouvriers atteignaient jusqu’à un tiers du salaire.</p>
              <p rend="alinéa">Une somme importante à décompter du salaire est constituée
              par les <emph>impôts</emph> perçus sur les travailleurs. Dans les
              principaux pays capitalistes, après la guerre, les contributions directes et
              indirectes absorbent au moins un tiers du salaire de la famille ouvrière.</p>
              <p rend="alinéa">Un moyen très répandu de réduire le salaire est le système
              des <emph>amendes</emph>. En Russie tsariste, avant la
              promulgation de la loi sur les amendes (1886), qui limita un peu l’arbitraire
              des fabricants, les retenues sur les salaires sous forme d’amendes
              atteignaient, dans certains cas, la moitié du salaire mensuel. On infligeait
              des amendes à tout propos : pour un « travail mal fait », pour
              « infraction au règlement », pour bavardage, participation à une
              manifestation, etc. Les amendes sont non seulement un moyen de renforcer la
              discipline capitaliste du travail, mais aussi une source de revenu
              supplémentaire pour le capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">La baisse du salaire réel est également conditionnée par
              les salaires extrêmement bas du <emph>prolétariat agricole</emph>.
              La grande armée de travailleurs en surnombre de la campagne exerce une
              pression constante sur le niveau des salaires des ouvriers occupés, dans le
              sens de la baisse.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Ainsi, par exemple, de 1910 à 1939, le salaire moyen
              mensuel de l’ouvrier agricole aux États-Unis a oscillé entre 28 et 47 %
              du salaire de l’ouvrier d’usine. La situation des ouvriers agricoles de la
              Russie tsariste était extrêmement dure. Avec une journée de 16 à 17 heures de
              travail, le salaire journalier moyen d’un ouvrier agricole saisonnier, en
              Russie, de 1901 à 1910, était de 69 kopeks, et avec ce salaire dérisoire
              qu’il touchait durant la période des travaux des champs, il lui fallait se
              tirer d’embarras pendant les autres mois de chômage complet ou partiel.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi, avec le développement du mode de production
              capitaliste, le salaire réel de la classe ouvrière est en baisse.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En 1924, le salaire réel des ouvriers allemands, par
              rapport au niveau de 1900, était de 75 % ; en 1935, de 66 %.
              Aux États-Unis, de 1900 à 1938, le salaire nominal moyen (compte tenu des
              chômeurs) a augmenté de 68 % ; mais, pour la même période, le coût
              de la vie a été multiplié par 2,3, ce qui ramenait le salaire réel des
              ouvriers en 1938 à 74 % du niveau de 1900 ; en France, en Italie,
              au Japon, sans parler des pays coloniaux et dépendants, la baisse du salaire
              réel, au cours des 19<hi rend="ordinal">e</hi> et 20<hi rend=
              "ordinal">e</hi> siècles, a été beaucoup plus sensible qu’aux États-Unis. En
              Russie tsariste, en 1913, le salaire réel des ouvriers d’usine était tombé à
              90 % du niveau de 1900.</p>
              <p rend="alinéa">Dans les différents pays, la valeur de la force de travail
              est inégale. Les conditions qui déterminent la valeur de la force de travail
              changent dans chaque pays. De là des <emph>différences
              nationales</emph> dans le salaire. Marx écrivait qu’en comparant les salaires
              dans les différents pays, il fallait mettre en ligne de compte tous les
              facteurs qui déterminent des modifications dans la grandeur de la valeur de
              la force de travail : les conditions historiques qui ont présidé à la
              constitution de la classe ouvrière, ainsi que le niveau de ses besoins, les
              dépenses nécessitées par la formation de l’ouvrier, le rôle de la
              main-d’œuvre féminine et enfantine, la productivité du travail et son
              intensité, les prix des objets de consommation, etc.</p>
              <p rend="alinéa">On observe un niveau particulièrement bas des salaires dans
              les pays coloniaux et dépendants. Dans sa politique d’asservissement et de
              pillage systématique des pays coloniaux et dépendants, le capital bénéficie
              d’un important excédent de main-d’œuvre dans ces pays et rétribue la force de
              travail à un prix de beaucoup inférieur à sa valeur. Ce faisant, on tient
              compte de la nationalité de l’ouvrier. Ainsi, par exemple, les Blancs et les
              Noirs, qui fournissent un travail égal sont payés différemment. En Afrique du
              Sud, le salaire moyen du Noir est le dixième du salaire moyen de l’ouvrier
              anglais. Aux États-Unis, le salaire des Noirs dans les villes est inférieur
              de 60 % et, dans l’agriculture, de 66 % à celui des Blancs pour un
              même travail.</p>
              <p rend="alinéa">En diminuant les salaires de la masse essentielle des
              ouvriers et en pillant les colonies, la bourgeoisie crée des conditions
              privilégiées pour une couche relativement réduite d’ouvriers hautement
              qualifiés. La bourgeoisie utilise cette <emph>aristocratie
              ouvrière</emph>, formée de ces couches hautement payées et comprenant des
              représentants de la bureaucratie des syndicats et des coopératives, une
              partie des contremaîtres, etc., pour diviser le mouvement ouvrier et
              intoxiquer la conscience de la grande masse des prolétaires en prêchant la
              paix sociale, la communauté des intérêts des exploiteurs et des
              exploités.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="6" xml:id="chap08sect06">
              <head>8.6. La lutte de la classe ouvrière pour l’augmentation des salaires.</head>
              <p rend="alinéa">Dans chaque pays, le niveau du salaire est établi sur la
              base de la loi de la valeur, à la suite d’une lutte de classe acharnée entre
              le prolétariat et la bourgeoisie.</p>
              <p rend="alinéa">Les écarts du salaire par rapport à la valeur de la force
              de travail ont leurs limites.</p>
              <p rend="alinéa">La limite <emph>minima</emph> du salaire en
              régime capitaliste est déterminée par des conditions purement
              <emph>physiques</emph> : l’ouvrier doit disposer de la quantité de
              moyens de subsistance qui lui est absolument nécessaire pour s’entretenir et
              reproduire sa force de travail.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Quand il tombe à ce minimum, le prix [de la force de
                  travail] est descendu au-dessous de la valeur de la force de travail,
                  qui alors ne fait plus que végéter.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  K. Marx,
                  <title>Le Capital</title>, livre 1, t. 1, p. 176.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Lorsque le salaire descend au-dessous de cette limite, il
              se produit un processus accéléré de destruction physique pure et simple de la
              force de travail, de dépérissement de la population ouvrière. Il s’exprime
              par une diminution de la durée moyenne de la vie, un abaissement de la
              natalité, une augmentation de la mortalité de la population ouvrière aussi
              bien dans les pays capitalistes développés que surtout dans les colonies.</p>
              <p rend="alinéa">La limite <emph>maxima</emph> du salaire en
              régime capitaliste est la valeur de la force de travail. Le niveau moyen du
              salaire se rapproche plus ou moins de cette limite selon le rapport des
              forces de classe du prolétariat et de la bourgeoisie.</p>
              <p rend="alinéa">Dans sa chasse aux profits, la bourgeoisie cherche à
              abaisser le salaire au-dessous de la limite du minimum physique. La classe
              ouvrière lutte contre les amputations du salaire, pour son augmentation, pour
              l’établissement d’un minimum garanti, pour l’introduction des assurances
              sociales et la réduction de la journée de travail. Dans cette lutte, la
              classe ouvrière fait face à la classe des capitalistes dans son ensemble et à
              l’État bourgeois.</p>
              <p rend="alinéa">La lutte acharnée de la classe ouvrière pour l’augmentation
              des salaires a commencé en même temps que naissait le capitalisme industriel.
              Elle s’est déroulée d’abord en Angleterre, puis dans les autres pays
              capitalistes et coloniaux.</p>
              <p rend="alinéa">À mesure que le prolétariat se forme en tant que classe,
              les ouvriers, pour mener à bien la lutte économique, s’unissent en
              <emph>syndicats</emph>. Aussi l’entrepreneur se trouve-t-il en face non plus
              d’un prolétaire isolé, mais de toute une organisation. Avec le développement
              de la lutte de classe, à côté des organisations professionnelles locales et
              nationales se créent des fédérations syndicales internationales. Les
              syndicats sont une <emph>école de la lutte de classe</emph> pour
              les grandes masses des ouvriers.</p>
              <p rend="alinéa">Les capitalistes forment de leur côté des unions
              patronales. Ils corrompent les chefs des syndicats réactionnaires, organisent
              les briseurs de grèves, divisent les organisations ouvrières, utilisent pour
              réprimer le mouvement ouvrier la police, la troupe, les tribunaux et les
              prisons.</p>
              <p rend="alinéa">Un des moyens efficaces de lutte des ouvriers pour
              l’augmentation des salaires, la réduction de la journée de travail et
              l’amélioration des conditions de travail en régime capitaliste, est la
              <emph>grève</emph>. À mesure que les antagonismes de classe
              s’aggravent et que le mouvement prolétarien se renforce dans les pays
              capitalistes et coloniaux, des millions d’ouvriers sont entraînés dans les
              mouvements de grève. Lorsque les ouvriers en lutte contre le capital font
              preuve de résolution et de ténacité, les grèves économiques obligent les
              capitalistes à accepter les conditions des grévistes.</p>
              <p rend="alinéa">C’est seulement grâce à la lutte opiniâtre de la classe
              ouvrière pour ses intérêts vitaux que les États bourgeois sont amenés à
              promulguer des lois sur le salaire minimum, la réduction de la journée de
              travail, la limitation du travail des enfants.</p>
              <p rend="alinéa">La lutte économique du prolétariat a une grande
              importance : avec une direction judicieuse, animée d’une haute
              conscience de classe, les syndicats résistent avec succès au patronat. La
              lutte de la classe ouvrière arrête dans une certaine mesure la chute des
              salaires. Mais la lutte économique de la classe ouvrière est impuissante à
              supprimer les lois du capitalisme et à soustraire les ouvriers à
              l’exploitation et aux privations.</p>
              <p rend="alinéa">Tout en reconnaissant le rôle important de la lutte
              économique de la classe ouvrière contre la bourgeoisie, le marxisme-léninisme
              enseigne que cette lutte est dirigée uniquement contre les conséquences du
              capitalisme et non contre la cause première de l’oppression et de la misère
              du prolétariat. Cette cause est le mode de production capitaliste
              lui-même.</p>
              <p rend="alinéa">C’est seulement par la lutte politique révolutionnaire que
              la classe ouvrière peut supprimer le système d’esclavage salarié, source de
              son oppression économique et politique.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume"   n="8" xml:id="chap08resume">
              <head>Résumé du chapitre 8</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
                <item>
                  <p rend="alinéa">Le salaire dans la société capitaliste est l’expression monétaire
                  de la valeur de la force de travail, son prix qui apparaît comme le prix du
                  travail. Le salaire masque le rapport de l’exploitation capitaliste, en
                  créant une apparence trompeuse qui fait croire que l’ouvrier est payé pour
                  tout le travail fourni, alors qu’en réalité le salaire n’est que le prix de
                  sa force de travail.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">Les formes essentielles du salaire sont le salaire au temps et le
                  salaire aux pièces. Avec le salaire au temps, la grandeur du gain de
                  l’ouvrier se trouve dépendre du temps qu’il a fourni. Avec le salaire aux
                  pièces, la grandeur du gain de l’ouvrier est déterminée par la quantité des
                  articles fabriqués par lui. Afin d’augmenter la plus-value, les
                  capitalistes appliquent toutes sortes de systèmes de surexploitation qui
                  mènent à l’intensification extrême du travail et à la prompte usure de la
                  force de travail.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">Le salaire nominal est la somme d’argent que l’ouvrier reçoit
                  pour la force de travail qu’il vend au capitaliste. Le salaire réel est le
                  salaire exprimé en moyens de subsistance de l’ouvrier ; il indique la
                  quantité de moyens de subsistance et de services que l’ouvrier peut acheter
                  avec son salaire.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">Le développement du capitalisme a pour effet de diminuer le
                  salaire réel. Contrairement au prix des autres marchandises, le prix de la
                  force de travail, en règle générale, oscille au-dessous de sa valeur. Cela
                  est dû avant tout au chômage, à l’emploi en grand du travail des femmes et
                  des enfants, au salaire extrêmement bas des ouvriers agricoles, et aussi
                  des ouvriers des pays coloniaux et dépendants. L’augmentation des prix des
                  objets de consommation, les loyers élevés et l’accroissement des impôts
                  sont des éléments importants de la baisse du salaire réel.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">La classe ouvrière, unie dans les syndicats, lutte pour la
                  réduction de la journée de travail et pour l’augmentation du salaire. La
                  lutte économique du prolétariat contre le capital ne peut, par elle-même,
                  le soustraire à l’exploitation. Ce n’est qu’avec la liquidation du mode de
                  production capitaliste, par la lutte politique révolutionnaire, que seront
                  éliminées les conditions de l’oppression économique et politique de la
                  classe ouvrière.</p>
                </item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3  n="9" type="chapitre" xml:id="chap09">
            <head>Chapitre 9 — L’accumulation du capital et la paupérisation du prolétariat</head>
            <div4 type="section"  n="1" xml:id="chap09sect01">
              <head>9.1. La production et la reproduction.</head>
              <p rend="alinéa">Pour vivre et se développer, la société doit produire des
              biens matériels. Elle ne peut en arrêter la production, comme elle ne peut
              s’arrêter de consommer.</p>
              <p rend="alinéa">De jour en jour, d’une année à l’autre, les hommes
              consomment du pain, de la viande et d’autres aliments, usent vêtements et
              chaussures, mais en même temps des quantités nouvelles de pain, de viande, de
              vêtements, de chaussures et d’autres produits sont fabriquées par le travail
              de l’homme. Le charbon est brûlé dans les poêles et les chaufferies, mais en
              même temps de nouvelles quantités de charbon sont extraites des entrailles de
              la terre. Les machines s’usent peu à peu, les locomotives vieillissent tôt ou
              tard, mais dans les entreprises on fabrique de nouvelles machines-outils, de
              nouvelles locomotives. Quelle que soit la structure des rapports sociaux, le
              processus de production doit constamment se renouveler.</p>
              <p rend="alinéa">Ce renouvellement incessant, cette répétition ininterrompue
              du processus de production porte le nom de
              <emph>reproduction</emph>.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Considéré, non sous son aspect isolé, mais dans le cours de sa rénovation
                  incessante, tout procès de production sociale est donc en même temps procès
                  de reproduction.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  K. Marx,
                  <title>Le Capital</title>, livre 1, t. 2,p. 9.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Les conditions de la production sont aussi celles de la
              reproduction. Si la production revêt la forme capitaliste, la reproduction
              revêt la même forme.</p>
              <p rend="alinéa">Le processus de reproduction consiste non seulement en ce
              que les hommes fabriquent des quantités toujours nouvelles de produits pour
              remplacer et au-delà les produits consommés, mais aussi en ce que, dans la
              société, les rapports de production correspondants se renouvellent sans
              cesse.</p>
              <p rend="alinéa">Il faut distinguer deux types de reproduction : la
              reproduction simple et la reproduction élargie.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>reproduction simple</emph> est la
              répétition du processus de production dans ses proportions précédentes, les
              produits nouvellement fabriqués ne faisant que compenser la dépense des
              moyens de production et des objets de consommation individuelle.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>reproduction élargie</emph> est la
              répétition du processus de production dans des proportions plus étendues, la
              société ne se bornant pas à compenser les biens matériels consommés, mais
              produisant, en plus, un supplément de moyens de production et d’objets de
              consommation.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Avant l’apparition du capitalisme, les forces productives
              se développaient avec beaucoup de lenteur. Le volume de la production sociale
              ne s’est guère modifié d’une année à l’autre, d’une décennie à l’autre. Avec
              le capitalisme, l’état ancien d’immobilisme relatif et de stagnation de la
              production sociale a fait place à un développement beaucoup plus rapide des
              forces productives. La reproduction élargie, interrompue par des crises
              économiques, au cours desquelles il y a une baisse de la production, est
              caractéristique du mode de production capitaliste.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="2" xml:id="chap09sect02">
              <head>9.2. La reproduction capitaliste simple.</head>
              <p rend="alinéa">Avec la reproduction capitaliste simple, le processus de
              production se renouvelle sans changer de volume ; la plus-value est
              entièrement dépensée par le capitaliste pour sa consommation personnelle.
              L’analyse de la reproduction simule suffit déjà pour approfondir l’étude de
              certains traits essentiels du capitalisme.</p>
              <p rend="alinéa">Dans le processus de reproduction capitaliste se
              renouvellent sans cesse non seulement les produits du travail, mais aussi les
              rapports d’exploitation capitalistes. D’une part, dans le cours de la
              reproduction se crée constamment la richesse qui appartient au capitaliste et
              qu’il utilise pour s’approprier la plus-value. Au terme de chaque processus
              de production, l’entrepreneur se retrouve en possession d’un capital qui lui
              permet de s’enrichir par l’exploitation des ouvriers. D’autre part, l’ouvrier
              demeure à l’issue du processus de production un prolétaire non
              possédant ; il est donc obligé, pour ne pas mourir de faim, de vendre
              sans cesse sa force de travail au capitaliste. La reproduction de la force de
              travail salariée demeure la condition nécessaire de la reproduction du
              capital.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Le procès de production capitaliste reproduit donc de lui-même la
                  séparation entre travailleur et conditions de travail. Il reproduit et
                  éternise par cela même les conditions qui forcent l’ouvrier à se vendre
                  pour vivre et mettent le capitaliste en état de l’acheter pour s’enrichir.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  K. Marx,
                  <title>Le Capital</title>, livre 1, t. 3, p. 19-20.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Ainsi, dans le processus de production, le rapport
              capitaliste fondamental se renouvelle constamment : le capitaliste d’un
              côté, l’ouvrier salarié de l’autre. L’ouvrier, avant même d’aliéner sa force
              de travail à tel ou tel entrepreneur, appartient déjà au capitaliste
              collectif, c’est-à-dire à la classe des capitalistes dans son ensemble.
              Lorsque le prolétaire change de lieu de travail, il ne fait que changer
              d’exploiteur. L’ouvrier est sa vie durant enchaîné au char du capital.</p>
              <p rend="alinéa">Si l’on considère un processus de production isolé, il
              semble à première vue qu’en achetant la force de travail, le capitaliste
              prélève sur ses propres fonds une somme d’argent pour l’avancer à l’ouvrier,
              puisque, à la date du paiement du salaire, le capitaliste peut ne pas avoir
              eu le temps de vendre la marchandise fabriquée par l’ouvrier dans une période
              donnée (par exemple en un mois). Mais si l’on prend la vente et l’achat de la
              force de travail non pas isolément, mais comme un élément de la reproduction,
              comme un rapport sans cesse répété, alors apparaît en pleine lumière le
              véritable caractère de cette transaction.</p>
              <p rend="alinéa">Premièrement, alors que l’ouvrier par son travail crée,
              dans une période donnée, une nouvelle valeur renfermant la plus-value, le
              produit fabriqué par l’ouvrier dans la période précédente, est réalisé sur le
              marché et se convertit en argent. Il apparaît donc clairement que le
              capitaliste paye au prolétaire le salaire non pas sur ses propres fonds, mais
              sur la valeur créée par le travail des ouvriers dans la période précédente de
              production (par exemple, pendant le mois précédent). Selon l’expression de
              Marx, la classe des capitalistes agit suivant la vieille recette du
              conquérant : elle achète la marchandise des vaincus avec leur propre
              argent, avec l’argent dont elle les a dépouillés.</p>
              <p rend="alinéa">En second lieu, contrairement aux autres marchandises, la
              force de travail n’est payée par le capitaliste qu’après que l’ouvrier a
              fourni un travail déterminé. Il se trouve donc que ce n’est pas le
              capitaliste qui avance au prolétaire; c’est au contraire,
              <emph>le prolétaire qui avance au capitaliste</emph>. Aussi bien, les
              entrepreneurs s’efforcent-ils de payer les salaires aux dates les plus
              espacées possible (par exemple, une fois par mois), afin de prolonger les
              délais du crédit gratuit que les ouvriers leur ont consenti.</p>
              <p rend="alinéa">La classe des capitalistes verse constamment aux ouvriers
              de l’argent, sous forme de salaire, pour leur permettre d’acheter les moyens
              de subsistance, c’est-à-dire une certaine partie du produit créé par le
              travail des ouvriers et que les exploiteurs se sont approprié. Cet argent,
              les ouvriers le restituent aussi régulièrement aux capitalistes, en acquérant
              avec lui les moyens de subsistance produits par la classe ouvrière
              elle-même.</p>
              <p rend="alinéa">L’analyse des rapports capitalistes dans le cours de la
              reproduction fait apparaître la source véritable du salaire, mais aussi celle
              de tout capital.</p>
              <p rend="alinéa">Admettons que le capital avancé par l’entrepreneur —
              100 000 livres sterling — rapporte une plus-value de 10 000 livres
              sterling par an, et que cette somme soit entièrement dépensée par le
              capitaliste pour sa consommation individuelle.</p>
              <p rend="alinéa">Si l’entrepreneur ne s’appropriait pas le travail non payé
              de l’ouvrier, son capital se trouverait au bout de dix ans entièrement
              englouti. Il n’en est pas ainsi parce que la somme de 100 000 livres
              sterling dépensée par le capitaliste pour sa consommation personnelle, se
              renouvelle entièrement durant les délais indiqués grâce à la plus-value créée
              par le travail non payé des ouvriers.</p>
              <p rend="alinéa">Par conséquent, quelle que soit la source initiale du
              capital, celui-ci, dans le cours même de la reproduction simple, devient, au
              bout d’une période déterminée, de la valeur créée par le travail des ouvriers
              et <emph>accaparée gratuitement</emph> par le capitaliste. C’est
              là la preuve de l’absurdité des affirmations des économistes bourgeois, selon
              lesquels le capital serait une richesse gagnée par le propre travail de
              l’entrepreneur.</p>
              <p rend="alinéa">La reproduction simple fait partie intégrante, elle est un
              élément de la reproduction élargie. Les rapports d’exploitation, inhérents à
              la reproduction simple, sont encore plus accusés dans le cadre de la
              reproduction capitaliste élargie.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="3" xml:id="chap09sect03">
              <head>9.3. La reproduction capitaliste élargie. L’accumulation du capital.</head>
              <p rend="alinéa">Avec la reproduction élargie, une partie de la plus-value
              est consacrée par le capitaliste à l’accroissement de la production :
              achat de moyens de production supplémentaires et embauchage d’un supplément
              de main-d’œuvre. Par conséquent, une partie de la plus-value est ajoutée au
              capital précédent, elle est accumulée.</p>
              <p rend="alinéa">L’<emph>accumulation du capital</emph> est
              l’adjonction d’une partie de la plus-value au capital ou sa conversion en
              capital. La plus-value constitue donc la source de l’accumulation. C’est par
              l’exploitation de la classe ouvrière que le capital grandit et, qu’en même
              temps, les rapports de production capitalistes se reproduisent sur une base
              élargie.</p>
              <p rend="alinéa">L’élément moteur de l’accumulation pour l’entrepreneur
              capitaliste, c’est avant tout la <emph>course à l’augmentation
              de la plus-value</emph>. Avec le mode de production capitaliste, la soif
              d’enrichissement ne connaît point de bornes. Avec l’élargissement de la
              production augmente la masse de plus-value que s’approprie le capitaliste,
              et, par suite, aussi la partie de la plus-value destinée à satisfaire les
              besoins individuels et les caprices des capitalistes. D’un autre côté les
              capitalistes obtiennent la possibilité, grâce à l’accroissement de la
              plus-value, d’élargir de plus en plus la production, d’exploiter une quantité
              de plus en plus grande d’ouvriers et de s’approprier une masse sans cesse
              croissante de plus-value.</p>
              <p rend="alinéa">Un autre élément moteur de l’accumulation est la
              <emph>concurrence</emph> acharnée, qui place les grands capitalistes en
              meilleure position et leur permet d’écraser les petits. La concurrence oblige
              chaque capitaliste, sous peine de faillite, à améliorer son outillage, à
              élargir sa production. Arrêter le progrès technique, l’élargissement de la
              production, c’est rester en arrière, et les retardataires se font battre par
              leurs concurrents. La concurrence oblige donc chaque capitaliste à augmenter
              son capital, et il ne peut le faire que par l’accumulation constante d’une
              partie de la plus-value.</p>
              <p rend="alinéa">L’accumulation du capital est la source de la reproduction
              élargie.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="4" xml:id="chap09sect04">
              <head>9.4. La composition organique du capital.
              La concentration et la centralisation du capital.</head>
              <p rend="alinéa">Au cours de l’accumulation capitaliste, la masse générale
              du capital augmente et ses différentes parties subissent des changements
              inégaux, d’où résulte un changement de la structure du capital.</p>
              <p rend="alinéa">En accumulant la plus-value et en élargissant son
              entreprise, le capitaliste introduit généralement de nouvelles machines et
              des perfectionnements techniques, qui lui assureront une augmentation de ses
              bénéfices. Le progrès technique marque un accroissement plus rapide de la
              partie du capital qui existe sous forme de moyens de production :
              machines, bâtiments, matières premières, etc., c’est-à-dire du capital
              constant. Au contraire, la partie du capital dépensée à l’achat de force de
              travail, c’est-à-dire de capital variable, s’accroît avec beaucoup plus de
              lenteur.</p>
              <p rend="alinéa">Le rapport entre capital constant et capital variable,
              considéré comme rapport entre la masse des moyens de production et la force
              de travail vivante, est appelé <emph>composition organique du
              capital</emph> Prenons, par exemple, un capital de 100 000 livres sterling
              réparti en 80 000 livres de bâtiments, machines, matières premières, etc.,
              et 20 000 livres de salaires. Alors la composition organique du
              capital est égale à 80 c : 20 v, ou 4 : 1.</p>
              <p rend="alinéa">Dans les différentes branches de l’industrie et dans les
              différentes entreprises d’une même industrie, la composition organique du
              capital est inégale : elle est plus élevée là où il y a par ouvrier une
              quantité plus grande de machines complexes et coûteuses, de matières
              premières transformées ; elle est inférieure là où prévaut le travail
              vivant, où par ouvrier il y a moins de machines et de matières premières qui
              coûtent relativement moins cher.</p>
              <p rend="alinéa">Avec l’accumulation du capital, la composition organique du
              capital <emph>augmente :</emph> la part du capital variable
              diminue, celle du capital constant augmente. Ainsi, dans l’industrie des
              États-Unis la composition organique du capital est passée de 4,4 : 1 en
              1889, à 5,7 : 1 en 1904, à 6,1 : 1 en 1929 et à 6,5 : 1 en
              1939.</p>
              <p rend="alinéa">Dans le cours de la reproduction capitaliste les capitaux
              augmentent de volume du fait de la concentration et de la centralisation du
              capital.</p>
              <p rend="alinéa">On appelle <emph>concentration du capital</emph>
              l’accroissement du capital par l’accumulation de la plus-value créée dans une
              entreprise donnée. Le capitaliste, en investissant dans l’entreprise une
              partie de la plus-value qu’il s’est appropriée, devient possesseur d’un
              capital sans cesse accru.</p>
              <p rend="alinéa">On appelle <emph>centralisation du
              capital</emph> l’accroissement du capital par la fusion de plusieurs capitaux
              en un seul capital plus important. Avec la concurrence, le gros capital ruine
              et absorbe les petites et les moyennes entreprises, moins importantes, qui ne
              résistent pas à la compétition. En accaparant à vil prix les entreprises d’un
              concurrent ruiné ou en les liant à la sienne d’une manière ou d’une autre
              (par exemple, par endettement), le gros fabricant augmente les capitaux qu’il
              détient. La fusion de nombreux capitaux en un seul se fait également par
              l’organisation de sociétés en commandite, de sociétés par actions, etc.</p>
              <p rend="alinéa">La concentration et la centralisation du capital
              rassemblent entre les mains d’un nombre restreint de personnes d’immenses
              richesses. L’accroissement des capitaux ouvre de larges possibilités à la
              concentration de la production dans de grandes entreprises.</p>
              <p rend="alinéa">La grande production a des avantages décisifs sur la
              petite. Les grandes entreprises peuvent introduire des machines et des
              perfectionnements techniques, pratiquer largement la division et la
              spécialisation du travail, ce qui n’est pas à la portée des petites
              entreprises. De ce fait, la fabrication des produits revient moins cher aux
              grandes entreprises qu’aux petites. La concurrence entraîne de gros frais et
              de grandes pertes. Une grande entreprise peut supporter ces pertes pour,
              ensuite, les compenser largement, tandis que les petites entreprises et
              souvent aussi les moyennes se ruinent. Les grands capitalistes reçoivent des
              crédits avec beaucoup plus de facilité et à des conditions plus
              favorables ; or, le crédit est une des armes les plus importantes dans
              la concurrence. Tous ces avantages permettent à des entreprises toujours plus
              importantes, puissamment équipées, de prendre le premier rang dans les pays
              capitalistes, tandis qu’une multitude de petites et moyennes entreprises se
              ruinent et disparaissent. Grâce à la concentration et à la centralisation du
              capital, une minorité de capitalistes, possesseurs de fortunes énormes,
              préside aux destinées de dizaines et de centaines de milliers d’ouvriers.</p>
              <p rend="alinéa">Dans l’agriculture, la concentration capitaliste aboutit à
              ce que la terre et d’autres moyens de production se concentrent de plus en
              plus dans les mains des gros propriétaires, tandis que les larges couches des
              petits et moyens paysans, privés de terre, de matériel et d’attelage sont
              asservis par le capital. Des masses de paysans et d’artisans se ruinent et
              deviennent des prolétaires.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi donc, la concentration et la centralisation du
              capital ont pour effet d’<emph>aggraver les contradictions de
              classes</emph>, d’approfondir l’abîme entre la minorité bourgeoise,
              exploiteuse, et la majorité non possédante, exploitée, de la société. En même
              temps, par suite de la concentration de la production, les grandes
              entreprises capitalistes et les centres industriels rassemblent des masses
              toujours plus grandes du prolétariat. Cela facilite le rassemblement et
              l’organisation des ouvriers pour la lutte contre le capital.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="5" xml:id="chap09sect05">
              <head>9.5. L’armée industrielle de réserve.</head>
              <p rend="alinéa">L’accroissement de la production en régime capitaliste,
              comme on l’a déjà dit, s’accompagne d’une augmentation de la composition
              organique du capital. La demande de main-d’œuvre est déterminée par la
              grandeur, non du capital tout entier, mais seulement de sa partie variable.
              Or, la partie variable du capital, avec le progrès technique, diminue
              relativement par rapport au capital constant. Aussi, avec l’accumulation du
              capital et le progrès de sa composition organique, la demande de main-d’œuvre
              se <emph>réduit-elle relativement</emph>, encore que les effectifs
              d’ensemble du prolétariat augmentent en même temps que le capitalisme se
              développe.</p>
              <p rend="alinéa">Il en résulte qu’une masse importante d’ouvriers ne peut
              trouver à s’employer. Une partie de la population ouvrière se trouve être
              « en surnombre » ; il se produit ce qu’on appelle une
              <emph>surpopulation relative</emph>. Cette surpopulation est
              relative, parce qu’une partie de la force de travail ne s’avère en surnombre
              que par rapport aux besoins d’accumulation du
              <emph>capital</emph>. Ainsi, dans la société bourgeoise, au fur et à mesure
              qu’augmente la richesse sociale, une partie de la classe ouvrière est vouée à
              un travail toujours plus dur et excessif, tandis que l’autre partie est
              condamnée à un chômage forcé.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Il faut distinguer les formes essentielles suivantes de
              surpopulation relative.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La <emph>surpopulation flottante</emph> est
              constituée par les ouvriers qui perdent leur travail pour un certain temps
              par suite de la réduction de la production, de l’emploi de nouvelles
              machines, de la fermeture d’entreprises. Avec l’élargissement de la
              production, une partie de ces chômeurs trouve à s’employer, de même qu’une
              partie des nouveaux ouvriers de la jeune génération. Le nombre total des
              ouvriers employés augmente, mais dans une proportion sans cesse décroissante
              par rapport à l’échelle de la production.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La <emph>surpopulation latente</emph> est
              constituée par les petits producteurs ruinés, et avant tout par les paysans
              pauvres et les ouvriers agricoles qui ne sont occupés dans l’agriculture que
              pendant une faible partie de l’année, ne trouvent pas à s’employer dans
              l’industrie et traînent une misérable existence, en vivotant tant bien que
              mal à la campagne. Contrairement à ce qui se passe dans l’industrie, le
              progrès technique dans l’agriculture entraîne une diminution absolue de la
              demande de main-d’œuvre.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La <emph>surpopulation stagnante</emph> est
              constituée par les groupes nombreux de gens qui ont perdu leur emploi
              permanent, et dont les occupations irrégulières sont payées bien au-dessous
              du niveau habituel du salaire. Ce sont de larges couches de travailleurs
              occupés dans la sphère du travail capitaliste à domicile, et aussi ceux qui
              vivent d’un travail occasionnel à la journée.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Enfin, la couche inférieure de la surpopulation relative
              est constituée par les gens qui ont été depuis longtemps éliminés de la
              production, sans aucun espoir de retour, et qui vivent d’un gagne-pain de
              hasard. Une partie de ces gens est réduite à la mendicité.</p>
              <p rend="alinéa">Les ouvriers éliminés de la production forment
              l’<emph>armée industrielle de réserve</emph>, l’armée des chômeurs. Cette
              armée est un attribut nécessaire de l’économie capitaliste, sans lequel elle
              ne peut ni exister, ni se développer. Dans les périodes d’essor industriel,
              quand l’élargissement rapide de la production s’impose, une quantité
              suffisante de chômeurs se trouve à la disposition des entrepreneurs.
              L’élargissement de la production a pour effet de réduire momentanément le
              chômage. Mais ensuite une crise de surproduction arrive et, de nouveau, des
              masses importantes d’ouvriers sont jetées à la rue et vont grossir l’armée de
              réserve des chômeurs.</p>
              <p rend="alinéa">L’existence de cette armée permet aux capitalistes de
              renforcer l’exploitation des ouvriers. Les chômeurs sont contraints
              d’accepter les plus dures conditions de travail. Le chômage crée une
              situation instable pour les ouvriers employés dans la production, et réduit
              considérablement le niveau de vie de la classe ouvrière tout entière. Voilà
              pourquoi les capitalistes n’ont pas intérêt à voir supprimer l’année
              industrielle de réserve, qui pèse sur le marché du travail et assure au
              capitaliste une main-d’œuvre à bon marché.</p>
              <p rend="alinéa">Avec le développement du mode de production capitaliste
              l’armée des chômeurs, diminuant dans les périodes d’essor de la production et
              augmentant pendant les crises, dans l’ensemble s’accroît.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En Angleterre, 1,7 % des membres des trade-unions
              étaient chômeurs en 1853 ; en 1880, 5,5 % ; en 1908,
              7,8 % ; en 1921, 16,6 %. Aux États-Unis, d’après les données
              officielles, le nombre des chômeurs par rapport à la totalité de la classe
              ouvrière, était : de 5,1 % en 1890, de 10 % en 1900,
              de 15,5 % en 1915, de 23,1 % en 1921. En Allemagne, le nombre des
              chômeurs parmi les syndiqués était : de 0,2 % en 1887, de 2 %
              en 1900, de 18 % en 1926. La surpopulation relative dans les pays
              coloniaux et semi-coloniaux d’Orient atteint des proportions énormes.</p>
              <p rend="alinéa">Avec le développement du capitalisme, le
              <emph>chômage partiel</emph> prend des proportions toujours plus
              étendues : l’ouvrier ne travaille alors qu’une partie de la journée ou
              de la semaine.</p>
              <p rend="alinéa">Le chômage est un véritable fléau pour la classe ouvrière.
              Les ouvriers n’ont pas de quoi vivre, si ce n’est de la vente de leur force
              de travail. Renvoyés de l’entreprise, ils sont menacés de mourir de faim.
              Souvent, les chômeurs restent sans toit, car ils n’ont pas de quoi payer un
              gîte. Ainsi, la bourgeoisie s’avère incapable d’assurer aux esclaves salariés
              du capital, ne fût-ce qu’une existence d’esclave.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les économistes bourgeois tentent de justifier le chômage
              en régime capitaliste en invoquant des lois éternelles de la nature. C’est à
              ce but que servent les inventions pseudo-scientifiques de Malthus, économiste
              réactionnaire anglais de la fin du 18<hi rend="ordinal">e</hi> – début du
              19<hi rend="ordinal">e</hi> siècles. D’après la « loi de
              population », inventée par Malthus, depuis l’origine de la société
              humaine la population se multiplierait suivant les termes d’une progression
              géométrique (comme 1, 2, 4, 8, etc.), et les moyens d’existence, étant donné
              le caractère limité des richesses naturelles, augmenteraient suivant les
              termes d’une progression arithmétique (comme 1, 2, 3, 4, etc.) C’est là,
              d’après Malthus, la cause première du surplus de population, de la famine et
              de la misère des masses populaires. Le prolétariat, d’après Malthus, peut se
              libérer de la misère et de la famine, non pas par l’abolition du régime
              capitaliste, mais en s’abstenant du mariage et en réduisant artificiellement
              les naissances. Malthus considérait comme autant de bienfaits les guerres et
              les épidémies qui diminuent la population laborieuse. La théorie de Malthus
              est foncièrement réactionnaire. Elle permet à la bourgeoisie de justifier les
              tares incurables du capitalisme. Les inventions de Malthus n’ont rien de
              commun avec la réalité. Les moyens techniques puissants dont l’humanité
              dispose sont à même d’augmenter la quantité des moyens d’existence à des
              rythmes que l’accroissement même le plus rapide de la population est
              incapable d’égaler. Le seul obstacle est le régime capitaliste, qui est la
              cause véritable de la misère des masses.</p>
              <p rend="alinéa">Marx a découvert la <emph>loi capitaliste de
              la population</emph>, selon laquelle dans la société bourgeoise, l’accumulation
              du capital fait qu’une partie de la population ouvrière devient
              inévitablement superflue, est éliminée de la production et vouée aux affres
              de la misère et de la faim. La loi capitaliste de la population a été
              engendrée par les rapports de production de la société bourgeoise.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="6" xml:id="chap09sect06">
              <head>9.6. La surpopulation agraire.</head>
              <p rend="alinéa">Comme il a été indiqué plus haut une des formes de
              surpopulation relative est la surpopulation latente ou surpopulation agraire.
              La <emph>surpopulation agraire</emph> est, dans l’agriculture des
              pays capitalistes, l’excédent de la population qui résulte de la ruine des
              grandes masses de la paysannerie ; cette population ne peut être que
              partiellement occupée dans la production agricole et ne trouve pas à
              s’employer dans l’industrie.</p>
              <p rend="alinéa">Le développement accentue la différenciation de la
              paysannerie. Il se forme une armée nombreuse d’ouvriers agricoles et de
              paysans pauvres. Les grandes exploitations capitalistes créent une demande
              d’ouvriers salariés. Mais à mesure crue la production capitaliste s’étend
              d’une branche de l’agriculture à l’autre et que l’emploi des machines se
              répand et se développe, la masse de la paysannerie se ruine de plus en plus,
              et la demande en salariés agricoles diminue. Les couches ruinées de la
              population rurale se transforment constamment en prolétariat industriel ou
              viennent grossir l’armée des sans-travail dans les villes. Mais une grande
              partie de la population rurale ne trouvant pas de travail dans l’industrie,
              reste à la campagne où elle ne trouve que partiellement à s’employer dans
              l’agriculture.</p>
              <p rend="alinéa">Le caractère latent de la surpopulation agraire consiste en
              ce que la force de travail excédentaire dans les campagnes est toujours plus
              ou moins liée à la petite et à la très petite exploitation paysanne. Le
              salarié agricole exploite généralement un petit lopin de terre qui lui permet
              de compléter son gagne-pain ou de végéter misérablement à la morte-saison.
              Ces exploitations sont nécessaires au capitalisme pour disposer de
              main-d’œuvre à bon marché.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La surpopulation agraire en régime capitaliste prend
              des proportions énormes. En Russie tsariste, à la fin du 19<hi rend=
              "ordinal">e</hi> siècle, le chômage latent à la campagne frappait 13
              millions d’individus. En Allemagne, en 1907, sur 5 millions d’exploitations
              paysannes, 3 millions de petites exploitations formaient l’armée de réserve
              du travail. Aux États-Unis, après 1930 on comptait selon les données
              officielles manifestement inférieures à la réalité, 2 millions de fermiers
              « en trop ». Chaque année, pendant la saison d’été, un à 2 millions
              d’ouvriers agricoles américains, avec leurs familles et leurs maigres biens,
              errent à travers le pays en quête d’un gagne-pain.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La surpopulation agraire
              est particulièrement grande dans les pays économiquement arriérés. Ainsi,
              dans l’Inde où l’agriculture emploie les trois quarts environ de la
              population du pays, la surpopulation agraire forme une armée forte de
              millions d’hommes. Une grande partie de la population agricole est réduite à
              l’état de famine chronique.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="7" xml:id="chap09sect07">
              <head>9.7. La loi générale de l’accumulation capitaliste.
              La paupérisation relative et absolue du prolétariat.</head>
              <p rend="alinéa">Le développement du capitalisme a pour résultat qu’avec
              l’accumulation du capital, à un pôle de la société bourgeoise d’immenses
              richesses se concentrent, le luxe et le parasitisme, le gaspillage et
              l’oisiveté des classes exploiteuses augmentent ; tandis qu’à l’autre
              pôle de la société s’intensifie de plus en plus le joug, l’exploitation,
              s’accroissent le chômage et la misère de ceux dont le travail crée toutes les
              richesses.</p>
              <cit rend="display">
              <quote>
                  <p rend="alinéa">L’armée industrielle de réserve est d’autant plus nombreuse que la richesse
                  sociale, le capital en fonction, l’étendue et l’énergie de son
                  accroissement, donc aussi la masse absolue du prolétariat et la force
                  productive de son travail, sont plus considérables… La grandeur relative de
                  l’armée industrielle de réserve s’accroît donc en même temps que les
                  ressorts de la richesse. Mais plus cette armée de réserve grossit,
                  comparativement à l’armée active du travail, plus grossit la surpopulation
                  consolidée, excédent de population, dont la misère est inversement
                  proportionnelle aux tourments de son travail… <emph>Voilà la
                  loi absolue, générale, de l’accumulation capitaliste</emph>.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  K. Marx,
                  <title>Le Capital</title>, livre 1,
                  t. 3, p. 87 (trad. sur l’édit. allemande<!-- Vérifier référence -->).
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">La loi générale de l’accumulation capitaliste est
              l’expression concrète du fonctionnement de la loi économique fondamentale du
              capitalisme, la loi de la plus-value. La course à la plus-value aboutit à
              l’accumulation des richesses entre les mains des classes exploiteuses et à
              l’augmentation de l’appauvrissement et de l’oppression des classes non
              possédantes.</p>
              <p rend="alinéa">Le développement du capitalisme s’accompagne de la
              paupérisation relative et absolue du prolétariat.</p>
              <p rend="alinéa"><emph>La paupérisation relative</emph> du
              prolétariat consiste en ce que dans la société bourgeoise la part de la
              classe ouvrière dans le montant global du revenu national décroît sans cesse,
              alors que la part des classes exploiteuses est en progression constante.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Malgré l’accroissement absolu de la richesse sociale, la
              part des revenus de la classe ouvrière diminue rapidement. Les salaires des
              ouvriers de l’industrie américaine par rapport aux profits des capitalistes,
              étaient de 70 % en 1889, de 61 % en 1919, de 47 % en 1929 et
              de 45 % en 1939.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Dans la Russie tsariste, de 1900 à 1913, l’ensemble des
              salaires nominaux, étant donné le nombre accru des ouvriers d’usine, avait
              augmenté d’environ 80 %, malgré une diminution du salaire réel, tandis
              que les bénéfices des industriels avaient plus que triplé.</p>
              <p rend="alinéa smaller">D’après les données d’économistes bourgeois,
              américains, vers 1920, aux États-Unis 1 % des propriétaires possédait
              59 % de toutes les richesses, tandis que les couches pauvres formant
              87 % de la population ne possédaient que 8 % de la richesse
              nationale.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En 1920-1921, les plus gros propriétaires anglais, qui
              représentaient moins de 2 % de la totalité des propriétaires, détenaient
              64 % de toute la richesse nationale, tandis que 76 % de la
              population n’en possédaient que 7,6 %.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>paupérisation absolue</emph> du
              prolétariat consiste dans l’abaissement pur et simple de son niveau de
              vie.</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">L’ouvrier connaît une paupérisation <emph>absolue</emph>,
                    c’est-à-dire qu’il devient tout simplement plus pauvre qu’avant,
                    qu’il est obligé de vivre moins bien, d’avoir une nourriture plus chiche,
                    de moins souvent manger à sa faim, de vivre dans les caves et dans les
                    greniers.</p>
                    <p rend="alinéa">[…]</p>
                    <p rend="alinéa">Dans la société capitaliste la richesse grandit à une vitesse
                    invraisemblable, en même temps que les masses ouvrières sont
                    frappées par la paupérisation.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « La paupérisation dans la société capitaliste »,
                    <title>Œuvres</title>, t. 18, p. 451.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Pour enjoliver la réalité capitaliste, l’économie politique
              bourgeoise s’efforce de nier la paupérisation absolue du prolétariat. Les
              faits cependant attestent qu’en régime capitaliste le niveau de vie de la
              classe ouvrière est en baisse constante. Gela se manifeste sous bien des
              formes.</p>
              <p rend="alinéa">La paupérisation absolue du prolétariat se traduit par la
              baisse du salaire réel. Comme on l’a déjà dit, la hausse des prix des objets
              de consommation courante, l’augmentation des loyers et des impôts entraînent
              la diminution constante du salaire réel des ouvriers.</p>
              <p rend="alinéa">La paupérisation absolue du prolétariat se manifeste par
              l’ampleur et la durée accrues du chômage.</p>
              <p rend="alinéa">Elle se manifeste dans l’intensification et dans
              l’aggravation des conditions de travail, qui aboutissent au vieillissement
              rapide de l’ouvrier, à la perte de sa capacité de travail, à sa
              transformation en invalide. L’intensification du travail et l’absence de
              mesures nécessaires à la protection du travail multiplient les accidents et
              les cas de mutilation.</p>
              <p rend="alinéa">La paupérisation absolue du prolétariat se manifeste dans
              de plus mauvaises conditions d’alimentation et de logement des travailleurs,
              ce qui a pour effet de ruiner la santé et d’abréger la vie des
              travailleurs.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Dans l’industrie houillère des États-Unis, de 1878 à 1914,
              sur mille ouvriers occupés, le nombre d’accidents mortels a augmenté de
              71,5 %. Dans la seule année 1952, dans les entreprises des États-Unis,
              environ 15 000 personnes ont été tuées et plus de deux millions ont été
              mutilées. Le nombre d’accidents augmente également dans les charbonnages
              d’Angleterre : avant-guerre, chaque année un mineur sur six a été
              victime d’un accident ; de 1949 à 1953 la proportion est passée à un sur
              trois.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les données officielles des recensements relatifs à
              l’habitat établissent que près de 40 % des locaux d’habitation aux
              États-Unis ne répondent pas aux exigences minima d’hygiène et de sécurité. Le
              taux de mortalité de la population ouvrière est de beaucoup supérieur à celui
              des classes dominantes. La mortalité infantile dans les taudis de la ville de
              Détroit est six fois plus élevée que la moyenne des États-Unis.</p>
              <p rend="alinéa">Le niveau de vie du prolétariat est particulièrement bas
              dans les pays coloniaux, où la misère extrême et la mortalité
              exceptionnellement élevée des ouvriers, par suite d’un travail exténuant et
              d’une famine chronique, revêtent un caractère de masse.</p>
              <p rend="alinéa">Le niveau de vie de la paysannerie pauvre, en régime
              capitaliste, n’est pas supérieur, mais souvent même inférieur à celui des
              ouvriers salariés. Dans la société capitaliste, on assiste non Seulement à la
              paupérisation absolue et relative du prolétariat, mais aussi à la ruine et à
              la paupérisation de la paysannerie. On comptait en Russie tsariste des
              dizaines de millions de paysans pauvres qui souffraient de la faim. Les
              recensements américains établissent qu’au cours des dernières décennies, près
              des deux tiers des fermiers des États-Unis, en règle générale, n’ont pas le
              minimum vital. Aussi bien, leurs intérêts vitaux poussent les paysans à
              s’unir à la classe ouvrière.</p>
              <p rend="alinéa">La voie du développement du capitalisme est celle de
              l’appauvrissement et de la sous-alimentation pour l’immense majorité des
              travailleurs. En régime bourgeois, l’essor des forces productives n’apporte
              pas aux masses laborieuses un allégement de leur situation, mais une
              aggravation de leur misère et de leurs privations.</p>
              <p rend="alinéa">En même temps se développe la lutte de la classe ouvrière
              contre la bourgeoisie, pour la libération du joug du capital, et grandissent
              sa conscience et son organisation. Dans cette lutte sont entraînées de plus
              en plus les masses de la paysannerie.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="8" xml:id="chap09sect08">
              <head>9.8. La contradiction fondamentale du mode de production capitaliste.</head>
              <p rend="alinéa">À mesure qu’il se développe, le capitalisme associe de plus
              en plus étroitement le travail d’une multitude d’hommes. La division sociale
              du travail s’étend. Des branches d’industrie autrefois plus ou moins
              indépendantes se transforment en une série de productions réciproquement
              liées et dépendantes les unes des autres. Les relations économiques se
              resserrent entre entreprises, régions, pays entiers.</p>
              <p rend="alinéa">Le capitalisme crée la grande production aussi bien dans
              l’industrie que dans l’agriculture. Le progrès des forces productives
              engendre des instruments et des méthodes de production qui exigent le travail
              en commun de centaines et de milliers d’ouvriers. La concentration de la
              production s’accroît. Il se produit ainsi une socialisation capitaliste du
              travail, une socialisation de la production.</p>
              <p rend="alinéa">Mais la socialisation de la production progresse dans
              l’intérêt d’un petit nombre d’entrepreneurs privés, soucieux d’augmenter
              leurs profits. Le produit du travail social de millions d’hommes devient la
              propriété privée des capitalistes.</p>
              <p rend="alinéa">Par conséquent, une contradiction profonde est inhérente au
              régime capitaliste : la production revêt un caractère social, alors que
              la propriété des moyens de production demeure propriété capitaliste privée,
              incompatible avec le caractère social du processus de production.
              <emph>La contradiction entre le caractère social du processus de
              production et la forme capitaliste privée d’appropriation des résultats de la
              production</emph> est la contradiction <emph>fondamentale</emph> du
              mode de production capitaliste ; cette contradiction va s’aggravant à
              mesure que le capitalisme se développe. Elle se manifeste par une anarchie
              accrue de la production capitaliste, par l’accentuation des antagonismes de
              classe entre le prolétariat et toutes les masses laborieuses d’une part et la
              bourgeoisie de l’autre.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume"   n="9" xml:id="chap09resume">
              <head>Résumé du chapitre 9</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
                <item>
                  <p rend="alinéa">La reproduction est le renouvellement constant, la répétition
                  ininterrompue du processus de production. La reproduction simple est le
                  renouvellement de la production sous un volume constant. La reproduction
                  élargie signifie que la production se renouvelle sous un volume accru. Le
                  capitalisme est caractérisé par la reproduction élargie, coupée
                  périodiquement de crises économiques, pendant lesquelles la production est
                  en baisse. La reproduction capitaliste élargie renouvelle sans cesse et
                  approfondit les rapports d’exploitation.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">La reproduction élargie en régime capitaliste suppose
                  l’accumulation du capital. L’accumulation est l’addition au capital d’une
                  partie de la plus-value, ou la transformation de la plus-value en capital.
                  L’accumulation capitaliste aboutit à une élévation de la composition
                  organique du capital, c’est-à-dire que le capital constant s’accroît plus
                  rapidement que le capital variable. La reproduction capitaliste
                  s’accompagne de la concentration et de la centralisation du capital. La
                  grande production possède des avantages décisifs sur la petite, ce qui
                  permet aux grandes ou très grandes entreprises d’éliminer et de se
                  subordonner les petites et moyennes entreprises capitalistes.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">Avec l’accumulation du capital et l’élévation de sa composition
                  organique, la demande de main-d’œuvre subit une diminution relative. Il se
                  forme une armée industrielle de réserve de chômeurs. L’excédent de
                  main-d’œuvre dans l’agriculture capitaliste, dû à la ruine des masses
                  essentielles de la paysannerie, crée la surpopulation agraire. La loi
                  générale de l’accumulation capitaliste signifie la concentration des
                  richesses entre les mains d’une minorité exploiteuse et l’accroissement de
                  la misère des travailleurs, c’est-à-dire de l’immense majorité de la
                  société. La reproduction élargie en régime capitaliste aboutit
                  nécessairement à la paupérisation relative et absolue de la classe
                  ouvrière. La paupérisation relative est la diminution de la part de la
                  classe ouvrière dans le revenu national des pays capitalistes. La
                  paupérisation absolue est l’abaissement pur et simple du niveau de vie de
                  la classe ouvrière.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">La contradiction fondamentale du capitalisme est la contradiction
                  entre le caractère social du processus de production et la forme
                  capitaliste privée de l’appropriation. Avec le développement du capitalisme
                  cette contradiction s’aggrave sans cesse et les antagonismes de classe
                  deviennent plus profonds entre la bourgeoisie et le prolétariat.</p>
                </item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3 n="10" type="chapitre" xml:id="chap10">
            <head>Chapitre 10 — Le cycle et la rotation du capital</head>
            <div4 type="section"  n="1" xml:id="chap10sect01">
              <head>10.1. Le cycle du capital. Les trois formes du capital industriel.</head>
              <p rend="alinéa">La condition d’existence du mode de production capitaliste
              est la circulation développée des marchandises, c’est-à-dire leur échange au
              moyen de l’argent. La production capitaliste est étroitement liée à la
              circulation.</p>
              <p rend="alinéa">Tout capital commence sa carrière sous la forme d’une somme
              déterminée d’argent ; c’est un <emph>capital-argent</emph>.
              Avec l’argent, le capitaliste achète des marchandises d’une espèce
              particulière :
              1<hi rend="ordinal">o</hi> des moyens de production et
              2<hi rend="ordinal">o</hi> de la force de travail.
              Cet acte de circulation peut être représenté par la formule :</p>
              <p rend="formule centralign">
                <figure xml:id="page162">
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                    <defs>
                      <marker id="pointe" viewBox="0 0 10 10" refX="1" refY="5"
                      markerUnits="strokeWidth" orient="auto" markerWidth="8" markerHeight="8">
                        <polyline points="0,0 10,5 0,10 1,5" fill="black"></polyline>
                      </marker>
                    </defs>
                    <g>
                      <text transform="translate(0,60)">A — M</text>
                      <line x1="80" y1="50" x2="140" y2="30"
                      style="stroke:black; stroke-width:1"
                      marker-end="url(#pointe)"/>
                      <text transform="translate(170,30)">T</text>
                      <line x1="80" y1="55" x2="140" y2="80"
                      style="stroke:black; stroke-width:1"
                      marker-end="url(#pointe)"/>
                      <text transform="translate(160,90)">Mp</text>
                    </g>
                  </svg>
                </figure>
              </p>
              <p rend="alinéa">A — désigne l’argent ; M la marchandise ; T la
              force de travail et Mp les moyens de production. Ce changement de la
              forme du capital permet à son possesseur de disposer de tout ce qui est
              nécessaire à la production. Auparavant, il possédait du capital sous forme
              monétaire ; maintenant, il possède un capital de même grandeur, mais
              désormais sous forme de <emph>capital productif</emph>.</p>
              <p rend="alinéa">Par conséquent, <emph>le premier stade</emph> du
              mouvement du capital consiste dans la conversion du capital-argent en capital
              productif.</p>
              <p rend="alinéa">Vient ensuite le processus de production dans lequel
              s’opère la <emph>consommation productive</emph> des marchandises
              achetées par le capitaliste : les ouvriers dépensent leur travail, la
              matière première est transformée, le combustible est brûlé, les machines
              s’usent. De nouveau le capital change de forme : à l’issue du processus
              de production le capital avancé se trouve incorporé dans une masse déterminée
              de marchandises ; il prend la forme de
              <emph>capital-marchandise</emph>. Mais d’abord, ce ne sont plus les
              marchandises que le capitaliste a achetées en montant son affaire ; en
              second lieu, la valeur de cette masse de marchandises est supérieure à la
              valeur initiale du capital, car elle renferme la plus-value créée par les
              ouvriers.</p>
              <p rend="alinéa">Ce stade du mouvement du capital peut être représenté comme
              suit :</p>
              <p rend="formule centralign">
                <figure xml:id="page163">
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                    <defs>
                      <marker id="pointe" viewBox="0 0 10 10" refX="1" refY="5"
                      markerUnits="strokeWidth" orient="auto" markerWidth="8" markerHeight="8">
                        <polyline points="0,0 10,5 0,10 1,5" fill="black"></polyline>
                      </marker>
                    </defs>
                    <g>
                      <text transform="translate(0,60)">A — M</text>
                      <line x1="80" y1="50" x2="140" y2="30"
                      style="stroke:black; stroke-width:1"
                      marker-end="url(#pointe)"/>
                      <text transform="translate(170,30)">T</text>
                      <line x1="80" y1="55" x2="140" y2="80"
                      style="stroke:black; stroke-width:1"
                      marker-end="url(#pointe)"/>
                      <text transform="translate(160,90)">Mp</text>
                      <text transform="translate(220,60)">…P…  M′.</text>
                    </g>
                  </svg>
                </figure>
              </p>
              <p rend="alinéa">Dans cette formule la lettre P représente la
              production ; les points placés avant et après cette lettre indiquent que
              le processus de circulation a été interrompu et que s’opère le processus de
              production ; la lettre M′ désigne le capital sous sa forme marchandise,
              capital dont la valeur a augmenté du fait du surtravail des ouvriers.</p>
              <p rend="alinéa">Par conséquent, le <emph>deuxième stade</emph>
              du mouvement du capital consiste dans la conversion du capital productif en
              capital-marchandise.</p>
              <p rend="alinéa">Le mouvement du capital ne s’arrête pas là. Les
              marchandises produites doivent être réalisées. En échange des marchandises
              vendues, le capitaliste reçoit une somme déterminée d’argent.</p>
              <p rend="alinéa">Cet acte de circulation peut être représenté comme
              suit :</p>
              <p rend="formule centralign">M′ — A′.</p>
              <p rend="alinéa">Le capital change de forme pour la troisième fois : il
              reprend la forme de capital-argent. Après quoi, son possesseur se trouve
              avoir une somme d’argent plus importante qu’au début. Le but de la production
              capitaliste, qui consiste à tirer de la plus-value, a été atteint.</p>
              <p rend="alinéa">Par conséquent, le <emph>troisième stade</emph>
              du mouvement du capital consiste dans la conversion du capital-marchandise en
              capital-argent.</p>
              <p rend="alinéa">Le capitaliste emploie de nouveau l’argent, qu’il a tiré de
              la vente des marchandises, à l’achat des moyens de production et de la force
              de travail nécessaires pour continuer la production, et tout le processus
              recommence.</p>
              <p rend="alinéa">Tels sont les trois stades par lesquels le mouvement du
              capital passe successivement. À chacun de ces stades, le capital remplit une
              fonction déterminée. La conversion du capital-argent en éléments du capital
              productif assure l’union des moyens de production appartenant aux
              capitalistes avec la force de travail des ouvriers salariés ; à défaut
              de cette union, le processus de production ne peut avoir lieu. La fonction du
              capital productif est de créer par le travail des ouvriers salariés une masse
              de marchandises, une valeur nouvelle et, par suite, de la plus-value. La
              fonction du capital-marchandise consiste, par la vente de la masse des
              marchandises produites : en premier lieu, à restituer au capitaliste,
              sous forme argent, le capital qu’il a avancé pour la production ; en
              second lieu, à réaliser sous forme argent la plus-value créée dans le
              processus de production.</p>
              <p rend="alinéa">C’est par ces trois stades que passe le
              <emph>capital industriel</emph> dans son mouvement. Par capital industriel
              on entend, en l’occurrence, tout capital engagé dans la production des
              marchandises, qu’il s’agisse de l’industrie ou de l’agriculture.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Le capital industriel est le seul mode d’existence du capital, où sa
                  fonction ne consiste pas seulement en appropriation mais également en
                  création de plus-value, autrement dit de surproduit. C’est pourquoi il
                  conditionne le caractère capitaliste de la production ; son existence
                  implique celle de la contradiction de classe entre capitalistes et ouvriers
                  salariés.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  K. Marx,
                  <title>Le Capital</title>, livre 2, t. 1, p. 53.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Ainsi, tout capital industriel accomplit un cycle.</p>
              <p rend="alinéa">On appelle <emph>cycle du capital</emph>, la
              transformation successive du capital d’une forme dans une autre, son
              mouvement à travers les trois stades. De ces trois stades, le premier et le
              troisième ont lieu dans la sphère de la circulation, le deuxième dans la
              sphère de la production. Sans circulation, c’est-à-dire sans transformation
              des marchandises en argent et reconversion de l’argent en marchandise, la
              reproduction capitaliste, c’est-à-dire le renouvellement constant du
              processus de production, devient impossible.</p>
              <p rend="alinéa">Le cycle du capital dans son ensemble peut être représenté
              comme suit :</p>
              <p rend="formule centralign">
                <figure xml:id="page164">
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                      </marker>
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                    <g>
                      <text transform="translate(0,60)">A — M</text>
                      <line x1="80" y1="50" x2="140" y2="30"
                      style="stroke:black; stroke-width:1"
                      marker-end="url(#pointe)"/>
                      <text transform="translate(170,30)">T</text>
                      <line x1="80" y1="55" x2="140" y2="80"
                      style="stroke:black; stroke-width:1"
                      marker-end="url(#pointe)"/>
                      <text transform="translate(160,90)">Mp</text>
                      <text transform="translate(220,60)">…P…  M′ — A′.</text>
                    </g>
                  </svg>
                </figure>
              </p>
              <p rend="alinéa">Les trois stades du cycle du capital sont liés entre eux de
              la façon la plus étroite et dépendent l’un de l’autre. Le cycle du capital ne
              s’opère normalement que si ses différents stades se succèdent sans arrêt.</p>
              <p rend="alinéa">Si le capital est arrêté au premier stade, c’est que
              l’existence du capital-argent est inutile. S’il est arrêté au deuxième stade,
              c’est que les moyens de production restent inutilisés et que la force de
              travail est sans emploi. Si le capital subit un arrêt au troisième stade, les
              marchandises invendues s’amassent dans les entrepôts et obstruent les canaux
              de la circulation.</p>
              <p rend="alinéa">Le deuxième stade où le capital se trouve sous la forme de
              capital productif, a une importance décisive dans le cycle du capital
              industriel ; c’est à ce stade que s’opère la production des
              marchandises, de la valeur et de la plus-value. Aux deux autres stades, il
              n’y a pas création de valeur ni de plus-value ; il n’y a que succession
              des formes du capital.</p>
              <p rend="alinéa">Aux trois stades du cycle du capital correspondent
              <emph>trois formes du capital industriel</emph> :
              1<hi rend="ordinal">o</hi> le capital-argent,
              2<hi rend="ordinal">o</hi> le capital productif et
              3<hi rend="ordinal">o</hi> le capital-marchandise.</p>
              <p rend="alinéa">Chaque capital existe simultanément sous les trois
              formes : alors qu’une de ses parties représente un capital-argent qui se
              convertit en capital productif, l’autre partie représente un capital
              productif qui se convertit en capital-marchandise, et la troisième partie
              représente un capital-marchandise qui se convertit en capital-argent. Chacune
              de ces parties revêt et abandonne successivement chacune de ces trois formes.
              Il en est ainsi non seulement de chaque capital considéré à part, mais de
              tous les capitaux pris ensemble, ou, autrement dit, de l’ensemble du capital
              social. Aussi, comme l’indique Marx, ne peut-on concevoir le capital qu’en
              tant que mouvement et non en tant que chose au repos.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Il y a déjà là la possibilité d’une
              <emph>existence individualisée</emph> des trois formes du capital. Nous
              montrerons plus loin comment du capital engagé dans la production se
              détachent le capital commercial et le capital de prêt. C’est sur cette
              séparation que repose l’existence des différents groupes de la bourgeoisie —
              industriels, marchands, banquiers, — entre lesquels s’opère la répartition de
              la plus-value.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="2" xml:id="chap10sect02">
              <head>10.2. La rotation du capital.
              Le temps de production et le temps de circulation.</head>
              <p rend="alinéa">Tout capital accomplit son cycle sans arrêt, en le répétant
              constamment. Le capital accomplit ainsi sa rotation.</p>
              <p rend="alinéa">On appelle <emph>rotation du capital</emph>, son
              cycle non pas en tant qu’acte unique, mais en tant que processus qui se
              renouvelle et se répète périodiquement. Le <emph>temps de
              rotation</emph> du capital représente la somme du temps de production et du
              temps de circulation. En d’autres termes, le temps de rotation est
              l’intervalle de temps qui s’écoule entre le moment où le capital est avancé
              sous une forme déterminée et le moment où il retourne au capitaliste sous la
              même forme, mais augmenté de la grandeur de la plus-value.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>temps de production</emph> est celui
              pendant lequel le capital se trouve dans la sphère de la production. La
              partie la plus importante du temps de production est la
              <emph>période de travail</emph>, pendant laquelle l’objet en cours de
              fabrication est soumis à l’action directe du travail. La période de travail
              dépend du caractère de chaque branche de la production, du niveau de la
              technique dans telle ou telle entreprise, ainsi que d’autres conditions.
              Ainsi, il ne faut que quelques jours dans une filature pour transformer une
              quantité déterminée de coton en filés prêts à être mis en vente ; dans
              une usine de construction de locomotives, la sortie de chaque locomotive
              nécessite des dépenses de travail d’un, grand nombre d’ouvriers pendant une
              longue période.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le temps de production est généralement plus long que la
              période de travail. Il comprend aussi les temps d’arrêt dans l’opération,
              pendant lesquels l’objet du travail est soumis à l’action de processus
              naturels déterminés, comme, par exemple, la fermentation du vin, le tannage
              du cuir, la croissance du froment, etc.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>temps de circulation</emph> est celui
              pendant lequel le capital passe de la forme argent à la forme productive et
              de la forme marchandise à la forme argent. La durée de la circulation dépend
              des conditions d’achat des moyens de production et des conditions de vente
              des produits finis, de la proximité du marché, du degré de développement des
              moyens de transport et de communication.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="3" xml:id="chap10sect03">
              <head>10.3. Le capital fixe et le capital circulant.</head>
              <p rend="alinéa">Les différentes parties du capital productif ne circulent
              pas de façon identique. Les différences de rotation des diverses parties du
              capital productif tiennent aux différentes façons dont chacune de ces parties
              transmet sa valeur au produit. De ce point de vue, le capital se divise en
              capital fixe et en capital circulant.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>capital fixe</emph> est la partie du
              capital productif, qui, fonctionnant entièrement dans le processus de
              production, transfère sa valeur au produit non pas d’un coup, mais par
              portions, pendant une série de périodes de production. C’est la partie du
              capital dépensée pour la construction des bâtiments et des installations,
              pour l’achat des machines et de l’outillage.</p>
              <p rend="alinéa">Les éléments du capital fixe servent généralement à la
              production pendant de nombreuses années ; ils subissent chaque année une
              certaine usure et finissent par être inutilisables. C’est là
              l’<emph>usure matérielle</emph> des machines, de l’équipement.</p>
              <p rend="alinéa">Parallèlement à l’usure matérielle, les instruments de
              production sont également sujets à une <emph>usure morale</emph>.
              La machine qui a servi cinq à dix ans peut être encore suffisamment solide,
              mais si, à ce moment-là, il a été créé une autre machine du même genre, plus
              perfectionnée, plus productive et meilleur marché, il s’ensuit une
              dépréciation de l’ancienne machine. Aussi le capitaliste a-t-il intérêt à
              utiliser entièrement son outillage dans les délais les plus brefs. D’où la
              tendance des capitalistes à allonger la journée, à intensifier le travail, à
              introduire dans les entreprises plusieurs postes de travail sans
              interruption.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>capital circulant</emph> est la partie
              du capital productif, dont la valeur durant une seule période de production
              est entièrement restituée au capitaliste sous forme d’argent lors de la
              réalisation de la marchandise. C’est la partie du capital dépensée pour
              l’achat de la force de travail, ainsi que pour l’achat de moyens de
              production : matières premières, combustible et autres matériaux
              auxiliaires, qui ne rentrent pas dans la composition du capital fixe. La
              valeur des matières premières, du combustible et des matériaux consommés est
              entièrement transférée à la marchandise durant une seule période de
              production, tandis que les dépenses consacrées à l’achat de la force de
              travail sont récupérées par le capitaliste avec excédent (avec addition de
              plus-value).</p>
              <p rend="alinéa">Pendant que le capital fixe ne fait qu’une seule rotation,
              le capital circulant a le temps d’en accomplir plusieurs.</p>
              <p rend="alinéa">La vente de la marchandise procure au capitaliste une
              certaine somme d’argent qui comporte :
              1<hi rend="ordinal">o</hi> la valeur de la partie du capital fixe qui,
              dans le processus de production, a été transférée à la marchandise ;
              2<hi rend="ordinal">o</hi> la valeur du capital circulant ;
              3<hi rend="ordinal">o</hi> la plus-value.
              Pour continuer la production, le capitaliste réengage la somme retirée qui
              correspond au capital circulant, pour embaucher des ouvriers, acheter des
              matières premières, du combustible, des matériaux auxiliaires. Le capitaliste
              utilise la somme correspondant à la partie de la valeur du capital fixe, qui
              a été transférée à la marchandise, pour compenser l’usure des machines, des
              machines-outils, des bâtiments, c’est-à-dire aux fins d’amortissement.</p>
              <p rend="alinéa">L’<emph>amortissement</emph> est la compensation
              progressive, sous forme argent, de la valeur du capital fixe par des
              versements périodiques correspondant à son degré d’usure. Une partie des
              fonds d’amortissement est consacrée aux grosses réparations, c’est-à-dire à
              une compensation partielle de l’usure de l’outillage, des instruments, des
              bâtiments d’exploitation, etc. Mais la partie la plus importante des
              amortissements, les capitalistes la conservent sous forme argent
              (généralement, dans les banques) pour acheter, quand le besoin s’en fera
              sentir, de nouvelles machines en remplacement des anciennes, ou pour
              construire de nouveaux bâtiments au lieu de ceux qui ne sont plus
              utilisables.</p>
              <p rend="alinéa smaller">L’économie politique marxiste distingue entre la
              division du capital en capital fixe et circulant et la division du capital en
              capital constant et variable. Le capital constant et le capital variable se
              différencient d’après le rôle qu’ils jouent dans le processus d’exploitation
              des ouvriers par les capitalistes, tandis que le capital fixe et le capital
              circulant se différencient par le caractère de la rotation.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Ces deux modes de division du capital peuvent être
              représentés comme suit :</p>
              <p rend="centralign">
                <figure xml:id="page167">
                  <svg
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                    <defs>
                      <style type="text/css">
                      g#fig167textes {font-size:14px;}
                      </style>
                      <line id="streepje" x1="0" y1="0" x2="60" y2="0"
                      style="stroke:black; stroke-width:1"/>
                    </defs>
                    <g id="fig167textes">
                      <text transform="translate(30,30)" id="fig167role" style="font-style: italic">
                        Division
                        <tspan x="-20" dy="16" id="fig167role1">d’après le rôle</tspan>
                        <tspan x="-30" dy="16" id="fig167role2">dans le processus</tspan>
                        <tspan x="-20" dy="16" id="fig167role3">d’exploitation</tspan>
                      </text>
                      <text transform="translate(0,170)" id="fig167con">Capital constant … </text>
                      <text transform="translate(0,270)" id="fig167var">Capital variable … </text>
                      <text transform="translate(160,120)" id="fig167con1">
                        Bâtiments et installations
                        <tspan x="20" dy="16" id="fig167con2">d’usine.</tspan>
                        <tspan  x="0" dy="16" id="fig167con3">Outillages, machines.</tspan>
                        <tspan  x="0" dy="40" id="fig167con4">Matières premières,</tspan>
                        <tspan x="20" dy="16" id="fig167con5">combustibles,</tspan>
                        <tspan x="20" dy="16" id="fig167con6">matériaux auxiliaires.</tspan>
                      </text>
                      <text transform="translate(160,270)" id="fig167sal">Salaires.</text>
                      <text transform="translate(420,46)" id="fig167cara" style="font-style: italic">
                        Division
                        <tspan x="-40" dy="16" id="fig167cara1">d’après le caractère</tspan>
                        <tspan x="-20" dy="16" id="fig167cara2">de la rotation</tspan>
                      </text>
                      <text transform="translate(365,133)" id="fig167fix"> … Capital fixe</text>
                      <text transform="translate(365,222)" id="fig167cir"> … Capital circulant</text>
                    </g>
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                      0.51232,0.92317 1.89399,2.57563 3.09378,6.43264 3.2691,11.03556 0,3.12216
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                      -4.8128,-3.69144 -0.34374,0 -0.68747,0.15044 -0.68747,0.30164 0,0.0764
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                      3.2691,4.51772 0,1.20502 -0.17515,2.33597 -1.03121,5.19733 -0.34373,1.12793
                      -0.68764,2.48339 -0.86278,3.01257 -0.68764,3.61433 0.68747,6.70324
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                      -4.8128,-7.09545 -0.34374,0 -0.68747,0.28917 -0.68747,0.57978 0,0.14677
                      0.34373,0.57834 0.68747,1.01572 2.06258,2.45718 2.92536,4.92017
                      3.2691,8.68368 0,2.31624 -0.17515,4.49006 -1.03121,9.99002 -0.34373,2.16802
                      -0.68764,4.77341 -0.86278,5.79057 -0.68764,6.94724 0.68747,12.88459
                      4.12515,17.22643 0.51906,0.57978 0.86279,1.15811 0.86279,1.15811 0,0
                      -0.34373,0.57833 -0.86279,1.15811 -3.43768,4.34184 -4.81279,10.27918
                      -4.12515,17.37463 0.17514,0.86896 0.51905,3.47435 0.86278,5.78912
                      0.85606,5.3532 1.03121,7.52703 1.03121,9.84326 -0.34374,3.76351
                      -1.20652,6.2265 -3.2691,8.68368 -0.68747,0.86895 -0.86279,1.15812
                      -0.51905,1.44728 0.51905,0.29062 0.86278,0.14821 1.72557,-0.8675 z"
                      style="fill:#00000d;fill-opacity:1;fill-rule:evenodd;stroke:#000000;
                      stroke-width:0pt;stroke-linecap:butt;stroke-linejoin:round;stroke-miterlimit:10"
                      id="accol3" />
                  </svg>
                </figure>
              </p>
              <p rend="alinéa smaller">L’économie politique bourgeoise ne reconnaît que la
              division du capital en capital fixe et circulant, car cette division par
              elle-même ne montre pas le rôle de la force de travail dans la création de la
              plus-value ; au contraire, elle voile la distinction essentielle entre
              les dépenses du capitaliste pour l’embauchage de la main-d’œuvre et les
              dépenses consacrées aux matières premières, au combustible, etc.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="4" xml:id="chap10sect04">
              <head>10.4. Le taux annuel de la plus-value.
              Les méthodes d’accélération de la rotation du capital.</head>
              <p rend="alinéa">Pour une grandeur donnée du capital variable, la vitesse de
              rotation du capital influe sur le volume de la plus-value que le capitaliste
              extorque en l’espace d’un an aux ouvriers.</p>
              <p rend="alinéa">Prenons deux capitaux, comprenant chacun 25 000
              dollars de capital variable, le taux de la plus-value étant de 100 %.
              Supposons que l’un d’eux accomplit une rotation par an, et que l’autre en
              accomplit deux. Cela veut dire que le détenteur du second capital, avec la
              même somme d’argent, peut embaucher et exploiter en l’espace d’un an deux
              fois plus d’ouvriers que le possesseur du premier capital. Aussi, en fin
              d’année, les résultats seront-ils différents chez les deux capitalistes. Le
              premier aura 25 000 dollars de plus-value pour l’année ; le second,
              50 000 dollars. La vitesse de rotation du capital influe aussi sur la
              grandeur de la partie du capital circulant qui est avancée pour l’achat des
              matières premières, du combustible, des matériaux auxiliaires.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>taux annuel de la plus-value</emph> est
              le rapport de la plus-value produite <emph>en l’espace d’un
              an</emph> au capital variable avancé. Dans notre exemple, le taux annuel de la
              plus-value, exprimé en pourcentage, est pour le premier capitaliste de
              <math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
                <mfrac>
                  <mi>25 000</mi>
                  <mi>25 000</mi>
                </mfrac>
              </math> = 100 %, pour le deuxième de
              <math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
                <mfrac>
                  <mi>50 000</mi>
                  <mi>25 000</mi>
                </mfrac>
              </math> = 200 %.</p>
              <p rend="alinéa">Il est donc évident que les capitalistes ont intérêt à
              accélérer la rotation du capital, puisque cette accélération leur permet de
              tirer la même somme de plus-value avec un moindre capital ou de toucher avec
              le même capital une plus grande somme de plus-value.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Marx a montré que, par elle-même, l’accélération de la
              rotation du capital ne crée pas un atome de valeur nouvelle. Une rotation
              plus rapide du capital et une réalisation plus rapide sous forme argent de la
              plus-value créée au cours de l’année ne permettent aux capitalistes, pour un
              même capital, que d’embaucher un plus grand nombre d’ouvriers dont le travail
              crée en l’espace d’un an une masse plus importante de plus-value.</p>
              <p rend="alinéa">Comme nous l’avons vu, le temps de rotation du capital
              comprend le temps de production et le temps de circulation. Le capitaliste
              s’efforce de réduire l’un et l’autre.</p>
              <p rend="alinéa">La période de travail nécessaire à la production des
              marchandises diminue avec le développement des forces productives et le
              progrès technique. Par exemple, les méthodes modernes de production de la
              fonte et de l’acier accélèrent considérablement les processus par rapport aux
              méthodes que l’on pratiquait il y a 100 ou 150 ans. Les progrès dans
              l’organisation de la production, par exemple le passage à la production en
              série ou en masse, fournissent de même des résultats importants.</p>
              <p rend="alinéa">Dans un grand nombre de cas, les temps d’arrêt dans le
              travail, qui représentent une partie du temps de production et s’ajoutent à
              la période de travail, sont, grâce au progrès technique, également réduits.
              Ainsi, le tannage du cuir durait autrefois des semaines ; aujourd’hui,
              grâce à l’emploi de nouvelles méthodes chimiques, il ne demande que quelques
              heures. Dans maintes productions les catalyseurs, c’est-à-dire des substances
              qui accélèrent les réactions chimiques, sont d’un emploi fréquent.</p>
              <p rend="alinéa">Afin d’accélérer la rotation du capital, l’entrepreneur
              recourt aussi à la prolongation de la journée et à l’intensification du
              travail. Si, avec une journée de travail de 10 heures, la période de travail
              est de 24 jours, la prolongation de la journée de travail à 12 heures réduit
              la période de travail à 20 jours et accélère d’autant la rotation du capital.
              Même résultat avec l’intensification du travail, l’ouvrier dépensant en 60
              minutes autant d’énergie qu’il en dépensait précédemment, par exemple, en 72
              minutes.</p>
              <p rend="alinéa">Ensuite, les capitalistes cherchent à accélérer la rotation
              du capital en réduisant le temps de circulation du capital. Cette réduction
              est rendue possible grâce au développement des moyens de transport, des
              P.T.T., grâce à une meilleure organisation du commerce. Cependant à la
              réduction du temps de circulation s’opposent, en premier lieu, la répartition
              extrêmement irrationnelle de la production dans le monde capitaliste, qui
              nécessite le transport des marchandises à de grandes distances, et en second
              lieu, l’aggravation de la concurrence capitaliste et la multiplication des
              difficultés d’écoulement.</p>
              <p rend="alinéa">Avec le capital circulant, la plus-value créée au cours
              d’une période donnée passe dans la circulation. Plus le temps de rotation du
              capital est court, et plus vite se réalise sous forme argent la plus-value
              créée par les ouvriers, plus vite aussi elle peut être employée à
              l’élargissement de la production.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume"   n="10" xml:id="chap10resume">
              <head>Résumé du chapitre 10</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
                <item>
                  <p rend="alinéa">Tout capital industriel individuel accomplit un cycle
                  ininterrompu, qui comporte trois stades. À ces trois stades correspondent
                  trois formes du capital industriel — capital-argent, capital productif et
                  capital-marchandise — qui diffèrent par leurs fonctions.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">Le cycle du capital, pris non comme un acte isolé, mais comme un
                  processus qui se renouvelle périodiquement, est appelé rotation du capital.
                  Le temps de rotation du capital représente la somme du temps de production
                  et du temps de circulation. La période de travail est la partie la plus
                  importante du temps de production.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">Tout capital productif se décompose en deux parties qui diffèrent
                  par le caractère de leur rotation : le capital fixe et le capital
                  circulant. Le capital fixe est la partie du capital productif dont la
                  valeur est transférée à la marchandise non pas d’un seul coup, mais par
                  fractions pendant une série de périodes de production. Le capital circulant
                  est la partie du capital productif dont la valeur durant une seule période
                  de production retourne entièrement au capitaliste après la vente de cette
                  marchandise.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">L’accélération de la rotation du capital permet aux capitalistes,
                  avec le même capital, d’accomplir dans l’année un plus grand nombre de
                  rotations et d’embaucher, par conséquent, un plus grand nombre d’ouvriers
                  qui produiront une masse plus importante de plus-value. Les capitalistes
                  s’efforcent d’accélérer la rotation du capital en améliorant leur outillage
                  et, surtout, en renforçant l’exploitation des ouvriers, en allongeant la
                  journée de travail et en intensifiant le travail.</p>
                </item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3 n="11" type="chapitre" xml:id="chap11">
            <head>Chapitre 11 — Le profit moyen et le prix de production</head>
            <div4 type="section"  n="1" xml:id="chap11sect01">
              <head>11.1. Les coûts de production capitalistes et le profit.
              Le taux du profit.</head>
              <p rend="alinéa">La plus-value créée par le travail des ouvriers salariés
              dans le cours de la production est la source des revenus de toutes les
              classes exploiteuses de la société capitaliste. Examinons d’abord les lois en
              vertu desquelles la plus-value revêt la forme du profit des capitalistes qui
              placent leurs capitaux dans la production des marchandises.</p>
              <p rend="alinéa">La valeur de la marchandise produite dans l’entreprise
              capitaliste se divise en trois parties :
              1<hi rend="ordinal">o</hi> la valeur du capital constant (une partie de la valeur
              des machines, des bâtiments, la valeur des matières premières, du combustible, etc.) ;
              2<hi rend="ordinal">o</hi> la valeur du capital variable et
              3<hi rend="ordinal">o</hi> la valeur de la plus-value. La grandeur de la valeur de la
              marchandise est déterminée par la quantité de travail socialement nécessaire
              à sa production. Mais le capitaliste ne dépense pas son travail personnel
              dans la production de la marchandise ; il y dépense son capital.</p>
              <p rend="alinéa">Les <emph>coûts de production
              capitalistes</emph> de la marchandise comportent les dépenses de capital
              constant et de capital variable (c + v), c’est-à-dire les
              dépenses en moyens de production et en salaire aux ouvriers. Ce qu’une
              marchandise coûte aux capitalistes se mesure par la dépense de
              <emph>capital</emph> ; ce qu’une marchandise coûte à la société se
              mesure par la dépense de <emph>travail</emph>. Aussi les coûts de
              production capitalistes d’une marchandise sont-ils inférieurs à sa valeur ou
              aux coûts réels de production (<emph>c</emph> + <emph>v</emph> + <emph>p</emph>).
              La différence
              entre la valeur ou les coûts réels de production, et les coûts de production
              capitalistes est égale à la plus-value (p) que s’approprie purement et
              simplement le capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">Lorsque le capitaliste vend la marchandise produite dans
              son entreprise, la plus-value apparaît comme un excédent, un surplus aux
              coûts de production capitalistes. En déterminant la rentabilité de
              l’entreprise, le capitaliste confronte cet excédent avec le capital avancé,
              c’est-à-dire avec la totalité du capital investi dans la production. La
              plus-value, rapportée à la totalité du capital, prend la forme du profit.
              Comme la plus-value est comparée non pas au capital variable, mais à tout le
              capital dans son ensemble, la différence s’efface entre le capital constant,
              dépensé pour l’achat des moyens de production, et le capital variable dépensé
              pour l’embauchage de la force de travail. Il en résulte l’apparence trompeuse
              que le profit est le fruit du capital. Cependant, en réalité, la source du
              profit est la plus-value créée uniquement par le travail des ouvriers,
              uniquement par la force de travail dont la valeur est incarnée dans le
              capital variable. Le <emph>profit</emph> est la plus-value
              considérée dans son rapport à la totalité du capital investi dans la
              production ; elle apparaît, extérieurement, comme le fruit de ce
              capital. En raison de cette particularité, Marx appelle le profit une
              <emph>forme modifiée</emph> de la plus-value.</p>
              <p rend="alinéa smaller">De même que la forme du salaire masque l’exploitation
              de l’ouvrier salarié, en faisant croire que tout le travail est payé, de même
              la forme du profit camoufle à son tour le rapport d’exploitation, en créant
              l’apparence trompeuse que le profit serait engendré par le capital lui-même.
              Ainsi les formes des rapports de production capitalistes estompent et
              masquent leur véritable nature.</p>
              <p rend="alinéa">Le degré de rentabilité de l’entreprise capitaliste pour
              son possesseur est déterminé par le taux du profit. Le
              <emph>taux du profit</emph> est le rapport exprimé en pourcentage entre la
              plus-value et l’ensemble du capital avancé. Par exemple, si le capital avancé
              représente un total de 200 000 dollars, et si le profil annuel se monte
              à 40 000 dollars, le taux du profit est de
                <math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
                  <mrow>
                    <mfrac>
                      <mn>40 000</mn>
                      <mn>200 000</mn>
                    </mfrac>
                    <mo>×</mo>
                    <mn>100</mn>
                  </mrow>
                </math>, soit 20 %.</p>
              <p rend="alinéa">Comme le capital total avancé est supérieur au capital
              variable, le taux du profit
                <math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
                  <mrow>
                    <mfenced>
                      <mfrac>
                        <mi>p</mi>
                        <mrow><mi>c</mi><mo>+</mo><mi>v</mi></mrow>
                      </mfrac>
                    </mfenced>
                  </mrow>
                </math>  est toujours inférieur au taux de la plus-value
                <math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
                  <mrow>
                    <mfenced>
                      <mfrac>
                        <mi>p</mi>
                        <mi>v</mi>
                      </mfrac>
                    </mfenced>
                  </mrow>
                </math>. Si, dans notre exemple, le capital de 200 000 dollars
              se décompose en 160 000 dollars de capital constant et 40 000
              dollars de capital variable, et si le taux de la plus-value représente
                <math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
                  <mrow>
                    <mo>=</mo>
                    <mfrac>
                      <mn>40 000</mn>
                      <mn>40 000</mn>
                    </mfrac>
                    <mo>×</mo>
                    <mn>100</mn>
                    <mo>=</mo>
                    <mn>100 %</mn>
                  </mrow>
                </math>, le taux du profit est égal à 20 %, soit 1/5 du taux de la plus-value.</p>
              <p rend="alinéa">Le taux du profit dépend en premier lieu du taux de la
              plus-value. Plus le taux de la plus-value est élevé, et plus élevé est le
              taux du profit, toutes circonstances restant égales. Tous les facteurs qui
              viennent augmenter le taux de la plus-value, c’est-à-dire élever le degré
              d’exploitation du travail par le capital (allongement de la journée de
              travail, intensification, accroissement de la productivité du travail, etc.),
              élèvent aussi le taux du profit.</p>
              <p rend="alinéa">Ensuite, le taux du profit dépend de la composition
              organique du capital. On sait que celle-ci est le rapport entre capital
              constant et capital variable. Plus la composition organique du capital est
              basse, c’est-à-dire plus le pourcentage de sa partie variable (valeur de la
              force de travail) est élevé, plus le taux du profit est élevé, le taux de la
              plus-value restant le même. Inversement, plus la composition organique du
              capital est élevée, et plus le taux du profit est bas.</p>
              <p rend="alinéa">Les économies de capital constant sont l’un des facteurs
              qui exercent une influence sur le taux du profit. Enfin, le taux du profit
              varie selon la vitesse de rotation du capital. Plus la rotation du capital
              est rapide, et plus est élevé le taux annuel du profit, qui représente le
              rapport entre la plus-value produite au cours de l’année et l’ensemble du
              capital avancé. Inversement, le ralentissement de la rotation du capital
              amène un abaissement du taux annuel du profit.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="2" xml:id="chap11sect02">
              <head>11.2. La formation du taux moyen du profit et la
              transformation de la valeur des marchandises en prix de production.</head>
              <p rend="alinéa">En régime capitaliste, la répartition des capitaux entre
              les différentes branches de production et le progrès technique se réalisent
              dans une atmosphère de concurrence acharnée.</p>
              <p rend="alinéa">Il faut distinguer la concurrence à l’intérieur des
              branches d’industrie et la concurrence entre les branches d’industrie.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>concurrence à l’intérieur des
              branches d’industrie</emph> est celle qui est pratiquée entre les entreprises
              d’une seule et même branche produisant des marchandises d’une même espèce,
              pour un écoulement plus avantageux de ces marchandises et pour un profit
              supplémentaire. Les diverses entreprises travaillent dans des conditions
              inégales et se distinguent les unes des autres par les dimensions, le niveau
              de l’équipement technique et de l’organisation de la production. De ce fait,
              la valeur individuelle des marchandises produites par les diverses
              entreprises, n’est pas la même. Mais la concurrence entre les entreprises
              d’une seule et même branche d’industrie aboutit au fait que les prix des
              marchandises sont déterminés non par leur valeur individuelle, mais par leur
              valeur sociale. Or la grandeur de la valeur sociale des marchandises, comme
              on l’a dit, dépend des conditions moyennes de la production dans une branche
              donnée.</p>
              <p rend="alinéa">Du fait que le prix des marchandises est déterminé par leur
              valeur sociale, l’avantage revient aux entreprises où la technique
              industrielle et la productivité du travail sont supérieures au niveau moyen
              de la branche d’industrie considérée et où, par suite, la valeur individuelle
              des marchandises est inférieure à leur valeur sociale. Ces entreprises
              reçoivent un profit supplémentaire ou <emph>surprofit</emph> qui
              est une forme de la plus-value extra que nous avons étudiée plus haut
              (chapitre 7). Ainsi, par suite de la concurrence à l’intérieur des branches
              d’industrie, se forment, dans les différentes entreprises d’une branche
              donnée, des taux de profit différents. La concurrence entre les entreprises
              d’une même branche d’industrie aboutit à l’élimination des petites et
              moyennes entreprises par les grandes. Pour ne pas succomber à la concurrence,
              les capitalistes possesseurs d’entreprises arriérées, s’efforcent
              d’introduire chez eux les perfectionnements techniques appliqués par leurs
              concurrents, possesseurs d’entreprises plus développées au point de vue
              industriel. Il s’ensuit une élévation de la composition organique du capital
              dans l’ensemble de la branche d’industrie ; le surprofit, que recevaient
              les capitalistes possesseurs d’entreprises industriellement plus développées,
              disparaît, et le taux du profit accuse une baisse générale. C’est ce qui
              oblige les capitalistes à introduire de nouveaux perfectionnements
              techniques. C’est ainsi que par suite de la concurrence à l’intérieur des
              branches d’industrie, la technique se développe et les forces productives
              s’accroissent.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>concurrence entre les branches
              d’industrie</emph> s’établit entre les capitalistes de diverses branches de la
              production pour le placement le plus rentable du capital. Les capitaux
              investis dans les différentes branches de la production ont une composition
              organique inégale. Comme la plus-value n’est créée que par le travail des
              ouvriers salariés, dans les entreprises des branches d’industrie où domine
              une basse composition organique du capital, on produit, à capital égal, une
              masse relativement plus importante de plus-value. Dans les entreprises où la
              composition organique du capital est plus élevée, la masse de plus-value
              produite est relativement plus faible. Cependant la concurrence entre
              capitalistes des diverses branches d’industrie aboutit à une égalisation des
              profits pour des capitaux de même grandeur.</p>
              <p rend="alinéa">Supposons qu’il existe dans la société trois branches
              d’industrie : cuirs et peaux, textile et constructions mécaniques, avec
              un capital de même grandeur, mais de composition organique différente. La
              grandeur du capital avancé dans chacune de ces branches est égale à 100
              unités (par exemple, à 100 millions de livres sterling). Le capital dans la
              branche des cuirs et peaux comprend 70 unités de capital constant et 30
              unités de capital variable ; le capital de la branche textile comprend
              80 unités de capital constant et 20 unités de capital variable, et le capital
              de la branche des constructions mécaniques est formé de 90 unités de capital
              constant et de 10 unités de capital variable. Admettons que le taux de la
              plus-value dans les trois branches soit identique et égal à 100 %. Par
              conséquent, dans les cuirs et peaux, la plus-value produite sera de 30
              unités, de 20 dans le textile et de 10 dans les constructions mécaniques. La
              valeur des marchandises de la première branche d’industrie sera égale
              à 130 ; dans la seconde à 120 ; dans la troisième à 110 et, dans
              l’ensemble des trois, à 360 unités.</p>
              <p rend="alinéa">Si les marchandises sont vendues à leur valeur, le taux du
              profit dans les cuirs et peaux sera de 30 %, dans le textile,
              de 20 % et dans les constructions mécaniques, de 10 %. Une telle
              répartition du profit sera très avantageuse pour les capitalistes des cuirs
              et peaux, mais désavantageuse pour les capitalistes des constructions
              mécaniques. Dès lors les entrepreneurs des constructions mécaniques
              chercheront un emploi plus avantageux de leurs capitaux. Et ils le trouveront
              dans les cuirs et peaux. Il se produira un transfert de capitaux de la
              branche des constructions mécaniques à celle des cuirs. Il s’ensuivra une
              augmentation de la quantité des marchandises produites dans les cuirs et
              peaux, la concurrence s’aggravera nécessairement et obligera les
              entrepreneurs de cette branche d’industrie à abaisser les prix de leurs
              marchandises, ce qui entraînerait aussi une baisse du taux de profit. Au
              contraire, dans les constructions mécaniques la quantité des marchandises
              produites diminuera, et cette modification du rapport entre l’offre et la
              demande permettra aux entrepreneurs de relever les prix de leurs marchandises
              et d’élever ainsi le taux du profit. La chute des prix dans les cuirs et
              peaux et leur hausse dans les constructions mécaniques continueront jusqu’au
              moment où le taux du profit dans les trois branches sera à peu près égal.
              Cela se produira lorsque les marchandises des trois branches d’industrie se
              vendront au prix de 120 unités :
                <math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
                  <mrow>
                    <mfrac>
                      <mrow><mn>130</mn><mo>+</mo><mn>120</mn><mo>+</mo><mn>110</mn></mrow>
                      <mn>3</mn>
                    </mfrac>
                  </mrow>
                </math>. Le profit moyen
              de chaque branche d’industrie, dans ces conditions, sera égal à 20 unités. Le
              <emph>profit moyen</emph> est un profit égal pour des capitaux de
              même grandeur, investis dans des branches différentes de la production.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi, la concurrence entre les branches d’industrie
              conduit à l’égalisation des taux de profit différents existant dans les
              diverses branches de la production capitaliste pour tendre vers un seul taux
              général (ou moyen). Cette égalisation est réalisée par le transfert de
              capital (et, par suite aussi, de travail) d’une branche dans l’autre.</p>
              <p rend="alinéa">Avec la formation du taux de profit moyen, les capitalistes
              de certaines branches (dans notre exemple, ceux des cuirs) perdent une partie
              de la plus-value créée par leurs ouvriers. En revanche, les capitalistes
              d’autres branches (dans notre exemple, ceux des constructions mécaniques)
              réalisent un excédent de plus-value. Cela veut dire que les premiers vendent
              leurs marchandises à des prix inférieurs à leur valeur, les seconds, à des
              prix supérieurs à leur valeur. Le prix de la marchandise de chaque branche
              est formé désormais par les frais de production (100 unités) et le profit
              moyen (20 unités).</p>
              <p rend="alinéa">Le prix égal aux frais de production de la marchandise plus
              le profit moyen est le <emph>prix de production</emph>. Dans les
              diverses entreprises d’une branche donnée, par suite des différences dans les
              conditions de production, existent des prix individuels de production
              différents, qui sont déterminés par les frais de production individuels plus
              le profit moyen. Mais les marchandises sont vendues en moyenne à un prix de
              production commun, identique.</p>
              <p rend="alinéa">Le processus de formation du taux moyen du profit et du
              prix de production peut être illustré par le tableau suivant :</p>
              <table xml:id="page175" rend="centre">
                <row role="label" rend="alinéa smaller">
                  <cell><l>Branches</l><l>de production</l></cell>
                  <cell><l>Capi-</l><l>tal</l><l> </l><l> </l>
                  <l>con-</l><l>stant</l></cell>
                  <cell><l>Capi-</l><l>tal</l><l> </l><l> </l>
                  <l>vari-</l><l>able</l></cell>
                  <cell><l>Plus-</l><l>value</l></cell>
                  <cell><l>Valeur</l><l> </l><l> </l>
                  <l>des</l><l> </l><l> </l>
                  <l>mar-</l><l>chan-</l><l>dises</l></cell>
                  <cell><l>Taux</l><l> </l><l>de</l><l> </l>
                  <l>profit</l><l> </l><l>moyen</l><l> </l><l> </l><l>en %</l></cell>
                  <cell><l>Prix</l><l> </l><l>de</l>
                  <l>pro-</l><l>duction</l><l> </l><l>des</l>
                  <l>mar-</l><l>chan-</l><l>dises</l></cell>
                  <cell><l>Écart</l><l>du</l><l>prix</l>
                  <l>de</l><l>pro-</l><l>duction</l><l>par</l>
                  <l>rap-</l><l>port</l><l>à la</l><l>valeur</l></cell>
                </row>
                <row>
                  <cell role="label">Cuirs et peaux…</cell>
                  <cell>70</cell>
                  <cell>30</cell>
                  <cell>30</cell>
                  <cell>130</cell>
                  <cell>20</cell>
                  <cell>120</cell>
                  <cell>− 10</cell>
                </row>
                <row>
                  <cell role="label">Textile…</cell>
                  <cell>80</cell>
                  <cell>20</cell>
                  <cell>20</cell>
                  <cell>120</cell>
                  <cell>20</cell>
                  <cell>120</cell>
                  <cell>néant</cell>
                </row>
                <row>
                  <cell role="label"><l>Constructions</l><l>mécaniques…</l></cell>
                  <cell>90</cell>
                  <cell>10</cell>
                  <cell>10</cell>
                  <cell>110</cell>
                  <cell>20</cell>
                  <cell>120</cell>
                  <cell>+ 10</cell>
                </row>
                <row>
                  <cell role="label"> </cell>
                  <cell>—</cell>
                  <cell>—</cell>
                  <cell>—</cell>
                  <cell>—</cell>
                  <cell>—</cell>
                  <cell>—</cell>
                  <cell>—</cell>
                </row>
                <row>
                  <cell role="label">Total…</cell>
                  <cell>240</cell>
                  <cell>60</cell>
                  <cell>60</cell>
                  <cell>360</cell>
                  <cell>20</cell>
                  <cell>360</cell>
                  <cell> </cell>
                </row>
              </table>
              <p rend="alinéa">Les marchandises produites dans chacune des trois branches,
              sont vendues 120 unités (par exemple, 120 millions de dollars). Cependant la
              valeur de la marchandise dans les cuirs et peaux est égale à 130
              unités ; dans le textile, à 120 et dans les constructions mécaniques à
              110 unités. Contrairement à ce qui se passe dans la production marchande
              simple, en régime capitaliste les marchandises ne sont plus vendues à des
              prix qui correspondent à leur valeur, mais à des prix qui correspondent à
              leur prix de production.</p>
              <p rend="alinéa">La transformation de la valeur en prix de production
              résulte du développement historique de la production capitaliste. Dans le
              cadre de la production marchande simple, les prix des marchandises sur le
              marché correspondaient en gros à leur valeur. Aux premières phases du
              développement du capitalisme, subsistaient des différences notables entre les
              taux de profit des diverses branches de production ; en effet elles
              n’étaient pas encore suffisamment liées entre elles et il y avait des
              restrictions corporatives et autres qui gênaient le libre transfert des
              capitaux d’une branche dans l’autre. Le processus de formation du taux moyen
              de profit et de transformation de la valeur en prix de production ne s’achève
              qu’avec la victoire de l’industrie mécanique capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">Avec la transformation de la valeur en prix de production,
              la loi économique fondamentale du capitalisme, la loi de la plus-value, se
              concrétise et se manifeste sous la forme du taux moyen du profit.</p>
              <p rend="alinéa">Les économistes bourgeois cherchent à réfuter la théorie de
              la valeur-travail de Marx en alléguant le fait que les prix de production,
              dans certaines branches d’industrie, ne correspondent pas à la valeur des
              marchandises. Mais en réalité, la loi de la valeur reste entièrement valable
              dans les conditions du capitalisme, car le prix de production ne représente
              que la <emph>forme modifiée de la valeur</emph>.</p>
              <p rend="alinéa">Les faits suivants le confirment :</p>
              <p rend="alinéa"><emph type="structure">Premièrement</emph>, certains
              entrepreneurs vendent leurs marchandises à des prix supérieurs à leur valeur,
              d’autres à des prix inférieurs, mais tous les capitalistes pris ensemble
              réalisent toute la masse de la valeur de leurs marchandises. À l’échelle de
              toute la société, la somme des prix de production est égale à la somme des
              valeurs de toutes les marchandises.</p>
              <p rend="alinéa"><emph type="structure">Deuxièmement</emph>, la somme des
              profits de toute la classe des capitalistes est égale à la somme de la
              plus-value produite par la totalité du travail non payé du prolétariat. La
              grandeur du taux moyen du profit dépend de la grandeur de la plus-value
              produite dans toute la société.</p>
              <p rend="alinéa"><emph type="structure">Troisièmement</emph>, l’abaissement de
              la valeur des marchandises entraîne l’abaissement de leurs prix de
              production ; l’accroissement de la valeur des marchandises entraîne la
              hausse de leurs prix de production.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi, dans la société capitaliste, il existe une
              <emph>loi du taux moyen du profit</emph>, selon laquelle les
              différents taux de profit, qui dépendent de la composition organique
              différente du capital dans les diverses branches de production, tendent à
              s’égaliser du fait de la concurrence en un taux général (moyen) du profit. La
              loi du taux moyen du profit, comme d’ailleurs toutes les lois régissant le
              mode de production capitaliste, agit spontanément à travers de multiples
              écarts et oscillations. Dans la lutte pour le placement le plus rentable du
              capital, une concurrence acharnée se livre entre capitalistes. Ces derniers
              cherchent à placer leurs capitaux dans les branches de production qui leur
              font entrevoir les profits les plus élevés. Dans la chasse aux gros profits,
              les capitaux sont transférés d’une branche d’industrie à l’autre, à la suite
              de quoi précisément s’établit le taux moyen du profit.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi, c’est sur la base de la loi du taux moyen du profit
              que se réalise la répartition du travail et des moyens de production entre
              les diverses branches de la production capitaliste. Par conséquent, dans un
              régime capitaliste développé, la loi de la valeur agit comme un régulateur
              spontané de la production par l’intermédiaire du prix de production.</p>
              <p rend="alinéa">Le prix de production est la moyenne autour de laquelle en
              définitive oscillent les prix de marché des marchandises, c’est-à-dire les
              prix auxquels les marchandises sont pratiquement vendues et achetées sur le
              marché.</p>
              <p rend="alinéa">L’égalisation du taux de profit et la transformation de la
              valeur en prix de production masquent encore davantage le rapport
              d’exploitation, cachent encore plus la source véritable de l’enrichissement
              des capitalistes.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">La véritable différence de grandeur entre le profit et la plus-value… dans
                  les sphères particulières de la production, cache maintenant complètement
                  la vraie nature et l’origine du profit, non seulement pour le capitaliste
                  qui a un intérêt particulier à s’illusionner lui-même, mais encore pour
                  l’ouvrier. Du moment que les valeurs sont transformées en prix de
                  production, la base même de la détermination de la valeur échappe à leur
                  regard.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  K. Marx,
                  « Transformation du profit en profit moyen »,
                  <title>Le Capital</title>, livre 3, chap. 9<!-- Vérifier référence page-->.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">En réalité, la formation du taux moyen du profit signifie
              la redistribution de la plus-value entre les capitalistes des différentes
              branches de la production. Les capitalistes des branches à composition
              organique du capital élevée s’approprient une partie de la plus-value créée
              dans les branches d’industrie à basse composition organique du capital. Par
              conséquent, les ouvriers sont exploités non seulement par les capitalistes
              qui les font travailler, mais aussi par toute la classe des capitalistes.
              Toute la classe des capitalistes a intérêt à voir s’élever le degré
              d’exploitation des ouvriers, puisque cela conduit à l’accroissement du taux
              moyen du profit. Comme l’indiquait Marx, le taux moyen du profit dépend du
              degré d’exploitation de l’ensemble du travail par l’ensemble du capital.</p>
              <p rend="alinéa">La loi du taux moyen du profit exprime, d’une part, les
              contradictions et la concurrence entre les capitalistes industriels pour le
              partage de la plus-value ; d’autre part, l’antagonisme profond de deux
              classes hostiles, la bourgeoisie et le prolétariat. Cette loi confirme que
              dans la société capitaliste la bourgeoisie en tant que classe s’oppose à
              l’ensemble du prolétariat, que la lutte pour les intérêts partiels des
              ouvriers ou de groupes d’ouvriers, la lutte contre tels ou tels capitalistes
              ne peut amener un changement radical dans la situation de la classe ouvrière.
              Celle-ci ne peut secouer le joug du capital qu’à la condition de renverser la
              bourgeoisie en tant que classe, de supprimer le système même de
              l’exploitation capitaliste.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="3" xml:id="chap11sect03">
              <head>11.3. La baisse tendancielle du taux de profit.</head>
              <p rend="alinéa">Au fur et à mesure que le capitalisme se développe, la
              composition organique du capital s’élève sans discontinuer. Tout
              entrepreneur, qui remplace de plus en plus les ouvriers par des machines,
              cherche à rendre la production moins coûteuse, à élargir l’écoulement de ses
              marchandises et à tirer un surprofit. Mais lorsque les progrès techniques de
              certaines entreprises se répandent largement, il en résulte une élévation de
              la composition organique du capital dans la plupart des entreprises, ce qui
              amène la baisse du taux de profit général.</p>
              <p rend="alinéa">Dans le même sens agit l’accroissement plus rapide du
              capital fixe par rapport au capital circulant, ce qui ralentit la rotation de
              l’ensemble du capital.</p>
              <p rend="alinéa">Chaque capitaliste, en perfectionnant son équipement
              technique, cherche à tirer le plus de profit possible, mais les efforts de
              tous les capitalistes pour atteindre ce but aboutissent à ce que nul d’entre
              eux ne voulait — à la baisse du taux de profit général.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Reprenons l’exemple précédent. La somme de tous les
              capitaux, égale à 300 unités, est formée de 240 unités de capital constant et
              de 60 unités de capital variable. Le taux de la plus-value étant
              de 100 %, il est produit 60 unités de plus-v machines-alue, le taux du profit est
              égal à 20 %. Supposons que, 20 ans plus tard, le montant total du
              capital soit passé de 300 à 500 unités. Dans le même temps, grâce au progrès
              technique, la composition organique du capital s’est élevée, et les 500
              unités se divisent en 425 unités de capital constant et 75 unités de capital
              variable. Dès lors, avec le même taux de plus-value, il sera créé 75 unités
              de plus-value. Le taux de profit sera alors de
                <math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
                  <mrow>
                    <mfrac>
                      <mn>75</mn>
                      <mn>500</mn>
                    </mfrac>
                    <mo>×</mo>
                    <mn>100</mn>
                    <mo>=</mo>
                    <mn>15 %</mn>
                  </mrow>
                </math>.
              La masse du profit est passée de 60 à 75 unités, tandis que le taux de profit
              est tombé de 20 à 15 %.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi, l’élévation de la composition organique du capital
              amène la baisse du taux moyen du profit. En même temps, une série de facteurs
              s’opposent à l’abaissement du taux de profit.</p>
              <p rend="alinéa">Premièrement, l’exploitation de la classe ouvrière se
              renforce. Le développement des forces productives du capitalisme, qui trouve
              son expression dans l’élévation de la composition organique du capital,
              aboutit du même coup à élever le taux de la plus-value. Dès lors, la baisse
              du taux de profit s’effectue avec plus de lenteur que dans le cas où le taux
              de la plus-value resterait invariable.</p>
              <p rend="alinéa">Deuxièmement, le progrès technique, tout en élevant la
              composition organique du capital, engendre le chômage qui pèse sur le marché
              du travail. Cela permet aux entrepreneurs de diminuer les salaires, et de les
              fixer sensiblement au-dessous de la valeur de la force de travail.</p>
              <p rend="alinéa">Troisièmement, au fur et à mesure que la productivité du
              travail se développe, la valeur des moyens de production : machines,
              outillage, matières premières, etc., diminue. Ceci a pour effet de ralentir
              l’élévation de la composition organique du capital et, par suite, s’oppose à
              l’abaissement du taux de profit.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Supposons que l’entrepreneur ait obligé l’ouvrier, qui
              conduisait auparavant cinq métiers à tisser, à travailler sur 20 métiers. Du
              fait de l’augmentation de la productivité du travail dans la construction des
              machines-outils, la valeur de ces dernières a diminué de moitié. Désormais
              les 20 métiers coûtent non plus quatre fois plus cher que 5, comme
              auparavant, mais seulement deux fois. Aussi la part du capital constant
              correspondant à un ouvrier, n’aura pas quadruplé, mais doublé.</p>
              <p rend="alinéa">Quatrièmement, à la baisse du taux de profit moyen s’oppose
              l’économie réalisée par les capitalistes sur le capital constant, aux dépens
              de la santé et de la vie des ouvriers. Afin d’augmenter leur profit, les
              entrepreneurs font travailler les ouvriers dans des locaux étroits,
              insuffisamment aérés ; ils lésinent sur les dispositifs de sécurité.
              Cette avarice sordide des capitalistes a pour résultat de ruiner la santé des
              ouvriers, de provoquer une quantité énorme d’accidents de travail et
              d’accroître la mortalité parmi la population ouvrière.</p>
              <p rend="alinéa">Cinquièmement, la chute du taux de profit est freinée par
              le déséquilibre des échanges dans le commerce extérieur, grâce auquel les
              entrepreneurs des pays capitalistes développés, en exportant leurs
              marchandises dans les pays coloniaux, obtiennent du surprofit.</p>
              <p rend="alinéa">Tous ces facteurs d’opposition ne suppriment pas, mais
              affaiblissent seulement la baisse du taux de profit» lui confèrent un
              caractère tendanciel. Ainsi, l’élévation de la composition organique du
              capital a pour conséquence inévitable <emph>la loi de
              l’abaissement tendanciel du taux général (ou moyen) du profit</emph>.</p>
              <p rend="alinéa">La chute du taux de profit ne signifie pas la diminution de
              la <emph>masse</emph> du profit, c’est-à-dire du volume total de
              la plus-value produite par la classe ouvrière. Au contraire, la
              <emph>masse du profit s’accroît</emph> tant par l’élévation du taux de la
              plus-value que par l’augmentation du nombre total des ouvriers exploités par
              le capital. Par exemple, aux États-Unis, la somme des profits industriels,
              établie suivant les données officielles du recensement des industries, se
              montait, en 1859, à 316 millions de dollars ; en 1869, à 516 millions,
              en 1879, à 660 millions ; en 1889, à 1 513 millions ; en 1899,
              à 2 245 millions.</p>
              <p rend="alinéa">Les capitalistes s’efforcent, en exploitant au maximum les
              ouvriers, de freiner la baisse tendancielle du taux de profit. Cela aboutit à
              aggraver les contradictions entre prolétariat et bourgeoisie.</p>
              <p rend="alinéa">La loi de la baisse tendancielle du taux de profit accentue
              la lutte au sein de la bourgeoisie elle-même pour la répartition de la masse
              globale des profits.</p>
              <p rend="alinéa">Dans leur course aux profits élevés les capitalistes
              dirigent leurs capitaux vers les pays retardataires, où la main-d’œuvre est
              meilleur marché et la composition organique du capital plus basse que dans
              les pays à industrie hautement développée, et ils se mettent à exploiter à
              fond les peuples de ces pays. Cela aboutit à aggraver les contradictions
              entre pays capitalistes développés et pays retardataires, entre métropoles et
              colonies.</p>
              <p rend="alinéa">Ensuite, pour maintenir les prix à un niveau élevé, les
              entrepreneurs s’unissent en groupements de divers types. Ils cherchent ainsi
              à obtenir des profits élevés.</p>
              <p rend="alinéa">Enfin, soucieux de compenser la baisse du taux de profit en
              augmentant sa masse, les capitalistes élargissent le volume de la production
              au-delà des limites de la demande solvable. De ce fait, les contradictions
              résultant de la baisse tendancielle du taux de profit, se manifestent de
              façon particulièrement aiguë pendant les crises.</p>
              <p rend="alinéa">La loi de la baisse tendancielle du taux de profit est un
              des indices les plus frappants des limites historiques du mode de production
              capitaliste. En aggravant les contradictions capitalistes, cette loi montre
              clairement que, à un certain niveau, le régime bourgeois devient un obstacle
              au développement des forces productives.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume"   n="11" xml:id="chap11resume">
              <head>Résumé du chapitre 11</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
                <item>
                  <p rend="alinéa">Le profit est la plus-value considérée dans son rapport avec la
                  totalité du capital investi dans la production ; extérieurement, il se
                  présente comme le fruit de l’ensemble du capital. Le taux du profit
                  représente le rapport, exprimé en pourcentage, de la masse de plus-value
                  produite à la totalité du capital.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">La concurrence à l’intérieur des branches d’industrie aboutit au
                  fait que les prix des marchandises similaires sont déterminés non pas par
                  la valeur individuelle, mais par la valeur sociale de ces marchandises. La
                  concurrence entre branches d’industrie amène le transfert des capitaux
                  d’une branche dans l’autre et aboutit à la formation d’un taux moyen du
                  profit dans le cadre de la totalité de la production capitaliste.</p>
                  <p rend="alinéa">C’est en vertu de la loi du taux moyen du profit que
                  s’opère la répartition du travail et des moyens de production entre les
                  diverses branches de l’industrie capitaliste.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">Par suite de l’égalisation du taux de profit, les marchandises ne
                  se vendent pas à leur valeur, mais à leur prix de production. Le prix de
                  production est égal aux frais de production de la marchandise plus le
                  profit moyen. Le prix de production est la forme modifiée de la valeur. La
                  somme des prix de production est égale à la somme des valeurs de toutes les
                  marchandises ; la modification de la valeur des marchandises entraîne
                  la modification du prix de production.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">Avec le développement du capitalisme, au fur et à mesure que s
                  élève la composition organique du capital, le taux moyen du profit
                  manifeste une tendance à la baisse. En même temps la masse des profits
                  augmente sans cesse. La loi de la baisse tendancielle du taux de profit
                  aggrave les contradictions du capitalisme.</p>
                </item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3 n="12" type="chapitre" xml:id="chap12">
            <head>Chapitre 12 — Le capital commercial et le profit commercial</head>
            <div4 type="section"  n="1" xml:id="chap12sect01">
              <head>12.1. Le profit commercial et sa source.</head>
              <p rend="alinéa">Le capital commercial et le capital usuraire sont
              antérieurs historiquement au capital industriel. Sous le régime de production
              capitaliste, ces formes du capital perdent leur ancien rôle
              indépendant ; leurs fonctions consistent désormais à servir le capital
              industriel. Dès lors, en régime capitaliste, le capital commercial et le
              capital porteur d’intérêts se distinguent foncièrement de leurs formes
              précapitalistes.</p>
              <p rend="alinéa">Le capital industriel, comme on l’a déjà dit, prend dans le
              cours de son cycle successivement trois formes : la forme monétaire, la
              forme productive et la forme marchande, qui se différencient suivant leurs
              fonctions. Ces fonctions du capital industriel, à un certain degré de son
              développement, se distinguent l’une de l’autre. Du capital industriel occupé
              dans la production, se détachent le capital commercial sous la forme du
              capital du commerçant, et le capital de prêt, sous la forme du capital du
              banquier. À l’intérieur de la classe des capitalistes se forment trois
              groupes, qui participent à l’appropriation de la plus-value : les
              industriels, les commerçants et les banquiers.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>capital commercial</emph> est le
              capital appliqué dans la sphère de la circulation marchande. Dans la sphère
              de la circulation, il n’est pas créé de plus-value. D’où provient donc le
              profit du commerçant ? Si le capitaliste industriel s’occupait lui-même
              de la réalisation de sa marchandise, il devrait dépenser une partie de son
              capital pour aménager ses locaux commerciaux, embaucher des commis et engager
              d’autres dépenses nécessitées par le commerce. Il lui faudrait pour cela
              augmenter le capital avancé ou bien, avec le même capital avancé, réduire le
              volume de la production. Dans un cas comme dans l’autre, il y aurait
              diminution de son profit. L’industriel préfère vendre ses marchandises à un
              intermédiaire, au capitaliste commerçant, qui s’occupe spécialement de la
              vente des marchandises et en assure l’acheminement aux consommateurs. Cette
              spécialisation du capital commercial dans les fonctions de la circulation
              marchande permet de réduire la durée de la circulation et les dépenses qui
              lui sont liées. Le capital commercial, en assurant le processus de la
              réalisation des marchandises de beaucoup de capitalistes industriels, réduit
              par là-même la part du capital social détournée de la production dans la
              sphère de la circulation marchande. En chargeant le commerçant des opérations
              de réalisation des marchandises, le capitaliste industriel accélère la
              rotation de son capital, ce qui a pour effet d’accroître son profit.
              L’industriel trouve ainsi avantage à céder au commerçant une certaine part de
              la plus-value, qui constitue le profit du capitaliste commercial. Le
              <emph>profit commercial</emph> est une partie de la plus-value que
              l’industriel cède au commerçant pour la réalisation de ses marchandises.</p>
              <p rend="alinéa">La réalisation des marchandises est assurée par le capital
              commercial au moyen de l’exploitation des employés de commerce. Le travail
              des salariés occupés à la réalisation des marchandises, c’est-à-dire à la
              transformation des marchandises en argent et de l’argent en marchandises ne
              crée ni valeur, ni plus-value, mais il offre au capitaliste commerçant la
              possibilité de s’approprier une partie de la plus-value créée dans la
              production.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">De même que le travail non payé de l’ouvrier crée directement de la
                  plus-value pour le capital productif, de même le travail non payé du
                  salarié du commerce procure au capital commercial une part de cette
                  plus-value.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  K. Marx,
                  <title>Le Capital</title>, livre 3, chap. 16<!-- Vérifier référence page-->.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">La journée de travail des employés de commerce, tout comme
              celle des ouvriers occupés dans la production, se divise en deux
              parties : pendant le temps de travail nécessaire, ils assurent la
              réalisation de la plus-value créée dans la sphère de la production, qui
              compense les dépenses des capitalistes en achat de force de travail ; et
              pendant le temps de travail supplémentaire, ils travaillent gratuitement pour
              les capitalistes et leur assurent l’appropriation du profit commercial. Par
              conséquent, les travailleurs du commerce sont exploités par les capitalistes
              commerçants, de même que les ouvriers producteurs de marchandises le sont par
              les industriels.</p>
              <p rend="alinéa">Afin de réaliser une masse déterminée de marchandises, le
              commerçant doit avancer, pour un certain temps, un capital d’une grandeur
              correspondante. De ce capital, il s’efforce de retirer le plus de profit
              possible. Si le taux du profit commercial est inférieur au taux moyen du
              profit, le commerce devient une occupation peu avantageuse ; dès lors
              les commerçants transfèrent leurs capitaux dans l’industrie, l’agriculture ou
              dans quelque autre branche de l’économie. Inversement, un taux élevé du
              profit commercial attire le capital industriel dans le commerce. La
              concurrence entre capitalistes fait que le niveau du profit commercial est
              déterminé par le taux moyen du profit, le profit moyen s’entendant par
              rapport à tout le capital, y compris le capital qui fonctionne dans la sphère
              de la circulation.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi, non seulement le capital des capitalistes
              industriels, mais aussi le capital commercial participent au processus
              d’égalisation du taux du profit, ce qui fait que capitalistes industriels
              comme capitalistes commerçants reçoivent le taux moyen du profit,
              proportionnellement au capital qu’ils ont dépensé. Par conséquent, les
              capitalistes industriels ne réalisent pas tout le profit créé dans
              l’industrie, mais seulement la partie de ce profit qui constitue le profit
              moyen du capital qu’ils ont investi. Les capitalistes commerçants vendent la
              marchandise au prix de production, qui comprend le profit moyen de
              l’industriel ainsi que celui du commerçant. Ainsi ils peuvent réaliser le
              profit moyen du capital qu’ils ont investi, grâce à la différence entre le
              prix d’achat et le prix de vente.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Sous la forme du profit commercial, la source effective de
              l’accroissement du capital est encore plus cachée que sous la forme du profit
              industriel. Le capital du commerçant ne participe pas à la production. La
              formule du mouvement du capital commercial est : A — M — A′. Ici le
              stade du capital productif disparaît, la liaison avec la production est
              rompue en apparence. L’illusion se crée que le profit naît du commerce
              lui-même, par une augmentation du prix, en vendant les marchandises au-dessus
              du prix de production. En réalité, comme on l’a montré, c’est le contraire
              qui se produit : l’industriel en vendant la marchandise au commerçant
              au-dessous du prix de production, lui cède une partie de son profit.</p>
              <p rend="alinéa">Non seulement le capital commercial participe à la
              réalisation de la plus-value créée dans la production, mais il exploite par
              surcroît les travailleurs en tant que consommateurs. Soucieux d’obtenir un
              profit supplémentaire, les capitalistes commerçants haussent par tous les
              moyens les prix, trompent les acheteurs sur le poids et la mesure, vendent
              des marchandises falsifiées, de mauvaise qualité.</p>
              <p rend="alinéa">Une des sources du profit commercial est l’exploitation par
              le capital commercial des petits producteurs de marchandises. Les
              capitalistes commerçants obligent les paysans et les artisans à leur vendre
              les produits de leur travail à vil prix, et à leur acheter en même temps les
              outils, les matières premières et les matériaux au prix fort. La part des
              intermédiaires commerciaux dans le prix de détail des produits agricoles aux
              États-Unis, de 1913 à 1934, est passée de 54 à 63 %.</p>
              <p rend="alinéa">Tout cela aboutit à l’accroissement de la paupérisation des
              travailleurs et aggrave encore les contradictions du capitalisme.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="2" xml:id="chap12sect02">
              <head>12.2. Les frais de circulation.</head>
              <p rend="alinéa">Le processus de circulation capitaliste des marchandises
              nécessite certaines dépenses. Ces dépenses, liées au service de la sphère de
              circulation, constituent les <emph>frais de
              circulation</emph>.</p>
              <p rend="alinéa">Il faut distinguer deux sortes de frais capitalistes dans
              le commerce : premièrement, les frais de circulation proprement dits,
              qui se rattachent directement à la vente et à l’achat des marchandises, ainsi
              qu’aux particularités du régime capitaliste ; en second lieu, les frais
              occasionnés par la continuation du processus de production dans la sphère de
              la circulation.</p>
              <p rend="alinéa">Les frais de circulation proprement dits forment la plus
              grande partie et une partie sans cesse croissante des frais de circulation du
              commerce capitaliste. Ils comprennent les dépenses liées à la transformation
              des marchandises en argent et de l’argent en marchandises. Ils comprennent
              les dépenses nécessitées par la concurrence et la spéculation, les dépenses
              de publicité, la majeure partie des dépenses destinées à payer le travail des
              employés de commerce, la tenue des livres comptables, la correspondance,
              l’entretien des bureaux commerciaux, etc. Ils n’ajoutent à la marchandise,
              ainsi que l’indiquait Marx, aucune valeur. Ils viennent en déduction directe
              du montant total de la valeur produite dans la société, et sont couverts par
              les capitalistes avec la masse générale de plus-value produite par le travail
              de la classe ouvrière. L’accroissement des frais de circulation proprement
              dits témoigne du gaspillage du régime capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Aux États-Unis les seuls frais de publicité, ayant été
              l’objet d’un recensement, furent en 1934 de 1,6 milliard de dollars ; en
              1940, de 2,1 milliards de dollars, et en 1953 de 7,8 milliards de
              dollars.</p>
              <p rend="alinéa">Avec le développement du capitalisme et l’aggravation des
              difficultés de réalisation des marchandises, il se forme un appareil
              commercial colossal doté d’une multitude d’échelons. Avant de parvenir au
              consommateur, les marchandises passent entre les mains de toute une armée de
              commerçants, de spéculateurs, de revendeurs et de commissionnaires.</p>
              <p rend="alinéa">Les frais nécessités par la continuation du processus de
              production dans la sphère de la circulation comprennent les dépenses
              nécessaires pour la société et qui ne dépendent pas des particularités de
              l’économie capitaliste. Ce sont les dépenses pour la finition, le transport,
              l’emballage des marchandises. Chaque produit n’est prêt à la consommation que
              quand il est livré au consommateur. Les frais de finition, de transport et
              d’emballage des marchandises augmentent d’autant la valeur de leur
              production. Le travail fourni à cet effet par les ouvriers transfère à la
              marchandise la valeur des moyens de production dépensés et ajoute à la valeur
              des marchandises une valeur nouvelle.</p>
              <p rend="alinéa">L’anarchie de la production capitaliste et les crises, la
              concurrence et la spéculation provoquent l’accumulation d’immenses stocks de
              marchandises, allongent et dévient leur acheminement, ce qui entraîne
              d’énormes dépenses improductives. Dans l’immense majorité des cas la
              publicité capitaliste tend, plus ou moins, à tromper les acheteurs. La
              publicité capitaliste impose un emballage inutile et coûteux des
              marchandises. Cela signifie qu’une partie sans cesse accrue des dépenses
              nécessitées par le transport, la conservation et l’emballage des marchandises
              se transforme en frais proprement dits, dus à la concurrence capitaliste et à
              l’anarchie de la production. L’augmentation des frais de circulation est l’un
              des indices de l’accentuation du parasitisme dans la société bourgeoise. Les
              frais du commerce capitaliste sont un lourd fardeau pour les travailleurs en
              tant qu’acheteurs.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Aux États-Unis, les frais de circulation formaient en
              1929 31 % et en 1935, 32,8 % du chiffre d’affaires du commerce de
              détail. Dans les pays capitalistes d’Europe, les frais de circulation forment
              à peu près le tiers du chiffre d’affaires du commerce de détail.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="3" xml:id="chap12sect03">
              <head>12.3. Les formes du commerce capitaliste. Les Bourses de marchandises.</head>
              <p rend="alinéa">Le développement de la production et de la circulation
              capitalistes entraîne le développement des formes du commerce de gros et de
              détail. Le <emph>commerce de gros</emph> est le commerce entre
              entreprises industrielles et commerciales ; le
              <emph>commerce de détail</emph> est la vente des marchandises directement à
              la population.</p>
              <p rend="alinéa">Dans le commerce comme dans l’industrie, il y a
              <emph>concentration</emph> et <emph>centralisation du
              capital</emph>. L’éviction des petits et des moyens capitalistes par les gros a
              lieu aussi bien dans le commerce de gros que dans le commerce de détail. Dans
              ce dernier, la concentration des capitaux se réalise principalement dans la
              création de grands magasins et de magasins spécialisés. Les grands magasins
              mettent en vente toute sorte de marchandises ; les magasins spécialisés
              ne vendent qu’une sorte de marchandise, par exemple les chaussures ou les
              vêtements.</p>
              <p rend="alinéa">La production de marchandises de même nature permet aux
              commerçants de faire le commerce de gros sur échantillons. Les marchandises
              courantes de même nature (coton, lin, métaux ferreux et non ferreux,
              caoutchouc, grain, sucre, café, etc.) se vendent et s’achètent sur
              échantillons et standards établis dans les Bourses de marchandises.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>Bourse de marchandises</emph> est une
              forme particulière de marché où se fait le commerce en gros de marchandises
              de même nature et où se concentrent l’offre et la demande de ces marchandises
              à l’échelle de pays entiers, souvent même à l’échelle du marché capitaliste
              mondial.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les marchandises, qui font l’objet de transactions en
              Bourse entre capitalistes, ne passent pas directement de main en main. Les
              transactions se font généralement à terme : le vendeur s’engage à faire
              parvenir à l’acheteur une quantité déterminée de marchandises dans un délai
              fixé. Par exemple, on conclut au printemps des transactions pour la
              fourniture du coton de la récolte à venir, alors que celui-ci n’a pas encore
              été semé. En concluant un marché en Bourse, le vendeur compte que le prix de
              la marchandise en question aura diminué à la date fixée et qu’il en retirera
              la différence de prix ; l’acheteur, lui, escompte une hausse des prix.
              Souvent les vendeurs en Bourse ne disposent pas du tout des marchandises
              qu’ils vendent, et les acheteurs n’ont pas besoin des marchandises qu’ils
              achètent. C’est ainsi que les Bourses de marchandises deviennent le centre du
              <emph>commerce de spéculation</emph>. Les spéculateurs vendent et
              achètent le droit de propriété sur des marchandises auxquelles rien ne les
              rattache. La spéculation est étroitement liée à tout le système du commerce
              capitaliste dont le but n’est pas de pourvoir aux besoins de la société, mais
              de tirer du profit. Ce sont les gros capitalistes qui s’enrichissent
              principalement dans le commerce de spéculation. Celui-ci entraîne la ruine
              d’une grande partie des petits et moyens entrepreneurs.</p>
              <p rend="alinéa">Dans les pays bourgeois, on pratique assez souvent le
              commerce à crédit ou à tempérament. Cette forme de commerce aboutit souvent
              au fait que la masse des consommateurs est obligée, pour régler les
              échéances, d’aliéner ses propres biens, n’étant pas à même d’acquitter ses
              dettes à l’échéance. Le commerce à crédit est utilisé souvent par les
              capitalistes pour réaliser des marchandises de qualité intérieure ou laissées
              pour compte.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="4" xml:id="chap12sect04">
              <head>12.4. Le commerce extérieur.</head>
              <p rend="alinéa">Comme on l’a déjà dit, l’avènement du capitalisme a été lié
              à la création d’un marché mondial. D’après Lénine, le capitalisme est le
              résultat d’une</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <emph>circulation</emph> des marchandises largement développée, qui
                    dépasse les limites d’un État. C’est pourquoi il est impossible d’imaginer
                    une nation capitaliste sans commerce extérieur, et une telle nation
                    n’existe d’ailleurs pas.
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « Le développement du capitalisme en Russie »,
                    <title>Œuvres</title>, t. 3, p. 58 ;
                    publié aussi dans K. Marx,
                    <title>Le Capital</title>, livre 2, t. 2, Annexes, p. 205.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Le <emph>commerce extérieur</emph> du
              capitalisme s’élargit dans le cours du développement de la circulation
              marchande qui dépasse les limites des marchés nationaux. L’extension du
              commerce mondial traduit par elle-même le développement de la division
              internationale du travail, liée à la montée des forces productives. Mais,
              pour les capitalistes, le commerce extérieur est un moyen d’augmenter leurs
              profits. Dans leur chasse au profit, les capitalistes recherchent sans cesse
              de nouveaux débouchés et de nouvelles sources de matières premières. Le
              caractère limité du marché intérieur par suite de l’appauvrissement des
              masses et la mainmise des gros capitalistes sur les sources de matières
              premières intérieures accentuent l’effort de ces derniers pour établir leur
              domination sur les marchés extérieurs.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le commerce extérieur n’a pris un large développement qu’à
              l’époque du capitalisme. En l’espace de cent ans, de 1800 à 1900, le chiffre
              d’affaires du commerce mondial a augmenté de plus de douze fois et demie,
              passant de 1,5 milliard de dollars à 18,9 milliards de dollars. Dans les
              trois décennies suivantes, il a été multiplié par plus de 3,5, atteignant
              68,6 milliards de dollars en 1929.</p>
              <p rend="alinéa">Le commerce extérieur est une source de profit
              supplémentaire pour les capitalistes des pays bourgeois plus développés, car
              les articles industriels se vendent dans les pays sous-développés à des prix
              relativement plus élevés, tandis que les matières premières s’achètent dans
              ces pays à des prix inférieurs. Il est aussi un des moyens d’asservissement
              économique des pays sous-développés par les pays bourgeois développés, et un
              moyen d’élargissement des sphères d’influence des puissances
              capitalistes.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Ainsi, par exemple, pendant plus de 250 ans (de 1600 à
              1858) la Compagnie anglaise des Indes orientales a pillé l’Inde.
              L’exploitation rapace de la population indigène par la Compagnie des Indes
              orientales a eu pour résultat la transformation en déserts de nombreuses
              provinces de l’Inde : les champs n’étaient pas cultivés, les terres
              restaient couvertes de broussailles, la population dépérissait.</p>
              <p rend="alinéa">Le commerce extérieur consiste en
              <emph>exportations et importations</emph>. Le rapport entre la somme des
              prix des marchandises exportées par un pays, et la somme des prix des
              marchandises importées par ce pays durant un certain temps, par exemple en
              l’espace d’un an, constitue sa <emph>balance commerciale</emph>.
              Si les exportations dépassent les importations, la balance commerciale est
              <emph>active</emph> ; dans le cas contraire la balance
              commerciale est <emph>passive</emph>.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le pays, dont la balance commerciale est passive, doit
              couvrir le déficit en puisant à des sources telles que les réserves d’or, les
              recettes fournies par les transports de marchandises appartenant à des pays
              étrangers, les revenus de ses investissements de capitaux dans d’autres
              États, et, enfin, au moyen d’emprunts à l’étranger.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La balance commerciale ne
              met pas en évidence toutes les formes des rapports économiques entre pays.
              Ces rapports trouvent une expression plus complète dans la balance des
              comptes. La <emph>balance des comptes</emph> est le rapport entre
              la somme de tous les paiements qu’effectuent les autres pays à un pays donné,
              et la somme de tous les paiements qu’effectue ce pays aux autres.</p>
              <p rend="alinéa">Le caractère des relations économiques entre les pays
              détermine aussi la politique du commerce extérieur des États capitalistes.
              L’époque du capitalisme prémonopoliste a vu se former deux types principaux
              de politique commerciale : la politique de la liberté commerciale
              (libre-échange) et la politique de protection de l’industrie nationale
              (protectionnisme), principalement par l’établissement de droits de douane
              élevés sur les marchandises étrangères.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume"   n="12" xml:id="chap12resume">
              <head>Résumé du chapitre 12</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
                <item>
                  <p rend="alinéa">Le capital commercial sert à la circulation du capital
                  industriel. Le profit commercial est une partie de la plus-value, que
                  l’industriel cède au commerçant.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">L’exploitation par le capital commercial de ses travailleurs
                  salariés lui permet de s’approprier une partie de la plus-value créée dans
                  la production. Le capital commercial exploite les petits producteurs de
                  marchandises par un échange sans équivalence. Les ouvriers et les autres
                  couches de travailleurs sont exploités par le capital commercial en tant
                  qu’acheteurs d’objets de consommation.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">Les dépenses liées au service de la sphère de la circulation
                  constituent les frais de circulation. Les frais de circulation se divisent
                  en frais de circulation proprement dits qui se rattachent directement au
                  service de l’achat et de ta vente des marchandises, et en frais occasionnés
                  par la continuation du processus de production dans la sphère de la
                  circulation. Le développement du commerce capitaliste entraîne
                  l’accroissement des dépenses improductives dans la sphère de la
                  circulation.</p>
                  <p rend="alinéa">Le commerce extérieur est déterminé par la division
                  internationale du travail. En régime capitaliste il est l’un des moyens
                  d’asservissement économique des pays moins développés au point de vue
                  industriel par les puissances capitalistes industrielles plus
                  développées.</p>
                </item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3 n="13" type="chapitre" xml:id="chap13">
            <head>Chapitre 13 — Le capital de prêt et l’intérêt de prêt la circulation monétaire</head>
            <div4 type="section" n="1" xml:id="chap13sect01">
              <head>13.1. Le capital de prêt.</head>
              <p rend="alinéa">Si le capital-marchandise prend la forme particulière du
              capital commercial, le capital-argent prend la forme particulière du capital
              de prêt.</p>
              <p rend="alinéa">Dans le cours de la rotation du capital, à des moments
              donnés, le capitaliste industriel dispose d’un capital-argent, qui ne trouve
              pas d’emploi dans son entreprise. Par exemple, quand un capitaliste accumule
              un fonds d’amortissement destiné à reconstituer des éléments hors d’usage du
              capital fixe, il se trouve à la tête de sommes d’argent momentanément
              disponibles. Ces sommes ne seront dépensées qu’au bout de quelques années
              pour l’achat d’un nouvel outillage, de nouvelles machines. Si l’industriel
              vend ses produits finis chaque mois, et achète des matières premières une
              fois tous les six mois, il a pendant cinq mois une somme d’argent disponible.
              C’est un capital inactif, c’est-à-dire un capital qui ne rapporte pas de
              profit.</p>
              <p rend="alinéa">À d’autres moments le capitaliste a besoin d’argent, par
              exemple, lorsqu’il n’a pas encore eu le temps de vendre ses produits, et
              qu’il lui faut acheter des matières premières. Alors qu’un entrepreneur
              dispose d’un surplus momentané de capital-argent, un autre en manque. Dans sa
              course au profit, le capitaliste cherche à tirer un revenu de chaque parcelle
              de son capital. Le capitaliste <emph>prête</emph> son argent
              disponible, c’est-à-dire qu’il en accorde temporairement la jouissance à
              d’autres capitalistes.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>capital de prêt</emph> est le
              capital-argent que son possesseur met pour un temps à la disposition d’un
              autre capitaliste contre une certaine rémunération. Le trait distinctif de ce
              capital est qu’il n’appartient pas au capitaliste qui l’emploie dans la
              production. Ayant la possibilité de se faire prêter de l’argent, le
              capitaliste industriel est libéré de la nécessité de laisser inactives
              d’importantes réserves monétaires entre ses mains. Les prêts permettent à
              l’industriel d’élargir la production, d’augmenter le nombre des ouvriers et,
              par conséquent, d’accroître la masse de la plus-value.</p>
              <p rend="alinéa">À titre de rémunération pour le capital-argent mis à sa
              disposition, l’industriel verse au propriétaire de ce capital une somme
              déterminée, que l’on appelle intérêt. L’<emph>intérêt</emph> est
              la partie du profit que le capitaliste industriel verse au capitaliste
              prêteur pour l’avance que ce dernier lui consent. Le capital de prêt est le
              capital qui porte intérêt. La source de l’intérêt est la plus-value.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le mouvement du capital de prêt est entièrement fondé sur
              le mouvement du capital industriel. Le capital prêté est utilisé dans la
              production en vue de tirer de la plus-value. Aussi, comme tout capital en
              général, exprime-t-il avant tout les rapports de production entre les
              capitalistes et les ouvriers qu’ils exploitent. En môme temps, il exprime
              directement les rapports entre deux groupes de capitalistes : d’une
              part, les capitalistes possesseurs d’argent, de l’autre les capitalistes
              exploitants (industriels et commerçants).</p>
              <p rend="alinéa smaller">La formule du mouvement du capital de prêt est : A — A′.
              Ici se trouve éliminé non seulement le stade du capital productif, mais
              aussi le stade du capital-marchandise. Il semble que la source de revenu
              n’est pas la plus-value produite par l’exploitation des ouvriers dans la
              sphère de la production, mais l’argent par lui-même. Que le capital de prêt
              soit productif de revenu sous forme d’intérêt, semble être une propriété de
              l’argent aussi naturelle que porter des fruits l’est pour l’arbre fruitier.
              Le fétichisme caractéristique des rapports capitalistes atteint ici son plus
              haut degré.</p>
              <p rend="alinéa">Le possesseur du capital-argent met pour un certain temps
              son capital à la disposition du capitaliste industriel qui l’emploie dans la
              production afin de s’approprier la plus-value. Ainsi il se produit une
              <emph>séparation de la propriété du capital et de l’utilisation
              du capital dans la production</emph>, une séparation entre le capital en tant
              que propriété et le capital en tant que fonction.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="2" xml:id="chap13sect02">
              <head>13.2. L’intérêt et le bénéfice d’entrepreneur.
              Le taux d’intérêt et sa tendance à la baisse.</head>
              <p rend="alinéa">L’industriel ou le commerçant verse au capitaliste
              possesseur d’argent une partie de son profit sous forme d’intérêt. Ainsi, le
              profit moyen se décompose en deux parties. La partie du profit moyen qui
              reste aux industriels et aux commerçants, c’est-à-dire aux capitalistes
              exploitants, est appelée le <emph>bénéfice
              d’entrepreneur</emph>.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Si la forme de l’intérêt crée l’illusion que l’intérêt
              est le fruit naturel du capital-propriété, la forme du bénéfice
              d’entrepreneur engendre l’illusion que ce revenu représente la rémunération
              du « travail » du capitaliste exploitant, pour la direction et la
              surveillance du travail des ouvriers salariés dans son entreprise. En
              réalité, le bénéfice d’entrepreneur de même que l’intérêt n’a aucun rapport
              avec le travail nécessité par la direction de la production ; il
              constitue une partie de la plus-value que s’approprient gratuitement les
              capitalistes.</p>
              <p rend="alinéa">La proportion, selon laquelle le profit moyen se décompose
              en bénéfice d’entrepreneur et en intérêt, dépend du rapport entre l’offre et
              la demande du capital de prêt, de l’état du marché financier. Plus la demande
              de capital-argent est élevée, et plus le taux d’intérêt l’est aussi, toutes
              choses égales d’ailleurs. On appelle <emph>taux d’intérêt</emph>
              le rapport entre le montant de l’intérêt et le capital-argent prêté. Dans les
              conditions habituelles, la limite supérieure du taux d’intérêt est le taux
              moyen du profit, l’intérêt étant une partie du profit. En règle générale, le
              taux d’intérêt est sensiblement inférieur au taux moyen du profit.</p>
              <p rend="alinéa">Avec le développement du capitalisme, le taux d’intérêt
              manifeste une tendance à la baisse. Cette tendance est due à deux
              causes : premièrement, à l’action de la loi de la baisse tendancielle du
              taux moyen du profit, puisque le taux moyen du profit forme la limite
              supérieure des variations du taux d’intérêt ; deuxièmement, au fait
              qu’avec le développement du capitalisme la masse générale du capital de prêt
              augmente plus vite que n’en augmente la demande. Une des causes de cet
              accroissement du capital de prêt est l’extension parmi la bourgeoisie du
              groupe des <emph>rentiers</emph>, c’est-à-dire des capitalistes
              détenteurs de capital-argent, qui n’ont aucune activité d’entrepreneurs. Il y
              a là aussi une manifestation du renforcement du parasitisme dans la société
              bourgeoise. L’accroissement du capital de prêt est favorisé par la
              centralisation des fonds disponibles dans les banques et les caisses
              d’épargne.</p>
              <p rend="alinéa smaller">L’intérêt des crédits à court ternie sur le marché
              financier aux États-Unis allait de 1866 à 1880 de 3,6 % (taux minimum) à
              17 % (taux maximum) ; de 1881 à 1900, il variait de 2,63 % à
              9,75 % ; de 1901 à 1920, de 2,98 % à 8,0 % ; de 1921
              à 1935, de 0,75 % à 7,81 % ; de 1945 à 1954, de 0,75 % à
              2,75 %.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="3" xml:id="chap13sect03">
              <head>13.3. Les formes de crédit. Les banques et leursopérations.</head>
              <p rend="alinéa">Le crédit capitaliste est la forme du mouvement du capital
              de prêt. Au moyen du crédit, le capital-argent momentanément disponible se
              transforme en capital de prêt. En régime capitaliste, il existe deux formes
              de crédit : le crédit commercial et le crédit bancaire.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>crédit commercial</emph> est celui que
              s’accordent les uns aux autres dans la réalisation des marchandises les
              capitalistes exploitants (industriels et commerçants). L’industriel, soucieux
              d’accélérer la rotation de son capital converti en marchandise, livre sa
              marchandise à crédit à un autre industriel ou à un grossiste qui, à son tour,
              vend la marchandise à crédit à un détaillant. Le crédit commercial est
              utilisé par les capitalistes dans la vente et l’achat des matières premières,
              du combustible, de l’outillage, des machines, ainsi que des objets de
              consommation. Généralement le crédit commercial est à court terme : il
              est consenti pour un délai maximum de quelques mois. L’instrument du crédit
              commercial est la lettre de change. La <emph>lettre de
              change</emph> ou <emph>traite</emph> est une créance par laquelle le
              débiteur s’engage à rembourser, à une date fixée, l’argent dû pour une
              marchandise achetée. À l’échéance, l’acheteur qui a accepté la traite doit
              l’acquitter en argent comptant. Le crédit commercial est ainsi lié à une
              transaction marchande. Il constitue donc la base du système capitaliste de
              crédit.</p>
              <p rend="alinéa">On appelle <emph>crédit bancaire</emph> celui
              que les capitalistes possesseurs d’argent (les banquiers) consentent aux
              capitalistes exploitants. Le crédit bancaire, contrairement au crédit
              commercial, est consenti non pas aux dépens du capital engagé dans la
              production ou dans la circulation, mais aux dépens du capital-argent oisif,
              et aussi du capital momentanément disponible, en quête d’un emploi. Le crédit
              bancaire est réalisé par les banques. La <emph>banque</emph> est
              un établissement capitaliste qui fait le commerce du capital-argent et sert
              d’intermédiaire entre prêteurs et emprunteurs. La banque, d’une part,
              recueille les capitaux et les revenus disponibles, inactifs ; d’autre
              part, elle met le capital-argent à la disposition des capitalistes
              exploitants : industriels et commerçants.</p>
              <p rend="alinéa smaller">L’immense majorité des capitaux dont dispose une banque est
              la propriété d’autrui et est remboursable. Mais à un même moment, seule une
              partie relativement insignifiante de déposants formule une demande de retrait
              de leurs dépôts. Dans la plupart des cas, les retraits sont équilibrés et
              plus que compensés par un afflux de nouveaux dépôts. La situation change
              radicalement dans les périodes de perturbations, telles qu’une crise ou une
              guerre. Alors les déposants demandent en même temps la restitution de leurs
              dépôts. Mais en temps normal, la banque peut ne garder en caisse que des
              sommes relativement peu importantes pour faire face aux retraits. Quant à la
              plus grande partie du montant des dépôts, la banque les prête.</p>
              <p rend="alinéa">Les opérations de banque peuvent être passives et
              actives.</p>
              <p rend="alinéa">Les opérations <emph>passives</emph> sont celles
              par lesquelles la banque attire les fonds dans ses caisses. La principale de
              ces opérations est la réception des dépôts. Ces derniers sont acceptés à des
              conditions différentes : les uns pour un délai déterminé ; d’autres
              sans échéance déterminée. Les dépôts à vue doivent être remboursés par la
              banque sur simple demande, tandis que les dépôts à échéance ne sont
              remboursables qu’à la date convenue. Ainsi les dépôts à échéance sont plus
              avantageux pour la banque.</p>
              <p rend="alinéa">Les opérations <emph>actives</emph> sont celles
              par lesquelles la banque place et utilise les ressources dont elle dispose.
              Il s’agit avant tout de l’octroi de prêts en argent. Une de ces opérations
              est l’<emph>escompte des effets de commerce</emph>. L’industriel
              qui a vendu sa marchandise à crédit remet la traite qu’il a reçue de
              l’acheteur à la banque qui rembourse immédiatement à l’industriel le montant
              de la traite, déduction faite d’un intérêt déterminé. À l’échéance,
              l’acheteur, sur qui la traite a été tirée, rembourse non plus l’industriel,
              mais la banque. Au cours de cette opération, le crédit commercial
              s’enchevêtre avec le crédit bancaire. Les opérations actives de la banque
              comprennent aussi des prêts gagés sur marchandises, valeurs, connaissement.
              Enfin la banque opère directement des investissements de fonds dans telles ou
              telles entreprises, sous forme de crédit à long terme.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi, le banquier fait le commerce du capital-argent. Au
              titre des opérations passives, la banque paie des intérêts; au titre des
              opérations actives, elle touche des intérêts. La banque emprunte à des taux
              d’intérêt plus bas que ceux auxquels elle prête. La source du profit de la
              banque est la plus-value, créée dans la production. Le profit de la banque se
              forme grâce à la différence entre l’intérêt qu’elle prélève pour ses prêts,
              et l’intérêt qu’elle paie aux déposants. C’est avec cette différence que la
              banque couvre les dépenses nécessitées par ses opérations ; ces dépenses
              sont des frais de circulation proprement dits. La somme restante forme le
              profit de la banque. Le mécanisme de la concurrence capitaliste ramène
              spontanément le niveau de ce profit au taux moyen du profit sur le capital de
              la banque. Le travail des salariés employés à la banque, tout comme celui des
              employés de commerce dans la réalisation des marchandises, ne crée ni valeur
              ni plus-value ; mais il permet au banquier de s’approprier une partie de
              la plus-value créée dans la production. Les employés des banques sont donc
              exploités par les banquiers.</p>
              <p rend="alinéa">Les banques jouent le rôle de centres de règlements. Toute
              entreprise, qui met de l’argent en dépôt ou reçoit un prêt, se fait ouvrir un
              compte courant à la banque qui délivre des fonds de ce compte sur
              présentation d’une demande spéciale appelée <emph>chèque</emph>.
              Par conséquent, la banque remplit les fonctions de caissier pour un grand
              nombre d’entreprises. Cela permet de développer largement le système des
              virements de comptes. Le capitaliste A, ayant vendu sa marchandise au
              capitaliste B, reçoit de lui un chèque sur une banque où l’un et l’autre ont
              des comptes courants. La banque opère le règlement, en transférant le montant
              du chèque du compte courant de B au compte courant de A. Les entreprises ont
              des comptes courants dans différentes banques.</p>
              <p rend="alinéa">Dans les plus grandes villes, les banques créent des
              centres de règlements spéciaux, où les chèques provenant de nombreuses
              banques se compensent réciproquement. L’usage des chèques et des lettres de
              change réduit les besoins d’argent liquide.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Il existe en régime capitaliste trois grandes sortes
              de banques : commerciales, hypothécaires et d’émission. Les
              <emph>banques commerciales</emph> créditent les industriels et les
              commerçants surtout en consentant des prêts à court terme ; l’escompte
              des traites joue là un rôle important. Ce crédit est prélevé principalement
              sur les dépôts.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les <emph>banques hypothécaires</emph>
              accordent des prêts à long terme gagés sur biens immobiliers (terres,
              maisons, constructions). La création et l’activité des banques hypothécaires
              sont étroitement liées au progrès du capitalisme dans l’agriculture, à
              l’exploitation des paysans par les banquiers. Cette catégorie de banques
              comprend aussi les banques agricoles qui prêtent à long terme aux fins de
              production.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les <emph>banques d’émission</emph> ont le
              droit d’émettre des billets de banque. Un rôle particulier appartient aux
              <emph>banques centrales d’émission</emph>. C’est là que sont
              concentrées les réserves d’or du pays. Elles jouissent du monopole d’émission
              des billets de banque. Les banques centrales ne font généralement pas
              d’opérations avec des industriels ou des commerçants ; elles consentent
              des prêts aux banques commerciales qui traitent à leur tour avec les
              entrepreneurs. Les banques centrales d’émission sont donc les banques des
              banques.</p>
              <p rend="alinéa">En concentrant les opérations de prêt et de remboursement,
              les banques contribuent à accélérer la rotation des capitaux et à réduire les
              frais de circulation monétaire. En même temps, l’activité des banques
              favorise la centralisation du capital, l’élimination des petits et moyens
              capitalistes, le renforcement de l’exploitation des ouvriers, la spoliation
              des petits producteurs indépendants et des artisans. Les prêts sur hypothèque
              ruinent les paysans, car le paiement des intérêts, qui absorbe la majeure
              partie de leur revenu, ruine leur exploitation. L’amortissement de la dette
              se fait souvent par la mise en vente des biens et de la terre des paysans
              tombés sous la dépendance des banques.</p>
              <p rend="alinéa">Les banques, en concentrant tous les fonds liquides de la
              société et en jouant le rôle d’intermédiaires pour le crédit, constituent une
              sorte d’appareil de distribution spontanée des ressources entre les branches
              de l’économie. Cette distribution se fait non point dans l’intérêt de la
              société ni conformément à ses besoins, mais au profit des capitalistes. Le
              crédit concourt à élargir la production, mais cet élargissement se heurte
              sans cesse au cadre étroit de la demande solvable. Le crédit et les banques
              accentuent la socialisation du travail, mais le caractère social de la
              production entre en conflit de plus en plus aigu avec la forme privée de
              l’appropriation capitaliste. Ainsi, le développement du crédit aggrave les
              contradictions du mode de production capitaliste et en accentue
              l’anarchie.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="4" xml:id="chap13sect04">
              <head>13.4. Les sociétés par actions. Le capital fictif.</head>
              <p rend="alinéa">Dans les pays capitalistes modernes, l’immense majorité des
              grandes entreprises se présente sous la forme de sociétés par actions.
              Celles-ci sont nées au début du 17<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, mais
              elles n’ont pris de l’extension que depuis la seconde moitié du 19<hi rend=
              "ordinal">e</hi> siècle.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>société par actions</emph> est une
              forme d’entreprise dont le capital est constitué par les versements effectués
              par ses participants, qui possèdent un certain nombre d’actions,
              proportionnel au montant des sommes investies par chacun d’eux.
              L’<emph>action</emph> est un titre qui donne le droit de toucher une partie du
              revenu de l’entreprise, proportionnellement à la somme qu’elle
              représente.</p>
              <p rend="alinéa">Le revenu que le possesseur d’actions en retire s’appelle
              <emph>dividende</emph>. Les actions se vendent et s’achètent à un
              prix déterminé qui en est le <emph>cours</emph>.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le capitaliste, qui achète des actions, pourrait placer son
              capital à la banque et toucher, par exemple, un intérêt de 5 %. Mais ce
              revenu ne le satisfait point et il préfère acheter des actions. Il est vrai
              que la chose comporte un risque, mais en revanche elle lui fait entrevoir un
              revenu plus élevé. Supposons qu’un capital social de dix millions de dollars
              soit partagé en 20 000 actions de 500 dollars chacune, et que
              l’entreprise ait rapporté un million de dollars de bénéfices. La société par
              actions décide de prélever sur cette somme 250 000 dollars de capital de
              réserve et de répartir les 750 000 dollars restants à titre de dividende
              entre les actionnaires. Chaque action rapportera alors à son possesseur un
              revenu, sous forme de dividende, de 37,5 dollars (750 000 dollars
              divisés par 20 000 actions), soit 7,5 % d’intérêt.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les actionnaires s’efforcent de vendre les actions pour une
              somme qui, déposée en banque, leur rapporterait à titre d’intérêt le même
              revenu qu’ils reçoivent sous forme de dividende. Si une action de 500 dollars
              a rapporté 37,5 dollars de dividende, les actionnaires s’efforceront de la
              vendre 750 dollars, car en déposant cette somme dans une banque, qui paie
              5 % d’intérêt pour les dépôts, on peut retirer les mêmes 37,5 dollars
              sous forme d’intérêt. Mais les acheteurs d’actions, en raison des risques
              qu’ils courent en investissant un capital dans la société par actions,
              cherchent à acquérir les actions pour une somme inférieure. Le cours des
              actions dépend du taux du dividende et du niveau de l’intérêt du capital de
              prêt. Le cours des actions s’élève lorsque s’élève le dividende ou que le
              taux d’intérêt tombe ; inversement, il décroît avec la diminution du
              dividende ou avec l’augmentation du taux d’intérêt.</p>
              <p rend="alinéa">La différence entre la somme des prix des actions émises à
              la fondation de l’entreprise par actions, et la grandeur du capital
              réellement investi dans cette entreprise, forme le <emph>profit
              de constitution</emph>, une des sources importantes de l’enrichissement des
              gros capitalistes.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Si le capital investi antérieurement dans l’entreprise
              est de 10 millions de dollars, et si la somme des prix des actions émises
              était de 15 millions de dollars, le profit de constitution se montera alors à
              5 millions de dollars.</p>
              <p rend="alinéa smaller">À la suite de la transformation de l’entreprise
              individuelle en société par actions, le capital acquiert pour ainsi dire une
              existence double. Le capital effectif de 10 millions de dollars, investi dans
              l’entreprise, existe sous la forme de bâtiments d’usine, de machines, de
              matières premières, d’entrepôts, de produits finis, sous la forme, enfin, de
              certaines sommes d’argent dans la caisse de l’entreprise ou à un compte
              courant dans une banque. Mais à côté de ce capital réel, lors de
              l’organisation de la société par actions, apparaissent des titres, des
              actions d’un montant de 15 millions de dollars. L’action n’est que le reflet
              du capital réellement existant de l’entreprise. Mais, les actions ont
              désormais une existence indépendante de l’entreprise ; on les achète et
              on les vend ; les banques accordent des prêts sur les actions, etc.</p>
              <p rend="alinéa">Théoriquement, l’organisme suprême de la société par
              actions est l’assemblée générale des actionnaires, qui élit un conseil
              d’administration, nomme les directeurs, entend et approuve le compte rendu
              d’activité de l’entreprise, règle les questions essentielles du
              fonctionnement de la société. Cependant le nombre des voix à l’assemblée
              générale est fonction du nombre des actions représentées par leurs
              propriétaires. Aussi la société se trouve-t-elle en fait entièrement entre
              les mains d’une poignée de grands actionnaires. Comme un certain nombre d’actions se trouve réparti entre
              de petits et moyens possesseurs, qui n’ont pas la possibilité d’exercer une
              influence sur la marche des affaires, les plus gros capitalistes n’ont
              pratiquement même pas besoin de détenir la moitié des actions pour être les
              maîtres de la société. La quantité d’actions qui donne la possibilité de
              dominer complètement la société par actions porte le nom de
              <emph>participation de contrôle</emph>.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi, la société par actions est une des formes sous
              lesquelles le grand capital met la main sur les ressources des petits et
              moyens capitalistes et les utilise dans son intérêt. L’expansion des sociétés
              par actions contribue puissamment à centraliser le capital et à concentrer la
              production.</p>
              <p rend="alinéa">Le capital sous forme de titres rapportant un revenu à
              leurs possesseurs est appelé <emph>capital fictif</emph> ; il
              consiste en actions et obligations. L’<emph>obligation</emph> est
              une créance délivrée par les entreprises ou l’État et qui rapporte à son
              détenteur un intérêt annuel fixe.</p>
              <p rend="alinéa">Les titres (actions, obligations, etc.) s’achètent et se
              vendent dans les <emph>Bourses de valeurs</emph>. Ce sont des
              marchés de titres. La Bourse enregistre le cours auquel les titres se vendent
              et s’achètent ; d’après ce cours s’effectuent aussi les transactions sur
              les titres en dehors de la Bourse (par exemple, dans les banques). Le cours
              des titres dépend du taux de l’intérêt et du plafond du revenu qu’on en
              escompte. C’est à la Bourse qu’a lieu la spéculation sur les titres, Comme
              tous les avantages, en matière de spéculation, sont du côté des gros et très
              gros capitalistes, la spéculation en Bourse contribue à la centralisation des
              capitaux, à l’enrichissement des gros capitalistes et à la ruine des moyens
              et des petits possédants.</p>
              <p rend="alinéa">Le développement du crédit, et surtout des sociétés par
              actions, transforme de plus en plus le capitaliste en un percepteur
              d’intérêts et de dividendes, tandis que la production est dirigée par des
              personnes salariées : administrateurs, directeurs. Ainsi s’accentue de
              plus en plus le caractère parasite de la propriété capitaliste.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="5" xml:id="chap13sect05">
              <head>13.5. La circulation monétaire des pays
              capitalistes.</head>
              <p rend="alinéa">Dès avant la naissance du capitalisme, des systèmes
              monétaires <emph>métalliques</emph> ont fait leur apparition, dans
              lesquels le métal joue le rôle de
              <emph>marchandise-monnaie</emph>. Les systèmes de monnaie métallique se
              divisent en systèmes <emph>bimétalliques</emph>, lorsque
              simultanément deux métaux — l’argent et l’or — sont la mesure de la valeur et
              la base de la circulation monétaire, et systèmes
              <emph>monométalliques</emph>, lorsque ce rôle est rempli par l’un seulement
              des deux métaux indiqués. Dès le début du développement du capitalisme (du
              16<hi rend="ordinal">e</hi> au 18<hi rend="ordinal">e</hi> siècle), de
              nombreux pays avaient des systèmes monétaires bimétalliques. À la fin du
              19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, presque tous les pays capitalistes
              avaient adopté un système monométallique, celui de la monnaie-or.</p>
              <p rend="alinéa">Les traits essentiels du système du monométallisme-or sont
              le libre monnayage de l’or, le change libre des autres signes monétaires
              contre des pièces d’or et le libre mouvement de l’or entre les pays. Le libre
              monnayage de l’or signifie le droit pour les particuliers d’échanger à
              l’Hôtel des Monnaies l’or dont ils disposent contre des pièces. En même
              temps, les possesseurs de pièces ont la possibilité de transformer ces pièces
              en lingots d’or. C’est ainsi que s’établit un lien direct et très étroit
              entre l’or en tant que marchandise et les pièces d’or.</p>
              <p rend="alinéa">Avec ce système, la quantité de monnaie en circulation
              correspond spontanément aux besoins de la circulation des marchandises. S’il
              y a excédent de monnaie, une partie de celle-ci quitte la sphère de la
              circulation et se convertit en trésor. S’il y a pénurie de monnaie, celle-ci
              afflue dans la sphère de la circulation ; la monnaie, de trésor, se
              transforme en moyen de circulation et en moyen de paiement. Pour assurer les
              petites transactions sous le régime du monométallisme-or, on met en
              circulation des monnaies de moindre valeur, faites d’un métal moins
              coûteux : argent, cuivre, etc.</p>
              <p rend="alinéa">L’instrument des règlements internationaux dans les
              opérations commerciales et financières est l’or, monnaie universelle.
              L’échange de la monnaie d’un pays contre la monnaie d’un autre pays se fait
              au cours du change. Le <emph>cours du change</emph> est le prix de
              l’unité monétaire d’un pays exprimé en unités monétaires d’autres pays. Par
              exemple, une livre sterling est égale à telle quantité de dollars.</p>
              <p rend="alinéa">Les règlements en matière de commerce extérieur peuvent
              s’effectuer aussi sans faire usage de l’or ni de devises étrangères. Cela
              peut être, dans un cas, le <emph>clearing</emph>, c’est-à-dire la
              mise en compte réciproque d’engagements relatifs à des livraisons de
              marchandises dans un commerce bilatéral ; dans un autre cas, les
              règlements entre pays peuvent se faire par virement de traites d’un pays à
              l’autre, sans transfert d’or.</p>
              <p rend="alinéa">Avec le développement des rapports de crédit et de la
              fonction de la monnaie comme moyen de paiement, apparaît la
              <emph>monnaie de crédit</emph> qui a reçu un large développement. Les
              traites, les billets de banque, les chèques se sont mis à servir surtout de
              moyen, de paiement. Bien que n’étant pas de la monnaie, la traite peut
              cependant servir de moyen de paiement en passant d’un capitaliste à
              l’autre.</p>
              <p rend="alinéa">Les banques émettent leurs propres créances ;
              celles-ci sont de la monnaie de crédit, qui joue le rôle de moyen de
              circulation et de moyen de paiement. Les <emph>billets de
              banque</emph> sont la principale forme de monnaie de crédit. Ils sont émis par
              les banques en contrepartie des lettres de change qu’elles reçoivent. Cela
              veut dire qu’à la base du billet de banque il y a, en définitive, une
              transaction commerciale.</p>
              <p rend="alinéa">L’émission de billets de banque met au service d’une
              circulation accrue des marchandises des moyens de circulation et de paiement,
              sans que la quantité de monnaie métallique soit augmentée. Avec la
              circulation-or, les billets de banque peuvent être convertis à tout moment
              par les banques en or ou en autres monnaies métalliques. Dès lors, les
              billets de banque circulent à l’égal des monnaies d’or et ne peuvent se
              déprécier, car, en plus de la garantie-crédit, ils ont encore une garantie
              métallique. Avec le progrès du capitalisme, il se produit une réduction
              relative de la quantité d’or en circulation. L’or s’accumule de plus en plus
              sous forme de fonds de réserve dans les banques centrales d’émission.</p>
              <p rend="alinéa">Les États capitalistes ont entrepris de former des réserves
              d’or afin d’affermir leurs positions dans le commerce extérieur, de mettre la
              main sur des marchés nouveaux, de préparer et de mener des guerres. On a
              d’abord remplacé l’or en circulation par des billets de banque, puis on l’a
              remplacé par du papier-monnaie. Si au début, les billets de banque étaient,
              en règle générale, échangés contre de For, on a émis par la suite des billets
              de banque non échangeables. Cela a rapproché notablement les billets de
              banque du papier-monnaie.</p>
              <p rend="alinéa">Comme on l’a déjà dit, le
              <emph>papier-monnaie</emph> est né du développement de la fonction de la
              monnaie en tant que moyen de circulation. Le papier-monnaie émis par l’État,
              avec cours forcé, n’est pas convertible en or et il est le représentant de la
              monnaie métallique véritable dans sa fonction de moyen de circulation.</p>
              <p rend="alinéa">Depuis le début de la première guerre impérialiste mondiale
              (1914-1918), la plupart des pays capitalistes ont adopté le système de
              circulation du papier-monnaie. À l’heure actuelle dans aucun pays ne circule
              de monnaie-or. Les classes dirigeantes des États capitalistes utilisent
              l’émission de billets de banque non échangeables, de papier-monnaie, ainsi
              que la dépréciation des devises comme un moyen supplémentaire d’exploitation
              et de spoliation des travailleurs.</p>
              <p rend="alinéa">Cela se manifeste de façon particulièrement nette en cas
              d’inflation. Celle-ci est caractérisée par la présence dans les canaux de
              circulation d’une masse excédentaire de papier-monnaie, par sa dépréciation,
              par la hausse des prix des marchandises, par la chute du salaire réel des
              ouvriers et des employés, et la ruine accrue des paysans, par l’accroissement
              des profits capitalistes et des revenus des propriétaires fonciers.</p>
              <p rend="alinéa">Les États bourgeois utilisent l’inflation comme un
              instrument de guerre économique contre les autres pays et de conquête de
              nouveaux débouchés. L’inflation procure souvent des profits supplémentaires
              aux exportateurs qui achètent des marchandises dans leur pays avec de
              l’argent déprécié et les vendent à l’étranger contre des devises fermes. En
              même temps, l’aggravation de l’inflation jette le désordre dans la vie
              économique et provoque l’indignation des masses. Cela oblige les États
              bourgeois à pratiquer des réformes monétaires pour consolider le système
              monétaire et stabiliser les changes.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La réforme monétaire la plus répandue est la
              dévaluation. La <emph>dévaluation</emph> est la baisse officielle
              du cours du papier-monnaie par rapport à l’unité de monnaie métallique :
              le papier-monnaie vieilli et déprécié est échangé contre une quantité
              inférieure de monnaie nouvelle. Ainsi, en Allemagne, en 1924, la vieille
              monnaie dépréciée a été échangée contre de nouveaux marks-or, à raison d’un
              trillion de marks anciens contre un mark nouveau.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Dans nombre de cas, la
              dévaluation ne s’accompagne pas de l’échange de l’ancien papier-monnaie
              contre du nouveau.</p>
              <p rend="alinéa">Les réformes monétaires dans les pays capitalistes se font
              aux dépens des travailleurs par l’augmentation des impôts et la diminution
              des salaires.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume"  n="13" xml:id="chap13resume">
              <head>Résumé du chapitre 13</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
                <item>
                  <p rend="alinéa">Le capital de prêt est le capital-argent que son possesseur met
                  pour un temps à la disposition du capitaliste contre une rétribution sous
                  forme d’un intérêt de prêt. L’intérêt de prêt est une partie du profit du
                  capitaliste industriel, remise au propriétaire du capital de prêt.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">Le crédit capitaliste est une forme du mouvement du capital de
                  prêt. Ses formes essentielles sont le crédit commercial et le crédit
                  bancaire. Les banques concentrent dans leurs mains les fonds liquides de la
                  société et les mettent sous forme de capital-argent à la disposition des
                  capitalistes exploitants : industriels et commerçants. Les progrès du
                  crédit accentuent les contradictions capitalistes. La séparation de la
                  propriété du capital et de l’emploi du capital dans la production met en
                  évidence le caractère parasite de la propriété capitaliste.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">La société par actions est une forme d’entreprise dont le capital
                  est composé des apports effectués par les participants, possesseurs d’un
                  nombre déterminé d’actions, en proportion des fonds investis par chacun
                  d’eux. Dans les sociétés par actions le gros capital met la main sur les
                  ressources des petits et moyens capitalistes et les utilise dans son
                  intérêt Les sociétés par actions renforcent la centralisation du
                  capital.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">Avec le développement du crédit, les billets de banque, monnaie
                  de crédit émise par les banques en contrepartie des lettres de change,
                  prennent une large extension. Les classes, dominantes de la société
                  capitaliste utilisent l’émission du papier-monnaie pour renforcer
                  l’exploitation des travailleurs. Au moyen de l’inflation, les dépenses de
                  l’État retombent sur le dos des masses populaires. Les réformes monétaires
                  sont faites par les États capitalistes aux dépens des travailleurs.</p>
                </item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3 n="14" type="chapitre" xml:id="chap14">
            <head>Chapitre 14 — La rente foncière —
            Les rapports agraires en régime capitaliste</head>
            <div4 type="section" n="1" xml:id="chap14sect01">
              <head>14.1. Le régime capitaliste de l’agriculture et la
              propriété privée de la terre.</head>
              <p rend="alinéa">Dans les pays bourgeois, le capitalisme règne non seulement
              dans l’industrie, mais aussi dans l’agriculture. La plus grande partie de la
              terre est concentrée dans les mains de la classe des gros propriétaires
              terriens. La masse de la production agricole marchande appartient à des
              entreprises capitalistes employant du travail salarié. Néanmoins, dans les
              pays bourgeois, la forme d’exploitation prédominante sous le rapport
              numérique dans l’agriculture reste la petite exploitation paysanne
              marchande.</p>
              <p rend="alinéa">Les voies les plus typiques du développement du capitalisme
              dans l’agriculture sont les deux voies suivantes :</p>
              <p rend="alinéa">La première est celle du maintien, pour l’essentiel, de
              l’ancienne exploitation seigneuriale et de sa transformation progressive, au
              moyen de réformes, en exploitation capitaliste. En passant aux formes de
              gestion capitalistes, les propriétaires fonciers, parallèlement à l’emploi du
              travail salarié libre, utilisent aussi les méthodes d’exploitation du
              servage. Dans l’économie rurale subsistent des formes d’assujettissement des
              paysans aux propriétaires fonciers, telles que les redevances, le métayage, etc.
              Cette voie de l’évolution capitaliste de l’agriculture est
              caractéristique de l’Allemagne, de la Russie tsariste, de l’Italie, du Japon
              et de plusieurs autres pays.</p>
              <p rend="alinéa">La seconde voie est celle de la rupture de l’ancien système
              d’exploitation seigneuriale par la révolution bourgeoise, de
              l’affranchissement de l’économie rurale des entraves féodales, ce qui
              accélère le développement des forces productives. Ainsi, en France, la
              Révolution bourgeoise de 1789-1794 a supprimé la propriété foncière féodale.
              Les terres confisquées de la noblesse et du clergé furent mises en vente.
              Dans le pays, la petite exploitation paysanne devint prédominante encore
              qu’une grande partie des terres fût tombée entre les mains de la bourgeoisie.
              Aux États-Unis, à la suite de la guerre civile de 1861-1865, les latifundia
              des esclavagistes des États du Sud furent supprimés, la masse des terres
              libres fut distribuée à bas prix et le développement de l’agriculture suivit
              la voie capitaliste. Cependant dans ces pays aussi, avec les progrès du
              capitalisme, la grande propriété terrienne renaissait sur une base nouvelle,
              capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">À la suite de la transformation des formes précapitalistes
              de la propriété terrienne, la grande propriété féodale et la petite propriété
              paysanne cèdent de plus en plus le pas à la propriété terrienne bourgeoise.
              Une partie sans cesse grandissante des terres seigneuriales et paysannes
              passe entre les mains des banques, de la bourgeoisie rurale, des industriels,
              des marchands et des usuriers.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les chiffres suivants témoignent de la concentration
              de la propriété terrienne. Aux États-Unis, en 1950, 76,4 % des fermes
              n’avaient que 23 % de la totalité des terres, tandis que 23,6 % des
              fermes détenaient 77 % de la terre. Notons que les grands latifundia de
              plus de 1 000 acres<note xml:id="not01chap14sect01" n="1" place="bottom">Une
              acre = 0,4 ha.</note> de terre chacun qui
              représentaient 2,3 % de l’ensemble des exploitations, possédaient
              42,6 % de la terre.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En Angleterre, d’après les données du recensement de 1950
              (sans l’Irlande du Nord), 75,9 % des exploitations ne possédaient que
              20,4 % des terres en culture, tandis que 24,1 % des exploitations
              en possédaient 79,6 % ; 2,3 % des plus grandes exploitations
              détenaient à elles seules 34,6 % de la terre.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En France, en 1950, 62,1 % de la terre étaient détenus
              par 20,5 % des exploitations.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Dans la Russie d’avant la Révolution, les seigneurs
              terriens, la famille impériale, les couvents et les koulaks possédaient une
              quantité énorme de terres. Dans la Russie d’Europe, à la fin du 19<hi rend=
              "ordinal">e</hi> siècle, il y avait environ, 30 000 grands
              propriétaires qui possédaient plus de 500 déciatines<note xml:id="not02chap14sect01"
              n="2" place="bottom">Une déciatine = 1,09 ha.</note> chacun.
              Ils détenaient en tout 70 millions de déciatines. En même temps,
              10,5 millions d’exploitations paysannes, écrasées par l’exploitation
              semi-féodale, ne possédaient que 75 millions de déciatines.</p>
              <p rend="alinéa">En régime capitaliste, la classe des grands propriétaires
              terriens <emph>a le monopole de la propriété privée du sol</emph>.
              Le gros propriétaire terrien donne généralement en location une grande partie
              de sa terre à des fermiers capitalistes et à des petits paysans. La propriété
              du sol se sépare de la production agricole.</p>
              <p rend="alinéa">Les capitalistes-fermiers, à des échéances déterminées, une
              fois l’an, par exemple, paient au propriétaire un <emph>prix de
              fermage</emph> établi par un bail, c’est-à-dire une somme d’argent pour le
              droit d’employer leur capital sur une terre donnée.</p>
              <p rend="alinéa">La plus grande partie du prix de fermage est constituée par
              la rente foncière. Le prix de fermage comprend, outre la rente foncière,
              d’autres éléments. Ainsi, lorsque sur la terre donnée en location, des
              capitaux ont été investis précédemment dans des bâtiments d’exploitation, des
              canaux d’irrigation, par exemple, le fermier, en plus de la rente foncière,
              est obligé de payer au propriétaire l’intérêt annuel de ces capitaux.
              Pratiquement il n’est pas rare que les capitalistes-fermiers couvrent les
              frais d’une partie du prix de fermage en diminuant le salaire de leurs
              ouvriers.</p>
              <p rend="alinéa">La rente foncière capitaliste reflète les rapports des
              trois classes de la société bourgeoise : ouvriers salariés, capitalistes
              et propriétaires terriens. La plus-value créée par le travail des ouvriers
              salariés tombe tout d’abord entre les mains du capitaliste-fermier qui en
              conserve une partie sous la forme du profit moyen du capital. L’autre partie
              de la plus-value, qui représente l’excédent sur le profit moyen, le fermier
              est obligé de la remettre au propriétaire terrien sous forme de rente
              foncière. La <emph>rente foncière capitaliste</emph> est la partie
              de la plus-value qui reste, déduction faite du profit moyen du capital
              investi dans l’exploitation ; elle est payée au propriétaire terrien.
              Souvent, ce dernier ne donne pas sa terre en location, mais embauche lui-même
              des ouvriers pour exploiter son terrain. Dans ce cas, il est seul à percevoir
              la rente et le profit.</p>
              <p rend="alinéa">Il faut distinguer entre la rente différentielle et la
              rente absolue.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="2" xml:id="chap14sect02">
              <head>14.2. La rente différentielle.</head>
              <p rend="alinéa">Dans l’agriculture comme dans l’industrie, l’entrepreneur
              n’investit ses capitaux dans la production que s’il est assuré d’en tirer le
              profit moyen. Les entrepreneurs qui emploient leurs capitaux dans des
              conditions de production plus favorables, par exemple sur des terrains plus
              fertiles, reçoivent, en plus du profit moyen sur le capital, un
              surprofit.</p>
              <p rend="alinéa">Dans l’industrie, obtiennent le surprofit les entreprises
              dont l’équipement technique est supérieur à l’équipement technique moyen de
              la branche industrielle dont elles font partie. Le surprofit ne saurait y
              être un phénomène durable. Dès qu’un perfectionnement technique introduit
              dans une entreprise se généralise, cette entreprise cesse d’obtenir le
              surprofit. Mais dans l’agriculture le surprofit est assuré pour une période
              plus ou moins longue. Cela s’explique par le fait que dans l’industrie on
              peut édifier n’importe quelle quantité d’entreprises dotées des machines les
              plus perfectionnées, tandis que dans l’agriculture, on ne saurait créer
              n’importe quelle quantité de terrains, à plus forte raison de bons terrains,
              étant donné que la surface des terres est limitée et que toute la terre
              propre à la culture est occupée par des exploitations privées. Le caractère
              limité de la terre et le fait qu’elle est occupée par des exploitations,
              conditionnent le <emph>monopole de l’exploitation capitalistesur
              la terre</emph> ou le monopole de la terre en tant qu’objet d’exploitation.</p>
              <p rend="alinéa">Ensuite, le prix de production des marchandises
              industrielles est déterminé par les conditions
              <emph>moyennes</emph> de production. Il en est autrement du prix de
              production des marchandises agricoles. Le monopole de l’exploitation
              capitaliste sur la terre, en tant qu’objet d’exploitation, aboutit au fait
              que le prix général, régulateur de la production (c’est-à-dire le coût de
              production plus le profit moyen) des produits agricoles est déterminé par les
              conditions de la production non pas sur les terres de qualité moyenne, mais
              sur les <emph>plus mauvaises</emph>, étant donné que la production
              des meilleures terres et des terres moyennes n’est pas suffisante pour
              couvrir la demande sociale. Si le fermier capitaliste, qui emploie son
              capital sur le plus mauvais terrain, ne réalisait pas le profit moyen, il
              transférerait ce capital dans une autre branche de production.</p>
              <p rend="alinéa">Les capitalistes qui exploitent des terrains moyens et les
              meilleurs terrains, produisent des denrées agricoles à meilleur marché,
              autrement dit le prix individuel de production est chez eux inférieur au prix
              général de production. Jouissant du monopole de la terre en tant qu’objet
              d’exploitation, ces capitalistes vendent leurs marchandises au prix général
              de production et reçoivent ainsi un surprofit, qui constitue la rente
              différentielle. Celle-ci prend naissance indépendamment de l’existence de la
              propriété privée de la terre ; elle se forme, parce que les denrées
              agricoles produites malgré des conditions de productivité du travail
              différentes, se vendent au prix identique du marché, déterminé par les
              conditions de production sur les plus mauvaises terres. Les fermiers
              capitalistes sont obligés de livrer la rente différentielle aux propriétaires
              terriens, et ne gardent que le profit moyen.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>rente différentielle</emph> est
              l’excédent de profit sur le profit moyen, obtenu dans les exploitations où
              les conditions de production sont plus favorables ; elle représente la
              différence entre le prix général de production déterminé par les conditions
              de production sur les plus mauvais terrains et le prix individuel de
              production sur les meilleurs terrains et les terrains moyens.</p>
              <p rend="alinéa">Ce surprofit, comme d’ailleurs toute la plus-value dans
              l’agriculture, est créé par le travail des ouvriers agricoles. Les
              différences de fertilité des terrains ne sont que la condition d’une plus
              haute productivité du travail sur les meilleures terres. Mais en régime
              capitaliste, on a l’<emph>illusion</emph> que la rente, que
              s’approprient les détenteurs de la terre, est le produit de la terre et non
              du travail. Or, en réalité, l’unique source de la rente foncière est le
              surtravail, la plus-value.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Une conception saine de la rente amène tout d’abord à reconnaître que la
                  rente ne provient pas du sol, mais du produit de l’agriculture,
                  c’est-à-dire du travail et du prix de son produit, du blé, par
                  exemple ; de la valeur du produit agricole, du travail incorpore à la
                  terre, et non du sol.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  K. Marx,
                  <title>Théories de la plus-value</title>,
                  t. 2, 1<hi rend="ordinal">re</hi> partie, p. 221 (éd. russe).
                </bibl>)
              </cit>
              <p rend="alinéa">Il existe deux formes de rente différentielle.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>rente différentielle I</emph> est liée
              à la différence de fertilité du sol et de situation géographique des terrains
              par rapport aux débouchés.</p>
              <p rend="alinéa">Sur un terrain plus fertile, les dépenses de capitaux étant
              les mêmes, la récolte est plus abondante. Prenons à titre d’exemple trois
              terrains, d’égale étendue, mais de <emph>fertilité
              différente</emph>.</p>
              <table xml:id="page204" rend="centre">
                  <row role="label">
                    <cell> </cell>
                    <cell> </cell>
                    <cell> </cell>
                    <cell> </cell>
                    <cell rend="rightalign"><l>Prix indi</l><l>de pro</l></cell>
                    <cell><l>viduel</l><l>duction</l></cell>
                    <cell rend="rightalign"><l>Prix </l><l>de pro</l></cell>
                    <cell><l>général</l><l>duction</l></cell>
                    <cell> </cell>
                  </row>
                  <row role="label">
                    <cell>Terrains</cell>
                    <cell><l>Dépen-</l><l>ses</l><l> </l><l>de</l>
                    <l>capi-</l><l>taux</l><l> </l><l>en</l><l>dollars</l></cell>
                    <cell><l>Profit</l><l> </l><l>moyen</l><l> </l>
                    <l>en</l><l> </l><l>dollars</l></cell>
                    <cell><l>Produits</l><l> </l><l> </l>
                    <l>en</l><l> </l><l> </l><l>quintaux</l></cell>
                    <cell><l>de la</l><l>totalité</l><l>de la</l>
                    <l>produc-</l><l>tion</l><l>en</l><l>dollars</l></cell>
                    <cell><l>d’un</l><l>quin-</l><l>tal</l><l> </l>
                    <l>en</l><l>dollars</l></cell>
                    <cell><l>d’un</l><l>quin-</l><l>tal</l><l> </l>
                    <l>en</l><l>dollars</l></cell>
                    <cell><l>de la</l><l>totalité</l><l>de la</l>
                    <l>produc-</l><l>tion</l><l>en</l><l>dollars</l></cell>
                    <cell><l>Rente</l><l> </l><l>dif-</l><l>féren-</l>
                    <l>tielle</l><l> </l><l>en</l><l> </l><l>dollars</l></cell>
                  </row>
                  <row>
                    <cell role="label">I…</cell>
                    <cell>100</cell>
                    <cell>20</cell>
                    <cell>4</cell>
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                    <cell>30</cell>
                    <cell>120</cell>
                    <cell>0</cell>
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                    <cell role="label">II…</cell>
                    <cell>100</cell>
                    <cell>20</cell>
                    <cell>5</cell>
                    <cell>120</cell>
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                    <cell role="label">III…</cell>
                    <cell>100</cell>
                    <cell>20</cell>
                    <cell>6</cell>
                    <cell>120</cell>
                    <cell>20</cell>
                    <cell>30</cell>
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                    <cell>60</cell>
                  </row>
              </table>
              <p rend="alinéa">Le fermier de chacun de ces terrains dépense pour
              l’embauchage des ouvriers, l’achat des semences, des machines et du matériel
              agricole, pour l’entretien du bétail et autres frais 100 dollars. Le profit
              moyen est égal à 20 %. Le travail incorporé dans les terrains de
              différente fertilité, rapporte sur un premier terrain une récolte de 4
              quintaux ; sur le deuxième de 5 et sur le troisième de 6 quintaux.</p>
              <p rend="alinéa">Le prix individuel de production de toute la
              <emph>masse</emph> des produits obtenus sur chaque terrain est le même. Il
              est égal à 120 dollars (coût de production plus profit moyen). Le prix
              individuel de production d’une <emph>unité</emph> de produit sur
              chaque terrain est différent. Un quintal de produits agricoles du premier
              terrain devrait se vendre à raison de 30 dollars ; du deuxième terrain,
              24 ; du troisième, 20 dollars. Mais comme le prix général de production
              des denrées agricoles est le même et qu’il est déterminé par les conditions
              de production sur le plus mauvais terrain, chaque quintal de produits de tous
              les terrains se vendra à raison de 30 dollars. Le fermier du premier terrain
              (le plus mauvais) retirera de sa récolte de 4 quintaux 120 dollars, soit une
              somme équivalente à son coût de production (100 dollars), plus le profit
              moyen (20 dollars). Le fermier du second terrain retirera pour ses 5 quintaux
              150 dollars. En plus du coût de production et du profit moyen, il percevra 30
              dollars de surprofit qui constitueront la rente différentielle. Enfin, le
              fermier du troisième terrain percevra pour ses 6 quintaux 180 dollars. La
              rente différentielle ici se montera à 60 dollars.</p>
              <p rend="alinéa">La rente différentielle I est liée également à la
              <emph>différence de situation géographique</emph> des terrains.
              Les exploitations situées plus près des débouchés (villes, gares de chemin de
              fer, ports, élévateurs, etc.), économisent une part considérable de travail
              et de moyens de production sur le transport des produits, par rapport aux
              exploitations qui sont plus éloignées de ces points. En vendant leurs
              produits au même prix, les exploitations situées plus près des débouchés
              perçoivent un surprofit qui forme la rente différentielle de situation.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>rente différentielle II</emph> provient
              des investissements supplémentaires de moyens de production et de travail sur
              une même superficie de terre ; elle apparaît donc avec l’<emph>intensification
              de</emph> la culture. Contrairement à l’exploitation
              extensive qui se développe grâce à l’augmentation des surfaces ensemencées ou
              des pâturages, l’exploitation intensive se développe grâce à l’emploi de
              machines perfectionnées, d’engrais chimiques, grâce à des travaux de
              bonification, à l’élevage de bétail de races plus productives, etc. En dehors
              de tout perfectionnement technique, l’intensification de la culture peut
              s’exprimer dans un accroissement des dépenses de travail sur une parcelle de
              terrain donné.</p>
              <p rend="alinéa">Il en résulte des surprofits qui forment la rente
              différentielle.</p>
              <p rend="alinéa">Reprenons notre exemple. Sur le troisième terrain, le plus
              fertile, on a dépensé primitivement 100 dollars et obtenu une production de 6
              quintaux ; le profit moyen était de 20 dollars, la rente différentielle
              de 60 dollars. Supposons que, les prix restant les mêmes, on effectue sur ce
              terrain, pour augmenter la production, une dépense de capital supplémentaire
              de 100 dollars, dépense liée au progrès technique, à l’emploi d’une grande
              quantité d’engrais, etc. Il en résultera une récolte supplémentaire de 7
              quintaux, un profit moyen de 20 dollars sur le capital additionnel, tandis
              que l’excédent sur le profit moyen sera de 90 dollars. C’est cet excédent de
              90 dollars qui constitue la rente différentielle II. Tant que subsiste le
              bail précédent, le fermier paye pour ce terrain 60 dollars de rente
              différentielle, et il empoche l’excédent en plus du profit moyen, fruit de sa
              seconde dépense de capital. Mais la terre est affermée pour un délai
              déterminé. Lors du renouvellement du bail, le propriétaire terrien tiendra
              compte des avantages que procurent les dépenses additionnelles de capitaux et
              augmentera de 90 dollars le montant de la rente foncière sur ce terrain. Dans
              ce but, les propriétaires terriens cherchent à conclure des baux à court
              terme. Il en résulte que les fermiers capitalistes n’ont pas intérêt à faire
              de grosses dépenses qui ne produisent d’effet qu’au bout d’un long intervalle
              de temps, car c’est le propriétaire qui en définitive s’approprie le gain
              résultant de ces dépenses.</p>
              <p rend="alinéa">L’intensification capitaliste de l’agriculture a pour but
              d’obtenir le plus grand profit possible. Dans la course aux profits élevés,
              les capitalistes utilisent abusivement la terre en développant des
              exploitations étroitement spécialisées pratiquant la monoculture. Ainsi, dans
              le dernier quart du 19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, aux États-Unis,
              les terres des États du Nord ont été ensemencées principalement en céréales.
              Cela a eu pour effet la dégradation du sol, son érosion, les tempêtes de
              poussière ou « tempêtes noires ».</p>
              <p rend="alinéa">Le choix des cultures agricoles dépend de la variation des
              prix du marché. Cela constitue un obstacle à la pratique généralisée
              d’assolements réguliers, qui sont la base d’une agriculture évoluée. La
              propriété privée de la terre entrave la réalisation de grands travaux de
              bonification et autres, qui ne rapportent qu’au bout de plusieurs années. Le
              capitalisme rend donc difficile l’application d’un système rationnel de
              culture.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Chaque progrès de l’agriculture capitaliste est un progrès non seulement
                  dans l’art d’exploiter le travailleur, mais encore dans l’art de dépouiller
                  le sol ; chaque progrès dans l’art d’accroître sa fertilité pour un
                  temps, un progrès dans la ruine de ses sources durables de fertilité.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  K. Marx,
                  <title>Le Capital</title>, livre 1, t. 2, p. 181.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa smaller">Les défenseurs du capitalisme, qui cherchent à masquer les
              contradictions de l’agriculture capitaliste et justifier la misère des
              masses, affirment que l’économie rurale serait soumise à l’action d’une loi
              naturelle éternelle, la « loi de la fertilité décroissante du
              sol » : tout travail additionnel appliqué à la terre fournirait un
              résultat inférieur au précédent.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Cette invention de l’économie politique bourgeoise
              part de la fausse hypothèse que la technique de la production en agriculture
              reste invariable et que le progrès technique y est une exception. En réalité,
              les investissements additionnels de moyens de production dans un même
              terrain, en règle générale, sont liés au développement de la technique, à
              l’introduction de méthodes nouvelles, perfectionnées, de production agricole,
              ce qui aboutit à une élévation de la productivité du travail agricole. La
              véritable cause de l’épuisement de la fertilité naturelle, de la dégradation
              de l’agriculture capitaliste est non pas la « loi de la fertilité
              décroissante du sol », inventée par les économistes bourgeois, mais les
              rapports capitalistes, et surtout la propriété privée de la terre, qui
              entravent le développement des forces productives de l’agriculture. En effet,
              ce qui augmente en régime capitaliste, ce n’est pas la difficulté de produire
              les denrées agricoles, mais la difficulté pour les ouvriers de se les
              procurer en raison de leur paupérisation croissante.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="3" xml:id="chap14sect03">
              <head>14.3. La rente absolue. Le prix de la terre.</head>
              <p rend="alinéa">En plus de la rente différentielle, le propriétaire du sol
              reçoit la rente absolue. L’existence de celle-ci est liée au monopole de la
              propriété privée de la terre.</p>
              <p rend="alinéa">Quand nous avons examiné la rente différentielle, nous
              avons supposé que le fermier du plus mauvais terrain, en vendant les produits
              agricoles, ne récupérait que son coût de production plus le profit moyen,
              c’est-à-dire qu’il ne payait pas de rente foncière. Or le propriétaire même
              du plus mauvais terrain ne le donne pas à cultiver gratuitement. Donc, le
              fermier d’un mauvais terrain doit avoir un excédent sur le profit moyen pour
              acquitter la rente foncière. Cela veut dire que le prix du marché des
              produits agricoles doit être supérieur au prix de production sur le plus
              mauvais terrain.</p>
              <p rend="alinéa">D’où provient cet excédent ? En régime capitaliste,
              l’agriculture est fort en retard sur l’industrie au point de vue technique et
              économique. La composition organique du capital dans l’agriculture est
              inférieure à ce qu’elle est dans l’industrie. Admettons que la composition
              organique du capital dans l’industrie soit en moyenne
              80 <emph>c</emph> + 20 <emph>v</emph>. Le taux de plus-value étant
              supposé égal à 100 %, un capital de 100 dollars donne 20 dollars de
              plus-value, et le prix de production est égal à 120 dollars. La composition
              organique du capital dans l’agriculture est, par exemple, de
              60 <emph>c</emph> + 40 <emph>v</emph>. Ici 100 dollars produisent
              40 dollars de plus-value, et la valeur des produits agricoles est égale à 140
              dollars. Le fermier capitaliste, tout comme le capitaliste industriel, reçoit
              de son capital un profit moyen de 20 dollars. Par conséquent, le prix de
              production des produits agricoles est égal à 120 dollars. La rente absolue
              est dès lors de 140 − 120 = 20 dollars. Il ressort de là que la valeur des
              produits agricoles est supérieure au prix général de la production, et que la
              grandeur de la plus-value dans l’agriculture est supérieure au profit moyen.
              C’est cet excédent de plus-value sur le profit moyen qui constitue la source
              de la rente absolue.</p>
              <p rend="alinéa">S’il n’y avait pas de propriété privée de la terre, cet
              excédent entrerait dans la répartition générale entre capitalistes, et les
              produits agricoles se vendraient alors au prix de production. Mais la
              propriété privée du sol entrave la libre concurrence, le transfert des
              capitaux de l’industrie à l’agriculture et la formation d’un profit moyen,
              commun aux entreprises agricoles et industrielles. Aussi les produits
              agricoles se vendent-ils à un prix équivalent à leur valeur, c’est-à-dire
              supérieur au prix général de production. Dans quelle mesure cette différence
              peut-elle être réalisée et convertie en rente absolue ? Cela dépend du
              niveau des prix du marché, qui s’établit par le jeu de la concurrence.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi, le monopole de la propriété privée de la terre est
              la cause de l’existence de la rente absolue, payée pour chaque terrain
              indépendamment de sa fertilité et de sa situation géographique. La
              <emph>rente absolue</emph> est l’excédent de valeur sur le prix général de
              production créé dans l’agriculture par suite d’une composition organique du
              capital plus basse que dans l’industrie, et les propriétaires terriens se
              l’approprient en vertu de la propriété privée de la terre.</p>
              <p rend="alinéa">Outre la rente différentielle et la rente absolue, il
              existe en régime capitaliste, une rente monopole. La <emph>rente
              monopole</emph> est le revenu additionnel obtenu du fait que le prix d’une
              marchandise, produite dans des conditions naturelles particulièrement
              favorables, est supérieur à sa valeur. Telle est, par exemple, la rente pour
              les terres qui permettent de produire des cultures agricoles rares en
              quantité limitée (par exemple, des variétés particulièrement précieuses de
              raisin, des agrumes, etc.), et la rente pour l’usage de l’eau dans les
              régions de cultures irriguées. Les marchandises produites dans ces conditions
              se vendent, en règle générale, à des prix supérieurs à leur valeur,
              c’est-à-dire à des prix de monopole. C’est le consommateur qui fait les frais
              de la rente monopole dans l’agriculture.</p>
              <p rend="alinéa">La classe des grands propriétaires terriens, qui n’ont
              aucun rapport avec la production matérielle, par suite du monopole de la
              propriété privée de la terre, met à profit les progrès techniques dans
              l’agriculture pour s’enrichir. La rente foncière est un
              <emph>tribut</emph> que la société, en régime capitaliste, est tenue de
              payer aux grands propriétaires terriens. L’existence de la rente absolue et
              de la rente monopole renchérit les produits agricoles : denrées
              alimentaires pour les ouvriers, matières premières pour l’industrie.
              L’existence de la rente différentielle dépouille la société de tous les
              avantages liés à une productivité plus élevée du travail sur les terres
              fertiles. Ces avantages reviennent aux propriétaires terriens et aux fermiers
              capitalistes. On peut se faire une idée du fardeau de la rente foncière pour
              la société, quand on voit qu’aux États-Unis, d’après les chiffres de
              1935-1937, elle représentait 26 à 29 % du prix du maïs, 26 à 36 %
              du prix du froment.</p>
              <p rend="alinéa">Les sommes énormes consacrées à l’achat de la terre sont
              retirées de leur emploi productif dans l’agriculture. Si l’on excepte les
              installations et les améliorations artificielles (constructions, irrigation,
              assèchement des marais, emploi d’engrais), la terre par elle-même n’a pas de
              valeur, puisqu’elle n’est pas le produit du travail humain. Toutefois la
              terre, bien qu’elle n’ait pas de valeur, est en régime capitaliste un objet
              de vente et d’achat et possède un prix. Cela s’explique par le fait que la
              terre est accaparée par les propriétaires qui en font leur propriété
              privée.</p>
              <p rend="alinéa">Le prix du terrain est déterminé en fonction de la rente
              annuelle qu’il produit et du taux d’intérêt que la banque paye pour les
              dépôts. Le prix de la terre est égal à la somme d’argent qui, déposée en
              banque, fournit à titre d’intérêt un revenu de la même grandeur que la rente
              prélevée sur le terrain considéré. Supposons qu’un terrain rapporte 300
              dollars de rente par an, et que la banque paye 4 % d’intérêt pour les
              dépôts. Dans ce cas, le prix du terrain sera de
                <math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
                  <mrow>
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                      <mrow><mn>300</mn><mo>×</mo><mn>100</mn></mrow>
                      <mn>4</mn>
                    </mfrac>
                    <mo>=</mo>
                    <mn>7 500</mn>
                  </mrow>
                </math> dollars. Le <emph>prix de la terre</emph> est donc une
              <emph>rente capitalisée</emph>. Le prix de la terre est d’autant plus élevé
              que la rente est plus forte et que le taux d’intérêt est plus bas.</p>
              <p rend="alinéa">Avec le développement du capitalisme, la grandeur de la
              rente s’élève. Cela entraîne une hausse systématique des prix de la terre.
              Les prix de la terre augmentent également par suite de la baisse du taux de
              l’intérêt.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les chiffres suivants donnent une idée de la hausse des
              prix de la terre. Le prix des fermes aux États-Unis a augmenté en 10 ans (de
              1900 à 1910) de plus de 20 milliards de dollars. Sur cette somme,
              l’augmentation de la valeur du matériel, des bâtiments, etc., ne représente
              que 5 milliards de dollars, les 15 milliards de dollars qui restent
              proviennent de la hausse du prix de la terre. Au cours des dix années
              suivantes, le prix global des fermes a augmenté de 37 milliards de dollars,
              dont plus de 26 milliards proviennent de la hausse du prix de la terre.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="4" xml:id="chap14sect04">
              <head>14.4. La rente dans l’industrie extractive. La rente sur
              les terrains à bâtir.</head>
              <p rend="alinéa">La rente foncière n’existe pas seulement dans
              l’agriculture. Elle est perçue par les propriétaires des terrains, dont le
              sous-sol fournit des minéraux utiles (minerais, charbon, pétrole, etc.),
              ainsi que par les propriétaires des terrains à bâtir dans les villes et les
              centres industriels, lorsqu’on y construit des maisons d’habitation, des
              entreprises industrielles et commerciales, des édifices publics, etc.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>rente dans l’industrie
              extractive</emph> se forme exactement de la même manière que la rente foncière.
              Les mines, les gisements de pétrole diffèrent par leur richesse, la
              profondeur des gisements, par l’éloignement des débouchés ; des capitaux
              de grandeur différente y sont investis. Aussi le prix individuel de
              production de chaque tonne de minerai, de charbon, de pétrole diffère-t-il du
              prix général de production. Mais sur le marché chacune de ces marchandises
              est vendue au prix général de production, déterminé par les conditions de
              production les plus défavorables. Le surprofit obtenu de ce fait, dans les
              gisements les meilleurs et dans les gisements moyens, forme une rente
              différentielle que s’approprie le propriétaire terrien.</p>
              <p rend="alinéa">En outre, les propriétaires terriens prélèvent sur chaque
              terrain, indépendamment de la présence des minéraux utiles que recèle son
              sous-sol, la rente absolue. Elle constitue, comme on l’a déjà vu, l’excédent
              de la valeur sur le prix général de production. L’existence de cet excédent
              s’explique par le fait que, dans l’industrie extractive, la composition
              organique du capital, par suite du niveau relativement bas de la mécanisation
              et de l’absence des frais nécessités par les achats de matières premières,
              est inférieure au niveau moyen de l’industrie. La rente absolue augmente les
              prix du minerai, du charbon, du pétrole, etc.</p>
              <p rend="alinéa">Enfin, il existe, dans l’industrie extractive, une rente
              monopole sur les terrains où l’on extrait des minéraux extrêmement rares qui
              se vendent à des prix supérieurs à la valeur de leur extraction.</p>
              <p rend="alinéa">La rente foncière perçue par les gros propriétaires
              terriens sur les mines et les exploitations pétrolières empêche l’utilisation
              rationnelle du sous-sol. La propriété privée du sol détermine le morcellement
              des entreprises de l’industrie extractive, ce qui rend difficile la
              mécanisation et aboutit à renchérir la production.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>rente sur les terrains à bâtir</emph>
              est payée au propriétaire par les entrepreneurs qui louent la terre pour y
              construire des immeubles d’habitation, des entreprises industrielles,
              commerciales et autres. La plus grande partie de la rente foncière dans les
              villes est constituée par la rente des terrains occupés par les immeubles
              d’habitation. L’emplacement des terrains à bâtir exerce une influence énorme
              sur le montant de la rente différentielle. Les terrains situés plus près du
              centre de la ville et des entreprises industrielles fournissent la rente la
              plus élevée. C’est l’une des raisons pour lesquelles, dans les grandes villes
              des pays capitalistes, les logements s’entassent, les rues sont étroites, etc.</p>
              <p rend="alinéa">Outre la rente différentielle et absolue, les possesseurs
              de terrains urbains, profitant du nombre extrêmement limité des terrains dans
              beaucoup de villes et de centres industriels, lèvent sur la société un tribut
              sous forme de rente monopole, ce qui élève considérablement le prix des
              loyers. Avec l’accroissement de la population des villes, les détenteurs de
              terrains urbains font monter en flèche la rente sur les terrains à bâtir, ce
              qui freine la construction des logements. Une partie importante de la
              population ouvrière est obligée de s’entasser dans des taudis. La hausse
              constante des loyers diminue le salaire réel des ouvriers.</p>
              <p rend="alinéa">Le monopole de la propriété privée du sol freine le
              développement de l’industrie. Pour construire une entreprise industrielle, le
              capitaliste doit faire des dépenses improductives pour l’achat d’un terrain
              ou le paiement de la rente foncière d’un terrain loué. La rente foncière
              constitue un poste important des dépenses de l’industrie de
              transformation.</p>
              <p rend="alinéa smaller">On peut juger de l’importance de la rente foncière sur les
              terrains à bâtir, par le fait que sur la somme totale de la rente de 155
              millions de livres sterling, touchée chaque année par les landlords anglais
              entre 1930 et 1940, 100 millions de livres sterling provenaient de la rente
              foncière des villes. Les prix du terrain dans les grandes villes augmentent
              rapidement.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="5" xml:id="chap14sect05">
              <head>14.5. La grande et la petite production agricole.</head>
              <p rend="alinéa">Les lois économiques du développement du capitalisme sont
              les mêmes pour l’industrie et l’agriculture. La concentration de la
              production, dans l’agriculture comme dans l’industrie, aboutit à
              l’élimination des petites exploitations par les grandes exploitations
              capitalistes, ce gui a pour effet d’aggraver inévitablement les antagonismes
              de classe. Les défenseurs du capitalisme ont intérêt à atténuer et à masquer
              ce processus. Pour falsifier la réalité, ils ont créé la fausse théorie de
              « la stabilité de la petite exploitation paysanne ». Suivant cette
              théorie, la petite exploitation paysanne conserverait sa stabilité dans la
              lutte contre les grandes exploitations.</p>
              <p rend="alinéa">Mais en réalité, la grande production agricole possède une
              série d’avantages décisifs sur la petite. C’est avant tout qu’elle a la
              possibilité d’employer des machines coûteuses (tracteurs,
              moissonneuses-batteuses, etc.) qui augmentent considérablement la
              productivité du travail. Avec le mode de production capitaliste, les moyens
              mécaniques sont concentrés entre les mains des grands fermiers capitalistes
              et restent inaccessibles aux couches laborieuses de la campagne.</p>
              <p rend="alinéa">La grande production jouit de tous les avantages de la
              coopération capitaliste et de la division du travail. Un de ses avantages
              importants est son rendement marchand élevé. Les grandes et les très grandes
              entreprises agricoles aux États-Unis fournissent la majeure partie de
              l’ensemble de la production agricole marchande, tandis que la masse des
              fermiers n’exploite guère que pour sa propre consommation ; ils n’ont
              même pas assez de leur production pour satisfaire les besoins immédiats de
              leur famille.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">De par sa nature, la propriété parcellaire exclut le développement de la
                  productivité sociale du travail, les formes sociales du travail, la
                  concentration sociale des capitaux, l’élevage en grand, l’utilisation
                  progressive de la science.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  K. Marx,
                  <title>Le Capital</title>, livre 3, chap. 47.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Cependant, le développement de la grande production et
              l’élimination de la petite production dans l’agriculture ont leurs
              particularités. Les grandes entreprises agricoles capitalistes se développent
              principalement dans le sens d’une intensification de l’agriculture. Souvent
              une exploitation d’une petite superficie constitue une grande entreprise
              capitaliste par le volume de sa production globale et de sa production
              marchande. La concentration de la production agricole dans de grandes
              exploitations capitalistes s’accompagne souvent d’un accroissement numérique
              des toutes petites exploitations paysannes. L’existence d’un nombre important
              de ces toutes petites exploitations, dans les pays capitalistes hautement
              évolués, s’explique par le fait que les capitalistes ont intérêt au maintien
              d’ouvriers agricoles ayant un petit lopin de terre, afin de les
              exploiter.</p>
              <p rend="alinéa">Le développement de la grande production agricole
              capitaliste accentue la différenciation de la paysannerie, en augmentant la
              servitude, la paupérisation et la ruine de millions de petites et de moyennes
              exploitations paysannes.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Dans la Russie tsariste, avant la Révolution d’Octobre, on
              comptait parmi les exploitations paysannes 65 % d’exploitations de
              paysans pauvres, 20 % de paysans moyens et 15 % de koulaks. En
              France, le nombre de propriétaires terriens est tombé de
              7 000 000-7 500 000 en 1850 à 2 700 000 en 1929
              par suite de l’expropriation des petites exploitations paysannes
              parcellaires ; le nombre des prolétaires et semi-prolétaires atteignait
              en 1929 près de 4 millions dans l’agriculture française.</p>
              <p rend="alinéa">La petite exploitation agricole se maintient au prix
              d’incroyables privations, du gaspillage du travail de l’agriculteur et de
              toute sa famille. Le paysan a beau s’exténuer pour garder une indépendance
              illusoire, il perd sa terre et se ruine.</p>
              <p rend="alinéa">Un grand rôle dans la dépossession de la paysannerie
              appartient au crédit hypothécaire. Le <emph>crédit
              hypothécaire</emph> est un prêt gagé sur la terre et les biens immobiliers.
              Lorsque le cultivateur, qui exploite son propre terrain, a des besoins
              pressants d’argent (par exemple, pour payer ses impôts), il demande un prêt à
              une banque. Souvent, il demande un prêt pour l’achat d’un terrain. La banque
              délivre une certaine somme gagée sur le terrain. Si l’argent n’est pas
              remboursé à temps, la terre devient propriété de la banque. En réalité, la
              banque devient son véritable propriétaire bien avant, car le débiteur est
              obligé de lui rembourser sous forme d’intérêt une partie importante du revenu
              de cette terre. Sous forme d’intérêt, le paysan verse en fait à la banque une
              rente foncière pour son propre terrain.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La dette hypothécaire des fermiers américains en 1910
              était de 3,2 milliards de dollars et en 1940, de 6,6 milliards de dollars.
              D’après les chiffres de 1936, l’intérêt du crédit et les impôts constituaient
              environ 45 % du revenu net des fermiers.</p>
              <p rend="alinéa smaller">L’endettement vis-à-vis des
              banques est un véritable fléau pour la petite exploitation agricole. Le
              pourcentage des fermes hypothéquées aux États-Unis était en 1890 de
              28,2 %, et en 1940 de 43,8 %.</p>
              <p rend="alinéa">Chaque année un grand nombre d’exploitations paysannes
              hypothéquées sont vendues aux enchères. Les paysans ruinés sont chassés de
              leur terre. L’accroissement des dettes contractées par les paysans illustre
              le processus de séparation de la propriété terrienne d’avec la production
              agricole, sa concentration dans les mains des grands propriétaires terriens
              et la transformation du producteur indépendant en fermier ou en ouvrier
              salarié.</p>
              <p rend="alinéa">Un nombre considérable de petits paysans prend à bail, chez
              les gros propriétaires terriens, des parcelles de terres de peu d’étendue à
              des conditions très dures. La bourgeoisie rurale en prend à bail afin de
              produire pour le marché et d’en tirer bénéfice C’est
              l’<emph>affermage d’entreprise</emph>. Le petit fermier paysan est obligé de
              louer un lopin de terre pour pouvoir manger. C’est ce qu’on peut appeler
              l’<emph>affermage d’alimentation ou de famine</emph>. Le montant
              du loyer à l’hectare est généralement plus élevé pour les petits terrains que
              pour les grands. Le fermage du petit paysan engloutit souvent non seulement
              la totalité de son surtravail, mais aussi une fraction de son travail
              nécessaire. Les rapports d’affermage s’entremêlent ici avec les survivances
              du servage. La survivance la plus répandue de la féodalité dans les
              conditions du capitalisme est le <emph>métayage</emph>, dans
              lequel le paysan paye en nature, pour sa redevance, jusqu’à la moitié et plus
              de la récolte rentrée.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Aux États-Unis, en 1950, 57,5 % des cultivateurs
              étaient propriétaires de leurs terres et 26,5 % étaient fermiers. En
              outre, 15,6 % de l’ensemble des cultivateurs étaient des
              « propriétaires partiels », c’est-à-dire qu’ils étaient également
              obligés de louer une certaine partie de la terre cultivée par eux. Environ la
              moitié des paysans qui louent de la terre sont des métayers. Bien que
              l’esclavage aux États-Unis ait été officiellement aboli au siècle précédent,
              des survivances de l’esclavage, notamment en ce qui concerne les métayers
              noirs, subsistent encore aujourd’hui.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En France, il existe un grand nombre de métayers. Outre la
              redevance en nature, qui comprend la moitié de la récolte et même davantage
              dans certains cas, ils sont souvent obligés de ravitailler le propriétaire en
              produits de leur propre exploitation : fromage, beurre, œufs, volailles, etc.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="6" xml:id="chap14sect06">
              <head>14.6. L’aggravation de l’opposition entre la ville et la
              campagne.</head>
              <p rend="alinéa">Un trait caractéristique du mode de production capitaliste
              est le retard marqué de l’agriculture sur l’industrie, l’aggravation de
              l’opposition entre la ville et la campagne.</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">Dans son développement, l’agriculture retarde sur l’industrie :
                    c’est là un phénomène propre à <emph>tous</emph> les pays capitalistes
                    et qui est l’une des causes les plus profondes de la rupture de la
                    proportionnalité entre les différentes branches de l’économie nationale,
                    des crises et de la hausse du coût de la vie.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « Nouvelles données sur les lois du
                    développement du capitalisme dans l’agriculture »,
                    <title>Œuvres</title>, t. 22, p. 100.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">L’agriculture en régime capitaliste retarde sur l’industrie
              avant tout par le niveau des forces productives. Le progrès technique se
              réalise dans l’agriculture avec beaucoup plus de lenteur que dans
              l’industrie. On n’emploie les machines que dans les grandes exploitations,
              tandis que les exploitations paysannes à petite production marchande sont
              incapables d’en faire usage. D’autre part, l’emploi capitaliste des machines
              conduit à un renforcement de l’exploitation et à la ruine du petit
              producteur. L’emploi des machines en grand dans l’agriculture est retardé par
              suite du bon marché de la main-d’œuvre, conséquence de la surpopulation
              agraire.</p>
              <p rend="alinéa">Le capitalisme a considérablement accentué le retard de la
              campagne sur la ville dans le domaine <emph>culturel</emph>. Les
              villes sont des foyers scientifiques et artistiques. C’est là que se trouvent
              concentrés les établissements d’enseignement supérieur, les musées, les
              théâtres, les cinémas. Et ce sont les classes exploiteuses qui profitent des
              richesses de cette culture. Les masses prolétariennes ne peuvent profiter que
              médiocrement du progrès culturel des villes. Quant aux masses de la
              population paysanne des pays capitalistes, elles sont coupées des centres
              urbains et sont condamnées à rester en retard au point de vue culturel.</p>
              <p rend="alinéa">La base économique de l’opposition entre la ville et la
              campagne en régime capitaliste est l’exploitation du village par la ville,
              l’expropriation de la paysannerie et la ruine de la majorité de la population
              rurale par tout le cours du développement de l’industrie, du commerce et du
              système de crédit capitalistes. La bourgeoisie des villes, avec les
              capitalistes-fermiers et les propriétaires fonciers, exploite les millions de
              paysans. Les formes de cette exploitation sont multiples : la
              bourgeoisie industrielle et les commerçants exploitent la campagne grâce aux
              prix élevés des produits industriels et aux prix relativement bas des
              produits agricoles ; les banques et les usuriers, par l’octroi de
              crédits à des conditions draconiennes ; l’État bourgeois, par ses impôts
              de tout genre. Les sommes énormes que les grands propriétaires terriens
              s’approprient en prélevant la rente et en vendant la terre, les ressources
              que perçoivent les banques sous forme d’intérêts pour les prêts
              hypothécaires, etc., sont détournées de la campagne vers la ville pour la
              consommation parasite des classes exploiteuses.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi, les causes du retard de l’agriculture sur
              l’industrie, l’approfondissement et l’aggravation de l’opposition entre la
              ville et la campagne résident dans le système même du capitalisme.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="7" xml:id="chap14sect07">
              <head>14.7. La propriété privée de la terre et la
              nationalisation de la terre.</head>
              <p rend="alinéa">Avec le développement du capitalisme, la propriété privée
              de la terre prend un caractère de plus en plus parasite. La classe des grands
              propriétaires terriens accapare, sous forme de rente foncière, une part
              immense des revenus provenant de l’agriculture. Une partie considérable de
              ces revenus est, par le prix de la terre, retirée de l’économie rurale et
              tombe entre les mains des grands propriétaires terriens. Tout cela entrave le
              progrès des forces productives et fait monter les prix des produits
              agricoles, ce qui pèse lourdement sur les épaules des travailleurs. Il en
              résulte que « la nationalisation de la terre est devenue une nécessité
              sociale » (<bibl>K. Marx, « La nationalisation de la terre », dans K. Marx et F. Engels,
              <title>Œuvres</title>, t. 13, 1<hi rend="ordinal">re</hi> partie,
              p. 341 (en russe).</bibl>) La <emph>nationalisation de la
              terre</emph> est la transformation de la propriété privée de la terre en
              propriété de l’État.</p>
              <p rend="alinéa">En justifiant la nationalisation de la terre, Lénine
              partait de l’existence de deux sortes de monopoles : le monopole de la
              propriété privée de la terre et le monopole de la terre en tant qu’objet
              d’exploitation. Nationaliser la terre, c’est supprimer le monopole de la
              propriété privée de la terre et la rente absolue qui s’y rattache. La
              suppression de la rente absolue amènerait la baisse des prix des produits
              agricoles. Mais la rente différentielle continuerait à exister, car elle est
              liée au monopole de la terre en tant qu’objet d’exploitation. Dans le cadre
              du capitalisme, en cas de la nationalisation de la terre, une partie
              importante de la rente différentielle serait mise à la disposition de l’État
              bourgeois. La nationalisation de la terre écarterait une série d’obstacles
              sur la voie du développement du capitalisme dans l’agriculture, obstacles
              dressés par la propriété privée de la terre, et affranchirait la paysannerie
              des survivances féodales du servage.</p>
              <p rend="alinéa">Le mot d’ordre de nationalisation de la terre a été formulé
              par le Parti communiste dès la première révolution russe de 1905-1907. La
              nationalisation de la terre impliquait la confiscation sans indemnité de
              toute la terre des gros propriétaires fonciers au profit des paysans.</p>
              <p rend="alinéa">Lénine n’estimait possible la nationalisation de la terre
              dans le cadre de la révolution démocratique bourgeoise qu’avec
              l’établissement de la dictature démocratique révolutionnaire du prolétariat
              et de la paysannerie. La nationalisation de la terre en tant que mot d’ordre
              de la révolution démocratique bourgeoise ne renferme en soi rien de
              socialiste. Mais l’abolition de la grande propriété terrienne renforce
              l’alliance du prolétariat avec les masses de la paysannerie, déblaie le
              terrain de la lutte de classes entre prolétariat et bourgeoisie. La
              nationalisation de la terre en ce cas aide le prolétariat, allié avec la
              paysannerie pauvre, dans sa lutte pour la transformation de la révolution
              démocratique bourgeoise en révolution socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">Développant la théorie marxiste de la rente, Lénine a
              montré que la nationalisation de la terre, dans le cadre de la société
              bourgeoise, n’est réalisable que dans la période des révolutions bourgeoises
              et est « inconcevable si la lutte des classes s’aggrave fortement entre
              le prolétariat et la bourgeoisie ». (<bibl>V. Lénine : « Le
              programme agraire de la social-démocratie dans la première révolution russe
              de 1905-1907 », Œuvres, t. 13, p. 336.</bibl>)
              À l’époque du capitalisme développé, lorsque la révolution socialiste
              est à l’ordre du jour, la nationalisation du sol ne peut être réalisée dans
              le cadre de la société bourgeoise pour les raisons suivantes :
              Premièrement, la bourgeoisie n’ose pas liquider la propriété privée de la
              terre, craignant qu’avec la montée du mouvement révolutionnaire du
              prolétariat, cela puisse ébranler les fondements de la propriété privée en
              général. En second lieu, les capitalistes se sont eux-mêmes pourvus de
              propriété terrienne. Les intérêts de la classe de la bourgeoisie et de la
              classe des propriétaires fonciers s’enchevêtrent de plus en plus. Dans la
              lutte contre le prolétariat et la paysannerie, ils agissent toujours de
              concert.</p>
              <p rend="alinéa">Tout le cours du développement historique du capitalisme
              confirme que, dans la société bourgeoise, les masses essentielles de la
              paysannerie, férocement exploitées par les capitalistes, les propriétaires
              fonciers, les usuriers et les marchands, sont fatalement vouées à la ruine et
              à la misère. En régime capitaliste, les petits paysans ne peuvent espérer
              voir leur situation s’améliorer. Inéluctablement la lutte des classes
              s’accentue à la campagne.</p>
              <p rend="alinéa">Les intérêts vitaux des masses fondamentales de la
              paysannerie concordent avec les intérêts du prolétariat. C’est là la base
              économique de l’alliance du prolétariat et de la paysannerie laborieuse dans
              leur lutte commune contre le régime capitaliste.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume"  n="14" xml:id="chap14resume">
              <head>Résumé du chapitre 14</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
                <item>
                  <p rend="alinéa">Le régime capitaliste de l’agriculture est caractérisé par le
                  fait que, premièrement, la plus grande partie de la terre est concentrée
                  entre les mains de grands propriétaires fonciers, qui donnent la terre à
                  bail ; deuxièmement, les fermiers capitalistes organisent leur
                  production sur la base de l’exploitation d’ouvriers salaries ;
                  troisièmement, une classe nombreuse de petits et moyens paysans participe à
                  la propriété privée des moyens de production, et aussi de la terre.
                  L’agriculture des pays bourgeois, malgré les progrès du. capitalisme, est
                  encore très morcelée entre petits et moyens propriétaires paysans, qui sont
                  exploités par les capitalistes et les propriétaires fonciers.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">La rente foncière capitaliste est une partie de la plus-value
                  créée par les ouvriers salariés dans l’agriculture ; elle représente
                  un excédent sur le profit moyen, excédent que le fermier capitaliste verse
                  au propriétaire du sol pour le droit de jouir de la terre. L’existence de
                  la rente foncière capitaliste est liée à l’existence d’un double monopole.
                  Le monopole de l’exploitation capitaliste sur la terre en tant qu’objet
                  d’exploitation dérive de la quantité limitée des terres, de l’occupation de
                  celle-ci par diverses exploitations et de ce fait le prix de production de
                  la marchandise agricole est déterminé par les conditions de production les
                  plus mauvaises. Le surprofit, provenant des meilleures terres ou d’une
                  dépense plus productive de capital, forme la rente différentielle. Le
                  monopole de la propriété privée de la terre, la composition organique du
                  capital étant plus basse dans l’agriculture que la composition du capital
                  dans l’industrie, engendre la rente absolue. Avec le développement du
                  capitalisme, augmentent les taux de toutes les formes de rente, ainsi que
                  le prix de la terre qui représente la rente capitalisée.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">Dans l’agriculture comme dans l’industrie, la grande production
                  supplante la petite. Cependant la grande production mécanique, même dans
                  les pays capitalistes les plus développés, se répand dans l’agriculture
                  avec beaucoup plus de lenteur que dans l’industrie. Ce n’est qu’au prix
                  d’un effort immense et exténuant, d’un abaissement rapide du niveau de vie
                  du petit paysan et de sa famille, que se maintient dans les pays
                  capitalistes la masse des petites exploitations paysannes, que caractérise
                  une extrême instabilité.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">Le capitalisme engendre inévitablement un retard grandissant de l’agriculture
                  sur l’industrie, approfondit et aggrave l’opposition entre la ville et la
                  campagne. Le monopole de la propriété privée de la terre détourne de
                  l’agriculture, sous forme de rente foncière et de dépenses improductives
                  pour l’achat de la terre, d’immenses ressources qui vont à la consommation
                  parasite de la classe des propriétaires terriens et retardent le
                  développement des forces productives de l’économie rurale.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">Les masses essentielles de la paysannerie en régime capitaliste
                  sont vouées à la ruine et à la paupérisation. Les intérêts vitaux du
                  prolétariat et des masses exploitées de la paysannerie sont les mêmes.
                  C’est seulement dans l’alliance avec le prolétariat et sous sa direction,
                  par une révolution qui détruira le régime capitaliste, que la paysannerie
                  laborieuse peut se libérer de l’exploitation et de la misère.</p>
                </item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3 n="15" type="chapitre" xml:id="chap15">
            <head>Chapitre 15 — Le revenu national</head>
            <div4 type="section" n="1" xml:id="chap15sect01">
              <head>15.1. Le produit social total et le revenu national.</head>
              <p rend="alinéa">Toute la masse des biens matériels produits dans la société
              dans une période déterminée, par exemple en l’espace d’un an, forme le
              <emph>produit social total</emph> (ou produit global). Une partie
              de ce produit, équivalente à la valeur du capital constant consommé, sert
              dans le processus de reproduction à compenser les moyens de production
              dépensés. Le coton transformé à la fabrique est compensé par des lots de
              coton provenant de la récolte de l’année en cours. À la place du combustible
              brûlé sont livrées de nouvelles quantités de charbon et de pétrole. Les
              machines mises hors d’usage sont remplacées par d’autres. La partie restante
              du produit social total constitue la valeur nouvelle créée par la classe
              ouvrière dans le cours de la production.</p>
              <p rend="alinéa">La partie du produit social total dans laquelle se trouve
              incarnée la valeur nouvellement créée, est le <emph>revenu
              national</emph>. Le revenu national dans la société capitaliste est équivalent
              par conséquent à la valeur du produit social total moins la valeur des moyens
              de production dépensés dans l’année, ou, en d’autres termes, il est égal à la
              somme du capital variable et de la plus-value. Sous sa forme matérielle, le
              revenu national est constitué par toute la masse des objets de consommation
              personnelle et par la partie des moyens de production qui sert à
              l’élargissement de la production. Ainsi, le revenu national se présente comme
              la somme de la <emph>valeur</emph> nouvellement créée en l’espace
              d’un an ; comme la masse des biens matériels de toute sorte, la partie
              du <emph>produit</emph> social total dans laquelle est incarnée la
              valeur nouvellement créée.</p>
              <p rend="alinéa">Si, par exemple, dans un pays, il a été produit au cours
              d’un an pour 90 milliards de dollars ou de marks de marchandises, dont 60
              milliards servent à compenser les moyens de production dépensés au cours de
              l’année, le revenu national créé en l’espace d’un an équivaudra à 30
              milliards. Il existe en régime capitaliste une masse de petits producteurs,
              paysans et artisans, dont le travail crée également une partie déterminée du
              produit social total. Le revenu national du pays comprend donc aussi la
              valeur nouvellement créée durant la période donnée par les paysans et les
              artisans.</p>
              <p rend="alinéa">Le produit social total et, par suite, le revenu national,
              sont créés par les travailleurs occupés dans les branches de la
              <emph>production matérielle</emph>. Ce sont toutes les branches dans
              lesquelles sont produits les biens matériels : industrie, agriculture,
              construction, transports, etc. Dans les branches <emph>non
              productives</emph>, qui comprennent l’appareil d’État, le crédit, le commerce
              (à l’exception des opérations qui prolongent le processus de production dans
              la sphère de la circulation), les services médicaux, les spectacles, etc., il
              n’est pas créé de revenu national.</p>
              <p rend="alinéa">Dans les pays capitalistes, une partie très importante de
              la population apte au travail, non seulement ne crée pas de produit social et
              de revenu national, mais ne participe à aucun travail socialement utile. Ce
              sont avant tout les classes exploiteuses et leur cortège de parasites, le
              gigantesque appareil bureaucratique et policier, militariste, etc., qui
              assure la garde du système de l’esclavage salarié capitaliste. Une grande
              partie de la force de travail est dépensée sans aucune utilité pour la
              société. Ainsi, des dépenses improductives énormes sont liées à la
              concurrence, à une spéculation effrénée, à une publicité démesurément
              gonflée.</p>
              <p rend="alinéa">L’anarchie de la production capitaliste, les crises
              économiques dévastatrices, le sous-emploi important de l’appareil de
              production réduisent considérablement l’utilisation de la main-d’œuvre. Des
              masses énormes de travailleurs, en régime capitaliste, n’ont pas la
              possibilité de travailler. Dans les pays bourgeois, le nombre de chômeurs
              totaux inscrits dans les villes, dans la période de 1930 à 1938, n’a jamais
              été inférieur à 14 millions. Au fur et à mesure que le capitalisme se
              développe, l’appareil d’État s’hypertrophie, le nombre de personnes au
              service de la bourgeoisie augmente, la part de la population occupée dans la
              sphère de la production matérielle diminue, et l’on voit augmenter
              considérablement la proportion des gens qui sont occupés dans la sphère de la
              circulation. L’armée des chômeurs grandit, la surpopulation agraire
              s’accentue. Tout cela a pour effet de limiter à l’extrême l’accroissement du
              produit social total et du revenu national dans la société bourgeoise.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Aux États-Unis, les branches de la production matérielle
              occupaient en 1910 43,9 % du total de la population apte au
              travail ; en 1930, 35,5 % ; en 1950, environ 34 %.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Aux États-Unis, le rythme d’accroissement annuel du revenu
              national, durant les trente dernières années du siècle dernier, était en moyenne de
              4,7 % ; dans la période comprise entre 1900 et 1919, de
              2,8 % ; de 1920 à 1938, de 1 %, et dans les années qui
              suivirent la deuxième guerre mondiale (de 1945 à 1954), de 0,7 %.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="2" xml:id="chap15sect02">
              <head>15.2. La répartition du revenu national.</head>
              <p rend="alinéa">À chaque mode de production correspondent des formes de
              répartition historiquement définies. La répartition du revenu national en
              régime capitaliste est déterminée par le fait que la propriété des moyens de
              production est concentrée entre les mains des capitalistes et des
              propriétaires fonciers qui exploitent le prolétariat et la paysannerie. Dès
              lors, la répartition du revenu national s’opère non pas dans l’intérêt des
              travailleurs, mais dans celui des classes exploiteuses.</p>
              <p rend="alinéa">En régime capitaliste, le revenu national créé par le
              travail des ouvriers va d’abord aux capitalistes exploitants (y compris les
              entrepreneurs capitalistes dans l’agriculture). Les capitalistes industriels,
              en réalisant les marchandises produites, perçoivent toute la somme de leur
              valeur, y compris la somme du capital variable et de la plus-value. Le
              capital variable se transforme en <emph>salaire</emph>, que les
              capitalistes industriels paient aux ouvriers occupés dans la production. La
              plus-value reste aux mains des capitalistes industriels ; c’est elle qui
              est la source des revenus de tous les groupes des classes exploiteuses. Une
              partie de la plus-value se transforme <emph>en profit des
              capitalistes industriels</emph>. Ils cèdent une partie de la plus-value aux
              capitalistes commerçants sous la forme du <emph>profit
              commercial</emph> et aux banquiers sous la forme de
              l’<emph>intérêt</emph>. Ils remettent une partie de la plus-value aux
              propriétaires terriens, sous la forme de la <emph>rente
              foncière</emph>. Cette répartition du revenu national, entre les diverses
              classes de la société capitaliste, peut être représentée schématiquement de
              la façon suivante (en milliards de dollars ou de francs) :</p>
              <p rend="formule centralign">
                <figure xml:id="chap15sect02page219">
                  <svg
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                      <style type="text/css">
                      text {font-size: 14px;}
                      </style>
                      <marker id="pointe219" viewBox="0 0 10 10" refX="1" refY="5"
                      markerUnits="strokeWidth" orient="auto" markerWidth="8" markerHeight="8">
                        <polyline points="0,0 10,5 0,10 1,5" fill="black"></polyline>
                      </marker>
                    </defs>
                    <!-- <rect x="1" y="1" width="768" height="312" fill="none"
                    stroke="blue" stroke-width="1"/> -->
                    <g id="fig219prodtotal" transform="translate(10,95)">
                      <rect x="0" y="0" width="75" height="125"
                      fill="none" stroke="black" stroke-width="1"/>
                      <text id="fig219role" transform="translate(10,20)">
                        Produit
                        <tspan x="6" dy="32" id="fig167role1">social</tspan>
                        <tspan x="10" dy="32" id="fig167role2">total</tspan>
                        <tspan x="19" dy="32" id="fig167role3">90</tspan>
                      </text>
                    </g>
                    <g id="partage1">
                      <line x1="87" y1="155" x2="210" y2="155"
                      style="stroke:black; stroke-width:1"/>
                      <line x1="210" y1="155" x2="210" y2="130"
                      style="stroke:black; stroke-width:1"
                      marker-end="url(#pointe219)"/>
                      <line x1="210" y1="155" x2="210" y2="180"
                      style="stroke:black; stroke-width:1"
                      marker-end="url(#pointe219)"/>
                    </g>
                    <g id="fig219colprespass" transform="translate(150,0)">
                      <g id="fig219revnat" transform="translate(0,60)">
                        <rect x="0" y="0" width="120" height="60"
                        fill="none" stroke="black" stroke-width="1"/>
                        <text transform="translate(30,20)">
              Revenu
              <tspan x="-1" dy="16">national</tspan>
              <tspan x="19" dy="16">30</tspan>
                        </text>
                      </g>
                      <g id="fig219amort" transform="translate(0,190)">
                        <rect x="0" y="0" width="120" height="92"
                        fill="none" stroke="black" stroke-width="1"/>
                        <text transform="translate(10,20)">
              Compensation
              <tspan x="13" dy="16">du capital</tspan>
              <tspan x="15" dy="16">constant</tspan>
              <tspan x="10" dy="16">consommé</tspan>
              <tspan x="39" dy="16">60</tspan>
                        </text>
                      </g>
                    </g>
                    <g id="partage2" transform="translate(185,-50)">
                      <line x1="87" y1="155" x2="210" y2="155"
                      style="stroke:black; stroke-width:1"/>
                      <line x1="210" y1="155" x2="210" y2="130"
                      style="stroke:black; stroke-width:1"
                      marker-end="url(#pointe219)"/>
                      <line x1="210" y1="155" x2="210" y2="182"
                      style="stroke:black; stroke-width:1"
                      marker-end="url(#pointe219)"/>
                    </g>
                    <g id="fig219coltravcap" transform="translate(337,0)">
                      <g id="fig219variable" transform="translate(0,10)">
                        <rect x="0" y="0" width="120" height="60"
                        fill="none" stroke="black" stroke-width="1"/>
                        <text transform="translate(30,20)">
              Capital
              <tspan x="-1" dy="16">variable</tspan>
              <tspan x="19" dy="16">10</tspan>
                        </text>
                      </g>
                      <g id="fig219plusvalue" transform="translate(0,142)">
                        <rect x="0" y="0" width="120" height="60"
                        fill="none" stroke="black" stroke-width="1"/>
                        <text transform="translate(20,20)">
              Plus-value
              <tspan x="29" dy="32">20</tspan>
                        </text>
                      </g>
                    </g>
                    <line x1="459" y1="40" x2="579" y2="40"
                    style="stroke:black; stroke-width:1"
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                    <line x1="459" y1="172" x2="519" y2="172"
                    style="stroke:black; stroke-width:1"/>
                    <line x1="519" y1="110" x2="519" y2="280"
                    style="stroke:black; stroke-width:1"/>
                    <line x1="519" y1="110" x2="579" y2="110"
                    style="stroke:black; stroke-width:1"
                    marker-end="url(#pointe219)"/>
                    <line x1="519" y1="172" x2="579" y2="172"
                    style="stroke:black; stroke-width:1"
                    marker-end="url(#pointe219)"/>
                    <line x1="519" y1="226" x2="579" y2="226"
                    style="stroke:black; stroke-width:1"
                    marker-end="url(#pointe219)"/>
                    <line x1="519" y1="280" x2="579" y2="280"
                    style="stroke:black; stroke-width:1"
                    marker-end="url(#pointe219)"/>
                    <g id="fig219colgroupes" transform="translate(590,0)">
                      <g id="fig219ouvriers" transform="translate(0,10)">
                        <rect x="0" y="0" width="170" height="60"
                        fill="none" stroke="black" stroke-width="1"/>
                        <text id="fig219role" transform="translate(18,20)">
              Salaire des ouviers
              <tspan x="0" dy="16" id="fig167role1">dans la production</tspan>
              <tspan x="52" dy="16" id="fig167role3">10</tspan>
                        </text>
                      </g>
                      <g id="fig219capital" transform="translate(0,80)">
                        <rect x="0" y="0" width="170" height="60"
                        fill="none" stroke="black" stroke-width="1"/>
                        <text id="fig219role" transform="translate(10,20)">
              Profit des capitalistes
              <tspan x="35" dy="16" id="fig167role1">industriels</tspan>
              <tspan x="60" dy="16" id="fig167role3">10</tspan>
                        </text>
                      </g>
                      <g id="fig219commerce" transform="translate(0,150)">
                        <rect x="0" y="0" width="170" height="44"
                        fill="none" stroke="black" stroke-width="1"/>
                        <text id="fig219role" transform="translate(20,20)">
              Profit commercial
              <tspan x="56" dy="16" id="fig167role3">3</tspan>
                        </text>
                      </g>
                      <g id="fig219interets" transform="translate(0,204)">
                        <rect x="0" y="0" width="170" height="44"
                        fill="none" stroke="black" stroke-width="1"/>
                        <text id="fig219role" transform="translate(50,20)">
              Intérêts
              <tspan x="26" dy="16" id="fig167role3">2</tspan>
                        </text>
                      </g>
                      <g id="fig219rente" transform="translate(0,258)">
                        <rect x="0" y="0" width="170" height="44"
                        fill="none" stroke="black" stroke-width="1"/>
                        <text id="fig219role" transform="translate(57,20)">
              Rente
              <tspan x="19" dy="16" id="fig167role3">5</tspan>
                        </text>
                      </g>
                    </g>
                  </svg>
                </figure>
              </p>
              <p rend="alinéa">La répartition comprend également la part du revenu
              national, qui a été créée dans la période considérée par le travail des
              paysans et des artisans : une partie reste aux paysans et aux
              artisans ; une autre va aux capitalistes (paysans riches, revendeurs,
              marchands, banquiers, etc.) ; la troisième, aux propriétaires
              terriens.</p>
              <p rend="alinéa">Les revenus des travailleurs reposent sur leur travail
              personnel et représentent les <emph>revenus du travail</emph>. La
              source des revenus des classes exploiteuses est le travail des ouvriers, et
              aussi des paysans et des artisans. Les revenus des capitalistes et des
              propriétaires fonciers reposent sur l’exploitation du travail d’autrui et
              constituent des <emph>revenus parasites</emph>.</p>
              <p rend="alinéa">Dans le cours de la répartition ultérieure du revenu
              national, les revenus parasites des classes exploiteuses augmentent. Une
              partie des revenus de la population — en premier lieu des classes laborieuses
              — est redistribuée par l’intermédiaire du budget d’État et utilisée dans
              l’intérêt des classes exploiteuses. Ainsi, une part des revenus des ouvriers
              et des paysans, qui sous forme d’impôts entre dans le budget d’État, se
              transforme ensuite en revenus additionnels des capitalistes et en revenu des
              fonctionnaires. Les charges fiscales, imposées par les classes exploiteuses
              aux travailleurs, augmentent rapidement.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En Angleterre, à la fin du 19<hi rend=
              "ordinal">e</hi> siècle, les impôts représentaient de 6 à 7 % du revenu
              national ; en 1913, 11 % ; en 1924, 23 % ; en
              1950,38 % ; en France, à la fin du
              19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, 10 % ; en 1913, 13 % ; en 1924, 21 % ;
              en 1950, 29 % du revenu national.</p>
              <p rend="alinéa">De plus, une part du revenu national est transmise, par
              voie de paiement de ce qu’on appelle les services, dans les branches non
              productives (par exemple, pour les services médicaux, les spectacles, les
              établissements d’entretien domestique, etc.) Comme on l’a déjà indiqué, il
              n’est pas créé de produit social dans ces branches, et, par suite, pas de
              revenu national ; mais les capitalistes, en exploitant les ouvriers
              salariés occupés dans ces secteurs, reçoivent une partie du revenu national
              créé dans les branches de la production matérielle. Avec ce revenu, les
              capitalistes, propriétaires d’entreprises des branches non productives,
              paient les salaires des travailleurs salariés, couvrent les dépenses
              matérielles (locaux, outillage, chauffage, etc.) et obtiennent un profit.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi, la rémunération des services doit compenser les
              frais de ces entreprises et assurer le taux moyen du profit, sinon les
              capitalistes cesseraient de placer leurs capitaux dans ces branches. Dans
              leur course au profit élevé, les capitalistes s’efforcent de faire monter le
              prix des services, ce qui aboutit à la baisse du salaire réel des ouvriers et
              des revenus réels des paysans.</p>
              <p rend="alinéa">La redistribution du revenu national par l’intermédiaire du
              budget et par les prix élevés des services a pour effet d’aggraver la
              paupérisation des travailleurs.</p>
              <p rend="alinéa">À l’issue de la répartition du revenu national, ce dernier
              se décompose en deux parties : 1<hi rend="ordinal">o</hi> le revenu des classes exploiteuses et
              2<hi rend="ordinal">o</hi> le revenu des travailleurs occupés tant dans les branches de la production
              matérielle que dans les branches non productives.</p>
              <p rend="alinéa">La part des ouvriers et des autres travailleurs de la ville
              et des campagnes, qui n’exploitent pas le travail d’autrui, dans le revenu
              national était égale aux États-Unis (en 1923) à 54 %, et la part des
              capitalistes, à 46 % ; en Angleterre (en 1924) la part des
              travailleurs était de 45 % ; celle des capitalistes, de
              55 % ; en Allemagne (en 1929) la part des travailleurs était de
              55 %, la part des capitalistes, de 45 %. À l’heure actuelle, dans
              les pays capitalistes, les travailleurs, qui forment les 9/10 de la
              population, reçoivent sensiblement moins de la moitié du revenu
              national ; tandis que les classes exploiteuses en reçoivent sensiblement
              plus.</p>
              <p rend="alinéa">La part des classes travailleuses dans le revenu national
              décroît sans cesse ; celle des classes exploiteuses augmente. Aux
              États-Unis, par exemple, la part des travailleurs dans le revenu national
              était en 1870, de 58 % ; en 1890, de 56 % ; en 1923, de
              54 % ; en 1951, à peu près de 40 %.</p>
              <p rend="alinéa">Le revenu national est utilisé en définitive à la
              consommation et à l’accumulation. L’utilisation du revenu national dans les
              pays bourgeois est déterminée par le caractère de classe du capitalisme et
              reflète le parasitisme sans cesse accentué des classes exploiteuses.</p>
              <p rend="alinéa">La part du revenu national destinée à la consommation
              personnelle des travailleurs, qui sont la principale force productive de la
              société, est si faible qu’elle n’assure en règle générale même pas le minimum
              vital. Une masse énorme d’ouvriers et de paysans travailleurs est obligée de
              se priver personnellement et de priver leurs familles du strict nécessaire,
              de s’entasser dans des masures, de priver leurs enfants d’instruction.</p>
              <p rend="alinéa">Une partie très importante du revenu national est destinée
              à la consommation parasite des capitalistes et des propriétaires terriens.
              Ils dépensent des sommes colossales pour l’achat d’objets de luxe et pour
              l’entretien d’une nombreuse domesticité.</p>
              <p rend="alinéa">En régime capitaliste, la part du revenu national destinée
              à élargir la production est très faible par rapport aux possibilités et aux
              besoins de la société. Ainsi, aux États-Unis, la part du revenu national
              destinée à l’accumulation, était entre 1919 et 1928, d’environ
              10 % ; pour la période comprise entre 1929 et 1938, l’accumulation
              n’a été en moyenne que de 2 % du revenu national des États-Unis, et dans
              les années de crise le capital fixe était entamé.</p>
              <p rend="alinéa">Le volume relativement faible de l’accumulation en régime
              capitaliste est déterminé par le fait qu’une partie considérable du revenu
              national va à la consommation parasite des capitalistes, à des dépenses
              improductives. Ainsi les frais de circulation atteignent des dimensions
              considérables : entretien de l’appareil commercial et de l’appareil de
              crédit, stockage des marchandises excédentaires, frais de publicité, de
              spéculation boursière, etc. Aux États-Unis, dans l’entre-deux-guerres, les
              frais de circulation proprement dits absorbaient de 17 à 19 % du revenu
              national. Une part toujours croissante du revenu national en régime
              capitaliste va aux dépenses militaires, à la course aux armements, à
              l’entretien de l’appareil d’État.</p>
              <p rend="alinéa smaller">À la surface des phénomènes de la société capitaliste
              les revenus et leurs sources se présentent sous une forme défigurée,
              <emph>fétichiste</emph>. On a l’impression que le capital engendre
              par lui-même le profit ; la terre — la rente, et que les ouvriers ne
              créent qu’une valeur égale à leur salaire.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Ces représentations fétichistes sont à la base des
              théories bourgeoises du revenu national. À l’aide des théories de ce genre,
              les économistes bourgeois cherchent à embrouiller la question du revenu
              national au profit de la bourgeoisie. Ils s’efforcent de prouver qu’à l’égal
              des ouvriers et des paysans, le revenu national est créé par les capitalistes
              et les propriétaires terriens, ainsi que par les fonctionnaires, les
              policiers, les spéculateurs en bourse, le clergé, etc.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Ensuite, les
              économistes bourgeois présentent sous un faux jour la répartition du revenu
              national. Ils minimisent la part du revenu perçu par les capitalistes et les
              propriétaires terriens. Ainsi, par exemple, les revenus des classes
              exploiteuses sont déterminés sur la base des renseignements très inférieurs à
              la réalité que fournissent les contribuables eux-mêmes ; on ne tient pas
              compte des appointements énormes que beaucoup de capitalistes touchent comme
              dirigeants de sociétés par actions: on ne tient pas compte des revenus de la
              bourgeoisie rurale, etc. En même temps, les revenus des travailleurs sont
              gonflés de façon artificielle en rangeant parmi eux les hauts fonctionnaires,
              les directeurs d’entreprises, de banques, de maisons commerciales, etc.,
              grassement payés.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Enfin, les économistes bourgeois dénaturent la répartition
              réelle du revenu national, en ne tenant pas un compte à part des dépenses de
              consommation des classes exploiteuses, des frais proprement dits de
              circulation, en minimisant la part des dépenses militaires, en camouflant de
              mille manières le gaspillage improductif d’une énorme partie du revenu
              national.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="3" xml:id="chap15sect03">
              <head>15.3. Le budget de l’État.</head>
              <p rend="alinéa">L’État bourgeois est l’organe des classes exploiteuses qui
              a pour but de maintenir en sujétion la majorité exploitée de la société et de
              sauvegarder les intérêts de la minorité exploiteuse dans l’ensemble de la
              politique intérieure et extérieure.</p>
              <p rend="alinéa">Pour accomplir sa mission, l’État bourgeois dispose de tout
              un appareil : armée, police, organismes punitifs et judiciaires, service
              de renseignements, différents organes d’administration et d’action
              idéologique sur les masses. Cet appareil est entretenu aux frais du budget de
              l’État. Les impôts et les emprunts sont la source qui alimente le budget de
              l’État.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>budget de l’État</emph> est un
              instrument de redistribution d’une partie du revenu national dans l’intérêt
              des classes exploiteuses. Il est établi sous la forme d’un devis annuel des
              recettes et des dépenses de l’État. Marx écrivait que le budget de l’État
              capitaliste « n’était pas autre chose qu’un budget de classe, qu’un
              budget pour la bourgeoisie ». (<bibl>K. Marx, « Livres,
              shillings, pence, ou un budget de classe et à qui il profite », dans
              K. Marx et F. Engels, <title>Œuvres</title>, t. 9, p. 146 (éd. russe).</bibl>)</p>
              <p rend="alinéa">Les dépenses de l’État capitaliste pour la plus grande part
              sont improductives. Une part importante des ressources du budget de l’État en
              régime capitaliste va à la préparation et à la conduite des guerres. Il faut
              également y rattacher les dépenses nécessitées par les recherches
              scientifiques dans le domaine de la production et du perfectionnement des
              nouveaux engins de destruction massive des êtres humains, les dépenses pour
              les activités de sabotage à l’étranger.</p>
              <p rend="alinéa">Une autre part importante des dépenses de l’État
              capitaliste va à l’entretien de l’appareil d’oppression des travailleurs.</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">Le militarisme moderne est le résultat du capitalisme. En tant que
                    force armée utilisée par les États capitalistes dans les conflits
                    extérieurs […] et en tant que moyen employé par les classes dominantes
                    pour réprimer toute espèce de mouvement prolétarien, qu’il soit politique
                    ou économique […], le militarisme constitue, sous ces deux formes,
                    une « manifestation vitale » du capitalisme.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « Le militarisme militant et la tactique antimilitariste de la social-démocratie »,
                    <title>Œuvres</title>, t. 15, p. 205.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">L’État dépense des sommes fort importantes, notamment
              pendant les crises et les guerres, pour soutenir directement les entreprises
              capitalistes et leur assurer des profits élevés. Souvent les subventions
              accordées aux banques et aux industriels ont pour but de les sauver de la
              faillite pendant les crises. Au moyen de commandes d’État, réalisées aux
              dépens du budget, des milliards de profits supplémentaires vont dans les
              poches des gros capitalistes.</p>
              <p rend="alinéa">Les dépenses consacrées à la culture et à la science, à
              l’instruction et à la santé publiques représentent une part infime des
              budgets d’État des pays capitalistes. Aux États-Unis, par exemple, dans les
              budgets fédéraux de ces dernières années, plus des deux tiers de la somme
              totale des ressources ont été utilisés à des fins militaires ; moins de
              4 % à la santé, à l’instruction publique et à la construction de
              logements, la part de l’instruction publique étant inférieure à 1 %.</p>
              <p rend="alinéa">La masse essentielle des revenus de l’État capitaliste est
              constituée par les <emph>impôts</emph>. En Angleterre, par
              exemple, les impôts constituaient, en 1938, 89 % de la somme totale des
              revenus du budget de l’État.</p>
              <p rend="alinéa">Les impôts, en régime capitaliste, sont une forme
              d’exploitation supplémentaire des travailleurs par la redistribution
              budgétaire d’une partie de leurs revenus au profit de la bourgeoisie. Les
              impôts sont appelés <emph>directs</emph> s’ils grèvent les revenus
              des particuliers, et <emph>indirects</emph> s’ils grèvent les
              marchandises mises en vente (principalement les objets de consommation
              courante) ou bien les services (par exemple, les billets de cinéma et de
              théâtre, les tickets distribués aux usagers des transports urbains, etc.)
              Les impôts indirects élèvent le prix des marchandises et des services. En
              fait, les impôts indirects sont payés par les acheteurs. Les capitalistes
              font retomber aussi sur les acheteurs une partie de leurs contributions
              directes, s’ils parviennent à faire monter le prix des marchandises ou des
              services.</p>
              <p rend="alinéa">La politique de l’État bourgeois tend à réduire par tous
              les moyens les charges fiscales qui pèsent sur les classes exploiteuses. Les
              capitalistes se dérobent au paiement des impôts, en dissimulant l’ampleur
              réelle de leurs revenus. La politique des impôts indirects est
              particulièrement profitable aux classes possédantes.</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                <quote>
                    <p rend="alinéa">[…] les contributions indirectes, qui portent sur les objets
                    de première nécessité, sont très injustes. Elles pèsent de tout
                    leur poids sur les pauvres, créant un privilège pour les riches.
                    Plus un homme est pauvre, plus est grande la part de son revenu
                    qu’il abandonne à l’État au titre des contributions indirectes.
                    La masse des gens pauvres et de médiocre aisance forme les 9/10
                    de toute la population, consomme les 9/10 de tous les produits
                    imposés et paie les 9/10 de tous les impôts indirects, tandis que
                    de tout le revenu national elle ne reçoit que 2 ou 3/10.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « À propos du budget »,
                    <title>Œuvres</title>, t. 5, p. 342.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Par conséquent, le poids principal des impôts pèse sur les
              masses laborieuses : ouvriers, paysans, employés. Comme nous l’avons
              déjà indiqué, à l’heure actuelle, dans les pays bourgeois, près d’un tiers
              des salaires des ouvriers et des employés est transféré sous forme d’impôts
              au budget de l’État. De lourds impôts pèsent sur les paysans et ont pour
              effet d’accroître leur misère.</p>
              <p rend="alinéa">Outre les impôts, les <emph>emprunts</emph>
              constituent un important chapitre des recettes de l’État capitaliste. L’État
              bourgeois recourt le plus souvent aux emprunts pour couvrir les dépenses
              exceptionnelles, en premier lieu les dépenses militaires. Une grande partie
              des ressources recueillies au moyen des emprunts, sert à l’État à payer des
              fournitures d’armement et d’équipement militaires qui rapportent des profits
              énormes aux industriels. En définitive, les emprunts amènent un nouvel
              accroissement des impôts frappant les travailleurs, afin d’acquitter les
              intérêts des emprunts et d’amortir les emprunts eux-mêmes. Le montant de la
              dette publique dans les pays bourgeois augmente rapidement.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le montant total de la dette publique dans le monde
              entier est passé de 38 milliards de francs en 1825 à 250 milliards de francs
              en 1900 ; il a donc été multiplié par 6,6. La dette publique a augmenté
              encore plus rapidement au 20<hi rend="ordinal">e</hi> siècle. Aux
              États-Unis, en 1914, le montant de la dette publique était de 1,2 milliard de
              dollars ; en 1938, de 37,2 milliards ; elle a donc été multipliée
              par 31. En Angleterre, en 1890, il a été payé à titre d’intérêt des emprunts
              24,1 millions de livres sterling ; en 1953-1954, 570,4 millions ;
              aux États-Unis, en 1940, il a été payé à titre d’intérêt des emprunts
              1 milliard de dollars, en 1953-1954, 6,5 milliards de dollars.</p>
              <p rend="alinéa">Une des sources des revenus du budget de l’État capitaliste
              est l’<emph>émission</emph> de papier-monnaie. Provoquant
              l’inflation et la hausse des prix, elle fait passer à l’État bourgeois une
              partie du revenu national en abaissant le niveau de vie des masses
              populaires.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi, le budget de l’État en régime capitaliste est, entre
              les mains de l’État bourgeois, un instrument de dépossession supplémentaire
              des travailleurs et d’enrichissement de la classe capitaliste ; il
              accentue le caractère improductif et parasitaire de l’utilisation du revenu
              national.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume"  n="15" xml:id="chap15resume">
              <head>Résumé du chapitre 15</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
                <item><p rend="alinéa">Le revenu national dans la société capitaliste est la partie du
                produit social total, dans laquelle est incarnée la valeur nouvellement
                créée. Il se forme dans les branches de la production matérielle par le
                travail de la classe ouvrière et aussi par celui des paysans et des
                artisans. Sous sa forme matérielle, le revenu national représente
                l’ensemble des objets de consommation produits et la partie des moyens de
                production qui est destinée à élargir la production. En régime capitaliste,
                une partie considérable de la population apte au travail non seulement ne
                crée pas de revenu national, mais ne participe pas à un travail socialement
                utile.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">La répartition du revenu national en régime capitaliste se fait
                en vue d’enrichir les classes exploiteuses. La part des classes laborieuses
                dans le revenu national diminue, tandis que celle des classes exploiteuses
                augmente.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">En régime capitaliste, le revenu national créé par la classe
                ouvrière est réparti sous forme de salaire des ouvriers, de profit des
                capitalistes (industriels, commerçants et propriétaires de capitaux de
                prêt) et de rente foncière prélevée par les propriétaires terriens. Une
                grande partie des produits du travail fourni par les paysans et les
                artisans est également accaparée par les capitalistes et les propriétaires
                terriens. Par le budget de l’État et au moyen du prix élevé des services,
                s’effectue la redistribution du revenu national, qui accentue encore la
                paupérisation des travailleurs.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">Une part immense et sans cesse accrue du revenu national en
                régime capitaliste est utilisée de façon improductive : pour la
                consommation parasite de la bourgeoisie, pour couvrir des frais de
                circulation excessivement gonflés, pour entretenir l’appareil d’État en vue
                de l’oppression des masses, pour préparer et conduire des guerres de
                conquête.</p></item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3 n="16" type="chapitre" xml:id="chap16">
            <head>Chapitre 16 — La reproduction du capital social</head>
            <div4 type="section" n="1" xml:id="chap16sect01">
              <head>16.1. Le capital social. La composition du produit
              social total.</head>
              <p rend="alinéa">La reproduction capitaliste comprend le processus immédiat
              de production ainsi que le processus de circulation. Pour que la reproduction
              se réalise, le capital doit avoir la possibilité d’accomplir sans entrave son
              cycle, c’est-à-dire de passer de la forme argent à la forme productive, de
              celle-ci à la forme marchandise, de la forme marchandise à la forme argent, etc.
              Cela ne concerne pas seulement chaque capital pris à part, mais tous les
              capitaux existant dans la société.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Les cycles des capitaux individuels s’entrelacent, se supposent et se
                  conditionnent les uns les autres et c’est précisément cet enchevêtrement
                  qui constitue le mouvement de l’ensemble du capital social.</p>
                </quote>
                  <bibl>
                  K. Marx,
                  <title>Le Capital</title>, livre 2,
                  t. 2, p. 9.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Le <emph>capital social</emph> est l’ensemble
              des capitaux individuels dans leurs liens et dépendances réciproques. Il
              existe des liens multiples entre les différentes entreprises
              capitalistes : les unes procurent aux autres des machines, des matières
              premières et d’autres moyens de production ; les autres produisent les
              moyens de subsistance achetés par les ouvriers, ainsi que les objets de
              consommation et de luxe achetés par les capitalistes. Chacun des capitaux
              individuels est indépendant des autres, et cependant tous les capitaux
              individuels sont liés entre eux et dépendent l’un de l’autre. Cette
              contradiction se manifeste dans le cours de la reproduction et de la
              circulation du capital social tout entier. Les multiples rapports de liaison
              et de dépendance réciproques qui existent entre les différents capitalistes
              se manifestent spontanément par suite de l’anarchie de la production propre
              au capitalisme.</p>
              <p rend="alinéa">En examinant le processus de reproduction et de circulation
              de l’ensemble du capital social, afin de ne pas compliquer les choses, nous
              supposons que toute l’économie du pays est gérée sur des bases capitalistes
              (c’est-à-dire que la société n’est composée que de capitalistes et
              d’ouvriers), que tout le capital constant est consommé dans l’année et que sa
              valeur est entièrement transférée au produit annuel. Dans cette hypothèse,
              <emph>le produit social total</emph> n’est pas autre chose que le
              capital social (avec addition de la plus-value), sorti du processus de
              production sous forme marchandise.</p>
              <p rend="alinéa">Pour que la production puisse continuer, le produit social
              doit passer par le processus de la circulation. Dans le processus de
              circulation, chaque partie du produit social transforme d’abord sa forme
              marchandise en forme argent, puis sa forme argent en la forme marchandise qui
              est nécessaire pour la poursuite de la production. La
              <emph>réalisation du produit social</emph> est la succession de ces
              formes : transformation marchandise-argent, puis transformation
              argent-nouvelle marchandise.</p>
              <p rend="alinéa">Comme il a été montré précédemment, <emph>par
              sa valeur</emph> tout le produit social se décompose en trois parties : la
              première compense le capital constant ; la seconde compense le capital
              variable ; la troisième représente la plus-value. Ainsi la valeur du
              produit social est égale à <emph>c</emph> + <emph>v</emph> + <emph>p</emph>.
              Ces différentes parties du
              produit social jouent un rôle différent dans le cours de la reproduction. Le
              capital constant doit continuer à servir dans le processus de production. Le
              capital variable se transforme en salaire que les ouvriers dépensent pour
              leur consommation. La plus-value, dans la reproduction simple, est
              entièrement consommée par les capitalistes ; dans la reproduction
              élargie, elle est partiellement consommée par les capitalistes et va
              partiellement à l’achat de moyens supplémentaires de production et à
              l’embauchage d’une main-d’œuvre supplémentaire.</p>
              <p rend="alinéa"><emph>Par sa forme matérielle</emph>, tout le
              produit social est composé de moyens de production et d’objets de
              consommation. De ce point de vue toute la production sociale est divisée en
              deux grandes sections : la première (section I) est la production des
              moyens de production et la seconde (section II), la production des objets de
              consommation. Les objets de consommation se divisent à leur tour en moyens de
              subsistance nécessaires qui servent à satisfaire les besoins de la classe
              ouvrière, des masses travailleuses, et en objets de luxe qui ne sont
              accessibles qu’aux classes exploiteuses. Par suite de l’abaissement de leur
              niveau de vie les travailleurs sont contraints de plus en plus d’acheter, au
              lieu d’objets de consommation de bonne qualité, des marchandises de qualité
              inférieure et des succédanés. En même temps augmentent le luxe et le
              gaspillage des classes Parasites.</p>
              <p rend="alinéa">La division du produit social sous sa forme matérielle
              assigne à son tour un rôle différent à ses diverses parties au cours de la
              reproduction. Ainsi, par exemple, les machines à tisser sont destinées à
              servir à la fabrication des tissus et ne peuvent être utilisées à rien
              d’autre ; les vêtements doivent servir à la consommation
              personnelle.</p>
              <p rend="alinéa">Quand on examine le cycle et la rotation du capital
              individuel, il importe peu de savoir quelles marchandises précises sous leur
              forme naturelle (valeurs d’usage) sont produites dans une entreprise donnée.
              Lorsqu’on examine la reproduction et la circulation du capital social total,
              la forme matérielle des marchandises produites dans la société prend une
              importance particulière : pour qu’il y ait renouvellement incessant du
              processus de production, il faut qu’il y ait en présence des moyens de
              production appropriés, mais aussi des objets de consommation.</p>
              <p rend="alinéa">Une question se pose alors : comment, dans les conditions de l’anarchie
              de la production capitaliste, se réalise le produit social ?
              Lénine disait que</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    la question de la réalisation se ramène précisément à l’analyse de la
                    <emph>compensation</emph> de toutes les parties du produit
                    social quant à la valeur et à la forme matérielle.
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « Pour caractériser le romantisme économique »,
                    <title>Œuvres</title>,
                    t. 2, p. 39.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Il s’agit donc de savoir comment, pour chaque partie du
              produit social quant à sa valeur (capital constant, capital variable et
              plus-value) et quant à sa forme matérielle (moyens de production, objets de
              consommation), trouver une autre partie du produit qui la remplace sur le
              marché.</p>
              <p rend="alinéa">À l’examen de la reproduction élargie, il faut joindre la
              question de savoir comment s’opère la transformation de la plus-value en
              capital, c’est-à-dire d’où viennent les moyens de production et les objets de
              consommation supplémentaires pour le supplément d’ouvriers nécessaires à
              l’élargissement de la production.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="2" xml:id="chap16sect02">
              <head>16.2. Les conditions de la réalisation dans la
              reproduction capitaliste simple.</head>
              <p rend="alinéa">Examinons tout d’abord les conditions nécessaires à la
              réalisation du produit social dans la reproduction capitaliste simple,
              lorsque toute la plus-value va à la consommation individuelle des
              capitalistes. Ces conditions peuvent être illustrées par l’exemple
              suivant.</p>
              <p rend="alinéa">Admettons que dans la section I, c’est-à-dire dans la
              production des moyens de production, la valeur du capital constant, exprimée,
              par exemple, en millions de livres sterling, soit égale à 4 000 unités,
              celle du capital variable à 1 000, celle de la plus-value à 1 000.
              Admettons que dans la section II, c’est-à-dire dans la production des objets
              de consommation, la valeur du capital constant soit égale à 2 000
              unités, celle du capital variable à 500, la plus-value à 500. Dans cette
              hypothèse le produit social annuel comportera les éléments
              suivants :</p>
              <table rend="centre" xml:id="page228">
                  <row>
                    <cell>I. 4 000 c +</cell>
                    <cell>1 000 v +</cell>
                    <cell>1 000 p = 6 000.</cell>
                  </row>
                  <row>
                    <cell>II. 2 000 c +</cell>
                    <cell>500 v +</cell>
                    <cell>500 p = 3 000.</cell>
                  </row>
              </table>
              <p rend="alinéa">La valeur du produit total confectionné dans la section I
              et existant sous la forme de machines, matières premières, matériaux, etc.,
              est donc de 6 000 unités. Pour que le processus de production puisse se
              renouveler, une partie de ce produit, égale à 4 000 unités, doit être
              vendue à des entreprises de cette même section I pour le renouvellement du
              capital constant. Le reste du produit de la section I, qui représente la
              valeur reproduite du capital variable (1 000 unités) et la plus-value
              nouvellement produite (1 000 unités) et qui existe sous la forme de
              moyens de production, est vendue à des entreprises de la section II en
              échange des objets de consommation qui servent à la consommation personnelle
              des ouvriers et des capitalistes de la section I. De leur côté, les
              capitalistes de la section II ont besoin de moyens de production pour une
              somme de 2 000 unités afin de renouveler leur capital constant.</p>
              <p rend="alinéa">La valeur du produit total confectionné dans la section II
              et existant sous la forme d’objets de consommation (pain, viande, vêtements,
              chaussures, etc., ainsi que les objets de luxe) s’élève à 3 000 unités.
              Une partie des objets de consommation produits dans la section II, soit
              2 000 unités, est échangée contre les salaires et la plus-value de la
              section I ; ainsi s’effectue la compensation du capital constant de la
              section II Le reste du produit de la section II qui comprend la valeur
              reproduite du capital variable (500 unités) et la plus-value nouvellement
              produite (500 unités) est réalisé à l’intérieur même de la section II et sert
              à la consommation personnelle des ouvriers et des capitalistes de cette
              section.</p>
              <p rend="alinéa">Par conséquent, dans les conditions de la reproduction
              simple l’échange entre les deux sections comporte : 1<hi rend="ordinal">o</hi> le capital
              variable et la plus-value de la section I, qui doivent être échangés contre
              les objets de consommation produits dans la section II et 2<hi rend="ordinal">o</hi> le capital
              constant de la section II, qui doit être échangé contre les moyens de
              production produits dans la section I. La condition de la réalisation, dans
              la reproduction capitaliste simple, est l’égalité suivante : le capital
              variable et la plus-value de la section I doivent égaler le capital constant
              de la section II, c’est-à-dire I (v + p) = II c.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Cette condition de la reproduction simple peut être
              exprimée encore comme suit. Toute la masse de marchandises, produites pendant
              un an dans la section I — par les entreprises fabriquant les moyens de
              production — doit être égale en valeur à la masse de moyens de production
              consommée en l’espace d’un an dans les entreprises des deux sections. Toute
              la masse de marchandises produites en l’espace d’un an dans la section II —
              par les entreprises fabriquant les objets de consommation — doit être égale
              en valeur à la somme des revenus des ouvriers et des capitalistes des deux
              sections.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="3" xml:id="chap16sect03">
              <head>16.3. Les conditions de la réalisation dans la
              reproduction capitaliste élargie.</head>
              <p rend="alinéa">La reproduction capitaliste élargie suppose l’accumulation
              du capital. Comme le capital de chaque section est composé de deux parties —
              capital constant et capital variable, la partie accumulée de la plus-value se
              décompose à son tour en ces deux parties : une partie va à l’achat de
              moyens de production supplémentaires ; l’autre à l’embauchage d’un
              supplément de main-d’œuvre. Il s’ensuit que le produit annuel de la section I
              doit comporter un certain excédent par rapport à la quantité de moyens de
              production nécessaire à la reproduction simple. Autrement dit, le montant du
              capital variable et de la plus-value de la section I doit être
              <emph>supérieur</emph> au capital constant de la section II ; I
              (v + p) doit être supérieur à
              II c. Telle est la condition essentielle de la reproduction capitaliste
              élargie.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Examinons d’un peu plus près les conditions de la
              réalisation dans la reproduction capitaliste élargie.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Admettons que dans la section I la valeur du capital
              constant soit égale à 4 000 unités ; celle du capital variable à
              1 000, la plus-value à 1 000 ; admettons que dans la section II
              la valeur du capital constant soit égale à 1 500 unités, celle du
              capital variable à 750, la plus-value à 750. Dans cette hypothèse, le produit
              social annuel comportera les éléments suivants :</p>
              <table xml:id="page230a" rend="centre smaller">
                <row>
                  <cell>I. 4 000 c +</cell>
                  <cell>1 000 v +</cell>
                  <cell>1 000 p = 6 000.</cell>
                </row>
                <row>
                  <cell>II. 1 500 c +</cell>
                  <cell>750 v +</cell>
                  <cell>750 p = 3 000.</cell>
                </row>
              </table>
              <p rend="alinéa smaller">Admettons que dans la première section, sur une
              plus-value équivalente à 1 000 unités, on accumule 500 unités.
              Conformément à la composition organique du capital de la section I
              (4 : 1) la partie accumulée de la plus-value se décompose comme
              suit : 400 unités pour l’augmentation du capital constant et 100 pour
              l’augmentation du capital variable. Le capital constant additionnel (400
              unités) se trouve incorporé dans le produit même de la section I sous forme
              de moyens de production ; quant au capital variable additionnel (100
              unités), il doit être obtenu par échange avec la section II qui, par
              conséquent, doit également accumuler. Les capitalistes de la section II
              échangent une partie de leur plus-value égale à 100 unités contre des moyens
              de production et transforment ces moyens de production en capital constant
              additionnel. Alors, conformément à la composition organique du capital de la
              section II (2 : 1) le capital variable de celle-ci doit s’accroître
              de 50 unités. Par conséquent, dans la section II, avec une plus-value égale à
              750 unités, l’accumulation doit en comprendre 150.</p>
              <p rend="alinéa smaller">De même que dans la reproduction simple, la section II
              doit échanger avec la section I son capital constant égal à 1 500
              unités, et la section I doit échanger avec la section II son capital variable
              égal à 1 000 unités, ainsi que la partie de la plus-value consommée par
              les capitalistes, égale à 500 unités.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Ainsi, la section I doit échanger :</p>
              <table xml:id="page230b" rend="centre smaller">
                <row>
                  <cell>La partie du produit reproduisant la valeur du capital
                  variable</cell>
                  <cell>…</cell>
                  <cell>1 000</cell>
                </row>
                <row>
                  <cell>La partie de la plus-value accumulée, qui s’ajoute au
                  capital variable</cell>
                  <cell>…</cell>
                  <cell>100</cell>
                </row>
                <row>
                  <cell>La partie de la plus-value consommée par les
                  capitalistes</cell>
                  <cell>…</cell>
                  <cell>500</cell>
                </row>
                <row>
                  <cell rend="smallcaps">TOTAL</cell>
                  <cell>…</cell>
                  <cell>1 600</cell>
                </row>
              </table>
              <p rend="alinéa smaller">La section II doit échanger :</p>
              <table xml:id="page230c" rend="centre smaller">
                <row>
                  <cell>Le capital constant</cell>
                  <cell>…</cell>
                  <cell>1 500</cell>
                </row>
                <row>
                  <cell>La partie de la plus-value accumulée, qui s’ajoute au
                  capital constant</cell>
                  <cell>…</cell>
                  <cell>100</cell>
                </row>
                <row>
                    <cell rend="smallcaps">TOTAL</cell>
                  <cell>…</cell>
                  <cell>1 600</cell>
                </row>
              </table>
              <p rend="alinéa smaller">L’échange entre les deux sections ne peut avoir lieu
              qu’en cas d’égalité de ces deux grandeurs. Ainsi dans la reproduction
              capitaliste élargie, la condition de la réalisation est l’égalité
              suivante : la valeur du capital variable plus la partie de la plus-value
              destinée à la consommation personnelle des capitalistes, plus la partie de la
              plus-value accumulée, ajoutée au capital variable, de la section I doivent
              être égales à la valeur du capital constant plus la partie de la plus-value
              accumulée, ajoutée au capital constant, de la section II.</p>
              <p rend="alinéa">Dans la reproduction élargie, le montant du capital
              variable et de la plus-value de la section I doit croître plus vite que le
              capital constant de la section II, et le capital constant de la section I
              doit croître encore plus vite que le capital constant de la section II.</p>
              <p rend="alinéa">Quel que soit le régime social, le développement des forces
              productives se traduit par l’augmentation de la part du travail social allant
              à la production des moyens de production par rapport à la part consacrée à la
              production des objets de consommation. La priorité de l’accroissement de la
              production des moyens de production sur la production des objets de
              consommation est une loi de la reproduction élargie. En régime capitaliste,
              l’accroissement plus rapide de la production des moyens de production par
              rapport à la production des objets de consommation s’exprime dans un progrès
              plus rapide du capital constant par rapport au capital variable, c’est-à-dire
              dans une élévation de la composition organique du capital.</p>
              <p rend="alinéa">Étudiant les conditions de la réalisation dans la
              reproduction capitaliste simple et élargie, afin de simplifier l’analyse,
              Marx avait laissé de côté l’élévation de la composition organique du capital.
              Les schémas de la reproduction donnés par Marx dans <title>Le
              Capital</title> supposent une composition organique du capital invariable. Lénine
              a poussé plus loin le développement de la théorie de la reproduction de Marx
              et a mis au point le schéma de la reproduction élargie en tenant compte de
              l’élévation de la composition organique du capital. Ce schéma montre que</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    ce qui croît avec le plus de rapidité, c’est la production des moyens de
                    production pour les moyens de production, puis la production des
                    moyens de production pour les moyens de consommation ; l’accroissement
                    le plus lent est celui de la production des moyens de consommation.
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « À propos de la question dite des marchés »,
                    <title>Œuvres</title>,
                    t. 1, p. 99.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Le schéma de Lénine est l’illustration concrète de l’action
              de la loi de la priorité de l’accroissement de la production des moyens de
              production au cours de la reproduction capitaliste élargie. Cette action
              s’exprime dans la rupture anarchique des proportions établies entre les
              branches de la production, dans l’inégalité de développement des diverses
              branches, dans le retard considérable de la consommation des masses
              populaires sur l’augmentation de la production, l’élévation de la composition
              organique du capital amenant inéluctablement une augmentation du chômage et
              un abaissement du niveau de vie de la classe ouvrière.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="4" xml:id="chap16sect04">
              <head>16.4. Le problème du marché. Les contradictions de la
              reproduction capitaliste.</head>
              <p rend="alinéa">Comme il ressort de ce qui précède, pour réaliser le
              produit social, il faut qu’il y ait des proportions déterminées entre ses
              diverses parties et, par suite, entre les branches et les éléments de la
              production. En régime capitaliste, où la production est assurée par des
              producteurs privés, qui se laissent guider par la course au profit et
              travaillent pour un marché qu’ils ne connaissent pas, ces proportions sont
              forcément sujettes à de perpétuelles perturbations. L’élargissement de la
              production s’effectue inégalement, ce qui fait que les proportions anciennes
              entre les branches sont constamment perturbées et que de nouvelles
              proportions s’établissent spontanément, au moyen du passage des capitaux de
              certaines branches à d’autres. C’est pourquoi l’équilibre entre les diverses
              branches constitue un hasard, et les perturbations constantes de l’équilibre
              la règle générale de la reproduction capitaliste. Analysant les conditions du
              cours normal de la reproduction capitaliste simple et élargie, Marx dit
              qu’elles</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  se convertissent en autant de conditions d’un développement anormal, en
                  possibilités de crises, puisque l’équilibre — étant donnée la forme
                  naturelle de cette production — est lui-même fortuit.
                </quote>
                <bibl>
                  K. Marx,
                  <title>Le Capital</title>, livre 2, t. 2, p. 111.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Avec l’anarchie de la production capitaliste, la
              réalisation du produit social ne s’opère qu’au milieu de difficultés et de
              fluctuations incessantes qui se multiplient à mesure que le capitalisme se
              développe.</p>
              <p rend="alinéa">Une importance particulière s’attache dès lors au fait que
              l’élargissement de la production capitaliste et, par suite, la formation du
              marché intérieur se font moins au profit des objets de consommation qu’au
              profit des moyens de production. Mais la production des moyens de production
              ne peut se développer de façon absolument indépendante de la production des
              objets de consommation et sans aucun lien avec elle, car les entreprises qui
              utilisent ces moyens de production jettent sur le marché des masses sans
              cesse accrues de marchandises qui servent à la consommation. Ainsi, la
              consommation productive, la consommation des moyens de production, est
              constamment liée, en dernière analyse, à la consommation individuelle, dont
              elle dépend toujours. Mais le volume de la consommation individuelle des
              larges masses de la population dans la société capitaliste est extrêmement
              limité en raison de l’action des lois économiques du capitalisme, lois qui
              déterminent la paupérisation de la classe ouvrière et la ruine de la
              paysannerie. De ce fait, la formation et l’élargissement du marché intérieur
              en régime capitaliste, loin de signifier un élargissement de la consommation
              des masses populaires, sont liés au contraire à l’accroissement de la misère
              de l’immense majorité des travailleurs.</p>
              <p rend="alinéa">Le caractère de la reproduction capitaliste est déterminé
              par la loi économique fondamentale du capitalisme ; en vertu de
              celle-ci, le but de la production est le profit toujours accru et le moyen de
              parvenir à ce but l’élargissement de la production, qui se heurte
              inéluctablement aux cadres étroits des rapports capitalistes. C’est en ce
              sens que Marx parlait de « la production pour la production », de
              « l’accumulation pour l’accumulation », si caractéristiques du
              capitalisme. Mais les marchandises sont produites en définitive non pour la
              production, mais pour la satisfaction des besoins des hommes. Par conséquent,
              une contradiction profondément antagoniste entre la production et la
              consommation est inhérente au capitalisme.</p>
              <p rend="alinéa">Cette contradiction consiste en ce que la richesse
              nationale grandit en même temps que la misère populaire ; en ce que les
              forces productives de la société se développent sans augmentation
              correspondante de la consommation du peuple. C’est là une des manifestations
              de la contradiction fondamentale du capitalisme, — entre le caractère social
              de la production et la forme capitaliste, privée de l’appropriation.</p>
              <p rend="alinéa">Dénonçant les valets de la bourgeoisie, qui cherchent à
              escamoter les contradictions profondes de la réalisation capitaliste, Lénine
              a souligné que</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <emph>même</emph> si la reproduction et la circulation de l’ensemble
                    du capital social sont idéalement régulières et proportionnelles,
                    la contradiction n’en est pas moins inévitable entre
                    l’essor de la production et les limites restreintes de la consommation.
                    <emph>En outre</emph>, pratiquement, le procès de la
                    réalisation ne se déroule pas selon une proportionnalité idéalement
                    régulière, mais seulement au milieu de « difficultés »,
                    de « fluctuations », de « crises », etc.
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « Nouvelles remarques sur la théorie de la réalisation »,
                    <title>Œuvres</title>, t. 4, p. 88.
                    Publié aussi dans K. Marx,
                    <title>Le Capital</title>, livre 2, t. 2, Annexes, p. 193.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Il convient de distinguer entre le marché intérieur
              (écoulement des marchandises à l’intérieur d’un pays donné) et le marché
              extérieur (écoulement des marchandises à l’étranger).</p>
              <p rend="alinéa">Le marché intérieur apparaît et s’étend en même temps que
              la production marchande, notamment avec le développement du capitalisme qui
              approfondit la division sociale du travail et différencie les producteurs
              directs en capitalistes et en ouvriers. La division sociale du travail
              multiplie les branches particulières de la production. Le développement de
              certaines branches d’industrie élargit le marché pour les marchandises
              fabriquées par d’autres branches d’industrie, avant tout pour les matières
              premières, les machines et autres moyens de production. Ensuite, la
              différenciation de classe des petits producteurs, le nombre croissant des
              ouvriers, l’augmentation des profits capitalistes aboutissent à un
              accroissement de la vente des objets de consommation. Le degré de
              développement du marché intérieur est le degré de développement du
              capitalisme dans un pays.</p>
              <p rend="alinéa">La socialisation du travail par le capitalisme se manifeste
              avant tout en ce que le morcellement antérieur des petites unités économiques
              est détruit et que l’on assiste à la fusion des petits marchés locaux en un
              immense marché national, puis mondial.</p>
              <p rend="alinéa">Dans l’analyse du processus de reproduction et de
              circulation du capital social total, on laisse de côté le rôle du marché
              extérieur, dont les données ne changent pas le fond de la question. La
              participation du commerce extérieur ne fait que déplacer la question d’un
              pays sur plusieurs pays, mais le fond du processus de réalisation n’est
              nullement modifié. Cela ne veut cependant pas dire que le marché extérieur
              n’a pas une importance essentielle pour les pays capitalistes. Dans leur
              course au profit, les capitalistes élargissent systématiquement la production
              et cherchent les marchés les plus avantageux, qui sont souvent les marchés
              extérieurs.</p>
              <p rend="alinéa">Les contradictions de la réalisation capitaliste
              s’affirment avec force dans les crises économiques périodiques de
              surproduction.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume"  n="16" xml:id="chap16resume">
              <head>Résumé du chapitre 16</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
                <item><p rend="alinéa">Les cycles des capitaux individuels dans leur ensemble
                constituent le mouvement du capital social. Celui-ci représente l’ensemble
                de tous les capitaux individuels dans leurs rapports réciproques.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">Le produit total de la société capitaliste se divise quant à sa
                valeur en capital constant, capital variable et plus-value, et, quant à sa
                forme matérielle, en moyens de production et objets de consommation.
                L’ensemble de la production sociale comporte deux sections : la
                section I, production des moyens de production ; la section II,
                production des objets de consommation. Le problème de la réalisation
                consiste à savoir de quelle manière on peut trouver pour chaque partie du
                produit social, quant à sa valeur et à sa forme matérielle, une autre
                partie du produit capable de la remplacer sur le marché.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">Dans la reproduction capitaliste simple la condition de la
                réalisation est que le capital variable plus la plus-value de la section I
                doivent être égaux au capital constant de la section II. Dans la
                reproduction capitaliste élargie, la condition de la réalisation est que la
                somme du capital variable et de la plus-value de la section I doit être
                supérieure au capital constant de la section II. Dans tout régime social,
                quel qu’il soit, l’accroissement prioritaire (plus rapide) de la production
                des moyens de production par rapport à la production des objets de
                consommation est la loi de la reproduction élargie.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">Au cours de son évolution, le capitalisme crée le marché
                intérieur. L’accroissement de la production et du marché intérieur en
                régime capitaliste se fait, la plupart du temps, grâce aux moyens de
                production plutôt que grâce aux objets de consommation. Dans le cours de la
                reproduction capitaliste apparaissent les disproportions dans la production
                et la contradiction entre production et consommation, inhérentes au
                capitalisme, cette dernière contradiction découlant de la contradiction
                fondamentale du tre le caractère social de la production et la forme
                capitaliste, privée de l’appropriation. C’est dans les crises économiques
                périodiques de surproduction que les contradictions de la reproduction
                capitaliste se manifestent avec le plus d’éclat.</p></item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3 n="17" type="chapitre" xml:id="chap17">
            <head>Chapitre 17 — Les crises économiques</head>
            <div4 type="section" n="1" xml:id="chap17sect01">
              <head>17.1. Le fondement des crises capitalistes de
              surproduction.</head>
              <p rend="alinéa">Dès le début du 19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle,
              depuis que la grande industrie mécanique a fait son apparition, le cours de
              la reproduction capitaliste élargie est coupé périodiquement de crises
              économiques.</p>
              <p rend="alinéa">Les crises capitalistes sont des crises de
              <emph>surproduction</emph>. La crise se traduit tout d’abord par le fait que
              les marchandises restent invendues, parce qu’il en a été produit plus que
              n’en peuvent acheter les principaux consommateurs, les masses populaires,
              dont le pouvoir d’achat sous la domination des rapports de production
              capitalistes est extrêmement limité. Les « surplus » de
              marchandises s’amoncellent dans les entrepôts. Les capitalistes réduisent la
              production et congédient les ouvriers. Des centaines et des milliers
              d’entreprises ferment. Le chômage s’étend brusquement. Une multitude de
              petits producteurs de la ville et des campagnes se ruinent. La mévente des
              marchandises produites désorganise le commerce. Les liens du crédit se
              rompent. Les capitalistes éprouvent un manque extrême d’argent liquide pour
              effectuer leurs paiements. Et c’est le krach en Bourse : le cours des
              actions, des obligations et des autres valeurs s’effondre irrésistiblement.
              Une vague de faillites déferle sur les entreprises industrielles, les firmes
              commerciales et bancaires.</p>
              <p rend="alinéa">La surproduction des marchandises pendant les crises n’est
              pas absolue, mais relative. C’est dire que le surplus de marchandises
              n’existe que par rapport à la demande solvable, et non point par rapport aux
              besoins réels de la société. En période de crise, les masses laborieuses
              manquent du plus strict nécessaire, leurs besoins sont satisfaits plus mal
              que jamais. Des millions d’hommes souffrent de la faim, parce qu’on a produit
              « trop » de blé ; les hommes souffrent du froid parce qu’on a
              extrait « trop » de charbon. Les travailleurs sont privés de moyens
              de subsistance précisément parce qu’ils ont produit tous ces moyens « en
              trop grande quantité ». Telle est la contradiction criante du mode de
              production capitaliste, lorsque, selon le socialiste utopiste français
              Fourier, « la pauvreté naît en civilisation de l’abondance même ».
              (<bibl>Fourier, <title>Textes choisis</title>, p. 105,
              Classiques du peuple, Éditions sociales, Paris, 1953.</bibl>)</p>
              <p rend="alinéa smaller">Des perturbations de la vie économique ont eu lieu souvent
              aussi sous le régime des modes de production précapitalistes. Mais elles
              étaient dues à des calamités naturelles ou sociales exceptionnelles :
              inondation, sécheresse, guerre sanglante ou épidémie qui ravageaient parfois
              des pays entiers, vouant la population à la famine et à la mort. Mais la
              différence essentielle entre ces perturbations économiques et les crises
              capitalistes est que la famine et la misère qu’elles entraînaient étaient la
              conséquence d’une production peu développée, d’une extrême pénurie de
              produits. Or, en régime capitaliste, les crises sont engendrées par
              l’accroissement de la production alors que le niveau de vie des masses
              populaires est misérable, par un « excédent » relatif des
              marchandises produites.</p>
              <p rend="alinéa">Comme nous l’avons montré au chapitre 4, la production
              marchande simple et la circulation renferment déjà en elles des
              <emph>possibilités</emph> de crise. Mais les crises ne deviennent
              <emph>inévitables</emph> qu’en régime capitaliste, lorsque la production prend un
              <emph>caractère social</emph>, et que le produit du travail
              socialisé de milliers et de millions d’ouvriers fait l’objet de
              l’<emph>appropriation privée des capitalistes</emph>. La contradiction entre
              le caractère social de la production et la forme capitaliste, privée de
              l’appropriation des résultats de la production, contradiction fondamentale du
              capitalisme, constitue le <emph>fondement</emph> des crises
              économiques de surproduction. Ainsi, l’inévitabilité des crises a ses racines
              dans le système même de l’économie capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">La contradiction fondamentale du capitalisme se manifeste
              sous forme d’une opposition entre l’organisation de la production dans les
              entreprises isolées et l’anarchie de la production dans l’ensemble de la
              société.</p>
              <p rend="alinéa">Dans chaque fabrique prise à part le travail des ouvriers
              est organisé et subordonné à la volonté unique de l’entrepreneur. Mais dans
              la société prise dans son ensemble, par suite de la domination de la
              propriété privée des moyens de production, c’est l’anarchie qui règne dans la
              production ; elle exclut le développement harmonieux de l’économie.
              Aussi les conditions complexes qui sont nécessaires à la réalisation du
              produit social dans la reproduction capitaliste élargie sont-elles
              inévitablement détruites. Ces perturbations peu à peu s’accumulent jusqu’à la
              crise, qui se produit quand le processus de réalisation est entièrement
              désorganisé.</p>
              <p rend="alinéa">Dans leur course au profit le plus élevé, les capitalistes
              élargissent la production, perfectionnent les techniques, introduisent de
              nouvelles machines et jettent des masses énormes de marchandises sur le
              marché. C’est dans le même sens qu’agit la tendance constante du taux de
              profit à la baisse, tendance conditionnée par l’élévation de la composition
              organique du capital. Les entrepreneurs s’efforcent de compenser la chute du
              taux de profit en augmentant la masse des profits par l’extension du volume
              de la production, l’augmentation de la quantité des marchandises fabriquées.
              Ainsi est inhérente au capitalisme la tendance à l’élargissement de la
              production, à l’accroissement énorme des possibilités de production. Mais la
              paupérisation de la classe ouvrière et de la paysannerie a pour effet une
              réduction relative de la demande solvable des travailleurs. De ce fait,
              l’élargissement de la production capitaliste se heurte inévitablement au
              cadre étroit de la consommation des masses essentielles de la population. De
              la loi économique fondamentale du capitalisme il résulte que le but de la
              production capitaliste, le profit toujours plus grand, entre en contradiction
              avec le moyen d’atteindre ce but, l’élargissement de la production. La crise
              est la phase du cours de la reproduction capitaliste élargie dans laquelle
              cette contradiction apparaît sous la forme aiguë de la surproduction de
              marchandises qui ne trouvent pas d’écoulement.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">La base de la crise réside dans la contradiction entre le caractère social
                  de la production et la forme capitaliste d’appropriation des résultats de
                  la production. L’expression de cette contradiction fondamentale du
                  capitalisme, c’est la contradiction existant entre
                  l’<emph>accroissement</emph> colossal des possibilités productives du
                  capitalisme visant à l’obtention d’un <emph>maximum</emph> de
                  profit capitaliste, et la <emph>réduction</emph> relative de la
                  demande solvable des millions de travailleurs, dont les capitalistes
                  s’efforcent toujours de maintenir le niveau de vie dans les limites d’un
                  <emph>minimum</emph> extrême.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  J. Staline,
                  <title>Rapport politique du Comité central au 16<hi rend=
                  "ordinal">e</hi> Congrès du Parti communiste (b) de l’U.R.S.S.</title>,
                  p. 12. Éditions en langues étrangères, Moscou, 1955.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">La contradiction fondamentale du capitalisme se manifeste
              dans l’antagonisme de classes entre le prolétariat et la bourgeoisie. Ce qui
              est caractéristique du capitalisme, c’est la rupture entre les deux
              conditions les plus importantes de la production : entre les moyens de
              production concentrés entre les mains des capitalistes, et les producteurs
              directs qui sont privés de tout, sauf de leur force de travail. Cette rupture
              s’affirme nettement dans les crises de surproduction, où l’on est en plein
              cercle vicieux : d’un côté, excédent des moyens de production et des
              produits, de l’autre excédent de la force de travail, des masses de chômeurs
              privés de moyens de subsistance.</p>
              <p rend="alinéa">Les crises accompagnent inéluctablement le mode de
              production capitaliste. Pour supprimer les crises, il faut supprimer le
              capitalisme.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="2" xml:id="chap17sect02">
              <head>17.2. Le caractère cyclique de la reproduction
              capitaliste.</head>
              <p rend="alinéa">Les crises capitalistes de surproduction se renouvellent à
              des intervalles déterminés, tous les huit à douze ans. L’inéluctabilité des
              crises est déterminée par les lois économiques générales du mode capitaliste
              de production qui agissent dans tous les pays qui suivent la voie capitaliste
              de développement. Cependant le cours de chaque crise, les formes de ses
              manifestations et ses particularités dépendent aussi des conditions concrètes
              du développement de chaque pays.</p>
              <p rend="alinéa">Des crises partielles de surproduction, qui frappaient
              telles ou telles branches de l’industrie, se sont produites en Angleterre dès
              la fin du 18<hi rend="ordinal">e</hi> siècle et au début du 19<hi rend=
              "ordinal">e</hi>. La première crise industrielle, qui ait frappé toute
              l’économie d’un pays, a éclaté en Angleterre en 1825. En 1836, une crise
              commence en Angleterre et gagne ensuite les États-Unis. La crise de
              1847-1848, en Angleterre, dans plusieurs pays du continent européen et aux
              États-Unis, a été au fond la première crise mondiale. La crise de 1857 frappe
              les principaux pays d’Europe et d’Amérique. Viennent ensuite les crises de
              1866, 1873, 1882 et 1890. La plus aiguë de ces crises a été celle de 1873 qui
              a marqué le début du passage du capitalisme prémonopoliste au capitalisme
              monopoliste. Au 20<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, des crises eurent lieu
              en 1900-1903 (cette crise a commencé en Russie, où son effet a été beaucoup
              plus violent que dans n’importe quel autre pays), en 1907, 1920-1921,
              1929-1933, 1937-1938, 1948-1949 (aux États-Unis).</p>
              <p rend="alinéa">La période comprise entre le début d’une crise et celui
              d’une autre s’appelle <emph>cycle</emph>. Le cycle comporte quatre
              phases : la crise, la dépression, la reprise d’activité et l’essor. La
              phase principale du cycle est la crise qui constitue le point de départ d’un
              nouveau cycle.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>crise</emph> est la phase d’un cycle
              dans laquelle la contradiction entre l’accroissement des possibilités de
              production et la réduction relative de la demande solvable se manifeste sous
              une forme violente et destructrice. Cette phase est caractérisée par la
              surproduction des marchandises qui ne trouvent pas de débouché, par un
              brusque effondrement des prix, la pénurie des moyens de paiement et un krach
              boursier générateur de banqueroutes nombreuses, par une réduction brutale de
              la production, l’augmentation du chômage, la baisse des salaires. La
              dépréciation des marchandises, le chômage, la destruction directe des
              machines, de l’outillage et d’entreprises entières, tout cela marque une
              destruction énorme des forces productives de la société. C’est en ruinant et
              faisant périr une multitude d’entreprises, c’est en détruisant une partie des
              forces productives crue la crise adapte brutalement, et cela pour un très
              bref délai, la production à la demande solvable.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Les crises ne sont jamais que des solutions momentanées, violentes des
                  contradictions existantes, des éruptions violentes qui rétablissent pour un
                  moment l’équilibre troublé.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  K. Marx,
                  <title>Le Capital</title>, livre 3, chap. 15.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">La <emph>dépression</emph> est la phase qui suit
              immédiatement la crise. Elle se caractérise par le fait que la production
              industrielle est à l’état de stagnation, les prix des marchandises sont bas,
              le commerce est languissant, il y a pléthore de capitaux disponibles. En
              période de dépression se créent les conditions d’une reprise d’activité et
              d’un essor ultérieurs. Les réserves accumulées de marchandises sont
              partiellement détruites, partiellement vendues à vil prix. Les capitalistes
              s’efforcent de trouver une issue à l’état de stagnation de la production en
              réduisant les frais de production. Ils cherchent à atteindre ce but,
              premièrement, en augmentant systématiquement l’exploitation des ouvriers, en
              réduisant les salaires et en intensifiant le travail ; deuxièmement, en
              rééquipant les entreprises, en renouvelant le capital fixe, en introduisant
              des perfectionnements techniques qui ont pour but de rendre la production
              bénéficiaire avec les bas prix qui se sont établis à la suite de la crise. Le
              renouvellement du capital fixe donne une impulsion à l’accroissement de la
              production dans une série de branches d’industrie. Les entreprises qui
              fabriquent l’outillage reçoivent des commandes et font appel, à leur tour, à
              toutes sortes de matières premières et de matériaux. C’est là l’issue de la
              crise et de la dépression et le passage à la reprise d’activité.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>reprise d’activité</emph> est la phase
              du cycle pendant laquelle les entreprises se remettent des perturbations
              subies et procèdent à l’élargissement de la production. Peu à peu le niveau
              de la production atteint les proportions précédentes, les prix augmentent,
              les bénéfices de même. La reprise d’activité aboutit à l’essor.</p>
              <p rend="alinéa">L’<emph>essor</emph> est la phase du cycle
              pendant laquelle la production dépasse le point supérieur atteint dans le
              cycle précédent, à la veille de la crise. Pendant la période d’essor on
              construit de nouvelles entreprises industrielles, des voies ferrées, etc. Les
              prix augmentent, les commerçants s’efforcent d’acheter le plus de
              marchandises possible, escomptant une hausse ultérieure des prix et poussant
              par là les industriels à élargir encore davantage la production. Les banques
              consentent volontiers des prêts aux industriels et aux commerçants. Tout cela
              permet d’élargir le volume de la production et du commerce bien au-delà de la
              demande solvable. C’est ainsi que se créent les conditions d’une nouvelle
              crise de surproduction.</p>
              <p rend="alinéa">À la veille de la crise, la production atteint son niveau
              le plus haut, mais les possibilités d’écoulement paraissent encore plus
              grandes. La surproduction existe déjà, mais sous forme latente. La
              spéculation fait monter les prix en flèche et gonfle démesurément la demande
              des marchandises. Les excédents de marchandises s’accumulent. Le crédit cache
              encore davantage la surproduction : les banques continuent à accorder
              des crédits à l’industrie et au commerce, soutenant ainsi artificiellement
              l’extension de la production. Quand la surproduction atteint son point
              culminant, la crise éclate. Ensuite le cycle entier se renouvelle.</p>
              <p rend="alinéa">Chaque crise donne une impulsion à un renouvellement massif
              du capital fixe. Soucieux de rétablir la rentabilité de leurs entreprises
              dans le cadre d’une réduction brutale des prix, les capitalistes, tout en
              accentuant l’exploitation des ouvriers, introduisent de nouvelles machines,
              de nouvelles méthodes de production. Grâce au renforcement de l’exploitation
              de la classe ouvrière, à la ruine des petits producteurs, à l’absorption de
              nombreuses entreprises concurrentes, les gros capitalistes effectuent de
              nouveaux investissements de capitaux. Ainsi l’issue de la crise est assurée
              par les forces internes du mode capitaliste de production. Mais avec la
              reprise d’activité et l’essor s’accumulent de nouveau inévitablement les
              violations des conditions de la reproduction, les disproportions, les
              contradictions entre l’accroissement de la production et les cadres étroits
              de la demande solvable. En conséquence, après un délai plus ou moins long,
              inévitablement, commence une nouvelle crise de surproduction.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Sans doute les périodes d’investissement du capital sont fort différentes,
                  mais la crise sert toujours de point de départ à un puissant
                  investissement ; elle fournit donc plus ou moins — au point de vue de
                  la société prise dans son ensemble — une nouvelle base matérielle pour le
                  prochain cycle de rotation.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  K. Marx,
                  <title>Le Capital</title>, livre 2, t. 1, p. 171.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Dans les branches-clés de l’industrie, la durée des
              principaux moyens de production, compte tenu de l’usure non seulement
              physique mais aussi morale, est en moyenne de dix ans environ. La nécessité
              du renouvellement périodique massif du capital fixe détermine la
              <emph>base matérielle de la périodicité des crises</emph>, qui se répètent
              avec régularité tout au long de l’histoire du capitalisme.</p>
              <p rend="alinéa">Chaque crise prépare le terrain pour des crises nouvelles,
              encore plus profondes, ce qui fait qu’avec le développement du capitalisme
              leur force destructrice et leur acuité augmentent.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="3" xml:id="chap17sect03">
              <head>17.3. Les crises agraires.</head>
              <p rend="alinéa">Les crises capitalistes de surproduction, qui provoquent le
              chômage, la baisse des salaires, la réduction de la demande solvable en
              produits agricoles, engendrent inévitablement une surproduction partielle ou
              générale dans l’agriculture. Les crises de surproduction agricole s’appellent
              <emph>crises agraires</emph>.</p>
              <p rend="alinéa">L’inévitabilité des crises agraires est la conséquence de
              cette même contradiction fondamentale du capitalisme qui constitue la base
              des crises industrielles. Cependant, ces crises comportent certains traits
              particuliers : elles sont généralement de plus longue durée que les
              crises industrielles.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La crise agraire du dernier quart du 19<hi rend=
              "ordinal">e</hi> siècle, dans les pays d’Europe occidentale, en Russie, puis
              aux États-Unis, avait commencé vers 1875 et s’est poursuivie sous une forme
              ou une autre jusque vers 1895. Elle était due au fait que, le développement
              des transports maritimes et du réseau des voies ferrées aidant, du blé
              meilleur marché avait commencé à affluer en grandes quantités sur les marchés
              européens en provenance des États-Unis, de la Russie et de l’Inde. En
              Amérique, la production du blé était meilleur marché, par suite de la mise en
              culture de nouvelles terres fertiles et de la présence de terres vacantes sur
              lesquelles on ne prélevait pas la rente absolue. La Russie et l’Inde
              pouvaient exporter en Europe occidentale du blé à bas prix, les paysans
              russes et indiens, écrasés de lourds impôts, étant obligés de vendre leur blé
              à vil prix. Les fermiers capitalistes et les paysans d’Europe ne pouvaient,
              la rente étant élevée à l’excès par les gros propriétaires terriens, résister
              à cette concurrence. Après la première guerre mondiale, avec la réduction
              extrême du pouvoir d’achat de la population, une crise agraire aiguë éclatait
              au printemps de 1920, qui frappait surtout les pays non-européens
              (États-Unis, Canada, Argentine, Australie). L’agriculture ne s’était pas
              encore rétablie de cette crise que des signes évidents d’une nouvelle crise
              agraire se manifestèrent à la fin de 1928 au Canada, aux États-Unis, au
              Brésil et en Australie. Elle gagna les principaux pays du monde capitaliste,
              exportateurs de matières premières et de produits alimentaires. La crise
              s’étendit à toutes les branches de l’agriculture s’enchevêtra avec la crise
              industrielle de 1929-1933 et dura jusqu’au début de la deuxième guerre
              mondiale. Depuis la deuxième guerre mondiale une crise agraire se prépare de
              nouveau dans les pays exportateurs de produits agricoles (États-Unis, Canada,
              Argentine) ainsi que dans certaines branches de l’agriculture des pays de
              l’Europe occidentale.</p>
              <p rend="alinéa">La longue durée des crises agraires s’explique par les
              causes principales suivantes :</p>
              <p rend="alinéa">Premièrement, les propriétaires fonciers en raison du
              monopole de la propriété privée de la terre obligent les fermiers, pendant
              les crises agraires également, à payer le même fermage» fixé par contrat, que
              précédemment. Avec la baisse des prix des denrées agricoles, la rente
              foncière est payée aux dépens des salaires des ouvriers agricoles, et aussi
              des profits et parfois même du capital avancé par les fermiers. Dans ces
              conditions, sortir de la crise par l’introduction d’un matériel modernisé et
              la réduction des frais de production devient très difficile.</p>
              <p rend="alinéa">Deuxièmement, l’agriculture en régime capitaliste est une
              branche retardataire par rapport à l’industrie. La propriété privée de la
              terre, les survivances des rapports féodaux, la nécessité de payer aux
              propriétaires terriens une rente absolue et différentielle, tout cela fait
              obstacle au libre afflux des capitaux dans l’agriculture, retarde le
              développement des forces productives. La composition organique du capital
              dans l’agriculture est inférieure à celle de l’industrie ; le capital
              fixe, dont le renouvellement massif constitue la base matérielle de la
              périodicité des crises industrielles, joue dans l’agriculture un rôle
              beaucoup moins important que dans l’industrie.</p>
              <p rend="alinéa">Troisièmement, les petits producteurs, les paysans, pendant
              les crises, s’appliquent à conserver le volume antérieur de la production,
              pour se maintenir à tout prix sur les lopins de terre qui leur appartiennent
              ou qu’ils louent, par un labeur excessif, par la sous-alimentation, par une
              exploitation forcenée du sol et du bétail. Cela a pour effet d’augmenter
              encore la surproduction des produits agricoles.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi, la longue durée des crises agraires a pour base
              générale le monopole de la propriété privée de la terre, les survivances
              féodales qui s’y rattachent, ainsi que le retard de l’agriculture des pays
              capitalistes.</p>
              <p rend="alinéa">Le poids principal des crises agraires retombe sur les
              larges masses de la paysannerie. La crise agraire ruine la masse des petits
              producteurs ; en rompant les rapports de propriété établis, elle
              accélère la différenciation de la paysannerie, le développement des rapports
              capitalistes dans l’agriculture. En même temps, les crises agraires exercent
              une influence destructrice sur l’agriculture des pays capitalistes en
              provoquant la réduction des surfaces cultivées, la baisse du niveau de la
              technique agricole, du rendement des cultures agricoles et de l’élevage.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="4" xml:id="chap17sect04">
              <head>17.4. Les crises et l’aggravation des contradictions du
              capitalisme.</head>
              <p rend="alinéa">Les crises économiques, explosions brutales de toutes les
              contradictions du mode de production capitaliste, aboutissent infailliblement
              à une nouvelle aggravation de ces contradictions.</p>
              <p rend="alinéa">Les crises capitalistes de surproduction revêtent, la
              plupart du temps, un <emph>caractère général</emph>. Débutant dans
              une branche quelconque de la production, elles s’étendent rapidement à
              l’ensemble de l’économie nationale. Elles naissent dans un ou plusieurs pays,
              et gagnent de proche en proche l’ensemble du monde capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">Toute crise amène une réduction brutale de la production,
              la chute des prix de gros des marchandises, ainsi que des cours des actions
              en Bourse, la diminution du volume du commerce intérieur et extérieur. Le
              volume de la production redescend au niveau où il se trouvait plusieurs
              années auparavant. Au 19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, pendant les
              crises, le niveau de la vie économique des pays capitalistes était ramené en
              arrière de trois à cinq ans, et au 20<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, de
              dizaines d’années.</p>
              <p rend="alinéa smaller">L’extraction du charbon aux États-Unis est tombée
              pendant la crise de 1873, de 9,1 % ; en 1882, de 7,5 % ;
              en 1893, de 6,4 % ; en 1907, de 13,4 % ; en 1920-1921,
              de 27,5 % ; en 1929-1933, de 40,9 %. La production de fonte est
              tombée, pendant la crise de 1873, de 27 % ; en 1882,
              de 12,5 % ; en 1893, de 27,3 % ; en 1907,
              de 38,2 % ; en 1920-1921, de 54,8 % et en 1929-1933,
              de 79,4 %.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En Allemagne, le volume général de la production
              industrielle est tombé pendant la crise de 1873, de 6,1 % ; en
              1890, de 3,4 % ; en 1907, de 6,5 % et en 1929-1933,
              de 40,6 %.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En Russie, pendant la crise de 1902-1903 la production
              de fonte a diminué de 17 %, celle du pétrole de 10 %, celle des
              rails de 30 %, celle du sucre de 19 %.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les États-Unis, à la suite de la crise de 1857, se
              sont trouvés ramenés en arrière, pour l’extraction du charbon, de
              2 ans ; pour la production de la fonte, de 4 ans ; pour les
              exportations, de 2 ans et pour les importations, de 3 ans. À la suite de la
              crise de 1929, les États-Unis se sont trouvés ramenés en arrière, pour
              l’extraction du charbon, de 28 ans ; pour la production de la fonte, de
              36 ans ; pour la production d’acier, de 31 ans ; pour les
              exportations, de 35 ans ; pour les importations, de 31 ans.</p>
              <p rend="alinéa smaller">L’Angleterre, à la suite de la crise de 1929, s’est
              trouvée ramenée en arrière, pour la production du charbon, de 35 ans ;
              pour la production de la fonte, de 76 ans ; pour la production d’acier,
              de 23 ans ; pour le commerce extérieur, de 36 ans.</p>
              <p rend="alinéa">Les crises économiques font la démonstration éclatante de
              la <emph>rapacité</emph> du capitalisme. À chaque crise, qui voue
              des millions d’hommes à la misère et à la famine, des quantités énormes de
              marchandises qui ne trouvent pas de débouchés sont détruites : blé,
              pommes de terre, lait, bétail, coton. Des usines entières, des chantiers
              navals, des hauts fourneaux sont mis en sommeil ou jetés à la
              ferraille ; on détruit des emblavures de céréales et de cultures
              industrielles, on abat des plantations d’arbres fruitiers.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Au cours des trois années de crise 1929-1933, on a
              démoli aux États-Unis 92 hauts fourneaux ; en Angleterre, 72 ; en
              Allemagne, 28 ; en France, 10. Le tonnage des navires détruits au cours
              de ces années s’élève à 6 500 000 tonnes.</p>
              <p rend="alinéa smaller">L’action destructrice des crises agraires ressort des
              données suivantes. Aux États-Unis, de 1926 à 1937, plus de 2 millions de
              fermes ont été vendues pour dettes. Le revenu de l’agriculture est tombé de
              6,8 milliards de dollars en 1929, à 2,4 milliards en 1932. Dans le même
              temps, la vente des machines agricoles et de l’outillage est passée de 458
              millions de dollars à 65 millions par an, soit sept fois moins. L’emploi des
              engrais chimiques a diminué de près de moitié. Le gouvernement des États-Unis
              a pris toutes mesures pour réduire la production agricole. En 1933, on a
              détruit, par un nouveau labour, 10,4 millions d’acres de plantations de
              coton, on a acheté et détruit 6,4 millions de porcs, on brûlait le blé dans
              les foyers des locomotives. Au Brésil, on a détruit près de 22 millions de
              sacs de café ; au Danemark, 117 000 têtes de bétail.</p>
              <p rend="alinéa">Les crises entraînent des maux sans nombre pour la classe
              ouvrière, les masses essentielles de la paysannerie, pour tous les
              travailleurs. Elles provoquent un <emph>chômage massif</emph> qui
              voue à une inaction forcée, à la misère et à la famine, des centaines de
              milliers et des millions d’hommes. Les capitalistes utilisent le chômage pour
              intensifier l’exploitation de la classe ouvrière, pour abaisser sensiblement
              le niveau de vie des travailleurs.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le nombre d’ouvriers occupés dans l’industrie de
              transformation aux États-Unis, pendant la crise de 1907, a diminué
              de 11,8 %. Pendant la crise de 1929-1933, le nombre d’ouvriers de
              l’industrie de transformation américaine a diminué de 38,8 % ; le
              montant des salaires payés a baissé de 57,7 %. D’après les chiffres des
              statisticiens américains, de 1929 à 1938, par suite du chômage, on a perdu
              43 millions d’années-travail.</p>
              <p rend="alinéa">Les crises augmentent dans une notable mesure les
              privations des travailleurs, leur peur du lendemain. Ne trouvant pas à
              s’employer durant des années, les prolétaires finissent par perdre leur
              qualification ; à l’issue de la crise, beaucoup d’entre eux ne peuvent
              plus retourner à leur travail. Les conditions de logement des travailleurs
              s’aggravent à l’extrême, le nombre des sans-foyer en quête d’un gagne-pain se
              multiplie. Dans les années de crise, les suicides dus au désespoir sont en
              progression rapide ; la mendicité et la criminalité augmentent.</p>
              <p rend="alinéa">Les crises amènent l’aggravation des
              <emph>contradictions de classes</emph> entre le prolétariat et la
              bourgeoisie, entre les masses essentielles de la paysannerie et les
              propriétaires fonciers, les Usuriers et les paysans riches qui les
              exploitent. Durant la crise, la classe ouvrière perd beaucoup des avantages
              qu’elle a conquis dans une longue et âpre lutte contre les exploiteurs et
              l’État bourgeois. Cela montre aux ouvriers que le seul moyen de remédier à la
              misère et à la faim est de supprimer l’esclavage salarié capitaliste. Les
              plus larges masses du prolétariat, que les crises vouent aux pires
              privations, acquièrent une conscience de classe et un esprit révolutionnaire.
              L’incapacité de la bourgeoisie à diriger les forces productives de la société
              sape parmi les couches petites-bourgeoises de la population la foi en
              l’immuabilité du régime capitaliste. Tout cela amène une aggravation de la
              <emph>lutte de classes</emph> dans la société capitaliste. L’État
              bourgeois, pendant les crises, vient en aide aux capitalistes par des
              subventions en argent, dont le poids en dernière analyse retombe sur le dos
              des masses laborieuses. Utilisant son appareil de violence et de coercition,
              l’État aide les capitalistes à conduire l’offensive contre le niveau de vie
              de la classe ouvrière et de la paysannerie. Tout cela augmente la
              paupérisation des masses laborieuses. D’autre part, les crises montrent
              l’incapacité totale de l’État bourgeois à maîtriser si peu que ce soit les
              lois spontanées du capitalisme dans les pays capitalistes, ce n’est pas
              l’État qui dirige l’économie, au contraire, c’est l’État lui-même qui est
              dominé par l’économie capitaliste, soumis au grand capital.</p>
              <p rend="alinéa">Les crises sont l’indice le plus frappant du fait que les
              forces productives créées par le capitalisme dépassent le cadre des rapports
              de production bourgeois ; aussi ces derniers sont-ils devenus une
              entrave au progrès des forces productives.</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">La crise prouve que la société actuelle pourrait sortir infiniment
                    plus de produits destinés à améliorer les conditions de vie des travailleurs,
                    si la terre, les fabriques, les machines et le reste n’avaient pas été
                    accaparés par une bande de propriétaires privés qui tirent des millions
                    de la misère du peuple.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « Les leçons de la crise »,
                    <title>Œuvres</title>, t. 5, p. 89.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Chaque crise rapproche l’effondrement du mode de production
              capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">Gomme c’est dans les crises que se manifestent de façon
              particulièrement nette et aiguë les contradictions insolubles du capitalisme,
              qui témoignent de l’inéluctabilité de sa fin, les économistes bourgeois
              cherchent par tous les moyens à cacher la vraie nature et les causes des
              crises. Voulant escamoter l’inéluctabilité des crises en régime capitaliste,
              ils déclarent d’ordinaire que les crises sont dues à des causes fortuites,
              que l’on peut soi-disant écarter, tout en maintenant le système capitaliste
              d’économie.</p>
              <p rend="alinéa">Dans ce but, les économistes de la bourgeoisie proclament
              qu’en fin de compte la cause des crises réside soit dans la rupture de
              l’équilibre entre les branches de la production, soit dans le retard de la
              consommation sur la production, et ils proposent pour guérir le capitalisme
              des crises de recourir à certains procédés de « consommation »
              comme la course aux armements et les guerres. En réalité l’absence
              d’équilibre dans la production, de même que la contradiction entre la
              production et la consommation ne sont pas des défauts fortuits du mode
              capitaliste de production, mais les formes inévitables de: la manifestation
              de la contradiction fondamentale du capitalisme, qui ne saurait être
              supprimée tant qu’existe le capitalisme. Certains économistes bourgeois vont
              même jusqu’à prétendre que les crises sont le résultat du déplacement des
              taches solaires, qui exerceraient une influence sur les récoltes, et, par
              conséquent, sur l’ensemble de la vie économique.</p>
              <p rend="alinéa">Dans les intervalles entre les crises, les défenseurs de la
              bourgeoisie proclament d’ordinaire à grand renfort de diffusion la fin des
              crises et l’entrée du capitalisme dans la voie d’un développement sans
              crises ; la crise suivante révèle l’erreur de telles affirmations.
              Invariablement la vie met en lumière l’inconsistance totale des remèdes de
              toute sorte proposés pour guérir le capitalisme des crises.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="5" xml:id="chap17sect05">
              <head>17.5. La tendance historique du développement du
              capitalisme. Le prolétariat, fossoyeur du capitalisme.</head>
              <p rend="alinéa">Le capitalisme étant devenu le régime dominant, la
              concentration de la propriété entre les mains d’un petit nombre a progressé à
              pas de géant. Le développement du capitalisme amène la ruine des petits
              producteurs qui vont grossir les rangs de l’armée des ouvriers salariés. La
              concurrence s’aggrave entre capitalistes, ce qui a pour résultat qu’un
              capitaliste l’emporte sur beaucoup d’autres. La concentration du capital
              rassemble d’immenses richesses entre les mains d’un cercle de plus en plus
              étroit de personnes.</p>
              <p rend="alinéa">Tout en développant les forces productives et en
              socialisant la production, le capitalisme crée les conditions matérielles du
              socialisme ; en même temps, il engendre son fossoyeur en la personne de
              la classe ouvrière qui assume le rôle de dirigeant et de guide de toutes les
              masses laborieuses et exploitées. Le progrès de l’industrie s’accompagne d’un
              accroissement des effectifs du prolétariat, du développement de sa cohésion,
              de sa conscience et de son organisation. Le prolétariat se dresse avec
              toujours plus de résolution pour la lutte contre le capital. Le développement
              de la société capitaliste s’accompagne d’une aggravation des contradictions
              antagonistes qui lui sont propres et d’un renforcement de la lutte de classe,
              préparant ainsi les conditions nécessaires pour la victoire du prolétariat
              sur la bourgeoisie.</p>
              <p rend="alinéa">L’expression théorique des intérêts vitaux de la classe
              ouvrière est le <emph>marxisme</emph>, le
              <emph>socialisme scientifique</emph>, qui présente une conception du monde
              cohérente et harmonieuse, Le socialisme scientifique apprend au prolétariat à
              s’unir pour la lutte de classe contre la bourgeoisie. Les intérêts de classe
              du Prolétariat coïncident avec ceux du développement progressif de la société
              humaine ; ils se fondent avec les intérêts de l’immense majorité de la
              société, car la révolution du prolétariat signifie la destruction non point
              de telle ou telle formes d’exploitation, mais la destruction de toute
              exploitation en général.</p>
              <p rend="alinéa">Si à l’aube du capitalisme, un petit nombre d’usurpateurs,
              en la personne des capitalistes et des propriétaires fonciers, a exproprié
              les masses populaires, le développement du capitalisme rend inévitable
              l’expropriation du petit nombre des usurpateurs par les masses populaires.
              Cette tâche est accomplie par la révolution socialiste, qui socialise les
              moyens de production et supprime le capitalisme avec ses crises, son chômage
              et la misère des masses.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Le monopole du capital devient une entrave pour le mode de production qui a
                  grandi et prospéré avec lui et sous ses auspices. La socialisation du
                  travail et la centralisation des moyens de production arrivent à un point
                  où elles ne peuvent plus tenir dans l’enveloppe capitaliste. Cette
                  enveloppe se brise en éclats. L’heure de la propriété capitaliste a sonné.
                  Les expropriateurs sont à leur tour expropriés.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  K. Marx,
                  <title>Le Capital</title>, livre 1, t. 3, p. 205.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Telle est la <emph>tendance historique</emph> du
              développement du mode de production capitaliste.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume"  n="17" xml:id="chap17resume">
              <head>Résumé du chapitre 17</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
                <item><p rend="alinéa">Les crises économiques sont des crises de surproduction. Le
                fondement des crises est la contradiction entre le caractère social de la
                production et la forme capitaliste, privée de l’appropriation des produits
                du travail. Les formes par lesquelles s’exprime cette contradiction sont,
                premièrement, l’opposition entre l’organisation de la production à
                l’intérieur des différentes entreprises capitalistes et l’anarchie de la
                production dans l’ensemble de la société ; en second lieu, la
                contradiction entre le large développement des possibilités de production
                du capitalisme et la réduction relative de la demande, solvable des masses
                laborieuses. La contradiction fondamentale du capitalisme se manifeste dans
                l’antagonisme de classes entre le prolétariat et la bourgeoisie.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">La période comprise entre le début d’une crise et celui d’une
                autre s’appelle cycle. Celui-ci comporte les phases suivantes : la
                crise, la Répression, la reprise d’activité, l’essor. La base matérielle de
                la périodicité des crises capitalistes est la nécessité du renouvellement
                périodique du capital fixe. Avec les crises industrielles s’enchevêtrent
                les crises agraires qui se distinguent par leur longue durée, résultat du
                monopole de la propriété privée de la terre, des survivances féodales et du
                retard de l’agriculture en régime capitaliste.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">Les crises capitalistes signifient une destruction gigantesque
                des forces productives. Elles causent des maux infinis aux masses
                laborieuses. Dans les crises se manifeste de façon saisissante le caractère
                historiquement limité du régime bourgeois, l’incapacité du capitalisme de
                continuer à diriger les forces productives qui ont grandi dans son sein.
                Pour supprimer les crises, il faut supprimer le capitalisme.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">La tendance historique du développement du capitalisme est que,
                d’une part, il fait progresser les forces productives et socialise la
                production, créant ainsi les conditions matérielles du socialisme ;
                que d’autre part, il engendre son fossoyeur en la personne du prolétariat
                qui organise et dirige la lutte révolutionnaire de tous les travailleurs
                pour la libération du joug du capital.</p></item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
        </div2>
        <div2 type="subdivision" n="2" xml:id="part2subB">
          <head>B — Le capitalisme monopoliste ou impérialisme</head>
          <div3 n="18" type="chapitre" xml:id="chap18">
            <head>Chapitre 18 — L’impérialisme, stade suprême du capitalisme —
            La loi économique fondamentale du capitalisme monopoliste</head>
            <div4 type="section" n="1" xml:id="chap18sect01">
              <head>18.1. Le passage à l’impérialisme.</head>
              <p rend="alinéa">Le capitalisme prémonopoliste avec la domination de la
              libre concurrence a atteint le point culminant de son développement vers les
              années 1860-1870. Au cours du dernier tiers du
              19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle s’est opéré le passage du capitalisme prémonopoliste au capitalisme
              monopoliste. À la fin du 19<hi rend="ordinal">e</hi> et au début du
              20<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, le capitalisme monopoliste s’est
              définitivement constitué.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>capitalisme monopoliste</emph> ou
              <emph>impérialisme</emph> est le stade suprême et ultime du
              capitalisme, dont le trait distinctif essentiel est que la libre concurrence
              fait place à la domination des monopoles.</p>
              <p rend="alinéa">Le passage du capitalisme prémonopoliste au capitalisme
              monopoliste — à l’impérialisme — a été préparé par tout le processus de
              développement des forces productives et des rapports de production de la
              société bourgeoise.</p>
              <p rend="alinéa">Le dernier tiers du 19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle a
              été marqué par de grandes transformations techniques, le progrès de
              l’industrie et sa concentration. Dans la métallurgie se sont répandues
              largement de nouvelles méthodes de production de l’acier (procédés Bessemer,
              Thomas, Martin). La diffusion rapide des nouveaux types de moteurs — moteurs
              à combustion interne, turbines à vapeur, moteurs électriques — a accéléré le
              développement de l’industrie et des transports. Les acquisitions de la
              science et de la technique ont permis de produire l’énergie électrique en
              grande quantité dans des centrales thermiques, puis dans des centrales
              hydroélectriques de grande puissance. L’utilisation de l’énergie électrique a
              amené la création d’une série de nouvelles branches de l’industrie chimique
              et de la métallurgie. L’emploi des procédés chimiques s’est étendu dans de
              nombreuses branches et processus de production. Le perfectionnement des
              moteurs à combustion interne a contribué à l’apparition et à l’extension des
              transports automobiles, et ensuite de l’aviation.</p>
              <p rend="alinéa">Vers le milieu du 19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle,
              l’industrie légère tient encore une place prédominante dans l’industrie des
              pays capitalistes. De nombreuses entreprises d’importance relativement faible
              appartenaient à des propriétaires individuels, la part des sociétés par
              actions était relativement peu importante. La crise économique de 1873 a
              frappé à mort beaucoup de ces entreprises et donne une impulsion vigoureuse à
              la concentration et à la centralisation du capital. Le rôle primordial dans
              l’industrie des principaux pays capitalistes passa alors à l’industrie
              lourde, avant tout à la métallurgie et aux constructions mécaniques, de même
              qu’à l’industrie minière extractive, dont le développement nécessitait
              d’immenses capitaux. La grande extension des sociétés par actions a augmenté
              encore la centralisation du capital.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le volume de la production industrielle mondiale a triplé
              de 1870 à 1900. La production mondiale de l’acier est passée de 0,5 million
              de tonnes en 1870 à 28 millions de tonnes en 1900, et la production mondiale
              de fonte de 12,2 millions de tonnes à 40,7 millions. Le développement de la
              production d’énergie, de la métallurgie et de la chimie a déterminé
              l’augmentation de l’extraction mondiale de charbon (de 218 millions de tonnes
              en 1870 à 769 millions de tonnes en 1900) et du pétrole (de 0,8 million de
              tonnes à 20 millions de tonnes). Le progrès de la production industrielle
              était étroitement lié au développement des transports ferroviaires. En 1835,
              dix ans après la construction de la première voie ferrée, il y avait dans le
              monde entier 2 400 kilomètres de voies ferrées ; en 1870, on en
              comptait plus de 200 000 et en 1900, 790 000. De grands navires
              propulsés par des machines à vapeur et des moteurs à combustion interne
              furent mis en service sur les voies maritimes.</p>
              <p rend="alinéa">Au cours du 19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, le mode
              de production capitaliste s’est rapidement étendu à tout le globe. Vers 1870,
              le plus vieux pays bourgeois — l’Angleterre — produisait encore plus de
              tissus, de fonte et de charbon que les États-Unis d’Amérique, l’Allemagne, la
              France, l’Italie, la Russie et le Japon réunis. C’est l’Angleterre qui se
              classait première dans la production industrielle mondiale et détenait un
              monopole absolu sur le marché mondial. À la fin du 19<hi rend=
              "ordinal">e</hi> siècle, la situation change radicalement. Les pays
              capitalistes neufs ont leur grande industrie. Cela a fait perdre à
              l’Angleterre la primauté industrielle et sa situation de monopole sur le
              marché mondial. Pour le volume de la production industrielle, les États-Unis
              tiennent le premier rang dans le monde, et l’Allemagne en Europe. La Russie a
              avancé rapidement sur la voie du développement industriel malgré les
              obstacles dressés par les nombreuses survivances du servage dans le régime
              économique et social du pays et par le régime tsariste totalement pourri.</p>
              <p rend="alinéa">Au fur et à mesure que l’on passe à l’impérialisme, les
              contradictions entre les forces productives et les rapports de production du
              capitalisme prennent des formes de plus en plus aiguës. La subordination de
              la production à la course des capitalistes au profit maximum dresse de
              nombreuses barrières sur le chemin du développement des forces productives.
              Les crises économiques de surproduction deviennent plus fréquentes, leur
              force destructrice augmente, l’armée des chômeurs grandit. Avec
              l’accroissement de la misère et du dénuement des masses travailleuses des
              villes et des campagnes, la richesse, accumulée entre les mains d’une poignée
              d’exploiteurs, augmente comme jamais auparavant. L’aggravation des
              contradictions de classes inconciliables entre la bourgeoisie et le
              prolétariat aboutit au renforcement de la lutte économique et politique de la
              classe ouvrière.</p>
              <p rend="alinéa">Lors du passage à l’impérialisme, les plus grandes
              puissances capitalistes se sont emparées, par la violence et la duperie, de
              vastes possessions coloniales. Les cercles dirigeants des pays capitalistes
              développés ont transformé la majorité de la population du globe en esclaves
              coloniaux, qui haïssent leurs oppresseurs et se dressent pour lutter contre
              eux. Les conquêtes coloniales ont élargi considérablement le champ de
              l’exploitation capitaliste ; en même temps le degré d’exploitation des
              masses laborieuses ne cesse d’augmenter. L’aggravation extrême des
              contradictions du capitalisme trouve son expression dans les guerres
              impérialistes dévastatrices, qui emportent des multitudes de vies humaines et
              détruisent d’immenses richesses matérielles.</p>
              <p rend="alinéa">Le mérite historique de l’analyse marxiste de
              l’impérialisme, comme stade suprême et ultime du développement du capitalisme
              et comme prélude à la révolution socialiste du prolétariat, appartient à
              Lénine. Dans son ouvrage classique <title>L’Impérialisme, stade
              suprême du capitalisme</title> et dans plusieurs autres écrits datant surtout des
              années de la première guerre mondiale, Lénine a fait le point du
              développement du capitalisme mondial au cours du demi-siècle écoulé depuis la
              parution du <title>Capital</title> de Marx. S’appuyant sur les lois
              découvertes par Marx et Engels sur la naissance, le développement et la
              décadence du capitalisme, Lénine a fait une analyse scientifique exhaustive
              de la nature économique et politique de l’impérialisme, de ses lois et de ses
              contradictions insolubles.</p>
              <p rend="alinéa">Suivant la définition classique de Lénine les caractères
              économiques fondamentaux de l’impérialisme sont :</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">1) concentration de la production et du capital
                    parvenue à un degré de développement si élevé qu’elle a créé
                    les monopoles, dont le rôle est décisif dans la vie économique ;</p>
                    <p rend="alinéa">2) fusion du capital bancaire et du capital industriel, et création,
                    sur la base de ce «capital financier», d’une oligarchie financière ;</p>
                    <p rend="alinéa">3) l’exportation des capitaux, à la différence de l’exportation des
                    marchandises, prend une importance toute particulière ;</p>
                    <p rend="alinéa">4) formation d’unions internationales monopolistes de capitalistes
                    se partageant le monde,</p>
                    <p rend="alinéa">et 5) fin du partage territorial du globe entre les plus grandes puissances
                    capitalistes.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme »,
                    <title>Œuvres</title>,
                    t. 22, p. 287.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
            </div4>
            <div4 type="section" n="2" xml:id="chap18sect02">
              <head>18.2. La concentration de la production et les monopoles.
              Les monopoles et la concurrence.</head>
              <p rend="alinéa">La libre concurrence qui régnait au stade prémonopoliste du
              capitalisme avait déterminé un processus rapide de concentration de la
              production dans des entreprises de plus en plus grandes. L’action de la loi
              de la concentration et de la centralisation du capital a amené
              infailliblement la victoire des grandes et des très grandes entreprises, à
              côté desquelles les entreprises petites et moyennes jouent un rôle de plus en
              plus subalterne. À son tour la concentration de la production a préparé le
              passage du règne de la libre concurrence à la domination des monopoles, qui
              anéantissent la liberté de la concurrence et en même temps rendent la lutte
              pour la concurrence dans le monde capitaliste particulièrement acharnée et
              dévastatrice.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En <emph type="pays">Allemagne</emph>, les entreprises
              occupant plus de 50 travailleurs groupaient, en 1882, 22 % de la
              totalité des ouvriers et des employés ; en 1895, 30 % ; en
              1907, 37 % ; en 1925, 47,2 % et en 1939, 49,9 %. La part
              des très grandes entreprises (occupant plus de 1 000 travailleurs) dans
              l’ensemble de l’industrie est passée de 1907 à 1925, pour le nombre des
              ouvriers occupés, de 9,6 à 13,3 %, pour la puissance des moteurs, de 32
              à 41,1 %. En 1952, en Allemagne Occidentale, dans les entreprises
              employant 50 ouvriers et plus étaient concentrés 84,6 % de l’ensemble
              des ouvriers et employés, et dans les plus grandes entreprises (employant
              1 000 ouvriers et plus) 34,1 %.</p>
              <p rend="alinéa smaller"><emph type="pays">Aux États-Unis d’Amérique</emph>, en 1904,
              les plus grandes entreprises dont la production dépasse un million de dollars
              représentaient 0,9 % du nombre total des entreprises ; ces
              entreprises occupaient 25,6 % de l’ensemble des ouvriers, et elles
              fournissaient 38 % de la production globale de l’industrie. En 1909, les
              plus grandes entreprises, représentant 1,1 % de la totalité des
              entreprises, comptaient 30,5 % de tous les ouvriers occupés et
              fournissaient 43,8 % de la production globale. En 1939, les plus grandes
              entreprises, formant 5,2 % de la totalité des entreprises, concentraient
              55 % de tous les ouvriers occupés et 67,5 % de la production
              globale de l’industrie. Un groupe encore plus restreint de sociétés
              industrielles géantes, au capital de plus de 100 millions de dollars chacune,
              produisait en 1954 47 % de la production industrielle totale et obtenait
              63 % de la masse générale des profits.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En <emph type="pays">France</emph>,
              en 1952, plus de 48 % des salaires étaient payés par de grandes
              entreprises qui ne représentaient que 0,5 % du nombre total des
              entreprises.</p>
              <p rend="alinéa smaller">L’industrie de la <emph type="pays">Russie</emph> se
              distinguait par un haut degré de concentration. En 1879, les grandes
              entreprises (occupant plus de 100 ouvriers ; formaient 4,4 % de
              toutes les entreprises et concentraient 54,8 % de la production totale.
              En 1903, les grandes entreprises concentraient déjà 76,6 £ ; des
              ouvriers industriels et fournissaient la plus grande partie de la production
              industrielle.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La concentration de la production est plus rapide dans
              l’industrie lourde et dans les nouvelles branches d’industrie (produits
              chimiques, électrotechnique, automobile, etc.) ; elle est plus lente
              dans l’industrie légère qui, dans tous les pays capitalistes, compte de
              nombreuses entreprises petites et moyennes.</p>
              <p rend="alinéa">Une des formes de la concentration de la production est la
              <emph>forme combinée</emph>, c’est-à-dire la réunion dans une
              seule entreprise de plusieurs branches de la production, qui ou bien
              constituent des stades successifs de la transformation de la matière brute
              (par exemple, les combinats métallurgiques comprenant l’extraction des
              minerais, la coulée de la fonte et de l’acier, le laminage), ou bien jouent
              un rôle auxiliaire les unes par rapport aux autres (par exemple,
              l’utilisationdes déchets de la production). La forme combinée donne aux
              grandes entreprises un avantage encore plus important dans la
              concurrence.</p>
              <p rend="alinéa">À un certain degré de son développement, la concentration
              de la production conduit tout droit au monopole. Il est plus facile à
              quelques dizaines d’entreprises géantes de parvenir à un accord entre elles
              qu’à des centaines et des milliers de petites entreprises. D’autre part, dans
              la lutte pour la concurrence entre les plus grandes entreprises, celles qui
              l’emportent sont les entreprises géantes qui disposent de masses énormes de
              profit, et c’est le monopole qui assure le profit élevé. Ainsi, la libre
              concurrence fait place au monopole. C’est l’essence
              <emph>économique</emph> de l’impérialisme. La formation du monopole
              qu’entraîne la concentration de la production est une loi au stade actuel du
              développement du capitalisme.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>monopole</emph> est une entente ou une
              union de capitalistes qui concentrent entre leurs mains la production et
              l’écoulement d’une partie considérable de la production d’une ou de plusieurs
              branches d’industrie, en vue de fixer des prix élevés sur les marchandises et
              de s’attribuer un profit élevé de monopole. Les monopoles peuvent être
              constitués parfois par certaines très grandes firmes particulières qui
              occupent une position dominante dans une branche particulière de la
              production.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les accords à court terme sur les prix de vente sont les
              formes les plus simples du monopole. Ils ont des appellations
              différentes : conventions, corners, rings, etc. Les formes plus
              développées du monopole sont les cartels, les syndicats, les trusts et les
              consortiums. Le <emph>cartel</emph> est une union monopoliste dont
              les membres se concertent sur les conditions de vente, les délais de
              paiement, se partagent les débouchés, déterminent la quantité de marchandises
              à produire, fixent les prix. La quantité de marchandises que chacun des
              participants d’un cartel est eu droit de produire et de vendre, s’appelle la
              <emph>quote-part</emph> ; en cas de non-observation de la
              quote-part, une amende est versée à la caisse du cartel. Le
              <emph>syndicat</emph> est une organisation monopoliste dans laquelle la
              vente des marchandises, et parfois aussi l’achat des matières premières
              s’effectuent par un comptoir commun. Le <emph>trust</emph> est un
              monopole dans lequel la propriété de toutes les entreprises est réunie, et
              leurs propriétaires sont devenus des actionnaires percevant un dividende au
              prorata du nombre des parts ou des actions qui leur appartiennent. À la tête
              du trust, se trouve un conseil d’administration qui dirige l’ensemble de la
              production, l’écoulement des articles fabriqués et les finances des
              entreprises antérieurement indépendantes. Les trusts font souvent partie de
              groupements plus vastes, dits consortiums. Le
              <emph>consortium</emph> groupe plusieurs entreprises de diverses branches
              d’industrie. des firmes commerciales, des banques, des compagnies de
              transports et d’assurances, sur la base d’une dépendance financière commune
              par rapport à un groupe déterminé de gros capitalistes.</p>
              <p rend="alinéa">Les monopoles occupent les postes de commande de l’économie
              des pays capitalistes. Ils englobent l’industrie lourde, ainsi que de
              nombreuses branches de l’industrie légère, les transports par fer et par eau,
              les assurances, le commerce intérieur et extérieur, les banques ; ils
              exercent leur domination sur l’agriculture.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Dans la sidérurgie des <emph type="pays">États-Unis
              d’Amérique</emph> dominent huit monopoles sous le contrôle desquels, en 1963,
              se trouvaient 83 % du potentiel de production d’acier du pays ; les
              deux plus puissants d’entre eux, la <emph>U.S. Steel
              Corporation</emph> et la <emph>Bethleem Steel Corporation</emph>
              disposaient de 49 % de tout le potentiel de production. Le monopole le
              plus ancien des États-Unis est la <emph>Standard Oil</emph>. Dans
              l’industrie automobile trois firmes jouent un rôle déterminant : la
              <emph>General Motors</emph>, <emph>Ford</emph> et
              <emph>Chrysler</emph>. Dans l’industrie électrotechnique le rôle
              dominant appartient à deux firmes : la <emph>General
              Electric</emph> et <emph>Westinghouse</emph>. L’industrie chimique
              est contrôlée par le consortium <emph>Dupont de Nemours</emph>,
              l’industrie de l’aluminium par le consortium
              <emph>Mellon</emph>.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En <emph type="pays">Angleterre</emph>, le rôle des
              groupements monopolistes a particulièrement grandi après la première guerre
              mondiale, où des cartels firent leur apparition dans l’industrie du textile
              et celle du charbon, dans la sidérurgie et dans une série de nouvelles
              branches d’industrie. Le trust <emph>Impérial chemical
              Industries</emph> contrôle près des 9/10<hi rend="ordinal">e</hi> des
              produits chimiques essentiels, près des 2/5<hi rend="ordinal">e</hi> de la
              production des colorants et presque toute la production de l’azote du pays.
              Il est étroitement lié aux principales branches de l’industrie anglaise et,
              notamment, aux consortiums militaires.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En <emph type="pays">Allemagne</emph>, les cartels sont
              largement répandus depuis la fin du siècle dernier. Dans
              l’entre-deux-guerres, l’économie du pays est dominée par le trust de l’acier
              (<emph>Vereinigte Stahlwerke</emph>) qui occupe près de
              200 000 ouvriers et employés, le trust des produits chimiques
              (<emph>Interessen-Gemein-schaft Farbenindustrie</emph>) avec
              100 000 ouvriers et employés, les monopoles de l’industrie houillère, le
              consortium des canons Krupp, les consortiums électrotechniques, la
              <emph>Société générale d’électricité (A.E.G.)</emph> et
              <emph>Siemens</emph>. En Allemagne Occidentale, les grandes compagnies par
              actions (au capital de plus de 10 millions de marks) possédaient en 1952
              74 % de la totalité du capital des compagnies par actions. En 1955,
              elles totalisaient 80 % de ce capital. Dans l’industrie minière, les
              grandes entreprises possèdent 90 % du capital par actions, 81 %
              dans la sidérurgie, 99 % dans l’industrie du pétrole. Les capitaux des
              trois compagnies qui ont hérité de l’<emph>I.G.
              Farbenindustrie</emph> sont trois fois plus élevés que ceux de toutes les
              autres compagnies chimiques de l’Allemagne Occidentale. Dans l’industrie
              électrotechnique, huit grandes compagnies possèdent 82 % du capital par
              actions. Les deux plus importantes, la <emph>Société générale
              d’électricité (A.E.G.)</emph> et <emph>Siemens</emph>, avec les
              firmes qu’elles contrôlent, détiennent 75 % du capital par actions de
              l’industrie chimique.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En <emph type="pays">France</emph>, à l’heure actuelle, la
              totalité de la production d’aluminium est concentrée dans les mains d’un seul
              groupe. Une seule firme contrôle 80 % de la production des colorants.
              Deux sociétés possèdent 75 % des chantiers navals. Trois sociétés
              contrôlent 72 % de l’industrie des ciments ; trois autres 90 %
              des pneumatiques ; trois autres 65 % de l’industrie du sucre.
              96 % de la production des automobiles sont concentrés entre les
              entreprises de quatre sociétés. Cinq grandes sociétés détiennent 70 à
              75 % de la production de l’acier ; cinq autres 90 % de
              l’industrie du raffinage du pétrole ; cinq autres 50 % de
              l’industrie cotonnière.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En <emph type="pays">Italie</emph>, au <emph type=
              "pays">Japon</emph> et môme dans de petits pays tels que la <emph type=
              "pays">Belgique</emph>, la <emph type="pays">Suède</emph>, la <emph type=
              "pays">Suisse</emph>, les organisations monopolistes occupent les postes de
              commande de l’industrie.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En <emph type="pays">Russie</emph>, avant la Révolution, les
              grands monopoles englobèrent tout d’abord les branches maîtresses de
              l’industrie lourde. Le syndicat <emph>Prodamet</emph> (groupement
              pour la vente de la production des entreprises métallurgiques), formé en
              1902, dirigeait l’écoulement de plus des 4/5<hi rend="ordinal">e</hi> des
              métaux ferreux. En 1904 a été fondé le syndicat
              <emph>Prodwagon</emph>, qui monopolisait presque entièrement la fabrication
              et la vente des wagons. Un syndicat analogue groupait les usines de
              construction de locomotives. Le syndicat <emph>Prodougol</emph>,
              créé en 1904 par les plus grandes entreprises houillères du bassin du Donetz,
              qui appartenaient au capital franco-belge, contrôlait les trois quarts de
              toutes les extractions de charbon de ce bassin.</p>
              <p rend="alinéa">Les économistes bourgeois, désireux de présenter le
              capitalisme actuel sous un jour favorable, prétendent que l’extension des
              monopoles aboutit à guérir le régime bourgeois de maux tels que la
              concurrence, l’anarchie de la production, les crises. En réalité,
              l’impérialisme est non seulement impuissant à supprimer la concurrence,
              l’anarchie de la production et les crises, mais il aggrave encore davantage
              toutes les contradictions du capitalisme.</p>
              <p rend="alinéa">Lénine disait que l’impérialisme ne peut réformer le
              capitalisme de fond en comble. Malgré le rôle dominant des monopoles, il
              subsiste de nombreuses entreprises moyennes et petites, ainsi qu’une masse de
              petits producteurs, paysans et artisans, dans tous les pays capitalistes. Le
              monopole, qui se crée dans une série de branches de l’industrie, accentue le
              chaos propre à l’ensemble de l’économie capitaliste.</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">[…] les monopoles n’éliminent pas la libre concurrence dont ils sont
                    issus ; ils existent au-dessus et à côté d’elle, engendrant ainsi des
                    contradictions, des frictions, des conflits particulièrement aigus et violents.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme »,
                    <title>Œuvres</title>,
                    t. 22, p. 286-287.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Premièrement, la concurrence subsiste <emph>à
              l’intérieur</emph> des monopoles. Les membres des syndicats et des cartels
              luttent entre eux pour des débouchés plus avantageux, pour une plus grande
              quote-part dans la production et la vente. Dans les trusts et les
              consortiums, la lutte se poursuit pour les postes de direction, pour le
              contrôle de l’affaire, pour la répartition des profits.</p>
              <p rend="alinéa">Deuxièmement, la concurrence a lieu
              <emph>entre les monopoles :</emph> tant entre les monopoles d’une même
              branche d’industrie qu’entre ceux des différentes branches qui
              s’approvisionnent en marchandises les unes les autres (par exemple, les
              trusts de l’acier et de l’automobile) ou qui produisent des marchandises
              susceptibles de se remplacer les unes les autres (charbon, pétrole, énergie
              électrique). Étant donné la capacité restreinte du marché intérieur, les
              monopoles produisant les objets de consommation, se font une guerre à
              outrance pour l’écoulement de leurs marchandises.</p>
              <p rend="alinéa">Troisièmement, la concurrence a lieu
              <emph>entre les monopoles et les entreprises non monopolisées</emph>. Les
              branches d’industrie monopolisées se trouvent dans une situation privilégiée
              par rapport aux autres branches. Les monopoles prennent toutes mesures utiles
              pour étouffer les entreprises « en marge », les
              « outsiders », qui ne font pas partie des groupements
              monopolistes.</p>
              <p rend="alinéa">La domination des monopoles confère à la concurrence un
              caractère particulièrement destructeur et rapace. Les monopoles pour étouffer
              l’adversaire mettent en jeu tous les procédés possibles de violence directe,
              de corruption et de chantage ; ils recourent aux machinations
              financières les plus compliquées et utilisent largement l’appareil
              d’État.</p>
              <p rend="alinéa">La domination des monopoles entraîne une socialisation plus
              poussée de la production. Mais les fruits de cette socialisation reviennent à
              un petit nombre de monopoles, dont le joug sur le reste de la population
              devient particulièrement lourd. C’est ’aggravation continue de la
              contradiction fondamentale du capitalisme — celle qui existe entre le
              caractère social de la production et la forme privée de l’appropriation
              capitaliste ; aussi les crises deviennent-elles encore plus
              dévastatrices.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="3" xml:id="chap18sect03">
              <head>18.3. La concentration et les monopoles dans les
              banques. Le nouveau rôle des banques.</head>
              <p rend="alinéa">On ne saurait avoir une idée suffisamment complète de la
              puissance et de l’importance réelles des monopoles actuels, si l’on ne tient
              pas compte du rôle que jouent les banques. Là, de même que dans l’industrie,
              il y a concentration du capital et passage de la libre concurrence au
              monopole.</p>
              <p rend="alinéa">Au début, les banques servaient principalement
              d’intermédiaire dans les paiements. Avec le développement du capitalisme,
              s’accroît l’activité des banques en tant que marchands de capitaux.
              L’accumulation du capital et la concentration de la production dans
              l’industrie ont amené la concentration dans les banques d’énormes fonds
              disponibles qui cherchent un emploi lucratif. La part des grandes banques
              dans la masse globale des chiffres d’affaires bancaires n’a cessé de
              croître.</p>
              <p rend="alinéa">Dans le système bancaire, de même que dans l’industrie, la
              concentration conduit au monopole. Les plus grandes banques, en accaparant
              les actions, en consentant des crédits, etc. mettent la main sur les petites.
              Détenant une situation de monopole, les grosses banques passent entre elles
              des accords pour le partage des zones d’influence. Il se crée des unions
              monopolistes de banques. Chacune de ces unions contrôle des dizaines et
              parfois des centaines de banques moins importantes qui deviennent, de fait,
              leurs filiales. Un réseau serré de succursales permet aux grandes banques de
              réunir dans leurs caisses les fonds d’un grand nombre d’entreprises. Presque
              tout le capital-argent de la classe capitaliste et les épargnes des autres
              couches de la population sont à la disposition de petits groupes de brasseurs
              d’affaires des banques.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Au cours des trente-trois années qui précédèrent la
              première guerre mondiale (1880-1913), le seul accroissement des dépôts dans
              les systèmes bancaires des quatre plus grands États capitalistes — États-Unis
              d’Amérique, Allemagne, Angleterre et France — a atteint 127 milliards de
              marks. Depuis, l’accroissement des dépôts a été encore plus rapide ;
              dans une période deux fois plus courte — de 1913 à 1928 — les dépôts dans ces
              pays se sont accrus de 183 milliards de marks.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Aux <emph type="pays">États-Unis</emph>, la part des 20 plus
              grandes banques était en 1900, de 15 % ; en 1929, de
              19 % ; en 1939, de 27 % et en 1952 de 29 % de la totalité
              des dépôts dans toutes les banques des États-Unis. Le nombre total des
              banques commerciales aux États-Unis est passé de 30 100 en 1920 à
              14 400 a la fin de 1954. En <emph type="pays">Angleterre</emph>, la somme
              des bilans des cinq plus grandes banques était en 1900, de 28 % ;
              en 1916, de 37 % ; en 1929, de 73 % et en 1952, de 79 %
              de la somme globale des bilans de toutes les banques de dépôt britanniques.
              En <emph type="pays">France</emph>, la part de six banques de dépôt, en 1952,
              était de 66 % de la somme globale des dépôts dans toutes les banques
              françaises. En <emph type="pays">Allemagne</emph>, à la veille de la première
              guerre mondiale, les grandes banques de Berlin concentraient près de la
              moitié des dépôts existant dans toutes les banques allemandes ; en
              1929-1932, les deux tiers.</p>
              <p rend="alinéa">La concentration de l’industrie et la constitution des
              monopoles bancaires amènent une modification radicale des rapports entre les
              banques et l’industrie. Avec l’agrandissement des entreprises, une importance
              sans cesse accrue s’attache aux gros crédits à long terme que les banques
              consentent aux capitalistes industriels. L’accroissement de la masse des
              dépôts dont disposent les banques ouvre de larges possibilités pour le
              placement à long terme des fonds bancaires dans l’industrie.</p>
              <p rend="alinéa">La forme la plus répandue de l’investissement des fonds
              bancaires dans l’industrie est l’achat d’actions de telles ou telles
              entreprises. Les banques contribuent à la formation d’entreprises par actions
              en se chargeant de la réorganisation des entreprises capitalistes isolées en
              sociétés par actions, ainsi que de la création de nouvelles sociétés par
              actions. La vente et l’achat des actions se font de plus en plus par
              l’intermédiaire des banques.</p>
              <p rend="alinéa">Les intérêts des banques et des entreprises industrielles
              s’entremêlent de plus en plus étroitement. Lorsqu’une banque consent des
              avances à plusieurs grandes entreprises d’une branche d’industrie donnée,
              elle a intérêt à une entente monopoliste entre elles et elle y contribue.
              C’est ainsi que les banques renforcent et accélèrent le processus de
              concentration du capital et la formation des monopoles.</p>
              <p rend="alinéa">La transformation des banques, de modestes intermédiaires
              en une poignée de monopoles tout-puissants, constitue l’un des processus
              fondamentaux de la transformation du capitalisme de l’époque de la libre
              concurrence en capitalisme monopoliste.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="4" xml:id="chap18sect04">
              <head>18.4. Le capital financier et l’oligarchie
              financière.</head>
              <p rend="alinéa">Lorsque les banques deviennent copropriétaires
              d’entreprises industrielles, commerciales et de transport, en achetant leurs
              actions et obligations, et que les monopoles industriels possèdent, de leur
              côté, des actions des banques qui sont liées aux entreprises en question,
              cette interpénétration de capitaux bancaires monopolistes et de capitaux
              industriels monopolistes donne naissance à une nouvelle forme de capital, le
              capital financier. Le <emph>capital financier</emph> est le
              capital fusionné des monopoles bancaires et industriels. L’époque de
              l’impérialisme est celle du capital financier.</p>
              <p rend="alinéa">Définissant le capital financier, Lénine en a souligné
              trois aspects importants :</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">Concentration de la production avec, comme conséquence, les monopoles ;
                    fusion ou interpénétration des banques et de l’industrie, voilà l’histoire
                    de la formation du capital financier et le contenu de cette notion.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme »,
                    <title>Œuvres</title>,
                    t. 22, p. 245.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">La fusion du capital bancaire et du capital industriel
              apparaît nettement dans l’union personnelle des dirigeants des monopoles
              bancaires et industriels. Les mêmes personnes sont à la tête des plus grands
              groupements monopolistes du système bancaire, de l’industrie, du commerce et
              des autres branches de l’économie capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En <emph type="pays">Allemagne</emph>, à la veille de la
              première guerre mondiale, les six plus grandes banques berlinoises avaient
              leurs représentants aux postes de directeurs dans 344 entreprises
              industrielles et comme membres des conseils d’administration, dans 407 autres
              entreprises, au total 751 sociétés. D’autre part, faisaient partie des
              organismes de direction de ces six banques, 51 gros industriels. Plus tard,
              cette union personnelle a pris un développement encore plus grand. En 1932,
              faisaient partie des organismes de direction des trois principales banques de
              Berlin 70 grands représentants de l’industrie. Aux <emph type=
              "pays">États-Unis</emph>, en 1950, un petit groupe comptant 400 industriels et
              banquiers occupait un tiers des 3 705 postes de directeurs dans les 250
              plus grandes sociétés par actions, qui possédaient 42 % de tous les
              capitaux du pays.</p>
              <p rend="alinéa">Dans chaque pays capitaliste, des groupes peu nombreux de
              grands banquiers et d’industriels monopolistes détiennent toutes les branches
              vitales de l’économie, disposant à leur gré de l’immense masse des richesses
              sociales. L’activité des monopoles capitalistes devient inéluctablement la
              domination d’une <emph>oligarchie financière</emph> (le mot
              <emph>oligarchie</emph> signifie littéralement « domination d’un petit
              nombre »). L’impérialisme est caractérisé par la toute-puissance des
              trusts et des syndicats monopolistes, des banques et de l’oligarchie
              financière dans les pays capitalistes développés.</p>
              <p rend="alinéa">La domination de l’oligarchie financière dans le domaine
              économique s’exerce tout d’abord par ce qu’on appelle le « système de
              participation ». Il consiste en ce qu’un grand financier ou un groupe de
              brasseurs d’affaires a en main la principale société par actions (la
              « société-mère » ), qui est à la tête du consortium ; cette
              société, grâce aux actions qu’elle possède (participation de contrôle),
              exerce à son tour sa domination sur les « sociétés filiales » qui
              en dépendent ; celles-ci font la loi à leur tour dans leurs
              « sociétés-filiales », etc. Au moyen de ce système, les brasseurs
              d’affaires de la finance ont la possibilité de disposer d’immenses sommes de
              capitaux appartenant à d’autres personnes.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Au moyen d’un système de participation largement ramifié,
              les huit plus puissants groupes financiers des États-Unis — Morgan,
              Rockefeller, Kuhn-Loebe, Mellon, Dupont, les groupes de Chicago, de Cleveland
              et de Boston — occupent une position prédominante dans l’ensemble de
              l’économie nationale. La zone d’influence de Morgan embrassait, vers 1948,
              des banques et des sociétés au capital de 55 milliards de dollars ;
              celle des Rockefeller, 26,7 milliards ; celle des Dupont, 6,5 milliards
              et celle des Mellon, 6 milliards de dollars. En 1952 aux États-Unis les
              sociétés étaient an nombre de 660 000. Plus de 75 % de la somme des
              capitaux de ces sociétés étaient contrôlées, grâce à un système de
              participation, par 66 sociétés milliardaires (c’est-à-dire avec un capital de
              1 milliard de dollars au moins), qui disposaient directement de 28,3 %
              de la somme totale des capitaux.</p>
              <p rend="alinéa">L’oligarchie financière, qui jouit d’un monopole de fait,
              réalise des profits exorbitants provenant de la fondation de sociétés par
              actions, de l’émission d’actions et d’obligations, du placement des emprunts
              d’État, de commandes avantageuses de l’État. Le capital financier, concentré
              entre les mains d’un petit nombre, lève un tribut toujours croissant sur la
              société.</p>
              <p rend="alinéa">L’oligarchie financière a également la haute main sur le
              domaine politique. La politique intérieure et extérieure des États bourgeois
              est subordonnée aux intérêts cupides des plus grands monopoles.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="5" xml:id="chap18sect05">
              <head>18.5. L’exportation des capitaux.</head>
              <p rend="alinéa">L’exportation des marchandises était caractéristique du
              capitalisme prémonopoliste, sous le règne de la libre concurrence. Le
              capitalisme impérialiste, sous le règne des monopoles, est caractérisé par
              l’exportation des capitaux.</p>
              <p rend="alinéa">L’<emph>exportation des capitaux</emph> à
              l’étranger se fait en vue d’obtenir le profit maximum. Elle présente deux
              formes essentielles : ou bien consentement d’emprunts aux gouvernements,
              villes ou banques d’autres pays, ou bien création à l’étranger d’entreprises
              industrielles, commerciales ou bancaires, concessions, construction de voies
              ferrées, et aussi le rachat à vil prix d’entreprises existantes dans des pays
              affaiblis (par exemple à la suite d’une guerre).</p>
              <p rend="alinéa">L’exportation des capitaux est déterminée, premièrement,
              par la domination des monopoles dans tous les pays capitalistes développés
              et, deuxièmement, par la situation de monopole qu’occupe le petit nombre des
              pays les plus riches, où l’accumulation des capitaux est immense. Dans ces
              pays, au seuil du 20<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, il s’est formé un
              vaste « excédent de capitaux ».</p>
              <p rend="alinéa">L’ « excédent de capitaux » dans les pays
              capitalistes développés a un caractère relatif, car dans ces pays le bas
              niveau de vie des masses dresse des obstacles au développement de la
              production, accentue le retard de l’agriculture sur l’industrie et, d’une
              façon générale, l’inégalité du développement des différentes branches de
              l’économie. Si le capitalisme pouvait relever l’agriculture, améliorer le
              niveau de vie des masses travailleuses, il ne saurait être question
              d’ « excédent de capitaux». Mais alors le capitalisme ne serait
              point le capitalisme, car l’inégalité de développement et la
              sous-alimentation des masses de la population sont les conditions
              essentielles et préalables de ce mode de production.</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">La nécessité de l’exportation des capitaux est due à la « maturité
                    excessive » du capitalisme dans certains pays où (l’agriculture étant
                    arriérée et les masses misérables) les placements « avantageux » font
                    défaut au capital.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme »,
                    <title>Œuvres</title>,
                    t. 22, p. 261.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Dans sa course au profit maximum, le capital
              « excédentaire » se déverse à l’étranger. Il est exporté
              principalement vers les pays retardataires, dans lesquels les capitaux sont
              peu nombreux, les salaires bas, les matières premières bon marché, le prix de
              la terre relativement peu élevé. Dans ces pays, la possibilité s’offre au
              capital monopoliste de toucher, et il les touche effectivement, des profits
              énormes. L’exportation des capitaux est étroitement rattachée au
              développement de l’exportation des marchandises : les monopoles qui
              exportent des capitaux ont l’habitude d’imposer au pays débiteur leurs
              marchandises à des conditions avantageuses pour eux. Les monopoles étrangers
              s’emparent des débouchés et des sources de matières premières dans les pays
              débiteurs.</p>
              <p rend="alinéa">Outre les pays retardataires, le capital est exporté aussi
              dans les pays industriels développés. Cela a lieu pendant les périodes de
              développement rapide de ces pays, qui exigent un afflux de capitaux venant du
              dehors (par exemple, aux États-Unis avant la première guerre mondiale), ou
              bien dans une période d’affaiblissement dû à la guerre (l’Allemagne après la
              première guerre mondiale, les pays capitalistes d’Europe occidentale après la
              deuxième guerre mondiale).</p>
              <p rend="alinéa">Les économistes et les hommes politiques bourgeois
              présentent l’exportation des capitaux comme une « aide » et un
              « bienfait » qu’apporteraient les pays capitalistes développés aux
              peuples retardataires. En réalité, l’exportation des capitaux, tout en
              accélérant le développement des rapports capitalistes dans les pays
              retardataires, conduit en même temps à l’asservissement et au pillage
              systématique de ces pays par les monopoles étrangers. L’exportation des
              capitaux constitue une des bases du système de l’oppression impérialiste,
              dans lequel de riches pays-usuriers exploitent une grande partie du globe.
              Par suite de l’exportation des capitaux, le monde est partagé en une poignée
              d’États-usuriers et une immense majorité d’États-débiteurs.</p>
              <p rend="alinéa">L’exportation des capitaux a de graves conséquences pour
              les pays. D’une part, les pays en question multiplient leurs-richesses et
              renforcent leur position sur le marché mondial. Il leur arrive du dehors un
              afflux constant de plus-value sous forme d’intérêts sur les emprunts ou de
              profit provenant de leurs entreprises à l’étranger. D’autre part, il se
              produit souvent une stagnation de l’industrie du pays exportateur de
              capitaux. Un des résultats les plus importants de l’exportation des capitaux
              est l’accentuation de la rivalité entre les puissances, la lutte pour les
              sphères d’investissement des capitaux les plus avantageuses.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Avant la première guerre mondiale, les principaux pays
              exportateurs de capitaux étaient l’Angleterre, la France et l’Allemagne.
              Leurs investissements à l’étranger s’élevaient de 175 à 200 milliards de
              francs : 75 à 100 milliards pour l’Angleterre, 60 milliards pour la
              France, 44 milliards pour l’Allemagne. L’exportation des capitaux des
              États-Unis ne jouait pas encore un grand rôle, et elle s’élevait à moins de
              10 milliards de francs.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Après la guerre de 1914-1918, des changements radicaux se
              sont produits dans l’exportation mondiale des capitaux. L’Allemagne avait
              perdu ses capitaux à l’étranger. Les investissements à l’étranger avaient
              notablement diminué pour l’Angleterre et la France, et l’exportation de
              capitaux des États-Unis avait fortement augmenté. En 1929, les États-Unis
              atteignent à peu près au même niveau que l’Angleterre pour l’étendue de leurs
              investissements à l’étranger.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Après la deuxième guerre mondiale, l’exportation des
              capitaux des États-Unis s’est encore accrue. À la fin de 1949, les
              investissements de capitaux américains à l’étranger dépassaient la somme des
              investissements à l’étranger de tous les autres États capitalistes réunis. La
              somme totale des capitaux américains investis à l’étranger est passée de 11,4
              milliards de dollars en 1939 à 39,5 milliards à la fin de 1953. La somme
              totale des investissements de capitaux anglais à l’étranger est passée de 3,5
              milliards de livres sterlings en 1938 à 2 milliards en 1951.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="6" xml:id="chap18sect06">
              <head>18.6. Le partage économique du monde entre les unions de
              capitalistes. Les monopoles internationaux.</head>
              <p rend="alinéa">À mesure que se développe l’exportation des capitaux et que
              s’étendent les liens et les « zones d’influence » des plus grands
              monopoles, des conditions favorables se créent pour le partage du marché
              mondial entre eux. Il se constitue des monopoles internationaux.</p>
              <p rend="alinéa">Les <emph>monopoles internationaux</emph> sont
              des ententes entre les plus gros monopoles des différents pays pour le
              partage des marchés, la politique des prix, le volume de la production. La
              formation des monopoles internationaux marque un degré nouveau, infiniment
              plus élevé que les précédents, de la concentration de la production et du
              capital. Beaucoup de monopoles internationaux sont créés avec la
              participation effective des États capitalistes, et ils sont l’un des moyens
              essentiels de leur expansion économique.</p>
              <p rend="alinéa">Les défenseurs des monopoles internationaux s’attachent à
              les présenter comme un instrument de paix, en prétendant que les ententes
              internationales des monopolistes peuvent par des moyens pacifiques régler les
              contradictions qui surgissent entre les groupes et les pays impérialistes.
              Ces affirmations sont tout à fait contraires à la réalité. En effet, le
              partage économique du monde par les monopoles internationaux se fait en
              fonction de la puissance des parties engagées ; or la puissance des
              différents groupes monopolistes varie. Chacun d’eux poursuit une lutte
              incessante pour l’augmentation de sa part, pour l’élargissement de sa sphère
              d’exploitation monopoliste. Les changements dans le rapport des forces
              entraînent inévitablement l’accentuation de la lutte pour un nouveau partage
              des marchés, l’aggravation des contradictions entre les divers groupes et les
              États qui les soutiennent. Les ententes monopolistes internationales se
              distinguent par leur fragilité et recèlent une source de conflits
              inéluctables.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les monopoles internationaux ont fait leur apparition vers
              1860-1880. À la fin du siècle dernier, leur nombre total ne dépassait pas 40.
              À la veille de la première guerre mondiale, on comptait dans le monde entier
              environ 100 cartels internationaux, et avant la deuxième guerre mondiale,
              leur nombre dépassait 300.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Dès avant la première guerre mondiale, le marché du pétrole
              était pratiquement partagé entre la <emph>Standard Oil</emph>
              américaine de Rockefeller et <emph>la Royal Dutch Shell</emph>, où
              le capital anglais exerçait une influence prépondérante. Le marché des
              articles électrotechniques était partagé entre deux firmes monopolistes: la
              <emph>Société générale d’électricité (A.E.G.)</emph> allemande et
              <emph>la Generai Electric</emph> américaine, contrôlée par le
              groupe Morgan.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les ententes monopolistes internationales se sont même
              étendues à des domaines tels que la fabrication des armements. Les plus
              grandes firmes, qui fabriquaient les armements —
              <emph>Vickers-Armstrong Ltd</emph>., en Angleterre,
              <emph>Schneider-Creusot</emph> en France, <emph>Krupp</emph> en
              Allemagne, <emph>Bofors</emph> en Suède, — sont de longue date
              unies entre elles par une multitude de liens.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les monopoles internationaux ont joué un grand rôle dans la
              préparation de la deuxième guerre mondiale. Les plus grands monopoles des
              États-Unis, de l’Angleterre et de la France, liés par des conventions avec
              les trusts allemands, ont animé et orienté la politique des milieux
              dirigeants de ces pays, politique d’encouragement et d’excitation à
              l’agression hitlérienne, qui a entraîné la guerre.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Après la deuxième guerre mondiale a été créée une série de
              monopoles internationaux, qui garantissent les intérêts économiques et
              militaires de l’impérialisme américain. C’est le rôle que joue en particulier
              « la <emph>Communauté européenne du Charbon et de
              l’Acier</emph> » (CECA) qui englobe l’Allemagne Occidentale, la France,
              l’Italie, la Belgique, la Hollande et le Luxembourg.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="7" xml:id="chap18sect07">
              <head>18.7. L’achèvement du partage territorial du globe entre
              les grandes puissances et la lutte pour un nouveau partage.</head>
              <p rend="alinéa">Parallèlement au partage économique du monde entre les
              groupements de capitalistes et en liaison avec ce partage, on assiste au
              partage territorial du globe entre les États bourgeois, à la lutte pour la
              mainmise sur les terres d’autrui et pour les colonies et les
              semi-colonies.</p>
              <p rend="alinéa">Les <emph>colonies</emph> sont des pays
              dépourvus d’indépendance nationale ; elles sont les possessions
              d’États-métropoles impérialistes. On appelle
              <emph>semi-colonies</emph> des pays sous-développés, en butte à
              l’exploitation coloniale de puissances impérialistes, sous la dépendance
              économique et politique desquelles ils se trouvent, tout en conservant une
              indépendance formelle. À côté des colonies et des semi-colonies, il existe à
              l’époque de l’impérialisme divers types de pays
              <emph>dépendants</emph>, dont le degré de dépendance est différent et est
              sujet à toutes sortes de variations.</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">Cette époque n’est pas seulement caractérisée par les deux groupes
                    principaux de pays : possesseurs de colonies et pays coloniaux, mais
                    encore les formes variées de pays dépendants qui, nominalement, jouissent
                    de l’indépendance politique, mais qui, en réalité, sont pris dans les
                    filets d’une dépendance financière et diplomatique.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme »,
                    <title>Œuvres</title>,
                    t. 22, p. 284.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Les défenseurs de la bourgeoisie présentent la domination
              impérialiste sur les colonies comme une « mission civilisatrice »,
              ayant soi-disant pour objet d’amener les peuples retardataires sur la voie du
              progrès et d’un développement autonome. En réalité, l’impérialisme voue les
              pays coloniaux et dépendants au retard économique, et les centaines de
              millions d’habitants de ces pays à une oppression et à une servitude sans
              nom, à la privation de droits et à la misère, à la famine et à l’ignorance.
              La mainmise des impérialistes sur les colonies entraîne un accroissement sans
              précédent de l’oppression nationale et de la discrimination raciale. Selon la
              définition de Lénine, le capitalisme, de libérateur des nations qu’il était
              dans la période de lutte contre le féodalisme, est devenu, au stade de
              l’impérialisme, un monstrueux oppresseur des nations.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Dès le milieu du 18<hi rend="ordinal">e</hi> siècle,
              l’Angleterre a asservi l’Inde, pays aux très riches ressources naturelles et
              dont la population, numériquement, est de plusieurs fois supérieure à celle
              de la métropole. Au milieu du 19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, les
              États-Unis d’Amérique se sont emparés de vastes territoires appartenant à
              leur voisin le Mexique, et, au cours des décennies suivantes, ils ont établi
              leur domination sur plusieurs pays de l’Amérique latine.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Vers 1860-1870, les possessions coloniales des pays
              européens n’occupaient encore qu’une partie relativement faible des
              territoires d’outre-mer.</p>
              <p rend="alinéa">Au cours du dernier quart du
              19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, pendant la période du passage au stade monopoliste du capitalisme, la
              carte du monde a subi des modifications radicales. À la suite de l’ancienne
              puissance coloniale — l’Angleterre — tous les pays capitalistes développés
              s’engagent dans la voie des annexions territoriales. La France devient, vers
              la fin du 19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, une grande puissance
              coloniale dont les possessions s’étendent sur 3,7 millions de milles carrés.
              L’Allemagne s’est annexé un million de milles carrés de territoire avec une
              population de 14,7 millions d’habitants ; la Belgique, 900 000
              milles carrés avec 30 millions d’habitants ; les États-Unis se sont
              emparés d’un point d’appui très important dans le Pacifique, les Philippines,
              ainsi que de Cuba, de Porto-Rico, de Guam, des îles Hawaï, de Samoa et ils
              ont établi leur domination de fait sur plusieurs pays de l’Amérique centrale
              et de l’Amérique du Sud.</p>
              <p rend="alinéa smaller">De 1876 à 1914, les « grandes puissances » se
              sont emparées de près de 25 millions de kilomètres carrés de territoire, soit
              une superficie une fois et demie supérieure à celle des métropoles. Plusieurs
              pays se trouvaient placés dans une dépendance semi-coloniale vis-à-vis des
              États impérialistes : la Chine dont la population forme à peu près le
              quart de celle de l’humanité, ainsi que la Turquie et la Perse (Iran). Vers
              le début de la première guerre mondiale, plus de la moitié du genre humain
              était sous la domination des puissances coloniales.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les impérialistes établissent et maintiennent leur pouvoir
              sur les colonies en recourant aux mensonges et à la violence, en utilisant la
              supériorité de leur matériel de guerre. L’histoire de la politique coloniale
              présente une chaîne ininterrompue de guerres de conquête et d’expéditions
              punitives contre les peuples asservis, ainsi que de conflits sanglants entre
              les pays possesseurs de colonies. Lénine qualifiait la guerre des États-Unis
              contre l’Espagne en 1898 de première guerre de type impérialiste, marquant le
              début de l’époque des guerres impérialistes. L’insurrection du peuple
              philippin contre l’envahisseur a été férocement écrasée par les troupes
              américaines.</p>
              <p rend="alinéa">Au début du 20<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, le
              partage du globe était achevé. La politique coloniale des pays capitalistes
              avait amené la conquête de toutes les terres qui n’étaient pas encore
              occupées par les impérialistes. Il ne restait plus de terres
              « vacantes », et la situation était telle que chaque nouvelle
              conquête supposait que le possesseur était dépouillé de son territoire.
              L’achèvement du partage du monde a mis à Tordre du jour la lutte pour un
              <emph>nouveau partage</emph>. La lutte pour un nouveau partage du
              inonde déjà entièrement partagé est l’un des principaux traits distinctifs du
              capitalisme monopoliste. Cette lutte dégénère en définitive en une lutte pour
              la domination mondiale et entraîne infailliblement des guerres impérialistes
              à l’échelle mondiale.</p>
              <p rend="alinéa">Les guerres impérialistes et la course aux armements
              causent aux peuples des pays capitalistes d’énormes privations et coûtent des
              millions de vies humaines. En même temps, les guerres et la militarisation de
              l’économie constituent pour les monopoles une source de profits
              particulièrement élevés.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="8" xml:id="chap18sect08">
              <head>18.8. La loi économique fondamentale du capitalisme monopoliste.</head>
              <p rend="alinéa">Comme on l’a déjà dit, l’essence économique de
              l’impérialisme consiste à substituer la domination des monopoles à la libre
              concurrence. Les monopoles qui fixent des prix de monopole se proposent,
              selon la définition de Lénine, d’obtenir des profits élevés de monopole qui
              dépassent sensiblement le profit moyen. L’obtention de ces profits par les
              monopoles découle de la nature même de l’impérialisme ; elle résulte
              d’une exploitation inouïe de la classe ouvrière par les monopoles, du
              dépouillement de la paysannerie et des autres petits producteurs, de
              l’exportation des capitaux vers les pays retardataires qui sont saignés à
              blanc, des conquêtes coloniales et des guerres impérialistes, véritable mine
              d’or pour les monopoles. Dans ceux de ses ouvrages où Lénine s’attache à
              analyser l’essence économique et politique de l’impérialisme, sont exposées
              les thèses initiales de la loi économique fondamentale du capitalisme
              monopoliste. Partant de ces thèses fondamentales de Lénine, Staline a formulé
              la loi économique fondamentale du capitalisme actuel. Les principaux traits
              et exigences de la loi économique fondamentale du capitalisme monopoliste
              consistent en ceci :</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  assurer le profit capitaliste maximum par l’exploitation, la ruine et
                  l’appauvrissement de la majorité de la population d’un pays donné, par
                  l’asservissement et le pillage systématique des peuples des autres pays,
                  surtout des pays arriérés, et enfin par les guerres et la militarisation de
                  l’économie nationale utilisées pour assurer les profits les plus élevés.
                </quote>
                <bibl>
                  J. Staline,
                  « Les problèmes économiques du socialisme en U.R.S.S. »,
                  <title>Derniers écrits</title>,
                  p. 128, Éditions sociales, Paris, 1953.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Ainsi, la loi économique fondamentale du capitalisme — la
              loi de la plus-value — poursuit sous l’impérialisme son développement et sa
              concrétisation. Sous le régime du capitalisme prémonopoliste, la libre
              concurrence aboutissait à une égalisation du taux de profit des
              capitalistes ; c’était le règne de la loi du taux moyen du profit. Dans
              le cadre de l’impérialisme, les monopoles s’assurent un profit élevé de
              monopole, le profit maximum. C’est lui le moteur du capitalisme monopoliste.
              Au stade du capitalisme monopoliste aussi il y a transfert de capitaux de
              certaines branches dans d’autres et tendance à l’égalisation des profits.
              Mais cette tendance se heurte à l’action de la loi économique fondamentale du
              capitalisme monopoliste, la loi du profit capitaliste maximum. À l’époque de
              l’impérialisme, dans les branches monopolisées, les marchandises sont vendues
              essentiellement à des prix de monopole, qui sont supérieurs aux prix de
              production et qui assurent le profit élevé de monopole, tandis que dans les
              branches non monopolisées, les marchandises sont souvent vendues à des prix
              inférieurs aux prix de production, ce qui ne procure même pas aux
              entrepreneurs le profit moyen.</p>
              <p rend="alinéa">Les conditions objectives pour réaliser le profit maximum
              sont créées par l’établissement de la domination des monopoles dans telles ou
              telles branches de la production. Au stade de l’impérialisme, la
              concentration et la centralisation des capitaux atteignent le plus haut
              degré. De ce fait, l’élargissement de la production nécessite d’immenses
              investissements de capitaux. D’autre part, en période de capitalisme
              monopoliste, la concurrence se poursuit avec acharnement entre des
              entreprises géantes. De cette lutte sortent victorieux les monopoles les plus
              forts qui disposent d’immenses capitaux et touchent le profit maximum.</p>
              <p rend="alinéa">Grâce à ces immenses profits, la possibilité s’offre aux
              monopoles d’assurer leur domination dans le monde capitaliste. La course des
              monopoles au profit maximum accentue à l’extrême toutes les contradictions du
              capitalisme.</p>
              <p rend="alinéa">La base générale du profit maximum des monopoles
              capitalistes, comme de tout profit capitaliste, est la plus-value extorquée
              aux ouvriers exploités dans le cours de la production. Les monopoles poussent
              à l’extrême l’exploitation de la classe ouvrière. En appliquant des systèmes
              de surmenage de toute sorte dans l’organisation et la rémunération du
              travail, ils arrivent à une intensification du travail exténuante, qui a pour
              effet tout d’abord d’augmenter énormément le taux et la masse de la
              plus-value extorquée aux ouvriers. Ensuite, l’intensification du travail a
              pour résultat qu’un nombre considérable d’ouvriers excédentaires va grossir
              l’armée des chômeurs et n’a plus aucun espoir de retrouver un emploi dans la
              production. Les entreprises jettent dehors aussi tous les ouvriers qui ne
              peuvent résister à l’accélération excessive des procédés de fabrication.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Aux États-Unis, le taux de la plus-value dans l’industrie
              minière et dans l’industrie de transformation, calculé sur la base des
              chiffres officiels, était en 1889, de 145 % ; en 1919, de
              165 % ; en 1929, de 210 % ; en 1939, de 220 % ;
              en 1947, d’environ 260 %.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Ainsi, en moins de soixante ans, le taux de la
              plus-value a été multiplié par 1,8.</p>
              <p rend="alinéa">D’autre part, le salaire réel est en baisse par suite du
              renchérissement de la vie et du poids croissant des charges fiscales. À
              l’époque de l’impérialisme, l’écart entre le salaire de l’ouvrier et le prix
              de sa force de travail s’élargit encore davantage. Cela signifie que la loi
              générale de l’accumulation capitaliste, qui détermine la paupérisation
              relative et absolue du prolétariat, renforce son action. L’exploitation
              accrue de la classe ouvrière au cours de la production se double de la
              spoliation des travailleurs en tant que consommateurs ; les ouvriers
              sont forcés de payer en supplément des sommes importantes aux monopoles qui
              fixent des prix de monopole élevés sur les marchandises qu’ils produisent et
              vendent.</p>
              <p rend="alinéa">Dans le cadre du capitalisme monopoliste, les marchandises
              fabriquées par les monopoles ne sont plus vendues au prix de production, mais
              à des prix sensiblement plus élevés, à des prix de monopole.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>prix de monopole</emph> est égal aux
              frais de production plus le profit maximum qui dépasse sensiblement le profit
              moyen ; le prix de monopole est supérieur au prix de production et, en
              règle générale, dépasse la valeur des marchandises. Cependant le prix de
              monopole, comme Marx l’indiquait déjà, ne peut supprimer les limites
              déterminées par la valeur des marchandises. Le niveau élevé des prix de
              monopole ne modifie pas la somme totale de la valeur et de la plus-value
              produites dans l’économie capitaliste mondiale. Une des sources du profit
              maximum, que touchent les monopoles, est la redistribution de la plus-value,
              qui a pour résultat une baisse sensible du niveau du profit des entreprises
              non monopolisées. En maintenant les prix à un niveau plus élevé que celui de
              la valeur des marchandises, les monopoles s’approprient le fruit de la
              productivité croissante du travail et de la baisse des frais de production.
              Ce qui est un gain pour les monopoles est une perte pour les ouvriers, les
              petits producteurs, la population des pays dépendants.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Un instrument important du gonflement des prix de monopole
              est la politique douanière des États bourgeois. À l’époque de la libre
              concurrence, c’étaient surtout les pays faibles, dont l’industrie avait
              besoin de se préserver de la concurrence étrangère, qui recouraient aux
              droits de douane élevés. À l’époque de l’impérialisme, au contraire, les
              droits élevés sont pour les monopoles un moyen d’attaque, de lutte pour
              s’emparer de nouveaux débouchés. Les droits de douane élevés permettent de
              maintenir les prix de monopole à l’intérieur du pays.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Afin de conquérir de nouveaux marchés extérieurs, les
              monopoles pratiquent largement le <emph>dumping</emph>,
              c’est-à-dire la vente des marchandises à l’étranger à vil prix, sensiblement
              au-dessous des prix du marché intérieur, souvent même au-dessous des frais de
              production. L’extension de la vente à l’étranger, grâce au dumping, permet de
              maintenir les prix élevés à l’intérieur du pays sans réduire la production,
              et les pertes causées par l’exportation de dumping sont couvertes en
              augmentant les prix sur le marché intérieur. Après avoir conquis un marché
              extérieur donné les monopoles y procèdent à la vente des marchandises à des
              prix de monopole.</p>
              <p rend="alinéa">L’exploitation des masses essentielles de la paysannerie
              par les monopoles se traduit tout d’abord par le fait que la domination de
              ces derniers engendre un écart croissant entre les prix des denrées agricoles
              et ceux des marchandises industrielles ; c’est ce qu’on appelle les
              « ciseaux » des prix : tout en écoulant leurs marchandises à
              des prix gonflés, les monopoles accaparent les produits des paysans à des
              prix réduits (bas prix d’achat de monopole). Instrument servant à extorquer
              les ressources financières de l’économie rurale, les prix de monopole en
              entravent le développement. Un des leviers les plus puissants, destiné à
              ruiner les exploitations paysannes, est le crédit hypothécaire. Les monopoles
              accablent les paysans de dettes pour, ensuite, s’approprier à vil prix leur
              terre et leurs biens.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Par les hypothèques, les escroqueries des forbans de la finance, par les
                  hauts impôts et les taxes, par le prix élevé des baux, et surtout par la
                  concurrence des grandes exploitations foncières capitalistes, la
                  bourgeoisie ruine les moyens et les petits paysans.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  Maurice Thorez,
                  « La politique du Parti communiste à la campagne »,
                  <title>Œuvres</title>, t. 3, p. 201, Éditions sociales, Paris, 1951.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">L’achat par les monopoles des produits des exploitations
              paysannes à des prix très bas, ne signifie nullement que le consommateur des
              villes bénéficie de vivres à bon marché. Entre le paysan et le consommateur
              urbain se trouvent des intermédiaires, marchands groupés dans des
              organisations monopolistes, qui ruinent les paysans et écorchent les
              consommateurs de la ville.</p>
              <p rend="alinéa">Ensuite, une source du profit maximum pour les monopoles
              est l’asservissement et le pillage des pays économiquement retardataires et
              dépendants par la bourgeoisie des États impérialistes. Le pillage
              systématique des colonies et des autres pays retardataires, la transformation
              d’une série de pays indépendants en pays dépendants constitue un trait
              inaliénable du capitalisme monopoliste. L’impérialisme ne peut vivre ni se
              développer sans l’afflux ininterrompu du tribut prélevé sur les pays
              étrangers.</p>
              <p rend="alinéa">Les monopoles tirent des revenus considérables tout d’abord
              de leurs <emph>investissements de capitaux</emph> dans les pays
              coloniaux et dépendants. Ces revenus sont le résultat de l’exploitation la
              plus féroce et la plus inhumaine des masses laborieuses du monde colonial.
              Les monopoles s’enrichissent grâce à des <emph>échanges non
              équivalents</emph>, c’est-à-dire par la vente dans les pays coloniaux et
              dépendants de leurs marchandises à des prix qui dépassent notablement leur
              valeur, et par achat des marchandises produites dans ces pays à des prix
              excessivement bas, qui ne couvrent pas leur valeur. Parallèlement, les
              monopoles touchent dans les colonies des profits élevés sur les opérations de
              transport, d’assurance et de banque.</p>
              <p rend="alinéa">Enfin, les guerres et la militarisation de l’économie sont
              un des moyens de garantir les profits maximums des monopoles. Les guerres
              enrichissent démesurément les magnats du capital financier, qui, dans les
              intervalles entre les guerres, s’attachent à maintenir le niveau élevé de
              leurs profits grâce à une course effrénée aux armements. Les guerres et la
              militarisation de l’économie apportent aux monopolistes de riches commandes
              militaires, payées par le Trésor à des prix exorbitants, une abondance de
              prêts et de subventions prélevés sur le budget de l’État. En temps de guerre
              toutes les lois sur le travail sont abolies, les ouvriers sont déclarés
              mobilisés, les grèves sont interdites. Tout cela permet aux capitalistes
              d’élever le degré d’exploitation en intensifiant systématiquement le travail.
              En même temps, le niveau de vie des masses laborieuses décroît par suite de
              l’accroissement des impôts et de la vie chère.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi, la militarisation de l’économie capitaliste, en
              temps de guerre comme en temps de paix, se traduit par l’exploitation accrue
              des masses laborieuses dans l’intérêt de l’accroissement du profit maximum
              des monopoles.</p>
              <p rend="alinéa">La loi économique fondamentale du capitalisme actuel, qui
              détermine tout le cours du développement du capitalisme à son stade
              impérialiste, permet de comprendre et d’expliquer l’inéluctabilité de la
              montée et de l’aggravation des contradictions insolubles qui lui sont
              inhérentes.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume"  n="18" xml:id="chap18resume">
              <head>Résumé du chapitre 18</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
                <item><p rend="alinéa">L’impérialisme, ou capitalisme monopoliste, est le stade suprême
                et ultime du développement du mode de production capitaliste. Le passage du
                capitalisme prémonopoliste au capitalisme monopoliste s’est opéré au cours
                du dernier tiers du 19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle. L’impérialisme
                s’est définitivement constitué au début du 20<hi rend="ordinal">e</hi> siècle.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">Les principaux indices économiques de l’impérialisme sont :
                1<hi rend="ordinal">o</hi> la concentration de la production et du capital, parvenue à un degré de
                développement si élevé qu’elle engendre les monopoles dont le rôle est
                décisif dans la vie économique ; 2<hi rend="ordinal">o</hi> la fusion du capital bancaire et
                du capital industriel et la formation, sur cette base, du capital
                financier, de l’oligarchie financière ; 3<hi rend="ordinal">o</hi> l’exportation des capitaux,
                qui, contrairement à l’exportation des marchandises, prend une importance
                particulière ; 4<hi rend="ordinal">o</hi> la formation d’unions monopolistes internationales
                de capitalistes qui se partagent le monde ; 5<hi rend="ordinal">o</hi> l’achèvement du partage
                territorial du globe par les plus grandes puissances impérialistes.
                L’achèvement du partage territorial du monde aboutit à la lutte pour un
                nouveau partage, lutte qui engendre infailliblement des guerres
                impérialistes à l’échelle mondiale.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">La loi économique fondamentale du capitalisme monopoliste
                consiste à assurer le profit capitaliste maximum par l’exploitation, la
                ruine et l’appauvrissement de la majeure partie de la population d’un pays
                donné ; par l’asservissement et le pillage systématiquees peuples
                des autres pays, notamment des pays retardataires ; enfin, par les
                guerres et la militarisation de l’économie nationale.</p></item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3 n="19" type="chapitre" xml:id="chap19">
            <head>Chapitre 19 — Le système colonial de l’impérialisme</head>
            <div4 type="section" n="1" xml:id="chap19sect01">
              <head>19.1. Le rôle des colonies dans la période de
              l’impérialisme.</head>
              <p rend="alinéa">Les annexions coloniales, la tendance à former de vastes
              empires par la conquête de pays et de peuples plus faibles, existaient aussi
              avant l’époque de l’impérialisme et même avant la naissance du capitalisme.
              Mais, comme le montrait Lénine, dans la période de l’impérialisme le rôle et
              la portée des colonies changent de façon fondamentale, non seulement par
              rapport aux époques précapitalistes, mais aussi par rapport à la période du
              capitalisme prémonopoliste. Aux « vieilles » méthodes de la
              politique coloniale s’ajoute la lutte des monopolistes pour les sources de
              matières premières, pour l’exportation des capitaux, pour les zones
              d’influence, pour les territoires économiques et stratégiques.</p>
              <p rend="alinéa">Comme on l’a déjà montré, l’asservissement et le pillage
              systématique par les États impérialistes des peuples des autres pays,
              notamment des pays retardataires, la transformation d’une série de pays
              indépendants en pays dépendants, constituent un des traits principaux de la
              loi économique fondamentale du capitalisme actuel. Le capitalisme, en
              s’étendant au monde entier, a provoqué la tendance au rapprochement
              économique des divers pays, à la suppression de l’isolement national et à
              l’union progressive de vastes territoires en un tout cohérent. Le moyen par
              lequel le capitalisme monopoliste réalise l’union économique progressive de
              vastes territoires, est l’asservissement des colonies et des pays dépendants
              par les puissances impérialistes. Cette union se fait en créant des
              <emph>empires coloniaux</emph>, fondés sur l’oppression et
              l’exploitation implacables des pays coloniaux et dépendants par les
              métropoles.</p>
              <p rend="alinéa">Dans la période de l’impérialisme s’achève la constitution
              du système capitaliste d’économie mondiale, système qui repose sur des
              rapports de dépendance, de domination et de soumission. Les pays
              impérialistes, grâce à l’exportation accrue des capitaux, à l’extension des
              « zones d’influence » et aux annexions coloniales, ont soumis à
              leur domination les peuples des colonies et des pays dépendants.</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">Le capitalisme s’est transformé en un système universel d’oppression
                    coloniale et d’asphyxie financière de l’immense majorité de la
                    population du globe par une poignée de pays « avancés ».</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme » [1916],
                    préface [1920] aux éditions française et allemande,
                    <title>Œuvres</title>,t. 22, p. 207.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Ainsi, les différentes économies nationales sont devenues
              les anneaux d’une chaîne unique, appelée économie mondiale. D’autre part, la
              population du globe s’est scindée en deux camps — le petit groupe de pays
              impérialistes qui exploitent et oppriment les pays coloniaux et dépendants,
              et une énorme majorité de pays coloniaux et dépendants, dont les peuples sont
              en lutte pour se libérer du joug de l’impérialisme.</p>
              <p rend="alinéa">Durant la phase monopoliste du capitalisme, s’est formé le
              <emph>système colonial de l’impérialisme</emph>. Ce système
              embrasse la totalité des colonies et des pays dépendants opprimés et asservis
              par les États impérialistes.</p>
              <p rend="alinéa">Le pillage et la conquête des colonies, l’arbitraire et la
              violence impérialistes, l’esclavage colonial, l’oppression nationale et la
              servitude, enfin la lutte des puissances impérialistes entre elles pour la
              domination des peuples des pays coloniaux : telles sont les formes sous
              lesquelles s’est poursuivi le processus de création du système colonial de
              l’impérialisme.</p>
              <p rend="alinéa">Les États impérialistes, en s’emparant des colonies et en
              les pillant, s’efforcent de surmonter leurs contradictions internes
              grandissantes. Les profits élevés extorqués aux colonies permettent à la
              bourgeoisie de corrompre certaines couches d’ouvriers qualifiés à l’aide
              desquels la bourgeoisie cherche à désorganiser le mouvement ouvrier. En même
              temps, l’exploitation des colonies conduit à l’accentuation des
              contradictions du système capitaliste dans son ensemble.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="2" xml:id="chap19sect02">
              <head>19.2. Les colonies, réserves de produits agricoles et de
              matières premières pour les métropoles.</head>
              <p rend="alinéa">À l’époque de l’impérialisme, les colonies constituent
              avant tout le champ d’application le plus sûr et le plus avantageux pour le
              capital. L’oligarchie financière des pays impérialistes, disposant dans les
              colonies du monopole sans partage de l’investissement des capitaux, touche
              des profits particulièrement élevés.</p>
              <p rend="alinéa">En pénétrant dans les pays retardataires, le capital
              financier désagrège les formes d’économie précapitalistes — petit artisanat,
              économie semi-naturelle des petits paysans — et provoque le développement des
              rapports capitalistes. Afin d’exploiter ces pays, les impérialistes y
              construisent des voies ferrées, des entreprises industrielles pour la
              production des matières premières. Mais en même temps l’exploitation
              impérialiste dans les colonies retarde le progrès des forces productives et
              prive ces pays des conditions nécessaires à leur développement économique
              indépendant. Les impérialistes sont intéressés au retard économique des
              colonies, qui leur permet de maintenir leur pouvoir sur les pays dépendants
              et d’intensifier leur exploitation. Même là où l’industrie est relativement
              plus développée, par exemple dans certains pays de l’Amérique latine, seules
              se développent l’industrie minière ainsi que certaines branches de
              l’industrie légère : coton, cuirs et peaux, alimentation. L’industrie
              lourde, base de l’indépendance économique d’un pays, est extrêmement
              faible ; les constructions mécaniques font à peu près défaut. Les
              monopoles dominants prennent des mesures spéciales pour empêcher de créer la
              production d’instruments de production : ils refusent aux colonies et
              aux pays dépendants les crédits à cette fin, ne vendent ni l’outillage ni les
              brevets nécessaires. La dépendance coloniale des pays retardataires fait
              obstacle à leur industrialisation.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En 1920, la part de la Chine dans l’extraction mondiale du
              charbon était de 1,7 %, dans la production de fonte de 0,8 % ;
              dans celle du cuivre de 0,03 %. Dans l’Inde, la production d’acier par
              habitant, à la veille de la deuxième guerre mondiale (1938), était de 2,7
              kilogrammes par an contre 222 kilogrammes en Grande-Bretagne. L’Afrique tout
              entière ne disposait en 1946 que de 1,5 % du combustible et de l’énergie
              électrique produits dans le monde capitaliste. Même l’industrie textile des
              pays coloniaux et dépendants est une industrie sous-développée et
              retardataire. Dans l’Inde, on comptait en 1947 près de 10 millions de broches
              contre 34,5 millions en Angleterre, dont la population est huit fois moindre
              que celle de l’Inde : en 1945, il y avait en Amérique latine 4,4
              millions de broches contre 23,1 millions aux États-Unis.</p>
              <p rend="alinéa">En l’absence de conditions favorables à un développement
              industriel indépendant, les colonies et les semi-colonies demeurent des pays
              agricoles. L’immense majorité de la population de ces pays tire ses moyens de
              subsistance de l’agriculture, qui se trouve entravée par des rapports
              semi-féodaux. Le marasme et la décadence de l’agriculture retardent le
              développement du marché intérieur.</p>
              <p rend="alinéa">Les monopoles ne tolèrent dans les colonies que les
              branches de production qui assurent aux métropoles des fournitures en
              matières premières et en denrées alimentaires : l’extraction des
              minéraux utiles, la culture des plantes agricoles marchandes et leur premier
              traitement. De ce fait, l’économie des colonies et semi-colonies prend un
              caractère unilatéral très prononcé. L’impérialisme transforme les pays
              asservis en <emph>réserves de produits agricoles et de matières
              premières</emph> pour les métropoles.</p>
              <p rend="alinéa smaller">L’économie de nombreux pays coloniaux et dépendants est
              spécialisée dans la production d’un ou deux produits consacrés entièrement à
              l’exportation. Ainsi, après la deuxième guerre mondiale, le pétrole
              représentait 97 % des exportations du Venezuela ; le minerai
              d’étain, 70 % des exportations de la Bolivie ; le café, près de
              58 % des exportations du Brésil ; le sucre, plus de 80 % des
              exportations de Cuba ; le caoutchouc et l’étain, plus de 70 % des
              exportations de la Malaisie ; le coton près de 80 % des
              exportations de l’Égypte ; le café et le coton, 60 % des
              exportations du Kenya et de l’Ouganda ; le cuivre, environ 85 % des
              exportations de la Rhodésie du Nord ; le cacao, près de 50 % des
              exportations de la Côte de l’Or (Afrique). Le développement unilatéral de
              l’agriculture (ce qu’on appelle la <emph>monoculture</emph>)
              réduit des pays entiers à la merci des monopoles, accapareurs de matières
              premières.</p>
              <p rend="alinéa">Avec la transformation des colonies en réserves de produits
              agricoles et de matières premières pour les métropoles, le rôle des colonies
              s’accroît considérablement en tant que <emph>sources de matières
              premières à bon marché</emph> pour les États impérialistes. Plus le capitalisme
              est développé, et plus la concurrence et la chasse aux sources de matières
              premières est âpre dans le monde entier, plus la lutte est acharnée pour la
              conquête des colonies. Dans le cadre du capitalisme monopoliste, alors que
              l’industrie consomme des masses énormes de charbon, de pétrole, de coton, de
              minerai de fer, de métaux non ferreux, de caoutchouc, etc., aucun monopole ne
              peut s’estimer pourvu s’il ne possède pas des sources sûres de matières
              premières. Des colonies et des pays dépendants, les monopoles tirent à vil
              prix les quantités énormes de matières premières dont ils ont besoin. La
              possession monopoliste des sources de matières premières donne des avantages
              décisifs dans la concurrence. La mainmise sur les sources de matières
              premières à bon marché permet aux monopoles industriels d’imposer des prix de
              monopole sur le marché mondial, de vendre leurs articles à des prix
              exorbitants.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les puissances impérialistes reçoivent exclusivement ou en
              majeure partie des colonies et des semi-colonies un grand nombre de variétés
              importantes de matières premières. Ainsi, après la deuxième guerre mondiale,
              les pays coloniaux et dépendants fournissent une grande partie du caoutchouc
              naturel, de l’étain et du jute consommés dans le monde capitaliste, environ
              la moitié du pétrole, un certain nombre de produits alimentaires
              importants ; canne à sucre, cacao, café, thé.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les sources de diverses <emph>matières
              premières stratégiques</emph> de différentes sortes — charbon, pétrole,
              minerais de fer, métaux non ferreux et rares, caoutchouc, coton, etc., — font
              l’objet d’une lutte à outrance. Depuis des dizaines d’années, les puissances
              impérialistes — et surtout les États-Unis et l’Angleterre — luttent pour la
              possession exclusive des riches sources de <emph>pétrole</emph>.
              La répartition des réserves mondiales de pétrole touche non seulement les
              intérêts et les rapports économiques, mais aussi politiques, des puissances
              impérialistes.</p>
              <p rend="alinéa">À l’époque de l’impérialisme, le rôle des colonies, en tant
              que <emph>débouchés</emph> pour les métropoles, grandit. À l’aide
              d’une politique douanière appropriée, les impérialistes préservent les
              débouchés coloniaux de la concurrence étrangère. C’est ainsi que les
              monopoles ont la possibilité d’écouler dans les colonies, à des prix
              exorbitants, leur production, y compris les marchandises de qualité
              inférieure qui ne trouvent pas de débouché sur les autres marchés. La
              disparité des échanges, entre les puissances impérialistes et les pays
              dépendants, augmente sans cesse. Les monopoles qui font du commerce avec les
              colonies (accaparement des matières premières et vente des marchandises
              industrielles), font des bénéfices énormes. Ils sont les vrais maîtres de
              pays entiers, disposant de la vie et des biens de dizaines de millions
              d’hommes.</p>
              <p rend="alinéa">Les colonies sont une source de main-d’œuvre à très bon
              marché. L’exploitation monstrueuse des masses ouvrières rapporte des revenus
              particulièrement élevés pour les capitaux placés dans les colonies et les
              pays dépendants. En outre, les métropoles importent de ces pays des centaines
              de milliers d’ouvriers qui exécutent des travaux particulièrement pénibles
              pour un salaire de famine. Ainsi, les monopoles aux États-Unis, notamment
              dans le sud du pays, soumettent à une exploitation inhumaine les ouvriers du
              Mexique et de Porto Rico, les monopoles de France en font autant pour les
              ouvriers nord-africains, etc.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les calculs suivants, effectués sur la base de chiffres
              officiels, donnent une idée du tribut prélevé par les monopoles dans les
              colonies et les semi-colonies. Le tribut annuel que l’impérialisme anglais
              percevait dans l’Inde, à la veille de la deuxième guerre mondiale, atteignait
              150 à 180 millions de livres sterling, répartis comme suit : pour
              l’intérêt des investissements britanniques, 40 à 45 millions ; pour les
              dépenses publiques de l’Angleterre, mises au compte de l’Inde, 25 à 30
              millions ; pour les revenus et traitements des fonctionnaires et
              spécialistes militaires anglais dans l’Inde, 25 à 30 millions ; pour les
              revenus à titre de commission des banques anglaises, 15 à 20 millions ;
              pour les revenus du commerce, 25 à 30 millions ; pour les revenus de la
              navigation, 20 à 25 millions. Les monopoles américains ont tiré en 1948 des
              pays dépendants les revenus suivants : des investissements de capitaux,
              1,9 milliard de dollars ; des transports, assurances et autres
              opérations, 1,9 milliard ; de la vente des marchandises à des prix
              exorbitants, 2,5 milliards ; de l’achat de marchandises à des prix
              réduits, 1,2 milliard ; soit un total de 7,5 milliards de dollars, à
              titre de tribut monopoliste. Sur ce tribut, 2,5 milliards de dollars au moins
              ont été fournis par les pays de l’Amérique latine.</p>
              <p rend="alinéa">Alors que le monde est déjà partagé et que se poursuivent
              les préparatifs d’une lutte armée pour un nouveau partage, les puissances
              impérialistes mettent la main sur tous les territoires ayant ou pouvant avoir
              une valeur quelconque comme point d’appui, base militaire navale ou
              aérienne.</p>
              <p rend="alinéa">Les colonies sont des pourvoyeurs de « chair à
              canon » pour les métropoles. Dans la première guerre mondiale, du côté
              français ont combattu un million et demi de soldats noirs des colonies
              africaines. Pendant la guerre, les métropoles font supporter aux colonies une
              part importante de leurs charges financières. Une grande partie des emprunts
              de guerre est placée dans les colonies ; l’Angleterre a utilisé
              largement les réserves de devises de ses colonies pendant la première et la
              deuxième guerres mondiales.</p>
              <p rend="alinéa">L’exploitation effrénée des pays coloniaux et dépendants
              par l’impérialisme aggrave la contradiction irréductible entre les besoins
              immédiats de l’économie de ces pays et les intérêts cupides des
              métropoles.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="3" xml:id="chap19sect03">
              <head>19.3. Les méthodes d’exploitation coloniale des masses
              laborieuses.</head>
              <p rend="alinéa">La combinaison du pillage impérialiste et des formes
              féodales d’exploitation des travailleurs est un trait caractéristique des
              méthodes d’exploitation coloniale qui assurent des bénéfices monopolistes au
              capital financier des métropoles.</p>
              <p rend="alinéa">Les progrès de la production marchande et l’extension des
              rapports monétaires, l’expropriation de terres appartenant à la population
              autochtone, la destruction de la petite production artisanale vont de pair
              avec le maintien factice de survivances féodales et l’implantation de
              méthodes de travail forcé. Avec le développement des rapports capitalistes,
              la rente en nature est remplacée par la rente en argent, les impôts en nature
              par des impôts en espèces, ce qui a pour effet de hâter la ruine des masses
              paysannes.</p>
              <p rend="alinéa">Les classes dominantes des colonies et des semi-colonies
              sont les propriétaires féodaux et les capitalistes des villes et des
              campagnes (les paysans riches). La classe des capitalistes se divise en
              bourgeoisie de compradores et bourgeoisie nationale. Les
              <emph>compradores</emph> sont les intermédiaires indigènes entre les
              monopoles étrangers et le marché colonial de produits importés et de matières
              premières exportées. Les propriétaires féodaux et la bourgeoisie des
              compradores sont les vassaux du capital financier étranger ; ils
              constituent une agence vénale pure et simple de l’impérialisme international,
              qui asservit les colonies et les semi-colonies. Avec le développement d’une
              industrie propre dans les colonies grandit une bourgeoisie nationale qui se
              trouve placée dans une situation ambiguë : d’une part, l’oppression de
              l’impérialisme étranger et des survivances féodales lui barre le chemin vers
              la domination économique et politique ; d’autre part, elle participe
              avec les monopoles étrangers à l’exploitation de la classe ouvrière et de la
              paysannerie. Étant donné que la lutte de libération nationale tend à
              renverser la domination de l’impérialisme, à conquérir l’indépendance
              nationale du pays et à liquider les survivances féodales qui entravent le
              développement du capitalisme, la bourgeoisie nationale participe, à une
              certaine étape, à cette lutte et joue un rôle progressiste.</p>
              <p rend="alinéa">La classe ouvrière grandit dans les colonies et les pays
              dépendants au fur et à mesure du développement de l’industrie et de
              l’extension des rapports capitalistes. Son avant-garde est constituée par le
              prolétariat industriel. Font également partie du prolétariat les masses des
              ouvriers agricoles, des ouvriers des manufactures capitalistes et des petites
              entreprises, ainsi que les manœuvres des villes, qui exécutent toutes sortes
              de travaux manuels.</p>
              <p rend="alinéa">La paysannerie forme la masse essentielle, au point de vue
              numérique, de la population des colonies et semi-colonies. Dans la plupart de
              ces pays, la population des campagnes est composée, dans son immense
              majorité, de paysans sans terre ou n’en possédant que peu — paysans pauvres
              et moyens. La nombreuse petite bourgeoisie des villes est formée de petits
              commerçants et d’artisans.</p>
              <p rend="alinéa">La concentration de la propriété foncière entre les mains
              des propriétaires terriens et des usuriers s’accompagne d’une mainmise des
              colonisateurs sur de vastes possessions territoriales. Dans une série de
              colonies, l’impérialisme a créé des <emph>plantations</emph>,
              grosses entreprises agricoles produisant diverses variétés de matières
              premières végétales (coton, caoutchouc, jute, café, etc.)</p>
              <p rend="alinéa">Elles appartiennent principalement aux colonisateurs, ne
              disposent que de faibles moyens techniques et reposent sur le travail
              semi-servile d’une population privée de tous droits. Dans les colonies et les
              pays dépendants à population très dense, prédomine la petite économie
              paysanne, tout enserrée dans les vestiges du féodalisme et les servitudes
              usuraires. Dans ces pays la concentration de la propriété foncière va de pair
              avec le régime de la petite exploitation terrienne.</p>
              <p rend="alinéa">Les grands propriétaires fonciers mettent en location la
              terre par petites parcelles, à des conditions asservissantes. La
              <emph>sous-location</emph> parasitaire à plusieurs degrés est pratiquée en
              grand : entre le propriétaire terrien et le paysan travaillant la terre
              s’interposent plusieurs intermédiaires qui enlèvent au cultivateur une grande
              partie de sa récolte. Le métayage est prédominant. D’ordinaire le paysan se
              trouve entièrement sous le pouvoir du propriétaire foncier, dont il reste
              pour toujours débiteur. Dans certains pays subsistent pratiquement la corvée
              et les prestations en travail : les paysans sans terre sont tenus, à
              titre de loyer ou pour acquitter leurs dettes, de travailler plusieurs jours
              par semaine au profit du propriétaire. L’extrême misère force le paysan à
              s’endetter, à se laisser asservir et parfois à devenir l’esclave de
              l’usurier ; il arrive que le paysan vende les membres de sa famille
              comme esclaves.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Avant la domination britannique dans l’<emph type=
              "pays">Inde</emph>, l’État recevait sous forme d’impôt une partie des produits
              cultivés par les paysans. Après leur mainmise sur l’Inde, les autorités
              britanniques ont fait des anciens collecteurs d’impôts d’État de gros
              propriétaires fonciers, possédant des domaines de centaines de milliers
              d’hectares. Près des trois quarts de la population rurale de l’Inde ont été
              pratiquement dépouilles de leurs terres. Le paysan était tenu de payer à
              titre de fermage de la moitié aux deux tiers de sa récolte au propriétaire,
              et du reste il doit retrancher l’intérêt de ses dettes envers l’usurier. Au
              Pakistan, suivant les données des années d’après-guerre, 70 % de
              l’ensemble de la surface cultivée appartiennent à 50 000 gros
              propriétaires.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Dans les pays du <emph type="pays">Proche-Orient</emph>, à
              l’heure actuelle, 75 à 80 % de la population se livrent à l’agriculture.
              Ajoutons qu’en Égypte 770 grands propriétaires possèdent plus de terre que 2
              millions d’exploitations pauvres qui forment près de 75 % de toutes les
              exploitations ; sur 14,5 millions de personnes vivant de l’agriculture,
              12 millions sont des petits fermiers et des salariés agricoles ; le
              fermage engloutit jusqu’aux quatre cinquièmes de la récolte. En Iran, près
              des deux tiers de la terre appartiennent aux propriétaires fonciers, un
              sixième à l’État et à l’Église musulmane ; le fermier ne reçoit que un à
              deux cinquièmes de la récolte. En Turquie, plus des deux tiers des paysans
              sont pratiquement privés de terre.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Dans les pays de l’<emph type="pays">Amérique latine</emph>,
              la terre est concentrée entre les mains des grands propriétaires fonciers et
              des monopoles étrangers. Ainsi, par exemple, au Brésil, d’après le
              recensement de 1940, 51 % des exploitations ne possédaient que
              3,8 % de la terre. Dans les pays de l’Amérique latine, le paysan
              appauvri se voit obligé de demander au propriétaire des avances qui doivent
              être remboursées en prestations en travail ; avec ce système (appelé
              « péonage »), les obligations passent d’une génération à l’autre,
              et toute la famille du paysan devient en fait la propriété du maître. Marx
              qualifiait le péonage d’esclavage déguisé.</p>
              <p rend="alinéa">Une grande partie du maigre produit du travail exténuant du
              paysan et de sa famille est accaparée par les exploiteurs : le
              propriétaire foncier, l’usurier, le revendeur, la bourgeoisie rurale, le
              capital étranger, etc. Ceux-ci prennent possession non seulement du produit
              du surtravail mais aussi d’une part importante du travail nécessaire du
              cultivateur. Le revenu restant au paysan est dans bien des cas insuffisant,
              même pour subvenir à une existence misérable. Nombreuses sont les
              exploitations paysannes qui se ruinent ; leurs anciens possesseurs
              viennent grossir l’armée des salariés agricoles. La surpopulation agraire
              atteint de vastes proportions.</p>
              <p rend="alinéa">Écrasée par le propriétaire et l’usurier, l’exploitation
              paysanne ne peut employer que l’outillage le plus primitif, qui demeure sans
              changement notable pendant des centaines et parfois des milliers d’années. La
              technique primitive du travail de la terre aboutit à un épuisement extrême du
              sol. Aussi beaucoup de colonies, tout en restant des pays agricoles,
              sont-elles incapables de faire vivre leur population et obligées d’importer
              des produits alimentaires. L’agriculture des pays asservis par l’impérialisme
              est vouée à la décadence et à la dégradation.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Dans ces pays, malgré l’immense surpopulation agraire et la
              pénurie de terre, une partie seulement des terres cultivables est utilisée de
              façon productive. Dans les pays du Proche-Orient, les systèmes d’irrigation
              sont abandonnés ou détruits. Sur les terres autrefois réputées les plus
              fertiles du monde, le rendement est extrêmement bas et décroît sans cesse.
              Les mauvaises récoltes fréquentes provoquent la mort de millions
              d’hommes.</p>
              <p rend="alinéa">L’oppression coloniale signifie pour la classe ouvrière la
              servitude politique et une exploitation féroce. Le bon marché de la
              main-d’œuvre entraîne un niveau technique extrêmement bas des entreprises
              industrielles et des plantations. Étant donné le niveau technique arriéré de
              la production, les énormes profits des monopoles sont assurés par
              l’allongement de la journée de travail, l’accroissement de son intensité et
              un salaire extrêmement bas.</p>
              <p rend="alinéa">La journée de travail dans les colonies atteint 14 à 16
              heures et même davantage. En règle générale, dans les entreprises
              industrielles et dans les transports, la protection du travail fait
              complètement défaut. La grande usure de l’outillage, le refus des
              entrepreneurs de faire les dépenses nécessitées par les réparations et la
              sécurité du travail provoquent de fréquents accidents qui causent la mort ou
              la mutilation de centaines de milliers d’hommes. L’absence de toute
              législation sociale prive l’ouvrier de tout moyen d’existence en période de
              chômage, en cas de mutilation ou de maladie professionnelle.</p>
              <p rend="alinéa">Le salaire des ouvriers coloniaux n’est même pas suffisant
              pour satisfaire les besoins les plus immédiats. Les ouvriers sont obligés de
              payer une part déterminée de leur salaire dérisoire à des intermédiaires de
              toutes sortes — courtiers, contremaîtres, surveillants, ou personnes
              préposées à l’embauchage. On emploie en grand le travail des femmes, ainsi
              que celui des enfants à partir de 6 ou 7 ans, et il est payé encore plus
              misérablement que le travail des hommes. La plupart des ouvriers sont cribles
              de dettes. Très souvent, les ouvriers sont logés dans des baraquements
              spéciaux ou dans des camps, comme des prisonniers privés du droit de se
              déplacer librement. Le travail forcé est appliqué sur une vaste échelle tant
              dans l’agriculture que dans l’industrie.</p>
              <p rend="alinéa">Le retard économique extrême joint à un degré élevé
              d’exploitation condamne les peuples coloniaux à la famine et à la misère. Une
              part immense des biens matériels créés dans les colonies est accaparée sans
              compensation par les grands monopoles des États impérialistes. L’exploitation
              des colonies et le retard apporté au développement de leurs forces
              productives font que le revenu national par tête d’habitant n’y est que le
              dixième ou le quinzième de celui des métropoles. Le niveau de vie de la
              majeure partie de la population est très bas. La mortalité y est très
              élevée : la famine et les épidémies dépeuplent des régions entières.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Dans les colonies africaines, l’esclavage existe
              officiellement ; les autorités organisent des battues contre les Noirs,
              la police encercle des villages et envoie les hommes ainsi capturés
              construire des routes, travailler dans les plantations de coton, etc. On
              pratique également la vente des enfants en esclavage. Dans les pays
              coloniaux, l’esclavage pour dettes est chose courante ; il existait
              aussi dans la Chine d’avant la Révolution.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Dans les colonies sévit la discrimination raciale en
              matière de salaires. En Afrique occidentale française, les ouvriers qualifiés
              de la population autochtone touchent encore de quatre à six fois moins que
              les ouvriers européens de la même spécialité. Dans les mines du Congo belge,
              les ouvriers africains touchent cinq à dix fois moins que les ouvriers
              européens. Dans l’Union sud-africaine, 65 % des enfants de la population
              autochtone meurent avant d’avoir atteint l’âge de deux ans.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="4" xml:id="chap19sect04">
              <head>19.4. La lutte des peuples coloniaux pour la libération
              nationale.</head>
              <p rend="alinéa">Avant l’époque de l’impérialisme, la lutte des peuples pour
              la libération nationale touchait essentiellement des pays européens
              (Irlandais, Hongrois, Polonais, Finlandais, Serbes, et autres) et ne
              dépassait pas le cadre des États multinationaux. À l’époque de
              l’impérialisme, le capital financier des métropoles ayant asservi les peuples
              des pays coloniaux et dépendants, le cadre de la question nationale s’est
              élargi, et par le cours même des choses elle s’est fondue avec la question
              générale des colonies.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Par là même, la question nationale, de question particulière, de question
                  intérieure d’État, est devenue une question générale et internationale, la
                  question universelle de la libération des peuples opprimés des pays
                  dépendants et des colonies, du joug de l’impérialisme.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  J. Staline,
                  <title>Les Questions du léninisme</title>,
                  t. 1, p. 54, Éditions sociales, Paris, 1947.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Le seul moyen qu’ont ces peuples de se libérer du joug de
              l’exploitation est la lutte révolutionnaire contre l’impérialisme. Durant
              toute l’époque capitaliste, les peuples des pays coloniaux ont lutté contre
              les oppresseurs étrangers, déclenché souvent des insurrections férocement
              réprimées par les colonisateurs. Dans la période de l’impérialisme, la lutte
              des peuples des pays coloniaux et dépendants pour leur libération prend une
              ampleur sans précédent. Dès le début du 20<hi rend="ordinal">e</hi> siècle,
              notamment après la première révolution russe de 1905, les masses
              laborieuses des pays coloniaux et dépendants s’éveillent à la vie politique.
              Des mouvements révolutionnaires éclatent en Chine, en Corée, en Perse, en
              Turquie, dans l’Inde.</p>
              <p rend="alinéa">Les pays du monde colonial se distinguent entre eux par le
              niveau du développement économique et par le degré de formation du
              prolétariat. Il faut distinguer au moins trois catégories de pays coloniaux
              et dépendants :
              1<hi rend="ordinal">o</hi> les pays qui ne sont absolument pas développés au
              point de vue industriel et qui n’ont pas ou presque pas de prolétariat ;
              2<hi rend="ordinal">o</hi> les pays sous-développés au point de vue industriel
              et dont le prolétariat est relativement peu nombreux, et
              3<hi rend="ordinal">o</hi> les pays plus ou moins développés au
              point de vue capitaliste et dont le prolétariat est plus ou moins nombreux.
              Cela détermine les particularités du mouvement de libération nationale dans
              les pays coloniaux et dépendants.</p>
              <p rend="alinéa">Étant donné que la paysannerie prédomine dans la population
              des pays coloniaux et dépendants, la question coloniale et nationale est,
              quant au fond, une question paysanne. Le but général du mouvement de
              libération nationale dans les colonies et les pays dépendants est la
              libération du joug de l’impérialisme et la suppression de toutes les
              survivances féodales. De ce fait, tout mouvement de libération nationale dans
              les colonies et les pays dépendants, dirigé contre l’impérialisme et
              l’oppression féodale, si même le prolétariat y est relativement faible, revêt
              un caractère progressiste.</p>
              <p rend="alinéa">Le mouvement de libération nationale dans les colonies et
              les pays dépendants, dans lequel le prolétariat joue un rôle de plus en plus
              grand en tant que dirigeant reconnu des larges masses de la paysannerie et de
              tous les travailleurs, entraîne dans la lutte contre l’impérialisme l’immense
              majorité de la population du globe, opprimée par l’oligarchie financière de
              quelques grandes puissances capitalistes. Les intérêts du mouvement
              prolétarien dans les pays développés au point de vue capitaliste et du
              mouvement de libération nationale dans les colonies, imposent l’union de ces
              deux formes de mouvement révolutionnaire en un front unique de lutte contre
              l’ennemi commun, contre l’impérialisme. L’internationalisme prolétarien part
              du point de vue qu’un peuple qui en opprime d’autres ne saurait être un
              peuple libre. Et, comme l’enseigne le léninisme, le soutien, la défense et la
              réalisation du mot d’ordre proclamant le droit des nations à se séparer et à
              se constituer en États indépendants, représente de la part du prolétariat des
              nations dominantes une aide efficace au mouvement de libération des peuples
              opprimés.</p>
              <p rend="alinéa">L’essor de la lutte pour la libération nationale des
              peuples opprimés des colonies et des pays dépendants sape les assises de
              l’impérialisme et en prépare l’effondrement.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume"  n="19" xml:id="chap19resume">
              <head>Résumé du chapitre 19</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
                <item><p rend="alinéa">L’exploitation sans frein des colonies et des semi-colonies est
                un des traits caractéristiques du capitalisme monopoliste. Les profils
                maximums des monopoles sont étroitement liés à l’exploitation des colonies
                et des semi-colonies en tant que débouchés, sources de matières premières,
                sphères d’investissements des capitaux, réservoirs de main-d’œuvre à bon
                marché. Tout en détruisant les formes pré-capitalistes de la production et
                en hâtant le développement des rapports capitalistes, l’impérialisme ne
                permet aux colonies et pays dépendants qu’un développement qui les prive de
                l’autonomie et de l’indépendance économiques. Les colonies sont des
                réserves de produits agricoles et de matières premières pour les
                métropoles.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">L’interpénétration de l’exploitation et du pillage capitalistes
                et de différentes survivances de l’oppression féodale, voire esclavagiste,
                est caractéristique du système colonial de l’impérialisme. Le capital
                financier maintient artificiellement dans les colonies et les pays
                dépendants les survivances du féodalisme, il y introduit le travail forcé,
                l’esclavage. Les dures conditions de travail, avec un niveau technique
                extrêmement bas, l’absence totale de droits, la ruine et la paupérisation,
                la famine et le dépérissement massif, tel est le lot de la classe ouvrière
                et de la paysannerie des pays coloniaux et semi-coloniaux.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">Le renforcement de l’exploitation coloniale et de l’oppression
                provoque inévitablement la résistance des masses les plus larges de la
                population des pays coloniaux et dépendants. Le mouvement de libération
                nationale des peuples asservis entraîne dans la lutte contre l’impérialisme
                l’immense majorité de la population du globe, ébranle les assises de
                l’impérialisme et en prépare l’effondrement.</p></item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3 n="20" type="chapitre" xml:id="chap20">
            <head>Chapitre 20 — La place historique de l’impérialisme</head>
            <div4 type="section" n="1" xml:id="chap20sect01">
              <head>20.1. L’impérialisme, dernier stade du capitalisme.</head>
              <p rend="alinéa">Déterminant la place historique de l’impérialisme par
              rapport au général, Lénine écrivait :</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">L’impérialisme est un stade historique particulier du capitalisme.
                    Cette particularité est de trois ordres : l’impérialisme est
                    (1) le capitalisme monopoliste ; (2) le capitalisme parasite
                    ou pourrissant ; (3) le capitalisme agonisant.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « L’Impérialisme et la scission du socialisme »,
                    <title>Œuvres</title>,
                    t. 23, p. 116.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Le capitalisme monopoliste n’élimine pas et ne peut pas
              éliminer les fondements de l’ancien capitalisme. Il apparaît dans un certain
              sens comme une <emph>superstructure</emph> de l’ancien capitalisme
              prémonopoliste. De même qu’il n’y a pas et qu’il ne peut y avoir de
              « capitalisme pur », de même l’existence d’un « impérialisme
              pur » est inconcevable. Même dans les pays les plus développés, il
              existe, à côté des monopoles, une multitude de petites et moyennes
              entreprises, notamment dans l’industrie légère, dans l’agriculture, dans le
              commerce et d’autres branches de l’économie. Dans presque tous les pays
              capitalistes, une partie importante de la population est constituée par la
              paysannerie qui, dans sa grande masse, se livre à la production marchande
              simple. Dans les pays coloniaux et semi-coloniaux l’oppression impérialiste
              s’enchevêtre avec des formes d’exploitation précapitalistes, en particulier
              avec des formes féodales.</p>
              <p rend="alinéa">Un trait essentiel de l’impérialisme est que les monopoles
              existent parallèlement au marché, à la concurrence, aux crises. Comme
              l’impérialisme est le prolongement et le développement des particularités
              essentielles du capitalisme, à son stade monopoliste les lois économiques du
              capitalisme en général restent en vigueur. Mais avec la modification des
              conditions économiques, avec l’aggravation extrême de toutes les
              contradictions du capitalisme, ces lois reçoivent un nouveau développement et
              agissent avec une force de destruction accrue. Il en est ainsi des lois de la
              valeur et de la plus-value, de la loi de la concurrence et de l’anarchie de
              la production, de la loi générale de l’accumulation capitaliste qui
              conditionne la paupérisation relative et absolue de la classe ouvrière et
              voue les masses de la paysannerie laborieuse à l’appauvrissement et à la
              ruine ; il en est de même des contradictions de la reproduction
              capitaliste, des crises économiques.</p>
              <p rend="alinéa">Les monopoles poussent la socialisation de la production à
              l’extrême limite possible en régime capitaliste. Les grandes et les très
              grandes entreprises, qui font travailler chacune des milliers d’ouvriers,
              fabriquent une partie considérable de l’ensemble de la production dans les
              branches maîtresses de l’industrie. Les monopoles unissent en un tout des
              entreprises géantes, ils font le compte des débouchés, des sources de
              matières premières, ils accaparent les cadres scientifiques, les inventions
              et les perfectionnements. Les grandes banques exercent leur contrôle sur la
              presque totalité des fonds d’un pays. Les liaisons entre les diverses
              branches de l’économie et leur interdépendance se resserrent
              considérablement. L’industrie, qui possède un énorme potentiel de production,
              est capable d’augmenter rapidement la masse des marchandises produites.</p>
              <p rend="alinéa">Cependant, les moyens de production restent la propriété
              privée des capitalistes et l’essentiel des moyens de production est détenu
              par un petit groupe de monopoles. Dans leur course au profit maximum, ils
              augmentent par tous les moyens le degré d’exploitation de la classe ouvrière,
              ce qui accroît l’appauvrissement des masses laborieuses et réduit leur
              pouvoir d’achat.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi, la domination des monopoles aggrave au plus haut
              degré la contradiction fondamentale du capitalisme, entre le caractère social
              de la production et la forme capitaliste privée de l’appropriation du fruit
              de la production. Il apparaît de plus en plus clairement que le caractère
              social du processus de production impose la propriété sociale des moyens de
              production.</p>
              <p rend="alinéa">À l’époque de l’impérialisme, les forces productives de la
              société atteignent un niveau de développement tel qu’elles ne peuvent plus
              tenir dans le cadre étroit des rapports de production capitalistes. Le
              capitalisme, qui vint, en tant que mode de production plus avancé, remplacer
              la féodalité, s’est transformé au stade impérialiste en une force
              réactionnaire qui retarde l’évolution de la société humaine. La loi
              économique de correspondance nécessaire entre les rapports de production et
              le caractère des forces productives exige que des rapports nouveaux,
              socialistes, soient substitués aux rapports de production capitalistes. Cette
              loi rencontre l’opposition la plus énergique des classes dominantes et, tout
              d’abord, de la bourgeoisie monopoliste et des gros propriétaires terriens,
              qui entendent empêcher la classe ouvrière de s’allier avec la paysannerie et
              de renverser le régime bourgeois.</p>
              <p rend="alinéa">Le haut degré du développement des forces productives et de
              la socialisation de la production, l’approfondissement et l’aggravation de
              toutes les contradictions de la société bourgeoise témoignent du fait que le
              capitalisme, entré dans le dernier stade de son évolution, est mûr pour être
              remplacé par un régime social supérieur, le socialisme.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="2" xml:id="chap20sect02">
              <head>20.2. L’impérialisme, capitalisme parasite ou pourrissant.</head>
              <p rend="alinéa">L’impérialisme est le capitalisme
              <emph>parasite</emph> ou <emph>pourrissant</emph>. La tendance à
              la stagnation et au pourrissement est le résultat inévitable de la domination
              des monopoles qui veulent obtenir le profit maximum. Les monopoles, qui
              peuvent imposer les prix sur le marché et les maintenir artificiellement à un
              niveau élevé, n’ont pas toujours intérêt aux innovations techniques et
              entravent souvent le progrès technique ; durant des années, ils gardent
              sous le boisseau des découvertes scientifiques et des inventions techniques
              très importantes.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi la tendance à la stagnation et au pourrissement est
              inhérente aux monopoles et cette tendance dans certaines conditions prend le
              dessus. Cela n’a cependant pas empêché le progrès relativement rapide de la
              production et du développement de la technique dans certaines branches de
              l’économie bourgeoise, dans certains pays capitalistes. Mais ce développement
              s’est effectué d’une façon très inégale, retardant de plus en plus sur les
              immenses possibilités qu’ouvraient la science et la technique modernes.</p>
              <p rend="alinéa">La technique moderne hautement développée propose des
              tâches immenses, dont l’accomplissement se heurte à des obstacles qui
              découlent des rapports de production capitalistes. Les pays capitalistes ne
              peuvent pas, par exemple, utiliser entièrement leurs ressources
              hydro-énergétiques à cause des obstacles dressés par la propriété privée de
              la terre et la domination des monopoles. Le monopole de la propriété privée
              de la terre, la surpopulation agraire dans les campagnes, la prépondérance
              des petites exploitations paysannes freinent l’application des résultats de
              la science et de la technique modernes dans la production agricole, ce qui
              pourtant n’exclut pas le progrès technique dans une série de grandes
              entreprises agricoles capitalistes. Les intérêts des monopoles capitalistes
              empêchent l’utilisation de l’énergie atomique à des fins pacifiques.</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">De quelque côté qu’on se tourne, écrivait Lénine dès 1913, on
                    rencontre à chaque pas des problèmes que l’humanité est parfaitement
                    en état de résoudre <emph>sur-le-champ</emph>. L’obstacle, c’est le capitalisme.
                    Il a accumulé des mnoceaux de richesses et a fait des hommes les
                    <emph>esclaves</emph> de ces richesses. Il a résolu les problèmes techniques
                    les plus compliqués et il a stoppé la mise en œuvre des perfectionnements
                    techniques en parce que les grandes masses de la population sont plongées
                    dans la misère et l’ignorance, parce qu’une poignée de millionnaires
                    font preuve d’une lésinerie bornée.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                  V. Lénine,
                  « La barbarie civilisée »,
                  <title>Œuvres</title>,
                  t. 19, p. 418.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Le pourrissement du capitalisme se traduit par
              l’accroissement du parasitisme. La classe des capitalistes perd toute liaison
              avec le processus de production. La gestion des entreprises se concentre
              entre les mains d’un personnel technique salarié. L’immense majorité de la
              bourgeoisie et des propriétaires fonciers deviennent des
              <emph>rentiers</emph>, qui possèdent des titres et qui vivent des revenus
              qu’ils leur rapportent (la tonte des coupons). La consommation parasite des
              classes exploiteuses s’accroît.</p>
              <p rend="alinéa">La séparation totale de la couche des rentiers d’avec la
              production s’accentue encore par l’<emph>exportation des
              capitaux</emph>, par les revenus provenant des investissements à l’étranger.
              L’exportation des capitaux met une empreinte de parasitisme sur tout pays
              vivant de l’exploitation des peuples d’autres pays et des colonies. Les
              capitaux exportés hors des frontières constituent une part sans cesse accrue
              de la richesse nationale des pays impérialistes, et les revenus de ces
              capitaux une part croissante des revenus de la classe capitaliste. Lénine
              appelait l’exportation des capitaux du parasitisme au carré.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les capitaux placés à l’étranger représentaient en 1929,
              par rapport à la richesse nationale: en Angleterre, 18 % ; en
              France, 15 % ; aux Pays-Bas, près de 20 % ; en Belgique
              et en Suisse, 12 %. En 1929, le revenu des capitaux placés à l’étranger
              était supérieur à celui du commerce extérieur : en Angleterre, de plus
              de sept fois ; aux États-Unis, de cinq fois.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Aux États-Unis, les revenus des rentiers provenant des
              titres étaient en 1913, de 1,8 milliard de dollars ; en 1931, 8,1
              milliards de dollars, ce qui dépassait de 40 % le revenu global en
              espèces des 30 millions de fermiers pendant cette même année. Les États-Unis
              sont le pays où les traits parasites du capitalisme contemporain, de même que
              la nature rapace de l’impérialisme, s’affirment d’une façon particulièrement
              frappante.</p>
              <p rend="alinéa">Le caractère parasite du capitalisme apparaît nettement
              dans le fait qu’une série de pays bourgeois se transforment en
              <emph>États-rentiers</emph>. Au moyen d’emprunts asservissants, les plus
              grands pays impérialistes tirent d’immenses revenus des pays débiteurs, se
              les subordonnent aux points de vue économique et politique. L’État-rentier
              est l’État du capitalisme parasite, pourrissant. L’exploitation des colonies
              et des pays dépendants, qui est une des sources fondamentales des profits
              maximums des monopoles, transforme la poignée des plus riches pays
              capitalistes en parasites sur le corps des peuples asservis.</p>
              <p rend="alinéa">Le caractère parasite du capitalisme trouve son expression
              dans l’accroissement du <emph>militarisme</emph>. Une part
              croissante du revenu national, et principalement des revenus des
              travailleurs, est absorbée par le budget de l’État et dépensée pour
              l’entretien d’armées énormes, pour la préparation et la conduite de guerres
              impérialistes. Tout en étant un des principaux moyens pour assurer le profit
              maximum aux monopoles, la militarisation de l’économie et les guerres
              impérialistes signifient en même temps la destruction forcenée d’une
              multitude de vies humaines et d’immenses richesses matérielles.</p>
              <p rend="alinéa">Le progrès du parasitisme est indissolublement lié au fait
              que des masses énormes d’êtres humains sont arrachées au travail socialement
              utile. L’armée des chômeurs augmente, de même que le nombre de personnes
              employées au service des classes exploiteuses, dans l’appareil d’État, ainsi
              que dans la sphère hypertrophiée de la circulation.</p>
              <p rend="alinéa">Le pourrissement du capitalisme se traduit ensuite dans le
              fait que la bourgeoisie impérialiste, avec les profits que lui rapporte
              l’exploitation des colonies et des pays dépendants, corrompt
              systématiquement, moyennant un plus haut salaire et d’autres avantages, une
              faible partie de la couche supérieure des ouvriers qualifiés, ce qu’on
              appelle l’aristocratie ouvrière. Avec l’appui de la bourgeoisie,
              l’aristocratie ouvrière s’empare des postes de commande dans une série de
              syndicats ; elle forme avec des éléments petits-bourgeois, le noyau
              actif des partis socialistes de droite et constitue un danger grave pour le
              mouvement ouvrier. Cette couche d’ouvriers embourgeoisés est le fondement
              social de l’opportunisme.</p>
              <p rend="alinéa">L’opportunisme tend à subordonner le mouvement ouvrier aux
              intérêts de la bourgeoisie, en sapant la lutte révolutionnaire du prolétariat
              pour s’affranchir de l’esclavage capitaliste. Les opportunistes corrompent la
              conscience des ouvriers en prêchant la voie réformiste
              d’ « amélioration » du capitalisme ; ils demandent aux
              ouvriers de soutenir les gouvernements bourgeois dans leur politique
              impérialiste, intérieure et extérieure. Les opportunistes jouent au fond le
              rôle d’agents de la bourgeoisie au sein du mouvement ouvrier. En divisant la
              classe ouvrière, ils empêchent les ouvriers de conjuguer leurs forces pour
              abattre le capitalisme. C’est là une des raisons pour lesquelles, dans nombre
              de pays, la bourgeoisie se maintient encore au pouvoir.</p>
              <p rend="alinéa">Au capitalisme prémonopoliste avec sa libre concurrence
              correspondait en qualité de superstructure politique une démocratie
              bourgeoise limitée. L’impérialisme avec la domination de ses monopoles est
              caractérisé par le passage de la démocratie à la
              <emph>réaction</emph> en matière de politique intérieure et extérieure des
              États bourgeois. La réaction politique sur <emph>toute</emph> la ligne est le
              propre de l’impérialisme. Les dirigeants des monopoles ou leurs hommes de
              confiance occupent les postes les plus élevés dans les gouvernements et dans
              l’ensemble de l’appareil d’État. Sous le régime de l’impérialisme, les
              gouvernements ne sont pas mis en place par le peuple, mais par les magnats du
              capital financier. Les cliques monopolistes réactionnaires, pour asseoir leur
              pouvoir, s’appliquent à réduire à néant les droits démocratiques conquis de
              haute lutte par des générations de travailleurs. Cela impose la nécessité
              d’intensifier par tous les moyens la lutte des masses pour la démocratie,
              contre l’impérialisme et la réaction.</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">Le capitalisme en général et l’impérialisme en particulier font de la
                    démocratie une illusion, et dans le même temps le capitalisme engendre
                    des aspirations démocratiques dans les masses, crée des institutions
                    démocratiques, aggrave l’antagonisme entre l’impérialisme négateur de
                    la démocratie et les masses qui aspirent à la démocratie.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « Réponse à P. Kievski (I. Piatakov) »,
                    <title>Œuvres</title>, t. 23, p. 23.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">À l’époque de l’impérialisme, la lutte des masses les plus
              larges, guidées par la classe ouvrière, contre la réaction engendrée par les
              monopoles, a une immense portée historique. C’est bien de l’activité, de
              l’organisation, de la résolution des masses populaires que dépend l’échec des
              visées barbares des forces d’agression de l’impérialisme, qui préparent sans
              cesse aux peuples de nouvelles et pénibles épreuves et des catastrophes
              militaires.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="3" xml:id="chap20sect03">
              <head>20.3. L’impérialisme, prélude de la révolution socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">L’impérialisme est le <emph>capitalisme
              agonisant</emph>. Il aggrave toutes les contradictions du capitalisme, les
              porte à leur limite extrême, au-delà de laquelle commence la révolution. Les
              plus importantes sont les suivantes :</p>
              <p rend="alinéa">Premièrement, <emph>la contradiction entre le
              travail et le capital</emph>. Le règne des monopoles et de l’oligarchie
              financière dans les pays capitalistes renforce le degré d’exploitation des
              classes laborieuses. L’aggravation de la condition matérielle et l’oppression
              politique accrue de la classe ouvrière accroissent son mécontentement et
              accentuent la lutte de classes entre prolétariat et bourgeoisie. Dès lors,
              les anciennes méthodes de lutte économique et politique de la classe ouvrière
              s’avèrent absolument insuffisantes. L’impérialisme conduit la classe ouvrière
              à la révolution socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">Deuxièmement, <emph>la contradiction entre les
              puissances impérialistes</emph>. Dans la lutte pour le profit maximum, se
              heurtent les monopoles des différents pays, et chacun des groupes de
              capitalistes s’efforce de s’assurer la priorité en mettant la main sur les
              débouchés, les sources de matières premières, les investissements des
              capitaux. La lutte acharnée qui se livre entre les pays impérialistes pour
              les zones d’influence amène nécessairement des guerres impérialistes qui
              affaiblissent les positions du capitalisme renforcent le mécontentement des
              masses et les poussent dans la voie de la lutte révolutionnaire contre le
              régime capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">Troisièmement, <emph>la contradiction entre
              les peuples opprimés des colonies et des pays dépendants et les puissances
              impérialistes qui les exploitent</emph>. Le renforcement de l’oppression
              impérialiste ainsi que le développement du capitalisme dans les colonies et
              les semi-colonies a pour effet d’intensifier le mouvement de libération
              nationale contre l’impérialisme. De réserves de l’impérialisme, les colonies
              et les pays dépendants deviennent des réserves de la révolution
              prolétarienne.</p>
              <p rend="alinéa">Telles sont les principales contradictions qui
              caractérisent l’impérialisme comme capitalisme agonisant. Cela ne veut point
              dire que le capitalisme puisse dépérir de lui-même, par une sorte de
              « faillite automatique », sans que les masses populaires guidées
              par la classe ouvrière luttent avec résolution pour liquider la domination de
              la bourgeoisie. Cela veut dire seulement que l’impérialisme est la phase du
              développement du capitalisme, durant laquelle la révolution prolétarienne est
              devenue une nécessité pratique et où les conditions favorables à l’assaut
              direct des citadelles du capitalisme sont parvenues à maturité. Aussi Lénine
              a-t-il défini l’impérialisme comme le prélude de la révolution
              socialiste.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="4" xml:id="chap20sect04">
              <head>20.4. Le capitalisme monopoliste d’État</head>
              <p rend="alinéa">À l’époque de l’impérialisme, l’État bourgeois, qui
              représente la dictature d’une oligarchie financière, oriente toute son
              activité dans l’intérêt des monopoles.</p>
              <p rend="alinéa">Au fur et à mesure que s’aggravent les contradictions de
              l’impérialisme, les monopoles renforcent leur mainmise directe sur l’appareil
              d’État. Les grands magnats du capital jouent de plus en plus souvent le rôle
              de dirigeants de l’appareil d’État. On assiste à la transformation du
              capitalisme monopoliste en capitalisme monopoliste d’État. Déjà la première
              guerre mondiale avait accéléré et accentué sensiblement ce processus.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>capitalisme monopoliste d’État</emph>
              consiste à <emph>subordonner</emph> l’appareil d’État aux
              monopoles capitalistes et à l’utiliser pour intervenir dans l’économie du
              pays (notamment par sa militarisation), afin d’assurer le profit maximum aux
              monopoles et d’asseoir la toute-puissance du capital financier. Et l’on
              procède à la remise entre les mains de l’État bourgeois de certaines
              entreprises, branches et fonctions économiques (main-d’œuvre,
              approvisionnement en matières premières déficitaires, système de
              rationnement, construction d’entreprises militaires, financement de la
              militarisation de l’économie, etc.), tout en maintenant dans le pays le règne
              de la propriété privée des moyens de production.</p>
              <p rend="alinéa">La propriété d’État dans les pays impérialistes apparaît ou
              bien à la suite de la construction d’entreprises, de voies ferrées,
              d’arsenaux, etc., aux frais du budget de l’État, ou bien sous la forme de la
              nationalisation bourgeoise, c’est-à-dire du transfert de certaines
              entreprises privées aux mains de l’État, moyennant une forte compensation. En
              dépit des affirmations des économistes bourgeois, qui présentent
              l’étatisation des entreprises sous la domination politique de la bourgeoisie
              comme un « pas vers le socialisme », celle-ci n’a rien de commun
              avec le socialisme. La propriété d’État dans les pays bourgeois est une
              variété de propriété capitaliste, où le propriétaire n’est pas un capitaliste
              particulier, mais l’État bourgeois, (qui est subordonné à une poignée de
              grands monopoles. L’étatisation des entreprises est utilisée par les
              monopoles pour renforcer l’exploitation de la classe ouvrière et de tous les
              travailleurs et pour multiplier leurs profits.</p>
              <p rend="alinéa">Les monopoles utilisent le pouvoir d’État pour collaborer
              activement à la concentration et à la centralisation du capital, augmenter
              leur puissance et leur influence : par des mesures spéciales, l’État
              force les entrepreneurs restés indépendants à se soumettre aux groupements
              monopolistes et, en temps de guerre, il fait procéder à la concentration
              forcée de la production, en fermant les portes d’une foule d’entreprises
              petites et moyennes. C’est dans l’intérêt des monopoles que l’État, d’une
              part, établit des droits élevés sur les marchandises importées et que,
              d’autre part, il encourage l’exportation des marchandises en payant aux
              monopoles des subventions à l’exportation et en leur facilitant la conquête
              de nouveaux marchés au moyen du dumping.</p>
              <p rend="alinéa">Les monopoles utilisent le budget d’État afin de piller la
              population du pays en la grevant d’impôts et en recevant de l’État des
              commandes qui leur rapportent de gros profits. L’État bourgeois, sous le
              prétexte « d’encourager les initiatives économiques », verse aux
              gros entrepreneurs des sommes considérables sous forme de subventions. Dans
              le cas où les monopoles sont menacés de faillite, ils reçoivent de l’État les
              crédits nécessaires pour couvrir leurs pertes, et on leur fait remise des
              impôts qu’ils doivent à l’État.</p>
              <p rend="alinéa">Le développement du capitalisme monopoliste d’État
              s’accentue particulièrement en période de préparation et de conduite de
              guerres impérialistes. Lénine disait que le capitalisme monopoliste d’État en
              temps de guerre était un bagne pour les ouvriers et un paradis pour les
              capitalistes. Les gouvernements des pays impérialistes font aux monopoles de
              grosses commandes d’armements, d’équipements et de vivres ; ils
              bâtissent des usines de guerre aux frais de l’État et les mettent à la
              disposition des monopoles ; ils lancent des emprunts de guerre. En même
              temps, les États bourgeois font supporter toutes les charges de la guerre aux
              travailleurs. Tout cela procure des superbénéfices aux monopoles.</p>
              <p rend="alinéa">Le développement du capitalisme monopoliste d’État a pour
              effet, premièrement, de hâter encore la socialisation capitaliste de la
              production, créatrice des conditions matérielles nécessaires pour remplacer
              le capitalisme par le socialisme. Lénine disait que le capitalisme
              monopoliste d’État était la préparation matérielle complète du
              socialisme.</p>
              <p rend="alinéa">Le développement du capitalisme monopoliste d’État amène,
              en second lieu, une accentuation de la paupérisation relative et absolue du
              prolétariat. C’est au moyen du pouvoir d’État que les monopoles élèvent au
              maximum le degré d’exploitation de la classe ouvrière, de la paysannerie et
              de larges couches d’intellectuels, ce qui ne manque pas d’aggraver
              considérablement les antagonismes entre exploités et exploiteurs.</p>
              <p rend="alinéa">Les défenseurs du capitalisme, en dissimulant la
              subordination de l’État bourgeois aux monopoles capitalistes, prétendent que
              l’État est devenu dans l’économie des pays capitalistes une force décisive,
              capable d’assurer la direction planifiée de l’économie nationale. En réalité,
              l’État bourgeois ne peut diriger de façon planifiée l’économie, car il n’en
              est pas maître : elle se trouve entre les mains des monopoles. L’effort
              de l’État pour « régler » l’économie, accompli dans l’intérêt du
              capital monopoliste, ne peut pas supprimer l’anarchie de l’économie
              capitaliste ni les crises économiques et il conduit en fait à une aggravation
              des contradictions du régime bourgeois.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="5" xml:id="chap20sect05">
              <head>20.5. La loi de l’inégalité du développement économique
              et politique des pays capitalistes à l’époque de l’impérialisme et la
              possibilité de la victoire du socialisme dans un seul pays.</head>
              <p rend="alinéa">En régime capitaliste, les diverses entreprises, les
              diverses branches de l’économie d’un pays ne peuvent se développer également.
              Dans le cadre de la concurrence et de l’anarchie de la production, le
              développement inégal de l’économie capitaliste est inévitable. Cependant, à
              l’époque prémonopoliste, la production était fragmentée entre un grand nombre
              d’entreprises, la libre concurrence régnait, il n’y avait pas de monopoles.
              Le capitalisme pouvait encore se développer d’une façon plus ou moins
              régulière. Certains pays en dépassaient d’autres durant une longue période.
              Il existait alors sur le globe de vastes territoires inoccupés. Tout se
              passait sans conflits militaires à l’échelle mondiale.</p>
              <p rend="alinéa">La situation a changé radicalement avec le passage au
              capitalisme monopoliste ; alors le partage du monde est achevé entre les
              puissances impérialistes qui mènent une lutte serrée pour un nouveau partage
              du monde. Cependant le développement inouï de la technique permet à certains
              pays impérialistes de dépasser rapidement, par bonds, les autres pays
              impérialistes. Les pays engagés tardivement dans la voie de l’évolution
              capitaliste utilisent les résultats acquis du progrès technique :
              machines, méthodes de production, etc. De là le développement rapide, <emph>par
              bonds</emph>, de certains pays et un retard dans l’évolution d’autres pays. Ce
              développement par bonds s’accroît énormément aussi grâce à l’exportation des
              capitaux. La possibilité s’offre pour certains pays de gagner de vitesse les
              autres, de les évincer des marchés, de réaliser par la force des armes un
              nouveau partage du monde déjà partagé. Sous l’impérialisme, l’inégalité de
              développement des pays capitalistes est devenue une force déterminante du
              développement impérialiste.</p>
              <p rend="alinéa">Le rapport des forces économiques des puissances
              impérialistes se modifie avec une rapidité sans précédent. Il en résulte des
              modifications très irrégulières du potentiel de guerre des États
              impérialistes. La modification du rapport des forces économiques et
              militaires va à rencontre de l’ancienne répartition des colonies et des
              sphères d’influence, ce qui engendre inévitablement la lutte pour un nouveau
              partage du monde déjà partagé. La puissance véritable de tels ou tels groupes
              impérialistes est mise à l’épreuve au moyen de guerres sanglantes et
              dévastatrices.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En 1860, l’Angleterre occupait la première place dans la
              production industrielle du monde ; la France la suivait de près.
              L’Allemagne et les États-Unis n’en étaient qu’à leurs débuts dans l’arène
              mondiale. Une dizaine d’années s’écoula, et le pays ascendant du jeune
              capitalisme — les États-Unis d’Amérique — gagnait de vitesse la France, et
              prenait sa place. Dix ans après, les États-Unis rattrapaient l’Angleterre et
              occupaient la première place dans la production industrielle mondiale, tandis
              que l’Allemagne dépassait la France et occupait la troisième place derrière
              les États-Unis et l’Angleterre. Au début du 20<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, l’Allemagne refoulait l’Angleterre et prenait la deuxième place après
              les États-Unis. À la suite des changements survenus dans le rapport des
              forces des pays capitalistes, le monde capitaliste se scinde en deux camps
              impérialistes hostiles, et les guerres mondiales se déclenchent.</p>
              <p rend="alinéa">Le développement inégal des pays capitalistes détermine
              l’aggravation des contradictions dans le camp de l’impérialisme et
              l’inéluctabilité de conflits militaires qui conduisent à un affaiblissement
              réciproque des impérialistes. Le front mondial de l’impérialisme devient
              facilement vulnérable pour la révolution prolétarienne. C’est sur cette base
              que la chaîne du front impérialiste peut se rompre en son maillon le plus
              faible, au point où les conditions sont les plus favorables pour la victoire
              du prolétariat.</p>
              <p rend="alinéa">L’inégalité du développement économique à l’époque de
              l’impérialisme détermine aussi l’inégalité du développement politique, qui
              entraîne pour les différents pays une différence de maturité des conditions
              politiques de la victoire de la révolution prolétarienne. Parmi ces
              conditions, il faut ranger avant tout l’acuité des antagonismes de classes et
              le degré de développement de la lutte des classes, le niveau de la conscience
              de classe, de l’organisation politique et de la fermeté révolutionnaire du
              prolétariat, son aptitude à entraîner les masses fondamentales de la
              paysannerie.</p>
              <p rend="alinéa">La loi de l’inégalité du développement économique et
              politique des pays capitalistes à l’époque de l’impérialisme est le point de
              départ de la théorie léniniste sur la possibilité de la victoire du
              socialisme au début dans plusieurs pays ou même dans un seul pays.</p>
              <p rend="alinéa">Marx et Engels, en étudiant au milieu du 19<hi rend=
              "ordinal">e</hi> siècle le capitalisme prémonopoliste, ont été amenés à
              conclure que la révolution socialiste ne pouvait vaincre que simultanément
              dans tous les pays ou dans la plupart des pays civilisés. Mais au début du
              20<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, notamment au cours de la première
              guerre mondiale, la situation avait changé radicalement. Le capitalisme
              prémonopoliste s’était développé en capitalisme monopoliste. Le capitalisme
              ascendant était devenu le capitalisme déclinant, agonisant. La guerre avait
              mis à nu les faiblesses incurables du front impérialiste mondial. Il
              découlait en même temps de la loi de l’inégalité du développement que la
              révolution prolétarienne viendrait à maturité à des époques différentes, dans
              les différents pays. Partant de la loi du développement inégal du capitalisme
              à l’époque de l’impérialisme, Lénine est arrivé à la conclusion que la
              vieille formule de Marx et d’Engels ne répondait plus aux nouvelles
              conditions historiques ; que, dans les conditions nouvelles, la
              révolution socialiste pouvait parfaitement triompher dans un seul pays ;
              que la victoire simultanée de la révolution socialiste dans tous les pays ou
              dans la plupart des pays civilisés était impossible» en raison de la maturité
              inégale de la révolution dans ces pays.</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">L’inégalité du développement économique et politique, écrivait
                    Lénine, est une loi absolue du capitalisme. Il s’ensuit que la
                    victoire du socialisme est possible au début dans un petit nombre
                    de pays capitalistes ou même dans un seul pays capitaliste pris à
                    part.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « Du mot d’ordre des États-Unis d’Europe »,
                    <title>Œuvres</title>,
                    t. 21, p. 354-355.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Lénine avait élaboré une théorie nouvelle, une théorie
              achevée de la révolution socialiste. Elle enrichissait le marxisme et le
              développait ; elle ouvrait une perspective révolutionnaire aux
              prolétaires des différents pays, elle développait leur initiative dans le
              combat à livrer à la bourgeoisie, affermissait leur certitude dans la
              victoire de la révolution prolétarienne.</p>
              <p rend="alinéa">C’est dans la période de l’impérialisme que s’achève la
              formation du système capitaliste de l’économie mondiale, qui fait des
              différents pays les anneaux d’une seule et même chaîne. Le léninisme enseigne
              que, dans le cadre de l’impérialisme, la révolution socialiste triomphe
              d’abord, non pas nécessairement dans les pays où le capitalisme est le plus
              développé et où le prolétariat forme la majorité de la population, mais avant
              tout dans les pays qui constituent l’anneau le plus faible de la chaîne de
              l’impérialisme mondial. Les conditions objectives de la révolution socialiste
              sont parvenues à maturité dans l’ensemble du système capitaliste de
              l’économie mondiale. Dès lors, l’existence dans ce système de pays
              sous-développés au point de vue industriel, ne saurait être un obstacle à la
              révolution. Pour la victoire de la révolution socialiste dans un pays, il
              faut qu’il y ait un prolétariat révolutionnaire et une avant-garde
              prolétarienne, groupée au sein d’un parti politique, il faut qu’il y ait dans
              ce pays un allié solide du prolétariat en la paysannerie, allié capable de le
              suivre dans la lutte décisive contre l’impérialisme.</p>
              <p rend="alinéa">À l’époque de l’impérialisme, alors que le mouvement
              révolutionnaire progresse dans le monde entier, la bourgeoisie impérialiste
              fait bloc avec toutes les forces réactionnaires sans exception et utilise au
              maximum les survivances du servage afin de renforcer sa domination et
              d’augmenter ses profits. La liquidation des survivances de la féodalité et du
              servage est donc impossible sans une lutte décisive contre l’impérialisme.
              Dès lors, le prolétariat peut prendre la tête de la révolution démocratique
              bourgeoise, rallier autour de lui les masses de la paysannerie pour lutter
              contre les survivances féodales et l’oppression impérialiste aux colonies. Au
              fur et à mesure que sont résolus les problèmes de la lutte contre la
              féodalité et ceux de la libération nationale, la révolution démocratique
              bourgeoise se développe en révolution socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">À l’époque de l’impérialisme, le mécontentement du
              prolétariat augmente dans les pays capitalistes, les éléments d’explosion
              révolutionnaire s’accumulent et la guerre libératrice contre l’impérialisme
              se développe dans les colonies et les pays dépendants. Les guerres
              impérialistes pour le partage du monde affaiblissent le système de
              l’impérialisme et accentuent les tendances à l’union des révolutions
              prolétariennes dans les pays capitalistes et du mouvement de libération
              nationale dans les colonies.</p>
              <p rend="alinéa">La révolution prolétarienne, qui a triomphé dans un seul
              pays, marque en même temps le début de la révolution socialiste mondiale.
              Lénine a prévu, d’une manière scientifique, que la révolution mondiale se
              développerait par le détachement révolutionnaire d’une série d’autres pays du
              système de l’impérialisme, grâce au soutien apporté aux prolétaires de ces
              pays par le prolétariat des États impérialistes. Les pays en question se
              détacheront d’autant plus vite et plus résolument que le socialisme sera plus
              fort dans les pays où la révolution prolétarienne a triomphé.</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">L’issue de la lutte, écrivait Lénine en 1923, dépend finalement
                    de ce que la Russie, l’Inde, la Chine, etc., forment l’immense
                    majorité de la population du globe. Et c’est justement cette majorité de la
                    population qui, depuis quelques années, est entraînée avec une rapidité
                    incroyable dans la lutte pour son affranchissement ; à cet égard, il
                    ne saurait y avoir une ombre de doute quant à l’issue finale de la lutte
                    à l’échelle mondiale. Dans ce sens, la victoire définitive du socialisme est
                    absolument et pleinement assurée.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « Mieux vaut moins mais mieux »,
                    <title>Œuvres</title>,
                    t. 33, p. 515.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
            </div4>
            <div4 type="resume"  n="20" xml:id="chap20resume">
              <head>Résumé du chapitre 20</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
                <item><p rend="alinéa">L’impérialisme est :
                1<hi rend="ordinal">o</hi> le capitalisme monopoliste ;
                2<hi rend="ordinal">o</hi> le capitalisme pourrissant ou parasite ;
                3<hi rend="ordinal">o</hi> le capitalisme agonisant,
                le prélude de la révolution socialiste.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">Le pourrissement et le caractère parasite du capitalisme se
                traduisent par le frein qu’opposent les monopoles au progrès technique et
                au développement des forces productives ; par la transformation d’une
                série de pays bourgeois en États-rentiers qui vivent en exploitant les
                peuples des colonies et des pays dépendants ; par le déchaînement du
                militarisme ; par l’accroissement de la consommation parasite de la
                bourgeoisie ; par une politique réactionnaire, intérieure et
                extérieure, des États impérialistes ; par la corruption, par la
                bourgeoisie des pays impérialistes, d’une couche supérieure peu nombreuse
                de la classe ouvrière. Le pourrissement du capitalisme augmente la
                paupérisation de la classe ouvrière et des masses travailleuses de la
                paysannerie.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">L’impérialisme aggrave à l’extrême les trois principales
                contradictions du capitalisme : 1<hi rend="ordinal">o</hi> la contradiction entre le travail
                et le capital ; 2<hi rend="ordinal">o</hi> la contradiction entre les puissances impérialistes
                qui luttent pour la suprématie et en définitive pour la domination
                mondiale, et 3<hi rend="ordinal">o</hi> la contradiction entre les métropoles et les colonies.
                L’impérialisme amène directement le prolétariat à la révolution
                socialiste.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">Le capitalisme monopoliste d’État est la subordination de
                l’appareil d’État aux monopoles capitalistes et son utilisation pour
                intervenir dans l’économie du pays (en particulier à la faveur de sa
                militarisation), en vue d’assurer le profit maximum et d’asseoir la
                domination de l’oligarchie financière. Degré supérieur de la socialisation
                capitaliste de la production, le capitalisme monopoliste d’État aggrave
                encore l’exploitation de la classe ouvrière, la paupérisation et la ruine
                des larges masses laborieuses.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">L’action de la loi de l’inégalité du développement économique et
                politique des pays capitalistes à l’époque de l’impérialisme affaiblit le
                front de l’impérialisme mondial. L’inégalité de maturité de la révolution
                exclut la possibilité d’une victoire simultanée du socialisme dans tous les
                pays ou dans la plupart des pays. Il devient possible de rompre la chaîne
                impérialiste en son point le plus faible, il devient possible pour la
                révolution socialiste de triompher d’abord dans un petit nombre de pays ou
                même dans un seul.</p></item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3 n="21" type="chapitre" xml:id="chap21">
            <head>Chapitre 21 — La crise générale du capitalisme</head>
            <div4 type="section" n="1" xml:id="chap21sect01">
              <head>21.1. L’essence de la crise générale du
              capitalisme.</head>
              <p rend="alinéa">Parallèlement au développement des contradictions de
              l’impérialisme, s’accumulaient les conditions de la crise générale du
              capitalisme. Les principes de la théorie de la crise générale du capitalisme
              ont été élaborés par Lénine.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>crise générale du capitalisme</emph>
              frappe l’ensemble du système capitaliste mondial et elle est caractérisée par
              des guerres et des révolutions, par la lutte entre le capitalisme agonisant
              et le socialisme ascendant. Elle embrasse tous les aspects du capitalisme,
              aussi bien économiques que politiques. Elle a pour base, d’une part la
              décomposition de plus en plus poussée du système capitaliste mondial, duquel
              se détachent sans cesse de nouveaux pays, et d’autre part la puissance
              économique ascendante des pays qui se sont détachés du capitalisme.</p>
              <p rend="alinéa">Les traits principaux de la crise générale du capitalisme
              sont : la division du monde en deux systèmes, capitaliste et socialiste,
              la crise du système colonial de l’impérialisme, l’aggravation du problème des
              marchés et, comme corollaire, la sous-production chronique des entreprises et
              le chômage massif chronique dans les pays capitalistes.</p>
              <p rend="alinéa">L’inégalité du développement des pays capitalistes à
              l’époque de l’impérialisme engendre à la longue une disparité entre le
              partage de fait des débouchés, des sphères d’influence, des colonies et le
              rapport modifié des forces des principaux États capitalistes. C’est sur cette
              base qu’apparaît une nette rupture d’équilibre à l’intérieur du système
              mondial du capitalisme, rupture qui amène la formation de groupements
              hostiles d’États capitalistes, et des guerres entre eux. Les guerres
              mondiales diminuent les forces de l’impérialisme et facilitent la rupture du
              front de l’impérialisme et le détachement de pays» les uns après les autres,
              du système capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">La crise générale du capitalisme embrasse toute une période
              historique, et elle fait partie intégrante de l’époque de l’impérialisme.
              Comme nous l’avons déjà signalé, la loi de l’inégalité du développement
              économique et politique des pays capitalistes à l’époque de l’impérialisme
              détermine une époque de maturité de la révolution socialiste différente dans
              les différents pays. Lénine disait que la crise générale du capitalisme
              n’était pas un fait unique, mais constituait une longue période de
              bouleversements économiques et politiques, de lutte de classes aggravée, une
              période de <reg resp="#dm" cert="high">« total effondrement du capitalisme
              et [de] naissance de la société socialiste ». (<bibl>V. Lénine,
              « Rapport sur la révision du programme et le changement de dénomination du Parti »
              au 7<hi rend="ordinal">e</hi> Congrès du P.C.(b)R.,
              <title>Œuvres</title>, t. 27, p. 129-130.</bibl>)</reg> Cela détermine la
              nécessité historique d’une coexistence prolongée des deux systèmes,
              socialiste et capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">La crise générale du capitalisme, ouverte au cours de la
              première guerre mondiale, a pris de l’extension surtout après que l’Union
              soviétique se fut détachée du système capitaliste. Ce fut la
              <emph>première étape</emph> de la crise générale du capitalisme. Au cours de
              la deuxième guerre mondiale s’est ouverte la <emph>deuxième
              étape</emph> de la crise générale du capitalisme, qui s’est particulièrement
              développée après que les pays de démocratie populaire d’Europe et d’Asie se
              furent détachés du système capitaliste.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="2" xml:id="chap21sect02">
              <head>21.2. La première guerre mondiale
              et le début de la crise générale du capitalisme.</head>
              <p rend="alinéa">La première guerre mondiale eut pour cause l’aggravation
              des contradictions entre les puissances impérialistes dans la lutte pour un
              nouveau partage du monde et des sphères d’influence. À côté des anciennes
              puissances impérialistes, de nouveaux rapaces étaient apparus, arrivant en
              retard pour le partage du monde. L’impérialisme allemand entrait en scène.
              L’Allemagne s’était engagée après les autres pays dans la voie du
              développement capitaliste et arrivait au partage des marchés et des sphères
              d’influence quand le monde était déjà partagé entre les vieilles puissances
              impérialistes. Mais, dès le début du 20<hi rend="ordinal">e</hi> siècle,
              l’Allemagne, ayant gagné de vitesse l’Angleterre, occupait au point de vue du
              développement industriel le deuxième rang dans le monde et le premier en
              Europe. Elle se mit à refouler sur les marchés mondiaux l’Angleterre et la
              France. Le changement survenu dans le rapport des forces économiques et
              militaires des principaux États capitalistes soulevait la question d’un
              nouveau partage du monde. Dans la lutte pour ce partage, l’Allemagne, alliée
              à l’Autriche-Hongrie, se heurta à l’Angleterre, à la France et à la Russie
              tsariste qui dépendait de ces deux derniers pays.</p>
              <p rend="alinéa smaller">L’Allemagne voulait s’emparer d’une partie des colonies
              britanniques et françaises, évincer l’Angleterre du Proche-Orient et mettre
              fin à sa domination sur les mers, enlever à la Russie l’Ukraine, la Pologne,
              les Pays baltes, avoir la haute main sur toute l’Europe centrale et du
              Sud-Est. De son côté, l’Angleterre voulait en finir avec la concurrence
              allemande sur le marché mondial et asseoir définitivement sa domination dans
              le Proche-Orient et sur le continent africain. La France se proposait de
              reprendre l’Alsace et la Lorraine conquises par l’Allemagne en 1870-1871 et
              de mettre la main sur le bassin de la Sarre. La Russie tsariste, ainsi que
              les autres États bourgeois participant à la guerre, poursuivait également des
              visées annexionnistes.</p>
              <p rend="alinéa">La lutte des deux blocs impérialistes — anglo-français et
              allemand — pour un nouveau partage du monde affectait les intérêts de tous
              les pays impérialistes et amena, de ce fait, une guerre mondiale à laquelle
              allaient prendre part le Japon, les États-Unis et une série d’autres pays. La
              première guerre mondiale avait, de part et d’autre, un caractère
              impérialiste.</p>
              <p rend="alinéa">La guerre ébranla le monde capitaliste jusqu’en ses
              fondements. Par ses proportions, elle laissait loin derrière elle toutes les
              guerres précédentes de l’histoire de l’humanité.</p>
              <p rend="alinéa">Ce fut une source d’enrichissements, énormes pour les
              monopoles, pour les capitalistes des États-Unis en particulier. Les profits
              de tous les monopoles américains en 1917 dépassaient le niveau des profits de
              1914 de trois à quatre fois. En cinq ans de guerre (de 1914 à 1918), les
              monopoles américains touchèrent plus de 35 milliards de dollars de bénéfices
              (impôts non déduits). Les bénéfices des plus gros monopoles furent
              décuplés.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La population des pays qui participaient activement à la
              guerre s’élevait à environ 800 millions d’individus. Près de 70 millions
              d’hommes furent appelés sous les drapeaux. La guerre devait engloutir autant
              de vies humaines qu’il en avait péri dans toutes les guerres d’Europe depuis
              mille ans. Le nombre des tués s’est élevé à 10 millions, celui des blessés et
              des mutilés a été supérieur à 20 millions. Des millions d’êtres humains sont
              morts de faim et d’épidémie. La guerre a causé un immense préjudice à
              l’économie nationale des pays belligérants. Les dépenses militaires
              proprement dites des belligérants se montèrent, pour toute la durée des
              hostilités (1914-1018) à 208 milliards de dollars (aux prix des années
              correspondantes).</p>
              <p rend="alinéa smaller">Au cours du conflit, le rôle des monopoles s’était encore
              accru, de même que leur mainmise sur l’appareil d’État, qui fut utilisé par
              les plus grands monopoles pour s’assurer le profit maximum. L’économie de
              guerre était « réglementée » de façon à enrichir les gros
              monopoles. À cet effet, dans certains pays, la journée de travail fut
              allongée, les grèves interdites ; on fît régner dans les entreprises un
              régime de caserne et le travail forcé. Les commandes militaires aux frais du
              budget d’État constituaient la source principale de l’accroissement inouï des
              profits. Les dépenses de guerre, qui absorbaient une part énorme du revenu
              national, étaient couvertes tout d’abord par un accroissement des impôts des
              travailleurs. L’essentiel des sommes consacrées à la guerre revenait aux
              monopolistes sous forme de paiement des commandes militaires, de prêts et de
              subventions à fonds perdus. Les prix de ces commandes assuraient aux
              monopoles des profits exorbitants. Lénine qualifiait les fournitures de
              guerre de vol légalisé des deniers publics. Les monopoles augmentaient leurs
              profits grâce à l’inflation qui diminuait le salaire réel des ouvriers et
              aussi en pillant directement les territoires occupés. Pendant la guerre, on
              introduisit dans les pays d’Europe un système de rationnement des produits
              alimentaires, qui réduisait les travailleurs à la portion congrue.</p>
              <p rend="alinéa">La guerre aggrava à l’extrême la misère et les souffrances
              des masses ; elle rendit plus aigus les antagonismes de classes et
              intensifia la lutte révolutionnaire de la classe ouvrière et des paysans
              travailleurs dans les pays capitalistes. En même temps la guerre, qui
              d’européenne était devenue mondiale, entraîna dans son orbite les arrières de
              l’impérialisme, les colonies et les pays dépendants, ce qui eut pour effet de
              faciliter l’union du mouvement révolutionnaire en Europe et du mouvement de
              libération nationale des peuples d’Orient.</p>
              <p rend="alinéa">La guerre avait affaibli le capitalisme mondial.</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">La guerre européenne, écrivait Lénine, constitue une crise
                    historique très profonde, elle marque le début d’une époque nouvelle.
                    Comme toute crise, elle a accentué les contradictions profondes
                    et les a révélées au grand jour […]</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « Chauvinisme mort et socialisme vivant. »
                    <title>Œuvres</title>, t. 21, p. 95.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Elle a donné naissance à un vigoureux essor du mouvement
              révolutionnaire et anti-impérialiste.</p>
              <p rend="alinéa"></p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="3" xml:id="chap21sect03">
              <head>21.3. La victoire de la Grande Révolution socialiste d’Octobre
              et la scission du monde en deux systèmes : capitaliste et socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">La révolution prolétarienne a rompu le front de
              l’impérialisme tout d’abord en Russie, pays qui s’avéra l’anneau le plus
              faible de la chaîne impérialiste. La Russie était le point nodal de toutes
              les contradictions de l’impérialisme. La toute-puissance du capital s’y
              mêlait au despotisme tsariste, aux vestiges du servage et à l’oppression
              coloniale à l’égard des peuples non russes. Lénine qualifiait le tsarisme
              d’ « impérialisme militaire et féodal ».</p>
              <p rend="alinéa">La Russie tsariste était la réserve de l’impérialisme
              occidental, comme sphère d’investissement du capital étranger qui y détenait
              les branches maîtresses de l’industrie — combustible et métallurgie — et
              comme point d’appui de l’impérialisme occidental à l’Est. Les intérêts du
              tsarisme et ceux de l’impérialisme occidental se confondaient dans un même
              écheveau.</p>
              <p rend="alinéa">La haute concentration de l’industrie russe et l’existence
              d’un parti révolutionnaire tel que le Parti communiste avaient fait de la
              classe ouvrière russe la force politique la plus considérable du pays. Le
              prolétariat russe avait pour allié sérieux la paysannerie pauvre, qui formait
              l’immense majorité de la population paysanne. Dès lors, la révolution
              démocratique bourgeoise en Russie devait nécessairement aboutir à la
              révolution socialiste, revêtir un caractère international et ébranler
              l’impérialisme mondial jusqu’en ses fondements.</p>
              <p rend="alinéa">La portée internationale de la Grande Révolution socialiste
              d’Octobre réside en ce que, premièrement, elle a rompu le front de
              l’impérialisme, détrôné la bourgeoisie impérialiste dans un des plus grands
              pays capitalistes et, pour la première fois dans l’histoire, porté au pouvoir
              le prolétariat. Deuxièmement, non seulement elle a ébranlé l’impérialisme
              dans les métropoles, mais elle a porté des coups sur les arrières de
              l’impérialisme, dont elle a sapé la domination dans les colonies et les pays
              dépendants. Troisièmement, en affaiblissant la puissance de l’impérialisme
              dans les métropoles et en ébranlant sa domination dans les colonies, elle a
              par là mis en question l’existence même de l’impérialisme mondial dans son
              ensemble.</p>
              <p rend="alinéa">La Grande Révolution socialiste d’Octobre a marqué un
              tournant radical dans l’histoire universelle de l’humanité. Elle a inauguré
              une époque nouvelle, l’époque des révolutions prolétariennes dans les pays de
              l’impérialisme, celle du mouvement de libération nationale dans les colonies.
              La Révolution d’Octobre a arraché au pouvoir du capital les travailleurs d’un
              sixième du globe. Le monde se divisa en deux systèmes, le système capitaliste
              et le système socialiste, ce qui est l’expression la plus éclatante de la
              crise générale du capitalisme. On vit apparaître alors une contradiction
              foncièrement nouvelle et d’une portée universelle : la contradiction
              entre le capitalisme agonisant et le socialisme ascendant. La lutte des deux
              systèmes — capitalisme et socialisme — a pris à l’époque actuelle une
              importance décisive.</p>
              <p rend="alinéa">Définissant la crise générale du capitalisme, Staline a dit :</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Cela signifie avant tout que la guerre impérialiste et ses conséquences
                  ont accentué la putréfaction du capitalisme et compromis son équilibre ;
                  que nous vivons à présent dans une époque de guerres et de
                  révolutions ; que le capitalisme ne constitue plus l’<emph>unique</emph>
                  et <emph>universel</emph> système d’économie mondiale ; qu’à côté du
                  système d’économie <emph>capitaliste</emph>, existe le système
                  <emph>socialiste</emph>, qui grandit, qui prospère, qui se
                  dresse face au système capitaliste et qui, par le fait même de son
                  existence, démontre la pourriture du capitalisme dont il ébranle les
                  fondements.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  J. Staline, <title>Rapport politique du
                  Comité central au 16<hi rend="ordinal">e</hi> Congrès du Parti
                  communiste (b), de l’U.R.S.S.</title>, p. 15, Éditions en langues
                  étrangères. Moscou, 1951.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Les premières années oui suivirent la guerre de 1914-1918
              constituèrent une période de désorganisation économique totale de la majorité
              des pays capitalistes qui avaient pris part à la guerre, une période de lutte
              à outrance entre le prolétariat et la bourgeoisie. À la suite de
              l’ébranlement du capitalisme mondial et sous l’influence directe de la Grande
              Révolution socialiste d’Octobre, des révolutions et des mouvements
              révolutionnaires se produisirent tant sur le continent européen que dans les
              pays coloniaux et semi-coloniaux. Ce puissant mouvement révolutionnaire, la
              sympathie et le soutien que témoignèrent à la Russie soviétique les masses
              laborieuses du monde entier, devaient déterminer l’effondrement de toutes les
              tentatives de l’impérialisme mondial pour étouffer la première république
              socialiste du monde. En 1920-1921, une profonde crise économique frappa les
              principaux pays capitalistes.</p>
              <p rend="alinéa">Une fois sorti du chaos économique d’après-guerre, le monde
              capitaliste entra, en 1924, dans une période de stabilisation relative.
              L’essor révolutionnaire fit place à un reflux momentané de la révolution dans
              une série de pays européens. C’était là une stabilisation momentanée,
              partielle, du capitalisme, obtenue en renforçant l’exploitation des
              travailleurs. Sous le drapeau de la « rationalisation »
              capitaliste, on procéda à une intensification poussée du travail. La
              stabilisation capitaliste conduisait inévitablement à l’accentuation des
              contradictions entre ouvriers et capitalistes, entre l’impérialisme et les
              peuples coloniaux, entre les impérialistes des divers pays. La crise
              économique mondiale qui commença en 1929 mit fin à la stabilisation
              capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">Pendant ce temps, l’économie nationale de l’U.R.S.S.
              suivait sans dévier une ligne ascendante, sans crise ni catastrophe. L’Union
              soviétique fut alors le seul pays qui ne connut pas les crises et les autres
              contradictions du capitalisme. L’industrie se développait sans discontinuer à
              des rythmes sans précédent. En 1938, la production industrielle de l’U.R.S.S.
              était de 908,8 % par rapport à celle de 1913, cependant que la
              production industrielle des États-Unis n’était que de 120 % ; celle
              de l’Angleterre, de 113,3 % ; celle de la France, de
              93,2 %.</p>
              <p rend="alinéa">La confrontation du développement économique de l’U.R.S.S.
              et des pays capitalistes montre nettement les avantages décisifs du système
              d’économie socialiste sur le système capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">La naissance du premier État socialiste du monde a exercé
              une immense influence sur le développement de la lutte révolutionnaire des
              travailleurs. L’expérience de l’U.R.S.S. montre que les travailleurs peuvent
              administrer efficacement un pays, édifier et diriger l’économie sans la
              bourgeoisie. Chaque année d’émulation pacifique entre socialisme et
              capitalisme ruine et affaiblit le capitalisme et renforce le socialisme.
              L’exemple des travailleurs de l’Union soviétique et des autres pays, qui ont
              rejeté le joug de l’exploitation capitaliste, anime les peuples opprimés dans
              la lutte contre l’impérialisme. L’impérialisme international cherche à
              étrangler ou au moins à affaiblir l’État socialiste. Il s’efforce de résoudre
              ses difficultés et ses contradictions internes en déclenchant la guerre
              contre l’U.R.S.S. et les pays de démocratie populaire. Dans la lutte contre
              les menées de l’impérialisme, l’Union soviétique s’appuie sur sa force
              économique et militaire, sur le soutien du prolétariat international et sur
              les masses laborieuses du monde entier.</p>
              <p rend="alinéa">L’expérience de l’histoire a montré que dans la lutte des
              deux systèmes, le système socialiste est assuré de l’emporter sur le
              capitalisme, sur la base de l’émulation pacifique. Dans sa politique
              extérieure, l’État soviétique part de la possibilité d’une coexistence
              pacifique des deux systèmes — capitalisme et socialisme — et poursuit
              fermement une politique de paix entre les peuples.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="4" xml:id="chap21sect04">
              <head>21.4. La crise du système colonial de l’impérialisme.</head>
              <p rend="alinéa">La crise du système colonial de l’impérialisme est l’un des
              traits essentiels de la crise générale du capitalisme. Ouverte au cours de la
              première guerre mondiale, cette crise se développe en étendue et en
              profondeur. La <emph>crise du système colonial de
              l’impérialisme</emph> consiste dans l’aggravation brutale des contradictions
              entre les puissances impérialistes d’une part, les colonies et les pays
              dépendants, d’autre part ; dans le développement de la lutte pour la
              libération nationale des peuples opprimés de ces pays, dans la libération
              d’une série de colonies de l’asservissement impérialiste.</p>
              <p rend="alinéa">La Grande Révolution socialiste d’Octobre a joué un rôle
              immense dans l’essor du mouvement de libération nationale des colonies et des
              pays dépendants. Elle a déclenché une série de puissants mouvements de
              libération nationale dans les pays coloniaux de l’Orient. La victoire de la
              Révolution socialiste d’Octobre en Russie a joué un rôle immense dans l’essor
              du mouvement de libération nationale du grand peuple chinois. Un puissant
              mouvement de libération nationale a également grandi dans l’Inde, l’Indonésie
              et d’autres pays. La grande Révolution socialiste d’Octobre a ouvert l’ère
              des révolutions coloniales, qui apportent aux peuples des colonies la
              libération du joug impérialiste.</p>
              <p rend="alinéa">Au cours de la crise générale du capitalisme, s’accroît le
              rôle des colonies comme source du profit maximum pour les monopoles.
              L’aggravation de la lutte entre impérialistes pour les débouchés et les
              sphères d’influence, l’accroissement des difficultés et des contradictions à
              l’intérieur des pays capitalistes, aboutissent à renforcer la pression des
              impérialistes sur les colonies, à augmenter l’exploitation des peuples des
              pays coloniaux et dépendants. Cela provoque le renforcement de la lutte
              anti-impérialiste, de la lutte de libération nationale.</p>
              <p rend="alinéa">La crise du système colonial est déterminée également par
              le développement d’une industrie et d’un capitalisme local dans les colonies,
              ce qui aggrave le problème du marché capitaliste mondial et fait grandir dans
              les colonies un prolétariat industriel.</p>
              <p rend="alinéa">La première guerre mondiale qui a vu diminuer brusquement
              l’exportation des marchandises industrielles des métropoles, a donné une
              vigoureuse impulsion au développement industriel des colonies. Dans
              l’entre-deux guerres, grâce à l’exportation accrue des capitaux vers les pays
              arriérés, le capitalisme a continué à se développer dans les colonies. Ainsi
              le prolétariat grandissait dans les pays coloniaux.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Dans l’Inde le nombre total des entreprises industrielles
              est passé de 2 874 en 1914 à 10 466 en 1939. Par suite le nombre
              des ouvriers d’usine a augmenté. Le nombre des ouvriers de l’industrie de
              transformation s’élevait en 1914 à 951 000 ; en 1939, à
              1 751 000. Le nombre total des ouvriers de l’Inde,y compris les
              mineurs, les ouvriers des transports par voie ferrée et par eau, ainsi que
              les ouvriers des plantations, s’élevait en 1939 à près de 5 millions. En
              Chine (sans la Mandchourie), le nombre des entreprises industrielles
              (occupant au moins 30 ouvriers) est passé de 200 en 1910 à 2 500 en
              1937, et le nombre des ouvriers y travaillant passait de 150 000 en 1910
              à 2 750 000 en 1937. Compte tenu de la Mandchourie, plus évoluée
              industriellement, le nombre des ouvriers dans l’industrie et les transports
              (à l’exception des petites entreprises) s’élevait en Chine, à la veille de la
              deuxième guerre mondiale, à près de 4 millions. Le prolétariat s’est
              notablement accru en Indonésie, en Malaisie, dans les colonies africaines et
              autres.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Au cours de la crise générale du capitalisme s’accentue
              l’exploitation de la classe ouvrière des colonies. Une commission d’enquête
              sur la situation des ouvriers indiens en 1929-1931, a établi que la famille
              d’un simple ouvrier touche un salaire qui ne représente par tête que la
              moitié environ de l’entretien d’un détenu dans les prisons de Bombay. La
              grande majorité des ouvriers des colonies est sous la dépendance des
              usuriers. Le travail forcé, notamment dans l’industrie extractive et
              l’agriculture (dans les plantations) est largement pratiqué dans les
              colonies.</p>
              <p rend="alinéa">La classe ouvrière des colonies mène une lutte efficace, la
              plus conséquente, contre l’impérialisme et elle est capable de rallier les
              millions de paysans et de faire aboutir la révolution. L’alliance de la
              classe ouvrière et de la paysannerie, sous la direction de la classe
              ouvrière» est la condition expresse du succès de la lutte pour la libération
              nationale des peuples opprimés des pays coloniaux. Par tout le cours de son
              développement économique et politique, la classe ouvrière des colonies
              apparaît de plus en plus comme la force dirigeante du mouvement de libération
              nationale.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi qu’on l’a montré, malgré un certain développement de
              l’industrie, l’impérialisme freine le progrès économique des colonies. Malgré
              un certain développement de leur propre industrie, l’industrie lourde ne se
              développe pas dans ces pays, qui demeurent des réserves de produits agricoles
              et de matières premières pour les métropoles. L’impérialisme maintient ce qui
              reste des rapports féodaux dans les colonies, et les utilise pour renforcer
              l’exploitation des peuples opprimés. Le développement des rapports
              capitalistes à (a campagne, qui détruit les formes naturelles d’économie, ne
              fait qu’accentuer l’exploitation et la paupérisation de la paysannerie. La
              révolution coloniale est la fusion des deux courants du mouvement
              révolutionnaire, le mouvement contre les survivances féodales et le mouvement
              contre l’impérialisme. On ne saurait liquider les survivances féodales dans
              les colonies sans renversement révolutionnaire du joug impérialiste. La
              paysannerie, qui forme la masse de la population des colonies, est la force
              la plus importante des révolutions coloniales.</p>
              <p rend="alinéa">La bourgeoisie nationale des colonies, dont les intérêts
              sont étranglés par le capital étranger, à un certain stade de la révolution,
              participe à la lutte contre l’impérialisme. Sous une bonne direction
              prolétarienne du mouvement, l’inconséquence et les hésitations de la
              bourgeoisie nationale dans la lutte contre l’impérialisme et les survivances
              du féodalisme peuvent être surmontées, et cette bourgeoisie, à certaines
              périodes de la révolution, est capable de jouer un rôle progressiste.
              Cependant au fur et à mesure que se développe la lutte de libération
              nationale des peuples coloniaux, s’intensifie l’activité des forces
              réactionnaires des propriétaires terriens féodaux et de la bourgeoisie
              compradore.</p>
              <p rend="alinéa">La croissance des effectifs de la classe ouvrière dans les
              pays coloniaux et l’intensification de la lutte pour la libération nationale
              des peuples de ces pays, à la période de la crise générale du capitalisme,
              marquent une étape nouvelle du mouvement de libération nationale. Tandis
              qu’auparavant la lutte pour la libération nationale n’aboutissait qu’à
              confirmer le pouvoir de la bourgeoisie, la période de crise générale du
              capitalisme a créé la possibilité d’une hégémonie de la classe ouvrière, qui
              permet au pays de s’engager dans la voie du socialisme sans passer par le
              stade capitaliste de développement. À l’époque de la crise générale du
              capitalisme le mouvement de libération nationale dans les colonies est de
              plus en plus lié à la lutte révolutionnaire de la classe ouvrière dans les
              métropoles. Les colonies et les pays dépendants, de réserves de
              l’impérialisme qu’ils étaient, se transforment de plus en plus en réserves de
              la révolution socialiste.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="5" xml:id="chap21sect05">
              <head>21.5. L’aggravation du problème des marchés, la sous-production chronique
              des entreprises et le chômage chronique de masse.</head>
              <p rend="alinéa">Un des traits caractéristiques de la crise générale du
              capitalisme est l’aggravation du problème des marchés et la sous-production
              chronique des entreprises, ainsi que le chômage chronique et généralisé qui
              en découle.</p>
              <p rend="alinéa">L’aggravation du problème des marchés dans la période de la
              crise générale du capitalisme est due avant tout au fait que certains pays se
              sont détachés du système mondial de l’impérialisme. Le détachement de la
              Russie, avec son énorme marché et ses sources considérables de matières
              premières, devait forcément influer sur la situation économique du monde
              capitaliste. À l’époque de la crise générale du capitalisme s’accroît
              nécessairement la paupérisation des travailleurs, dont les capitalistes
              cherchent à maintenir le niveau de vie dans les limites du strict minimum, ce
              qui réduit le pouvoir d’achat des masses. L’aggravation du problème des
              marchés est due également au développement dans les colonies et les pays
              dépendants d’un capitalisme national qui commence à concurrencer avec succès
              sur les marchés les vieux pays capitalistes. Le développement de la lutte
              pour la libération nationale des peuples coloniaux complique de même la
              situation des États impérialistes sur les marchés extérieurs.</p>
              <p rend="alinéa">Au total, l’entre-deux guerres a été caractérisé par une
              <emph>stabilité relative des marchés</emph> allant de pair avec le
              développement des possibilités de production du capitalisme. Cela ne pouvait
              manquer d’accentuer à l’extrême toutes les contradictions capitalistes.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Cette contradiction entre l’accroissement des possibilités de production et
                  la stabilité relative des marchés fait actuellement du problème des marchés
                  le problème fondamental du capitalisme. L’aggravation du problème des
                  débouchés en général, l’aggravation surtout du problème des marchés
                  extérieurs, l’aggravation du problème des marchés pour l’exportation des
                  capitaux en particulier : tel est l’état actuel du capitalisme. C’est
                  ce qui explique proprement que la sous-production des usines et des
                  fabriques devient un phénomène habituel.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  J. Staline,
                  <title>Rapport politique du Comité central au 15<hi rend="ordinal">e</hi> Congrès
                  du Parti communiste (b) de l’U.R.S.S.</title>, p. 7. Éditions en langues étrangères,
                  Moscou, 1950.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Auparavant, la sous-production massive des fabriques et des
              usines n’avait lieu que pendant les crises économiques. La
              <emph>sous-production chronique des entreprises</emph> est caractéristique
              de la crise générale du capitalisme.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Ainsi, dans la période d’essor de 1925-1929, le potentiel
              de l’industrie de transformation aux États-Unis n’était utilisé qu’à
              80 %. De 1930 à 1934, ce taux est tombé à 60 %. Et il faut tenir
              compte du fait que les statistiques bourgeoises des États-Unis, en
              établissant le potentiel de l’industrie de transformation, n’ont pas tenu
              compte des entreprises longtemps inactives et qu’elles avaient pour base le
              travail d’entreprises où ne fonctionnait qu’une seule équipe.</p>
              <p rend="alinéa">En liaison étroite avec la sous-production chronique des
              entreprises, il y a le <emph>chômage chronique massif</emph>.
              Avant la première guerre mondiale, l’armée de réserve du travail grandissait
              dans les années de crise ; dans les périodes d’essor, elle diminuait,
              devenant relativement minime. Dans la période de la crise générale du
              capitalisme, le chômage prend des proportions énormes et se maintient à un
              niveau élevé même dans les années de reprise et d’essor. L’armée de réserve
              du travail devient une armée permanente, forte de millions de chômeurs.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Au moment du plus grand essor industriel dans l’entre-deux
              guerres — en 1929 — les effectifs des chômeurs complets aux États-Unis se
              montaient à 2 millions d’individus, et dans les années suivantes, jusqu’à la
              deuxième guerre mondiale, ils ne sont jamais descendus au-dessous de 8
              millions. En Angleterre, le nombre de chômeurs complets parmi les assurés
              n’est pas descendu, de 1922 à 1938, au-dessous de 1,2 million de personnes
              par an. Des millions d’ouvriers devaient se contenter d’un emploi occasionnel
              et subissaient un chômage partiel.</p>
              <p rend="alinéa">Le chômage chronique massif aggrave brutalement la
              situation de la classe ouvrière. Il permet aux capitalistes d’intensifier au
              maximum le travail dans les entreprises, de jeter sur le pavé des ouvriers
              déjà épuisés par l’excès de travail et d’en embaucher d’autres, plus
              vigoureux et mieux portants. Dès lors, la « vie de travail » de
              l’ouvrier diminue, ainsi que la durée de sa présence à l’entreprise.
              L’incertitude du lendemain augmente chez les ouvriers qui travaillent. Les
              capitalistes utilisent le chômage massif à caractère chronique pour réduire
              brutalement les salaires des ouvriers occupés. Les revenus de la famille
              ouvrière baissent également en raison du nombre réduit des membres de la
              famille qui travaillent.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Aux États-Unis, suivant les données des statistiques
              bourgeoises, la croissance du chômage de 1920 à 1933 s’est accompagnée de la
              chute du salaire moyen annuel des ouvriers de l’industrie, du bâtiment et des
              transports ferroviaires, de 1 483 dollars en 1920 à 915 dollars en 1935,
              soit de 38,3 %. Les membres de la famille qui ne travaillent pas sont
              obligés de pourvoir à leur existence avec le salaire misérable des membres
              qui travaillent. Si l’on l’apporte la masse globale des salaires non
              seulement aux ouvriers occupés, mais a la totalité des ouvriers, occupés et
              chômeurs, le salaire d’un ouvrier (y compris les sans-travail) a diminué par
              suite de l’accroissement du chômage de 1 332 dollars en 1920 à 497
              dollars en 1933, soit de 62,7 %.</p>
              <p rend="alinéa">Le chômage massif à caractère chronique exerce aussi une
              influence sérieuse sur la condition du paysan. Il rétrécit tout d’abord le
              marché intérieur et diminue la demande de la population des villes en
              produits agricoles. Cela entraîne une aggravation des crises agraires. Il
              aggrave ensuite la situation du marché du travail et rend difficile la
              participation à la production industrielle des paysans ruinés, qui affluent
              dans les villes en quête de travail. La surpopulation agraire et la
              paupérisation de la paysannerie en sont accrues. Le chômage chronique massif,
              de même que la sous-production chronique des entreprises témoignent du
              pourrissement du capitalisme, de son incapacité à utiliser les forces
              productives de la société.</p>
              <p rend="alinéa">L’exploitation renforcée de la classe ouvrière et la baisse
              de son niveau de vie pendant la crise générale du capitalisme amènent une
              nouvelle aggravation des contradictions entre le travail et le capital.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="6" xml:id="chap21sect06">
              <head>21.6. L’aggravation des crises de surproduction et les
              modifications dans le cycle capitaliste.</head>
              <p rend="alinéa">Le retard des débouchés sur l’accroissement du potentiel de
              production dans le monde capitaliste, la sous-production chronique des
              entreprises et le chômage chronique massif, ont pour effet d’approfondir les
              crises de surproduction, de modifier foncièrement le cycle capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">Ces changements se ramènent à ceci : la durée du cycle
              diminue et les crises deviennent plus fréquentes ; leur action
              destructrice s’accroît ; l’issue de la crise étant rendue plus
              difficile, sa durée augmente, la phase de dépression devient plus longue,
              tandis que l’essor devient moins stable et moins durable.</p>
              <p rend="alinéa">Avant la première guerre mondiale, les crises économiques
              éclataient généralement tous les dix ou douze ans et seulement parfois au
              bout de huit ans. Dans l’entre-deux guerres, de 1920 à 1938, c’est-à-dire en
              dix-huit ans, il y eut trois crises économiques : en 1920-1921, en
              1929-1933, en 1937-1938.</p>
              <p rend="alinéa">La chute de la production dans la période de la crise
              générale du capitalisme s’est, dans son ensemble, sensiblement accrue. La
              production de l’industrie de transformation aux États-Unis était tombée
              pendant la crise de 1920-1921 (du point culminant qu’elle avait atteint avant
              la crise au point le plus bas de la crise) de 23 % ; pendant la
              crise de 1929-1933, de 47,10 %, et pendant la crise de 1937-1938, de
              22,9 %.</p>
              <p rend="alinéa">La crise économique de 1929-1933 a été la plus grave et la
              plus profonde des crises de l’histoire du capitalisme. L’influence de la
              crise générale du capitalisme s’y est manifestée avec une grande force.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">La crise actuelle, disait E. Thaelmann, revêt le
                  caractère d’une <emph>crise cyclique</emph> dans le cadre de la
                  <emph>crise générale</emph> du système capitaliste à l’époque du
                  capitalisme monopoliste. Ici, il nous faut comprendre l’interaction
                  dialectique de la crise générale et de la crise périodique. D’une part, la
                  crise périodique affecte des formes d’une violence sans précédent, car elle
                  se déroule dans le cadre de la crise générale du capitalisme et elle est
                  déterminée par les conditions du capitalisme monopoliste. D’autre part, les
                  destructions occasionnées par la crise périodique approfondissent et
                  accélèrent encore la crise générale du système capitaliste.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  E. Thaelmann, <title>Les tâches de la révolution
                  populaire en Allemagne</title>, rapport à la session du Comité central du Parti
                  communiste allemand du 15 janvier 1931.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">La crise économique de 1929-1933 s’était étendue à tous les
              pays du monde capitaliste sans exception. Dès lors, il devint impossible pour
              certains pays de manœuvrer aux dépens des autres. C’est le plus grand pays du
              capitalisme contemporain, les États-Unis d’Amérique, que la crise a frappé
              avec le plus de vigueur. La crise industrielle dans les principaux pays
              capitalistes s’entremêla avec la crise agricole dans les pays agraires, ce
              qui eut pour effet d’approfondir la crise économique dans son ensemble. La
              production industrielle dans l’ensemble du monde capitaliste est tombée de
              36 % et, dans certains pays, encore davantage. Le chiffre d’affaires du
              commerce mondial s’est réduit des deux tiers. Les finances des pays
              capitalistes furent complètement désorganisées.</p>
              <p rend="alinéa">À l’époque de la crise générale du capitalisme, les crises
              économiques aboutissent à un accroissement considérable de l’effectif des
              chômeurs.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le pourcentage des chômeurs complets, d’après les données
              officielles en 1932, période où la production atteignait son niveau le plus
              bas, était aux États-Unis, de 32 % ; en Angleterre, de 22 %.
              En Allemagne, la proportion des chômeurs complets parmi les membres des
              syndicats en 1932 atteignait 43,8 %, et celle des chômeurs partiels,
              22,6 %. En chiffres absolus, le nombre des chômeurs complets en 1932
              était : aux États-Unis, d’après les chiffres officiels, de 13,2 millions
              d’individus ; en Allemagne, de 5,5 millions ; en Angleterre, de 2,8
              millions. En 1933, on comptait dans l’ensemble du monde capitaliste, 30
              millions de chômeurs complets. Le nombre des chômeurs partiels était
              colossal. Ainsi, aux États-Unis, les chômeurs partiels étaient en février
              1932 au nombre de 11 millions.</p>
              <p rend="alinéa">La sous-production chronique des fabriques et des usines et
              l’appauvrissement extrême des masses <emph>rendent difficile
              l’issue de la crise</emph>. La sous-production chronique des entreprises
              rétrécit le cadre de la rénovation et de l’extension du capital fixe et gêne
              le passage de la dépression à une reprise d’activité et à l’essor. C’est dans
              le même sens qu’agissent le chômage chronique massif et la politique des prix
              élevés de monopole qui restreignent la vente des objets de consommation. De
              ce fait, la phase de crise s’allonge. Si auparavant les crises prenaient fin
              au bout d’un ou deux ans, celle de 1929-1933 a duré plus de quatre ans.</p>
              <p rend="alinéa">La reprise d’activité et l’essor, après la crise de
              1920-1921, s’effectuèrent de façon très inégale, et furent interrompus à
              plusieurs reprises par des crises partielles. Aux États-Unis, des crises
              partielles de surproduction ont éclaté en 1924 et en 1927. En Angleterre et
              en Allemagne, une chute très accusée de la production a eu lieu en 1926.
              Après la crise de 1929-1933, il n’y eut plus une dépression ordinaire, mais
              une <emph>dépression d’un genre particulier</emph>, qui n’aboutit
              pas à un nouvel essor et à un nouvel épanouissement de l’industrie, encore
              qu’elle ne la fît pas revenir au point le plus bas de sa chute. Après cette
              dépression, il y eut une certaine reprise d’activité qui cependant n’aboutit
              pas à un épanouissement sur une base nouvelle, supérieure. La production
              industrielle du monde capitaliste en 1937 n’a dépassé que de 3,5 % le
              niveau de 1929, et elle n’a même pas atteint ce niveau dans beaucoup de pays
              capitalistes (États-Unis, France, Italie, etc.) Vers le milieu de 1937, dans
              le monde capitaliste commença une nouvelle crise économique qui débuta aux
              États-Unis, puis gagna ensuite l’Angleterre, la France et plusieurs autres
              pays.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le volume global de la production industrielle dans le
              monde capitaliste, en 1938, était de 10,3 % inférieur à celui de
              1937 ; aux États-Unis il l’était de 21,8 % ; en Angleterre de
              12 % ; en France de 9 %. Le volume de la production
              industrielle en 1938 par rapport au niveau de 1929 est tombé aux États-Unis à
              72,3 % ; en Angleterre à 98,7 % ; en France à
              66 % ; en Italie à 98,5 %.</p>
              <p rend="alinéa">La crise de 1937-1938 diffère de celle de 1929-1933 tout
              d’abord en ce qu’elle est apparue non pas après une phase d’épanouissement de
              l’industrie, comme ce fut le cas en 1929, mais après une dépression d’un
              genre particulier et une certaine reprise d’activité. Ensuite, elle éclata
              dans la période où le Japon déclenchait la guerre en Chine, tandis que
              l’Allemagne et l’Italie avaient mis leur économie sur le pied de guerre, et
              que les autres pays capitalistes s’engageaient dans la même voie. Cela
              signifiait que le capitalisme possédait beaucoup moins de ressources pour
              sortir normalement de cette crise que de celle de 1929-1933.</p>
              <p rend="alinéa">Dans le cadre de la crise générale du capitalisme se
              multiplient et s’accentuent les crises agraires. À la suite de la crise
              agraire des années 1920-1925, s’ouvrit, en 1928, une nouvelle crise agraire
              profonde qui dura jusqu’à la deuxième guerre mondiale. La surproduction
              relative des produits agricoles provoqua une baisse rapide des prix, ce qui
              aggrava la situation des paysans.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En 1921, aux États-Unis, l’indice des prix agricoles à la
              production tombait à 58,5 % du niveau de 1920 ; en 1932, à
              43,6 % du niveau de 1928. La production agricole aux États-Unis tombait
              en 1934 à 67,9 % du niveau de 1928 et à 70,6 % du niveau de 1920.
              Les revenus des paysans diminuèrent.</p>
              <p rend="alinéa">La ruine et la paupérisation des masses fondamentales de la
              paysannerie ont pour effet de stimuler leur esprit révolutionnaire et de les
              pousser dans la voie de la lutte contre le capitalisme, sous la direction de
              la classe ouvrière.</p>
              <p rend="alinéa">Dans les conditions de la crise générale du capitalisme, la
              course aux armements et les guerres mondiales utilisées par les monopoles
              pour s’assurer le profit maximum, exercent une grande influence sur la
              reproduction capitaliste et le cycle capitaliste. L’inflation et la
              militarisation de l’économie peuvent amener une reprise momentanée de la
              conjoncture et ralentir le développement de la crise ou retarder le
              déclenchement d’une nouvelle crise économique. Cependant, les guerres et la
              militarisation de l’économie ne sauraient mettre l’économie capitaliste à
              l’abri des crises. Bien plus, elles contribuent à l’approfondissement et à
              l’aggravation des crises économiques. Les guerres mondiales aboutissent à une
              destruction énorme des forces productives et de la richesse sociale :
              fabriques et usines, réserves de valeurs matérielles, vies humaines. Les
              guerres en développant de façon unilatérale l’économie nationale renforcent
              l’inégalité et le déséquilibre de l’économie capitaliste. La militarisation
              de l’économie rétrécit la production des objets de consommation au profit de
              la fabrication des armements et des équipements pour l’armée, elle accroît
              démesurément les impôts et la vie chère, ce qui amène nécessairement une
              réduction de la consommation de la population, l’aggravation de la
              contradiction entre production et consommation,, et prépare la venue d’une
              nouvelle crise économique encore plus profonde.</p>
              <p rend="alinéa">Le développement du pourrissement du capitalisme pendant la
              crise générale se traduit par une diminution générale des rythmes de la
              production. Les rythmes d’accroissement moyens annuels de la production
              industrielle du monde capitaliste ont été, pour la période de 1890 à 1913, de
              3,7 % ; pour celle de 1913 à 1953, de 2,5 %. De plus,
              l’inégalité du développement de la production capitaliste s’est encore
              beaucoup accrue.</p>
              <p rend="alinéa">Au cours de la crise générale du capitalisme, la
              bourgeoisie monopoliste, soucieuse de retarder la faillite du système
              capitaliste et de maintenir sa domination, mène l’offensive contre le niveau
              de vie et les droits démocratiques des travailleurs, instaure des méthodes
              policières de gouvernement. Dans les principaux pays capitalistes, le
              capitalisme monopoliste d’État est en progression rapide.</p>
              <p rend="alinéa">N’étant plus en mesure de régner par les vieilles méthodes
              du parlementarisme et de la démocratie bourgeoise, la bourgeoisie de certains
              pays — Italie, Allemagne, Japon et quelques autres — a instauré des régimes
              fascistes. Le <emph>fascisme</emph> est la dictature terroriste
              ouverte des groupes les plus réactionnaires et les plus agressifs du capital
              financier. Il se propose de détruire à l’intérieur du pays les organisations
              de la classe ouvrière et d’écraser toutes les forces progressistes ; à
              l’extérieur, de préparer et de développer la guerre de conquête pour la
              domination mondiale. C’est par la terreur et la démagogie sociale que le
              fascisme cherche à réaliser ces objectifs.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi, la crise économique mondiale de 1929-1933 et celle
              de 1937-1938 ont amené une sensible aggravation des contradictions à
              l’intérieur des pays capitalistes, aussi bien qu’entre eux. La solution de
              ces contradictions, les États impérialistes l’ont cherchée en préparant la
              guerre pour un nouveau partage du monde.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume"  n="21" xml:id="chap21resume">
              <head>Résumé du chapitre 21</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
                <item><p rend="alinéa">La crise générale du capitalisme embrasse l’ensemble du système
                capitaliste mondial, sous tous ses aspects économiques et politiques. Son
                fondement est la décomposition toujours plus poussée du système mondial du
                capitalisme dont se détachent sans cesse de nouveaux pays, d’une part, et
                la puissance économique ascendante des pays qui se sont détachés du
                capitalisme, d’autre part.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">La crise générale du capitalisme embrasse toute une période
                historique, caractérisée par l’effondrement du capitalisme et la victoire
                du socialisme à l’échelle mondiale. La crise générale du capitalisme a
                éclaté au cours de la première guerre mondiale, notamment après que l’Union
                soviétique se fut détachée du système capitaliste.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">La Grande Révolution socialiste d’Octobre a marqué dans
                l’histoire universelle de l’humanité un tournant radical du monde
                capitaliste ancien à un monde nouveau, socialiste. La division du monde en
                deux systèmes — le système du capitalisme et le système du socialisme — et
                la lutte entre eux sont l’indice essentiel de la crise générale du
                capitalisme. Avec la division du monde en deux systèmes se sont affirmées
                deux lignes de développement économique : alors que le système
                capitaliste s’enferme de plus en plus dans des contradictions
                inextricables, le système socialiste progresse sans discontinuer, selon une
                courbe ascendante, sans crises ni catastrophes.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">La crise du système colonial de l’impérialisme est un des traits
                essentiels de la crise générale du capitalisme. Cette crise se traduit par
                le développement de la lutte pour la libération nationale, qui sape les
                assises de l’impérialisme dans les colonies. La classe ouvrière est à la
                tête de la lutte pour la libération nationale des peuples opprimés. La
                Grande Révolution socialiste d’Octobre a stimulé l’activité révolutionnaire
                des peuples opprimés et inauguré l’époque des révolutions coloniales
                dirigées par le prolétariat.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">Dans le cadre de la crise générale du capitalisme, à la suite du
                détachement de certains pays du système impérialiste, par suite de la
                paupérisation accrue des travailleurs et du développement du capitalisme
                dans les colonies, le problème du marché va en s’aggravant. Le trait
                caractéristique de la crise générale du capitalisme est le sous-emploi
                chronique des entreprises et le chômage chronique massif. Avec
                l’aggravation du problème du marché, le sous-emploi chronique des
                entreprises et le chômage chronique massif, les crises économiques
                s’aggravent, et des changements importants surviennent dans le cycle
                capitaliste.</p></item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3 n="22" type="chapitre" xml:id="chap22">
            <head>Chapitre 22 — L’aggravation de la crise générale du capitalisme
            après la deuxième guerre mondiale</head>
            <div4 type="section" n="1" xml:id="chap22sect01">
              <head>22.1. La deuxième guerre mondiale et la deuxième phase
              de la crise générale du capitalisme.</head>
              <p rend="alinéa">Lénine avait prévu que la première guerre mondiale serait
              suivie d’autres guerres provoquées par les contradictions impérialistes.</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">Car chacun voit, disait-il après la fin de la guerre
                    de 1914-1918, qu’une nouvelle guerre toute pareille est fatale si
                    les impérialistes et la bourgeoisie restent au pouvoir.</p>
                  </quote>
                    <bibl>
                    V. Lénine,
                    « Discours à la séance solennelle du Soviet de Moscou,
                    en l’honneur de l’anniversaire de la 3<hi rend=
                    "ordinal">e</hi> Internationale »,
                    <title>Œuvres</title>, t. 30, p. 436.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">La répartition des sphères d’influence entre les pays
              impérialistes, qui s’est effectuée à la suite de la première guerre mondiale,
              s’est révélée encore plus précaire que celle qui existait avant cette guerre.
              Le rôle de l’Angleterre et de la France dans la production industrielle du
              monde a sensiblement diminué, leurs positions sur le marché capitaliste
              mondial ont empiré. Les monopoles américains, qui s’étaient fortement
              enrichis pendant la guerre, ont augmenté leur potentiel de production et
              tiennent la première place dans le monde capitaliste pour l’exportation des
              capitaux. L’Allemagne, défaite au cours de la première guerre mondiale, n’a
              pas tardé à rétablir son industrie lourde grâce aux emprunts américains et
              aussi anglais, et elle s’est mise à réclamer un nouveau partage des sphères
              d’influence. Le Japon s’est engagé dans la voie de l’agression contre la
              Chine. L’Italie entama la lutte pour la conquête d’une série de possessions
              coloniales d’autres pays.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi, l’action de la loi de l’inégalité du développement
              des pays capitalistes dans la période qui suivit la première guerre mondiale,
              aboutit à un nouvel et brutal déséquilibre à l’intérieur du système mondial
              du capitalisme. Le monde capitaliste s’est divisé en deux camps hostiles,
              division qui a conduit à la deuxième guerre mondiale.</p>
              <p rend="alinéa">Préparée par les forces de la réaction impérialiste
              internationale, elle a été déclenchée par le bloc des États fascistes,
              Allemagne, Japon, Italie. Dans la période d’avant-guerre les milieux
              dirigeants des États-Unis, de Grande-Bretagne et de France, soucieux de
              diriger l’agression du fascisme allemand et de l’impérialisme nippon contre
              l’Union soviétique, ont par tous les moyens favorisé les agresseurs et les
              ont encouragés à déclencher la guerre. Pourtant l’impérialisme allemand a
              commencé d’abord la guerre contre la France, l’Angleterre et les États-Unis,
              puis a attaqué ensuite l’Union soviétique. Guerre de conquête et de rapine de
              la part de l’Allemagne hitlérienne et de ses partenaires, l’Italie fasciste
              et le Japon militariste, la deuxième guerre mondiale a été une guerre juste,
              libératrice» de la part de l’Union soviétique et des autres peuples, victimes
              de l’agression fasciste.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Par l’envergure des opérations militaires, les effectifs
              des forces armées et la quantité de matériel engagée, par le nombre des
              victimes humaines et l’ampleur des destructions matérielles, la deuxième
              guerre mondiale a dépassé de loin la première. De nombreux pays d’Europe et
              d’Asie ont subi des pertes énormes en hommes et en matériel.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les dépenses de guerre proprement dites des États
              belligérants s’évaluent à près de mille milliards de dollars, sans compter
              les dommages causés par les destructions. L’action de brigandage des
              occupants fascistes allemands et japonais a porté à l’économie et à la
              culture de nombreux peuples d’Europe et d’Asie un préjudice énorme.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La guerre a amené un nouveau développement du capitalisme
              monopoliste d’État. Une série de mesures entraînées par la guerre furent
              prises par les États bourgeois pour assurer aux magnats du capital financier
              des profits de monopole maximums : ainsi la mise à la disposition des
              plus grands monopoles de milliards de commandes militaires à des conditions
              extrêmement avantageuses, la remise aux monopoles à vil prix d’entreprises
              d’État, la répartition des matières premières déficitaires et de la
              main-d’œuvre dans l’intérêt des firmes les plus importantes, la fermeture
              forcée de centaines et de milliers de petites et moyennes entreprises ou leur
              subordination à un petit nombre de firmes de l’industrie de guerre.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les dépenses de guerre des puissances capitalistes
              belligérantes furent couvertes par les impôts, les emprunts et les émissions
              de papier-monnaie. En 1943-1944, dans les principaux pays capitalistes
              (États-Unis, Angleterre, Allemagne), les impôts absorbaient à peu près
              35 % du revenu national. L’inflation a provoqué une hausse énorme des
              prix. L’allongement de la journée de travail, la militarisation du travail,
              l’accroissement des charges fiscales et la vie chère, l’abaissement du niveau
              de la consommation : tout cela s’est traduit par un accroissement encore
              plus grand de l’exploitation de la classe ouvrière et des masses de la
              paysannerie.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les monopoles ont amassé pendant la guerre des profits
              fabuleux. Les profits des monopoles américains sont passés de 3,3 milliards
              de dollars en 1938 à 17 milliards en 1941, à 20,9 milliards en 1942, à 24,6
              milliards en 1943 et 23,3 milliards de dollars en 1944. Les monopoles de
              l’Angleterre, de la France, de l’Allemagne fasciste, de l’Italie et du Japon
              ont réalisé des profits exorbitants.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Pendant et après la guerre, la toute-puissance économique
              et politique des monopoles s’est notablement accrue dans les pays
              capitalistes. Les monopoles américains, comme l’U.S. Steel, le consortium
              chimique Dupont de Nemours, les firmes automobiles <emph>General
              Motors</emph> et <emph>Chrysler</emph>, le monopole électrotechnique
              <emph>General Electric</emph>, etc., ont particulièrement élargi
              leurs opérations. La <emph>General Motors</emph>, par exemple,
              compte à l’heure actuelle 102 usines aux États-Unis et 33 usines dans 20
              autres pays ; ses entreprises occupent près d’un demi-million
              d’ouvriers.</p>
              <p rend="alinéa">Au cours de la première phase de la guerre, chacune des
              deux coalitions capitalistes aux prises espérait pouvoir battre l’adversaire
              et les impérialistes allemands aussi bien que les impérialistes américains
              s’efforçaient de conquérir la domination dans le monde. Elles cherchaient là
              une issue à la crise générale. Les deux groupements capitalistes comptaient
              voir l’Union soviétique succomber ou s’affaiblir notablement pendant la
              guerre, ils comptaient pouvoir étrangler le mouvement ouvrier dans les
              métropoles et le mouvement de libération nationale dans les colonies.</p>
              <p rend="alinéa">Grâce à la lutte héroïque du peuple soviétique, à la
              puissance économique et militaire de l’U.R.S.S., grâce à l’essor du mouvement
              de libération nationale anti-impérialiste en Europe et en Asie, les plans des
              impérialistes se sont effondrés. La deuxième guerre mondiale s’est terminée
              par l’écrasement total des États fascistes par les forces armées des pays de
              la coalition antihitlérienne. Le rôle décisif dans cette défaite revient à
              l’Union soviétique qui a sauvé des oppresseurs fascistes la civilisation, la
              liberté, l’indépendance et l’existence même des peuples européens.</p>
              <p rend="alinéa">En dépit des calculs des impérialistes qui rêvaient de
              détruire ou d’affaiblir l’État soviétique, celui-ci sortit de la guerre plus
              fort et accrut, son prestige international. La grande guerre nationale de
              l’Union soviétique a montré la vigueur et la force de la première puissance
              socialiste du monde, les immenses avantages du régime socialiste dans le
              domaine social et le domaine politique. La défaite des agresseurs fascistes a
              libéré les forces du mouvement de libération nationale en Europe et en Asie.
              La loi du développement social de l’époque contemporaine, découverte par
              Lénine, en vertu de laquelle le remplacement révolutionnaire du système
              capitaliste d’économie par le système socialiste se réalise par le
              détachement successif de pays nouveaux du système mondial du capitalisme, a
              reçu là une complète confirmation.</p>
              <p rend="alinéa">En dépit des calculs des impérialistes qui rêvaient de
              l’affaiblissement et de la défaite du mouvement révolutionnaire, la guerre
              entraîna le détachement de nouveaux pays du système capitaliste. Les peuples
              de plusieurs pays de l’Europe centrale et du Sud-Est européen : Pologne,
              Tchécoslovaquie, Yougoslavie, Roumanie, Hongrie, Bulgarie, Albanie,
              secouèrent le joug des régimes réactionnaires et prirent en main le pouvoir.
              Les républiques de démocratie populaire réalisèrent des transformations
              économiques et sociales radicales et s’engagèrent dans la voie de
              l’édification des bases du socialisme. La formation de la République
              démocratique allemande, rempart des forces démocratiques du peuple allemand,
              dans la lutte pour la constitution d’une Allemagne unifiée, démocratique et
              pacifique a été une grave défaite de l’impérialisme mondial et un important
              succès du camp de la paix et de la démocratie.</p>
              <p rend="alinéa">En dépit des calculs des impérialistes qui rêvaient de
              continuer à asservir les peuples des colonies et des pays dépendants, il
              s’est produit un nouvel et puissant essor de la lutte pour la libération
              nationale dans ces pays. De grandes transformations historiques se sont
              accomplies en Asie, où vit plus de la moitié de la population du globe. Parmi
              ces changements, il faut signaler en premier lieu la victoire du grand peuple
              chinois, dirigé par le Parti communiste chinois, sur les forces unies de
              l’impérialisme et de la réaction féodale intérieure. La révolution populaire
              en Chine a liquidé la domination des exploiteurs féodaux et des impérialistes
              étrangers dans le plus grand des pays semi-coloniaux du monde, libérant du
              joug de l’impérialisme un peuple de 600 millions d’hommes. La formation de la
              République populaire chinoise a été le coup le plus violent porté à tout le
              système de l’impérialisme après la grande Révolution socialiste d’Octobre en
              Russie et la victoire de l’Union soviétique dans la deuxième guerre mondiale.
              Des républiques populaires se sont formées en Corée et au Viet-Nam.</p>
              <p rend="alinéa">Tout cela a amené une nouvelle modification sérieuse du
              rapport des forces entre le socialisme et le capitalisme, en faveur du
              premier et au détriment du second. Un certain nombre de pays d’Europe et
              d’Asie s’étant détachés du capitalisme, plus du tiers de l’humanité est
              actuellement libéré du joug capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">Au cours de la deuxième guerre mondiale, et surtout depuis
              que les pays de démocratie populaire d’Europe et d’Asie se sont détachés du
              système capitaliste, <emph>la crise générale du capitalisme</emph>
              est entrée dans une <emph>deuxième phase</emph>, caractérisée par
              une nouvelle aggravation de cette crise.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="2" xml:id="chap22sect02">
              <head>22.2. La formation de deux camps sur la scène internationale
              et la désagrégation du marché mondial unique.</head>
              <p rend="alinéa">Le résultat essentiel de la deuxième guerre mondiale a été
              la formation d’un camp mondial du socialisme et de la démocratie, qui unit
              les pays d’Europe et d’Asie qui se sont détachés du capitalisme ; ils
              ont à leur tête l’Union soviétique et la République populaire chinoise. Les
              idées de la paix, de la démocratie et du socialisme rencontrent la sympathie
              de centaines de millions de travailleurs du monde capitaliste, de toutes les
              forces progressistes de l’humanité contemporaine. Au camp du socialisme et de
              la démocratie s’oppose le camp du capitalisme : il a à sa tête les
              États-Unis.</p>
              <p rend="alinéa">La deuxième guerre mondiale et la formation des deux camps
              sur la scène internationale ont eu pour conséquence économique la plus
              importante la <emph>désagrégation du marché unique,
              universel</emph>.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Le résultat économique de l’existence des deux camps opposés fut que le
                  marché unique, universel s’est désagrégé, ce qui fait que nous avons
                  maintenant deux marchés mondiaux parallèles qui eux aussi s’opposent l’un à
                  l’autre.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  J. Staline, « Les Problèmes économiques du socialisme en U.R.S.S. »,
                  <title>Derniers écrits</title>, p. 120.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Cela a déterminé une nouvelle aggravation de la crise
              générale du capitalisme.</p>
              <p rend="alinéa">Pendant l’après-guerre, les pays du camp socialiste se sont
              unis économiquement et ont organisé entre eux une collaboration et une
              entraide économiques étroites. La collaboration économique des pays du camp
              socialiste est fondée sur le désir sincère de s’entraider et d’assurer un
              essor général de l’économie. Les principaux pays capitalistes — États-Unis,
              Angleterre et France — ont tenté de soumettre à un blocus économique l’Union
              soviétique, la Chine et les pays européens de démocratie populaire dans
              l’espoir de les étrangler. Mais ils ont concouru par là, à leur corps
              défendant, à former et à consolider un nouveau marché mondial parallèle.
              Grâce au développement sans crise de l’économie des pays du camp socialiste,
              le nouveau marché mondial ignore les difficultés de débouchés ; son
              ampleur croît sans cesse.</p>
              <p rend="alinéa">Par suite du détachement d’une série de pays d’Europe et
              d’Asie du système de l’impérialisme, la sphère d’application des forces des
              principaux pays capitalistes (États-Unis, Angleterre, France) aux ressources
              mondiales a été sensiblement réduite. Cela a eu un retentissement
              particulièrement sensible aux États-Unis, car le potentiel de production de
              l’industrie américaine avait grandi considérablement pendant la guerre.</p>
              <p rend="alinéa">La sphère à l’intérieur de laquelle les forces des
              principaux pays capitalistes exploitent les ressources mondiales étant
              réduite, il en résulte une intensification de la lutte entre les pays du camp
              impérialiste pour les débouchés, les sources de matières premières, les
              sphères d’investissement du capital. Les impérialistes, et surtout les
              impérialistes américains, essaient de parer aux difficultés provenant de la
              perte de ces vastes marchés par une expansion renforcée aux dépens de leurs
              concurrents, par des actes d’agression, par la course aux armements et la
              militarisation de l’économie. Mais toutes ces mesures aboutissent à aggraver
              encore les contradictions du capitalisme.</p>
              <p rend="alinéa">Ces deux camps, le camp socialiste et le camp capitaliste,
              incarnent deux lignes de développement économique. La première est celle du
              développement rapide des forces productives, de l’essor continu d’une
              économie de paix et du mieux-être des masses laborieuses de l’Union
              soviétique et des pays de démocratie populaire. L’autre est celle de
              l’économie du capitalisme, qui freine le développement des forces
              productives ; c’est la ligne de la militarisation de l’économie, de la
              baisse du niveau de vie des travailleurs dans le cadre d’une crise générale
              de plus en plus aiguë du système capitaliste mondial.</p>
              <p rend="alinéa">Ces deux camps — socialiste et capitaliste — incarnent deux
              tendances opposées de la politique internationale. Les milieux agressifs des
              États-Unis et des autres États impérialistes suivent la voie de la
              préparation d’une nouvelle guerre mondiale et du renforcement de la réaction
              dans la vie intérieure de leurs pays. Le camp socialiste mène la lutte contre
              la menace de nouvelles guerres et contre l’expansion impérialiste, pour le
              développement de la collaboration économique et culturelle entre les peuples,
              pour la consolidation de la paix et de la démocratie.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="3" xml:id="chap22sect03">
              <head>22.3. L’aggravation de la crise du système colonial de l’impérialisme.</head>
              <p rend="alinéa">La deuxième phase de la crise générale du capitalisme est
              caractérisée par une aggravation violente de la crise du système colonial.
              Les tentatives des puissances impérialistes pour faire retomber sur les
              peuples des pays dépendants les charges découlant de la guerre et de ses
              suites ont entraîné une baisse sensible du niveau de vie de la population
              laborieuse du monde colonial. Dans les colonies et les sphères d’influence
              des pays d’Europe occidentale, les monopoles américains pénètrent et
              s’installent systématiquement sous couleur d’ « aide » aux
              pays sous-développés, ce qui soumet les peuples asservis à un pillage
              renforcé et aggrave les contradictions entre les puissances impérialistes.
              Par ailleurs, le développement de l’industrie dû à la guerre a contribué,
              dans une série de pays coloniaux et semi-coloniaux, au développement d’un
              prolétariat qui déploie une activité de plus en plus grande contre
              l’impérialisme. Tout cela a entraîné une aggravation des contradictions entre
              colonies et métropoles, un renforcement de la lutte pour la libération
              nationale chez les peuples du monde colonial. La défaite infligée aux forces
              armées des impérialismes allemands et japonais a créé une situation nouvelle
              favorable au succès de cette lutte. La deuxième guerre mondiale et la lutte
              encore plus intense pour la libération nationale des pays coloniaux et
              dépendants ont en fait déterminé la <emph>désagrégation du
              système colonial de l’impérialisme</emph>.</p>
              <p rend="alinéa">La désagrégation du système colonial de l’impérialisme est
              caractérisée tout d’abord par la rupture du front de l’impérialisme dans une
              série de pays coloniaux et semi-coloniaux, qui se sont détachés du système
              mondial de l’impérialisme et qui ont établi un régime de démocratie
              populaire. Comme on Ta déjà dit, le front mondial de l’impérialisme a été
              rompu en Chine et également en Corée et au Viet-Nam. La grande victoire de la
              révolution populaire en Chine a eu une influence énorme sur tous les arrières
              coloniaux de l’impérialisme dans son ensemble. Objet de l’exploitation
              impérialiste et de la rivalité entre les groupes de puissances capitalistes,
              la Chine est devenue une grande puissance autonome, possédant sa pleine
              souveraineté nationale et menant une politique indépendante sur l’arène
              internationale. La République populaire chinoise, que des liens étroits
              d’amitié et de collaboration unissent à l’Union soviétique et à tous les
              autres pays du camp socialiste, est devenue un puissant facteur de la paix et
              de la démocratie en Extrême-Orient et dans le monde entier.</p>
              <p rend="alinéa">La désagrégation du système colonial de l’impérialisme est
              caractérisée ensuite par le fait que les peuples d’une série d’autres pays
              coloniaux et dépendants ont réussi à se libérer du régime colonial et se sont
              engagés dans la voie d’un développement souverain autonome. Sous la pression
              du mouvement de libération nationale, en Inde, dont les pays totalisent une
              population de plus de 440 millions d’hommes, l’impérialisme anglais a été
              obligé de rappeler son administration coloniale.</p>
              <p rend="alinéa">L’Inde a été divisée en deux dominions, l’Inde et le
              Pakistan. L’Inde est devenue une république qui mène une politique
              indépendante sur l’arène internationale. Libéré du joug colonial, le peuple
              indien lutte pour le renforcement de son indépendance, pour
              l’industrialisation du pays et pour l’application de réformes agraires. En
              plus de l’Inde, l’Indonésie, la Birmanie et Ceylan ont rejeté le régime
              colonial. Les puissances impérialistes, et surtout l’Angleterre et les
              États-Unis, font tous leurs efforts pour maintenir et élargir leurs positions
              économiques dans ces pays et supprimer leur indépendance. Mais cette
              politique rencontre une opposition grandissante de la part des peuples de ces
              pays, qui défendent résolument leur indépendance.</p>
              <p rend="alinéa">L’aggravation de la crise du système colonial de
              l’impérialisme est caractérisée par l’essor du mouvement de libération
              nationale des peuples opprimés qui a pris des traits nouveaux. Dans plusieurs
              pays coloniaux, le rôle dirigeant du prolétariat et des partis communistes a
              grandi et s’est renforcé, ce qui constitue une condition importante du succès
              de la lutte des peuples asservis pour chasser les impérialistes et réaliser
              des transformations démocratiques. Sous la direction de la classe ouvrière se
              crée un front national démocratique unique, et se renforce l’alliance de la
              classe ouvrière et de la paysannerie dans la lutte anti-impérialiste et
              antiféodale. Dans certains pays asservis, le développement du mouvement de
              libération nationale a conduit à une longue lutte armée des masses populaires
              contre les colonisateurs (Malaisie, Philippines). À la lutte pour la
              libération nationale se sont joints les peuples d’Afrique les plus opprimés
              par le joug impérialiste (Madagascar, Côte de l’Or, Kenya, Union
              Sud-africaine). La résistance aux impérialistes grandit dans le Proche et le
              Moyen-Orient (Iran, Égypte) et en Afrique du Nord (Algérie, Tunisie, Maroc).
              En Amérique latine la lutte se renforce contre la domination économique et
              l’oppression politique de l’oligarchie financière des États-Unis.</p>
              <p rend="alinéa">Les tentatives réactionnaires des impérialistes dirigées
              par les milieux agressifs des États-Unis, pour faire échec à la cause de la
              renaissance nationale et sociale des peuples d’Asie sur des bases
              anti-impérialistes et antiféodales, sont constamment déjouées. L’échec de
              l’intervention armée des Américains en Corée, l’effondrement des plans des
              impérialismes français et américain en Indochine, montrent avec évidence que
              les temps sont révolus où les impérialistes pouvaient, par la force des
              armes, imposer leur volonté aux peuples d’Asie et réprimer toute aspiration
              de leur part à la liberté et à l’indépendance.</p>
              <p rend="alinéa">Cette première désagrégation du système colonial de
              l’impérialisme entraîne une diminution croissante de la sphère de
              l’exploitation coloniale. Cela accroît inéluctablement les difficultés
              économiques et politiques des pays capitalistes et ébranle les fondements du
              système impérialiste dans son ensemble.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="4" xml:id="chap22sect04">
              <head>22.4. L’accentuation du développement inégal du capitalisme.
              L’expansion de l’impérialisme américain.</head>
              <p rend="alinéa">Résultat du développement inégal des pays capitalistes, la
              deuxième guerre mondiale a amené une nouvelle aggravation de cette inégalité.
              Trois puissances impérialistes — Allemagne, Japon et Italie — ont été
              militairement écrasées. Un préjudice énorme a été causé à la France ;
              l’Angleterre a été très affaiblie. Pendant ce temps, les monopoles des
              États-Unis, qui s’étaient enrichis durant la guerre, ont consolidé leurs
              positions économiques et politiques dans le monde capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">Dans la période qui s’étend de 1929 à 1939, l’industrie
              américaine, malgré les réserves importantes de son potentiel de production,
              ne fit au fond que piétiner. Les entreprises fonctionnaient au ralenti à
              cause du rétrécissement des marchés d’écoulement. Pendant la deuxième guerre
              mondiale, le territoire des États-Unis ne fut pas touché par les opérations
              militaires et leur économie ne subit aucune destruction de guerre. Le marché
              d’écoulement des monopoles américains s’est alors considérablement élargi. La
              guerre provoqua une demande gigantesque d’armements et de matériel de guerre.
              Cela permit aux monopoles américains de mettre la main sur les anciens
              marchés des pays d’Europe occidentale dans leurs colonies d’outre-mer et
              leurs sphères d’influence. Dans ces conditions, les monopoles des États-Unis
              purent rapidement augmenter le volume de leur production et réaliser un large
              renouvellement de l’appareil de production de l’industrie.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La production de l’industrie américaine en 1943 dépassait
              de 120 % le niveau de 1939, tandis que dans les principaux pays
              capitalistes d’Europe occidentale qui avaient sérieusement souffert de la
              guerre, la production industrielle à la fin des hostilités avait sensiblement
              diminué. Aussi la part des États-Unis dans le total global de la production
              industrielle des pays du camp capitaliste passa-t-elle de 41 % en 1937 à
              56,4 % en 1948.</p>
              <p rend="alinéa">Les milieux monopolistes des États-Unis annoncèrent un
              programme de domination mondiale et pratiquèrent une large expansion
              économique et politique dans les pays capitalistes et les colonies. Profitant
              de l’affaiblissement de leurs concurrents, les monopoles américains à la
              poursuite des profits maximums, pendant les premières années de
              l’après-guerre, s’emparèrent d’une partie importante du marché capitaliste
              mondial. Pour l’exportation des capitaux, ces monopoles eurent largement
              recours à la forme de prêts d’État, en vue d’asservir les pays étrangers.</p>
              <p rend="alinéa">Pourtant les calculs de l’oligarchie financière américaine,
              qui rêvait d’établir sa domination sur le marché capitaliste mondial, ne se
              réalisèrent pas. Les pays capitalistes d’Europe occidentale, à la fin de la
              guerre, se trouvèrent face à de grandes destructions. La guerre avait porté
              un coup sérieux à l’économie des principaux pays d’Europe occidentale, sur
              les territoires desquels avaient eu lieu les opérations militaires
              (Allemagne, France, Italie), ou qui avaient subi des attaques aériennes
              (Angleterre).</p>
              <p rend="alinéa">Après la guerre, la bourgeoisie de ces pays, grâce au
              renforcement de l’exploitation des travailleurs et à l’abaissement de leur
              niveau de vie, rétablit l’appareil de production de l’industrie, en le
              renouvelant dans une large mesure. Par suite du rétrécissement du marché
              intérieur, ces pays se retournent vers leurs marchés extérieurs, sur lesquels
              les monopoles américains avaient mis la main pendant la guerre. Au lendemain
              de la guerre, les États-Unis se heurtèrent sur le marché capitaliste mondial
              à une concurrence accrue de la part des pays de l’Europe occidentale, et
              d’abord de l’Angleterre. La lutte pour les débouchés s’accentua encore
              davantage du fait que, cinq ou six ans après la fin de la guerre, l’Allemagne
              occidentale et le Japon sont revenus y prendre part.</p>
              <p rend="alinéa smaller">L’expansion de l’impérialisme américain s’est présentée au
              début sous forme d’une « aide pour le relèvement de l’Europe dans
              l’après-guerre ». Le plan Marshall qui a été en vigueur de 1948 à 1952
              se proposait de mettre sous la dépendance des monopoles américains les pays
              d’Europe occidentale, de les entraîner dans l’orbite de la politique
              américaine d’agression, de pousser la militarisation de leur économie. Le
              plan Marshall a servi de base au pacte de l’Atlantique-Nord, bloc d’agression
              constitué en 1949 par l’impérialisme américain avec le soutien actif des
              milieux dirigeants britanniques en vue d’établir sa domination sur le monde.
              Arrivé à échéance, le plan Marshall fut remplacé par le programme dit de
              « sécurité mutuelle », aux termes duquel l’ « aide »
              américaine n’était accordée que pour assurer la course aux armements et
              préparer une nouvelle guerre. Ainsi l’impérialisme américain jetait
              définitivement son masque de « restaurateur » de l’économie des
              pays capitalistes.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Pendant la guerre, les exportations américaines ont
              beaucoup augmenté au détriment des exportations des pays européens, et,
              surtout, de l’Angleterre. En 1945, la part des exportations des États-Unis,
              dans l’ensemble des exportations des pays capitalistes, était de 40,1 %
              contre 12,6 % en 1937, tandis que la part de l’Angleterre tombait de
              9,9 % en 1937 à 7,4 % en 1945. Cependant, après la guerre, par
              suite de l’aggravation de la lutte sur le marché mondial et du progrès des
              exportations des pays européens, la part des États-Unis dans les exportations
              des pays capitalistes était tombée en 1954 à 19,5 %, tandis que la part
              de l’Angleterre représentait, la même année, 10,1 %.</p>
              <p rend="alinéa">Les monopoles américains s’efforcent d’accroître au maximum
              l’exportation de leurs marchandises vers les autres pays du camp capitaliste,
              en utilisant à cet effet aussi bien l’octroi de prêts à des conditions
              asservissantes qu’un dumping non déguisé. En même temps, les États-Unis
              s’attachent à préserver leur marché intérieur contre l’importation de
              marchandises étrangères, en fixant des droits d’entrée extrêmement élevés. Ce
              caractère unilatéral du commerce extérieur américain engendra dans les autres
              pays capitalistes un déficit en dollars chronique, c’est-à-dire un manque de
              dollars pour payer les marchandises importées des États-Unis.</p>
              <p rend="alinéa">L’expansion économique des monopoles des États-Unis aboutit
              à la rupture du système des relations économiques qui s’étaient établies
              entre les pays au cours de l’histoire. L’impérialisme américain prive
              l’Europe occidentale de la possibilité de recevoir les produits alimentaires
              et les matières premières en provenance des pays de l’Europe orientale, qui
              fournissaient ces marchandises en échange de la production industrielle de
              l’Ouest européen. Le fait que les impérialistes se sont eux-mêmes interdit
              l’accès du marché mondial du camp démocratique, en réduisant à peu près à
              zéro leur commerce avec l’Union soviétique, la République populaire chinoise
              et les pays européens de démocratie populaire est un des facteurs de
              l’aggravation des difficultés rencontrées depuis la guerre par l’économie
              capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, de 1946 à
              1954, les exportations des États-Unis ont atteint en moyenne 13,5 milliards
              de dollars par an, les importations 8,5 milliards seulement ; les
              États-Unis ont importé des pays d’Europe occidentale, en moyenne, pour 1,3
              milliard de dollars par an et exporté vers ces pays pour une somme de 4
              milliards. En huit ans, l’écart entre les exportations des États-Unis vers
              les pays d’Europe occidentale et les importations en provenance de ces pays
              s’est élevé à 21,6 milliards de dollars.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le chiffre d’affaires du commerce des États-Unis avec les
              pays aujourd’hui intégrés au camp démocratique, s’est réduit en 1951 au
              dixième de ce qu’il était en 1937 ; le chiffre d’affaires du commerce de
              l’Angleterre avec ces pays, au sixième, celui de la France, à moins du
              quart.</p>
              <p rend="alinéa">L’expansion des monopoles américains porte des coups
              sensibles aux intérêts des autres pays capitalistes. Sous couleur
              d’« aide », en consentant des crédits, les monopoles américains
              pénètrent dans l’économie de ces pays, et s’emparent de positions importantes
              dans les colonies des puissances de l’Europe occidentale. L’Angleterre et la
              France, pour lesquelles les matières premières à bon marché et les débouchés
              assurés ont une importance de premier plan, ne peuvent tolérer indéfiniment
              un tel état de choses. Les pays vaincus — l’Allemagne occidentale, le Japon,
              l’Italie — tombés sous le joug du capital financier américain, ne peuvent pas
              non plus prendre leur parti de ce sort.</p>
              <p rend="alinéa">Depuis la deuxième guerre mondiale, le développement inégal
              à l’intérieur du camp rétréci de l’impérialisme s’est accentué encore, ce qui
              conduit à une nouvelle <emph>aggravation des contradictions</emph>
              entre les pays capitalistes. La principale est la
              <emph>contradiction entre les États-Unis et l’Angleterre</emph>. Elle se
              manifeste dans la lutte ouverte entre monopoles américains et britanniques
              pour les débouchés, pour les sources de matières premières (surtout le
              pétrole, le caoutchouc, les métaux non ferreux et les métaux précieux), pour
              les sphères d’influence en général (en Europe occidentale, dans le
              Proche-Orient et en Extrême-Orient, en Amérique latine).</p>
              <p rend="alinéa">Les blocs agressifs d’États impérialistes forgés par les
              États-Unis, et dirigés contre les pays du camp socialiste, ne peuvent écarter
              les antagonismes et les conflits entre les membres de ces blocs dans la lutte
              pour les bénéfices élevés de monopole, alors que le territoire sous la
              domination du capital diminue. Ainsi, dans la période actuelle aussi, reste
              vraie la thèse de Lénine que l’action de la loi de l’inégalité de
              développement des pays capitalistes à l’époque de l’impérialisme est grosse
              de luttes et de conflits militaires entre ces pays.</p>
              <p rend="alinéa">Les milieux agressifs des puissances impérialistes — en
              premier lieu ceux des États-Unis —, dès la fin de la deuxième guerre
              mondiale, se mirent à pratiquer une politique de préparation d’une troisième
              guerre mondiale. Les valets des monopoles essaient de tromper les peuples, en
              affirmant que l’inéluctabilité des guerres serait due à l’existence, dans le
              monde actuel, de deux systèmes opposés — celui du capitalisme et celui du
              socialisme. Les faits de l’histoire démentent cette invention. La première
              guerre mondiale a été provoquée par l’aggravation des contradictions
              impérialistes dans un monde où le système capitaliste régnait encore sans
              partage. La deuxième guerre mondiale a commencé entre deux coalitions de pays
              capitalistes. Dans la période qui suit la deuxième guerre mondiale, les pays
              du camp socialiste, avec l’Union soviétique à sa tête, défendent avec fermeté
              et persévérance la cause du maintien et du renforcement de la paix entre les
              peuples, en partant du point de vue que les systèmes capitaliste et
              socialiste peuvent fort bien coexister pacifiquement, en rivalisant sur le
              terrain économique. La politique de l’Union soviétique et des pays de
              démocratie populaire, axée sur le développement de la coopération pacifique
              entre États, indépendamment de leur régime social, bénéficie de l’appui des
              masses laborieuses et de la sympathie de tous les défenseurs de la paix dans
              le monde entier.</p>
              <p rend="alinéa">Le mouvement des partisans de la paix rassemble des
              centaines de millions de gens de tous les pays, y compris des millions de
              gens des pays capitalistes. Sur la base générale de la défense de la paix et
              de la sécurité des peuples s’unissent les représentants de groupes sociaux
              différents, de conceptions politiques et religieuses différentes. Les plans
              d’une nouvelle guerre mondiale que les milieux impérialistes agressifs
              préparent actuellement seront voués à l’échec si les peuples prennent la
              cause du maintien de la paix entre leurs mains, et s’ils la défendent
              jusqu’au bout.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Les forces démocratiques du monde sont suffisamment puissantes pour
                  empêcher la guerre à condition qu’elles agissent avec ensemble et qu’elles
                  arrivent à neutraliser les profiteurs de guerre et les prétendants à la
                  domination mondiale.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  <author>William Z. Foster</author>,
                  <title>Outline Political History of the Americas</title>
                  (essai sur l’histoire politique des Amériques), p. 590, New York, 1951.
                </bibl>
              </cit>
            </div4>
            <div4 type="section" n="5" xml:id="chap22sect05">
              <head>22.5. La militarisation de l’économie des pays capitalistes.
              Les modifications dans le cycle capitaliste.</head>
              <p rend="alinéa">Étant donné la désagrégation du marché mondial unique et le
              rétrécissement de la sphère d’application des forces des principaux pays
              capitalistes aux ressources du monde, les monopoles dominants ont de plus en
              plus recours à la militarisation de l’économie pour obtenir un certain
              accroissement de la production et s’assurer les bénéfices maximum. Dans les
              budgets, la part des dépenses, directement et indirectement consacrées à la
              course aux armements, augmente sans cesse. L’accroissement des budgets
              d’État, qui englobent une part toujours plus grande du revenu national,
              s’accompagne d’un accroissement de leur déficit et de la dette publique, d’un
              engorgement des canaux de circulation monétaire par le papier-monnaie, dont
              le pouvoir d’achat diminue. La militarisation de l’économie amène forcément
              une aggravation encore plus forte des contradictions insolubles de l’économie
              capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa smaller">D’après les chiffres officiels, manifestement inférieurs à
              la réalité, les profits des monopoles américains sont passés de 3,3 milliards
              de dollars en 1938 à 34,8 milliards en 1954, soit une augmentation de plus de
              10 fois. Durant les neuf années qui ont suivi la guerre, les profits des
              monopoles américains se sont élevés à plus de 304 milliards de dollars. En
              Angleterre, les bénéfices des sociétés par actions en 1953 étaient de 3,5
              milliards de livres sterling contre 1 milliard en 1938.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Dans l’après-guerre (1946-1954), le montant général des
              dépenses militaires aux États-Unis, y compris les sommes consacrées à
              l’armement des pays membres du bloc de l’Atlantique-Nord et à la production
              de bombes atomiques, a dépassé 258 milliards de dollars. Les dépenses de
              guerre proprement dites aux États-Unis, durant les trois dernières années
              (1952-1954), ont atteint 47 milliards de dollars par an, soit plus des deux
              tiers de l’ensemble du budget, contre 953 millions de dollars, ou 12 %
              de l’ensemble du budget durant les trois années qui précédèrent la deuxième
              guerre mondiale. En Angleterre, les dépenses de guerre ont augmenté pendant
              la même période de 173 millions à 1 429 millions de livres sterling,
              soit un tiers de l’ensemble du budget contre 18 % avant la guerre. En
              France, les dépenses de guerre en moyenne, durant les trois dernières années,
              dépassent le tiers du budget.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le pouvoir d’achat du dollar aux États-Unis était en 1954,
              par rapport à 1939, de 34,6 % seulement ; le pouvoir d’achat de la
              livre sterling anglaise, 31,2 % ; celui du franc français,
              2,8 % ; celui de la lire italienne, 1,8 %.</p>
              <p rend="alinéa">La militarisation de l’économie est l’une des
              manifestations les plus nettes du renforcement du parasitisme et du
              pourrissement du capitalisme. Déjà pendant la première guerre mondiale,
              Lénine, constatant le développement rapide des États-Unis,
              écrivait :</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">Et c’est justement <emph>grâce</emph> à cela que les traits
                    parasitaires du capitalisme américain moderne sont apparus de façon
                    particulièrement saillante.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme »,
                    <title>Œuvres</title>, t. 22, p. 324.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Dans la période qui suivit la deuxième guerre mondiale, ce
              caractère parasite du capitalisme américain se renforça encore. Cela est
              particulièrement net dans l’accroissement des dépenses improductives de
              l’État provoquées par la course aux armements et la militarisation
              généralisée de l’économie nationale.</p>
              <p rend="alinéa">Le parasitisme et le pourrissement du capitalisme ne
              signifient pas la cessation du progrès technique ni la stagnation de la
              technique. La tendance à la stagnation dans le domaine technique agit en même
              temps que la tendance contraire, la tendance à un progrès de la technique
              résultant de la concurrence et de la poursuite des profits maximum. La course
              aux armements provoque un progrès technique dans les branches de la
              production de guerre et dans les branches de l’industrie lourde qui lui sont
              liées. En conséquence, dans les pays capitalistes, la technique ne reste pas
              immobile, mais progresse. Mais le pourrissement du capitalisme se manifeste
              en ce que le progrès technique a lieu de façon extrêmement inégale et subit
              un retard sensible sur les possibilités considérables qu’ouvre le niveau
              actuel du développement de la science et de la technique.</p>
              <p rend="alinéa">La nature économique de la militarisation de l’économie
              consiste en ce que, premièrement, une partie de plus en plus importante des
              produits finis et des matières premières est absorbée par la consommation de
              guerre improductive ou bloquée sous forme d’énormes réserves
              stratégiques ; deuxièmement, l’augmentation de la production de guerre
              s’opère par la baisse du salaire des ouvriers, la ruine de la paysannerie,
              l’accentuation des charges fiscales, le pillage des peuples des pays
              coloniaux et dépendants. Tout cela a pour effet de réduire sensiblement le
              pouvoir d’achat de la population, de diminuer la demande de produits
              industriels et agricoles, de faire tomber rapidement la production civile.
              Par conséquent, la militarisation de l’économie des pays capitalistes, en
              aggravant la disproportion entre les possibilités de production et la demande
              solvable toujours plus réduite de la population, aboutit nécessairement au
              développement des conditions d’une crise de surproduction.</p>
              <p rend="alinéa">Avec l’aggravation de la crise générale du système
              capitaliste mondial, s’opèrent des changements nouveaux dans le cycle
              capitaliste. Ces changements résultent de la désagrégation du marché mondial
              unique et de l’accentuation de l’inégalité du développement des pays
              capitalistes. Ils sont liés aux conséquences inévitables de la deuxième
              guerre mondiale et de la militarisation de l’économie. Les facteurs
              inflationnistes de guerre, c’est-à-dire la militarisation de l’économie et
              l’inflation qui l’accompagne, en retardant temporairement l’éclatement de la
              crise, ne peuvent ni supprimer ni limiter l’action des lois générales de la
              reproduction capitaliste qui déterminent l’inéluctabilité des crises.</p>
              <p rend="alinéa">Comme les États-Unis, d’une part, et les principaux pays de
              l’Europe occidentale, de l’autre, sont sortis de la guerre avec des
              situations économiques très différentes, le cours du cycle capitaliste ne
              pouvait être identique dans tout le monde capitaliste. Après la fin de la
              deuxième guerre mondiale, aux États-Unis, le volume de la production
              industrielle, que les demandes militaires avaient accru, subit une réduction
              sensible en 1946 (29 % par rapport à 1943). Puis en 1948-1949 eut lieu
              une crise économique. Il est significatif qu’à la veille de la crise, en
              1948, l’industrie américaine n’avait pas encore atteint le volume de 1943,
              volume maximum de la production du temps de guerre. La crise de 1948-1949
              toucha dans une certaine mesure aussi une série de pays de l’Europe
              occidentale. D’octobre 1948 à octobre 1949, le volume de la production de
              l’industrie américaine subit une réduction de 10 %. Par rapport au
              niveau maximum de 1943, la production industrielle aux États-Unis subit en
              1949 une réduction de 35 %, la construction des machines une réduction
              de 50 %. La réduction de la production s’accompagna de phénomènes de
              crise dans les transports, le crédit, le commerce extérieur. Il faut y
              rattacher l’accumulation de stocks énormes de marchandises invendues, la
              chute des opérations commerciales, une forte réduction des transports par
              voie ferrée, des krachs bancaires, la chute brutale des cours des actions,
              l’augmentation du nombre des faillites, la réduction du volume des
              exportations américaines.</p>
              <p rend="alinéa">Comme la guerre a causé d’importants dommages à l’économie
              des principaux pays capitalistes de l’Europe occidentale et que la
              reconstruction a freiné pour un certain temps le développement des conditions
              d’une crise de surproduction, il s’est produit dans ces pays au cours de
              l’après-guerre une augmentation du volume de la production industrielle. La
              crise de 1948-1949 aux États-Unis n’entraîna pas une chute générale de la
              production en Europe occidentale et, par conséquent, il n’en sortit pas de
              crise économique mondiale.</p>
              <p rend="alinéa">L’augmentation rapide des dépenses militaires aux
              États-Unis et dans les autres pays capitalistes, en particulier depuis le
              début de la guerre de Corée en 1950, constitua un stimulant temporaire à
              l’élargissement de la production, et en premier lieu, celle des armements et
              du matériel de guerre. Mais le caractère unilatéral de cette reprise
              d’activité détermina sa fragilité et sa courte durée. Dès le milieu de
              l’année 1953, commença aux États-Unis une nouvelle chute de la production,
              symptôme de crise. En moins d’un an, d’août 1953 à avril 1954, le volume de
              la production industrielle des États-Unis a diminué de 10 %. La
              réduction de la production fit doubler le nombre des chômeurs totaux,
              provoqua une vague de faillites et d’absorptions par les grands monopoles de
              firmes moins importantes. D’avril à novembre 1954, la production industrielle
              resta au même niveau, et ce n’est qu’à partir de novembre 1954, qu’elle se
              mit lentement à s’accroître.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi le cours de la reproduction à la deuxième étape de la
              crise générale du capitalisme est caractérisé par une inégalité accrue du
              développement des différents pays, ce qui donne une instabilité particulière
              à tout le système économique du capitalisme. Les conditions d’une crise
              économique mondiale continuent à se développer dans tous les pays
              capitalistes.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="6" xml:id="chap22sect06">
              <head>22.6. L’accentuation de la paupérisation de la classe ouvrière
              des pays capitalistes.</head>
              <p rend="alinéa">L’aggravation de la crise générale du capitalisme après la
              deuxième guerre mondiale a amené un nouvel appauvrissement du prolétariat.
              Dans leur course au profit maximum, les monopoles accentuent l’exploitation
              des travailleurs. Le capital monopoliste fait supporter aux travailleurs les
              conséquences désastreuses de la guerre et de la militarisation de
              l’économie.</p>
              <p rend="alinéa">Les monopoles, soutenus par les dirigeants syndicaux
              réactionnaires, cherchent à réduire le salaire réel des ouvriers par le
              « blocage » du salaire nominal, c’est-à-dire par l’interdiction de
              sa hausse, lors de l’inflation et de l’accroissement des charges fiscales.
              L’inflation fait monter le coût de la vie, provoque une hausse rapide des
              prix des objets de consommation, accroît le décalage entre salaire nominal et
              salaire réel. L’expansion extérieure et la militarisation de l’économie des
              pays capitalistes se réalisent grâce au fardeau fiscal imposé aux
              travailleurs. Un autre facteur de la baisse du niveau de vie de la classe
              ouvrière est l’augmentation rapide des loyers. Le fléchissement du salaire
              réel fait que la population ouvrière se nourrit de plus en plus mal.</p>
              <p rend="alinéa">La situation des travailleurs intellectuels s’aggrave dans
              les pays capitalistes : le chômage augmente parmi eux ; les revenus
              sont en baisse par suite de la vie toujours plus chère, de l’accroissement
              des impôts et de l’inflation.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Aux États-Unis et en Angleterre et surtout en France et en
              Italie, le salaire réel des ouvriers a subi une réduction sensible par
              rapport à l’avant-guerre. Par exemple, en France le pouvoir d’achat du
              salaire horaire en 1955 est en gros la moitié de ce qu’il était avant la
              guerre.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Cette chute du pouvoir d’achat de l’argent va de pair avec
              une importante augmentation du coût de la vie ; en 1954, par rapport à
              l’avant-guerre il avait été multiplié par 2,9 aux États-Unis, par plus de 30
              en France, par 60 en Italie.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En 1952, malgré le développement de la production
              militaire, on comptait aux États-Unis au moins 3 millions de chômeurs
              complets et 10 millions de chômeurs partiels ; en Allemagne de l’Ouest,
              près de 3 millions de chômeurs complets et partiels. En Italie, il y avait
              plus de 2 millions de chômeurs complets et encore plus de chômeurs
              partiels ; au Japon, près de 10 millions de chômeurs complets et
              partiels. Aux États-Unis, au début de 1954, le nombre des chômeurs complets
              s’élevait à 3,7 millions, celui des chômeurs partiels à 13,4 millions.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Aux États-Unis, les impôts directs prélevés sur la
              population au cours de l’exercice budgétaire de 1953-1954, par rapport à
              1937-1938, même en faisant état de la dépréciation monétaire, ont été
              multipliés presque par douze. Dans les pays d’Europe occidentale, où, même
              avant la deuxième guerre mondiale, les charges fiscales étaient très lourdes,
              les impôts pour la même période ont été multipliés en Angleterre par 2, en
              France par 2,5, en Italie par 1,5.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le taux du loyer d’une famille ouvrière aux États-Unis, au
              début de 1955, avait plus que doublé par rapport à 1939.</p>
              <p rend="alinéa smaller">D’après les évaluations du Bureau américain des
              recensements, en 1949, aux États-Unis, 72,2 % des familles américaines
              avaient un revenu inférieur au minimum vital officiel, 34,3 % des
              familles avaient un revenu inférieur à la moitié de ce minimum :
              18,5 % un revenu, inférieur au quart et 9,4 % un revenu inférieur
              au huitième de ce minimum.</p>
              <p rend="alinéa">L’aggravation de la situation matérielle de larges couches
              de la population des pays capitalistes accroît le mécontentement et
              l’indignation des masses populaires, qui prennent une part de plus en plus
              active à la lutte contre le capital monopoliste. Cela se traduit par la
              montée du mouvement gréviste dans les pays capitalistes, le renforcement des
              syndicats progressistes que réunit la Fédération syndicale mondiale fondée en
              1945, par les progrès des partis communistes et leur influence accrue sur les
              masses, par le développement de l’activité politique de la classe ouvrière.
              Les partis communistes et les syndicats progressistes, en ripostant
              résolument aux actes scissionnistes des socialistes de droite et des chefs
              syndicaux réactionnaires, éduquent la classe ouvrière dans l’esprit de la
              solidarité prolétarienne, dans l’esprit de la lutte pour la libération du
              joug impérialiste.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="7" xml:id="chap22sect07">
              <head>22.7. Le renforcement de la domination des monopoles dans
              l’agriculture des pays capitalistes et la ruine de la paysannerie.</head>
              <p rend="alinéa">L’aggravation de la crise générale du capitalisme depuis la
              deuxième guerre mondiale est caractérisée par une domination accrue des
              monopoles et du capital financier dans l’agriculture, une accentuation de la
              différenciation et de la ruine de la paysannerie.</p>
              <p rend="alinéa">Le capital financier exerce, d’une façon de plus en plus
              large et profonde, son emprise sur l’économie rurale. Les banques
              hypothécaires, qui consentent des crédits gagés sur la terre, deviennent les
              propriétaires réels des terrains appartenant aux paysans ruinés, de leur
              matériel agricole et de tous leurs biens. Les banques de crédit à court terme
              et les compagnies d’assurances enserrent les paysans dans un réseau de
              dettes.</p>
              <p rend="alinéa">Les monopoles s’enrichissent à tous les stades franchis par
              les produits agricoles, du producteur au consommateur. En établissant de bas
              prix pour les produits achetés aux petits paysans, et en faisant monter en
              flèche les prix de détail, les monopoles s’approprient une partie
              considérable des revenus de la paysannerie. Les monopoles de la
              transformation des produits agricoles (meunerie, boucherie, conserves,
              industrie sucrière) s’octroient d’énormes bénéfices aux dépens de la masse
              des paysans. Les interventions du pouvoir d’État — politique fiscale,
              opérations de stockage et les différentes formes de
              l’ « aide » apportée à l’agriculture — accentuent encore
              l’enrichissement des monopoles et la paupérisation des masses de la
              paysannerie. L’exploitation des paysans par les monopoles se combine avec de
              nombreuses survivances de l’exploitation féodale et, en particulier, avec le
              métayage dans lequel le cultivateur est forcé de remettre au propriétaire de
              la terre une forte partie de la récolte comme prix de la location de la terre
              et du matériel.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Aux États-Unis, la part des grandes et des très grandes
              exploitations d’une superficie de plus de 500 acres, qui formaient en 1950
              moins de 6 % des exploitations, est passée de 44,9 % de la
              superficie territoriale en 1940 à 53,5 % en 1950, et la part des
              latifundia d’une superficie de plus de 1 000 acres est passée de
              34,3 % à 42,6 %. D’après le recensement de 1950, 44 % des
              exploitations dont la production marchande ne dépassait pas 1 200
              dollars, produisaient moins de 5 % de la production marchande totale,
              c’est-à-dire qu’elles travaillaient de façon primitive, peu productive, pour
              leur propre consommation, alors que 103 000 grosses fermes (dont la
              production marchande dépassait 25 000 dollars) qui ne représentaient que
              2 % des exploitations donnaient 26 % de l’ensemble de la production
              marchande des États-Unis. En France, en 1950, les petites exploitations
              allant jusqu’à 10 hectares, qui formaient 56,7 % des exploitations, ne
              détenaient que 16,1 % de la terre cultivée, tandis que les grosses
              exploitations — 4,4 % du total — possédaient 29,9 % du sol. En
              Allemagne de l’Ouest, les petites exploitations allant jusqu’à 5 hectares,
              qui formaient, en 1949, 55,8 % des exploitations, n’avaient que
              11 % de la terre, tandis que les grosses exploitations — 0,7 % du
              total — en détenaient 27,7 %. En Italie, il existe 2,5 millions de
              paysans sans terre et 1,7 million de paysans mal lotis. En dix ans, de 1940 à
              1950, plus de 700 000 exploitations fermières ont été ruinées aux
              États-Unis.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le total de la rente foncière aux États-Unis est passé de
              760 millions de dollars en 1937 à 2,4 milliards de dollars en 1952. En
              Italie, quelques centaines de propriétaires fonciers touchent une rente
              foncière de 450 milliards de lires par an, tandis que le salaire de 2,5
              millions d’ouvriers agricoles ne forme guère que 250 milliards de lires. Les
              dettes des fermiers américains aux banques et aux autres établissements de
              crédit ont plus que doublé de 1946 à 1954, atteignant au 1<hi rend=
              "ordinal">er</hi> janvier 1955 18 milliards de dollars. L’impôt foncier des
              fermiers, en 1953, a été 2,3 fois supérieur à celui de 1942.</p>
              <p rend="alinéa">Depuis la deuxième guerre mondiale, l’accroissement de la
              paupérisation de la classe ouvrière et de la paysannerie des pays
              capitalistes, les dépenses énormes de ces pays pour la course aux armements,
              ont diminué la demande solvable et aggravé le problème des débouchés de la
              production agricole. Dès lors, dans les pays capitalistes, les stocks et les
              « surplus » de marchandises agricoles ne trouvant pas de débouchés
              augmentent rapidement ; les emblavures diminuent ; le gain que la
              vente de leur production procurait à la masse des paysans accuse une baisse
              notable ; et l’on assiste à la ruine massive des petits producteurs, une
              énorme quantité de vivres est détruite cependant que la consommation des
              produits alimentaires diminue et que les masses laborieuses sont
              sous-alimentées. Tout cela prépare le début d’une nouvelle crise agraire.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Aux États-Unis, les stocks de blé dépassaient en 1954 le
              niveau maximum des stocks accumulés pendant la crise de 1929-1933 et étaient
              plus de 7 fois plus élevés que la moyenne des réserves annuelles de 1946 à
              1948. Afin de maintenir des prix élevés sur les produits alimentaires, les
              organismes d’État, aux États-Unis, accaparent d’énormes quantités de grain,
              de coton, de pommes de terre, de légumes, de fruits, de bétail, de
              volaille ; et ils détruisent systématiquement une partie de ces
              stocks.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En 1954, le revenu net des cultivateurs américains, par
              rapport à la moyenne du revenu annuel pour 1946-1948, a diminué de 4,6
              milliards de dollars, soit de 36 %.</p>
              <p rend="centralign gras"><l> </l><l>*</l><l>*  *</l><l> </l></p>
              <p rend="alinéa">L’aggravation de la crise générale du capitalisme, depuis
              la deuxième guerre mondiale, se traduit par une recrudescence des
              antagonismes de la société capitaliste. Poussée à l’extrême, la contradiction
              entre les forces productives de la société et les rapports de production
              capitalistes montre nettement que le régime bourgeois dépérissant est
              condamné par l’histoire.</p>
              <p rend="alinéa">La deuxième phase de la crise générale du capitalisme a
              aggravé la crise de la démocratie bourgeoise. Le caractère antipopulaire et
              antinational de la domination bourgeoise apparaît maintenant au grand jour.
              Les milieux réactionnaires de la bourgeoisie cherchent une issue à la crise
              générale du capitalisme dans la guerre et la fascisation de la vie
              politique.</p>
              <p rend="alinéa">Les masses populaires des pays capitalistes qui marchent
              sous le drapeau de l’internationalisme prolétarien cherchent une issue dans
              la lutte active et décisive contre l’ensemble du système d’esclavage
              impérialiste, pour la libération nationale et sociale.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">L’internationalisme prolétarien, socialiste est à la base de la solidarité
                  des travailleurs et de la collaboration entre les peuples pour la défense
                  de leur indépendance contre les menées de l’impérialisme, pour la défense
                  de la paix. Il apprend aux ouvriers à s’unir dans chaque pays pour lutter
                  contre le pouvoir du capital, pour assurer le passage à l’économie
                  socialiste. Il apprend à la classe ouvrière et aux peuples à développer les
                  liens de la solidarité internationale afin de lutter mieux pour la paix,
                  d’isoler et de mettre hors d’état de nuire les provocateurs d’une nouvelle
                  guerre.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  P. Togliatti,
                  « L’unité de la classe ouvrière et les tâches des partis communistes et ouvriers »,
                  Pour une paix durable, pour une démocratie populaire !
                  2 décembre 1949.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">À la suite de la première guerre mondiale, la Russie s’est
              détachée du système capitaliste ; à la suite de la deuxième, toute une
              série de pays d’Europe et d’Asie en ont fait autant ; une troisième
              guerre, si les impérialistes parvenaient à la déclencher, amènerait la
              faillite de tout le système capitaliste mondial. Dans cette guerre, les
              agresseurs impérialistes ne se heurteraient pas seulement à la puissance
              indestructible des États du camp socialiste ; ils assisteraient à
              l’explosion de toutes les contradictions aiguës, inhérentes au capitalisme
              contemporain : entre le travail et le capital, entre les puissances
              impérialistes, entre les métropoles et les colonies.</p>
              <p rend="alinéa">Les forces démocratiques et progressistes des peuples,
              guidées par la classe ouvrière et son avant-garde, les partis communistes,
              s’unissent pour résister activement à la réaction impérialiste, au danger
              fasciste, aux plans de nouvelles guerres. La politique de paix de l’Union
              soviétique, de la République populaire chinoise et des autres pays du camp
              socialiste, politique de réduction de la tension internationale, a amené la
              cessation de la guerre en Corée, le rétablissement de la paix en Indochine,
              la conclusion du traité d’État avec l’Autriche. À la conférence de Genève des
              chefs des gouvernements des quatre puissances : Union soviétique,
              États-Unis, Angleterre et France, en juillet 1955, furent obtenus certains
              succès sur la voie de l’assainissement de la situation internationale et de
              l’établissement d’une collaboration entre États de systèmes économiques et
              sociaux différents. Le camp de la paix, de la démocratie et du socialisme,
              ayant à sa tête l’Union soviétique et la République populaire chinoise,
              groupe les 900 millions d’habitants des pays qui se sont détachés du système
              capitaliste. Ce camp représente une force puissante qui exerce une action
              décisive sur tout le cours de l’histoire contemporaine.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume"  n="22" xml:id="chap22resume">
              <head>Résumé du chapitre 22</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
                <item>
                  <p rend="alinéa">Au cours de la deuxième guerre mondiale, notamment après que les
                  pays de démocratie populaire d’Europe et d’Asie se furent détachés du
                  système capitaliste, s’est ouverte la seconde phase de la crise générale du
                  capitalisme. À la suite de la formation de deux camps opposés sur la scène
                  internationale, on a vu se désagréger le marché mondial unique, et se
                  constituer deux marchés parallèles : le marché des pays du camp
                  socialiste et celui des pays du camp capitaliste. La sphère d’application
                  des forces des principaux pays capitalistes — États-Unis, Grande-Bretagne,
                  France — aux ressources mondiales s’est notablement réduite.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">L’un des résultats les plus importants de la deuxième guerre
                  mondiale a été l’aggravation brutale de la crise du. système colonial de
                  l’impérialisme. L’essor de la lutte de libération nationale dans les pays
                  coloniaux et dépendants a amorcé la désagrégation du système colonial et
                  abouti au détachement de la Chine et de certains autres pays du système
                  mondial de l’impérialisme.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">L’accentuation de l’inégalité de développement des pays
                  capitalistes entraîne nécessairement l’aggravation des contradictions
                  internes dans le camp de l’impérialisme. La militarisation de l’économie a
                  pour effet d’approfondir la rupture entre les possibilités de production de
                  l’industrie des pays capitalistes et les possibilités d’écoulement de sa
                  production, préparant ainsi le début d’une nouvelle crise économique.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">La seconde phase de la crise générale du capitalisme est
                  caractérisée par une nouvelle aggravation de la situation matérielle de la
                  masse des travailleurs. De là, la chute du salaire réel de la classe
                  ouvrière, l’accroissement des armées permanentes de chômeurs, une large
                  application des systèmes de surmenage en matière d’organisation du travail,
                  l’inflation et la vie chère, l’augmentation des charges fiscales,
                  l’aggravation de la situation des masses de la paysannerie dans les pays
                  capitalistes, l’accentuation de l’exploitation coloniale. Le renforcement
                  du camp de la paix, de la démocratie et du socialisme, l’affaiblissement du
                  camp impérialiste de la réaction et de la guerre, l’essor de la lutte
                  libératrice de la classe ouvrière, de la paysannerie, des peuples
                  coloniaux, montrent que l’époque actuelle est l’époque historique de
                  l’effondrement du capitalisme, de la victoire du communisme.</p>
                </item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3 type="repres" xml:id="part2repres">
            <head>Les théories économiques de l’époque du capitalisme</head>
            <p rend="alinéa">Avec le développement du capitalisme et l’accroissement de ses contradictions,
            diverses tendances, exprimant les intérêts des différentes classes,
            se sont formées et développées dans la pensée économique.</p>
            <div4 type="section"  n="1" xml:id="part2resect01">
              <head>L’économie politique bourgeoise classique.</head>
              <p rend="alinéa">Dans la lutte contre le féodalisme, pour
              l’instauration du régime capitaliste, la bourgeoisie a créé sa propre
              économie politique qui a détrôné les conceptions économiques des idéologues
              du féodalisme et a joué pendant un certain temps un rôle progressiste.</p>
              <p rend="alinéa">Le mode de production capitaliste s’est établi tout
              d’abord en Angleterre. C’est là qu’est née aussi l’économie politique
              bourgeoise classique dont les représentants ont essayé de découvrir le lien
              interne des phénomènes économiques. Déjà son fondateur, <emph type=
              "personne">William Petty</emph> (1623-1687), dont l’activité remonte à la
              période de décomposition du mercantilisme, a défini en fait la valeur des
              marchandises comme étant la quantité relative de travail contenue en elles,
              bien qu’il ait fait preuve de beaucoup d’inconséquence dans cette
              question.</p>
              <p rend="alinéa">Les <emph type="personne">physiocrates</emph> qui apparurent en France
              dans la seconde moitié du 18<hi rend="ordinal">e</hi> siècle,
              pendant la période de préparation idéologique de la révolution
              bourgeoise, jouèrent un rôle important dans la formation de l’économie
              politique bourgeoise. Ce courant avait à sa tête <emph type=
              "personne">François Quesnay</emph> (1694-1774). De même que les représentants
              de la philosophie française « des lumières » de ce temps, les
              physiocrates pensaient qu’il existait pour la société humaine des lois
              naturelles, données par la nature. La France était à l’époque un pays
              agricole. Contrairement aux mercantilistes, pour qui l’argent était la seule
              richesse, les physiocrates ont proclamé que la seule source de richesse était
              la nature et, par suite, l’agriculture, qui fournit à l’homme les fruits de
              la nature. De là le nom de l’école — les « physiocrates » — composé
              de deux mots grecs qui signifient : nature et pouvoir.</p>
              <p rend="alinéa">Au centre de la théorie des physiocrates se trouvait
              la doctrine du « <emph>produit net</emph> ». C’est ainsi
              que les physiocrates appelaient l’excédent du produit sur les dépenses
              engagées dans la production, — la fraction du produit qui, en régime
              capitaliste, constitue la plus-value. Pour les physiocrates, la richesse
              était une masse déterminée de produits sous leur forme matérielle, naturelle,
              une masse déterminée de valeurs d’usage. Ils soutenaient que le
              « produit net », « don de la nature », naît sur la base
              de l’emploi du travail salarié dans l’agriculture et l’élevage exclusivement,
              c’est-à-dire dans les branches où s’opèrent les processus naturels de
              croissance des plantes et des animaux ; tandis que dans toutes les
              autres branches, il n’y a qu’une modification de la forme des produits
              fournis par l’économie rurale.</p>
              <p rend="alinéa">L’ouvrage le plus important de l’école des
              physiocrates fut le <title>Tableau économique</title> de Quesnay.
              Quesnay a eu le mérite de faire une tentative remarquable pour présenter le
              processus de la reproduction capitaliste dans son ensemble, encore qu’il
              n’ait pu donner une théorie scientifique de la reproduction.</p>
              <p rend="alinéa">Partant du point de vue que le « produit
              net » n’est créé que dans l’économie rurale, les physiocrates exigeaient
              que tous les impôts fussent payés par les propriétaires terriens, et que l’on
              exemptât les industriels de toute charge fiscale. C’était là une
              manifestation évidente de la nature de classe des physiocrates en tant
              qu’idéologues de la bourgeoisie. Les physiocrates étaient partisans de la
              domination illimitée de la propriété privée. En affirmant que seule la libre
              concurrence est conforme aux lois naturelles de l’économie et à la nature
              humaine, ils opposaient à la politique du protectionnisme celle de la
              <emph>liberté du commerce</emph> ; ils combattaient
              énergiquement les restrictions corporatives et l’intervention de l’État dans
              la vie économique du pays.</p>
              <p rend="alinéa">L’économie politique bourgeoise classique est arrivée au point culminant
              de son évolution dans les travaux de A. Smith et de D. Ricardo.</p>
              <p rend="alinéa"><emph type="personne">Adam Smith</emph> (1723-1790) a fait,
              comparativement aux physiocrates, un grand pas en avant dans l’analyse
              scientifique du mode de production capitaliste. Son ouvrage principal est
              intitulé : <title>Recherches sur la nature et les causes de
              la richesse des nations</title> (<bibl>1776</bibl>). La richesse d’un pays réside, d’après
              A. Smith, dans toute la masse des marchandises qui y sont produites. Il a
              repoussé l’idée unilatérale et, par suite, erronée des physiocrates, selon
              lesquels le « produit net » n’est créé que par le travail agricole,
              et il proclame le premier que <emph>tout travail</emph> est source de valeur,
              quelle que soit la branche de production où ce travail est fait. Smith a été
              l’économiste de la période manufacturière du développement du capitalisme.
              Aussi voyait-il la base de l’augmentation de la productivité du travail dans
              la division du travail.</p>
              <p rend="alinéa">L’aspect le plus caractéristique de la pensée de
              Smith est l’interpénétration de deux manières différentes d’aborder les
              phénomènes économiques, D’une part, il analyse le lien interne des phénomènes
              en cherchant à pénétrer la structure intrinsèque ou, selon l’expression de
              Marx, la physiologie du système économique bourgeois. D’autre part, il décrit
              les phénomènes sous la forme qu’ils revêtent à la surface de la société
              capitaliste et, par conséquent, tels qu’ils se présentent au capitaliste
              praticien. Le premier de ces procédés est scientifique, le second ne l’est
              pas.</p>
              <p rend="alinéa">En recherchant le lien interne des phénomènes du
              capitalisme, Smith définit la valeur de la marchandise par la quantité de
              travail qui a été dépensée pour la produire ; et il considère le salaire
              de l’ouvrier comme une partie du produit de son travail, déterminée par la
              valeur de» moyens de subsistance ; quant au profit et à la rente, il les
              regarde comme une déduction du produit créé par le travail de l’ouvrier.
              Cependant Smith ne développe pas ces principes avec rigueur. La définition de
              la valeur des marchandises par le travail qui s’y trouve intégré, est
              confondue constamment par lui avec la définition de la valeur des
              marchandises par la « valeur du travail ». Il affirmait que la
              définition de la valeur par le travail ne se rapportait qu’à un « état
              primitif de la société », par lequel il entendait l’économie marchande
              simple des petits producteurs. Mais dans le cadre du capitalisme, la valeur
              de la marchandise est <emph>constituée</emph> par les revenus : salaire,
              profit et rente. Pareille affirmation traduisait l’apparence trompeuse des
              phénomènes de l’économie capitaliste. Smith estimait que la valeur du produit
              social total ne comporte, elle aussi, que les revenus — salaire, profit et
              rente, c’est-à-dire qu’il faisait l’erreur d’omettre la valeur du capital
              constant, consommé lors de la production de la marchandise. Ce « dogme
              de Smith » excluait toute possibilité de comprendre le processus de
              reproduction sociale.</p>
              <p rend="alinéa">Smith a décrit le premier la structure de classe de
              la société capitaliste, en indiquant que celle-ci se décomposait en trois
              classes :
              1<hi rend="ordinal">o</hi> ouvriers,
              2<hi rend="ordinal">o</hi> capitalistes et
              3<hi rend="ordinal">o</hi> propriétaires terriens.
              Mais Smith était limité par la conception bourgeoise du monde, et ses vues
              montrent combien la lutte de classes à cette époque était peu
              développée ; il prétendait qu’une communauté d’intérêts règne dans la
              société capitaliste, puisque chacun aspire à son propre avantage et que, du
              heurt des diverses tendances, surgit l’utilité commune. S’élevant résolument
              contre les vues théoriques et la politique des mercantilistes, Smith
              défendait avec ardeur la <emph>libre concurrence</emph>.</p>
              <p rend="alinéa">Dans les écrits de <emph type="personne">David
              Ricardo</emph> (1772-1823), l’économie politique bourgeoise classique a eu son
              couronnement. Ricardo a vécu à l’époque de la révolution industrielle en
              Angleterre. Son principal ouvrage, <title>Principes de l’économie
              politique et de l’impôt</title> parut en 1817.</p>
              <p rend="alinéa">Ricardo a élaboré la théorie de la valeur-travail
              avec le maximum de rigueur possible dans les limites des conceptions
              bourgeoises. Après avoir rejeté la thèse de Smith prétendant que la valeur
              n’est déterminée par le travail que dans l’ « état primitif de la
              société », il a montré que la valeur créée par le travail de l’ouvrier
              est la <emph>source</emph> d’où naissent le salaire, aussi bien que le profit et
              la rente.</p>
              <p rend="alinéa">Ayant admis que la valeur est déterminée par le travail,
              Ricardo a montré l’opposition des intérêts de classes de la société
              bourgeoise telle qu’elle apparaît dans la sphère de la répartition. Il
              considérait que l’existence des classes est un phénomène éternel dans la vie
              de la société. D’après Marx, Ricardo fait « délibérément de l’opposition
              des intérêts de classes, de l’opposition entre salaire et profit, profit et
              rente, le point de départ de ses recherches ; il la formule naïvement
              comme la loi naturelle immuable de la société humaine ».
              (<bibl>K. Marx, <title>Le Capital</title>, livre 1,
              t. 1, p. 24.</bibl>) Ricardo a formulé une loi économique
              importante : plus le salaire de l’ouvrier est élevé, plus le profit du
              capitaliste est bas, et inversement. Ricardo a montré également l’opposition
              entre profit et rente ; mais il se trompait en ne reconnaissant que
              l’existence de la rente différentielle, qu’il associait à la prétendue
              « loi de la fertilité décroissante du sol ».</p>
              <p rend="alinéa">Ricardo a joué un grand rôle dans le développement de
              l’économie politique. Sa théorie suivant laquelle la valeur n’est déterminée
              que par le travail a eu une immense portée historique. Observant le
              développement des contradictions capitalistes, certains de ses disciples en
              ont déduit que, si la valeur n’est créée que par le travail, il est
              nécessaire et juste que l’ouvrier, créateur de toutes les richesses, soit
              aussi le maître de toutes les richesses, de tous les produits du travail.
              C’est ce que réclamaient en Angleterre, dans la première moitié du
              19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, les premiers socialistes, disciples de
              Ricardo.</p>
              <p rend="alinéa">D’autre part, la théorie de Ricardo portait en elle
              les caractères de l’étroitesse bourgeoise. Le régime capitaliste avec ses
              intérêts de classes opposés semblait à Ricardo, comme à Smith, un régime
              naturel et éternel. Ricardo ne posait même pas la question de l’origine
              historique des catégories économiques telles que la marchandise, l’argent, le
              capital, le profit, etc. Il concevait le capital en dehors de l’histoire, en
              l’identifiant aux moyens de production.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="2" xml:id="part2resect02">
              <head>La naissance de l’économie politique vulgaire.</head>
              <p rend="alinéa">Avec le développement du capitalisme et l’aggravation
              de la lutte de classes, l’économie politique bourgeoise classique fait place
              à l’économie politique vulgaire. Marx l’appelait vulgaire parce que ses
              représentants substituaient à la connaissance scientifique des phénomènes
              économiques la description de leur apparence extérieure, en se donnant pour
              but de présenter le capitalisme sous un jour favorable, d’escamoter ses
              contradictions. Les économistes vulgaires ont rejeté tout ce qui était
              scientifique, et se sont emparés de tout ce qu’il y avait de non scientifique
              dans les vues des économistes antérieurs (notamment de A. Smith), — de tout
              ce qui était conditionné par l’étroitesse de classe de leur horizon.</p>
              <p rend="alinéa">« Désormais il ne s’agit plus de savoir si tel
              ou tel théorème est vrai, mais s’il est bien ou mal sonnant, agréable ou non
              à la police, utile ou nuisible au capital. La recherche désintéressée fait
              place au pugilat payé, l’investigation consciencieuse à la mauvaise
              conscience, aux misérables subterfuges de l’apologétique. »
              (<bibl>K. Marx, <title>Le Capital</title>, livre 1,
              t. 1, p. 25.</bibl>)</p>
              <p rend="alinéa">Dans le domaine de la théorie de la valeur,
              l’économie vulgaire a, à l’opposé de la définition de la valeur par le temps
              de travail, mis en avant une série de thèses déjà réfutées par l’école
              classique bourgeoise. Telles, par exemple : la théorie de l’offre et de
              la demande, qui ignore la valeur se trouvant à la base des prix, et substitue
              à l’explication de la base même des prix des marchandises la description des
              variations de ces prix ; la théorie des frais de production, qui
              explique les prix de certaines marchandises à l’aide des prix d’autres
              marchandises, c’est-à-dire tourne pratiquement dans un cercle vicieux ;
              la théorie de l’utilité qui, s’efforçant d’expliquer la valeur des
              marchandises par leur valeur d’usage, ignore volontairement le fait que les
              valeurs d’usage de marchandises hétérogènes diffèrent par la qualité et, par
              suite, ne sont pas comparables au point de vue de la quantité.</p>
              <p rend="alinéa">L’économiste vulgaire anglais <emph type="personne">T. R. Malthus</emph>
              (1766-1834) a prétendu que la misère des masses laborieuses,
              inhérente au capitalisme, était due au fait que les êtres humains se
              multiplient plus rapidement que ne peuvent augmenter les moyens d’existence
              fournis par la nature. D’après lui, la correspondance nécessaire entre le
              chiffre de la population et les moyens d’existence fournis par la nature,
              s’établit par la famine, la misère, les épidémies, les guerres. La
              « théorie » barbare de Malthus a été créée en vue de justifier le
              régime social dans lequel le parasitisme et le luxe des classes exploiteuses
              vont de pair avec le travail excessif et la misère grandissante des masses
              laborieuses.</p>
              <p rend="alinéa">Pour l’économiste vulgaire français <emph type=
              "personne">J. B. Say</emph> (1767-1832), la source de la valeur est constituée
              par les « trois facteurs de la production » : le travail, le
              capital et la terre ; de là, il tire la conclusion que les possesseurs
              de chacun des trois facteurs reçoivent les revenus qui leur sont dus :
              l’ouvrier, le salaire ; le capitaliste, le profit (ou l’intérêt) ;
              le propriétaire terrien, la rente. La théorie des « trois
              facteurs », qui a été largement répandue dans l’économie politique
              bourgeoise, est destinée à cacher ce fait décisif que c’est seulement dans
              des conditions sociales déterminées que le travail se transforme en travail
              salarié, que les moyens de production deviennent du capital et la propriété
              de la terre, la source de la rente. Comme on le sait, le capital et la terre
              ne donnent un revenu à leur propriétaire qu’en vertu du fait que, par son
              travail non payé, l’ouvrier crée la plus-value, source réelle de tous les
              revenus ne provenant pas du travail dans la société capitaliste. En
              prétendant qu’en régime capitaliste il n’existerait pas de contradiction
              entre la production et la consommation, Say niait la possibilité de crises
              générales de surproduction. La théorie de Say était une grossière déformation
              de la vérité, dans le but de se rendre agréable aux classes exploiteuses. Des
              Inventions fantaisistes sur l’harmonie des intérêts de classe en régime
              capitaliste ont été diffusées avec le plus grand zèle par l’économiste
              français <emph type="personne">F. Bastiat</emph> (1801-1850) et par l’Américain
              <emph type="personne">H. Carey</emph> (1793-1879). Sous prétexte de défendre la
              « liberté du travail » bourgeoise, l’économie politique vulgaire a
              mené une lutte acharnée contre les syndicats, les contrats collectifs, les
              grèves ouvrières. À partir du deuxième quart du 19<hi rend=
              "ordinal">e</hi> siècle, l’économie politique vulgaire exerce une domination
              sans partage dans la science économique bourgeoise.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="3" xml:id="part2resect03">
              <head>L’économie politique petite-bourgeoise.</head>
              <p rend="alinéa">Au début du 19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle,
              apparaît en économie politique un courant petit-bourgeois qui reflète la
              position contradictoire de la petite bourgeoisie en tant que classe
              intermédiaire de la société capitaliste. L’économie politique
              petite-bourgeoise a son origine dans les travaux de l’économiste suisse
              <emph type="personne">S. de Sismondi</emph> (1773-1842). Contrairement à Smith
              et à Ricardo, pour qui le régime capitaliste est l’état naturel de la
              société, Sismondi a fait la critique du capitalisme, qu’il condamnait en se
              plaçant sur les positions de la petite-bourgeoisie. Sismondi idéalisait la
              petite production marchande des paysans et des artisans, et formulait des
              projets utopiques de perpétuation de la petite propriété, sans se rendre
              compte que la petite production marchande implique le développement des
              rapports capitalistes. Partant du fait que les revenus des ouvriers et des
              petits producteurs diminuent, Sismondi concluait faussement à la contraction
              inévitable du marché au fur et à mesure du développement du capitalisme. Il
              affirmait à tort que l’accumulation des capitaux n’est possible qu’avec
              l’existence de petits producteurs et d’un marché extérieur.</p>
              <p rend="alinéa">En France, c’est <emph type="personne">P. J. Proudhon</emph>
              (1809-1865) qui a développé les conceptions de l’économie
              politique petite-bourgeoise. Il soutenait l’idée réactionnaire selon laquelle
              on pourrait guérir toutes les plaies sociales du capitalisme par
              l’organisation d’une banque qui serait spécialement chargée du troc des
              produits des petits producteurs et qui consentirait un crédit gratuit aux
              ouvriers. Proudhon semait des illusions réformistes dans les masses
              ouvrières, qu’il détournait de la lutte de classes.</p>
              <p rend="alinéa">En Russie, à la fin du 19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, c’étaient les populistes libéraux qui prêchaient les idées utopiques
              et réactionnaires de l’économie politique petite-bourgeoise.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="4" xml:id="part2resect04">
              <head>Les socialistes utopistes.</head>
              <p rend="alinéa">Avec l’apparition et le développement de la grande
              industrie mécanique, à la fin du 18<hi rend="ordinal">e</hi> siècle et au
              début du 19<hi rend="ordinal">e</hi> les contradictions du capitalisme et
              les calamités qu’il apporte aux masses laborieuses ont pris de plus en plus
              de relief. Mais la classe ouvrière n’avait pas encore pris conscience de son
              rôle historique de fossoyeur du capitalisme. À cette époque parurent les
              grands socialistes utopistes : <emph type="personne">Henri de
              Saint-Simon</emph> (1760-1825) et <emph type="personne">Charles Fourier</emph>
              (1772-1837) en France, <emph type="personne">Robert Owen</emph> (1771-1858) en
              Angleterre, qui jouèrent un rôle considérable dans l’histoire du
              développement des idées socialistes.</p>
              <p rend="alinéa">Dans l’explication qu’ils donnaient des phénomènes
              économiques, les socialistes utopistes demeuraient sur le terrain des
              philosophes du 18<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, comme les représentants
              de l’économie politique classique bourgeoise. Mais, tandis que pour ces
              derniers le régime capitaliste était conforme à la nature humaine, pour les
              socialistes utopistes il était contraire à la nature humaine.</p>
              <p rend="alinéa">Le rôle historique des socialistes utopistes a été de
              faire une critique serrée de la société bourgeoise, dont ils flétrissaient
              sans merci les plaies telles que la misère et les privations des masses
              populaires vouées à un labeur pénible et exténuant, la vénalité et la
              corruption des milieux riches de la société, l’immense gaspillage des forces
              productives, résultat de la concurrence, des crises, etc. Ils ont eu une
              série d’intuitions remarquables sur le caractère du régime socialiste qu’ils
              opposaient au capitalisme. Mais les socialistes utopistes étaient loin de
              comprendre les véritables voies à suivre pour arriver au socialisme. Ignorant
              les lois du développement social et des lois de la lutte de classes, ils
              estimaient que les classes possédantes réaliseraient elles-mêmes le
              socialisme Lorsqu’on serait parvenu à les convaincre du bien-fondé, de
              l’équité et de l’utilité de ce nouveau régime. Les socialistes utopistes
              n’avaient pas la moindre idée du rôle historique du prolétariat. Le
              socialisme utopique <reg resp="#dm" cert="high">« ne savait ni expliquer
              la nature de l’esclavage salarié en régime capitaliste, ni découvrir les
              lois de son développement, ni trouver la <emph>force sociale</emph> capable
              de devenir le créateur de la société nouvelle ». (<bibl>V. Lénine,
              « Les trois sources et les trois parties constitutives du marxisme »,
              <title>Œuvres</title>, t. 19, p. 17.</bibl>)</reg></p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="5" xml:id="part2resect05">
              <head>Les démocrates révolutionnaires en Russie.</head>
              <p rend="alinéa">Au milieu du 19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle en
              Russie, apparut en pleine crise du servage, une brillante pléiade de
              penseurs, qui apportèrent une importante contribution au développement de la
              science économique.</p>
              <p rend="alinéa"><emph type="personne">A. I. Herzen</emph> (1812-1870) a
              fustigé le tsarisme et le servage en Russie et appelé le peuple à la lutte
              révolutionnaire contre eux. Il a aussi critiqué violemment le régime de
              l’exploitation capitaliste, instauré en Occident. Herzen a marqué le début du
              « socialisme paysan » utopique. Il voyait le
              « socialisme » dans l’émancipation des paysans doté de terre, dans
              la possession communale de la terre et dans l’idée paysanne du « droit à
              la terre ». Il n’y avait rien de vraiment socialiste dans ces opinions,
              mais elles traduisaient les aspirations révolutionnaires de la paysannerie
              russe en lutte pour renverser le pouvoir des propriétaires fonciers et abolir
              la grande propriété féodale.</p>
              <p rend="alinéa">Un immense mérite dans le développement de la science
              économique appartient au grand révolutionnaire et savant russe <emph type=
              "personne">N. G. Tchernychevski</emph> (1828-1889). Tchernychevski a pris la
              tête de la lutte des démocrates révolutionnaires contre le servage et
              l’autocratie tsariste en Russie. Il a fait une brillante critique non
              seulement du servage, mais aussi du régime capitaliste qui s’était solidement
              établi à cette époque en Europe occidentale et en Amérique du Nord. Il a fait
              nettement ressortir le caractère de classe et l’étroitesse de l’économie
              politique bourgeoise classique et il a soumis à une critique serrée les
              économistes vulgaires : John Stuart Mill, Say, Malthus, etc. Marx
              estimait que Tchernychevski avait magistralement montré la faillite de
              l’économie politique bourgeoise.</p>
              <p rend="alinéa">À l’économie politique bourgeoise qui sert les
              intérêts cupides des capitalistes, Tchernychevski a opposé « l’économie
              politique des travailleurs », dans laquelle la place prépondérante doit
              être réservée au travail et aux intérêts des travailleurs. Par suite du
              faible développement des rapports capitalistes dans la Russie de son époque,
              Tchernychevski, représentant du « socialisme paysan » utopique, n’a
              pas remarqué que le développement du capitalisme et du prolétariat créait les
              conditions matérielles et la force sociale nécessaires pour réaliser le
              socialisme. Cependant, par sa conception de la nature et de la structure de
              classe de la société capitaliste, du caractère du développement économique de
              cette société, Tchernychevski est allé beaucoup plus loin que les socialistes
              utopistes d’Europe occidentale et a fait un grand pas sur le chemin du
              socialisme scientifique. Contrairement aux socialistes utopistes d’Occident,
              Tchernychevski accordait une importance décisive à l’activité révolutionnaire
              des masses laborieuses, à leur lutte pour leur émancipation et il appelait à
              la révolution populaire contre les exploiteurs. Tchernychevski fut un
              démocrate révolutionnaire combatif et conséquent. Lénine disait que ses
              œuvres respiraient la lutte de classes.</p>
              <p rend="alinéa">La théorie économique de Tchernychevski est le point
              culminant du développement de l’économie politique avant Marx. Au point de
              vue philosophique, Tchernychevski a été un matérialiste militant. Comme
              Herzen, il est presque arrivé au matérialisme dialectique.</p>
              <p rend="alinéa">Les démocrates révolutionnaires Herzen, Tchernychevski et leurs partisans
              furent les précurseurs de la social-démocratie russe.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="6" xml:id="part2resect06">
              <head>La révolution accomplie par K. Marx et F. Engels en économie politique.</head>
              <p rend="alinéa">Vers le milieu du 19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, le système
              d’économie capitaliste est devenu dominant dans les
              principaux pays de l’Ouest européen et aux États-Unis. Il s’était formé un
              prolétariat qui commençait à entrer en lutte contre la bourgeoisie. Les
              conditions étaient nées pour la formation d’une conception du monde
              prolétarienne d’avant-garde, le <emph>socialisme
              scientifique</emph>.</p>
              <p rend="alinéa"><emph type="personne">Karl Marx</emph> (1818-1883) et
              <emph type="personne">Friedrich Engels</emph> (1820-1895) ont transformé le
              socialisme d’utopie en science. La doctrine élaborée par Marx et Engels
              traduit les intérêts vitaux de la classe ouvrière, et elle est le drapeau des
              masses prolétariennes dans leur lutte pour le renversement révolutionnaire du
              capitalisme, pour la victoire du socialisme.</p>
              <p rend="alinéa">La doctrine de Marx <reg resp="#dm" cert="high">« naquit comme la
              <emph>continuation</emph> directe et immédiate des doctrines des représentants
              les plus éminents de la philosophie, de l’économie politique et du socialisme ».
              (<bibl>V. Lénine, « Les trois sources et les trois parties constitutives du marxisme »,
              <title>Œuvres</title>, t. 19, p. 13.</bibl>)</reg> Le génie de Marx, disait Lénine,
              consiste à avoir fourni la réponse aux questions que la pensée progressiste de
              l’humanité avait déjà posées. Sa doctrine est l’héritière légitime de ce que
              la pensée humaine a créé de plus parfait dans le domaine de la science de la
              société humaine. En même temps, la naissance du marxisme a marqué <emph>un
              tournant révolutionnaire radical</emph> en philosophie, en économie politique,
              dans toutes les sciences sociales. Marx et Engels ont armé la classe ouvrière
              d’une conception du monde harmonieuse et complète, le
              <emph>matérialisme dialectique</emph>, fondement théorique du communisme
              scientifique. En étendant le matérialisme dialectique à l’étude des
              phénomènes sociaux, ils ont créé le <emph>matérialisme
              historique</emph>, une des plus grandes conquêtes de la pensée scientifique. À
              l’étude de la société humaine en dehors de l’histoire, ils ont opposé la
              méthode historique fondée sur une étude approfondie de la marche réelle de
              son développement. À l’idée d’immuabilité et d’immobilisme de la société qui
              régnait jusque-là, ils ont substitué une doctrine cohérente qui découvre les
              lois objectives du développement social, les lois du remplacement de
              certaines formes de la société par d’autres.</p>
              <p rend="alinéa">Marx et Engels furent les fondateurs d’une économie
              politique véritablement scientifique. En appliquant la méthode du
              matérialisme dialectique à l’étude des rapports économiques, Marx a opéré une
              révolution profonde dans l’économie politique. C’est en abordant l’économie
              politique en idéologue de la classe ouvrière qu’il a dévoilé jusqu’au bout
              les contradictions du capitalisme et créé une <emph>économie
              politique prolétarienne</emph>. Marx a élaboré sa doctrine économique au cours
              d’une lutte intransigeante contre l’apologétique bourgeoise du capitalisme et
              la critique petite-bourgeoise de celui-ci. Utilisant et développant plusieurs
              thèses des classiques de l’économie politique bourgeoise — Smith et Ricardo —
              Marx a résolument fait justice des conceptions antiscientifiques et des
              contradictions de leur doctrine. La doctrine économique de Marx dresse le
              bilan et fait la synthèse d’une documentation gigantesque sur l’histoire de
              la société humaine et, en particulier, sur la naissance et le développement
              du capitalisme. C’est à Marx que l’on doit la découverte du caractère
              historique transitoire du mode de production capitaliste et l’étude des lois
              présidant à la naissance, au développement et à la disparition du
              capitalisme. Sur la base d’une analyse économique pénétrante du régime
              capitaliste, Marx a fait apparaître la mission historique du prolétariat en
              tant que fossoyeur du capitalisme et artisan de la société nouvelle,
              socialiste</p>
              <p rend="alinéa">Les fondements de la conception marxiste du monde ont
              été proclamés dès le premier document-programme du communisme scientifique,
              le <title>Manifeste du Parti communiste</title>, écrit par Marx et
              Engels en 1848. Marx a publié les résultats de ses recherches économiques
              ultérieures dans son ouvrage <title>Contribution à la critique de
              l’économie politique</title> (1859), consacré à l’analyse de la marchandise et de
              la monnaie, on trouve dans la préface un exposé classique des principes du
              matérialisme historique. L’ouvrage principal de Marx, dont il disait à bon
              droit qu’il était l’œuvre de sa vie, est <title>Le Capital</title>,
              dont le premier livre (<title>Le Développement de la production
              capitaliste</title>) fut publié par Marx en 1867 ; le deuxième livre (<title>Le
              Procès de la circulation du capital</title>) fut édité par
              Engels après la mort de Marx en 1885, et le troisième livre (<title>Le Procès
              d’ensemble de la production capitaliste</title>) parut en 1894.
              En travaillant au <title>Capital</title>, Marx se proposait d’écrire
              un quatrième livre, consacré à l’analyse critique de l’histoire de l’économie
              politique. Les manuscrits qu’il a laissés furent édités après la mort de Marx
              et d’Engels sous le titre <title>Les Théories de la plus-value</title>.</p>
              <p rend="alinéa">À l’élaboration de la théorie du communisme
              scientifique sont également consacrés plusieurs ouvrages classiques
              d’Engels : <title>La Situation des classes laborieuses en
              Angleterre</title> (1845), l’<title>Anti-Dühring</title> (1878) qui
              traite des questions les plus importantes en matière de philosophie, de
              sciences naturelles et de sciences sociales, <title>L’Origine de
              la famille, de la propriété privée et de l’État</title> (1884), etc.</p>
              <p rend="alinéa">En créant l’économie politique prolétarienne, Marx a
              tout d’abord élaboré et développé de façon conséquente la
              <emph>théorie de la valeur-travail</emph>. En analysant la marchandise et la
              contradiction entre sa valeur d’usage et sa valeur d’échange, Marx a
              découvert que le travail incorporé dans la marchandise revêt un double
              caractère. C’est, d’une part, le travail concret qui crée la valeur d’usage
              de la marchandise, et, d’autre part, le travail abstrait qui crée sa valeur.
              La découverte du double caractère du travail a servi à Marx de clé pour
              expliquer scientifiquement tous les phénomènes du mode de production
              capitaliste, sur la base de la théorie de la valeur-travail. Marx a montré
              que la valeur n’est pas une chose, mais un rapport de production entre les
              hommes, recouvert d’une enveloppe matérielle, et c’est ainsi qu’il a révélé
              le secret du fétichisme de la marchandise. Il a soumis la forme de la valeur
              à l’analyse, il en a recherché l’évolution historique depuis les germes de
              l’échange jusqu’à la domination intégrale de la production marchande, ce qui
              lui a permis de découvrir la nature véritable de l’argent.</p>
              <p rend="alinéa">Sur la base de la théorie de la valeur-travail, Marx
              a élaboré sa théorie de la <emph>plus-value</emph>. Il a montré le
              premier qu’en régime capitaliste, ce n’est pas le travail qui est une
              marchandise, mais la force de travail. Il a étudié la valeur et la valeur
              d’usage de cette marchandise spécifique et il a expliqué le caractère de
              l’exploitation capitaliste. La théorie de la plus-value de Marx révèle
              jusqu’au bout la nature du principal rapport de production du capitalisme, le
              rapport entre capitaliste et ouvrier ; elle met à nu les bases les plus
              profondes de l’opposition de classes et de la lutte de classes entre le
              prolétariat et la bourgeoisie.</p>
              <p rend="alinéa">Marx a non seulement mis en lumière l’origine et la
              source de la plus-value, mais il a montré comment l’exploitation capitaliste
              est camouflée et estompée. Il a étudié la nature du
              <emph>salaire</emph> en tant que prix de la force de travail qui se
              manifeste sous la forme modifiée de prix du travail.</p>
              <p rend="alinéa">Marx a fait une analyse scientifique serrée des
              diverses formes que revêt la plus-value. Il a montré que la plus-value se
              manifeste sous une forme modifiée, le <emph>profit</emph> ;
              qu’elle revêt en outre la forme de <emph>rente foncière</emph> et
              <emph>d’intérêt</emph>. Et l’on a l’impression trompeuse que le
              salaire est le prix du travail, que le profit est engendré par le capital
              lui-même, la rente par la terre et l’intérêt par l’argent.</p>
              <p rend="alinéa">Dans sa théorie du prix de production et du profit
              moyen, Marx a résolu la contradiction qui consiste en ce qu’en régime
              capitaliste, les prix du marché s’écartent de la valeur. En même temps, il a
              fait ressortir la base objective de la solidarité de la classe capitaliste
              dans l’exploitation des ouvriers, le profit moyen de chaque capitaliste étant
              déterminé par le degré d’exploitation non point dans une entreprise donnée,
              mais dans la société capitaliste tout entière.</p>
              <p rend="alinéa">Marx a mis au point la théorie de la rente
              différentielle et il a, le premier, assigné un fondement scientifique à la
              rente absolue. Il a défini le rôle réactionnaire, parasite de la grande
              propriété terrienne, la nature et les formes d’exploitation des paysans par
              les propriétaires fonciers et la bourgeoisie.</p>
              <p rend="alinéa">Marx a le premier découvert les lois de
              l’<emph>accumulation du capital</emph>, en établissant que le développement du
              capitalisme, la concentration et la centralisation du capital entraînent
              inévitablement un approfondissement et une aggravation des contradictions
              inhérentes à ce régime, contradictions à la base desquelles se trouve la
              contradiction entre le caractère social de la production et la forme privée,
              capitaliste de l’appropriation. Marx a découvert la <emph>loi
              générale de l’accumulation capitaliste</emph> qui détermine l’accroissement de
              la richesse et du luxe à un pôle de la société et l’accroissement de la
              misère, de l’oppression, des tourments du travail à l’autre pôle. Il a montré
              que le développement du traîne la paupérisation relative et absolue du
              prolétariat, qui creuse encore l’abîme entre le prolétariat et la
              bourgeoisie, aggrave la lutte de classes entre eux.</p>
              <p rend="alinéa">L’analyse de la <emph>reproduction</emph>
              du capital social total, faite par Marx, a une importance considérable. Ayant
              écarté l’erreur de Smith, qui consiste à ignorer le capital constant consommé
              lors de la fabrication de la marchandise, et établi la division du produit
              social du point de vue de sa valeur en trois parties
              (<emph>c</emph> + <emph>v</emph> + <emph>p</emph>),
              puis du point de vue de sa forme matérielle en moyens de production et objets
              de consommation, Marx a découvert la loi économique générale selon laquelle,
              quel que soit le régime de la société, les forces productives se développent
              quand l’accroissement de la production des moyens de production est plus
              rapide que celui de la production des objets de consommation. Marx a soumis à
              l’analyse les conditions de la reproduction capitaliste simple et élargie,
              les profondes contradictions de l’économie capitaliste qui conduisent
              nécessairement aux crises de surproduction. Il a étudié la nature des
              <emph>crises économiques</emph> et démontré qu’elles étaient
              inévitables en régime capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">La doctrine économique de Marx et d’Engels constitue
              une ample et profonde démonstration de l’inéluctabilité de l’effondrement du
              capitalisme et de la victoire de la <emph>révolution
              prolétarienne</emph> instaurant la <emph>dictature de la classe
              ouvrière</emph> et inaugurant une ère nouvelle, l’ère de la construction de la
              société socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">Entre 1870 et 1890 déjà, le marxisme avait commencé à
              recevoir de plus en plus largement l’approbation de la classe ouvrière et des
              intellectuels d’avant-garde des pays capitalistes. Un grand rôle dans la
              diffusion des idées du marxisme, à cette époque, fut joué par <emph type=
              "personne">Paul Lafargue</emph> (1842-1911) en France, <emph type=
              "personne">Wilhelm Liebknecht</emph> (1826-1900) et <emph type="personne">August
              Bebel</emph> (1840-1913) en Allemagne, <emph type="personne">Georges
              Plékhanov</emph> (1856-1918) en Russie, <emph type="personne">Dmitri
              Blagoïev</emph> (1855-1924) en Bulgarie et par d’autres personnalités
              marquantes du mouvement ouvrier des différents pays.</p>
              <p rend="alinéa">En Russie, le parti ouvrier marxiste et sa conception
              du monde se sont formés au cours d’une lutte implacable contre l’ennemi du
              marxisme, qu’était le populisme. Les populistes niaient le rôle d’avant-garde
              du prolétariat dans le mouvement révolutionnaire : ils prétendaient
              qu’en Russie le développement du capitalisme était impossible. Contre les
              populistes se sont élevés Plékhanov et le groupe « Libération du
              travail » qu’il avait organisé. Plékhanov a été le premier à donner une
              critique marxiste des conceptions erronées des populistes et à défendre en
              même temps de manière brillante les conceptions marxistes. L’activité de
              Plékhanov entre 1880 et 1900 eut une grande importance pour la formation
              idéologique des révolutionnaires prolétariens en Russie. Plékhanov a écrit
              une série d’ouvrages remarquables sur la philosophie du marxisme. Il a
              popularisé avec succès les différents aspects de la doctrine économique de
              Marx, en la défendant contre la critique bourgeoise et les falsifications
              réformistes. Les travaux littéraires de Plékhanov ont porté un coup très dur
              aux positions populistes. Mais la défaite idéologique du populisme n’était
              pas achevée. Dès le début de son activité, Plékhanov donna de certains
              problèmes une appréciation erronée, qui contenait en germe ses futures
              conceptions menchéviks : il ne tenait pas compte du fait qu’au cours de
              la révolution, le prolétariat doit entraîner la paysannerie à sa suite ;
              il considérait la bourgeoisie libérale comme une force susceptible de prêter
              appui à la révolution, etc. Il fallait achever le populisme en tant qu’ennemi
              du marxisme et réaliser la fusion du marxisme avec le mouvement ouvrier en
              Russie ; ce fut Lénine qui s’acquitta de cette tâche.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="7" xml:id="part2resect07">
              <head>Le déclin de la science économique bourgeoise.
              L’économie politique bourgeoise contemporaine.</head>
              <p rend="alinéa">Depuis que le marxisme a fait son apparition sur la
              scène historique, la tâche fondamentale et décisive des économistes bourgeois
              devint la « réfutation » du marxisme, toutes les variétés possibles
              et imaginables de philosophie idéaliste et de sociologie subjective servent
              de base méthodologique aux différentes écoles et tendances de l’économie
              politique bourgeoise.</p>
              <p rend="alinéa">En Allemagne, au milieu du 19<hi rend=
              "ordinal">e</hi> siècle, apparaît ce qu’on appelle
              l’<emph>école historique</emph> de l’économie politique (<emph type=
              "personne">F. Roscher</emph>, <emph type="personne">B. Hildebrand</emph>, etc.)
              Les tenants de cette école niaient ouvertement l’existence de lois
              économiques du développement de la société et substituaient à l’investigation
              scientifique la description de faits historiques épars. La négation des lois
              économiques leur servait à justifier l’arbitraire réactionnaire, la servilité
              devant l’État bureaucratique et militaire, qu’ils exaltaient
              systématiquement. Les représentants plus récents de l’école historique, avec
              <emph>G. Schmoller</emph> à leur tête, constituèrent ce qu’on
              appelle la tendance historico-éthique ou historico-juridique. Le trait
              caractéristique de cette tendance est qu’elle substitue à la recherche
              économique des considérations idéalistes réactionnaires sur les objectifs
              moraux, les normes juridiques, etc.</p>
              <p rend="alinéa">Certains économistes de l’école historique
              (Hildebrand) ont formé en 1872 avec d’autres économistes bourgeois
              (<emph type="personne">Adolf Wagner</emph>, <emph type=
              "personne">L. Brentano</emph>, <emph type="personne">W. Sombart</emph>) ce qu’on a appelé
              « l’Union de politique sociale » pour « prêcher du haut de la
              chaire » des réformes sociales en vue de prévenir la fin du régime
              capitaliste. Tout en continuant les traditions de leurs prédécesseurs, les
              représentants de cette tendance, appelée ironiquement « socialisme de la
              chaire », se firent les valets de l’État militariste allemand. Certains
              d’entre eux qualifiaient de « morceau de socialisme » chaque mesure
              de cet État. Les socialistes de la chaire exaltaient la politique
              réactionnaire de Bismarck et l’aidaient à tromper la classe ouvrière.</p>
              <p rend="alinéa">Au cours des dernières décennies du 19<hi rend=
              "ordinal">e</hi> siècle, au fur et à mesure que les idées du marxisme se
              propageaient, la bourgeoisie a eu besoin, pour les combattre, de recourir à
              de nouveaux moyens idéologiques. On vit alors apparaître sur la scène
              l’<emph>école autrichienne</emph>. L’appellation de cette école
              est liée au fait que ses principaux représentants — <emph type=
              "personne">K. Menger</emph>, <emph type="personne">F. Wieser</emph> et <emph
               type="personne">E. Boehm-Bawerk</emph> — étaient professeurs dans des universités autrichiennes.
              Contrairement à l’orientation historique, les tenants de l’école autrichienne
              reconnaissait pour la forme la nécessité d’étudier les lois économiques,
              mais, pour présenter le régime capitaliste sous un jour plus favorable et en
              assumer la défense, ils reportèrent la recherche de ces lois, de la sphère
              des rapports sociaux dans le domaine psychologique subjectif, c’est-à-dire
              qu’ils suivirent la voie de l’idéalisme.</p>
              <p rend="alinéa">En ce qui concerne la théorie de la valeur, l’école
              autrichienne émit le principe dit de « l’utilité marginale ».
              Conformément à ce principe, la valeur de la marchandise est déterminée non
              pas simplement par son utilité, ainsi que l’affirmaient auparavant certains
              économistes vulgaires, mais par son utilité marginale, c’est-à-dire par
              l’appréciation subjective de l’utilité d’une unité de marchandise qui
              satisfait un des besoins les moins essentiels de l’individu. En réalité,
              cette théorie n’explique rien. Il est tout à fait évident, par exemple, que
              l’estimation subjective d’un kilogramme de pain est foncièrement différente
              chez un bourgeois rassasié et chez un chômeur affamé ; mais cependant
              tous deux paient le pain le même prix. À la théorie de la plus-value de Marx,
              les économistes de l’école autrichienne opposent telle ou telle variété de la
              « théorie de la productivité du capital », qui n’est qu’une forme
              rénovée de la théorie vulgaire des « trois facteurs de la
              production ».</p>
              <p rend="alinéa">Le passage à l’impérialisme et l’aggravation extrême
              qui en résulte pour les contradictions sociales et la lutte des classes,
              déterminèrent la dégradation ultérieure de l’économie politique bourgeoise.
              Après la victoire de la révolution socialiste en Russie, qui donnait
              pratiquement un démenti aux affirmations des idéologues de la bourgeoisie sur
              le caractère éternel du régime capitaliste, de nombreux économistes bourgeois
              commencèrent à considérer comme une de leurs tâches principales le recours à
              la calomnie pour déformer la nature du régime soviétique, pour cacher aux
              travailleurs des pays capitalistes la vérité sur les réalisations historiques
              du pays du socialisme. L’économie politique bourgeoise de nos jours constitue
              une arme idéologique de l’oligarchie financière dont la majorité des
              représentants joue directement et ouvertement le rôle de défenseurs de la
              réaction et de l’agression impérialistes.</p>
              <p rend="alinéa">En commentant des catégories du capitalisme comme la
              valeur, le prix, le salaire, le profit, la rente, les économistes bourgeois
              contemporains se placent généralement sur les positions de la tendance
              psychologique subjective, dont une des variétés est l’école autrichienne
              examinée plus haut ; et ils reprennent sur tous les tons la vieille
              théorie vulgaire des trois facteurs de la production. L’économiste anglais
              <emph>Alfred Marshall</emph> (1842-1924) a essayé de concilier de
              façon éclectique les trois théories vulgaires différentes de la valeur :
              celle de l’offre et de la demande, de l’utilité marginale et celle des frais
              de production. L’économiste américain <emph>John B. Clark</emph>
              (1847-1938), tout en prêchant l’idée mensongère de « l’harmonie des
              intérêts » des différentes classes de la société bourgeoise, a formulé
              la théorie de la « productivité optima », qui n’est en réalité
              qu’une tentative originale pour associer la vieille théorie vulgaire de la
              « productivité du capital » à la théorie vulgaire de
              « l’utilité marginale » de l’école autrichienne. Le profit, d’après
              Clark, serait la rémunération du travail de l’entrepreneur ; les classes
              laborieuses, elles, ne créeraient qu’une faible part de la richesse et la
              recevraient intégralement.</p>
              <p rend="alinéa">Contrairement aux économistes bourgeois de l’époque
              du capitalisme prémonopoliste, qui chantaient la liberté de la concurrence
              comme condition fondamentale du développement de la société, les économistes
              bourgeois contemporains soulignent généralement la nécessité d’une
              intervention de l’État dans tous les domaines de la vie économique. Ils
              exaltent l’État impérialiste comme une force qui serait placée au-dessus des
              classes et qui serait capable de subordonner à un plan l’économie des pays
              capitalistes. Or, en réalité, l’ingérence de l’État bourgeois dans la vie
              économique n’a rien à voir avec la planification de l’économie nationale et
              ne fait qu’accentuer encore davantage l’anarchie de la production. Les
              apologistes des monopoles font hypocritement passer pour un
              « capitalisme organisé » la soumission de l’État impérialiste à
              l’oligarchie financière, la large utilisation par celle-ci de l’appareil
              d’État pour satisfaire son intérêt cupide et augmenter les profits des
              monopoles.</p>
              <p rend="alinéa">Dans les premières décennies du 20<hi type="ordinal">e</hi> siècle,
              en Allemagne, s’est répandue ce qu’on a appelé la <emph>tendance
              sociale</emph> ou l’école organique sociale d’économie politique
              (<emph type="personne">A. Ammon</emph>, <emph type="personne">R. Stolzmann</emph>,
              <emph type="personne">O. Spann</emph> et autres). Contrairement
              à l’école autrichienne qui aborde les phénomènes économiques d’un point de
              vue psychologique et subjectif, les représentants de la tendance sociale
              donnaient une interprétation des rapports sociaux des hommes, mais ils les
              considéraient de façon idéaliste, comme des formes juridiques dénuées de tout
              contenu matériel. Les économistes de la tendance sociale affirmaient que la
              vie sociale serait régie par des normes juridiques et éthiques. Ils
              camouflaient la ferveur qu’ils vouaient aux monopoles capitalistes par des
              considérations démagogiques sur le « bien-être général » et la
              nécessité de subordonner la « partie », c’est-à-dire les masses
              laborieuses, au « tout », c’est-à-dire à l’État impérialiste. Ils
              exaltaient l’activité des capitalistes, en proclamant qu’elle servait la
              société. Dans leur forme la plus réactionnaire, ces idées ont servi d’arme
              idéologique au fascisme en Allemagne et dans d’autres pays bourgeois.</p>
              <p rend="alinéa">Le fascisme allemand a utilisé les éléments les plus
              réactionnaires de l’économie politique vulgaire allemande, son chauvinisme
              extrême, son culte de l’État bourgeois, sa propagande en faveur de la
              conquête de terres étrangères et de la « paix sociale » à
              l’intérieur de l’Allemagne. Ennemis jurés du socialisme et de l’humanité
              progressiste, les fascistes allemands eurent recours à la démagogie
              anticapitaliste et se disaient hypocritement national-socialistes. Les
              fascistes italiens et allemands prêchaient la théorie réactionnaire de
              « l’État corporatif », selon laquelle le capitalisme, les classes
              et les contradictions des classes auraient été liquidés dans les pays
              fascistes. Les économistes fascistes justifiaient la conquête et le pillage
              des terres d’autrui par l’Allemagne hitlérienne, à l’aide de la
              « théorie des races » et de la « théorie de l’espace
              vital ». Conformément à ces « théories », les Allemands
              auraient été la « race supérieure » et toutes les autres nations
              des nations « inférieures », et la « race des seigneurs »
              aurait eu le droit de s’emparer par la force des terres des autres peuples,
              des peuples « inférieurs », et d’étendre sa domination au monde
              entier. L’expérience de l’histoire a montré nettement toute l’absurdité et
              l’inanité des plans hitlériens délirants de conquête de la domination
              mondiale.</p>
              <p rend="alinéa">Au cours de la crise générale du capitalisme, où le
              problème des marchés a pris une acuité sans précédent, où les crises
              économiques se sont multipliées et aggravées, où le chômage massif est devenu
              permanent, des théories diverses ont cherché à faire croire à la possibilité
              d’assurer le « plein emploi », de supprimer l’anarchie de la
              production et les crises tout en conservant le régime capitaliste. La théorie
              que l’économiste anglais <emph>J. M. Keynes</emph> (1883-1946) a
              exposée dans un ouvrage intitulé : <title>Théorie générale
              de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie</title> (1936) a eu une large
              diffusion parmi les économistes bourgeois.</p>
              <p rend="alinéa">Tout en estompant les causes réelles du chômage
              massif permanent et des crises en régime capitaliste, Keynes s’applique à
              démontrer que ces « déficiences » de la société bourgeoise sont
              dues non pas à la nature du capitalisme, mais à la mentalité des hommes.
              Keynes affirme que le chômage résulte de la demande insuffisante en objets de
              consommation personnelle et industrielle. L’insuffisance de la demande en
              objets de consommation personnelle serait due à la tendance inhérente aux
              hommes à épargner une partie de leur revenu, et la demande insuffisante pour
              les objets de consommation industrielle au relâchement de l’intérêt des
              capitalistes pour le placement de leurs capitaux dans les différentes
              branches de l’économie par suite de l’abaissement général de la
              « rentabilité du capital ». Pour augmenter l’emploi de la
              population, affirme Keynes, il est nécessaire d’accroître les
              investissements, ce pour quoi l’État doit, d’une part, assurer une plus
              grande rentabilité aux capitaux en diminuant le salaire réel de l’ouvrier,
              moyennant l’inflation et l’abaissement du taux d’intérêt pour les prêts, et,
              d’autre part, effectuer de grands investissements sur le compte du budget.
              Pour élargir la demande en objets de consommation, Keynes recommande
              l’accroissement de la consommation parasite et du gaspillage des classes
              régnantes, l’augmentation des dépenses consacrées à des fins militaires et
              des autres dépenses improductives de l’État.</p>
              <p rend="alinéa">La théorie de Keynes n’est pas fondée. L’insuffisance
              de la demande en objets de consommation est due non point à une mythique
              « tendance des hommes à l’épargne », mais à l’appauvrissement des
              travailleurs. Les mesures proposées par Keynes soi-disant pour assurer le
              plein emploi de la population — inflation, augmentation des dépenses
              improductives pour la préparation et la conduite des guerres — conduisent en
              réalité à un nouvel abaissement du niveau de vie des travailleurs, à la
              contraction du marché et à l’extension du chômage. La théorie de Keynes est
              largement utilisée aujourd’hui sous une forme ou sous une autre par les
              économistes bourgeois, ainsi que par les socialistes de droite d’une série de
              pays capitalistes.</p>
              <p rend="alinéa">L’économie politique bourgeoise contemporaine des
              États-Unis est caractérisée par la théorie qui recommande l’accroissement du
              budget de l’État et de la dette publique comme moyen de remédier aux vices du
              capitalisme. Estimant que les possibilités de développement ultérieur du
              capitalisme par les seules forces économiques spontanées sont très
              restreintes, l’économiste américain <emph>A. Hansen</emph>
              démontre la nécessité pour l’État de « diriger » l’économie
              capitaliste en stimulant les placements de capitaux moyennant de fortes
              commandes de l’État. Selon la théorie de Hansen et de plusieurs autres
              économistes bourgeois américains, les dépenses de l’État doivent servir de
              « régulateur de l’emploi » : pendant la crise et la
              dépression, le gouvernement doit augmenter ses dépenses et, pendant
              l’inflation, les réduire. Partant de là, ils réclament l’extension de la
              pratique des commandes d’État, de la création d’entreprises au compte du
              Trésor, de l’achat de matières stratégiques sur une grande échelle, de
              l’extension de l’armée et de l’appareil gouvernemental. En fait, toutes ces
              formes de dépenses de l’État, liées à la militarisation de l’économie et à la
              course aux armements, contribuent largement à assurer des profits maximums
              aux monopoles.</p>
              <p rend="alinéa">Depuis la deuxième guerre mondiale, les économistes
              bourgeois américains font une vaste propagande en faveur de la militarisation
              de l’économie comme panacée des crises économiques de surproduction. D’après
              ce qu’ils affirment, une demande de matériel de guerre accrue assurerait un
              développement ininterrompu de la production. Cette théorie apologétique est
              démentie par la réalité car, en fin de compte, tout juste capable de retarder
              pour peu de temps l’arrivée d’une crise de surproduction, la militarisation
              de l’économie approfondit inévitablement la contradiction entre
              l’accroissement des possibilités de production et la réduction de la demande
              solvable de la population, contradiction qui conduit aux crises
              économiques.</p>
              <p rend="alinéa">Certains économistes bourgeois des États-Unis et de
              Grande-Bretagne se prononcent pour « le libre jeu des forces
              économiques », par lequel ils entendent en fait la liberté illimitée
              pour les monopoles d’exploiter les ouvriers et de dépouiller les
              consommateurs. Ces économistes proclament hypocritement que l’activité des
              syndicats en faveur des ouvriers est une violation de la « liberté
              économique » et ils exaltent la législation antiouvrière réactionnaire
              des États impérialistes. De même que les champions de l’économie
              « dirigée » par l’État bourgeois, les défenseurs du « libre jeu des
              forces économiques » traduisent les intérêts des différents groupes de
              l’oligarchie financière, qui cherche à s’assurer le profit maximum en
              intensifiant l’exploitation des masses laborieuses à l’intérieur du pays
              ainsi qu’en développant l’agression impérialiste sur le plan
              international.</p>
              <p rend="alinéa">Une série d’économistes bourgeois s’efforcent, par
              des élucubrations antiscientifiques sur la « valeur inégale » des
              différentes races et nations, sur la mission civilisatrice des races et
              nations « supérieures » à l’égard des races et nations
              « inférieures », etc., de justifier la politique agressive de
              mainmise des puissances impérialistes sur les terres d’autrui,
              d’asservissement et de pillage des autres peuples. Ce sont les représentants
              les plus réactionnaires de l’économie politique bourgeoise des États-Unis
              qui, à cet égard, font le plus de zèle : suivant les traces des
              fascistes allemands, ils répandent l’idée barbare de la
              « supériorité » des nations parlant l’anglais sur tous les autres
              peuples et s’appliquent à justifier par tous les moyens les plans délirants
              de domination des États-Unis dans le monde. À cette occasion, ils vantent
              avec zèle « le mode de vie américain », ressuscitant en fait la
              « théorie du caractère exceptionnel des États-Unis », depuis
              longtemps réfutée ; elle avait cours entre 1920 et 1930 et affirmait que
              le capitalisme américain se distingue fondamentalement du capitalisme
              européen, qu’il est exempt des « maux » que sont les contradictions
              de classes et la lutte des classes, la domination des monopoles, le
              colonialisme, etc. Le capitalisme américain est déclaré « populaire »,
              « démocratique », « travailleur ». Or, en réalité, nulle part la domination du
              capital sur le travail, l’emprise des monopoles sur tous les domaines de la
              vie économique et politique, la subordination de l’appareil d’État à
              l’oligarchie financière ne se manifestent sous une forme aussi brutale qu’aux
              États-Unis.</p>
              <p rend="alinéa">De nombreux apologistes de l’impérialisme américain
              s’élèvent contre l’indépendance des peuples et leur souveraineté
              nationale ; ils proclament que l’existence d’États nationaux est la
              cause fondamentale de toutes les calamités sociales de la société bourgeoise
              contemporaine : militarisme, guerres, chômage, misère, etc. Au principe
              de la souveraineté nationale des peuples, ils opposent l’idée cosmopolite
              d’ « État mondial », dans lequel le rôle de direction est
              invariablement attribué aux États-Unis. La propagande en faveur du
              cosmopolitisme s’assigne pour tâche de désarmer les peuples sur le terrain
              idéologique, de briser leur volonté de résistance aux atteintes de
              l’impérialisme américain.</p>
              <p rend="alinéa">Nombreux sont les économistes bourgeois des
              États-Unis qui font une propagande directe en faveur d’une nouvelle guerre
              mondiale. Ils proclament que la guerre est un phénomène naturel et perpétuel
              de la vie sociale ; ils prétendent que la coexistence pacifique des pays
              du camp capitaliste et de ceux du camp socialiste est impossible.</p>
              <p rend="alinéa">Afin de préparer une nouvelle guerre mondiale, les
              publications bourgeoises diffusent largement la théorie depuis longtemps
              réfutée de Malthus. Le malthusianisme contemporain a ceci de caractéristique
              qu’il allie les idées réactionnaires de Malthus à la théorie raciste. Les
              économistes malthusiens prétendent que le globe terrestre est surpeuplé par
              suite de la « multiplication excessive » des êtres humains, et que
              c’est là la cause profonde de la famine et de toutes les autres calamités qui
              frappent les masses laborieuses. Ils réclament une réduction sensible de la
              population, notamment dans les pays coloniaux et dépendants dont les peuples
              mènent une lutte de libération contre l’impérialisme. Les malthusiens
              d’aujourd’hui recommandent des guerres dévastatrices avec emploi de bombes
              atomiques et autres engins d’extermination massive.</p>
              <p rend="alinéa">La vie montre l’entière inconsistance des
              constructions théoriques de l’économie politique bourgeoise contemporaine,
              son rôle servile à l’égard du capital monopoliste, son incapacité de donner
              une analyse scientifique et une solution positive des problèmes économiques
              de l’époque actuelle.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="8" xml:id="part2resect08">
              <head>La critique petite bourgeoise de l’impérialisme.</head>
              <p rend="alinéa">Contrairement à Sismondi qui voyait dans le système
              de la libre concurrence la source première de tous les maux du capitalisme,
              une grande partie des économistes petits-bourgeois de l’époque de
              l’impérialisme vantent le capitalisme de l’époque de la libre concurrence
              qu’ils représentent comme le meilleur régime économique de la société. Ils
              dirigent le feu de leur critique, non contre le capitalisme en général, mais
              seulement contre la domination illimitée des monopoles capitalistes, dans
              l’arbitraire desquels ils voient le principal danger qui menace la
              « liberté économique », l’ « initiative privée », etc.</p>
              <p rend="alinéa">Dans les ouvrages des critiques petits-bourgeois de
              l’impérialisme se trouve rassemblée une riche collection de faits qui
              dénoncent la pratique de rapine des monopoles. Mais les économistes
              petits-bourgeois critiquent les monopoles en se plaçant sur des positions
              réactionnaires et utopiques, en demandant le retour au capitalisme de la
              libre concurrence. Ils nient la nécessité de passer au socialisme, faute de
              quoi on ne peut imaginer éliminer la domination des monopoles. La critique
              petite-bourgeoise de l’impérialisme sème l’illusion que l’on pourrait
              éliminer les « abus » des monopoles et consolider les positions des
              petites et moyennes entreprises à l’aide d’une législation c
              antitrust », de toutes espèces de mesures en vue d’encourager les
              petites entreprises et de combattre les machinations spéculatives des requins
              de la finance tout en conservant le capitalisme. Les économistes
              petits-bourgeois sèment des illusions en affirmant que, dans les conditions
              du capitalisme, on peut sauver de la ruine les petits producteurs de
              marchandises, paysans et artisans, et améliorer radicalement la situation des
              ouvriers en développant les coopératives de consommateurs, d’agriculteurs,
              d’artisans.</p>
              <p rend="alinéa">Dans les conditions actuelles, de nombreux
              représentants de l’économie politique petite-bourgeoise se font les
              interprètes du mécontentement des couches petites-bourgeoises face à
              l’arbitraire des monopoles, au despotisme du pouvoir d’État, au joug fiscal
              insupportable, au danger croissant de guerre. Dans les pays d’Europe
              occidentale, et surtout dans les pays sous-développés, les représentants de
              cette tendance prennent une part active au mouvement démocratique contre
              l’étouffement de la souveraineté nationale des autres pays par l’impérialisme
              américain, contre la course aux armements, contre la politique de préparation
              d’une nouvelle guerre mondiale.</p>
            </div4>
            <div4 type="section"  n="9" xml:id="part2resect09">
              <head>Les théories économiques des opportunistes
              de la 2<hi rend="ordinal">e</hi> Internationale
              et des socialistes de droite contemporains.</head>
              <p rend="alinéa">Les tentatives sans nombre de la science bourgeoise
              pour « anéantir » le marxisme n’ont nullement ébranlé ses
              positions. Aussi la lutte contre le marxisme s’est-elle poursuivie sous le
              couvert d’ « améliorations » et
              d’ « interprétations » de la théorie de Marx. <reg resp="#dm" cert="high">
              « La dialectique de l’histoire est telle que la victoire du marxisme en
              matière de théorie oblige ses ennemis à <emph>se déguiser</emph> en marxistes. »
              (<bibl><author>V. Lénine</author>, « Les destinées historiques de la doctrine
              de Karl Marx », <title>Œuvres</title>, t. 18, p. 608.</bibl>)</reg>
              Les révisionnistes ont essayé d’adapter l’économie politique
              prolétarienne aux intérêts de la bourgeoisie.</p>
              <p rend="alinéa">Les dix dernières années du 19<hi rend=
              "ordinal">e</hi> siècle ont vu entrer en scène le
              <emph>révisionnisme</emph>, dont le principal représentant a été le
              social-démocrate allemand <emph type="personne">Ed. Bernstein</emph>. Les
              révisionnistes sont partis en guerre contre l’enseignement de Marx et
              d’Engels sur l’inéluctabilité du renversement révolutionnaire du capitalisme
              et de l’établissement de la dictature du prolétariat. Ils ont soumis à une
              révision complète tous les aspects de la théorie économique révolutionnaire
              de Marx. Les révisionnistes ont proposé de combiner la théorie marxiste de la
              valeur-travail avec la théorie de l’utilité marginale, mais, en réalité, ils
              lui substituaient cette dernière. Ils ont interprété la théorie marxiste de
              la plus-value dans le sens d’une « condamnation morale » de
              l’exploitation capitaliste. Retranchés derrière de prétendues « données
              nouvelles » sur le développement du capitalisme, les révisionnistes ont
              proclamé « périmée » la théorie marxiste de la victoire de la
              grande production sur la petite, de la paupérisation du prolétariat dans la
              société capitaliste, de l’irréductibilité et de l’aggravation des
              contradictions de classes, de l’inéluctabilité des crises économiques de
              surproduction en régime capitaliste. Ils appelaient les ouvriers à renoncer à
              la lutte révolutionnaire pour la suppression du régime capitaliste et à se
              contenter de la lutte pour leurs intérêts économiques immédiats. En Russie,
              les conceptions du révisionnisme ont été reprises par les « marxistes
              légaux », qui étaient en fait des idéologues bourgeois (<emph type=
              "personne">P. Strouvé</emph>, <emph type="personne">M. Tougan-Baranovski</emph>, etc.),
              par les représentants du groupe opportuniste des « économistes »
              et par les menchéviks.</p>
              <p rend="alinéa">Les opportunistes de la 2<hi rend=
              "ordinal">e</hi> Internationale, <emph type="personne">K. Kautsky</emph>
              (1854-1938), <emph type="personne">R. Hilferding</emph> (1877-1941), et d’autres
              encore, ont adopté une forme plus subtile de falsification du marxisme. Au
              début de leur activité, ils étaient des marxistes, qui collaboraient à la
              diffusion de la théorie marxiste. Sous ce rapport, il faut mentionner les
              travaux de K. Kautsky tels que <title>La Doctrine économique
              de Karl Marx</title>, <title>La Question agraire</title> et plusieurs autres, ainsi que
              l’ouvrage d’Hilferding, <title>Le Capital financier</title> (1910)
              qui, malgré des erreurs, a joué un rôle positif déterminé dans l’étude
              scientifique de la phase contemporaine du développement du capitalisme.
              Cependant, par la suite, K. Kautsky et R. Hilferding sont passés en fait sur
              les positions des adversaires du marxisme révolutionnaire, tout en continuant
              pendant un certain temps à faire figure d’ « orthodoxes »,
              c’est-à-dire de disciples fidèles de Marx et d’Engels. S’opposant en paroles
              — et encore de façon peu conséquente — à certaines affirmations des
              révisionnistes, ces opportunistes vidaient de sa substance révolutionnaire le
              marxisme, qu’ils essayaient de transformer en un dogme stérile. Ils
              rejetaient la théorie de la dictature du prolétariat, qui constitue l’âme du
              marxisme, niaient la paupérisation absolue de la classe ouvrière et
              prétendaient que les crises finissent par disparaître en régime
              capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">Cachant par tous les moyens les contradictions
              profondes du capitalisme monopoliste, K. Kautsky traitait l’impérialisme
              seulement comme une forme particulière de politique, comme la tendance des
              pays industriels hautement évolués à se soumettre les régions agricoles.
              Cette théorie semait l’illusion que la politique de conquête ne découle pas
              de la nature du capitalisme monopoliste. Au cours de la première guerre
              mondiale, Kautsky a lancé la théorie antimarxiste de
              l’<emph>ultra-impérialisme</emph>, qui prétend que l’on peut, à l’époque de
              l’impérialisme, par voie d’entente entre capitalistes des différents pays,
              créer une économie mondiale organisée et éliminer ainsi l’anarchie de la
              production et les guerres. Ce qui est caractéristique de cette théorie
              réactionnaire, c’est la coupure entre l’économique et le politique et la
              méconnaissance de la loi du développement inégal des pays capitalistes à
              l’époque de l’impérialisme. La théorie de
              l’ « ultra-impérialisme » présentait l’impérialisme sous un
              jour favorable et désarmait la classe ouvrière au profit de la bourgeoisie,
              en créant l’illusion d’un développement pacifique et sans crises du
              capitalisme. C’est à ce même but que devait servir la « théorie des
              forces productives », théorie vulgaire que prêchait Kautsky, et suivant
              laquelle le socialisme serait le résultat mécanique du développement des
              forces productives de la société, sans lutte de classes ni révolution. Au
              lendemain de la grande Révolution socialiste d’Octobre, Kautsky est entré en
              lutte ouverte contre la première dictature du prolétariat du monde et a
              appelé à l’intervention contre la République des Soviets.</p>
              <p rend="alinéa">Dans son ouvrage <title>Le Capital financier</title>,
              R. Hilferding voilait déjà le rôle déterminant des monopoles
              dans le capitalisme contemporain et l’aggravation de ses
              contradictions ; il a méconnu les traits essentiels de
              l’impérialisme : le parasitisme et le pourrissement du capitalisme, le
              partage du monde et la lutte pour un nouveau partage. Pendant les années de
              stabilisation provisoire et partielle du capitalisme qui suivirent la
              première guerre mondiale, Hilferding prétendit, à la suite des économistes
              bourgeois, que s’était ouverte l’ère du « capitalisme organisé »
              où, grâce à l’activité des monopoles, disparaissent la concurrence,
              l’anarchie de la production, les crises et où commence à dominer une
              organisation harmonieuse et consciente. De là, les chefs réactionnaires de la
              social-démocratie ont tiré la conclusion que les trusts et les cartels
              « évoluent » pacifiquement vers l’économie socialiste planifiée,
              qu’il ne reste plus à la classe ouvrière qu’à aider les hommes des trusts et
              les banquiers à organiser l’économie, et qu’alors le capitalisme actuel
              « s’intégrera » progressivement dans le socialisme sans lutte
              aucune ni révolution.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi, chez Kautsky, Hilferding et les autres
              théoriciens réformistes de la social-démocratie, la présentation de
              l’impérialisme sous un jour favorable est inséparable du thème de
              « l’intégration pacifique du capitalisme dans le socialisme »,
              qu’ils prêchent pour détourner la classe ouvrière de la lutte révolutionnaire
              pour le socialisme, et subordonner le mouvement ouvrier aux intérêts de la
              bourgeoisie impérialiste. C’est à ce but que devait servir, en particulier,
              la théorie apologétique de la « démocratie économique », diffusée
              par certains leaders socialistes de droite dans l’entre-deux-guerres. Selon
              cette théorie, en assumant le rôle de représentants syndicaux dans les
              directions d’usine et dans d’autres organismes, les ouvriers prendraient part
              sur un pied d’égalité à la gestion des affaires et deviendraient peu à peu
              les maîtres de la production. Par leur politique de trahison des intérêts de
              la classe ouvrière, les social-démocrates de la 2<hi rend=
              "ordinal">e</hi> Internationale ont frayé la route au fascisme en Allemagne
              et dans plusieurs autres pays.</p>
              <p rend="alinéa">La théorie du « socialisme coopératif »,
              fondée sur l’illusion que, dans le cadre de la domination du capital, la
              diffusion des formes coopératives conduirait au socialisme, est une variété
              de la théorie réformiste de l’intégration pacifique du capitalisme dans le
              socialisme.</p>
              <p rend="alinéa">Ce sont les ennemis du socialisme — menchéviks,
              trotskistes, boukhariniens, etc. — qui répandaient en Russie les conceptions
              kautskistes antimarxistes en matière de théorie de l’impérialisme. En
              prêchant les théories apologétiques de « l’impérialisme pur », du
              « capitalisme organisé », etc., ils s’évertuaient à escamoter les
              contradictions sans cesse aggravées du capitalisme monopoliste. En niant la
              loi du développement inégal du capitalisme à l’époque de l’impérialisme, ils
              cherchaient à verser dans la conscience de la classe ouvrière le poison du
              doute sur la possibilité de la victoire du socialisme dans un seul pays.</p>
              <p rend="alinéa">Après la deuxième guerre mondiale, on vit les chefs
              réformistes de droite des travailliste anglais, les chefs socialistes de
              droite en France, en Italie, en Allemagne occidentale, en Autriche et en d’autres pays
              (<emph type="personne">L. Blum</emph>, <emph type="personne">K. Renner</emph>, etc.),
              se poser en défenseurs du capitalisme. Les chefs
              socialistes de droite défendent les monopoles, prêchent la paix de classe
              entre les ouvriers et la bourgeoisie, souvent ils soutiennent activement la
              politique réactionnaire de l’impérialisme à l’intérieur et sa politique
              agressive à l’extérieur. Pour concilier les travailleurs avec l’impérialisme,
              inculquer à la classe ouvrière la foi en la possibilité de voir s’améliorer
              sa situation misérable tout en maintenant le régime capitaliste, les
              théoriciens socialistes de droite ont inventé la théorie du « socialisme
              démocratique », qui est une variété de la théorie de
              « l’intégration pacifique du capitalisme dans le socialisme ».</p>
              <p rend="alinéa">La théorie du « socialisme démocratique »
              prétend qu’en Angleterre, aux États-Unis, en France et dans les autres pays
              capitalistes, il n’existe plus maintenant ni exploitation, ni opposition
              entre les intérêts de classe du prolétariat et ceux de la bourgeoisie ;
              elle déclare que l’État impérialiste est une organisation au-dessus des
              classes, et que toute entreprise, propriété de cet État, est une entreprise
              « socialiste », Les chefs travaillistes ont déclaré que la
              nationalisation de la Banque d’Angleterre, des chemins de fer et de certaines
              branches d’industrie, qui fut réalisée alors qu’ils étaient au pouvoir, après
              la deuxième guerre mondiale, était un triomphe du « socialisme
              démocratique ». Mais en réalité, la nationalisation travailliste a été
              une mesure bourgeoise, qui n’a point modifié la nature économique des
              entreprises nationalisées en tant qu’entreprises capitalistes. La bourgeoisie
              monopoliste est demeurée la vraie maîtresse de l’Angleterre. Les détenteurs
              des entreprises nationalisées, précédemment déficitaires, se sont vu accorder
              une large compensation et un revenu élevé garanti, tandis qu’on oblige les
              ouvriers occupés dans les industries nationalisées à fournir un effort encore
              plus intense, pour un salaire maintenu à un bas niveau. La théorie du
              « socialisme démocratique » n’est qu’un paravent pour cacher
              l’oppression grandissante des masses laborieuses par le capitalisme
              monopoliste d’État, degré supérieur de la domination exercée par l’oligarchie
              financière.</p>
              <p rend="alinéa">Tout en prêchant la « paix sociale » dans la
              société capitaliste, les chefs des partis socialistes de droite aident
              activement la bourgeoisie à mener une grande offensive contre le niveau de
              vie des masses laborieuses, à réprimer le mouvement ouvrier dans les
              métropoles et le mouvement de libération nationale dans les colonies et les
              pays dépendants. Pour ce qui est de l’interprétation et de l’appréciation de
              tous les principaux phénomènes économiques de l’époque actuelle, ils suivent
              d’ordinaire les économistes bourgeois.</p>
              <p rend="alinéa">Une lutte suivie contre les théories des économistes
              bourgeois et des chefs socialistes de droite est menée par les partis
              communistes et ouvriers, qui, dans leur activité, s’inspirent de la théorie
              du marxisme-léninisme.</p>
              <p rend="alinéa">Les idées de la théorie d’avant-garde
              marxiste-léniniste sont de plus en plus répandues parmi les intellectuels
              progressistes des pays capitalistes, coloniaux et semi-coloniaux, y compris
              parmi les économistes. Le cours objectif du développement social, les faits
              de la vie réelle renforcent de plus en plus les économistes d’avant-garde des
              pays capitalistes dans la conviction que la théorie du marxisme-léninisme est
              historiquement juste. Dans les travaux de ces savants qui sont partisans de
              la conception matérialiste du monde et se sentent attirés vers le marxisme,
              on trouve souvent des matériaux de valeur montrant les contradictions et les
              vices du capitalisme actuel ; les idées de coexistence pacifique entre
              les différents systèmes sociaux et de collaboration économique entre les
              peuples y sont développées. L’armée des savants d’avant-garde, des
              personnalités d’opinions et de tendances différentes, qui prennent une part
              active à la lutte pour l’indépendance nationale de leurs peuples, pour la
              paix, pour le développement des relations économiques et culturelles entre
              tous les pays, sans distinction de régime social, cette armée grandit et se
              multiplie.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="10" xml:id="part2resect10">
              <head>Le développement par
              Lénine de l’économie politique marxiste du capitalisme. L’élaboration d’une
              série de nouvelles thèses de l’économie politique du capitalisme par
              Staline.</head>
              <p rend="alinéa">La doctrine économique de Marx et d’Engels a été
              développée dans les écrits de <emph type="personne">Lénine</emph> (1870-1924).
              Marx, Engels et Lénine sont les créateurs de l’économie politique
              véritablement scientifique. Fidèle disciple et continuateur de la doctrine de
              Marx et d’Engels, Lénine a mené une lutte intransigeante contre les ennemis
              avoués et cachés du marxisme. Il a défendu la doctrine révolutionnaire de
              Marx et d’Engels contre les attaques de la pseudo-science bourgeoise, contre
              les déformations que lui faisaient subir les révisionnistes et les
              opportunistes de tout poil. Faisant la synthèse de la nouvelle expérience
              historique de la lutte de classe du prolétariat, il a porté le marxisme à un
              <emph>degré</emph> nouveau, <emph>supérieur</emph>.</p>
              <p rend="alinéa">Lénine est entré dans la lutte politique entre 1890
              et 1900, à l’époque où s’achevait le passage du capitalisme prémonopoliste à
              l’impérialisme, et où le centre du mouvement révolutionnaire mondial s’était
              déplacé vers la Russie, pays où était en train de mûrir la plus grande des
              révolutions populaires.</p>
              <p rend="alinéa">Dans les ouvrages qu’il écrivait alors :
              <title>À propos de la question dite des marchés</title> (1893),
              <title>Ce que sont les « amis du peuple » et comment
              ils luttent contre les social-démocrates ?</title> (1894),
              <title>Le Contenu économique du populisme et la critique qu’en fait dans
              son livre M. Strouvé</title> (1894), <title>Pour la
              caractéristique du romantisme économique</title> (1897), Lénine a mené une lutte
              suivie contre les populistes qui prétendaient que le capitalisme ne se
              développerait pas en Russie, et contre les « marxistes légaux » qui
              chantaient les louanges du capitalisme, en camouflaient les contradictions
              profondes et cherchaient à subordonner le mouvement ouvrier grandissant aux
              intérêts de la bourgeoisie. Une défaite idéologique définitive a été infligée
              au populisme par Lénine dans son ouvrage classique : <title>Le Développement
              du capitalisme en Russie</title> (1899), qui constitue
              l’œuvre la plus importante de la littérature marxiste depuis la publication
              du <title>Capital</title> de Marx.</p>
              <p rend="alinéa">Dans cet ouvrage, comme dans ses autres écrits de
              cette époque, Lénine a fourni une analyse pénétrante de l’économie de la
              Russie ; il a fait ressortir les fondements économiques des antagonismes
              de classes et de la lutte de classes, des perspectives du mouvement
              révolutionnaire. En faisant la synthèse de l’expérience du développement
              économique et politique de la Russie et des autres pays au cours des
              dernières décennies du 19<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, Lénine a
              défendu et développé les thèses du marxisme sur les lois de la naissance et
              du développement du mode de production capitaliste, sur ses contradictions
              insolubles et sa disparition certaine. Après avoir réfuté les élucubrations
              populistes sur le « caractère factice » du capitalisme russe,
              Lénine a mis en lumière les traits originaux de l’économie et du régime
              social de la Russie, liés aux particularités de son développement historique,
              notamment à la combinaison des méthodes d’exploitation capitaliste et des
              nombreux vestiges de l’oppression féodale, qui conférait aux rapports sociaux
              de la Russie une acuité spéciale.</p>
              <p rend="alinéa">Dans sa lutte contre l’attitude dédaigneuse du
              populisme à l’égard du prolétariat, Lénine montre que le développement du
              capitalisme conduit inévitablement à l’accroissement des effectifs, au
              développement de l’organisation et de la conscience de la classe ouvrière,
              avant-garde de la masse des travailleurs et des exploités. Il a établi de
              façon irréfutable le rôle dirigeant du prolétariat dans la révolution.</p>
              <p rend="alinéa">Lénine a expliqué la nature des processus de
              différenciation de la paysannerie dans la Russie, après l’abolition du
              servage, et l’étroite interpénétration des survivances de la servitude
              féodale et des rapports capitalistes oppressifs, réfutant ainsi la conception
              populiste de la paysannerie constituant une masse homogène. Il a démontré, du
              point de vue économique, la possibilité et la nécessité d’une alliance
              révolutionnaire entre la classe ouvrière et les masses travailleuses et
              exploitées de la paysannerie.</p>
              <p rend="alinéa">Lénine a dégagé le fondement économique des
              particularités de la révolution russe, qui en faisaient une révolution d’un
              type nouveau, une révolution démocratique bourgeoise avec hégémonie du
              prolétariat, et qui avait pour perspective de se <emph>transformer</emph> en
              révolution socialiste.</p>
              <p rend="alinéa"><title>Le Développement du capitalisme en Russie</title>
              fait le point d’une série d’ouvrages de Lénine sur la
              <emph>théorie de la reproduction capitaliste</emph>. Dans ces écrits, il a
              battu en brèche les affirmations sismondistes des populistes sur
              l’impossibilité de réaliser la plus-value sans l’existence de petits
              producteurs et d’un marché extérieur, et il a justifié de façon irréfutable
              la thèse marxiste, selon laquelle le marché pour le capitalisme se crée au,
              cours du développement du capitalisme lui-même. Lénine a développé les thèses
              marxistes sur la loi du développement par priorité de la production des
              moyens de production dans la reproduction élargie, sur les contradictions de
              la réalisation capitaliste, sur l’élévation de la composition organique du
              capital en tant que facteur de la paupérisation du prolétariat, sur
              l’inéluctabilité des crises périodiques de surproduction en régime
              capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">Lénine a apporté une contribution des plus précieuses à l’économie politique marxiste
              dans ses travaux sur la <emph>question agraire</emph>,
              synthèse scientifique d’une vaste documentation sur le développement du capitalisme
              dans l’agriculture de la Russie et d’une série d’autres pays
              (France, Allemagne, Danemark, États-Unis, etc.) Dans ses écrits
              <title>La Question agraire et les « critiques de Marx »</title> (1901-1907),
              <title>Le Programme agraire de la social-démocratie
              dans la première révolution russe de 1905-1907</title> (1907),
              <title>Nouvelles Données sur les lois du développement capitaliste
              dans l’agriculture</title> (1914-1915), etc., Lénine a
              analysé à fond et sous tous leurs aspects les lois du développement
              capitaliste de l’économie rurale, que Marx n’avait fait qu’ébaucher dans
              leurs grandes lignes.</p>
              <p rend="alinéa">Dans sa lutte contre le révisionnisme occidental et
              russe, qui prétendait que l’agriculture est une branche de l’économie où les
              lois de la concentration et de la centralisation du capital seraient
              inapplicables, Lénine a donné une analyse scientifique des particularités du
              développement du capitalisme à la campagne. Il a montré le caractère
              profondément contradictoire de la situation économique des masses principales
              de la paysannerie et l’inéluctabilité de leur ruine dans la société
              bourgeoise. Lénine a défendu et développé la théorie marxiste de la rente
              foncière différentielle et absolue. Ayant mis en lumière le rôle de la rente
              absolue comme l’un des principaux facteurs qui entravent le développement des
              forces productives dans l’agriculture, Lénine a mis au point dans le détail
              le problème de la possibilité, des conditions et des conséquences économiques
              de la nationalisation du sol dans les révolutions démocratique-bourgeoise et
              socialiste. Il a dénoncé les économistes bourgeois qui prêchaient la loi
              pseudo-scientifique « de la fertilité décroissante du sol ». Dans
              sa lutte contre l’attitude opportuniste des partis occidentaux de la
              2<hi rend="ordinal">e</hi> Internationale et du menchévisme russe, y
              compris le trotskisme, à l’égard de la paysannerie, Lénine a démontré la
              nécessité pour la classe ouvrière d’une politique destinée à faire des masses
              paysannes l’allié du prolétariat révolutionnaire.</p>
              <p rend="alinéa">La théorie de la question agraire, formulée par
              Lénine, a été l’argument économique sur lequel a reposé la politique du Parti
              communiste de Russie en ce qui concerne les rapports entre le prolétariat et
              la paysannerie, et particulièrement le point de son programme relatif à la
              nationalisation de la terre. Les écrits de Lénine sur la question agraire
              constituent le fondement théorique du programme et de la politique agraires
              des partis communistes frères.</p>
              <p rend="alinéa">La lutte que Lénine a soutenue pour défendre le
              matérialisme dialectique et historique dans son célèbre <title>Matérialisme
              et empiriocriticisme</title> a une importance énorme pour
              le développement de la théorie marxiste. Cet ouvrage a porté un coup
              irrémédiable aux racines mêmes des « théories » révisionnistes, à
              leur philosophie idéaliste.</p>
              <p rend="alinéa">Lénine a dénoncé l’inconsistance totale de la
              critique révisionniste de l’économie politique marxiste. Il a montré la
              faillite du révisionnisme dans toutes les questions fondamentales de
              l’économie politique du capitalisme : la théorie de la valeur, la
              théorie de la plus-value, la théorie de la concentration du capital, la
              théorie des crises, etc.</p>
              <p rend="alinéa">Marx et Engels, qui vivaient à l’époque du
              capitalisme prémonopoliste, n’ont naturellement pas pu faire l’analyse de
              l’impérialisme. C’est à Lénine que revient le grand mérite d’avoir fait
              l’analyse marxiste de la phase monopoliste du capitalisme.</p>
              <p rend="alinéa">En s’appuyant sur les thèses fondamentales du
              <title>Capital</title> et en faisant la synthèse des faits nouveaux
              de l’économie des pays capitalistes, Lénine fut le premier parmi les
              marxistes à faire une analyse complète de l’impérialisme en tant que phase
              ultime du capitalisme, en tant que prélude à la révolution sociale du
              prolétariat. Cette analyse est contenue dans son ouvrage classique
              <title>L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme</title> (1916), ainsi que
              dans d’autres ouvrages datant de la première guerre mondiale :
              <title>Le Socialisme et la guerre</title>,
              <title>Sur le mot d’ordre des États-Unis d’Europe</title>,
              <title>Sur la caricature du marxisme et l’ « économisme impérialiste »</title>,
              <title>L’Impérialisme et la scission du socialisme</title>,
              <title>Le Programme militaire de la révolution prolétarienne</title>.</p>
              <p rend="alinéa">Dans sa <emph>théorie de
              l’impérialisme</emph>, Lénine part du fait que la domination des monopoles
              constitue la base la plus profonde de l’impérialisme, son essence économique,
              que l’impérialisme est le capitalisme monopoliste. Lénine a fait une analyse
              pénétrante des principaux caractères économiques de l’impérialisme et des
              formes concrètes de la domination des monopoles. Dans sa théorie de
              l’impérialisme, du remplacement de la libre concurrence par la domination des
              monopoles qui reçoivent les profits élevés de monopole, des sources et des
              méthodes tendant à assurer ces profits, Lénine a posé les thèses initiales de
              la loi économique fondamentale du capitalisme monopoliste. Définissant
              l’impérialisme comme un stade nouveau, le stade suprême du capitalisme, il a
              déterminé la place historique de l’impérialisme et montré que l’impérialisme
              est le capitalisme monopoliste, parasite ou pourrissant et agonisant. La
              théorie léniniste de l’impérialisme découvre les contradictions du
              capitalisme à la phase monopoliste de son développement — contradictions
              entre travail et capital, métropoles et colonies, entre pays impérialistes.
              Elle explique les causes profondes qui rendent inévitables les guerres
              impérialistes pour un nouveau partage du monde. L’aggravation de toutes ces
              contradictions atteint la limite extrême, au-delà de laquelle commence la
              révolution. Lénine a démontré le caractère juste de la lutte libératrice des
              peuples contre l’oppression et l’asservissement impérialistes.</p>
              <p rend="alinéa">Lénine a étudié le problème du capitalisme
              monopoliste d’État et de la subordination de l’appareil d’État bourgeois aux
              monopoles. Il a montré que le capitalisme monopoliste d’État est une forme
              supérieure de la socialisation capitaliste de la production et la préparation
              matérielle du socialisme, d’une part, l’accroissement de l’exploitation de la
              classe ouvrière et de toutes les masses travailleuses, d’autre part.</p>
              <p rend="alinéa">Lénine a découvert la <emph>loi de
              l’inégalité du développement économique et politique</emph> des pays
              capitalistes dans la période de l’impérialisme. Partant de cette loi, il a
              fait une grande découverte scientifique : la possibilité de rompre la
              chaîne de l’impérialisme mondial en son anneau le plus faible ; il a
              conclu à la possibilité de la victoire du socialisme d’abord dans quelques
              pays ou même dans un seul pays pris à part, et à l’impossibilité d’une
              victoire simultanée du socialisme dans tous les pays. Lénine a démontré le
              rôle immense de la paysannerie comme alliée du prolétariat dans la
              révolution. Il a analysé la question nationale et coloniale et fixé la voie à
              suivre pour la résoudre. Il a prouvé la possibilité et la nécessité d’unir le
              mouvement prolétarien des pays développés et le mouvement de libération
              nationale des colonies en un front de lutte unique contre l’ennemi commun,
              l’impérialisme. La théorie léniniste de l’impérialisme a montré la nécessité
              de la révolution socialiste, de la dictature de la classe ouvrière dans les
              conditions de la nouvelle époque historique, de l’époque des batailles
              directes et décisives du prolétariat pour le socialisme. Ainsi, Lénine a créé
              une <emph>théorie</emph> nouvelle, achevée, <emph>de
              la révolution socialiste</emph>.</p>
              <p rend="alinéa">Lénine a élaboré les principes de la théorie de la
              crise générale du capitalisme, phase historique de l’effondrement du régime
              capitaliste et de la victoire d’un régime nouveau, supérieur, le régime
              socialiste. Déjà au cours de la première guerre mondiale, il était arrivé à
              la conclusion que l’époque du développement relativement pacifique du
              capitalisme était révolue, que la guerre impérialiste, qui est une des plus
              grandes crises de l’histoire, inaugurait l’ère de la révolution socialiste.
              La guerre a donné naissance à une crise si immense, disait Lénine à la veille
              de la grande Révolution socialiste d’Octobre, que l’humanité s’est trouvée
              placée devant l’alternative : ou succomber ou s’en remettre à la classe
              la plus révolutionnaire pour passer au plus vite à un mode de production
              supérieur, au socialisme. Du fait, établi par Lénine, que la révolution
              socialiste n’arrive pas à maturité en même temps dans les différents maillons
              du système capitaliste mondial, découle la conclusion que le capitalisme
              s’effondre et le socialisme triomphe au fur et à mesure que se détachent du
              système capitaliste des pays où triomphe la classe ouvrière, étroitement et
              indissolublement alliée aux masses paysannes, et en ralliant l’immense
              majorité du peuple. Lénine a démontré la possibilité et la nécessité de la
              coexistence pacifique, durant une longue période historique, des deux
              systèmes capitaliste et socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">Lénine a élaboré la théorie de l’impérialisme et de
              la crise générale du capitalisme dans une lutte implacable contre les
              économistes bourgeois et les opportunistes de la 2<hi rend=
              "ordinal">e</hi> Internationale. Il a dénoncé la carence théorique complète
              et la nocivité politique de la théorie antimarxiste de
              l’« ultra-impérialisme » de Kautsky et de ses variétés présentées
              par Trotski et Boukharine. Dans la lutte contre les déformations du marxisme
              par Boukharine, Lénine a maintes fois souligné que
              l’ « impérialisme pur », sans la base fondamentale du
              capitalisme, n’a jamais existé, n’existe nulle part, et n’existera jamais.
              S’élevant au-dessus du vieux capitalisme en qualité de superstructure et de
              prolongement direct de ce capitalisme, l’impérialisme aggrave encore
              davantage toutes les contradictions de la société bourgeoise. Lénine a montré
              le lien profond qui existe entre l’opportunisme et l’impérialisme, et il a
              dénoncé le rôle politique des opportunistes en tant qu’agents de la
              bourgeoisie au sein du mouvement ouvrier. Il a dévoilé l’origine des courants
              opportunistes qui s’y manifestent, et montré que ces courants se développent
              sur la base de la corruption et de la perversion des couches supérieures de
              la classe ouvrière par la bourgeoisie. Lénine a porté un coup décisif à
              l’apologie du capitalisme monopoliste d’État par les opportunistes, qui ont
              cherché à le présenter pour du « socialisme », Les écrits de Lénine
              contre l’opportunisme ont une importance énorme pour le mouvement
              révolutionnaire car, sans dénoncer le contenu politique et idéologique de
              l’opportunisme et son rôle de trahison dans le mouvement ouvrier, il ne
              saurait y avoir de lutte véritable contre l’impérialisme.</p>
              <p rend="alinéa">Les problèmes de l’économie politique
              marxiste-léniniste ont encore été développés et concrétisés dans les
              décisions et les documents du Parti communiste de l’Union soviétique, dans
              les travaux de <emph type="personne">J. Staline</emph> (1879-1953) et des
              autres compagnons et disciples de Lénine.</p>
              <p rend="alinéa">S’inspirant des travaux de Marx, d’Engels et de
              Lénine, Staline a formulé et développé une série de thèses nouvelles en
              matière de science économique, en faisant la synthèse de la nouvelle
              expérience du développement historique, de la nouvelle pratique de la lutte
              de la classe ouvrière et de son Parti communiste. En même temps, les travaux
              de Staline contiennent une défense conséquente de l’économie politique
              marxiste contre les ennemis du marxisme révolutionnaire, ainsi que la
              popularisation de ses thèses et problèmes fondamentaux.</p>
              <p rend="alinéa">En dénonçant la fausseté des affirmations des
              économistes bourgeois et des réformistes, qui prétendent que les
              contradictions du capitalisme s’atténuent au cours de son développement
              historique, Staline a démontré l’inéluctabilité d’une nouvelle aggravation de
              ces contradictions qui témoigne de la fin certaine du capitalisme. Les écrits
              de Staline développent une série de thèses importantes sur la question
              agraire. Dans sa lutte contre le révisionnisme, Staline a montré, sur la base
              d’arguments nouveaux, la carence totale de la théorie de la
              « stabilité » de la petite exploitation paysanne. Seule, la
              suppression du système d’esclavage capitaliste peut sauver la paysannerie de
              la ruine et de la misère. La question paysanne est celle de la transformation
              de la majorité exploitée des paysans, de réserve de la bourgeoisie en réserve
              directe de la révolution, en alliée de la classe ouvrière qui lutte pour
              l’abolition du régime capitaliste. Dans son ouvrage <title>Le
              marxisme et la question nationale</title> (1913), ainsi que dans d’autres écrits,
              Staline a continué l’étude de la question nationale. Il a démontré le rôle
              des conditions économiques de la vie de la société dans la formation des
              nations et des États nationaux. La communauté de vie économique des hommes
              constitue un des indices essentiels de la nation. Le processus de liquidation
              du féodalisme et de développement du capitalisme est en même temps le
              processus de constitution des hommes en nations. Staline a mis en lumière le
              rôle du marché national dans la formation des États nationaux en Europe
              occidentale ; il a décrit ce qu’il y a d’original dans le cours
              historique de la formation des États en Orient.</p>
              <p rend="alinéa">Dirigé par son Comité central, Staline en tête, le
              Parti communiste de l’Union soviétique a défendu la théorie
              marxiste-léniniste dans son ensemble, la doctrine économique
              marxiste-léniniste en particulier, contre les attaques des ennemis du
              léninisme : les trotskistes, les boukhariniens, les nationalistes
              bourgeois. Et la défense et la continuation de l’élaboration de la théorie de
              Lénine sur la possibilité de la victoire du socialisme dans un seul pays, de
              la théorie léniniste de la révolution socialiste ont eu une importance
              particulière pour les destinées dusocialisme en U.R.S.S. et dans le monde
              entier.</p>
              <p rend="alinéa">Dans plusieurs de ses ouvrages
              (<title>Des principes du léninisme</title>,
              <title>Les Questions du léninisme</title>,
              <title>Les Problèmes économiques du socialisme en U.R.S.S.</title>,
              rapports aux congrès et aux conférences du P.C.U.S.), Staline
              adéveloppé les thèses de Lénine sur la nature économique et politiquede
              l’impérialisme et de la crise générale du capitalisme, sur les lois du
              développement du capitalisme monopoliste. Partant des indications classiques
              de Lénine sur la nature économique de l’impérialisme qui réside dans la
              domination des monopoles et sur les profits élevés de monopole, Staline a
              formulé la loi économique fondamentale du capitalisme actuel. Il a fourni une
              analyse détaillée de la crise générale du capitalisme et de ses deux
              phases : la première, quia commencé dans la périodede la première guerre
              mondiale, et la seconde, qui s’est ouverte pendant la deuxième guerre
              mondiale, surtout depuis que les pays de démocratie populaire en Europe et en
              Asie se sont détachés du système capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">Dénonçant les valets de la bourgeoisie qui font
              l’éloge du système d’économie capitaliste, il a caractérisé de manière
              approfondie la crise générale du capitalisme qui embrasse l’économique comme
              le politique. L’expression la plus éclatante de la crise générale du
              capitalisme est la victoire d’une portée historique de la grande Révolution
              socialiste d’Octobre en U.R.S.S. et la division du monde en deux
              systèmes : capitaliste et socialiste. La crise du système colonial de
              l’impérialisme est partie intégrante de la crise générale du capitalisme.</p>
              <p rend="alinéa">Les écrits de Staline mettent en lumière la nature et
              le rôle d’éléments de la crise générale du capitalisme, tels que
              l’aggravation extrême du problème des marchés, la sous-production chronique
              des entreprises et le chômage massif permanent. Après avoir fait l’analyse
              des changements survenus dans le cycle capitaliste et les crises économiques
              de l’époque actuelle, Staline a montré l’inanité des efforts tentés par
              l’État bourgeois pour combattre les crises, la carence des affirmations
              relatives à la possibilité, en régime capitaliste, de gérer l’économie
              suivant un plan. Les écrits de Staline dénoncent la nature profondément
              réactionnaire et agressive du fascisme et le rôle de trahison des socialistes
              de droite actuels.</p>
              <p rend="alinéa">L’économie politique marxiste-léniniste sert de guide
              pour l’action aux partis communistes et ouvriers de tous les pays. Elle
              éclaire pour les travailleurs la voie vers la libération du joug du
              capital.</p>
            </div4>
          </div3>
        </div2>
      </div1>
      <div1 type="partie" n="3" xml:id="part3">
        <head>Troisième partie : Le mode de production socialiste</head>
        <div2 type="subdivision" n="1" xml:id="part3subA">
          <head>A. — La période de transition du capitalisme au socialisme</head>
          <div3 type="chapitre" n="23" xml:id="chap23">
            <head>Chapitre 23 — Les principaux traits de la période de
              transition du capitalisme au socialisme</head>
            <div4 type="section" n="1" xml:id="chap23sect01">
              <head>23.1. La révolution prolétarienne et la nécessité d’une période de
                transition du capitalisme au socialisme.</head>
              <p rend="alinéa">Le développement du mode de production capitaliste et de la lutte de
              classes dans la société bourgeoise conduit
              <!-- <index>
                <term>socialisme</term>
                <index>
                  <term>inévitabilité</term>
                </index>
              </index> -->inévitablement au remplacement
              révolutionnaire du capitalisme par le socialisme.
              <!-- <index>
                <term>capitalisme</term>
                <index>
                  <term>condition matérielle du socialisme</term>
                </index>
              </index>
              <index>
                <term>socialisme</term>
                <index>
                  <term>condition matérielle</term>
                </index>
              </index> -->Le capitalisme donne
              naissance à la grande industrie mécanique, qui est la condition matérielle
              préalable du passage au socialisme. Sous la forme du prolétariat, le capitalisme,
              en se développant, prépare la force sociale qui réalise ce passage. À l’époque
              de l’impérialisme, comme nous l’avons montré plus haut, le conflit entre les
              forces productives qui ont grandi et les rapports de production bourgeois, qui
              sont devenus une entrave pour ces forces productives, atteint un degré d’acuité
              sans précédent. La
              <!-- <index>
                <term>loi de la correspondance nécessaire entre les rapports de
                production et le caractère des forces productives</term>
                <index>
                  <term>nécessité du socialisme</term>
                </index>
              </index> -->loi de la correspondance nécessaire entre les rapports de
              production et le caractère des forces productives exige la suppression des anciens
              rapports de production bourgeois et l’établissement de rapports de production
              nouveaux, socialistes. D’où la nécessité objective d’une <emph>révolution
              prolétarienne socialiste</emph>.</p>
              <p rend="alinéa">L’opposition entre les fondements de la société bourgeoise et ceux de la société
              socialiste, l’antagonisme entre les intérêts du travail et ceux du capital rendent
              impossible l’ « intégration » pacifique du capitalisme dans le socialisme, que
              prêchent les réformistes. Le passage du capitalisme au socialisme ne peut être
              réalisé que par la
              <!-- <index>
                <term>révolution prolétarienne</term>
                <index><term>indispensabilité</term></index>
              </index>révolution prolétarienne et la
              <index>
                <term>dictature du prolétariat</term>
                <index><term>indispensabilité</term></index>
              </index> -->dictature du prolétariat. Sa
              situation économique fait du prolétariat
              <!-- <index>
                <term>prolétariat</term>
                <index><term>mission historique</term></index>
              </index> -->la seule classe capable de grouper autour
              d’elle tous les travailleurs pour renverser le capitalisme et assurer la victoire
              du socialisme.</p>
              <p rend="alinéa"><!-- <index>
                <term>révolution prolétarienne</term>
                <index><term>spécificité</term></index>
              </index> -->La révolution prolétarienne se distingue foncièrement de toutes les révolutions
              qui l’ont précédée. Lors du passage du régime esclavagiste à la féodalité, puis de
              la féodalité au capitalisme, une forme de propriété privée succédait à une autre,
              le pouvoir de certains exploiteurs était remplacé par celui d’autres exploiteurs.
              Les formations sociales fondées sur l’exploitation ayant toutes une base semblable :
              la propriété privée des moyens de production, la nouvelle formation économique se
              développait progressivement au sein de l’ancien mode de production. Ainsi lors du
              passage du féodalisme au capitalisme, les nouveaux rapports de production bourgeois
              se sont peu à peu développés, des formes plus ou moins achevées du type capitaliste
              ont grandi au sein de l’ancien régime. La tâche de la révolution bourgeoise se
              réduisait à la prise du pouvoir par la bourgeoisie, à faire correspondre ce
              pouvoir à l’économie capitaliste existante, à détruire les entraves de l’ancienne
              société féodale qui empêchaient l’essor du capitalisme. Atteindre ce but est
              d’ordinaire le terme de la révolution bourgeoise.</p>
              <p rend="alinéa">La révolution prolétarienne se propose de remplacer la propriété privée des
              moyens de production par la propriété sociale et de supprimer toute exploitation
              de l’homme par l’homme. Elle ne trouve pas de formes d’économie socialiste toutes
              prêtes. Le régime socialiste, fondé sur la propriété sociale des moyens de production,
              ne peut pas naître et grandir au sein de la société bourgeoise, fondée sur la
              propriété privée. La révolution prolétarienne a pour mission d’instaurer le pouvoir
              du prolétariat et d’édifier une économie nouvelle, socialiste. La conquête du pouvoir
              par la classe ouvrière n’est que le début de la révolution prolétarienne, ce pouvoir
              étant ensuite utilisé pour opérer la refonte de l’ancienne économie et en organiser
              une nouvelle.</p>
              <p rend="alinéa">Par suite, le remplacement du régime capitaliste par le régime socialiste
              nécessite dans chaque pays une <emph>période de transition</emph> particulière
              qui s’étend sur toute une époque historique, au cours de laquelle s’opère
              l’édification de l’économie socialiste, la refonte radicale de tous les rapports
              sociaux.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Entre la société capitaliste et la société communiste, se place la période
                  de transformation révolutionnaire de celle-ci en celle-là. À quoi correspond une
                  période de transition politique où l’État ne saurait être autre chose que
                  <emph>la dictature révolutionnaire du prolétariat</emph>.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  K. Marx et F. Engels,
                  <title>Critique des programmes de Gotha et d’Erfurt</title>,
                  p. 34, Éditions sociales, Paris, 1950.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">La période de transition du capitalisme au socialisme commence par
              l’instauration du pouvoir du prolétariat et se termine quand l’édification du
              socialisme, première phase de la société communiste, est achevée. Au cours de
              cette période, l’ancienne base capitaliste est détruite tandis qu’il se crée une
              base nouvelle, socialiste qui garantit le développement des forces productives,
              nécessaire à la victoire du socialisme. Le prolétariat doit, durant la période
              de transition, se tremper pour devenir une force capable d’administrer le pays,
              de bâtir la société socialiste et de rééduquer les masses petites-bourgeoises
              dans l’esprit du socialisme.</p>
              <p rend="alinéa">À l’aide des thèses de Marx et d’Engels, Lénine a construit une théorie complète
              de la période de transition du capitalisme au socialisme et de la dictature du
              prolétariat, armant ainsi la classe ouvrière et tous les travailleurs de la
              connaissance scientifique des voies de l’édification du socialisme.</p>
              <p rend="alinéa">La révolution prolétarienne a triomphé d’abord en Russie. Le capitalisme était,
              en Russie, suffisamment développé pour que la révolution prolétarienne pût triompher.
              La Russie était d’autre part le noeud de toutes les contradictions de l’impérialisme,
              ce qui contribua fortement aux progrès de l’esprit révolutionnaire parmi le
              prolétariat et au rassemblement des masses paysannes autour de ce dernier.
              En octobre 1917, sous la direction du Parti communiste, le prolétariat russe,
              armé de la théorie léniniste de la révolution socialiste, en alliance avec
              la paysannerie pauvre, renversa le pouvoir des capitalistes et des grands
              propriétaires fonciers et instaura sa dictature. La grande révolution socialiste
              d’Octobre a, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, ouvert la voie
              du socialisme et donné l’exemple de ce que doit être, dans ses grandes lignes,
              la révolution prolétarienne dans tout pays, quel qu’il soit. La révolution
              socialiste ne peut toutefois manquer de présenter, dans chaque pays qui s’est
              détaché du système impérialiste, des particularités qui découlent des conditions
              historiques concrètes du développement de ce pays, ainsi que de la situation
              internationale.</p>
              <p rend="alinéa">Lénine a découvert et établi scientifiquement la possibilité, dans des
              conditions historiques déterminées, d’un développement <emph>non capitaliste</emph>
              des pays arriérés au point de vue social et économique. Après avoir rejeté le joug
              de l’impérialisme, ces pays peuvent, avec l’aide d’États plus avancés où la
              révolution prolétarienne a déjà triomphé, éviter le processus long et douloureux
              d’un développement capitaliste et s’engager graduellement dans la voie de
              l’édification du socialisme sans  passer par le stade du capitalisme.</p>
              <p rend="alinéa">La République populaire de Mongolie, où régnaient auparavant des rapports féodaux,
              fournit un exemple de développement non capitaliste. Grâce à l’aide de l’Union
              soviétique, la République populaire de Mongolie a pu prendre le chemin du socialisme,
              sans passer par le capitalisme.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="2" xml:id="chap23sect02">
              <head>23.2. La dictature du prolétariat, instrument de la construction d’une économie
              socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">La révolution prolétarienne a pour tâches de créer un système socialiste
              d’économie, fondé sur la propriété sociale des moyens de production, et de faire
              disparaître toute exploitation ; elle ne peut donc se dispenser de briser l’ancienne
              machine d’État, qui opprimait les travailleurs, de mettre sur pied un État capable
              d’assurer l’édification de la nouvelle économie.</p>
              <p rend="alinéa">La révolution prolétarienne engendre un <emph>État d’un type nouveau</emph> :
              la dictature du prolétariat. La <emph>dictature du prolétariat</emph> est la
              direction politique de la société par la classe ouvrière. Sans dictature du
              prolétariat, l’affranchissement économique et politique des travailleurs est impossible, de même que le
              passage du mode de production capitaliste au mode de production socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">Superstructure politique, la dictature du prolétariat naît du fait que le passage du capitalisme au
              socialisme est devenu pour la société une nécessité économique. Mais, une fois venue au monde, la
              dictature du prolétariat devient une force prodigieuse, l’instrument de l’édification d’une économie
              socialiste. Elle prend une part active à la naissance et au développement de la base socialiste. Elle
              assure la destruction de la base ancienne, capitaliste et la victoire des formes socialistes d’économie sur
              les formes capitalistes.</p>
              <p rend="alinéa">Les formes socialistes d’économie ne peuvent ni apparaître ni se développer d’elles-mêmes,
              spontanément. Elles apparaissent et se développent grâce à l’action méthodique de l’État prolétarien,
              grâce à l’activité créatrice des masses laborieuses.</p>
              <p rend="alinéa">L’État prolétarien ne peut s’acquitter de sa mission de construction d’une base nouvelle que parce qu’il
              s’appuie sur la loi économique objective de la correspondance nécessaire entre les rapports de
              production et le caractère des forces productives, ainsi que sur les nouvelles lois économiques nées des
              nouvelles conditions économiques. La dictature du prolétariat assure la création d’un type
              d’organisation sociale du travail supérieur au capitalisme. Là est la source principale de la force du
              régime socialiste et la raison de sa victoire sur le régime capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">La dictature du prolétariat est une démocratie véritable ; elle est l’interprète des intérêts vitaux des
              travailleurs. Sous la dictature du prolétariat, les travailleurs deviennent, pour la première fois dans
              l’histoire, les maîtres de leur pays. Jusque-là, l’État sous toutes ses formes opprimait la majorité
              exploitée dans l’intérêt d’une minorité exploiteuse. La dictature du prolétariat réprime la minorité
              exploiteuse dans l’intérêt de la majorité laborieuse. Alors que les révolutions bourgeoises, qui
              consacrent une nouvelle forme d’exploitation, la forme capitaliste, ne peuvent rassembler autour de la
              bourgeoisie les masses laborieuses et exploitées pour une période tant soit peu durable, la révolution
              prolétarienne, qui met fin à toute exploitation, peut et doit souder ces masses au prolétariat en une
              alliance durable. L’alliance de la classe ouvrière et de la paysannerie sous la direction de la classe
              ouvrière, alliance dirigée contre les classes exploiteuses, est le principe suprême de la dictature du
              prolétariat. Sans cette alliance, il est impossible d’affermir le pouvoir du prolétariat et d’édifier une
              économie socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">La dictature du prolétariat est, dans des conditions et sous des formes nouvelles, la continuation de la
              lutte de classe du prolétariat contre les exploiteurs à l’intérieur du pays et contre les forces d’agression
              de l’encerclement capitaliste.</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">La dictature du prolétariat est une lutte opiniâtre, sanglante et non sanglante,
                    violente et pacifique, militaire et économique, pédagogique et administrative,
                    contre les forces et les traditions de la vieille société.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « La Maladie infantile du communisme (le “gauchisme”) »,
                    <title>Œuvres</title>,
                    t. 31, p. 39.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">En fonction des objectifs de l’édification du socialisme, la dictature du prolétariat présente trois aspects
              essentiels. Elle est l’utilisation du pouvoir par le prolétariat, premièrement, pour écraser les
              exploiteurs, défendre le pays, resserrer les liens avec les prolétaires des autres pays ; deuxièmement,
              pour détacher définitivement de la bourgeoisie les masses laborieuses et exploitées, pour consolider
              l’alliance du prolétariat avec ces masses, pour faire participer ces dernières à l’édification du
              socialisme ; troisièmement, pour édifier une société nouvelle, socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">L’État prolétarien peut revêtir différentes formes.</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">Le passage du capitalisme au communisme ne peut évidemment
                    manquer de fournir une grande abondance et une large diversité
                    de formes politiques, mais leur essence sera nécessairement une :
                    <emph>la dictature du prolétariat</emph>.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « L’État et la révolution »,
                    <title>Œuvres</title>,
                    t. 25, p. 446.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Cette thèse fondamentale du marxisme-léninisme a été entièrement confirmée tant par l’expérience
              historique de l’U.R.S.S., où a été instaurée la forme de dictature du prolétariat découverte par Lénine :
              le pouvoir des Soviets, que par l’expérience historique postérieure des pays où la dictature du
              prolétariat a pris la forme de la démocratie populaire.</p>
              <p rend="alinéa">C’est aux partis communistes (ouvriers) qu’appartient, dans les pays de dictature du prolétariat, la
              direction de tout le processus de la construction méthodique d’une économie socialiste. Armés de la
              théorie marxiste-léniniste, de la connaissance des lois du développement économique de la société, ces
              partis organisent les masses populaires et les orientent vers la solution des problèmes posés par
              l’édification socialiste.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="3" xml:id="chap23sect03">
              <head>23.3. La nationalisation socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">Le développement du capitalisme a préparé les conditions nécessaires pour la collectivisation
              socialiste de la grande industrie mécanique et des transports mécanisés, des banques, etc. Aussi l’État
              prolétarien procède-t-il, dès le début de la période de transition, à la nationalisation de la grande
              production capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>nationalisation socialiste</emph> est l’abolition révolutionnaire par le pouvoir prolétarien de la propriété
              des classes exploiteuses et sa transformation en propriété d’État, socialiste, patrimoine du peuple tout
              entier. La nationalisation socialiste conduit à l’élimination de la contradiction essentielle du
              capitalisme, celle entre le caractère social de la production et la forme privée de l’appropriation
              capitaliste. La nationalisation socialiste met les rapports de production dans l’industrie en accord avec
              le caractère des forces productives, ce qui ouvre la voie à leur développement.</p>
              <p rend="alinéa">La nationalisation socialiste, premièrement, liquide la propriété capitaliste des principaux moyens de
              production et met ainsi fin à la domination économique de la bourgeoisie dans le pays ; deuxièmement,
              elle fournit une base économique à la dictature du prolétariat en plaçant entre les mains des travailleurs
              <emph>les leviers de commande de l’économie nationale</emph>, c’est-à-dire les branches maîtresses de l’économie où
              est instaurée la propriété sociale des moyens de production, fondement des rapports de production
              socialistes.</p>
              <p rend="alinéa">La nationalisation de la grande industrie, branche-clé de l’économie nationale, a une importance
              décisive pour l’édification du socialisme. Les banques, les chemins de fer, la marine marchande et les
              P.T.T., les grandes entreprises du commerce intérieur, le commerce extérieur, sont eux aussi
              nationalisés. La nationalisation des banques prive la bourgeoisie d’un des principaux instruments de sa
              domination économique, tandis que l’État prolétarien acquiert un appareil économique centralisé et
              ramifié qui, après sa refonte révolutionnaire, concourt à la construction du socialisme. La
              nationalisation du commerce extérieur est indispensable pour assurer au pays qui bâtit le socialisme
              son indépendance économique vis-à-vis du monde capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">Conscient de la nécessité vitale de faire disparaître les survivances du servage, de la propriété foncière
              féodale devenue depuis longtemps un anachronisme, l’État prolétarien procède à la
              <emph>confiscation</emph> immédiate des terres des grands propriétaires fonciers, de leurs exploitations et de leur cheptel vif et
              mort. La majeure partie des terres confisquées est remise à la paysannerie laborieuse. Sur une autre
              partie, plus petite, sont organisées de grandes entreprises agricoles d’État.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>nationalisation de la terre</emph>, c’est-à-dire la liquidation de la propriété privée de la terre et le transfert
              de la propriété du sol à l’État prolétarien, constitue une des mesures les plus importantes de la
              révolution socialiste. Le pouvoir prolétarien décide des méthodes et des délais de la nationalisation de
              <emph>toute</emph> la terre en fonction des conditions concrètes de chaque pays. En Russie, où les traditions de la
              propriété privée de la terre étaient, chez les paysans, moins puissantes qu’en Occident, le pouvoir des
              Soviets a, conformément aux revendications des masses paysannes, nationalisé toute la terre dès le
              début de la révolution, abolissant ainsi la rente foncière absolue. Pour la première fois dans l’histoire,
              la paysannerie soviétique a reçu de la révolution prolétarienne la terre en jouissance gratuite. Dans les
              pays où la propriété privée des petits paysans sur la terre existe depuis longtemps et où, par suite, les
              traditions de la propriété privée de la terre sont plus fortes, la classe ouvrière au pouvoir ne procède
              pas à la nationalisation de toute la terre au début de la révolution. Dans ces pays, une partie seulement
              des terres confisquées aux grands propriétaires fonciers est nationalisée et constitue le fonds d’État ; la
              majeure partie des terres confisquées devient la propriété privée des paysans. La question de la
              nationalisation de toute la terre trouve sa solution pratique au cours de la refonte socialiste de
              l’agriculture.</p>
              <p rend="alinéa">Après avoir brisé l’appareil d’État de la bourgeoisie, la grande Révolution socialiste d’Octobre a, dès
              les premiers mois, nationalisé et confisqué sans indemnité les moyens de production et les autres
              richesses des gros propriétaires fonciers et des grands capitalistes.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le 26 octobre (8 novembre) 1917 fut promulgué le <emph>décret sur la terre</emph>.
              Les terres des gros propriétaires fonciers,
              de la bourgeoisie, de la famille impériale, de l’Eglise et des couvents, furent confisquées, aliénées sans rachat. Le
              droit de propriété privée sur la terre fut aboli pour toujours.
              Toute la terre, le sous-sol, les forêts et les eaux devinrent propriété d’État (patrimoine du peuple tout entier). La
              vente et l’achat de la terre furent interdits. La paysannerie reçut en jouissance gratuite plus de 150 millions de
              déciatines de terres nouvelles, en plus de celles dont elle jouissait avant la révolution ; elle était libérée des
              fermages qu’elle payait aux grands propriétaires fonciers, ainsi que des dépenses nécessitées par l’achat de terres,
              soit une économie totale de plus de 700 millions de roubles-or par an<note xml:id="not01chap23sect03"
              n="1" place="bottom">Déciatine : 1,0925 ha. (N.R.)</note> La
              nationalisation de la terre permit de liquider la classe des propriétaires fonciers. Elle extirpa entièrement les
              vestiges du servage. Ainsi la révolution socialiste, chemin faisant, accomplissait jusqu’au bout les tâches de la
              révolution démocratique bourgeoise. Si, par elle-même, la nationalisation de la terre n’établissait pas encore à la
              campagne des rapports de production socialistes, puisque l’exploitation privée subsistait sur la terre devenue
              propriété du peuple entier, elle n’en avait pas moins une importance considérable pour la construction du
              socialisme. Elle consolida la base économique de la dictature du prolétariat et améliora la situation économique
              des paysans travailleurs. Elle facilita par la suite le passage de la paysannerie sur la voie d’un développement
              socialiste.</p>
              <p rend="alinéa smaller">À titre de mesure transitoire à une
              large nationalisation des entreprises capitalistes, et pour réglementer jusqu’à
              un certain point leur activité, le pouvoir des Soviets institua le <emph>contrôle ouvrier</emph>, c’est-à-dire un contrôle exercé
              par le personnel de ces entreprises sur la production, le commerce et les finances. En décembre 1917, il fut
              procédé à la <emph>nationalisation des banques</emph>. Le pouvoir des Soviets annula tous les emprunts contractés par le
              gouvernement du tsar et par le Gouvernement provisoire auprès des capitalistes, tant russes qu’étrangers. Le
              commerce extérieur fut déclaré monopole d’État, l’importation et l’exportation des marchandises furent retirées
              des mains des particuliers et confiées aux organismes de l’État. Le <emph>monopole du commerce extérieur</emph>, institué par
              le pouvoir des Soviets, mettait le pays à l’abri de l’agression économique des impérialistes qui s’efforçaient de
              l’asservir et d’en faire leur colonie. Les <emph>chemins de fer</emph> et les <emph>P.T.T.</emph>, le <emph>trafic
              maritime</emph> et le <emph>grand trafic</emph> fluvial
              furent nationalisés. Le pouvoir des Soviets procéda sur une échelle toujours plus étendue à la <emph>nationalisation des
              entreprises industrielles</emph> en les confisquant sans indemnité. En juin 1918, les grandes entreprises, dans toutes les
              industries, furent nationalisées.</p>
              <p rend="alinéa">En nationalisant la grande industrie, les banques, les transports, le commerce extérieur, le pouvoir des
              Soviets brisait la puissance économique de la bourgeoisie et prenait en main les leviers de commande
              de l’économie nationale.</p>
              <p rend="alinéa">Dans les entreprises nationalisées, les rapports de production capitalistes furent remplacés par des
              rapports socialistes. En devenant propriété sociale, les moyens de production cessaient de faire
              fonction de capital. L’exploitation de l’homme par l’homme fut abolie. Une discipline du travail
              nouvelle, socialiste, s’instaura. On assista à la naissance de l’émulation socialiste parmi les ouvriers.
              Peu à peu les principes socialistes de gestion de la production s’implantèrent, qui combinaient la
              direction personnelle unique avec l’activité créatrice des masses. Triomphant de la résistance de la
              bourgeoisie et du sabotage des spécialistes bourgeois, dans une lutte opiniâtre contre l’anarchisme
              petit-bourgeois, le pouvoir des Soviets entreprit d’organiser sur le plan national le recensement et le
              contrôle de l’ensemble de la production et de la répartition des produits.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="4" xml:id="chap23sect04">
              <head>23.4. Les types d’économie et les classes dans la période de transition. L’alliance de la classe ouvrière
              et de la paysannerie.</head>
              <p rend="alinéa">La nationalisation de la grande industrie, des transports, des banques, etc., donne naissance au type
              d’économie (secteur) socialiste. À côté de celle-ci, qui est fondée sur la propriété sociale des moyens
              de production, il existe encore, pendant la période de transition, des formes d’économie héritées du
              passé et fondées sur la propriété privée des moyens de production. Autrement dit, l’économie de la
              période de transition est une économie composite. Elle contient des types différents de rapports de
              production.</p>
              <p rend="alinéa">Comme l’indiquait Lénine, il existait en U.R.S.S. pendant la période de transition les cinq types
              d’économie suivants : 1. l’économie paysanne patriarcale ; 2. la petite production marchande ; 3. le
              capitalisme privé ; 4. le capitalisme d’État ; 5. l’économie socialiste.</p>
              <p rend="alinéa"><emph>L’économie paysanne patriarcale</emph>, fondée sur le travail personnel, était une petite économie presque
              entièrement naturelle, c’est-à-dire produisant surtout pour sa propre consommation.</p>
              <p rend="alinéa"><emph>La petite production marchande</emph> était une économie fondée sur le travail personnel et plus ou moins
              liée au marché. C’était surtout une économie de paysans moyens, qui produisait la plus grande partie
              du blé marchand, et aussi une économie d’artisans n’employant pas le travail salarié. Pendant la
              période de transition, cette forme d’économie engloba longtemps la majorité de la population du pays.</p>
              <p rend="alinéa"><emph>Le capitalisme privé</emph> était représenté par la classe d’exploiteurs la plus nombreuse, celle des koulaks
              (paysans riches), par les propriétaires d’entreprises industrielles capitalistes non nationalisées, pour la
              plupart petites et moyennes, ainsi que par les commerçants. Dans les entreprises capitalistes, qui
              employaient le travail salarié, la force de travail était une marchandise, les rapports d’exploitation
              continuaient d’exister, les capitalistes s’appropriaient la plus-value.</p>
              <p rend="alinéa"><emph>Le capitalisme d’État</emph> se présentait principalement sous forme de concessions accordées par le pouvoir
              des Soviets à des capitalistes étrangers, et d’entreprises appartenant à l’État cédées à bail à des
              capitalistes. Sous la dictature du prolétariat, le capitalisme d’État diffère profondément de ce qu’il est
              en régime bourgeois. Sous la dictature du prolétariat, c’est une forme d’économie strictement limitée
              par le pouvoir prolétarien et que celui-ci utilise pour lutter contre l’anarchisme petit-bourgeois, pour
              édifier le socialisme. Le capitalisme d’État n’a occupé qu’une place insignifiante dans l’économie de
              l’U.R.S.S.</p>
              <p rend="alinéa"><emph>La forme socialiste d’économie</emph> comprenait, premièrement, les fabriques, les usines, les moyens de
              transport, les banques, les sovkhoz (fermes soviétiques d’État), les entreprises commerciales et autres
              appartenant à l’État soviétique, et, deuxièmement, les coopératives de consommation, d’achat, de crédit
              mutuel, de production, — y compris les kolkhoz (fermes collectives), qui en sont une forme
              supérieure. Le type d’économie socialiste avait pour base la grande industrie mécanique. Dès le début
              de la période de transition, ce type d’économie supérieur à tous les autres joua un rôle déterminant
              dans l’économie du pays.</p>
              <p rend="alinéa">Dans le secteur socialiste de l’économie, la force de travail avait cessé d’être une marchandise, le
              travail avait perdu son caractère de travail salarié et était devenu un travail pour soi, pour la société. La
              plus-value avait disparu. On procéda graduellement à la planification du travail des entreprises
              nationalisées, à l’échelle de chaque branche d’industrie, puis de tout le secteur d’État. Par suite de
              l’instauration de la propriété socialiste des moyens de production, les produits fabriqués dans les
              entreprises d’État revenaient non aux capitalistes, mais à l’État, c’est-à-dire à l’ensemble du peuple
              laborieux.</p>
              <p rend="alinéa">L’existence de ces cinq types d’économie n’est nullement inévitable dans chaque pays qui bâtit le
              socialisme. Mais comme Lénine l’a enseigné — et comme l’expérience de l’histoire l’a maintenant
              confirmé — on a dans chaque pays, pendant la période de transition du capitalisme au socialisme, les
              principales formes suivantes d’économie sociale : le socialisme, la petite production marchande, le
              capitalisme. Les classes qui correspondent à ces formes d’économie sociale sont : la classe ouvrière, la
              petite bourgeoisie (surtout la paysannerie), la bourgeoisie. L’économie, les rapports entre les classes, et
              par suite, les principes généraux de la politique économique pendant la période de transition ont dans
              tous les pays, des traits essentiels communs, ce qui n’exclut pas l’existence dans chaque pays de
              particularités spécifiques.</p>
              <p rend="alinéa">La situation des classes pendant la période de transition est radicalement différente de ce qu’elle est en
              régime capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>classe ouvrière</emph>, classe opprimée sous le capitalisme, est devenue la classe dominante, qui détient le
              pouvoir et possède, concurremment avec tous les travailleurs, les moyens de production socialisés par
              l’État. La situation matérielle de la classe ouvrière ne cesse de s’améliorer, et son niveau culturel de
              s’élever.</p>
              <p rend="alinéa">À la <emph>paysannerie</emph>, à la masse des paysans pauvres et moyens, l’État donne la terre ; il l’affranchit du
              joug des gros propriétaires fonciers, la protège contre le koulak, lui apporte son aide économique et
              culturelle dans tous les domaines. Grâce à la Révolution d’Octobre et à l’aide du pouvoir des Soviets,
              les paysans moyens et pauvres ont produit plus de 4 milliards de pouds de blé dès 1926-1927, contre
              2,5 milliards de pouds par an avant la Révolution.</p>
              <p rend="alinéa">La petite production paysanne marchande engendre inévitablement des éléments capitalistes ; il s’opère
              dans la paysannerie une différenciation de classe en paysans pauvres et en koulaks. Mais ce processus
              revêt, pendant la période de transition, un caractère tout autre qu’en régime capitaliste. En régime
              capitaliste, le nombre des paysans pauvres et des koulaks augmente à la campagne, alors que celui des
              paysans moyens diminue ; ceux-ci sont ruinés en masse et vont grossir les rangs des paysans pauvres et
              du prolétariat. Par suite des conditions nouvelles dans lesquelles se développe l’économie paysanne,
              les paysans moyens voient leur importance s’accroître au cours de la période de transition, tandis que
              les paysans pauvres et les koulaks voient la leur diminuer par rapport à la période qui précéda la
              révolution. En U.R.S.S., pendant la période de transition, avant que la masse de la paysannerie se fût
              engagée dans la voie du socialisme, le nombre et le pourcentage des paysans moyens avaient
              augmenté par rapport à la période d’avant la Révolution, du fait de la diminution du nombre et du
              pourcentage des paysans pauvres, dont une partie s’était élevée au niveau des paysans moyens. En
              même temps, le nombre et le pourcentage des koulaks avaient sensiblement diminué par rapport à la
              période d’avant la Révolution, et si pendant certaines années de la période de transition, il y eut une
              augmentation du nombre des koulaks, elle fut néanmoins très inférieure à ce qu’elle est en régime
              capitaliste. Le paysan moyen devint le personnage central de l’agriculture.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Après la Révolution d’Octobre, dès 1918, les paysans moyens prédominaient à la campagne. C’était là
              le résultat de la remise gratuite aux paysans de la terre ainsi que d’une partie du cheptel vif et mort
              appartenant aux gros propriétaires fonciers. On procéda en 1918 à une expropriation partielle des
              koulaks auxquels on enleva 50 millions d’hectares de terre qui furent remis aux paysans pauvres et
              moyens. En 1928-1929, les paysans pauvres constituaient 35 %, les paysans moyens 60 %, les koulaks
              de 4 à 5 % de l’ensemble des foyers paysans.</p>
              <p rend="alinéa">Dans sa politique à l’égard de la paysannerie pendant la période de transition, le pouvoir des Soviets
              s’inspira de la formule de Lénine : alliance solide avec le paysan moyen, appui sur le paysan pauvre,
              lutte intransigeante contre le koulak.</p>
              <p rend="alinéa">Lénine enseigne que la classe ouvrière, dirigeant la paysannerie, doit toujours distinguer chez le
              paysan le travailleur et le propriétaire privé.</p>
              <p rend="alinéa">La nature du paysan moyen est double : comme travailleur, il se sent attiré vers le prolétariat ; comme
              petit propriétaire, vers la bourgeoisie. La bourgeoisie et le prolétariat s’efforcent tous deux de gagner
              les masses de la paysannerie moyenne. La classe ouvrière fait appel aux intérêts fondamentaux du
              paysan en tant que travailleur, alors que la bourgeoisie mise sur ses intérêts de propriétaire privé.
              Pendant la période de transition, et surtout tant que l’existence de la paysannerie est fondée sur la
              propriété privée et la petite production marchande, il existe entre la classe ouvrière et la paysannerie
              certaines contradictions non antagonistes, par exemple dans la question des prix, du montant des
              impôts. Mais ces contradictions ne sont pas fondamentales. Dans les questions essentielles, les intérêts
              de la classe ouvrière et des masses laborieuses de la paysannerie coïncident : ces deux classes ont un
              intérêt vital à la suppression de l’exploitation et à la victoire du socialisme. C’est sur cette base que
              repose l’alliance solide des deux classes amies : la classe ouvrière et la paysannerie.</p>
              <p rend="alinéa">Le principe de
              l’alliance de la classe ouvrière et de la paysannerie, alliance où le rôle dirigeant appartient à la classe
              ouvrière, est à la base de l’édification socialiste.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">La tâche <emph>politique</emph> la plus importante du Parti, dit la résolution
                  du 12<hi rend="ordinal">e</hi> Congrès du P.C.(b)R.,
                  tâche dont dépend l’issue de la révolution, est de <emph>veiller</emph> avec la plus grande attention et le plus
                  grand soin sur <emph>l’alliance de la classe ouvrière et de la paysannerie, et de la
                  développer</emph>.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  « Résolution du 12<hi rend="ordinal">e</hi> Congrès du P.C.(b)R. »,
                  <title>Le P.C.U.S. dans les résolutions et décisions de ses
                  congrès, de ses conférences et des assemblées plénières du Comité central</title>,
                  1<hi rend="ordinal">re</hi> partie, p. 682-683
                  (7<hi rend="ordinal">e</hi> édition russe).
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Une alliance solide de la classe ouvrière et de la paysannerie est indispensable à l’établissement de
              rapports économiques corrects entre la ville et la campagne, entre l’industrie et l’agriculture, au progrès
              de l’agriculture et à sa transformation socialiste. Ce n’est que sur la base de l’alliance de la classe
              ouvrière et de la paysannerie que peuvent être assurées la liquidation des formes capitalistes
              d’économie et la victoire du socialisme.</p>
              <p rend="alinéa">Les principales classes de la période de transition sont la classe ouvrière et la paysannerie.</p>
              <p rend="alinéa"><emph>La bourgeoisie</emph> qui a perdu le pouvoir et les principaux moyens de production a cessé d’être une des
              principales classes de la société. Les grands capitalistes et une partie considérable de la moyenne
              bourgeoisie des villes ont été dépossédés des moyens de production au début de la période de
              transition. Mais une fraction de la bourgeoisie des villes subsiste toujours, ainsi que la bourgeoisie
              rurale : les koulaks. Pendant un certain nombre d’années, la bourgeoisie dispose encore d’une force
              importante. Cela s’explique par la naissance spontanée et inéluctable d’éléments capitalistes à partir de
              la petite économie marchande et par l’impossibilité de remplacer d’emblée dans tous les domaines
              l’économie capitaliste par une économie socialiste. Même après la perte de sa domination, la
              bourgeoisie conserve dans une mesure plus ou moins grande des ressources financières et matérielles,
              des attaches avec une fraction importante des vieux spécialistes. Elle bénéficie en outre de l’appui du
              capital international.</p>
              <p rend="alinéa">La contradiction économique fondamentale de la période de transition est celle qui existe entre le
              socialisme naissant, auquel appartient l’avenir, mais qui dans les premiers temps est encore faible, et le
              capitalisme renversé, qui représente le passé, mais est encore fort au début et possède des racines dans
              la petite économie marchande. Dans tous les domaines de la vie économique, la lutte se déroule entre
              le socialisme et le capitalisme pour savoir «qui l’emportera». Entre la classe ouvrière et les masses
              paysannes, d’une part, et la bourgeoisie d’autre part, il existe des contradictions antagoniques,
              irréductibles. Pendant la période de transition, l’État prolétarien applique une politique visant d’abord à
              limiter et à évincer les éléments capitalistes, puis à les liquider entièrement. Il est logique que dans la
              période de transition le prolétariat, les masses laborieuses intensifient leur lutte de classe contre la
              bourgeoisie, qui accentue sa résistance à mesure que s’engage la construction du socialisme.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="5" xml:id="chap23sect05">
              <head>23.5. L’apparition des lois économiques du socialisme.</head>
              <p rend="alinéa">Du fait que le secteur socialiste détient les leviers de commande de l’économie, les formes capitalistes
              d’économie et les lois de leur développement cessent de jouer le rôle prépondérant dans l’économie
              nationale de l’U.R.S.S. dès le début de la période de transition. Le développement de l’économie
              nationale n’est plus commandé par l’action de la loi économique fondamentale du capitalisme actuel.
              <!-- <index>
                <emph>loi de la plus-value</emph>
                <index>
                  <emph>action</emph>
                  <index>
                    <emph>limitation</emph>
                  </index>
                </index>
              </index> -->L’action de la loi de la plus-value ne s’exerce plus que sur le secteur capitaliste
              de l’économie et sa sphère ne cesse de se rétrécir.</p>
              <p rend="alinéa">De nouvelles lois économiques, propres aux rapports de production socialistes, apparaissent sur la
              base des nouvelles conditions économiques et étendent progressivement leur champ d’action.</p>
              <p rend="alinéa">Avec la formation et le développement du type d’économie socialiste apparaît et commence à se
              manifester <emph>la loi économique fondamentale du socialisme</emph>. Cela se traduit, premièrement, par une
              modification radicale du but de la production : dans le secteur socialiste, le but de la production n’est
              plus de fournir le profit capitaliste, mais de satisfaire les besoins matériels et culturels des travailleurs,
              de concourir à la construction du socialisme. Deuxièmement, à mesure que les rapports de production
              socialistes s’affermissent et se développent, il se crée des conditions de plus en plus favorables pour
              atteindre cet objectif grâce à un progrès rapide et ininterrompu de l’industrie et à un large emploi de la
              technique moderne. Le développement de l’industrie perd son caractère cyclique, les crises
              économiques de surproduction cessent.</p>
              <p rend="alinéa">Aussi longtemps qu’à côté du secteur socialiste il existe dans l’économie du pays d’autres secteurs :
              ceux de la petite production marchande et du capitalisme, et que la question de savoir « qui
              l’emportera » n’est pas encore tranchée, le champ d’action de la loi économique fondamentale du socialisme se
              trouve limité. Cette loi ne s’applique que dans le cadre du secteur socialiste. Mais comme celui-ci joue
              un rôle déterminant et que son importance dans l’économie du pays ne cesse d’augmenter, la loi
              économique fondamentale du socialisme exerce une influence croissante sur le développement de
              l’ensemble de l’économie nationale.</p>
              <p rend="alinéa">Dans sa politique économique, l’État soviétique s’appuyait sur cette loi, développant la production
              socialiste, introduisant la technique la plus moderne dans toutes les branches de l’économie et
              s’attachant méthodiquement à augmenter le bien-être des travailleurs dans toute la mesure où le
              permettaient les conditions difficiles de la période de transition.</p>
              <p rend="alinéa">La propriété sociale, qui groupe les entreprises du secteur socialiste, rend nécessaire et possible le
              développement harmonieux de celui-ci. Pendant la période de transition, la <emph>loi économique du
              développement harmonieux (proportionné) de l’économie nationale</emph> apparaît et commence à manifester
              son action sur la base des rapports de production socialistes. Cette loi exige que l’économie soit régie
              par un plan et que celui-ci établisse entre les différentes branches de l’économie les proportions
              nécessaires pour assurer la victoire du socialisme et satisfaire les besoins croissants de la société. La
              loi du développement harmonieux de l’économie nationale commence à jouer le rôle de régulateur de
              la production dans le secteur socialiste et exerce une influence de plus en plus déterminante sur les
              proportions de toute l’économie nationale. Au début, la sphère d’application de cette nouvelle loi
              économique en U.R.S.S. était restreinte, le secteur socialiste n’englobant que la plus petite partie de
              l’économie nationale. Le pouvoir des Soviets n’en était qu’à ses débuts en matière de planification.
              À mesure que se développait la forme socialiste d’économie, la loi de la concurrence et de l’anarchie de la
              production perdait du terrain, un champ de plus en plus vaste s’ouvrait à l’action de la loi du
              développement harmonieux de l’économie nationale.</p>
              <p rend="alinéa">La loi de la valeur de la force de travail cesse de jouer dans le secteur socialiste. Sur la base des
              nouveaux rapports de production, la <emph>loi</emph> économique <emph>de la répartition selon le travail</emph> apparaît et
              commence à exercer son action ; en vertu de celle-ci chaque travailleur doit être rémunéré en fonction
              du travail qu’il a fourni.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>loi de la valeur</emph> subsiste puisque la production et la circulation marchandes continuent d’exister.
              Mais, grâce à la socialisation des principaux moyens de production et à l’apparition des lois
              économiques du socialisme, la sphère de la production marchande et de la loi de la valeur diminue de
              plus en plus, et leur rôle devient foncièrement autre qu’en régime capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">La loi de la valeur joue, dans certaines limites, le rôle de régulateur de la production dans les secteurs
              de la petite économie marchande et du capitalisme, mais non dans le secteur socialiste. La loi du taux
              moyen de profit cesse d’agir dans le secteur socialiste. Dans ce secteur, les investissements se réalisent
              à partir de la loi du développement harmonieux de l’économie nationale.</p>
              <p rend="alinéa">De plus en plus, le pouvoir prolétarien met à profit la production marchande, la loi de la valeur, le
              commerce, la circulation monétaire pour développer les formes socialistes d’économie, renforcer les
              liens économiques entre l’industrie et l’agriculture, et combattre les éléments capitalistes. Partant des
              thèses de Lénine sur le rôle nouveau du commerce et de la monnaie pendant la période de transition,
              Staline disait :</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Que le commerce et le système monétaire soient des méthodes
                  de l’ « économie capitaliste » là
                  n’est point la question. La question est que les éléments
                  socialistes de notre économie en lutte
                  contre les éléments capitalistes, s’emparent de ces méthodes
                  et de ces instruments de la bourgeoisie
                  pour vaincre les éléments capitalistes, qu’ils les utilisent
                  <emph>avec succès contre</emph> le capitalisme, qu’ils
                  les utilisent avec succès pour jeter les fondements
                  socialistes de notre économie. La question est
                  donc que, grâce à la dialectique de notre développement,
                  les fonctions et la destination de ces
                  instruments de la bourgeoisie se modifient
                  <emph>radicalement</emph>, à fond, se modifient à l’avantage du
                  socialisme, au détriment du capitalisme.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  J. Staline,
                  <title>Discours de clôture de la discussion sur le
                  rapport politique du Comité central du 14<hi rend="ordinal">e</hi> Congrès
                  du P.C. (b) de l’U.R.S.S.</title>,
                  p. 99, Éditions en langues étrangères, Moscou, 1951.
                </bibl>
              </cit>
            </div4>
            <div4 type="section" n="6" xml:id="chap23sect06">
              <head>23.6. Les principes fondamentaux de la politique économique pendant la période de transition du
              capitalisme au socialisme.</head>
              <p rend="alinéa">Il est impossible de bâtir le socialisme si l’on ne tient pas compte correctement des conditions
              économiques objectives de la période de transition et des lois économiques nées de ces conditions. La
              politique du Parti communiste de l’Union soviétique et de l’État soviétique s’inspirait du plan léniniste
              de construction du socialisme ; elle s’appuyait sur les lois économiques et prenait en considération le
              rapport réel des forces des classes en présence.</p>
              <p rend="alinéa">La doctrine léniniste <emph>de la victoire du socialisme dans un seul pays</emph> avait une importance capitale pour
              la construction du socialisme en U.R.S.S. Elle donnait au Parti et à la classe ouvrière une perspective
              claire et la certitude que les idées du socialisme scientifique triompheraient.</p>
              <p rend="alinéa">Quand on parle de la victoire du socialisme dans un seul pays, il importe de distinguer les deux aspects
              de cette question : l’aspect intérieur et l’aspect international. L’aspect <emph>intérieur</emph> de la question de la
              victoire du socialisme dans un seul pays comprend le problème des rapports entre les classes à
              l’intérieur du pays. Le Parti communiste et l’État soviétique étaient convaincus que la classe ouvrière
              pouvait surmonter les contradictions qui existaient entre elle et la paysannerie, resserrer son alliance
              avec cette dernière et entraîner les masses paysannes à l’édification du socialisme. La classe ouvrière
              alliée à la paysannerie est parfaitement en mesure, après avoir triomphé <emph>politiquement</emph> du capitalisme,
              de vaincre <emph>économiquement</emph> sa propre bourgeoisie, de liquider les classes exploiteuses et de construire
              une société socialiste. L’aspect <emph>international</emph> de la question de la victoire du socialisme dans un seul
              pays comprend le problème des rapports entre le pays de la dictature du prolétariat et les États
              capitalistes. Tant que coexistent deux régimes opposés : le régime socialiste et le régime capitaliste, le
              danger d’une agression armée des puissances impérialistes contre le pays du socialisme subsistera.
              Cette contradiction ne peut être levée par les seules forces du pays de la dictature du prolétariat. Aussi
              la victoire du socialisme ne sera-t-elle définitive que lorsque disparaîtra le danger d’une intervention et
              d’une restauration du capitalisme par les puissances impérialistes agressives.</p>
               <p rend="alinéa">Une condition indispensable au succès de l’édification socialiste en U.R.S.S. était l’écrasement des
              restaurateurs trotskistes-boukhariniens du capitalisme, qui prêchaient la théorie selon laquelle
              l’édification du socialisme dans un seul pays était impossible, la Russie « n’étant pas mûre » pour le
              socialisme par suite de son retard technique et économique — théorie qui désarmait la classe ouvrière.
              Le Parti communiste et l’État soviétique prenaient pour point de départ les thèses de Lénine selon
              lesquelles l’U.R.S.S. avait tout ce qui était nécessaire et suffisant pour bâtir intégralement le
              socialisme, le retard technique et économique de la Russie pouvant parfaitement être comblé dans les
              conditions de la dictature du prolétariat. L’histoire a entièrement confirmé la justesse de ces thèses de
              Lénine.</p>
              <p rend="alinéa">Le plan établi par Lénine pour édifier le socialisme en U.R.S.S. comportait essentiellement la création
              d’une puissante industrie socialiste, base matérielle du socialisme et condition indispensable du
              passage graduel des petites exploitations paysannes à la grande production collective par la
              coopération. Dans le programme léniniste d’édification du socialisme, une place essentielle revenait au
              plan d’État pour l’électrification de la Russie <emph>(plan Goelro)</emph>, adopté en 1920. C’était, dans l’histoire de
              l’humanité, le premier plan à longue échéance pour développer l’économie nationale, plan visant à
              créer en 10 ou 15 ans la base technique d’une production socialiste.</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">La victoire du socialisme sur le capitalisme, l’affermissement du socialisme
                    ne pourront être considérés comme acquis que lorsque le pouvoir d’État prolétarien,
                    après avoir définitivement écrasé toute résistance des exploiteurs et s’être assuré
                    la stabilité complète et une entière soumission, aura réorganisé toute l’industrie
                    sur la base de la grande production collective et de la technique moderne (fondée
                    sur l’électrification de toute l’économie). Cela seul pourra permettre aux villes
                    d’offrir à la campagne arriérée et dispersée une aide technique et sociale décisive,
                    susceptible d’assigner une base matérielle à un rendement sensiblement accru de
                    la culture des terres et de l’activité agricole en général, et d’inciter par l’exemple
                    les petits agriculteurs à passer, dans leur propre intérêt, à la grande culture
                    collectivisée et mécanisée.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « Première ébauche des thèses sur la question agraire »,
                    <title>Œuvres</title>, t. 31, p. 163.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Lénine a montré le chemin permettant de mettre la paysannerie sur la voie du socialisme, ainsi que le
              nouveau rôle de la <emph>coopération</emph> dans la réorganisation socialiste de la petite production marchande. Le
              plan léniniste de construction du socialisme suppose le développement maximum des liens
              économiques entre l’industrie d’État et l’économie paysanne. En raison du caractère de la petite
              économie paysanne, il est une forme de rapports économiques avec la ville dont la nécessité est vitale
              pour les paysans : l’échange fondé sur l’achat et la vente. Dans la période de transition, l’alliance, sur le
              plan commercial, de l’industrie d’État et de la petite exploitation paysanne est une nécessité
              économique.</p>
              <p rend="alinéa">L’existence, pendant la période de transition, de la petite production marchande paysanne rend donc
              nécessaire l’utilisation du marché et de l’économie monétaire pour construire le socialisme.</p>
              <p rend="alinéa">Dès le printemps de 1918, le pouvoir des Soviets entreprit d’organiser les échanges de marchandises
              avec la campagne sur la base de l’achat et de la vente. Une réforme monétaire fut amorcée. Mais
              l’intervention étrangère imposa l’obligation de mettre toute l’économie au service du front, et cela alors
              que les ressources matérielles étaient extrêmement limitées.
              L’intervention aggrava terriblement la ruine du pays, conséquence de la première guerre mondiale. Le
              pouvoir des Soviets n’avait pas d’articles industriels à échanger contre les produits de l’agriculture,
              dont la quantité avait, elle aussi, fortement diminué. Il était impossible de constituer des stocks de
              denrées agricoles pour l’armée et la ville par l’achat et la vente. La <emph>réquisition des excédents</emph> devint
              nécessaire : autrement dit, l’État prenait aux paysans par voie de prélèvement tous leurs excédents de
              denrées alimentaires sans passer par le marché. C’est ainsi que les conditions objectives obligèrent le
              pouvoir des Soviets à appliquer la politique qui reçut le nom de « communisme de guerre ».</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              En dehors de la réquisition des excédents, qui était rendue nécessaire par la pénurie extrême, par la nécessité
              d’assurer du pain à l’armée, de sauver les masses ouvrières de la famine, la politique du « communisme
              de guerre » supposait l’application d’une série d’autres mesures. Comme l’État manquait de marchandises, le commerce des
              produits de base fut interdit afin d’éviter qu’ils ne tombent entre les mains des spéculateurs. Dans les villes, les
              objets de consommation étaient sévèrement rationnés et distribués selon un principe de classe ; de plus,
              l’importance de la ration dépendait de la difficulté du travail et de l’importance de l’entreprise. Le service du
              travail général et obligatoire fut institué. La bourgeoisie était astreinte à un travail socialement utile. Les
              conditions créées par la guerre exigeaient que le pouvoir des Soviets prît en main, outre la grande et la moyenne
              industrie, une grande partie des petites entreprises. Les ressources étant très restreintes, un système de
              ravitaillement en nature, centralisé et très strict, fut appliqué dans l’industrie pour faire face aux besoins du front.
              Les entreprises recevaient et livraient les produits contre des bons, sans payement en argent, et n’avaient aucune
              indépendance économique. Tout cela excluait la possibilité d’appliquer le principe de la gestion équilibrée, qui
              permet aux entreprises de couvrir leurs frais et d’assurer leur rentabilité.
              À la suite de la guerre impérialiste et de la guerre civile, l’économie nationale de l’U.R.S.S. était dans un état de
              délabrement extrême. En 1920, la production de la grande industrie n’atteignait qu’un septième environ, et celle
              de l’agriculture que la moitié de celle de 1913, Pour couvrir ses dépenses, l’État avait émis une masse de
              papier-monnaie qui se dépréciait rapidement.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              L’héroïsme était général chez les ouvriers dans les entreprises et chez les soldats de l’Armée rouge au front. Des
              formes d’émulation, comme les <emph>samedis communistes</emph>, jouèrent un grand rôle durant cette période. La classe
              ouvrière apprenait à diriger la production.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              Pendant l’intervention étrangère et la guerre civile, on avait vu se créer et se fortifier l’alliance <emph>politique et
              militaire</emph> de la classe ouvrière et de la paysannerie pour repousser l’envahisseur étranger et les gardes blancs,
              défendre la patrie, l’État des ouvriers et des paysans. Le pouvoir des Soviets avait donné la terre à la paysannerie
              et la protégeait contre le grand propriétaire foncier et le koulak ; la classe ouvrière recevait de la paysannerie les
              denrées provenant de la réquisition des excédents : telle était la base de l’alliance politique et militaire des
              ouvriers et des paysans à l’époque du «communisme de guerre».</p>
              <p rend="alinéa">Le « communisme de guerre » était inévitable dans des conditions historiques bien déterminées, celles
              de la guerre civile et de la ruine économique. Mais le « communisme de guerre », la réquisition des
              excédents et l’interdiction de faire du commerce enlevaient au paysan tout intérêt matériel à la
              production des denrées ; ils étaient incompatibles avec l’alliance économique de la ville et de la
              campagne. S’il n’y a pas intervention étrangère et ruine économique provoquée par une longue guerre,
              l’État prolétarien n’a donc point recours au « communisme de guerre », ainsi que le confirme
              l’expérience des pays de démocratie populaire.</p>
              <p rend="alinéa">Après en avoir terminé avec l’intervention étrangère et la guerre civile, le pouvoir des Soviets passa, au
              printemps de 1921, à la nouvelle politique économique (Nep), ainsi nommée pour la distinguer de la
              politique du « communisme de guerre ». Les principes fondamentaux de la nouvelle politique
              économique avaient été formulés par Lénine dès le printemps de 1918. Mais leur application avait dû
              être ajournée par suite de l’intervention. Ce n’est que trois ans plus tard que le pouvoir des Soviets put
              de nouveau proclamer cette politique et la réaliser de façon suivie.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>nouvelle politique économique</emph>, appliquée par le pouvoir des Soviets pendant la période de
              transition, a pour but de construire le socialisme en utilisant le marché, le commerce, la circulation
              monétaire. L’essence de cette politique, c’est l’alliance <emph>économique</emph> de la classe ouvrière et de la
              paysannerie, alliance indispensable pour faire participer les masses paysannes à l’édification du
              socialisme.</p>
              <p rend="alinéa">Exposant les tâches de la Nep, Lénine disait au début de 1922 :</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">Il faut nous allier à la masse paysanne, aux simples paysans travailleurs,
                    et avancer beaucoup moins vite, infiniment plus lentement que nous ne l’avions
                    rêvé mais, en revanche, de telle sorte que réellement toute la masse avance
                    avec nous. Et alors il arrivera un moment où ce mouvement marquera une
                    accélération comme nous ne pouvons pas même la rêver aujourd’hui.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « Rapport politique du Comité central du Parti communiste (bolchévik) de Russie »,
                    présenté au 11<hi rend="ordinal">e</hi> Congrès du P.C.(b)R.,
                    <title>Œuvres</title>, t. 33, p. 276.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Avec le passage à la Nep, la tâche qui se posait avant tout était de relever l’économie. On devait
              commencer par intéresser matériellement les paysans travailleurs au relèvement rapide de l’agriculture,
              afin de procurer des denrées alimentaires à la population des villes, et des matières premières à
              l’industrie. Il fallait, sur cette base, faire progresser l’industrie d’État et assurer son alliance étroite avec
              l’agriculture en évinçant le capital privé ; puis, après avoir accumulé des ressources suffisantes, créer
              une puissante industrie socialiste capable d’assurer la réorganisation socialiste de l’agriculture, et
              d’engager résolument l’offensive contre les éléments capitalistes pour les liquider entièrement.</p>
              <p rend="alinéa">La nouvelle politique économique tolérait le capitalisme dans certaines limites, l’État prolétarien
              détenant les leviers de commande ; elle tablait sur la lutte des éléments socialistes contre les éléments
              capitalistes, sur la victoire dans cette lutte des éléments socialistes, sur la liquidation des classes
              exploiteuses et la création de la base économique du socialisme.</p>
              <p rend="alinéa">Au début de la Nep, le <emph>commerce</emph> apparaissait comme le maillon essentiel de toute la chaîne de
              l’organisation économique. La fin de la guerre permit de remplacer les réquisitions d’excédents par
              <emph>l’impôt en nature</emph>. Celui-ci, dont le montant était fixé d’avance, avant les semailles de printemps, était
              moins élevé que les réquisitions et laissait entre les mains des paysans des excédents de blé et d’autres
              produits qu’ils pouvaient vendre librement sur le marché ou échanger contre des articles industriels.
              Lénine soulignait la nécessité pressante d’apprendre à faire du commerce pour que l’industrie socialiste
              pût satisfaire les besoins du paysan.</p>
              <p rend="alinéa">La nécessité d’une circulation marchande entre la ville et la campagne commandait le développement
              de liens commerciaux dans l’industrie elle-même et rendait indispensable l’affermissement de la
              monnaie. Avec le passage à la nouvelle politique économique, le ravitaillement en nature de l’industrie
              fut supprimé. Les entreprises d’État, désormais gérées selon les principes de la gestion équilibrée
              (khozrastchot), fonctionnèrent de plus en plus de manière à couvrir leurs frais et devinrent jusqu’à un
              certain point rentables. Le rationnement de la population fut remplacé par un commerce largement
              développé. La réforme monétaire de 1924 assura au pays une monnaie stable.</p>
              <p rend="alinéa">S’appuyant sur la loi du
              développement harmonieux de l’économie nationale, le pouvoir des Soviets restreignait sans cesse le
              champ d’action de la loi de la valeur et passait peu à peu à la planification de l’industrie d’État.</p>
              <p rend="alinéa">Dans le secteur d’État, il procédait à la planification directement, en fixant ses tâches à chaque
              entreprise. Il établissait des prix fermes pour les marchandises produites par ses entreprises. Mais il ne
              pouvait planifier de même l’économie paysanne. L’action de l’État s’exerçait sur l’économie paysanne
              par une réglementation économique indirecte au moyen du commerce, des fournitures, des stockages,
              des prix, du crédit, de la politique financière. L’État soviétique mettait en œuvre tous ces instruments
              économiques pour consolider l’alliance avec l’économie paysanne, accentuer le rôle déterminant du
              secteur socialiste. L’action de la loi de la valeur se manifestait sur le marché privé en ceci que les prix
              s’établissaient d’eux-mêmes, que la concurrence et la spéculation subsistaient, que les éléments
              capitalistes s’enrichissaient aux dépens des travailleurs. Concentrant entre ses mains une quantité
              croissante de marchandises et procédant de plus en plus largement au stockage des produits agricoles,
              l’État soviétique, dans une lutte opiniâtre contre les éléments capitalistes, parvint essentiellement à
              fixer le prix du blé et des autres marchandises de base et à réduire au minimum le libre jeu des prix du
              marché. Le rôle régulateur de l’État vis-à-vis du marché privé s’affirma de plus en plus.</p>
              <p rend="alinéa">La tâche qu’assigna la 11<hi rend="ordinal">e</hi> conférence du P.C.(b)R. était
              la suivante :</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">
                  Prenant en considération l’existence du marché et tenant compte de ses lois, apprendre à en tirer
                  parti et, par des mesures d’ordre économique méthodiquement appliquées, mûrement pesées et
                  fondées sur une estimation exacte des processus du marché, prendre en main la réglementation de
                  celui-ci et de la circulation monétaire.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  « Résolutions de la 11<hi rend="ordinal">e</hi> conférence du P.C.(b)R. »,
                  <title>Le P.C.U.S. dans les résolutions et décisions de ses congrès,
                  de ses conférences et des assemblées plénières du Comité central</title>,
                  1<hi rend="ordinal">re</hi> partie, p. 588 (7<hi rend="ordinal">e</hi> éd. russe).
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Le Parti communiste et le gouvernement soviétique s’acquittèrent avec succès
              de cette tâche.</p>
              <p rend="alinéa">S’appuyant sur l’industrie socialiste, le système financier et du crédit, le commerce d’État et les
              coopératives, le pouvoir des Soviets appliquait, de façon suivie, tout en soutenant une lutte de classe
              acharnée, une politique de limitation et d’éviction des éléments capitalistes : industriels, koulaks,
              commerçants. Les impôts qui frappaient les capitalistes furent augmentés ; les possibilités qui
              s’offraient à eux d’employer les moyens de production et le travail salarié diminuèrent. Autrement dit,
              la sphère d’application de la loi de la plus-value se rétrécissait. Si, dans les premières années de la Nep,
              on observait une certaine animation, une certaine croissance des éléments capitalistes, leur rôle dans
              l’économie commença bientôt à baisser de plus en plus rapidement.</p>
              <p rend="alinéa">Pour faire progresser l’industrie d’État, il était indispensable d’intéresser matériellement et
              personnellement les ouvriers au développement de la production socialiste. Appliquant la loi de la
              répartition d’après le travail, l’État socialiste fit de plus en plus correspondre le salaire des ouvriers et
              des employés à la quantité et à la qualité du travail fourni par chacun. Cela entraîna une élévation
              continue de la productivité du travail.</p>
              <p rend="alinéa">Pendant la période de transition, un double processus se poursuivait dans l’économie : d’une part, la
              croissance spontanée, jusqu’à un certain moment et dans certaines limites, des éléments capitalistes ;
              d’autre part, le progrès régulier, ininterrompu et beaucoup plus rapide des éléments socialistes, progrès
              qui déterminait la marche du développement de toute l’économie nationale.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              La part du secteur privé dans la production industrielle, qui était d’un quart pendant les premières années de la
              Nep, descendit à un dixième en 1929. Alors qu’en 1921-1922, les trois quarts environ du commerce de détail étaient
              aux mains du commerce privé, au début de 1926, le commerce d’État et coopératif, évinçant de plus en plus les
              commerçants privés, s’était définitivement assuré une situation prépondérante dans ce domaine.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              La reprise du commerce, la consolidation de l’alliance sur le plan commercial étaient les conditions nécessaires à
              un relèvement rapide de l’économie et au progrès de l’industrie socialiste. La mise en œuvre, par le pouvoir des
              Soviets, des avantages de l’industrie socialiste permit à la grande industrie d’atteindre en 1926 le niveau de 1913
              quant an volume de la production. Grâce à l’aide accordée dans tous les domaines par le pouvoir des Soviets à la
              paysannerie laborieuse, le volume global de la production agricole dépassait en 1926 celui de 1913.</p>
              <p rend="alinéa">Le rétablissement de l’industrie et de l’agriculture permit de passer à la reconstruction socialiste de
              toute l’économie nationale. À mesure que progressaient l’industrie et l’agriculture, le niveau d’existence
              matériel et culturel des travailleurs s’élevait lui aussi.</p>
              <p rend="alinéa">Au cours de la période de transition du capitalisme au socialisme, les travailleurs de l’U.R.S.S., guidés
              par le Parti communiste, menèrent successivement à bien les tâches suivantes : conquête des leviers de
              commande de l’économie nationale grâce à la nationalisation socialiste ; établissement d’une alliance,
              sur le plan commercial, entre l’industrie socialiste et l’économie paysanne, et fourniture à la campagne
              d’articles de consommation ; industrialisation socialiste du pays et établissement, sur le plan de la
              production, d’une alliance entre la ville et la campagne en fournissant à celle-ci l’outillage mécanique
              le plus moderne ; collectivisation de l’agriculture et création de la base économique du socialisme à la
              campagne.</p>
              <p rend="alinéa">L’instauration des rapports de production socialistes dans l’industrie ouvrait de grandes possibilités
              pour l’industrialisation socialiste du pays. En donnant à l’agriculture une base technique moderne,
              l’industrialisation socialiste créait par là même le fondement matériel de la collectivisation socialiste
              des exploitations paysannes.
              La nécessité objective de l’industrialisation du pays et de la collectivisation de l’agriculture découle de
              la loi de la correspondance nécessaire entre les rapports de production et le caractère des forces
              productives, ainsi que de la loi économique fondamentale du socialisme. Ces lois appellent
              l’établissement de rapports de production socialistes dans toute l’économie nationale, dans l’industrie
              comme dans l’agriculture. Alors seulement les forces productives auront le champ libre pour se
              développer. L’industrialisation socialiste du pays et la collectivisation de l’agriculture assurent la
              victoire du socialisme dans toute l’économie nationale, l’élévation constante de la production et du
              bien-être de la population.</p>
              <p rend="alinéa">La nouvelle politique économique était la concrétisation du plan de Lénine pour organiser une
              économie socialiste en U.R.S.S., plan développé par la suite dans les travaux de Staline et les
              décisions du Parti communiste. Tout pays qui bâtit le socialisme est tenu de se guider sur les principes
              fondamentaux qui étaient à la base de la nouvelle politique économique appliquée en U.R.S.S. Mais
              les formes concrètes de l’édification économique dans tel ou tel pays doivent tenir compte des
              particularités de son développement, de la conjoncture dans laquelle se déroule la révolution socialiste.
              Lénine a souligné que</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Marx ne se liait pas les mains et n’entravait en rien les futurs artisans
                  de la révolution socialiste, quant aux formes, procédés ou méthodes de la
                  révolution, comprenant parfaitement que de nouveaux et nombreux problèmes
                  surgiraient à cette époque, que la situation changerait complètement
                  au cours de la révolution, et qu’elle continuerait à se modifier souvent et
                  considérablement au fur et à mesure des progrès de la révolution.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  V. Lénine,
                  « L’impôt en nature »,
                  <title>Œuvres</title>, t. 32, p. 358.
                </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">L’organisation d’une économie socialiste dans les pays de démocratie populaire bénéficie de conditions
              plus favorables qu’en U.R.S.S. qui, à l’époque, était seule à bâtir le socialisme. C’est l’Union soviétique
              qui a dû, la première, frayer la voie au socialisme. Chaque pays de démocratie populaire s’appuie
              aujourd’hui sur une aide puissante de tout le camp du socialisme, et il profite de l’expérience de
              l’édification socialiste en U.R.S.S.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume" n="23" xml:id="chap23resume">
              <head>Résumé du chapitre 23</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
                <item><p rend="alinéa">La grande Révolution socialiste d’Octobre a, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité,
                frayé la voie au socialisme. C’est la loi de la correspondance nécessaire entre les rapports de
                production et le caractère des forces productives qui rend historiquement inévitable la révolution
                prolétarienne. Une période de transition est nécessaire pour la transformation révolutionnaire de la
                société capitaliste en société socialiste. L’État, dans la période de transition, est la dictature du
                prolétariat, sous la forme du pouvoir des Soviets ou celle de la démocratie populaire. La
                nationalisation socialiste des principaux moyens de production qui se trouvaient entre les mains des
                classes exploiteuses conduit à la création d’un secteur d’économie socialiste qui comprend les leviers
                de commande de l’économie nationale.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">Pendant la période de transition, les principales formes d’économie sociale sont : le socialisme, la
                petite production marchande, le capitalisme, auxquelles correspondent les classes suivantes : la classe
                ouvrière, la paysannerie, la bourgeoisie. Les classes fondamentales, dans la période de transition,
                sont la classe ouvrière et la paysannerie. Le principe suprême de la dictature du prolétariat est
                l’alliance de la classe ouvrière et de la paysannerie sous la direction de la classe ouvrière, alliance
                dirigée contre les classes exploiteuses. La contradiction fondamentale de la période de transition est
                celle qui existe entre le socialisme montant et le capitalisme moribond. La limitation et l’éviction, puis
                la liquidation des éléments capitalistes, sont réalisées au cours d’une lutte de classe acharnée.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">Pendant la période de transition, à mesure que la forme d’économie socialiste se développe et se
                renforce, et que la victoire sur les éléments capitalistes se précise, les lois économiques du
                capitalisme, qui traduisent des rapports fondés sur l’exploitation, doivent quitter la scène. C’est alors
                que les lois économiques du socialisme, sur lesquelles s’appuie l’État prolétarien, surgissent et
                étendent progressivement leur champ d’action. Le pouvoir prolétarien utilise de plus en plus la loi de
                la valeur, le commerce, la monnaie, le crédit, au détriment du capitalisme et dans l’intérêt du
                socialisme.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">La politique économique de la dictature du prolétariat, pendant la période de transition, vise à
                assurer la victoire, des éléments socialistes sur les éléments capitalistes et la construction d’une
                économie socialiste en utilisant la production marchande et le marché. Cette politique garantit
                l’alliance économique de l’industrie socialiste et de l’économie paysanne, l’industrialisation socialiste
                du pays et la collectivisation de l’agriculture.</p></item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3 type="chapitre" n="24" xml:id="chap24">
            <head>Chapitre 24 — L’industrialisation socialiste</head>
            <div4 type="section" n="1" xml:id="chap24sect01">
              <head>24.1. La grande industrie, base matérielle du socialisme.
              La nature de l’industrialisation socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">Le socialisme ne peut être édifié que sur la base de la grande production mécanique. Celle-ci est seule
              capable d’assurer, à la ville comme à la campagne, la victoire des formes socialistes de l’économie sur
              les formes capitalistes, l’augmentation continue de la productivité du travail et le bien-être accru des
              travailleurs.</p>
              <p rend="alinéa">Lénine écrivait :</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">La base matérielle du socialisme ne peut être que la grande industrie
                    mécanique, capable de réorganiser l’agriculture elle aussi.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « Thèses du rapport sur la tactique du Parti communiste russe
                    présenté au 3<hi rend="ordinal">e</hi> Congrès de l’Internationale communiste »,
                    thèse 9,
                    <title>Œuvres</title>,
                    t. 32, p. 489.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Le capitalisme a développé la grande industrie et créé ainsi les conditions matérielles de la révolution
              prolétarienne et de la construction du socialisme. Mais en raison des contradictions qui lui sont
              inhérentes, il n’a pas pu organiser dans tous les pays toutes les branches de l’économie sur la base de la
              grande production mécanique. La plupart des pays, et en particulier les pays coloniaux et dépendants,
              ne possèdent pas une grande industrie suffisamment développée. Dans les pays capitalistes, il existe
              une classe nombreuse de paysans dont la petite exploitation privée individuelle est fondée sur le travail
              manuel et une technique primitive. Or, il est impossible d’assurer la victoire du socialisme dans
              l’ensemble de l’économie nationale sans réorganiser toutes les branches de la production sur la base
              d’une technique avancée.</p>
              <p rend="alinéa">Ce sont les branches produisant les moyens de production : métal, houille, pétrole, machines,
              équipements, matériaux de construction, etc., autrement dit, <emph>l’industrie lourde</emph>, qui jouent le rôle
              déterminant dans la grande industrie. Aussi l’industrialisation socialiste est-elle avant tout le
              développement de l’industrie lourde et des constructions mécaniques, qui en sont le centre.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Le centre de l’industrialisation, sa base, c’est le développement de l’industrie lourde (combustible,
                  métal, etc.), le développement, en dernière analyse, de la production des moyens de production, le
                  développement de sa propre industrie des constructions mécaniques.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  J. Staline,
                  <title>La situation économique de l’Union soviétique et la politique du Parti</title>.
                  Éditions en langues étrangères, p. 8-9.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Celles-ci occupent une place à part dans l’économie du pays. Des constructions mécaniques
              développées sont à la base du rééquipement de toutes les branches de l’économie nationale en moyens
              techniques modernes : machines, machines-outils, appareils, outils ; elles sont à la base du progrès
              technique.</p>
              <p rend="alinéa">L’industrialisation socialiste assure aux formes d’industrie socialistes une prépondérance croissante sur
              les formes de la petite production marchande et du capitalisme. Elle crée la base matérielle du
              développement des formes socialistes d’économie, de la liquidation des éléments capitalistes ; elle
              assure aux formes socialistes d’économie la supériorité technique indispensable pour triompher
              entièrement de la formation économique capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">Le développement de l’industrie lourde est la clé de la transformation socialiste de l’agriculture sur la
              base d’un outillage mécanique perfectionné. En fournissant à l’agriculture des tracteurs, des
              moissonneuses-batteuses et d’autres machines agricoles, l’industrie socialiste permet la naissance et le
              développement à la campagne des nouvelles forces productives indispensables à la victoire du régime
              kolkhozien.</p>
              <p rend="alinéa">L’industrialisation socialiste entraîne une augmentation des effectifs de la classe ouvrière ; elle accroît
              son importance et son rôle dirigeant dans la société ; elle renforce les bases de la dictature de la classe
              ouvrière et son alliance avec la paysannerie.
              L’industrialisation socialiste garantit <emph>l’indépendance technique et économique</emph>, ainsi que la capacité de
              défense du pays qui construit le socialisme face à l’hostilité du monde capitaliste. L’industrie lourde
              permet de fabriquer les armements modernes indispensables pour défendre le pays contre l’agression
              d’États impérialistes hostiles.</p>
              <p rend="alinéa"><emph>L’industrialisation socialiste</emph> est donc un développement de la grande industrie, et en premier lieu de
              l’industrie lourde, qui assure la refonte de toute l’économie nationale sur la base d’un outillage
              mécanique perfectionné, la victoire des formes socialistes d’économie, l’indépendance technique et
              économique du pays vis-à-vis du monde capitaliste, et sa capacité de défense.</p>
              <p rend="alinéa">L’industrialisation socialiste est rendue nécessaire par la loi de la correspondance nécessaire entre les
              rapports de production et le caractère des forces productives, et par la loi économique fondamentale du
              socialisme, par la nécessité de créer les conditions matérielles de l’édification du socialisme, de
              l’accroissement continu de la production et de l’élévation permanente du niveau de vie du peuple.</p>
              <p rend="alinéa">L’industrialisation socialiste du pays avait pour l’U.R.S.S. une importance vitale. Bien qu’elle possédât
              une grande industrie, la Russie d’avant la Révolution était un pays essentiellement agricole. Elle restait
              sensiblement en arrière des principaux pays capitalistes quant au niveau de développement de son
              industrie, et surtout de son industrie lourde.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              Occupant la première place au monde par l’étendue de son territoire, et la troisième (après la Chine et l’Inde) par
              sa population, la Russie des tsars venait au cinquième rang dans le monde et au quatrième en Europe par le
              volume de sa production industrielle. En 1913, la production agricole constituait 57,9 % et la production
              industrielle 42,1 % de la production de l’agriculture et de la grosse industrie réunies. L’industrie lourde était très
              en retard sur l’industrie légère. De nombreuses industries importantes faisaient défaut : celles des
              machines-outils, des tracteurs, des automobiles, d’autres encore. La Russie d’avant la Révolution était quatre fois moins
              pourvue d’instruments de production modernes que l’Angleterre, cinq fois moins que l’Allemagne, dix fois moins
              que l’Amérique. Son retard économique et technique la plaçait sous la dépendance des pays capitalistes plus
              développés. Elle devait importer une partie considérable de ses équipements et de ses autres moyens de
              production. Les branches-clés de l’industrie lourde étaient entre les mains de capitalistes étrangers.</p>
              <p rend="alinéa">La domination des capitalistes et des grands propriétaires fonciers aggravait de plus en plus la
              dépendance de la Russie à l’égard des puissances impérialistes d’Occident. L’indépendance nationale
              du pays était directement menacée. Les classes exploiteuses étaient incapables de combler le retard
              technique et économique séculaire de la Russie. Seule la classe ouvrière pouvait s’acquitter de cette
              tâche historique. À la veille de la grande Révolution socialiste d’Octobre, Lénine soulignait déjà que
              <emph>rattraper et dépasser</emph> les pays capitalistes les plus développés sous le rapport technique et économique
              était pour la Russie une question de vie ou de mort.</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">La révolution a fait que la Russie a rattrapé en quelques mois,
                    quant à son régime <emph> p o l i t i q u e</emph>, les
                    pays avancés.</p>
                    <p rend="alinéa">Mais cela ne suffit pas. La guerre est inexorable.
                    Elle pose la question avec une âpreté implacable :
                    ou bien périr ou bien rattraper les pays avancés
                    et les dépasser <emph> a u s s i   a u   p o i n t   d e   v u e 
                     é c o n o m i q u e…</emph></p>
                    <p rend="alinéa">[…]</p>
                    <p rend="alinéa">Périr ou s’élancer en avant à toute vapeur.
                    C’est ainsi que l’histoire pose la question.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « La catastrophe imminente et les moyens de la conjurer »,
                    <title>Œuvres</title>, t. 25, p. 395-396.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Le niveau de développement des forces productives et, en particulier, l’existence en Russie d’une
              grande industrie concentrée étaient suffisants pour permettre la victoire de la révolution prolétarienne
              et l’établissement du pouvoir des Soviets, pouvoir politique le plus avancé du monde. Mais pour créer
              la base économique du socialisme, opérer la refonte socialiste de la petite agriculture arriérée et
              accroître le bien-être de la population, il fallait combler le retard technique et économique séculaire du
              pays, créer une puissante industrie lourde. Sans une industrie lourde développée, la Russie aurait été
              vouée à devenir un appendice agricole des pays capitalistes plus évolués, à perdre son indépendance,
              et avec elle toutes les conquêtes de la révolution socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">Avec la victoire de la révolution prolétarienne en Russie, surgit une contradiction entre le pouvoir
              politique le plus avancé du monde — le pouvoir des Soviets — et sa base technique et économique
              arriérée héritée du passé. Le pouvoir des Soviets n’aurait pu se maintenir longtemps sur la base d’une
              industrie arriérée. Il devait, pour lever cette contradiction, procéder à l’industrialisation socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi, l’industrialisation socialiste de l’U.R.S.S. était une nécessité historique ; les intérêts vitaux,
              pressants, de l’édification du socialisme l’exigeaient.</p>
              <p rend="alinéa">Conscients de cette nécessité historique, le Parti
              communiste et l’État soviétique appliquèrent une politique conséquente d’industrialisation socialiste du
              pays. Le 14<hi rend="ordinal">e</hi> Congrès du Parti communiste (1925) assigna pour tâche centrale l’industrialisation
              socialiste du pays. Il déclarait dans les résolutions :</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Organiser l’économie de manière que l’U.R.S.S. devienne, de pays importateur de machines et
                  d’équipements, un pays produisant machines et équipements ; pour que l’U.R.S.S., entourée d’États
                  capitalistes, ne puisse d’aucune manière devenir un appendice de l’économie mondiale capitaliste,
                  mais constitue une unité économique indépendante, s’organisant sur le mode socialiste.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  « Résolution du 14<hi rend="ordinal">e</hi> Congrès du P.C. (b) de l’U.R.S.S. »,
                  <title>Le P.C.U.S. dans les résolutions et décisions de ses congrès,
                  de ses conférences et des assemblées plénières du Comité central</title>,
                  2<hi rend="ordinal">e</hi> partie, p. 75.
                </bibl>
              </cit>
            </div4>
            <div4 type="section" n="2" xml:id="chap24sect02">
              <head>24.2. Les rythmes de l’industrialisation socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">Pour s’acquitter de ces tâches fondamentales : mener à bien la refonte socialiste du pays et sauvegarder
              son indépendance, il fallait réaliser l’industrialisation dans des délais historiques extrêmement brefs.
              La nécessité de <emph>rythmes</emph> rapides d’industrialisation était dictée par les conditions extérieures et
              intérieures du développement de l’Union soviétique, premier pays du socialisme.</p>
              <p rend="alinéa">Les <emph>conditions extérieures</emph> du développement de l’U.R.S.S. étaient déterminées par l’existence d’un
              entourage capitaliste hostile. Les pays impérialistes possédaient une base industrielle plus puissante et
              voulaient anéantir, ou du moins affaiblir l’État soviétique. La question des rythmes du développement
              industriel ne se serait pas posée avec autant d’acuité si l’Union soviétique avait eu une industrie aussi
              développée que les pays capitalistes avancés, ou encore si la dictature du prolétariat avait été instaurée
              dans d’autres États plus développés au point de vue industriel. Mais l’Union soviétique était un pays
              arriéré au point de vue technique et économique, et le seul où existât la dictature du prolétariat. D’où la
              nécessité de créer à des rythmes rapides une base industrielle perfectionnée.</p>
              <p rend="alinéa"><emph>Les conditions intérieures</emph> du développement de l’U.R.S.S. rendaient également indispensables des
              rythmes rapides d’industrialisation. Tant que le pays des Soviets restait un pays de petits paysans, le
              capitalisme y conservait une base économique plus solide que le socialisme. Pour décider « qui
              l’emporterait », il fallait, en des délais historiques très brefs, transformer par le travail collectivisé
              disposant d’une technique avancée cette poussière d’exploitations paysannes fondées sur la propriété
              privée, et enlever au capitalisme la base qu’il avait dans la petite production marchande. Cette tâche ne
              pouvait être résolue qu’en développant rapidement l’industrie lourde.</p>
              <p rend="alinéa">Justifiant la nécessité historique de rythmes rapides de l’industrialisation socialiste, Staline disait :</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Nous retardons de cinquante à cent ans sur les pays avancés.
                  Nous devons parcourir cette distance en dix ans.
                  Ou nous le ferons, ou nous serons broyés.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  J. Staline,
                  « Les tâches des dirigeants de l’industrie »,
                  <title>Les Questions du léninisme</title>, t. 2, p. 38.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Les avantages du système socialiste d’économie et les particularités de la méthode socialiste
              d’industrialisation permettaient d’industrialiser le pays à des rythmes rapides.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              De 1929 à 1937, le rythme d’accroissement annuel moyen de la production industrielle a été en U.R.S.S.
              d’environ 20 % contre 0,3 % seulement dans les pays capitalistes durant la même période. Les rythmes
              d’accroissement de l’industrie soviétique ont dépassé de plusieurs fois ceux de l’industrie des principaux pays
              capitalistes dans la période de leur développement le plus rapide. Ainsi, aux États-Unis, l’accroissement annuel
              moyen de la production industrielle a été de 8,2 % de 1890 à 1895, de 5,2 % de 1895 à 1900, de 2,6 % de 1900 à
              1905, de 3,6 % de 1905 à 1910.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="3" xml:id="chap24sect03">
              <head>24.3. La méthode socialiste d’industrialisation. D’où viennent les
              ressources nécessaires à l’industrialisation socialiste ?</head>
              <p rend="alinéa"><emph>La méthode socialiste d’industrialisation</emph>, fondée sur les nouvelles lois économiques du socialisme,
              permet seule de réaliser l’industrialisation socialiste dans les délais historiques les plus brefs.</p>
              <p rend="alinéa">Dans les pays capitalistes, l’industrialisation commence d’ordinaire par le développement de l’industrie
              légère. Ce n’est qu’après un temps assez long que vient le tour de l’industrie lourde.</p>
              <p rend="alinéa">Le pays des Soviets ne pouvait s’engager dans cette voie qui aurait été fatale à la révolution socialiste
              et aurait fait de l’U.R.S.S. une colonie des États impérialistes. Le Parti communiste repoussa la
              méthode capitaliste d’industrialisation et entreprit d’industrialiser le pays en développant d’abord
              l’industrie lourde.</p>
              <p rend="alinéa">L’industrialisation capitaliste se réalise de façon anarchique. Elle est le résultat de la course au profit
              capitaliste. L’industrialisation socialiste est réalisée dans le cadre de la loi du développement
              harmonieux de l’économie nationale, pour construire le socialisme et satisfaire les besoins croissants
              des travailleurs. Elle ne pourrait pas être accomplie si la production dans le secteur socialiste avait
              pour régulateur la loi de la valeur. L’État soviétique répartit, conformément à un plan, la main-d’œuvre
              et les moyens de production entre les différentes branches dans les proportions que dictait la nécessité
              d’effectuer l’industrialisation socialiste du pays et qui assuraient le développement prioritaire de
              l’industrie lourde à un rythme accéléré. Au cours des deux premiers quinquennats, le gros des
              investissements de l’État soviétique alla non pas à l’industrie légère, cependant plus rentable, mais aux
              entreprises de l’industrie lourde dont la construction avait une importance décisive pour la victoire du
              socialisme. Le système financier, le crédit, le commerce extérieur furent mis au service de
              l’industrialisation.</p>
              <p rend="alinéa">L’industrialisation capitaliste accroît l’exploitation et la paupérisation de la classe ouvrière et de la
              paysannerie, approfondit le fossé entre la ville et la campagne, entraîne l’asservissement des peuples
              coloniaux. L’industrialisation socialiste, conformément aux exigences de la loi économique
              fondamentale du socialisme, assure la base matérielle d’une élévation constante de la production, grâce
              à une technique supérieure, entraîne la disparition du chômage et l’augmentation du salaire réel des
              ouvriers. L’industrialisation socialiste crée la base des progrès de l’agriculture ; elle entraîne un
              bien-être croissant de la paysannerie, rapproche la campagne de la ville, renforce l’alliance de la classe
              ouvrière et de la paysannerie. Le Parti communiste rejeta les conceptions hostiles des trotskistes qui
              proposaient d’effectuer l’industrialisation en ruinant la paysannerie et cherchaient à saper ainsi
              l’alliance de la classe ouvrière et de la paysannerie. L’industrialisation socialiste est un puissant facteur
              de progrès économique et culturel pour les régions habitées par les minorités nationales autrefois
              arriérées.</p>
              <p rend="alinéa">La méthode socialiste d’industrialisation élargit constamment le marché intérieur, ce qui donne une
              base interne solide au développement de l’industrie.</p>
              <p rend="alinéa">Il s’ensuit que les ouvriers et les paysans ont un intérêt direct à l’industrialisation socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">L’industrialisation d’un pays autrefois aussi arriéré que la Russie était une tâche difficile, car fonder
              une puissante industrie lourde exigeait des dépenses matérielles et financières considérables.</p>
              <p rend="alinéa">À côté d’une exploitation impitoyable des ouvriers et des paysans, l’afflux de ressources extérieures :
              pillages coloniaux, contributions de guerre, emprunts léonins, concessions, a joué un rôle essentiel
              dans l’industrialisation des pays capitalistes. Le recours à ces méthodes pour mobiliser les ressources
              destinées à bâtir une industrie est incompatible avec les principes du socialisme. Le pays des Soviets
              devait trouver chez lui les ressources indispensables à la création d’une industrie lourde, sans
              contracter au dehors des emprunts léonins, grâce à ses ressources intérieures, par une accumulation
              socialiste méthodique, L’<emph>accumulation socialiste</emph> consiste à utiliser une partie du revenu national pour
              élargir la production socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">Pour accumuler les ressources nécessaires à l’édification de nouvelles usines, l’économie la plus stricte
              s’imposait. Nous économisons sur tout, écrivait Lénine, car</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    nous comprenons que, si nous ne sauvons pas l’industrie lourde,
                    si nous ne la relevons pas, nous ne pourrons construire aucune industrie,
                    et à défaut de celle-ci, c’en sera fait de nous, en général,
                    comme pays indépendant.
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « Cinq ans de révolution russe et les perspectives de la révolution mondiale »,
                    rapport présenté au 4<hi rend="ordinal">e</hi> Congrès de l’Internationale
                    communiste,
                    <title>Œuvres</title>,
                    t. 33, p. 438.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Si l’État soviétique mena à bien la tâche difficile de réunir les fonds nécessaires à l’industrialisation,
              c’est qu’il mettait à profit les avantages de l’économie socialiste. L’expropriation des propriétaires
              fonciers et des capitalistes permettait de consacrer à l’industrialisation socialiste une partie importante
              des ressources que s’attribuaient autrefois les exploiteurs pour leur consommation parasite. Le pouvoir
              des Soviets avait libéré le pays du paiement annuel des intérêts des emprunts tsaristes et des
              dividendes qu’empochaient les capitalistes étrangers pour les capitaux qu’ils avaient investis en Russie.
              Les versements effectués à ce titre s’élevaient avant la Révolution à 800 ou 900 millions de roubles-or
              par an.</p>
              <p rend="alinéa">La paysannerie soviétique, affranchie des fermages qu’elle payait aux propriétaires fonciers et des
              grosses dettes qu’elle avait contractées envers les banques, avait intérêt à voir l’industrie se développer
              et pouvait consacrer à cette fin une partie de ses ressources.</p>
              <p rend="alinéa">Les revenus de l’industrie nationalisée, du commerce extérieur, du commerce intérieur d’État et des
              banques fournissaient à l’industrialisation socialiste les ressources les plus importantes dont
              l’importance augmentait avec les progrès de l’industrie socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">L’industrie socialiste, pour accroître les accumulations, présente des avantages indéniables par rapport
              à l’industrie capitaliste. Elle est l’industrie la plus grande et la plus concentrée, dont l’activité est
              coordonnée à l’échelle de tout le pays ; la loi de la concurrence et de l’anarchie de la production n’a pas
              prise sur elle. La planification de l’industrie, l’utilisation rationnelle de ses ressources, l’initiative de la
              classe ouvrière dans le travail, le développement rapide de la technique, ont créé les conditions d’une
              élévation continue de la productivité du travail. Aussi l’industrie socialiste put-elle réduire de plus en
              plus ses <emph>prix de revient</emph>, c’est-à-dire les dépenses exprimées en argent effectuées par les entreprises
              pour fabriquer et réaliser leur production.</p>
              <p rend="alinéa">Un des grands avantages de l’économie socialiste par rapport à l’économie capitaliste est la
              concentration, dans les établissements de crédit de l’État, de tout l’argent accumulé par les entreprises
              d’État et les coopératives, ainsi que des ressources disponibles de la population, et leur utilisation
              planifiée pour développer l’industrie. L’État soviétique a assuré l’utilisation rationnelle des fonds
              accumulés pour satisfaire les principaux besoins de l’industrialisation. Il a appliqué un régime
              d’économie des plus stricts, poursuivi la simplification et réduit le coût de son appareil et de l’appareil
              des coopératives autant qu’il l’a pu, fait triompher le principe de la gestion équilibrée (khozrastchot),
              affermi la discipline financière, intensifié la lutte contre le gaspillage des fonds publics.</p>
              <p rend="alinéa">Toutes ces sources d’accumulation intérieure ont fourni des milliards de roubles pour l’industrialisation
              du pays et permis d’investir des sommes importantes dans l’industrie, et notamment dans l’industrie
              lourde.</p>
              <p rend="alinéa">Le pouvoir des Soviets a ainsi triomphé des difficultés inhérentes à l’accumulation des ressources
              nécessaires pour industrialiser le pays.</p>
              <p rend="alinéa">La méthode socialiste d’industrialisation a permis de gagner un temps précieux en assurant la création
              à bref délai d’une industrie socialiste de premier ordre et son développement à des rythmes accélérés.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="4" xml:id="chap24sect04">
              <head>24.4. Les grands travaux.
              L’assimilation de la nouvelle technique et le problème des cadres.
              </head>
              <p rend="alinéa">L’industrialisation socialiste exige une masse de grands travaux, qui furent entrepris en U.R.S.S. sur
              une grande échelle. Ces travaux furent centrés autour de la construction de nouvelles entreprises, qui
              absorba plus de la moitié des investissements dans l’industrie.</p>
              <p rend="alinéa">Du fait de la situation historique dans laquelle se développait le premier pays du socialisme,
              l’industrialisation socialiste de l’U.R.S.S. se caractérisa par la nécessité de créer toutes les branches
              essentielles de l’industrie lourde en très peu de temps. Des dizaines de branches de l’industrie moderne,
              qui faisaient défaut dans la Russie d’avant la Révolution, furent créées en U.R.S.S. au cours des
              quinquennats d’avant-guerre : l’industrie automobile et celle des tracteurs, les constructions de
              machines-outils, plusieurs fabrications de l’industrie chimique, les constructions aéronautiques, la
              fabrication des machines agricoles modernes, la production d’aciers fins, etc. Les fonds fixes des
              principales branches de l’industrie lourde furent presque entièrement renouvelés en un espace de temps
              très court.</p>
              <p rend="alinéa">Pour construire les nouvelles entreprises et pour reconstruire les anciennes, on fit largement appel aux
              réalisations de la technique moderne mondiale. Les nouvelles entreprises industrielles furent équipées
              des machines, des machines-outils et des appareils les plus perfectionnés. Toutes les branches de
              l’industrie furent touchées par le processus de la reconstruction technique.</p>
              <p rend="alinéa">Tout cela eut pour résultat la création au cours des quinquennats d’avant-guerre d’une industrie
              puissante, équipée d’une technique moderne.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Au cours du premier plan quinquennal (1929-1932),
              les investissements dans l’industrie se sont élevés (aux prix actuels)
              à 35,1 milliards de roubles, dont 30,1 milliards dans l’industrie lourde ;
              au cours du deuxième plan quinquennal (1933-1937), à 82,8 milliards de roubles,
              dont 69,1 milliards dans l’industrie lourde ; durant les trois années et demie du troisième
              plan quinquennal (1938-première moitié de 1941), 81,6 milliards de roubles,
              dont 70,3 milliards dans l’industrie lourde.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              Dans l’ensemble de l’industrie, les fonds de production fixes (bâtiments d’exploitation et installations, machines
              et outillages) dépassaient, en 1937, de 450 % le niveau de 1928, et, dans les branches produisant des moyens de
              production, de 600 %.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              Des milliers de fabriques et d’usines furent construites et mises en marche au cours des plans quinquennaux.
              Parmi elles, des dizaines de géants de l’industrie socialiste : les combinats métallurgiques de Magnitogorsk et de
              Kouznetsk, la centrale hydroélectrique du Dniepr, les usines de tracteurs de Stalingrad et de Kharkov, les usines
              d’automobiles de Moscou et de Gorki, les entreprises de constructions mécaniques lourdes de l’Oural et de
              Kramatorsk, l’usine de roulements à billes de Moscou, les combinats chimiques de Stalinogorsk, de Solikamsk et
              de Bérézniki, et bien d’autres encore. Les nouveaux établissements fournissaient désormais la plus grande partie
              de la production industrielle. Dès 1937, plus de 80 % de celle-ci provenaient des entreprises construites ou
              réaménagées au cours des deux premiers plans quinquennaux.</p>
              <p rend="alinéa">La création d’un grand nombre d’entreprises équipées selon le dernier mot de la technique posa un
              nouveau et difficile problème : fournir à l’industrie les cadres d’ouvriers qualifiés et de spécialistes,
              capables de s’assimiler et de mettre entièrement à profit cette technique. Il fallait créer ces cadres en
              masse, et en peu de temps.</p>
              <p rend="alinéa">Le problème de l’approvisionnement de l’industrie socialiste en main-d’œuvre
              fut résolu d’une toute autre façon qu’en régime capitaliste, où la main-d’œuvre s’accroît
              essentiellement en puisant dans l’armée de réserve des chômeurs. Dès le premier plan quinquennal, à
              la fin de 1930, le chômage était entièrement liquidé en U.R.S.S. Les cadres industriels ne pouvaient
              provenir que de l’accroissement naturel de la population urbaine et des réserves de main-d’œuvre qui
              se formaient à la campagne par suite de l’équipement technique de l’agriculture et de l’élévation de la
              productivité du travail.</p>
              <p rend="alinéa">L’industrialisation socialiste exigeait une amélioration systématique de la
              qualification des ouvriers. Dès le premier quinquennat, on organisa sur une grande échelle la
              formation d’ouvriers qualifiés dans les écoles professionnelles des fabriques et des usines, ainsi que
              dans divers cours d’apprentissage. La préparation méthodique des cadres par l’État soviétique et
              l’intérêt des masses ouvrières à l’essor de la production sociale hâtèrent et facilitèrent la mise en œuvre
              de la technique nouvelle. Ainsi furent créées les conditions d’un accroissement rapide de la
              productivité du travail.</p>
              <p rend="alinéa">Le problème de la préparation de nouveaux cadres d’ingénieurs et de
              techniciens se posa dans toute son acuité. La classe ouvrière devait former ses propres intellectuels,
              capables de servir les intérêts du peuple et de prendre une part active à l’édification du socialisme. Au
              cours des premier et deuxième plans quinquennaux, l’État soviétique accomplit un travail énorme, afin
              d’assurer, dans les établissements d’enseignement supérieur et les écoles techniques, la préparation de
              cadres pour l’industrie et les autres branches de l’économie nationale.</p>
              <p rend="alinéa">De 1928 à 1937, le nombre des ouvriers et des employés de la grande industrie passe de 3,8 millions à 10,1
              millions, soit une augmentation de 173 %. Le nombre des ouvriers qualifiés utilisant les machines les plus
              modernes s’accrut beaucoup plus rapidement que l’effectif total de la classe ouvrière. De 1926 à 1939, le nombre
              des tourneurs est multiplié par 6,8, celui des fraiseurs par 13 et ainsi de suite ;
              celui des ingénieurs par 7,7.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="5" xml:id="chap24sect05">
              <head>24.5. De pays agricole arriéré, l’U.R.S.S. se transforme en puissance industrielle avancée.</head>
              <p rend="alinéa">La victoire de l’industrialisation socialiste en U.R.S.S. a été possible parce que le Parti communiste et
              l’État soviétique s’appuyaient dans leur politique sur les lois du développement économique, et qu’ils
              surent tirer parti des avantages de l’économie socialiste. De gigantesques travaux de construction
              industrielle furent entrepris en vue d’édifier le socialisme et de satisfaire les besoins matériels et
              culturels croissants des travailleurs. Le programme d’industrialisation du pays se concrétisa dans les
              plans quinquennaux, qui donnaient au peuple soviétique des perspectives claires et mobilisaient les
              travailleurs pour bâtir le socialisme.</p>
              <p rend="alinéa">L’intérêt des masses au développement de la production socialiste,
              le caractère nouveau du travail et l’élévation du niveau culturel et technique des ouvriers se
              manifestèrent par le développement de l’activité et de l’initiative créatrice de la classe ouvrière. On
              assista durant le premier plan quinquennal au déploiement d’une <emph>émulation socialiste</emph> de masse pour
              réaliser et dépasser les plans. Le deuxième plan quinquennal fut marqué par l’apparition du
              mouvement stakhanoviste ; lié à l’acquisition par les ouvriers de la pratique d’un outillage moderne de
              premier ordre, il renversait les anciennes normes techniques, trop basses, et les remplaçait par des
              normes plus élevées. Le mouvement stakhanoviste constituait une nouvelle étape de l’émulation
              socialiste. L’émulation des grandes masses de la classe ouvrière soulignait le rôle progressiste des
              rapports de production nouveaux, socialistes, comme facteur principal et déterminant du vigoureux
              essor des forces productives. Elle révéla l’existence de possibilités énormes d’accroître la productivité
              du travail et d’accélérer les rythmes de l’industrialisation.
              C’est surtout grâce au grand développement de l’émulation socialiste que les premier et deuxième plans
              quinquennaux ont pu être exécutés avant terme.</p>
              <p rend="alinéa">L’application conséquente de la loi économique de la
              répartition selon le travail, qui conciliait l’intérêt matériel des travailleurs avec les intérêts de la
              production sociale, joua un rôle important dans la lutte pour l’industrialisation du pays. La
              rémunération du travail selon sa quantité et sa qualité stimulait le rendement, incitait les travailleurs à
              augmenter leur valeur professionnelle et à perfectionner les méthodes de fabrication.</p>
              <p rend="alinéa">La réalisation du
              programme d’industrialisation modifia les proportions entre l’industrie et l’agriculture : si la production
              agricole s’était accrue, la production industrielle augmentait beaucoup plus rapidement ; par suite, sa
              part dans la production nationale avait monte en flèche. L’industrie socialiste devint la force décisive
              de l’économie nationale. Le rapport entre les industries produisant des moyens de production et les
              industries produisant des objets de consommation, lui aussi, avait changé. La production des moyens
              de production avait pris une place prépondérante dans la production industrielle globale, elle joua
              désormais le rôle déterminant dans le développement de l’industrie et de l’économie du pays. Les
              constructions mécaniques atteignirent en U.R.S.S. un niveau qui leur permit de produire n’importe
              quelle machine. L’Union soviétique devint indépendante des pays capitalistes sous le rapport technique
              et économique.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              De 1913 à 1940, la production de la grande industrie a augmenté en U.R.S.S. de près de douze fois. Dès la fin du
              second plan quinquennal, l’Union soviétique occupait la première place en Europe et la deuxième dans le monde
              pour le volume de la production industrielle. Elle venait au deuxième rang pour le trafic ferroviaire. La part de la
              grande industrie dans la production globale de la grande industrie et de l’agriculture passa de 42,1 % en 1913 à
              77,4 % en 1937. En 1913, la part des moyens de production constituait 33,3% de la production industrielle
              globale ; elle représentait plus de 60 % en 1940. À la veille du premier plan quinquennal, l’U.R.S.S. importait
              environ un tiers de toutes ses machines. En 1932, elle en importait déjà moins de 13%, et en 1937, 0,9%
              seulement. Non seulement l’Union soviétique a cessé d’importer des pays capitalistes automobiles, tracteurs,
              machines agricoles et autres, mais elle s’est mise elle-même à en exporter.</p>
              <p rend="alinéa">Les progrès rapides de l’industrie soviétique ont assuré aux grandes entreprises socialistes un rôle
              prépondérant dans la production industrielle. En 1924-1925, la part du secteur privé dans cette
              dernière était de 20,7 %. L’accomplissement du second plan quinquennal a entraîné la disparition
              définitive de l’industrie privée. Il n’existe plus dans l’industrie de l’U.R.S.S. d’autre système que le
              système socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">L’industrialisation socialiste a eu pour corollaire une élévation du niveau d’existence matériel et
              culturel des travailleurs. La création d’une industrie lourde permit le réaménagement technique et un
              vigoureux développement des branches produisant les objets de consommation : agriculture, industries
              légère et alimentaire. Les investissements dans l’industrie produisant des objets de consommation
              triplèrent au cours du deuxième plan quinquennal par rapport au premier.</p>
              <p rend="alinéa">Des changements profonds
              intervinrent dans la <emph>répartition de l’industrie</emph> au cours de l’industrialisation socialiste. De nouvelles
              bases industrielles de premier ordre furent créées dans les régions orientales du pays : Oural, Sibérie
              occidentale, Kazakhstan. L’industrialisation socialiste s’accompagna de la création de <emph>villes
              nouvelles</emph> et du développement des anciennes. Dans tout le pays, mais surtout à l’Est, on vit apparaître de grandes
              villes et d’importants foyers industriels, qui devinrent des centres économiques et culturels
              transformant toute l’existence des régions voisines.</p>
              <p rend="alinéa">L’exécution du programme d’industrialisation fit de
              l’Union soviétique, autrefois pays agricole, arriéré, une grande <emph>puissance industrielle socialiste</emph>. La
              solide base industrielle ainsi créée permettait de réaménager techniquement toute l’économie nationale,
              de renforcer la capacité de défense de l’U.R.S.S. et d’accroître sans cesse le bien-être de la population.
              La contradiction, entre le pouvoir politique le plus avancé du monde et la base technique et
              économique arriérée héritée du passé, n’existait plus.</p>
              <p rend="alinéa">C’est ainsi qu’au cours des plans quinquennaux
              d’avant-guerre les forces productives de l’industrie socialiste connurent un développement impétueux.
              Durant les treize années qui précédèrent la guerre, l’Union soviétique a parcouru un chemin qui avait
              demandé à peu près dix fois plus de temps aux pays capitalistes évolués. Ce fut un bond prodigieux du
              retard au progrès, un bond comme l’histoire n’en avait encore jamais connu. Le développement
              gigantesque des forces productives en U.R.S.S. n’aurait pu avoir lieu si les anciens rapports de
              production capitalistes n’avaient été remplacés par des rapports nouveaux, socialistes.</p>
              <p rend="alinéa">Pour mener à
              bien l’industrialisation de l’U.R.S.S., le Parti communiste et l’État soviétique ont eu à surmonter des
              difficultés énormes, dues au retard économique du pays, à la résistance acharnée des éléments
              capitalistes en train de disparaître et à l’existence d’un entourage capitaliste hostile. Le Parti
              communiste fit triompher la politique d’industrialisation du pays contre les pires ennemis du
              socialisme, les trotskistes et les boukhariniens, qui, à la ligne générale du Parti tendant à industrialiser
              le pays, opposaient une politique tendant à faire du pays des Soviets un appendice agricole des pays
              impérialistes, et tentaient d’engager l’U.R.S.S. dans la voie d’un développement capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">L’industrialisation socialiste de l’U.R.S.S. a eu une immense portée internationale. La transformation
              rapide d’un pays, autrefois arriéré, en un puissant État industriel prouva de façon irréfutable les
              avantages du système socialiste d’économie et renforça la situation internationale de l’Union
              soviétique. L’expérience de l’industrialisation de l’U.R.S.S. est aujourd’hui mise à profit par les États
              de démocratie populaire, à leur tour engagés sur la voie de l’édification du socialisme.</p>
              <p rend="alinéa">Dans chaque pays qui bâtit le socialisme, le déroulement de l’industrialisation dépend des conditions
              intérieures et extérieures. L’Union soviétique, qui fut le premier et, pendant longtemps, le seul pays à
              avoir construit le socialisme, alors qu’elle était entourée de puissances capitalistes hostiles, a dû créer
              une industrie lourde, avec toutes ses principales branches, en des délais historiques extrêmement
              réduits et en recourant uniquement à ses ressources intérieures. Ceci explique les difficultés énormes
              auxquelles s’est heurtée la construction du socialisme en U.R.S.S. Les pays de démocratie populaire
              bénéficient aujourd’hui de conditions plus favorables, puisqu’il existe un camp puissant de la
              démocratie et du socialisme. Dans ces pays, on tient compte, pour créer une industrie, des
              particularités nationales, y compris des conditions naturelles, de l’opportunité économique de
              développer telles ou telles industries, dans la perspective de tous les avantages que comportent une
              large division du travail entre les pays du camp socialiste et leur entraide économique.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume" n="24" xml:id="chap24resume">
              <head>Résumé du chapitre 24</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
                <item><p rend="alinéa">La grande industrie mécanique est la base matérielle du socialisme. L’existence d’une industrie
                lourde a une importance décisive pour la construction du socialisme. L’industrialisation socialiste
                consiste essentiellement à créer, en recourant aux sources d’accumulation intérieures, une puissante
                industrie lourde capable de réorganiser toute l’économie nationale, y compris l’agriculture, sur la
                base de la technique moderne, d’assurer la primauté absolue des formes socialistes d’économie,
                l’indépendance technique et économique du pays, ainsi que sa capacité de défense.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">La méthode socialiste d’industrialisation, qui présente des avantages décisifs par rapport à la
                méthode capitaliste, assure la création prioritaire d’une grande industrie à un rythme accéléré.
                L’industrialisation socialiste se déroule selon un plan dans les délais historiques les plus courts et elle
                s’effectue dans l’intérêt des travailleurs. La nationalisation de l’industrie, des banques, des transports,
                du commerce extérieur, crée des sources d’accumulation nouvelles, inconnues du capitalisme, et
                permet de mobiliser rapidement les fonds nécessaires pour créer une industrie lourde.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">L’État soviétique, dirigé par le Parti communiste, a pu réaliser avec succès le programme
                d’industrialisation concrétisé par les plans quinquennaux, parce qu’il s’appuyait dans sa politique sur
                les lois économiques, sur les avantages de l’économie socialiste, sur l’ardeur au travail de la classe
                ouvrière et de tous les travailleurs. Au cours des plans quinquennaux d’avant-guerre, une industrie,
                équipée techniquement de façon moderne, a été créée, qui a permis de ré-outiller toute l’économie
                nationale, de renforcer la capacité de défense du pays et d’accroître le bien-être de la population.
                L’Union soviétique est devenue un puissant État industriel, indépendant des autres pays, produisant
                par ses propres moyens toutes les machines et tous les équipements qui lui sont nécessaires. Les
                rapports de production nouveaux, socialistes, ont été la force principale qui a déterminé et assuré le
                développement rapide des forces productives de l’industrie socialiste.</p></item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3 type="chapitre" n="25" xml:id="chap25">
            <head>Chapitre 25 — La collectivisation de l’agriculture</head>
            <div4 type="section" n="1" xml:id="chap25sect01">
              <head>25.1. La nécessité historique de la collectivisation de l’agriculture.
              Le plan coopératif de Lénine.</head>
              <p rend="alinéa">Pour construire le socialisme, il faut non seulement industrialiser un pays, mais aussi réaliser la
              transformation de son agriculture. Le socialisme est un système économique où l’industrie et
              l’agriculture étroitement associées ont pour base la propriété sociale des moyens de production et le
              travail collectif.</p>
              <p rend="alinéa">La transformation socialiste de l’agriculture est, après la conquête du pouvoir par la classe ouvrière, la
              tâche la plus difficile de la révolution. L’agriculture des pays capitalistes n’a pas atteint le même degré
              de socialisation capitaliste de la production que l’industrie, où la révolution socialiste trouve une
              grande production fortement concentrée. Les petites exploitations paysannes morcelées y sont
              numériquement prépondérantes. Tant que la petite économie individuelle reste la forme prédominante
              de la production agricole, subsiste une base pour le régime économique bourgeois à la campagne, ainsi
              que pour l’exploitation de la paysannerie pauvre et d’une importante fraction de la paysannerie
              moyenne par la bourgeoisie rurale. Le système de la petite production marchande est incapable
              d’arracher les masses paysannes à la misère et à l’oppression.</p>
              <p rend="alinéa">Le seul moyen, pour les masses laborieuses de la paysannerie, de se libérer de toute exploitation, de la
              misère et de la ruine, c’est de s’engager sur la voie du socialisme. Le marxisme-léninisme répudie
              comme insensées et criminelles l’expropriation des petits et des moyens producteurs et la
              transformation de leurs moyens de production en propriété d’État, car ceci rendrait impossible la
              victoire de la révolution prolétarienne et rejetterait pour longtemps la paysannerie dans le camp des
              ennemis du prolétariat. Engels écrivait :</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Lorsque nous serons au pouvoir, nous ne pourrons songer à exproprier par la force les petits
                  paysans (que ce soit avec ou sans indemnité), comme nous serons obligés de le faire pour les
                  grands propriétaires fonciers. Notre devoir envers le petit paysan est, en premier lieu, de faire
                  passer sa propriété et son exploitation individuelles à l’exploitation coopérative, non en l’y
                  contraignant, mais en l’y amenant par des exemples et en mettant à sa disposition le concours de la
                  société.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  F. Engels,
                  <title>La Question paysanne en France et en Allemagne</title>,
                  p. 22. Éditions sociales, 1956.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Le plan de Lénine pour construire une société socialiste s’inspirait du fait que la classe ouvrière doit
              bâtir le socialisme en alliance avec la paysannerie. Le plan, dressé par Lénine, pour faire passer les
              paysans de la petite exploitation privée à la grande économie socialiste grâce à la coopération, est
              partie intégrante du plan d’ensemble de l’édification du socialisme.</p>
              <p rend="alinéa"><emph>Le plan coopératif de Lénine</emph> repose sur le fait que, sous la dictature du prolétariat, la coopération
              constitue le moyen le plus compréhensible, le plus avantageux et le plus accessible aux millions de
              paysans pour passer de l’économie individuelle morcelée aux grandes associations de production, aux
              exploitations collectives. La première condition économique du groupement des grandes masses
              paysannes en coopératives de production, c’est de développer par tous les moyens une grande industrie
              socialiste, capable de réorganiser l’agriculture sur une base technique moderne. Pour entraîner la
              paysannerie à participer à l’édification socialiste, il faut commencer par les formes les plus simples de
              la coopération pour la vente et l’achat en commun, le crédit mutuel, pour passer ensuite graduellement
              à la coopération de production, à la coopération kolkhozienne. L’adhésion du paysan à la coopérative
              doit être entièrement volontaire. Avec la coopération des économies paysannes, on a trouvé la seule
              forme correcte permettant de concilier les intérêts personnels des paysans avec les intérêts de l’État, de
              faire participer la masse de la paysannerie à l’édification du socialisme sous la direction de la classe
              ouvrière.</p>
              <p rend="alinéa">Dans la société bourgeoise où les moyens de production appartiennent aux exploiteurs, la coopération
              est une forme <emph>capitaliste</emph> d’économie, les coopératives agricoles sont économiquement sous la coupe
              de la bourgeoisie qui exploite les masses paysannes. Dans un régime social où le pouvoir politique est
              aux mains des travailleurs et où les principaux moyens de production sont la propriété de l’État
              prolétarien, la coopération est une forme <emph>socialiste</emph> d’économie.</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">Or, le régime des coopérateurs civilisés, quand les moyens de production
                    appartiennent à la société et que le prolétariat comme classe a triomphé
                    de la bourgeoisie, c’est le régime socialiste.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine : « De la coopération »,
                    <title>Œuvres</title>,
                    t. 33, p. 484.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Partant des travaux de Lénine, Staline a formulé et développé un certain nombre de thèses nouvelles
              au sujet de la transformation socialiste de l’agriculture.</p>
              <p rend="alinéa">L’économie de la période de transition, avec ses nombreuses formes d’économie, comprend, d’une part,
              la grande industrie socialiste, fondée sur la propriété sociale des moyens de production, et d’autre part
              la petite économie paysanne reposant sur la propriété privée des moyens de production. La grande
              industrie est abondamment dotée d’un outillage perfectionné, alors que la petite agriculture paysanne
              privée repose sur une technique primitive et le travail manuel. La grande industrie se développe à un
              rythme rapide, selon le principe de la reproduction élargie, alors que, dans sa masse, la petite
              économie paysanne ne réalise pas tous les ans la reproduction élargie, et même n’est pas toujours en
              mesure d’effectuer la reproduction simple. La grande industrie est centralisée à l’échelle nationale et
              régie par un plan d’État, alors que la petite économie paysanne est morcelée et soumise à l’influence
              anarchique du marché. La grande industrie socialiste <emph>anéantit</emph> les éléments capitalistes, alors que la
              petite économie marchande en <emph>engendre</emph> sans cesse de nouveaux et dans de vastes proportions. L’État
              socialiste et l’édification du socialisme ne peuvent s’appuyer pendant une période plus ou moins
              longue sur deux bases <emph>différentes</emph> : l’industrie socialiste la plus grande et la plus concentrée, et la petite
              économie paysanne marchande, la plus morcelée et la plus arriérée. Cela entraînerait en définitive la
              désorganisation de toute l’économie nationale.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi, dans l’économie de la période de transition du capitalisme au socialisme, il y a inévitablement
              contradiction entre la grande industrie socialiste et la petite économie paysanne. Cette contradiction ne
              peut être levée qu’en engageant la petite exploitation paysanne dans la voie de la grande agriculture
              socialiste.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              Les progrès de l’industrie socialiste et l’accroissement de la population urbaine au cours de la période de
              transition s’accompagnèrent en U.R.S.S. d’une augmentation rapide de la demande de produits agricoles. Mais
              les rythmes du développement de l’agriculture retardaient beaucoup sur ceux du développement de l’industrie. La
              progression était particulièrement lente dans la production céréalière, principale branche de l’agriculture. La
              petite économie paysanne, principal fournisseur de blé marchand, était elle-même semi-consommatrice et ne
              fournissait au marché que le dixième de la récolte globale des céréales. Bien qu’en 1926 les surfaces emblavées
              et la récolte des céréales eussent presque atteint le niveau d’avant-guerre, la production de blé marchand
              n’atteignait que la moitié du chiffre de 1913. La petite exploitation paysanne se montrait incapable de satisfaire la
              demande croissante de denrées alimentaires pour la population et de matières premières pour l’industrie.</p>
              <p rend="alinéa">Il existe deux voies pour passer à la grande exploitation dans l’agriculture : la voie capitaliste et la voie
              socialiste. La voie capitaliste, c’est l’apparition et le développement dans l’agriculture de grandes
              exploitations capitalistes fondées sur l’exploitation du travail salarié : ils s’accompagnent fatalement de
              l’appauvrissement et de la ruine des masses laborieuses de la paysannerie. La voie <emph>socialiste</emph>, c’est le
              groupement des petites exploitations paysannes en grandes exploitations collectives dotées d’un
              outillage perfectionné, qui affranchissent les paysans de leurs exploiteurs, de la misère et de la
              pauvreté, et garantissent une élévation constante de leur niveau matériel et culturel. Il n’existe point
              d’autre voie.</p>
              <p rend="alinéa">Le passage de la petite exploitation paysanne individuelle à la grande exploitation socialiste ne peut se
              faire spontanément. En régime capitaliste, la campagne suit d’elle-même la ville parce que l’économie
              capitaliste à la ville et la petite exploitation paysanne à la campagne sont, quant au fond, des formes
              d’économie de même type, qui reposent l’une et l’autre sur la propriété privée des moyens de
              production. Sous la dictature de la classe ouvrière, la petite paysannerie des campagnes ne peut suivre
              spontanément la ville socialiste. Lénine parlait de la tendance <emph>capitaliste et marchande</emph> de la
              paysannerie, par opposition à la tendance <emph>socialiste</emph> du prolétariat.</p>
              <p rend="alinéa">La ville socialiste entraîne à sa suite les petits paysans. De grandes exploitations socialistes sont
              organisées dans l’agriculture. L’industrie socialiste fournit à la campagne un outillage mécanique
              perfectionné. En même temps, des cadres sont formés, qui apprennent à se servir de la technique
              nouvelle. Dans l’agriculture font leur apparition de nouvelles forces productives auxquelles les anciens
              rapports de production de la petite économie paysanne ont cessé de correspondre. La loi de la
              correspondance nécessaire des rapports de production au caractère des forces productives engendre la
              nécessité de créer à la campagne des rapports de production nouveaux, socialistes, qui donnent libre
              cours aux forces productives. Ces rapports de production ne peuvent être créés que par le groupement
              des petites exploitations individuelles en grandes exploitations collectives.</p>
              <p rend="alinéa">Pour que la production socialiste puisse atteindre son but, c’est-à-dire pour qu’elle puisse satisfaire les
              besoins sans cesse croissants de la société, il faut une grande agriculture socialiste à grand rendement
              capable de fournir à l’industrie les matières premières et, à la population, les produits alimentaires. La
              satisfaction des exigences de la loi économique fondamentale du socialisme, l’accomplissement des
              tâches les plus importantes de l’édification du socialisme ainsi que la satisfaction des intérêts vitaux et
              essentiels de la paysannerie, ont donc pour condition indispensable la collectivisation de l’agriculture.</p>
              <p rend="alinéa">L’édification du socialisme impliquait la suppression des disproportions apparues entre le
              développement de l’industrie et celui de l’agriculture, la création de la grande production collective
              dans l’agriculture à côté de la grande industrie, ce qui traduisait les exigences de la loi du
              développement harmonieux, proportionné de l’économie nationale.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi, l’association graduelle des petites exploitations paysannes en coopératives de production,
              pourvues d’un outillage perfectionné, est une nécessité objective pendant la période de transition du
              capitalisme au socialisme. Le Parti communiste et l’État soviétique avaient conscience de la nécessité
              historique de la collectivisation. Ils rejetèrent la voie capitaliste de développement de l’agriculture
              comme funeste à la cause du socialisme, et choisirent la voie socialiste. Ils appliquèrent une politique
              conséquente de collectivisation de l’agriculture. Le 15<hi rend="ordinal">e</hi> Congrès
              du P.C. (b) de l’U.R.S.S. (1927) reconnut</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  nécessaire d’assigner pour tâche primordiale le passage graduel des exploitations paysannes
                  morcelées à la grande production (travail collectif de la terre sur la base de l’intensification et de la
                  mécanisation de l’agriculture) grâce à une coopération toujours plus poussée de la paysannerie, en
                  aidant et en encourageant par tous les moyens le développement des germes du travail agricole
                  socialisé.
                </quote>
                <bibl>
                  « Résolution du 15<hi rend="ordinal">e</hi> Congrès du P.C. (b) de l’U.R.S.S. »,
                  <title>Le P.C.U.S. dans les résolutions et décisions de ses congrès,
                  de ses conférences et des assemblées plénières du Comité central</title>,
                  2<hi rend="ordinal">e</hi> partie, p. 317 (7<hi rend="ordinal">e</hi> éd. russe).
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">L’histoire de l’édification socialiste en U.R.S.S. a montré tout le bien-fondé du groupement des
              exploitations paysannes en coopératives de production. Après l’établissement du pouvoir de la classe
              ouvrière, cette voie de développement est la seule qui puisse conduire à la victoire du socialisme dans
              tous les pays où il existe une classe plus ou moins nombreuse de petits et de moyens paysans.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="2" xml:id="chap25sect02">
              <head>25.2. Les conditions préalables à la collectivisation intégrale.</head>
              <p rend="alinéa">Cette tâche historique grandiose de collectivisation de millions de petites exploitations paysannes
              demandait à être préparée. Si le développement du capitalisme a préparé les conditions matérielles
              d’une transformation socialiste de l’industrie, dans l’agriculture, ces conditions doivent être pour une
              large part créées au cours de la période de transition.</p>
              <p rend="alinéa">La politique économique du Parti communiste et de l’État soviétique à la campagne avant la
              collectivisation intégrale visait à venir en aide par toutes les mesures praticables aux couches pauvres
              et moyennes de la paysannerie, et à limiter les velléités exploiteuses de la bourgeoisie rurale. Les
              pauvres — 35 % de la population paysanne — furent entièrement exemptés d’impôts. Dans l’État
              socialiste, la législation du travail protégeait jalousement les intérêts des paysans pauvres et des
              ouvriers agricoles. Les aménagements fonciers dans les exploitations pauvres et les exploitations
              moyennes économiquement faibles étaient exécutés gratuitement aux frais de l’État. Celui-ci avait
              organisé des stations de louage de machines qui prêtaient assistance avant tout aux exploitations
              pauvres. Des crédits, des prêts de semences et de denrées étaient accordés à des conditions
              avantageuses aux paysans pauvres et moyens. L’aide dans le domaine agronomique, la fourniture
              d’engrais minéraux, la lutte contre la sécheresse, les grands travaux d’irrigation, etc. organisés par
              l’État contribuèrent dans une mesure importante aux progrès de l’économie paysanne. Par ailleurs, le
              Parti communiste et l’État soviétique limitaient et évinçaient les éléments capitalistes de la campagne
              en frappant les koulaks d’un impôt majoré, en diminuant le taux des fermages et en limitant l’emploi
              des salariés, en interdisant la vente et l’achat de la terre.</p>
              <p rend="alinéa">L’objectif essentiel de l’édification du socialisme à la campagne était d’amener les masses paysannes à
              abandonner l’ancienne voie de la propriété privée pour s’engager dans la voie nouvelle, socialiste, celle
              des kolkhoz, sous la direction de la classe ouvrière appuyée sur la grande industrie socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>nationalisation de la terre</emph> en U.R.S.S. avait affranchi le petit paysan de son attachement servile à
              son lopin de terre et lui avait ainsi rendu plus facile le passage de la petite économie paysanne à la
              grande exploitation collective. Elle créa des conditions favorables à l’organisation dans l’agriculture de
              grandes exploitations socialistes désormais exonérées de toutes les dépenses improductives
              qu’occasionnaient l’achat de terres et le paiement de la rente foncière.</p>
              <p rend="alinéa">Le développement systématique d’une <emph>industrie socialiste</emph>, clé de la transformation socialiste de
              l’agriculture, joua un rôle décisif dans la préparation de la collectivisation. Dès les premières années de
              l’industrialisation, il fut procédé à la construction sur une grande échelle d’usines produisant des
              tracteurs, des moissonneuses-batteuses et autres machines agricoles perfectionnées. Au cours du seul
              premier plan quinquennal, l’agriculture soviétique reçut 160 000 tracteurs (calculés en tracteurs de
              15 CV). Ainsi fut créée une base industrielle fournissant à la campagne des tracteurs, des
              moissonneuses-batteuses et d’autres machines agricoles.</p>
              <p rend="alinéa">L’adhésion massive des paysans aux kolkhoz fut préparée par le développement de la <emph>coopération
              agricole</emph>. Le premier stade de la coopération des exploitations paysannes est l’association pour
              l’écoulement des produits agricoles et l’achat en commun d’articles industriels, ainsi que la coopération
              dans le domaine du crédit. À côté des formes spéciales de coopération agricole — pour la fabrication
              de l’huile, la culture du lin ou de la betterave, le crédit mutuel, etc. la <emph>coopération artisanale</emph> a une
              importance considérable. Ces différentes formes de coopération jouent un grand rôle dans le passage
              de l’économie paysanne individuelle à la grande exploitation collective. Elles habituent de larges
              couches de la paysannerie à la gestion collective des affaires économiques. À ce stade, l’alliance entre
              l’industrie socialiste et l’économie paysanne est principalement une <emph>alliance commerciale</emph>, qui est
              réalisée par l’extension du commerce d’État et du commerce coopératif, et par l’éviction du capital
              privé de la circulation des marchandises. Les paysans sont de la sorte libérés de l’exploitation exercée
              par les commerçants et les spéculateurs. Les <emph>coopératives de consommation</emph> à la campagne, qui font le
              commerce des objets de consommation personnelle, jouent en l’occurrence un rôle important.</p>
              <p rend="alinéa">Dans les
              rapports entre l’État et les associations coopératives, le système des <emph>contrats</emph>, qui est une forme de
              commerce organisé et la forme la plus simple d’alliance économique entre la ville et la campagne, a
              une grande importance. Ce commerce est réglé par des contrats en vertu desquels l’État passe aux
              producteurs groupés en coopératives et aux paysans individuels la commande d’une quantité
              déterminée de denrées agricoles, fournit aux coopératives des semences, des instruments de production
              et stipule l’application des meilleurs procédés de culture (semailles en ligne, emploi de graines
              sélectionnées, d’engrais, etc.), achète leur production marchande pour assurer des vivres à la
              population et des matières premières à l’industrie. Ce système est avantageux pour les deux parties et
              rattache les coopératives et les exploitations paysannes individuelles à l’industrie directement, sans
              l’intermédiaire de commerçants privés.</p>
              <p rend="alinéa">Le stade supérieur de la coopération paysanne est l’organisation d’exploitations collectives, ou
              kolkhoz, qui marquent le passage à la grande production socialisée. Le <emph>kolkhoz</emph> est une association
              coopérative de production reposant sur l’adhésion librement consentie des paysans ; il est fondé sur la
              propriété sociale des moyens de production et le travail collectif, qui excluent l’exploitation de
              l’homme par l’homme.</p>
              <p rend="alinéa">Les premiers kolkhoz, créés peu après la Révolution socialiste, jouèrent un rôle important dans la
              préparation de la collectivisation générale. Les paysans se convainquirent sur leur exemple des
              avantages que présentent les formes d’économie collectives par rapport à l’exploitation individuelle.</p>
              <p rend="alinéa">Jusqu’à la collectivisation intégrale, les <emph>coopératives pour le travail en commun de la terre</emph> (T.O.Z.),
              où la jouissance du sol et le travail étaient collectifs, mais où le cheptel vif et mort restait la propriété
              privée du paysan, étaient la forme de kolkhoz la plus répandue. Avec la collectivisation générale, il
              s’avéra que ces coopératives étaient un stade déjà dépassé. Dans certaines régions furent organisées
              des <emph>communes agricoles</emph> où non seulement tous les moyens de production mais aussi l’exploitation
              personnelle du kolkhozien étaient socialisés. Ces communes n’étaient pas viables, car elles étaient
              apparues alors que la technique était peu développée et que l’on manquait de produits ; on y pratiquait
              la répartition égalitaire des objets de consommation. Les paysans décidèrent eux-mêmes de les
              transformer en artels agricoles.</p>
              <p rend="alinéa">La forme principale d’organisation kolkhozienne devint l’<emph>artel agricole</emph>. L’artel repose sur la
              socialisation des principaux moyens de production des paysans et sur le travail collectif de ces
              derniers, qui conservent la propriété personnelle d’une exploitation auxiliaire dont l’importance est
              déterminée par les Statuts de l’artel agricole.</p>
              <p rend="alinéa">Le rôle capital de la grande industrie socialiste dans la collectivisation de l’agriculture s’exerce par
              l’intermédiaire des <emph>stations de machines et de tracteurs</emph> (S.M.T.) Celles-ci sont des entreprises
              socialistes d’État dans l’agriculture, qui centralisent les tracteurs, les moissonneuses-batteuses et les
              autres machines agricoles complexes, et desservent les kolkhoz en vertu d’un contrat. La S.M.T. est la
              base industrielle de la grande agriculture collective. La S.M.T. concilie au mieux l’initiative des
              masses kolkhoziennes pour l’édification et le développement de leurs exploitations collectives avec la
              direction et l’aide de l’État socialiste. Les S.M.T. constituent un moyen des plus efficaces de mener à
              bien la réorganisation socialiste de l’agriculture, ainsi que le moyen fondamental permettant d’établir
              entre l’industrie et l’agriculture une <emph>alliance sur le plan de la production</emph>. En vertu de cette alliance, la
              grande industrie socialiste fournit à l’agriculture des machines et d’autres moyens de production, la
              dote d’un outillage nouveau et perfectionné.</p>
              <p rend="alinéa">Les grandes entreprises agricoles d’État, organisées par l’État socialiste sur une partie des terres ayant
              appartenu aux gros propriétaires fonciers, ainsi que sur les terres libres du fonds d’État, jouent un rôle
              important dans la transformation socialiste de l’agriculture. En U.R.S.S., des exploitations d’État
              (sovkhoz) ont été créées dès la première année de la Révolution socialiste. Le <emph>sovkhoz</emph> est une grande
              entreprise socialiste où les moyens de production et la production elle-même appartiennent à l’État.
              C’est des sovkhoz que proviennent une partie importante des denrées alimentaires et des matières
              premières dont dispose l’État. Exploitations socialistes, où la mécanisation est très poussée et le
              rendement marchand élevé, les sovkhoz ont permis aux paysans de se convaincre des avantages de la
              grande économie socialiste, les ont aidés de leurs tracteurs, leur ont fourni des semences sélectionnées
              et du bétail de race. Ils ont facilité le tournant des masses paysannes vers le socialisme, vers la
              collectivisation.</p>
              <p rend="alinéa">Le régime kolkhozien s’est constitué avec le concours de la classe ouvrière tant sur le plan financier
              que sur celui de l’organisation. L’État soviétique a dépensé des sommes considérables pour financer la
              création des kolkhoz et des sovkhoz. Dans les premières années du mouvement kolkhozien de masse
              les meilleurs militants du Parti et des dizaines de milliers d’ouvriers d’avant-garde ont été envoyés à la
              campagne où ils ont apporté aux paysans une aide précieuse pour l’organisation des exploitations
              collectives.</p>
              <p rend="alinéa">L’éducation politique des masses paysannes par le Parti communiste a joué un rôle
              important dans la préparation de la collectivisation.</p>
              <p rend="alinéa">Le tournant des masses paysannes vers la collectivisation exigeait une lutte de classe intransigeante
              contre les koulaks. La résistance du koulak à la politique du pouvoir des Soviets à la campagne
              s’accentua en 1927-1928, quand le pays des Soviets connut des difficultés d’approvisionnement en
              céréales. Les koulaks sabotaient le stockage du blé, se livraient à des actes de terrorisme contre les
              kolkhoziens, les militants du Parti et les représentants de l’administration soviétique, incendiaient les
              bâtiments des kolkhoz et les dépôts de blé de l’État. La politique de lutte résolue contre le koulak, pour
              la défense des intérêts de la paysannerie laborieuse, groupa plus étroitement autour du Parti
              communiste et de l’État soviétique la masse des paysans pauvres et moyens.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="3" xml:id="chap25sect03">
              <head>25.3. La collectivisation intégrale et la liquidation des koulaks en tant que classe.</head>
              <p rend="alinéa">Le tournant décisif de la paysannerie vers les kolkhoz se dessina en U.R.S.S. dans la seconde moitié
              de 1929. À cette époque, les conditions économiques et politiques de la collectivisation de l’agriculture
              existaient déjà. Les paysans moyens, autrement dit la masse fondamentale de la paysannerie, avaient
              pris le chemin du kolkhoz. Les paysans entraient aux kolkhoz non plus par groupes isolés, mais par
              villages et par districts entiers. Ce fut le début de la <emph>collectivisation intégrale</emph> dans les campagnes
              soviétiques.</p>
              <p rend="alinéa">Jusque-là, le Parti communiste et l’État soviétique avaient appliqué une politique de <emph>limitation</emph> et
              <emph>d’éviction</emph> des éléments capitalistes de la campagne. Mais cette politique ne supprimait pas la base
              économique des koulaks, n’entraînait pas leur liquidation en tant que classe. Cette politique était
              indispensable tant que les conditions d’une collectivisation intégrale n’avaient pas été réalisées, tant
              qu’il n’existait pas dans les campagnes un vaste réseau de kolkhoz et de sovkhoz capables de remplacer
              la production capitaliste des céréales par une production socialiste.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              En 1926-1927, les koulaks produisirent 617 millions de pouds de blé dont ils vendirent 126 millions de pouds à
              titre d’échange en dehors des campagnes, alors que les sovkhoz et les kolkhoz ne produisaient que 80 millions de
              pouds, dont 37,8 millions de pouds de blé marchand. La situation changea radicalement en 1929, où les sovkhoz
              et les kolkhoz ne produisirent pas moins de 400 millions de pouds, dont 130 millions de pouds de blé marchand,
              c’est-à-dire plus que n’en produisaient les koulaks.</p>
              <p rend="alinéa">Le grand tournant des masses paysannes vers le socialisme marqua un regroupement des forces de
              classe dans le pays en faveur du socialisme, contre le capitalisme. Cela permit au Parti communiste et
              à l’État socialiste de passer de l’ancienne politique de limitation et d’éviction de éléments capitalistes à
              la campagne, à une politique nouvelle, celle de la <emph>liquidation des koulaks en tant que classe</emph> sur la base
              de la collectivisation intégrale.</p>
              <p rend="alinéa">Le passage à la collectivisation intégrale allait de pair avec une lutte acharnée des masses paysannes
              contre les koulaks. Ceux-ci opposaient à la collectivisation une résistance furieuse. La classe ouvrière
              conduisit les masses paysannes à l’assaut du dernier rempart du capitalisme dans le pays afin de
              triompher des koulaks dans une lutte ouverte sous les yeux de toute la paysannerie, et de convaincre
              les masses paysannes de la faiblesse des éléments capitalistes. Avec la collectivisation intégrale, les
              kolkhoz avaient désormais la jouissance de toutes les terres, autour des bourgs et des villages. Mais
              comme une partie notable du sol était détenue par les koulaks, les paysans qui s’organisaient en
              kolkhoz enlevaient aux koulaks la terre ainsi que le cheptel vif et mort, bref ils les « dékoulakisaient ».
              Le pouvoir des Soviets abolit les lois sur l’affermage du sol et l’emploi de la main-d’œuvre salariée.
              C’est ainsi que la liquidation des koulaks en tant que classe fit partie intégrante et nécessaire de la
              collectivisation intégrale.</p>
              <p rend="alinéa">La collectivisation respectait strictement les principes léninistes
              d’organisation des kolkhoz : adhésion librement consentie des paysans ; nécessité de tenir compte des
              particularités économiques et du niveau de culture des différentes régions du ays ; refus du passage
              direct à la commune en sautant par dessus l’artel agricole, principale forme d’organisation des kolkhoz.</p>
              <p rend="alinéa">La collectivisation intégrale et, sur cette base, la liquidation des koulaks en tant que classe,
              constituaient</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  une transformation révolutionnaire des plus profondes, un bond effectué de l’ancien état qualitatif
                  de la société à un nouvel état qualitatif, équivalant par ses conséquences à la Révolution d’Octobre
                  1917.
                </quote>
                <bibl>
                  <title>Histoire du Parti communiste (bolchevik) de l’U.R.S.S.</title>,
                  p. 430, éditions en langues étrangères, Moscou, 1953.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">C’était une révolution qui mettait fin dans les campagnes à l’ancien régime économique bourgeois,
              celui de l’exploitation paysanne individuelle, et instituait un régime nouveau, kolkhozien, socialiste.
              Cette révolution avait ceci d’original qu’elle avait été accomplie <emph>d’en haut</emph>, sur l’initiative du pouvoir
              d’État soutenu directement <emph>d’en bas</emph> par des millions de paysans en lutte contre l’emprise des koulaks,
              pour la libre vie kolkhozienne.</p>
              <p rend="alinéa">Cette révolution résolvait un certain nombre de problèmes fondamentaux de la construction du
              socialisme.</p>
              <p rend="alinéa">Premièrement, elle faisait disparaître la classe d’exploiteurs la plus nombreuse dans le pays, celle des
              koulaks. La liquidation des koulaks en tant que classe, sur la base de la collectivisation intégrale, joua
              un rôle décisif dans la destruction des classes exploiteuses. La question de savoir « qui l’emporterait »
              était tranchée en faveur du socialisme non seulement à la ville, mais aussi à la campagne. Les
              dernières racines d’une restauration du capitalisme à l’intérieur du pays étaient supprimées.</p>
              <p rend="alinéa">Deuxièmement, elle faisait passer la classe laborieuse la plus nombreuse du pays, celle des paysans, de
              l’économie individuelle, qui engendre le capitalisme, à l’économie collective, kolkhozienne, socialiste,
              s’acquittant ainsi de la tâche historique la plus difficile de la révolution prolétarienne.</p>
              <p rend="alinéa">Troisièmement, elle donnait au pouvoir des Soviets une base socialiste dans le domaine le plus vaste,
              le plus indispensable à l’existence, mais aussi le plus arriéré de l’économie nationale : l’agriculture, qui
              se développa dès lors comme l’industrie sur la base de la propriété sociale des moyens de production.
              Ainsi fut levée une des contradictions les plus profondes de la période de transition, la contradiction
              entre la grande industrie socialiste et la petite économie paysanne individuelle ; ainsi fut supprimée la
              base de l’opposition entre la ville et la campagne.</p>
              <p rend="alinéa">Les rapports de production anciens, capitalistes et petits-bourgeois qui freinaient les forces
              productives, furent remplacés à la campagne par des rapports de production nouveaux, socialistes. Les
              forces productives dans l’agriculture reçurent de la sorte toute latitude pour se développer.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="4" xml:id="chap25sect04">
              <head>25.4. L’artel agricole, principale forme de l’économie collective.</head>
              <p rend="alinéa">L’expérience de l’organisation des kolkhoz en U.R.S.S. a montré que, de toutes les formes de kolkhoz,
              l’artel agricole est la plus favorable au développement des forces productives de l’agriculture socialiste.
              Elle concilie judicieusement les intérêts personnels des kolkhoziens et les intérêts collectifs du
              kolkhoz. Elle adapte de la façon la plus heureuse les intérêts personnels de la vie quotidienne aux
              intérêts collectifs, facilitant ainsi l’éducation du paysan individuel d’hier dans l’esprit du collectivisme.
              En vertu des statuts de l’artel agricole <emph>sont socialisés</emph> les instruments agricoles, le bétail, les stocks de
              semences, les fourrages destinés au bétail collectif, les locaux d’exploitation indispensables à la bonne
              marche de l’économie collective, toutes les entreprises traitant les produits agricoles. Des branches de
              la production aussi importantes que la culture des céréales et celle des plantes industrielles sont
              entièrement socialisées. L’élevage collectif est organisé dans les fermes des kolkhoz. L’exploitation
              collective des artels suffisamment développés se livre à la culture en grand de la pomme de terre et des
              légumes, à l’horticulture, à la viticulture, etc.</p>
              <p rend="alinéa"><emph>Ne sont pas socialisés</emph> et restent <emph>propriété
              personnelle</emph> du foyer kolkhozien les locaux d’habitation, une
              certaine quantité de bétail de rapport, la volaille, les bâtiments d’exploitation nécessaires à l’entretien
              du bétail appartenant en propre au paysan, le menu matériel agricole indispensable à son exploitation
              auxiliaire individuelle. La direction de l’artel met contre paiement un certain nombre de chevaux
              faisant partie du bétail collectif à la disposition des membres de l’artel pour leurs besoins personnels.
              Les kolkhoziens tirent le gros de leurs revenus de l’exploitation collective du kolkhoz, facteur principal
              et déterminant.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              Conformément aux statuts de l’artel agricole, chaque foyer kolkhozien peut posséder
              en propre <emph>dans les régions produisant des céréales et des plantes industrielles :</emph>
              une vache, deux veaux, une truie et sa portée ou, si la direction du kolkhoz le juge bon,
              2 truies et leurs portées, et jusqu’à 10 chèvres et moutons ; <emph>dans les régions
              agricoles où l’élevage est développé</emph> : 2 ou 3 vaches et leurs veaux, 2 ou 3 truies
              et leurs portées, et 10 à 25 chèvres et moutons ; <emph>dans les régions d’élevage sédentaire
              et semi-nomade, où l’élevage joue le rôle déterminant :</emph> de 4 à 5 vaches et leurs veaux,
              jusqu’à 30 à 40 chèvres et moutons, de 2 à 3 truies avec leurs portées, ainsi qu’un
              cheval, ou une jument fournissant du koumys<note xml:id="not01chap25sect03" n="1" place=
              "bottom">Boisson préparée avec du lait de jument fermenté. (N.T.)</note>, ou
              2 chameaux, ou 2 ânes, ou 2 mulets ; dans <emph>les régions d’élevage nomade</emph> :
              de 8 à 10 vaches et leurs veaux, jusqu’à 100 ou 150 chèvres et moutons, jusqu’à 10 chevaux,
              de 5 à 8 chameaux.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              En outre, dans toutes les régions, chaque foyer kolkhozien a droit à une quantité illimitée de volailles et de
              lapins, et jusqu’à 20 ruches.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              Chaque foyer kolkhozien reçoit en jouissance personnelle, pour son économie auxiliaire, un petit terrain attenant
              à la maison et prélevé sur l’ensemble des terres collectivisées, terrain dont la superficie varie de un quart à un
              demi-hectare, mais peut atteindre un hectare dans certaines régions.</p>
              <p rend="alinéa">La période de réorganisation de l’agriculture prit fin en U.R.S.S. à l’issue du premier plan quinquennal.
              En 1932, les kolkhoz groupaient plus de 60 % de toutes les exploitations paysannes et disposaient de
              plus de 75 % de la superficie ensemencée par la paysannerie. Mais les koulaks, battus en lutte ouverte,
              n’étaient toutefois pas écrasés. Ils pénétraient en fraude dans les kolkhoz et cherchaient à les saper du
              dedans par différentes méthodes de sabotage. Le Parti communiste et l’État soviétique assignèrent pour
              principale tâche de l’édification kolkhozienne, <emph>le renforcement des kolkhoz sur le plan de
              l’organisation économique</emph> ; autrement dit, il s’agissait d’accentuer le rôle dirigeant du Parti et de l’État
              dans les kolkhoz, de débarrasser ceux-ci des éléments koulaks qui s’y étaient glissés, de protéger la
              propriété collective socialiste, d’améliorer l’organisation et de relever la discipline du travail collectif.</p>
              <p rend="alinéa">La victoire du régime kolkhozien fut le résultat d’une lutte énergique contre les classes exploiteuses et
              leurs agents trotskistes et boukhariniens qui, par tous les moyens, défendaient les koulaks, s’opposaient
              à la création des kolkhoz et des sovkhoz, demandaient leur dissolution et leur liquidation. Le Parti
              communiste détruisit les thèses trotskistes visant à exploiter et à exproprier la paysannerie en haussant
              le prix des articles industriels et en la frappant d’impôts excessifs, ainsi que la théorie de Boukharine,
              théorie opportuniste de droite, sur l’ « intégration pacifique du koulak dans le socialisme », et le
              « laisser aller » en matière d’édification économique.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="5" xml:id="chap25sect05">
              <head>25.5. L’U.R.S.S., autrefois pays de petites exploitations paysannes,
              devient le pays de l’agriculture la plus grande et la plus mécanisée du monde.</head>
              <p rend="alinéa">À l’issue du deuxième plan quinquennal, la collectivisation de l’agriculture était achevée. Elle fut un
              puissant facteur de progrès, puisqu’elle permit de couvrir en quelques années l’ensemble du pays de
              grandes exploitations collectives, capables de tirer le meilleur parti de la technique nouvelle, de toutes
              les réalisations de l’agronomie, et de donner au pays une production marchande plus élevée ; elle
              ouvrait à la paysannerie la perspective d’un bien-être toujours croissant.</p>
              <p rend="alinéa">En U.R.S.S. a été créée et s’est établie l’agriculture la plus grande du monde sous la forme d’un
              système généralisé de kolkhoz, de S.M.T. et de sovkhoz, qui constitue un mode nouveau, socialiste, de
              production agricole.</p>
              <p rend="alinéa">Au lien des 25 millions d’exploitations paysannes que l’on comptait en U.R.S.S. à la veille de la collectivisation
              intégrale, il existait, en 1938, 242 400 kolkhoz (sans compter les kolkhoz de pêcheurs et de chasseurs) Chaque
              kolkhoz avait en moyenne 1 534 hectares de terres exploitables, dont 485 hectares de superficie ensemencée.
              Aux États-Unis, 1,6 % seulement des fermes avaient, en 1940, une superficie de 405 hectares et plus.</p>
              <p rend="alinéa">Le régime kolkhozien a donné la preuve de ses avantages indéniables par rapport au système de
              l’agriculture capitaliste et à la petite économie paysanne.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">La grande importance des kolkhoz, c’est précisément qu’ils sont une base essentielle pour l’emploi
                  des machines et des tracteurs dans l’agriculture, qu’ils sont la base essentielle pour la refonte du
                  paysan, pour la transformation de sa mentalité dans le sens du socialisme.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  J. Staline,
                  « Questions de politique agraire en U.R.S.S. »,
                  <title>Les Questions du léninisme</title>, T. I., p. 300.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Au cours des deux premiers plans quinquennaux, l’agriculture en U.R.S.S. a été le théâtre d’une
              véritable révolution technique qui a permis de donner au socialisme une solide base matérielle à la
              campagne. Au début du troisième quinquennat, l’agriculture en U.R.S.S. était devenue la plus grande
              et la plus mécanisée du monde.</p>
              <p rend="alinéa">Alors qu’en régime capitaliste, l’emploi des machines dans l’agriculture
              entraîne fatalement la ruine des petits paysans, la mécanisation de l’agriculture socialiste sur la base du
              travail collectif facilite l’effort du paysan, concourt à son mieux-être.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              En 1940, l’agriculture soviétique possédait 684 000 tracteurs (calculés en unités de 15 CV), 182 000
              moissonneuses-batteuses et 228 000 camions Le nombre des S.M.T.
              est passé de 158 au 1<hi rend="ordinal">er</hi> juin 1930 à la fin de
              1940. En 1940, 83 % des labours de jachère, 71 % des labours d’automne, 52 à 53 % des semailles de printemps
              et d’automne, étaient exécutés à l’aide de tracteurs, 43 % de la récolte des céréales au moyen de
              moissonneuses-batteuses.</p>
              <p rend="alinéa">Le régime kolkhozien a assuré une augmentation très sensible de la production agricole et un
              rendement marchand élevé de l’agriculture, ce qui a la plus haute importance pour satisfaire les besoins
              du pays en denrées alimentaires et en matières premières. En 1940, la production agricole globale était
              presque le double de celle d’avant la Révolution (1913). Dans les kolkhoz et les sovkhoz, la production
              marchande des céréales atteignait, en 1938, 40 % de la production globale, contre 26 % en 1913. Et
              n’oublions pas qu’avant la Révolution, le rendement marchand des céréales dans les exploitations
              pauvres et moyennes était seulement de 14,7 %. Les kolkhoz et les sovkhoz ont toutes possibilités
              d’augmenter sans cesse la production. Ils n’ont pas à redouter les crises d’écoulement puisque
              l’élévation constante du bien-être de la population s’accompagne d’une demande toujours accrue de
              produits agricoles.</p>
              <p rend="alinéa">La victoire du régime kolkhozien a ouvert à la paysannerie soviétique la voie de
              l’aisance et de la culture. Le régime kolkhozien a fait disparaître la possibilité d’une différenciation au
              sein de la paysannerie, la misère et la pauvreté à la campagne. Des millions de paysans pauvres sont
              devenus aisés après être entrés au kolkhoz.
              Grâce au kolkhoz, il n’y a plus à la campagne d’exploitations paysannes sans cheval, sans vache, sans
              matériel agricole. Les revenus personnels des kolkhoziens provenant de l’économie collective des
              kolkhoz et de l’exploitation auxiliaire individuelle ont augmenté de 170 %, rien que de 1932 à 1937.</p>
              <p rend="alinéa">La victoire du régime kolkhozien a resserré l’alliance fraternelle des ouvriers et des paysans. La
              paysannerie kolkhozienne est devenue le ferme appui du pouvoir des Soviets à la campagne.
              Désormais, non seulement la classe ouvrière, mais aussi la paysannerie, fondaient leur existence sur la
              propriété collective, socialiste, des moyens de production.</p>
              <p rend="alinéa">L’expérience de l’organisation des kolkhoz en U.R.S.S. facilite énormément la solution du problème de
              la transformation socialiste de l’agriculture dans les autres pays à l’époque du passage du capitalisme
              au socialisme. Les particularités du développement historique de chaque pays, pendant la période de
              transition du capitalisme au socialisme, y déterminent par ailleurs les conditions spécifiques de la
              préparation, des formes et des méthodes de la collectivisation de l’agriculture. Ainsi, dans les
              démocraties populaires, à la différence de l’U.R.S.S. où toute la terre avait été nationalisée, la propriété
              privée de la terre subsiste encore pendant un certain temps lors du groupement les exploitations
              paysannes en coopératives. De là découlent les formes particulières de l’organisation et du
              fonctionnement des coopératives de production à la campagne. Dans ces pays prédominent les
              coopératives de production où les revenus ne se répartissent pas seulement proportionnellement à la
              quantité et à la qualité du travail, mais aussi d’après la superficie de la terre apportée à la coopérative,
              mais qui demeure la propriété personnelle du paysan coopérateur. Ces coopératives constituent une
              forme inférieure d’exploitation agricole, par rapport à l’artel agricole, où les revenus perçus par les
              kolkhoziens au titre de l’exploitation collective dépendent uniquement de leur travail.</p>
              <p rend="alinéa">Mais quelles que soient l’importance des particularités que présentent les conditions, les formes et les
              méthodes de la transformation socialiste de l’agriculture dans chaque pays, les principes fondamentaux
              du plan coopératif de Lénine, vérifiés par l’expérience de l’organisation des kolkhoz en U.R.S.S.
              restent valables pour tous les pays qui entreprennent cette transformation.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume" n="25" xml:id="chap25resume">
              <head>Résumé du chapitre </head>
              <list rend="runon" type="ordered">
                <item><p rend="alinéa">La collectivisation de l’agriculture est une condition indispensable de la
                construction du socialisme.
                Elle consiste essentiellement dans l’association graduelle et librement consentie des exploitations
                paysannes en coopératives de production. Elle signifie le passage de la petite économie privée
                individuelle, arriérée, à la grande économie socialiste, pourvue d’un outillage mécanique
                perfectionné. Elle répond aux intérêts vitaux de la paysannerie et de tous les travailleurs.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">Les conditions essentielles de la collectivisation intégrale sont : l’industrialisation socialiste du
                pays, le développement de la coopération agricole, l’expérience des premiers kolkhoz et des
                entreprises agricoles d’État qui montrent aux paysans les avantages de la grande exploitation
                socialiste, la création de stations de machines agricoles et de tracteurs, une lutte énergique contre le
                koulak.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">La collectivisation intégrale et, sur cette base, la liquidation des koulaks en tant que classe,
                réalisées sous la direction du Parti communiste et de l’État soviétique, constituaient une
                transformation révolutionnaire des plus profondes ; elles marquaient le passage d’un régime
                économique bourgeois, celui de l’exploitation paysanne individuelle, à un régime nouveau, kolkhozien,
                socialiste. Cette révolution a liquidé la classe d’exploiteurs la plus nombreuse : celle des koulaks, et
                fait passer de la voie capitaliste dans la voie socialiste de développement la classe de travailleurs la
                plus nombreuse, la paysannerie ; elle a donné à l’État soviétique une solide base socialiste dans
                l’agriculture.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">La victoire du régime kolkhozien a fait de l’Union soviétique, autrefois pays de petite économie
                paysanne, le pays de l’agriculture la plus grande du monde et la plus mécanisée. Elle a donné libre
                cours au développement des forces productives de l’agriculture. La paysannerie soviétique est à
                jamais affranchie de l’exploitation ; la pauvreté et la misère ont disparu des campagnes ; les conditions
                sont créées pour une élévation constante du niveau d’existence matérielle et culturelle de la
                paysannerie kolkhozienne ; l’alliance fraternelle des ouvriers et des paysans est renforcée.</p></item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3 type="chapitre" n="26" xml:id="chap26">
            <head>Chapitre 26 — La victoire du socialisme en U.R.S.S.</head>
            <div4 type="section" n="1" xml:id="chap26sect01">
              <head>26.1. L’affermissement du mode socialiste de production.</head>
              <p rend="alinéa">Les succès de l’industrialisation socialiste et de la collectivisation de l’agriculture ont profondément
              modifié le rapport des secteurs économiques et des forces de classe en U.R.S.S. en faveur du
              socialisme, au détriment du capitalisme. Jusqu’à la seconde moitié de 1929, une offensive énergique
              contre les éléments capitalistes avait été menée principalement dans les villes. Avec le passage à la
              collectivisation intégrale et à la liquidation des koulaks en tant que classe, cette offensive s’étendit
              également à la campagne et prit ainsi un caractère <emph>général</emph>. Ce fut le début de l’<emph>offensive du socialisme
              développée sur l’ensemble du front</emph>. À la suite du tournant opéré par les masses paysannes vers le
              socialisme, la forme capitaliste d’économie perdait sa base : la petite production marchande, et était en
              train de sombrer. En 1930, le secteur socialiste détenait déjà les leviers de commande de l’ensemble de
              l’économie nationale. Non seulement il occupait une situation dominante dans l’industrie, mais encore
              il commençait à jouer un rôle décisif dans l’agriculture. Autrement dit, l’U.R.S.S.
              <emph>était <corr resp="#dm">entrée</corr> dans la période du socialisme</emph>.</p>
              <p rend="alinéa">L’entrée dans la période du <corr resp="#dm">socialisme</corr>
              ne signifiait pas encore la fin de la période de transition,
              puisque l’édification de la société socialiste n’était pas achevée. Mais c’était déjà la <emph>dernière étape</emph> de la
              période de transition. Alors qu’au début de la Nep, on avait assisté à une certaine reprise du
              capitalisme, on était à présent au dernier stade de la Nep, celui de la liquidation complète des éléments
              capitalistes dans le pays.</p>
              <p rend="alinéa">L’offensive du socialisme sur l’ensemble du front allait de pair avec une aggravation de la lutte de
              classes, au milieu des énormes difficultés qu’entraînaient la reconstruction totale de l’industrie et de
              l’agriculture, la transformation de la base technique de toute l’économie nationale. Dans l’agriculture,
              cette reconstruction était impossible sans procéder en même temps à la refonte de l’ancienne forme
              d’économie, sans collectiviser les exploitations paysannes, sans extirper les racines du, capitalisme à la
              campagne. L’offensive du socialisme ne pouvait manquer de se heurter à la résistance désespérée des classes
              exploiteuses moribondes qui, avec l’appui de l’entourage capitaliste, recouraient au sabotage et au
              terrorisme. Les difficultés de l’édification socialiste diffèrent essentiellement des difficultés propres à
              l’économie capitaliste (crises, chômage), dont on ne saurait venir à bout dans le cadre du capitalisme.
              Les difficultés de l’édification socialiste sont la conséquence des difficultés de la croissance, de l’essor,
              de la progression ; c’est pourquoi elles renferment en elles-mêmes la possibilité de les surmonter.</p>
              <p rend="alinéa"><emph>Le premier plan quinquennal</emph> permit de jeter en U.R.S.S.
              <emph>les fondements d’une économie socialiste</emph>
              sous la forme d’une industrie socialiste et d’une grande agriculture collective pourvues, l’une et l’autre,
              d’une technique perfectionnée. Les éléments capitalistes furent liquidés dans l’industrie. La
              collectivisation fut réalisée pour l’essentiel dans les principales régions agricoles du pays ; les koulaks
              furent écrasés, mais non achevés. Le commerce soviétique, commerce sans capitalistes, fut instauré ; le
              commerce l’État, le commerce coopératif et le commerce kolkhozien, évincèrent complètement le
              commerce privé.</p>
              <p rend="alinéa">Au début du <emph>second plan quinquennal</emph>, des cinq types d’économie qui existaient autrefois dans
              l’économie nationale, trois : le capitalisme privé, le capitalisme d’État et l’économie patriarcale, avaient
              disparu ; la petite économie marchande était refoulée sur des positions de second plan ; le type
              d’économie socialiste dominait sans partage, était seul déterminant dans l’économie nationale.
              Autrement dit, le pouvoir des Soviets reposait désormais, à la ville comme à la campagne, sur une base
              socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">Au cours du second plan quinquennal s’acheva <emph>la reconstruction technique de toute l’économie
              nationale</emph>. L’U.R.S.S. devint un pays indépendant sous le rapport économique, un pays produisant tout
              l’équipement technique nécessaire à son économie et à sa défense. Dans toutes les branches de
              l’économie nationale avaient été formés des cadres nombreux, capables d’utiliser avec succès la
              technique nouvelle.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">La réalisation du deuxième plan quinquennal a permis de résoudre
                  la <emph>tâche historique essentielle</emph> qu’il posait :
                  toutes les classes exploiteuses ont été définitivement liquidées ; les causes qui
                  engendraient l’exploitation de l’homme par l’homme et la division de la société en exploiteurs et
                  exploités ont été supprimées. Une des tâches les plus difficiles de la Révolution socialiste a été
                  accomplie : la collectivisation de l’agriculture est achevée et le régime kolkhozien s’est
                  définitivement affermi.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  Résolution du 18<hi rend="ordinal">e</hi> Congrès du P.C.(b)R.,
                  <emph>Le P.C.U.S. dans les résolutions et décisions de ses congrès,
                  de ses conférences et des assemblées plénières du Comité central</emph>,
                  2<hi rend="ordinal">e</hi> partie, p. 879, (éd. russe).
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Sur la base de la collectivisation intégrale les racines du capitalisme dans l’économie furent extirpées.
              La différenciation de la paysannerie, la naissance spontanée d’éléments capitalistes avaient cessé.</p>
              <p rend="alinéa">La contradiction fondamentale de la période de transition, la contradiction entre le socialisme montant
              et le capitalisme renversé, mais resté fort au début parce qu’il conserve une base dans la petite
              production marchande, avait été levée. La question de savoir <emph>qui l’emporterait</emph> était tranchée en faveur
              du socialisme. Le but de la Nep : assurer la victoire des formes socialistes d’économie, était atteint.
              Lénine disait que la Nep avait été instaurée pour de bon et pour longtemps, mais non pour toujours, et
              que la Russie de la Nep deviendrait la Russie socialiste. Cette prédiction scientifique de Lénine était
              entièrement vérifiée. La victoire du socialisme marquait la fin de la période de transition, la fin de la
              Nep.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              En 1936, la part des formes socialistes d’économie dans l’ensemble des moyens de production atteignait 98,7 %,
              dont 99,95 % dans l’industrie et 96,3 % dans l’agriculture. De 1923-1924 à 1936, la part des formes socialistes
              d’économie était passée de 76,3 % à 99,8 % dans la production globale de l’industrie, de 1,5 % à 97,7 % dans la
              production globale de l’agriculture (y compris l’exploitation auxiliaire individuelle des kolkhoziens), de 43 % à
              100% dans le commerce de détail ; elle était passée de 35% en 1924-1925 à 99,1 % en 1936 dans le revenu
              national.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi, à l’issue de la période de transition en U.R.S.S., la victoire du socialisme était assurée. Cela
              avait été possible, parce qu’il s’était trouvé au pays des Soviets une force sociale telle que l’alliance de
              la classe ouvrière et de la paysannerie, alliance qui englobait l’immense majorité de la société. La
              classe ouvrière alliée à la paysannerie avait utilisé la loi de la correspondance nécessaire entre les
              rapports de production et le caractère des forces productives pour jeter bas les rapports de production
              anciens, bourgeois, et instaurer dans l’ensemble de l’économie nationale des rapports de production
              nouveaux, socialistes. La résistance de la bourgeoisie, dont cette loi contrecarrait les intérêts, avait été
              brisée.</p>
              <p rend="alinéa">Au cours de la période de transition, le mode de production le plus progressiste qui ait existé dans
              l’histoire, le <emph>mode de production socialiste</emph>, a triomphé en U.R.S.S. De nouvelles et puissantes forces
              productives se sont développées dans l’industrie et l’agriculture. Ainsi ont été créées les conditions
              matérielles d’une victoire complète des rapports de production socialistes, de leur consolidation dans
              l’ensemble de l’économie nationale. À leur tour, les rapports de production socialistes, après avoir
              vaincu à la ville comme à la campagne, ont donné libre cours au développement des forces productives
              et créé les conditions nécessaires à un essor ininterrompu et rapide de la production. L’édification du
              socialisme pouvait seule mettre fin au retard technique et économique séculaire de la Russie,
              affranchir le pays de la sujétion étrangère et assurer son indépendance nationale. L’U.R.S.S. est
              devenue, dans les délais historiques les plus brefs, une grande puissance industrielle et kolkhozienne.
              En construisant une société socialiste, la classe ouvrière et les travailleurs de l’U.R.S.S., conduits par le
              Parti communiste, ont réalisé les espoirs de nombreuses générations de travailleurs.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>socialisme</emph> est un régime fondé sur la propriété sociale des moyens de production sous ses deux
              formes : la propriété d’État (bien du peuple tout entier), et la propriété coopérative et kolkhozienne ;
              c’est un régime où l’exploitation de l’homme par l’homme a disparu, où l’économie nationale se
              développe selon un plan afin de satisfaire au mieux les besoins sans cesse croissants des travailleurs en
              augmentant toujours la production sur la base d’une technique supérieure et où est appliqué le principe
              de la répartition selon le travail.</p>
              <p rend="alinéa">La victoire du socialisme en U.R.S.S. constituait la plus profonde des révolutions qu’eût jamais connue
              l’histoire de l’humanité.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="2" xml:id="chap26sect02">
              <head>26.2. Les changements intervenus dans la structure de classes de la société.</head>
              <p rend="alinéa">L’organisation d’une économie socialiste a entraîné en U.R.S.S. de profonds changements dans la
              <emph>structure de classes</emph> de la société. En régime socialiste, il n’y a pas de classes exploiteuses. La société
              socialiste se compose de deux classes laborieuses et amies : la classe ouvrière et la paysannerie, ainsi
              que des intellectuels qui sont liés à ces classes par toutes leurs racines.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              En 1913, avant la Révolution, les ouvriers et les employés formaient en Russie 16,7 % de la population, les petits
              producteurs de marchandises (paysans, artisans) 65,1 %, les classes exploiteuses 15,9 %
              (dont les koulaks : 12,3 %) ; le reste (étudiants, retraités, militaires et autres) 2,3 %.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              En 1937, les ouvriers et les employés constituaient en U.R.S.S. 34,7 % de la population, la paysannerie
              kolkhozienne et les artisans groupés en coopératives 55,5 %, les étudiants, les retraités, les militaires et autres
              4,2% ; les paysans individuels et les artisans travailleurs non groupes en coopératives, c’est-à-dire les petits
              producteurs de marchandises, 5,6 % seulement. Les classes exploiteuses, grands propriétaires fonciers et
              bourgeoisie, avaient été liquidées au cours de la période de transition.
              La victoire du socialisme modifia radicalement le caractère et la situation de la classe ouvrière, de la
              paysannerie et des intellectuels.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>classe ouvrière</emph> avait cessé d’être une classe dépourvue de moyens de production, vendant sa force
              de travail et exploitée par les capitalistes. Elle était devenue une classe absolument nouvelle, telle que
              l’histoire n’en avait encore jamais connue, qui possédait les moyens de production conjointement avec
              le peuple tout entier et qui était libérée de toute exploitation. En U.R.S.S., la classe ouvrière fonde son
              existence sur la propriété d’État (bien du peuple entier) et sur le travail socialiste. C’est la classe la plus
              avancée de la société, la force motrice de son développement. C’est pourquoi la direction politique de
              la société (dictature) appartient en U.R.S.S. à la classe ouvrière.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>paysannerie</emph>, autrefois classe de petits producteurs dispersés, fondant son existence sur la propriété
              privée, le travail individuel et une technique primitive, exploitée par les propriétaires fonciers, les
              koulaks, les marchands et les usuriers, est devenue une classe absolument nouvelle, telle que l’histoire
              n’en avait encore jamais connue. En U.R.S.S. la paysannerie est libérée de toute exploitation ; elle
              fonde son travail et son avoir sur la propriété sociale, coopérative-kolkhozienne, sur le travail collectif
              et une technique moderne. En alliance étroite avec la classe ouvrière et sous sa direction, elle prend
              une part effective à la gestion de l’État soviétique, qui est l’État socialiste des ouvriers et des
              paysans.</p>
              <p rend="alinéa">La victoire du socialisme en U.R.S.S. a mis fin à l’exploitation de la campagne par la ville, à la ruine
              de la paysannerie. Ainsi a disparu la séculaire <emph>opposition entre la ville et la campagne</emph>. La ville, qui est
              en régime capitaliste le centre de l’exploitation de la campagne, est devenue en régime socialiste un
              centre d’aide économique, politique et culturelle de cette dernière. L’assistance efficace apportée à la
              paysannerie par la ville socialiste pour liquider les grands propriétaires fonciers et les koulaks, ainsi
              que la fourniture régulière de tracteurs et d’autres machines à la paysannerie et aux kolkhoz, ont
              resserré l’alliance de la classe ouvrière et de la paysannerie.</p>
              <p rend="alinéa">Grâce à l’aide de la ville socialiste, la campagne a acquis de nouvelles et puissantes forces productives.
              L’alliance entre l’industrie et l’agriculture n’a cessé de se renforcer. L’opposition d’intérêts entre la ville
              et la campagne a disparu. Il n’est pas resté trace de la méfiance, et encore moins de la haine d’antan, de
              la campagne pour la ville. Comme la ville, la campagne se développe sur une base socialiste. Les
              ouvriers et les paysans ont, les uns comme les autres, intérêt à renforcer le régime socialiste et à bâtir
              le communisme.</p>
              <p rend="alinéa">En U.R.S.S. sont apparus des <emph>intellectuels</emph> nouveaux, auxquels se sont joints les intellectuels
              d’autrefois ralliés au peuple après la Révolution. Dans la société bourgeoise, les intellectuels sont
              surtout issus des classes possédantes ; ils servent les capitalistes ; ils sont exploités par eux et les aident
              à exploiter les ouvriers et les paysans. En régime capitaliste, une grande partie des intellectuels est
              obligée d’exécuter des travaux non qualifiés ou va grossir les rangs des chômeurs. En U.R.S.S., les
              intellectuels sont pour la plupart issus de la classe ouvrière et de la paysannerie. Ils ignorent
              l’exploitation, servent le peuple laborieux, la cause du socialisme, et ont toute possibilité d’appliquer
              avec fruit leurs connaissances. En régime socialiste, les intellectuels sont, comme la classe ouvrière et
              la paysannerie, des membres de la société égaux en droits, participant activement à l’administration du
              pays. En 1937, les intellectuels soviétiques étaient au nombre de 9,6 millions et ils formaient avec
              leurs familles de 13 à 14 % de la population de l’U.R.S.S.</p>
              <p rend="alinéa">La victoire du socialisme en U.R.S.S. a mis fin à la séculaire <emph>opposition entre le travail manuel et le
              travail intellectuel</emph>. Le temps n’est plus où une grande partie des travailleurs intellectuels aidait les
              classes dominantes à exploiter les travailleurs manuels. En régime socialiste, les ouvriers et les
              dirigeants des entreprises constituent une seule et même collectivité de travailleurs vivement intéressée
              au progrès de la production. L’instruction a cessé d’être le monopole des classes possédantes. La
              science sert les intérêts du peuple tout entier, l’instruction est devenue le bien des ouvriers et des
              paysans.</p>
              <p rend="alinéa">La victoire du socialisme a créé toutes les conditions de l’aisance et de la culture pour les masses
              populaires. Conformément à la loi économique fondamentale du socialisme, le <emph>bien-être</emph> de la classe
              ouvrière, de la paysannerie et des intellectuels s’est sensiblement accru au cours de la période de
              transition. Le chômage et la misère ont disparu. Il n’y a plus à la campagne de paysans nécessiteux. Le
              salaire réel des ouvriers et des employés et les revenus réels de la paysannerie ont augmenté. Une
              <emph>révolution culturelle</emph> s’est accomplie dans le pays. À l’issue des deux premiers plans quinquennaux,
              l’enseignement primaire, donné dans les langues des nationalités de l’U.R.S.S., était devenu général et
              obligatoire. Le réseau des établissements d’enseignement et la formation des cadres ont pris un
              développement prodigieux dans l’ensemble du pays. Le nombre des spécialistes pour les différentes
              branches de l’économie et de la culture a augmenté de plusieurs fois.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              Le revenu national de l’U.R.S.S., qui appartient tout entier aux travailleurs, a augmenté (à parité de prix) de plus
              de 4,5 fois en 1937 par rapport à 1913. La production des objets de consommation personnelle par la grande
              industrie a presque sextuplé en 1937 par rapport à 1913. Rien qu’au cours du second plan quinquennal, le salaire
              réel des ouvriers et des employés a doublé.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              Le nombre des élèves des écoles primaires et secondaires est passé de 7,9 millions en 1914 à 29,6 millions en
              1937 ; celui des étudiants des établissements d’enseignement supérieur de 117 000 à 547 200. Le tirage des livres
              a augmenté de 86,7 millions à 673,5 millions, celui des journaux (au numéro) de 2,7 millions à
              36,2 millions.</p>
              <p rend="alinéa">Conformément aux principes du socialisme, le pouvoir des Soviets a mis fin à la situation inférieure de
              la femme. En U.R.S.S., la femme jouit réellement de droits égaux à ceux de l’homme dans tous les
              domaines de la vie économique, culturelle, sociale et politique. Elle reçoit pour un travail égal un
              salaire égal à celui de l’homme. La victoire du socialisme a permis à des millions de femmes d’accéder
              à un travail qualifié. Au cours des plans quinquennaux, de nombreux cadres dirigeants ont été formés
              parmi les femmes. La situation des femmes à la campagne a été totalement transformée à la suite de la
              victoire des kolkhoz, qui a supprimé l’inégalité de la femme par rapport à l’homme, telle qu’elle existait
              dans l’économie paysanne individuelle. Les femmes ont pu se placer sur un pied d’égalité avec les
              hommes et s’assurer une place d’honneur dans l’économie collective des kolkhoz. La femme est
              affranchie de son semi-esclavage dans un certain nombre de régions nationales périphériques, où des
              survivances féodales et patriarcales existaient encore. Dans ces régions comme dans le reste du pays,
              les femmes sont devenues des bâtisseurs actifs du socialisme.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              Les femmes constituaient, en 1936, 42 % des élèves admis dans les établissements d’enseignement supérieur et
              48 % des élèves admis dans les écoles techniques. En 1935, la proportion des femmes parmi les étudiants des
              grandes écoles industrielles était en U.R.S.S. sept fois plus élevée qu’en Allemagne, dix fois plus élevée qu’en
              Angleterre et vingt fois plus élevée qu’en Italie. En 1940, le nombre des femmes médecins avait augmenté en
              U.R.S.S. de quarante fois par rapport à 1913. Elles formaient, en 1940, environ 60 % du nombre total des
              médecins contre 9,7 % en 1913.</p>
              <p rend="alinéa">Depuis la victoire du socialisme et la disparition de l’exploitation de l’homme par l’homme, il n’existe
              plus en U.R.S.S. ni classes antagonistes ni contradictions de classes irréductibles. Ce qui caractérise
              les rapports de classes dans la société socialiste, c’est l’amitié indissoluble, la collaboration fraternelle
              de la classe ouvrière, de la paysannerie et des intellectuels. Les différences de classes entre la classe
              ouvrière et la paysannerie, ainsi qu’entre ces classes et les intellectuels, s’effacent peu à peu. Alors que
              la société capitaliste, déchirée par des antagonismes sociaux et nationaux, est rendue instable, la
              société socialiste, parce qu’elle ignore les antagonismes sociaux et nationaux, se distingue par son
              caractère monolithe et sa stabilité. La domination sans partage de la propriété sociale et du système
              socialiste d’économie a été, en U.R.S.S., la base économique sur laquelle se sont déployées des forces
              motrices du développement social aussi puissantes que <emph>l’unité morale et politique de la société
              soviétique, l’amitié des peuples de l’U.R.S.S., le patriotisme soviétique</emph>. Ces forces motrices exercent à
              leur tour une action immense sur l’économie dont elles stimulent le développement.</p>
              <p rend="alinéa">Les transformations profondes intervenues dans l’économie socialiste et la structure de classes de
              l’U.R.S.S. ont eu leurs répercussions dans la superstructure politique. L’État socialiste a passé par deux
              phases principales. La première phase s’étend de la Révolution d’Octobre à la liquidation des classes
              exploiteuses. L’État, durant cette période, réprimait les classes renversées, défendait le pays contre
              l’agression du dehors. Il avait également une fonction d’organisation économique et une fonction
              éducative et culturelle, mais elles n’avaient pas pris alors leur plein développement, l’État soviétique
              ayant à organiser l’économie socialiste dans l’ensemble du pays et à faire disparaître les derniers
              vestiges des éléments capitalistes. La fonction de répression des exploiteurs a fait place à celle de
              protection de la propriété socialiste ; la fonction de défense militaire du pays contre l’encerclement
              capitaliste subsista. La création d’une base socialiste garantissait le développement complet de la
              fonction d’organisation économique et de la fonction culturelle et éducative des organismes de l’État.</p>
              <p rend="alinéa">À la suite des changements intervenus, la nouvelle <emph>Constitution de l’U.R.S.S.</emph>, adoptée en 1936,
              consacre sur le plan législatif les principes et les fondements du socialisme. Elle ne se borne pas à fixer
              formellement les droits des citoyens, mais elle se préoccupe surtout de garantir réellement ces droits.
              C’est ainsi qu’elle ne se contente pas de proclamer le droit des citoyens de l’U.R.S.S. au travail, au
              repos, à l’instruction, à la sécurité matérielle dans la vieillesse, en cas de maladie et de perte de
              capacité de travail. Ces droits sont garantis car l’organisation planifiée de l’économie nationale, la
              suppression du chômage, la journée de travail de huit heures, l’établissement de congés annuels payés
              pour les ouvriers et les employés, les assurances sociales des ouvriers et des employés aux frais de
              l’État, la mise à la disposition des travailleurs d’un vaste réseau de maisons de cure et de repos, la
              protection par l’État des intérêts de la mère et de l’enfant, l’instruction de sept ans générale et
              obligatoire, la gratuité de l’enseignement primaire, l’attribution par l’État de bourses aux étudiants, et
              par d’autres moyens matériels, etc. La victoire du socialisme en U.R.S.S. a donc créé une base
              économique solide qui garantit réellement les droits des travailleurs. C’est là une nouvelle preuve du
              démocratisme authentiquement socialiste de la société soviétique et de la Constitution de l’U.R.S.S.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="3" xml:id="chap26sect03">
              <head>26.3. La disparition de l’inégalité économique entre les nations.</head>
              <p rend="alinéa">En mettant fin à toute exploitation, le socialisme supprime les causes qui engendrent l’oppression des
              nations. Le régime socialiste fait disparaître l’inégalité politique, économique et culturelle des nations
              en assurant le progrès économique et culturel de tous les peuples sans exception.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">S’il est inévitable que la propriété privée et le capital divisent les hommes, attisent les haines
                  nationales et renforcent l’oppression nationale, il est non moins inévitable que la propriété et le
                  travail collectifs rapprochent les hommes, minent les haines nationales et abolissent l’oppression
                  nationale. L’existence du capitalisme sans oppression nationale est aussi inconcevable que celle du
                  socialisme sans affranchissement des nations opprimées, sans liberté nationale.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  J. Staline,
                  « Les tâches immédiates du Parti dans la question nationale »,
                  <title>Œuvres</title>, t. V, p. 27, Éditions sociales, Paris, 1955.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Avec l’établissement de la dictature du prolétariat, l’inégalité politique des nations, l’oppression
              nationale et l’exploitation coloniale ont disparu en U.R.S.S. Il s’agissait ensuite de mettre fin à
              l’inégalité économique des nationalités, de combler le retard économique et culturel d’un certain
              nombre de peuples. Cette tâche ne pouvait être menée à bien que sur la base de l’édification socialiste.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              Dans les régions périphériques de la Russie peuplées de minorités nationales, 25 millions d’hommes
              environ se trouvaient à un stade de développement précapitaliste ; 6 millions d’entre eux appartenaient
              à des peuplades d’éleveurs qui ignoraient encore la culture du sol et vivaient sous le régime patriarcal
              de la gens. Il fallait aider les peuples de ces régions à s’affranchir de nombreuses survivances féodales
              et patriarcales, extirper les vestiges des éléments colonisateurs, leur donner la possibilité de bâtir une
              économie socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">Comme nous l’avons déjà dit, les pays retardataires, qui ont jeté bas le joug de l’impérialisme, peuvent,
              avec l’aide des pays de la dictature du prolétariat plus avancés, s’engager peu à peu sur la voie de
              l’édification socialiste sans passer par le stade du développement capitaliste. C’est cette voie de
              développement non capitaliste qu’ont suivie en U.R.S.S. les peuples des régions périphériques
              autrefois arriérées. Grâce au concours fourni dans tous les domaines par le peuple russe et les autres
              peuples de l’U.R.S.S., les peuples des régions nationales périphériques ont effectué un bond
              formidable des formes patriarcales et féodales d’économie au socialisme, sans passer par le
              développement capitaliste. C’est ainsi que se sont développés les peuples de l’Asie Centrale, certains
              peuples transcaucasiens, plusieurs populations du Nord et d’autres encore. La construction du
              socialisme en U.R.S.S., a soigneusement tenu compte des particularités de l’état économique, du passé,
              des mœurs et de la culture de chaque peuple.</p>
              <p rend="alinéa">L’inégalité de fait des différentes nationalités sous le rapport économique et culturel, héritage du
              régime bourgeois-féodal, l’inégalité entre la Russie centrale, qui avait pris les devants, et les régions
              nationales périphériques autrefois arriérées, ont été liquidées en U.R.S.S. Les régions nationales
              périphériques, colonies et semi-colonies de la Russie tsariste, sont devenues des États autonomes et
              développés, des républiques socialistes soviétiques. Dans les républiques et régions nationales jadis
              retardataires, une grande industrie socialiste a été créée, le régime kolkhozien instauré, de nombreux
              cadres d’ouvriers nationaux, y compris des ouvriers qualifiés, ont été formés, une intelligentsia
              nationale s’est développée. Le vigoureux essor économique des régions nationales périphériques s’est
              accompagné d’un progrès rapide du bien-être matériel et d’une élévation prodigieuse du niveau culturel
              des travailleurs.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              Le rythme du développement industriel a été encore plus rapide dans les républiques nationales que dans
              l’ensemble de l’U.R.S.S. En 1940, la production globale de la grande industrie a, par rapport à 1913, augmenté de
              près de 12 fois pour l’ensemble de l’U.R.S.S., de 20 fois dans la R.S.S. de Kazakhie, de 27 fois dans la R.S.S. de
              Géorgie, de 153 fois dans la R.S.S. de Kirghizie, de 308 fois dans la R.S.S. de Tadjikie.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              C’est sous le pouvoir des Soviets que 48 nationalités ont, pour la première fois, reçu un alphabet. Alors qu’avant
              la Révolution, la presque totalité des habitants des régions nationales périphériques était illettrée, l’immense
              majorité de la population des républiques nationales savait lire et écrire dès 1939. Par rapport à 1914-1915, le
              nombre des élèves des écoles primaires et secondaires avait, en 1940, augmenté de 9 fois dans la R.S.S.
              d’Azerbaïdjan, de 9,4 fois dans la R.S.S. d’Arménie, de 10,9 fois dans la R.S.S. de Kazakhie, de 35 fois dans la
              R.S.S. de Turkménie, de 47 fois dans la R.S.S. de Kirghizie, de 73 fois dans la R.S.S. d’Ouzbékie, de 822 fois
              dans la R.S.S. de Tadjikie.</p>
              <p rend="alinéa">La construction du socialisme modifie profondément la nature même des nations. Par suite de la
              transformation révolutionnaire des rapports sociaux, les nations bourgeoises dont se compose la
              société capitaliste sont remplacées par des nations <emph>nouvelles</emph>, des <emph>nations socialistes</emph>, constituées sur la
              base de ces anciennes nations bourgeoises. Alors que le capitalisme divise les nations en classes et en
              groupements dont les intérêts s’opposent, le socialisme unit les nations sur la base de la propriété
              sociale et d’intérêts communs. Chaque nation socialiste est monolithe ; elle se compose de travailleurs
              dirigés par la classe ouvrière.</p>
              <p rend="alinéa">La victoire du socialisme a consacré l’identité des intérêts économiques et politiques des peuples de
              l’U.R.S.S. ; elle a permis l’épanouissement de leur culture, nationale par la forme et socialiste par le
              contenu.</p>
              <p rend="alinéa">L’Union soviétique est un État multinational solide et viable, fondé sur la collaboration fraternelle des
              peuples ; il offre une solution modèle de la question nationale.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="4" xml:id="chap26sect04">
              <head>26.4. L’U.R.S.S. entre dans la phase de l’achèvement de l’édification de la société socialiste et du
              passage graduel du socialisme au communisme.</head>
              <p rend="alinéa">Après la victoire du socialisme, l’U.R.S.S. est entrée dans une nouvelle phase de son développement,
              celle de l’achèvement de l’édification du socialisme et du passage graduel du socialisme au
              communisme.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>communisme</emph> est un régime social qui ignore les classes et les différences de classes, où tous les
              moyens de production sont la propriété de l’ensemble du peuple, où le niveau de développement des
              forces productives assure l’abondance des produits, et où le principe déterminant de la vie sociale est :
              « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins. »</p>
              <p rend="alinéa">Le socialisme et le communisme sont deux phases d’une seule et même formation économique et
              sociale : la formation communiste, dont le socialisme constitue la phase <emph>inférieure</emph> et le communisme
              la phase <emph>supérieure</emph>, plus avancée. Le développement du socialisme entraîne la création de la base
              matérielle et technique du communisme et l’abondance des produits, une prodigieuse élévation du
              bien-être et du niveau culturel de la population. Ainsi, l’achèvement du stade socialiste du
              développement de la société marque en même temps le passage graduel au communisme. Le peuple
              tout entier — classe ouvrière, paysannerie, intellectuels — est intéressé de façon vitale à l’avènement
              du régime communiste ; tous les travailleurs sont des bâtisseurs actifs du communisme où la société
              connaîtra une prospérité matérielle et un épanouissement culturel sans précédent. Comme en régime
              socialiste il n’y a ni classes ni groupe sociaux dont les intérêts seraient en contradiction avec le
              communisme, le passage au communisme s’opère graduellement, sans révolution sociale.</p>
              <p rend="alinéa">À la suite des plans quinquennaux d’avant-guerre, l’Union soviétique, par le volume global de la
              production industrielle, dépassait tous les autres pays d’Europe et occupait la seconde place dans le
              monde. La création des conditions matérielles du passage au communisme exige la suppression du
              retard de Î’U.R.S.S. sur les pays capitalistes les plus évolués dans le volume de la production
              industrielle par habitant, ainsi qu’un développement considérable des forces productives. Le rapport du
              volume de la production industrielle à la population d’un pays est l’indice de sa puissance économique.
              La victoire du socialisme en U.R.S.S. imposa pratiquement la tâche proposée par Lénine et développée
              dans les travaux de Staline : rattraper et dépasser les principaux pays capitalistes du <emph>point de vue
              économique</emph>, c’est-à-dire par le volume de la production industrielle par habitant. Le 18<hi rend="ordinal">e</hi> Congrès
              du Parti communiste (1939) l’a définie comme <emph>la tâche économique fondamentale</emph> de l’Union
              soviétique.
              Le <emph>troisième plan quinquennal</emph> a été un jalon important dans la voie du communisme. Les tâches
              assignées par le troisième plan quinquennal pour les trois premières années et demie (1938-juin 1941)
              ont été exécutées avec un plein succès. L’industrie, et avant tout l’industrie lourde, a connu un
              accroissement considérable, l’agriculture a continué à se renforcer et à se développer.</p>
              <p rend="alinéa">Le travail constructif et pacifique du peuple soviétique pour bâtir le communisme a été interrompu en
              1941 par l’agression perfide de l’Allemagne fasciste et de ses vassaux.</p>
              <p rend="alinéa">La grande Guerre nationale de l’Union soviétique (1941-1945) a été la plus dure de toutes les guerres
              qu’ait connues la Russie. Elle a confirmé que l’U.R.S.S. possède le régime social et politique le plus
              solide et le plus viable qui soit. Le régime soviétique a prouvé qu’il était le plus apte non seulement à
              organiser le progrès économique et culturel du pays dans les années d’édification pacifique, mais aussi
              à mobiliser toutes les forces du peuple pour riposter à l’ennemi en temps de guerre.</p>
              <p rend="alinéa">La puissante base économique qui permit au pays de se défendre efficacement pendant la guerre, avait
              été créée au cours des plans quinquennaux d’avant-guerre grâce à la politique d’industrialisation et de
              collectivisation.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              En 1940, l’U.R.S.S. avait produit 15 millions de tonnes de <emph>fonte</emph>, soit près de quatre fois plus qu’en 1913 ; 18,3
              millions de tonnes d’acier, soit 4,5 fois plus qu’en 1913 ; 166 millions de tonnes de <emph>houille</emph>, soit 5,5 fois plus qu’en
              1913 ; 31 millions de tonnes de <emph>pétrole</emph>, soit 3,5 fois plus qu’eu 1913 ;
              38,3 millions de tonnes de <emph>blé marchand</emph>,
              soit 17 millions de tonnes de plus qu’en 1913 ; 2,7 millions de tonnes de <emph>coton brut</emph>, soit 3,5 fois plus qu’en 1913.</p>
              <p rend="alinéa">Le régime socialiste a permis en un temps très court de créer en U.R.S.S. une économie de guerre bien
              organisée qui s’est rapidement développée. La base économique de l’État soviétique s’est avérée
              incomparablement plus viable que l’économie des États ennemis. Grâce aux avantages de l’économie
              socialiste planifiée, l’État soviétique, dans les conditions incroyablement difficiles créées par la perte
              temporaire d’un certain nombre de régions importantes, a pu en temps utile mobiliser au maximum et
              utiliser de la manière la plus efficace les ressources matérielles et financières ainsi que la
              main-d’œuvre. Il a construit une foule d’entreprises nouvelles et intensifié l’effort industriel pour la victoire.
              Au cours de la guerre, les fabrications d’armements ont augmenté rapidement tandis que leur qualité
              s’améliorait. Malgré l’occupation temporaire par l’ennemi d’importantes régions agricoles, les kolkhoz
              et les sovkhoz ont, pour l’essentiel, assuré sans à-coups graves l’approvisionnement de l’armée et du
              pays en denrées alimentaires et celui de l’industrie en matières premières. Le régime kolkhozien a subi
              sans faiblir les sévères épreuves de la guerre et montré sa vitalité.</p>
              <p rend="alinéa">La classe ouvrière, la paysannerie, les intellectuels, les femmes et les jeunes ont consenti d’immenses
              sacrifices et fait preuve d’une abnégation au travail exceptionnelle. L’émulation socialiste généralisée a
              donné de grands résultats. Grâce à l’élévation de la productivité du travail dans l’industrie lourde et
              l’industrie travaillant pour la défense, le prix de revient de la production a considérablement baissé, ce
              qui a permis d’accroître de manière appréciable la fabrication des armements.</p>
              <p rend="alinéa">L’unité morale et politique de la société socialiste, l’amitié des peuples, le patriotisme soviétique ont
              suscité un héroïsme de masse au front et à l’arrière. Le Parti communiste, qui dirigeait la défense du
              pays, a su orienter toutes les forces du peuple vers la défaite de l’ennemi. Les avantages décisifs du
              socialisme, la solidité inébranlable de l’arrière soviétique ont permis à l’U.R.S.S., en coopération avec
              les alliés, de remporter une victoire économique et militaire dans sa lutte à mort contre l’Allemagne
              impérialiste, qui disposait des ressources de nombreux pays européens, et contre le Japon impérialiste.
              Le peuple soviétique, qui a dû supporter le poids principal de la guerre, n’a pas seulement sauvegardé
              la liberté et l’indépendance de son pays et ses conquêtes socialistes ; il a encore libéré les peuples
              d’Europe du joug hitlérien.</p>
              <p rend="alinéa">La guerre a causé à l’économie nationale de l’U.R.S.S. un grave préjudice.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              Les occupants fascistes ont brûlé et détruit 1 710 villes, comprenant de très importants centres industriels et
              culturels, plus de 70 000 villages, 31 850 entreprises industrielles ; ils ont dévasté 98 000 kolkhoz, 1 876
              sovkhoz, 2 890 S.M.T., etc. L’ensemble des dommages qu’ils ont causé à l’économie nationale et aux citoyens de
              l’U.R.S.S. est évalué, en prix d’État, à 679 milliards de roubles. Pendant la guerre, la production civile de
              l’industrie et la production agricole ont subi une baisse considérable et les transports ont beaucoup souffert.</p>
              <p rend="alinéa">La société socialiste a supporté sans faiblir les épreuves d’une guerre particulièrement dure. C’était la
              preuve de la solidité inébranlable des nouveaux rapports socialistes de production, la preuve de leur
              supériorité sur les rapports capitalistes.</p>
              <p rend="alinéa">Tout État capitaliste, même le plus grand, aurait à coup sûr, dans ces conditions, été rejeté à des
              dizaines d’années en arrière et ravalé au rang de puissance de second ordre. Mais grâce aux avantages
              du régime socialiste, l’U.R.S.S. a mené à bien les tâches difficiles, entre toutes, que posait la
              liquidation des conséquences de la guerre. Après avoir triomphé de l’ennemi, elle a pu, en quelques
              années et par ses propres moyens, atteindre le niveau de sa production d’avant-guerre et même le
              dépasser sensiblement. Elle a réalisé avec succès son <emph>quatrième plan quinquennal</emph> (1946-1950) qui
              avait pour principal objectif d’assurer le relèvement des régions éprouvées, de ramener au niveau
              d’avant-guerre l’industrie et l’agriculture, puis de dépasser ce niveau dans des proportions importantes.
              Le quatrième l’industrie.
              La réalisation du quatrième plan quinquennal marquait un très important progrès dans le
              développement économique et culturel de la société soviétique.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>cinquième plan quinquennal</emph> (1951-1955) et les décisions qui furent prises alors par le Parti
              communiste et le gouvernement soviétique, en vue d’assurer un nouvel essor de l’industrie et de
              l’agriculture, une nouvelle élévation du bien-être et du niveau culturel du peuple soviétique constituent
              un pas nouveau vers le communisme. Les objectifs du cinquième plan quinquennal pour l’industrie ont
              été également atteints avant terme.</p>
              <p rend="alinéa">La victoire du socialisme en U.R.S.S. a eu la plus grande <emph>portée
              internationale</emph>. Elle a été un nouveau coup vigoureux porté au système impérialiste mondial, un coup
              qui a ébranlé plus violemment encore ses assises.
              L’affermissement du socialisme a prouvé de façon éclatante la supériorité du système socialiste
              d’économie nationale sur le système capitaliste. Il a fallu au capitalisme un siècle environ, et à la
              féodalité près de deux siècles pour affirmer leur supériorité sur les modes de production qui les avaient
              précédés. Le système socialiste d’économie a fourni la preuve de ses avantages indéniables par rapport
              au capitalisme dès la période de transition, c’est-à-dire en moins de vingt ans.
              Les faits ont mis en évidence la justesse du marxisme, conception du monde révolutionnaire de la
              classe ouvrière, la justesse de la théorie léniniste de la révolution socialiste. Cela a renforcé la foi des
              masses laborieuses dans la force de la classe ouvrière, dans la victoire finale du socialisme à l’échelle
              mondiale.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume" n="26" xml:id="chap26resume">
              <head>Résumé du chapitre 26</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
                <item>
                  <p rend="alinéa">À la fin de la période de transition du capitalisme au socialisme, les éléments capitalistes avaient
                  été liquidés en U.R.S.S. dans tous les domaines de l’économie ; le système socialiste était devenu le
                  seul système de l’économie nationale ; la base économique de la société socialiste avait été créée. La
                  victoire du socialisme a trouvé son expression et sa consécration législative dans la Constitution de
                  l’U.R.S.S., la plus démocratique du monde.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">Le socialisme est un régime fondé sur la propriété sociale des moyens de production sous ses deux
                  formes : la propriété d’État (du peuple tout entier) et la propriété coopérative-kolkhozienne ; un
                  régime qui ignore l’exploitation de l’homme par l’homme, où l’économie nationale se développe selon
                  un plan afin de satisfaire au mieux les besoins croissants des travailleurs en produisant toujours
                  davantage, et où est appliqué le principe de la répartition selon le travail.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">La société socialiste se compose de deux classes amies : la classe ouvrière et la paysannerie, ainsi
                  que des intellectuels qui sont attachés par toutes leurs fibres à la classe ouvrière et à la paysannerie.
                  La victoire du socialisme a entraîné une amélioration radicale de la situation matérielle et culturelle
                  des travailleurs, la suppression de l’opposition entre la ville et la campagne, entre le travail
                  intellectuel et le travail manuel, la disparition de l’inégalité des nations et l’apparition de nations
                  nouvelles, socialistes.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">À la suite de la victoire du socialisme, l’U.R.S.S. est entrée dans la phase du passage graduel du
                  socialisme au communisme. Grâce aux avantages du régime socialiste, l’U.R.S.S. a remporté une
                  victoire à la fois économique et militaire dans la grande Guerre nationale. Après la guerre, l’Union
                  soviétique a réalisé en un temps très court le relèvement, puis un vigoureux essor, de son économie
                  nationale, et elle poursuit sa marche vers le communisme. La victoire du socialisme en U.R.S.S. a une
                  portée historique mondiale. Elle a démontré pratiquement la supériorité du socialisme sur le
                  capitalisme.</p>
                </item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
        </div2>
        <div2 type="subdivision" n="2" xml:id="part3subB">
                          <head>B. — Le système socialiste d’économie nationale</head>
          <div3 type="chapitre" n="27" xml:id="chap27">
            <head>Chapitre 27 — La base matérielle de production du socialisme</head>
            <div4 type="section" n="1" xml:id="chap27sect01">
              <head>27.1. Les principaux caractères de la base matérielle de production du socialisme.</head>
              <p rend="alinéa"><emph>La base matérielle de production du socialisme</emph>, c’est la grande production mécanique dans tous les
              domaines de l’économie nationale, production fondée sur une technique supérieure et le travail
              affranchi de toute exploitation.</p>
              <p rend="alinéa">La propriété sociale des moyens de production assure l’unité de la production socialiste qui se
              développe méthodiquement dans l’intérêt de toute la société. Le développement ne se heurte pas aux
              obstacles posés par la propriété privée des moyens de production.</p>
              <p rend="alinéa">La production socialiste est la plus grande et la plus concentrée du monde. Le régime socialiste
              implique la domination sans partage de la grande production non seulement dans l’industrie, mais aussi
              dans l’agriculture, alors qu’en régime capitaliste les petites exploitations de paysans individuels
              prédominent numériquement dans l’agriculture.</p>
              <p rend="alinéa">Le socialisme ne connaît pas les contradictions et les limitations de l’usage du machinisme qui sont
              propres au capitalisme. Dans la société bourgeoise, les machines sont un instrument d’exploitation et
              ne sont utilisées dans la production que lorsqu’elles augmentent le profit du capitaliste grâce à
              l’économie réalisée sur le salaire des ouvriers.
              En régime socialiste, elles sont employées toutes les fois qu’elles épargnent du travail à la société,
              qu’elles allègent l’effort des ouvriers et des paysans, qu’elles contribuent à accroître le bien-être
              national. Et comme le chômage n’existe pas en société socialiste, les machines ne peuvent faire
              concurrence aux travailleurs. C’est pourquoi ceux-ci les emploient très volontiers dans la production.</p>
              <p rend="alinéa">La liquidation de la propriété privée des moyens de production fait qu’en régime socialiste les
              réalisations de la science et de la technique modernes deviennent le patrimoine de la société tout
              entière.
              La production socialiste, qui se propose de satisfaire les besoins sans cesse croissants des masses
              populaires, implique le développement et le perfectionnement continus de la technique ; la technique
              ancienne doit être remplacée par une technique nouvelle, celle-ci par une autre, plus nouvelle encore.
              D’où la nécessité de créer de nouveaux types de machines, mécanismes, instruments et appareils, de
              nouveaux matériaux et une technologie d’avant-garde, d’en acquérir la pratique et de les intégrer dans
              la production. L’État socialiste, qui concentre entre ses mains les principaux moyens de production et
              d’accumulation, peut procéder à d’importants investissements dans l’économie nationale en vue
              d’assurer un progrès technique continu et peut réaliser de grands travaux sur une échelle et à un rythme
              que le capitalisme ne saurait atteindre.</p>
              <p rend="alinéa">Le socialisme assure l’introduction conséquente du machinisme moderne dans tous les domaines de la
              production, y compris l’agriculture.</p>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, la situation des producteurs a radicalement changé. Le travail des ouvriers, des
              kolkhoziens et des intellectuels, travail affranchi de toute exploitation, est à la base de l’existence de la
              société socialiste. Les producteurs travaillent pour eux-mêmes, pour la société, et non pour des
              exploiteurs ; aussi sont-ils profondément intéressés au perfectionnement de la production sur la base
              d’une technique supérieure et à l’utilisation la plus rationnelle de la technique existante. Par ailleurs, le
              socialisme entraîne l’élévation constante et rapide du niveau de culture générale et de formation
              technique des travailleurs. D’où la part active que ceux-ci prennent au développement de la production,
              au perfectionnement de la technique, à l’amélioration de la technologie et de l’organisation du travail.</p>
              <p rend="alinéa">À la différence du capitalisme, le socialisme assure un accroissement ininterrompu et rapide des forces
              productives.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="2" xml:id="chap27sect02">
              <head>27.2. L’industrie socialiste.</head>
              <p rend="alinéa"><emph>L’industrie socialiste</emph> est une industrie fortement concentrée, avancée sous le rapport technique, unifiée
              sur la base de la propriété sociale. Son rôle est déterminant dans l’économie nationale, à toutes les
              branches de laquelle elle fournit un outillage perfectionné ; cela, grâce au développement plus rapide
              des industries produisant des moyens de production, au progrès accéléré des constructions
              mécaniques. L’industrie lourde est la base fondamentale de l’économie socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">L’industrie joue un rôle des plus importants dans l’accroissement de la consommation nationale. Les
              industries légère et alimentaire, dotées d’un matériel perfectionné, produisent d’une année à l’autre plus
              d’articles de consommation courante.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              Les fonds fixes de production, dans l’industrie de l’U.R.S.S., ont en 1954 plus que doublé par rapport à 1940, et
              ils étaient de 24 fois plus élevés qu’en 1913. En 1954, la production globale de la grande industrie a été
              multipliée (à parité de prix) par 35 par rapport à 1913. Si l’on prend pour base le niveau de 1940, la production
              industrielle en 1954 avait été multipliée par plus de 2,8 (celle des constructions mécaniques et de la métallurgie
              avait presque quadruplé). La production des branches maîtresses de l’industrie lourde a, de 1913 à 1945,
              augmenté comme suit : houille — de 29 millions à 347 millions de tonnes ; pétrole — de 9 millions à 59,3
              millions de tonnes ; acier — de 4,2 millions à 41,4 millions de tonnes ; ciment — de 1,5 millions à 19 millions de
              tonnes ; énergie électrique — de 1,9 milliard à 149 milliards de kWh.</p>
              <p rend="alinéa">L’industrie socialiste est la plus concentrée du monde. En régime socialiste, la <emph>concentration de la
              production</emph> s’opère selon un plan et s’accompagne d’un essor général de l’économie nationale dans
              l’intérêt de toute la société, alors qu’en régime capitaliste la concentration s’effectue dans l’anarchie,
              entraîne la ruine et la disparition des petites et moyennes entreprises et la domination des monopoles.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Nous sommes le pays de l’industrie la plus concentrée. C’est dire que nous pouvons édifier notre
                  industrie sur la base de la technique la meilleure, et garantir ainsi une productivité du travail jamais
                  vue, un rythme d’accumulation sans précédent.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  J. Staline,
                  « Les tâches des dirigeants de l’industrie »,
                  <title>Les Questions du léninisme</title>, t. 2, p. 35.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa"><emph>L’intégration</emph>, ou <emph>concentration verticale</emph>, reçoit en régime socialiste une large extension. Elle permet
              de tirer un meilleur parti des matières premières et du combustible, de réduire les frais de transport,
              d’accélérer le processus de production.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              Dans l’industrie soviétique, les entreprises ayant un chiffre de production annuelle de plus de 5 millions de
              roubles (prix de 1926-1927) concentraient, en 1940, 71 % des ouvriers et 84 %
              de la production, et, en 1954, 80 % des ouvriers et 92 % de la production industrielle.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Si l’on compare les chiffres relatifs à la concentration
              industrielle en U.R.S.S. et aux États-Unis (pour plus de commodité, on a groupé les entreprises d’après le nombre
              des ouvriers et des employés), on constate qu’en 1954, les entreprises comptant plus de 1 000 ouvriers et
              employés concentraient 64 % des ouvriers et employés et fournissaient 72 % de la production dans les industries
              de transformation de l’U.R.S.S. ; alors qu’aux États-Unis, dans les mêmes industries, ces entreprises
              concentraient, en 1952, 33 % des ouvriers et fournissaient 36 % de la production.</p>
              <p rend="alinéa">Dans la société socialiste, la propriété sociale des moyens de production crée des conditions
              particulièrement favorables à l’application sur une grande échelle de la spécialisation et de la
              coopération dans l’industrie.</p>
              <p rend="alinéa">Il y a <emph>spécialisation</emph> de la production industrielle quand l’entreprise se consacre exclusivement à la
              fabrication d’un produit déterminé, de ses différentes parties et pièces détachées, ou à certaines
              opérations de la fabrication d’un article. En régime socialiste, la spécialisation indique que la société
              tire méthodiquement parti des avantages de la division du travail entre les différentes entreprises. Elle
              permet d’utiliser un outillage à grand rendement, de standardiser, de produire en série et à la chaîne, ce
              qui assure une augmentation considérable de la productivité du travail.</p>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, la <emph>coopération</emph> des entreprises industrielles consiste dans l’établissement planifié
              de rapports de production réguliers entre les entreprises qui participent à la fabrication d’un article
              déterminé, mais constituent des unités économiques indépendantes les unes des autres. La coopération
              des entreprises dans le cadre d’une même région économique, qui évite les transports sur de trop
              longues distances, revêt une grande importance. La coopération planifiée des entreprises permet un
              important relèvement de la productivité du travail social.</p>
              <p rend="alinéa">La société socialiste s’assigne pour objectif d’appliquer plus largement la spécialisation et la
              coopération, en tant que formes les plus rationnelles d’organisation de la production.</p>
              <p rend="alinéa">Le développement de l’industrie et son rééquipement technique vont de pair avec l’augmentation
              numérique de la classe ouvrière et l’élévation de son niveau culturel et technique. L’application des
              techniques nouvelles entraîne l’accroissement du nombre absolu et relatif des ouvriers qualifiés, une
              diminution du nombre absolu et relatif des ouvriers manuels sans qualification. Quant aux ingénieurs
              et techniciens, leur nombre ne cesse d’augmenter.</p>
              <p rend="alinéa">En U.R.S.S. ont été créés de puissants <emph>moyens de transport</emph> d’une haute perfection technique. Pour
              reprendre la définition de Marx, les transports constituent la quatrième branche de la production
              matérielle (après l’industrie extractive, l’industrie de transformation et l’agriculture). Reliant entre elles
              toutes les branches de l’économie nationale et les différentes régions économiques du pays, ils jouent
              un rôle important dans le processus de la production et de la répartition des biens matériels.</p>
              <p rend="alinéa">Ce rôle
              des transports augmente dans une économie socialiste planifiée qui se développe à des rythmes
              accélérés et où les différentes branches de la production et les régions économiques sont reliées entre
              elles par des liens multiples. Parlant des chemins de fer, Lénine disait qu’ils sont</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    une des manifestations les plus éclatantes de la liaison
                    entre la ville et la campagne, entre l’agriculture et l’industrie,
                    liaison sur laquelle repose intégralement le socialisme.
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « Conclusion sur le rapport au sujet des taches immédiates »,
                    à la séance du Comité exécutif central de Russie, le 29 avril 1918,
                    <title>Œuvres</title>, t. 27, p. 322.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">La concentration de toutes les formes de transport (ferroviaire, fluvial, maritime, automobile, aérien)
              entre les mains de la société a éliminé la concurrence qu’elles se font en régime capitaliste, et a permis
              leur coordination méthodique. Il a été créé en U.R.S.S. un <emph>système de transports unique</emph> pour
              l’ensemble du pays, associant méthodiquement toutes les formes de transport.</p>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, le système de transports unique est organisé conformément aux dernières
              réalisations de la technique la plus perfectionnée : emploi le plus étendu d’un matériel roulant moderne
              et de grande puissance, mécanisation des travaux de chargement et de déchargement,
              perfectionnement des installations de la voie, etc.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              En U.R.S.S., les fonds fixes de production des transports étaient en 1954 environ 7 fois plus élevés qu’en 1913.
              Le trafic, pour toutes les formes de transport, était, en 1954, près de 9 fois celui de 1913 (et le seul trafic
              ferroviaire 13 fois).</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="3" xml:id="chap27sect03">
              <head>27.3. L’agriculture socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">La socialisation de l’économie paysanne autrefois morcelée, l’organisation de kolkhoz et de sovkhoz
              ont permis un emploi étendu des machines et l’application dans l’agriculture des méthodes de culture
              les plus perfectionnées, et ont créé les conditions d’un essor de la production agricole.</p>
              <p rend="alinéa">L’<emph>agriculture socialiste</emph> de l’U.R.S.S., qui repose sur la propriété sociale, est la plus grande du monde
              et atteint un haut degré de mécanisation. Elle comprend les kolkhoz, les stations de machines et de
              tracteurs et les sovkhoz.</p>
              <p rend="alinéa">Le regroupement effectué en 1950-1951, sur la décision des assemblées
              générales des kolkhoziens, a sensiblement augmenté l’étendue des kolkhoz. On comptait, au 1<hi rend="ordinal">er</hi> janvier
              1955, 89 000 kolkhoz au lieu de 254 000 au 1<hi rend="ordinal">er</hi> janvier 1950. Chaque kolkhoz avait en moyenne 589
              hectares de terre arable avant le regroupement et 1 950 hectares au début de 1955.</p>
              <p rend="alinéa">Grâce aux stations de machines et de tracteurs, les kolkhoz ont pour base matérielle et technique la
              grande production mécanique. L’État soviétique a organisé un système largement ramifié de stations
              de machines et de tracteurs dans les régions productrices de céréales, de lin, de coton, de betterave et
              dans les banlieues des villes. Des stations spéciales ont été créées pour mécaniser les travaux exigeant
              une nombreuse main-d’œuvre dans l’élevage, les travaux d’assèchement des marais et d’amélioration
              des prairies et des pâturages. On a créé une première série de stations de machines et de tracteurs
              électriques qui utilisent sur une grande échelle l’électricité dans la production kolkhozienne. Les
              S.M.T. disposent de machines agricoles et de cadres de spécialistes en rapport avec le genre de
              production des kolkhoz qu’elles desservent. Au 1<hi rend="ordinal">er</hi> janvier 1955, on comptait en U.R.S.S. environ
              9 000 S.M.T. et autres stations spécialisées au service des kolkhoz qui assuraient un niveau de
              mécanisation élevé de la production agricole.</p>
              <p rend="alinéa">Les sovkhoz, grandes entreprises d’État, dotées de l’équipement technique le plus moderne, jouent un
              rôle important dans l’agriculture de l’U.R.S.S. Au 1<hi rend="ordinal">er</hi> janvier 1955, il existait dans le pays plus de 5 000
              sovkhoz spécialisés dans la culture des céréales, l’élevage (production de viande et de lait, élevage du
              porc, du mouton, de la volaille, du cheval), la culture du coton, etc.</p>
              <p rend="alinéa">L’industrie socialiste a fourni à l’agriculture un outillage perfectionné. Tout un ensemble de machines
              tractées a été mis au point pour exécuter les principaux travaux agricoles nécessités par les cultures les
              plus importantes : labours, semailles, travaux d’entretien, récolte.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Au 1<hi rend="ordinal">er</hi> juillet 1955, l’agriculture soviétique
              disposait de plus de 1 400 000 tracteurs (calculés en tracteurs de 15 CV),
              350 000 moissonneuses-batteuses, plus de 450 000 camions et quantité d’autres machines. D’où un niveau
              élevé de mécanisation des travaux agricoles.</p>
              <p rend="alinéa smaller">L’emploi des machines a profondément modifié la structure des
              ressources énergétiques de l’agriculture. En 1916, le bétail de trait constituait 99,2 % et les moteurs mécaniques
              0,8 % seulement des ressources énergétiques de l’agriculture. En 1940, la part du bétail de trait était de 22%, et
              celle des moteurs mécaniques de 78% ; au début de 1955, la proportion était respectivement de 7 % et 93 %
              (tracteurs : 33 %, camions : 31 %, moteurs de moisonneuses-batteuses : 15 %, installations électriques : 31 %,
              autres moteurs : 10 %).</p>
              <p rend="alinéa">La transformation socialiste de l’agriculture a permis de remplacer le système primitif de l’assolement
              triennal, en usage depuis des siècles, par de nouveaux systèmes d’agriculture, les plus progressistes qui
              soient. Un large recours à l’outillage le plus moderne et aux dernières réalisations de l’agronomie, la
              pratique d’assolements rationnels s’accompagnant du développement des cultures fourragères,
              maraîchères et industrielles, l’emploi d’engrais chimiques et organiques, l’irrigation des terres dans les
              régions arides, l’assèchement des marécages, tels sont les principaux traits de ces systèmes.</p>
              <p rend="alinéa">Une agriculture socialiste rationnellement organisée suppose une certaine spécialisation des
              entreprises agricoles. La <emph>spécialisation</emph> des entreprises agricoles socialistes consiste à déterminer pour
              chacune d’elles, en vertu d’un plan et en fonction des conditions naturelles et économiques de la région
              ou de la zone correspondante, les branches maîtresses, et à côté d’elles les branches complémentaires.
              Elle ne répudie donc pas, mais suppose le développement <emph>d’exploitations aux activités multiples</emph>, où les
              branches maîtresses et complémentaires sont judicieusement associées. Cette organisation de
              l’agriculture socialiste permet de tirer le meilleur parti de la terre et de la main-d’œuvre.</p>
              <p rend="alinéa">L’agrandissement des exploitations et leur rééquipement technique s’accompagnent de la formation de
              nouveaux cadres de producteurs agricoles sachant mettre en œuvre les techniques modernes les plus
              perfectionnées et les connaissances agronomiques. En U.R.S.S., pour la première fois dans l’histoire,
              les réalisations de l’agronomie sont devenues le patrimoine des masses paysannes. L’emploi généralisé
              d’un outillage nouveau a donné naissance à de nouvelles professions nécessitées par la motoculture :
              celles de conducteur de tracteur et de moissonneuse-batteuse, de chauffeur, de mécanicien, de
              conducteur de batteuse, d’arracheuse de lin, de machine à récolter le coton, etc. Le régime kolkhozien
              a fait naître des centaines de milliers de dirigeants et d’organisateurs de la production hautement
              qualifiés : présidents de kolkhoz, chefs de brigade, agronomes et zootechniciens, directeurs de ferme
              d’élevage, etc.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="4" xml:id="chap27sect04">
              <head>27.4. Les voies du progrès technique en régime socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, le progrès technique résulte surtout du perfectionnement des moyens de
              production et des processus technologiques, de la mécanisation et de l’automatisation de la production,
              de l’électrification de l’économie nationale, d’applications toujours plus étendues de la chimie à la
              production, de l’utilisation de l’énergie atomique à des fins pacifiques.</p>
              <p rend="alinéa">La base du progrès technique est le <emph>perfectionnement des instruments de production</emph> : augmentation du
              rendement des machines, mesures tendant à rendre leur fonctionnement plus économique et plus sûr, à
              accroître leur durée de service, à développer l’automatisme de leur conduite, à réduire la quantité du
              métal et des autres matériaux nécessaires à leur fabrication. Le perfectionnement des instruments de
              production est étroitement lié à l’amélioration des processus technologiques : méthodes d’usinage et
              d’utilisation des matières premières et des matériaux, introduction de nouvelles matières premières et
              de nouveaux matériaux, accroissement des vitesses, des pressions et des températures.</p>
              <p rend="alinéa">Le socialisme ouvre de vastes possibilités au perfectionnement continu des instruments de production
              et des processus technologiques. Il est impossible de développer la base matérielle de production du
              socialisme sans lutter résolument contre la stagnation technique, la routine ; il faut, à cet effet, intégrer
              dans la production, rapidement et sur une grande échelle, toutes les réalisations de la science et de la
              technique d’avant-garde de l’U.R.S.S. et des pays étrangers.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              Depuis l’instauration du pouvoir soviétique, un large réseau d’instituts de recherche scientifique et de bureaux
              d’études a été créé, les ouvriers inventeurs se sont multipliés et le mouvement de masse des novateurs de la
              production a pris un large essor.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              Les constructeurs soviétiques résolvent toute une série de problèmes techniques relatifs à la construction de
              machines et d’appareils nouveaux destinés à toutes les branches de la production. Ils ont créé des engins tels que,
              par exemple, les haveuses-chargeuses, de nombreuses machines agricoles (des planteuses et arracheuses de
              pommes de terre, une récolteuse de lin, une arracheuse-décolleteuse-groupeuse de betteraves), de nouveaux
              modèles d’équipement énergétique, de puissants appareils de construction, de nouveaux types de
              machines-outils, etc.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              Une large utilisation des réalisations de la science et de la technique des pays étrangers constitue un facteur
              important du progrès technique. Dans un certain nombre de cas, l’outillage fabriqué dans nos entreprises n’atteint
              pas le niveau des meilleurs modèles étrangers. Les avantages du régime socialiste ouvrent toutes les possibilités
              à l’accélération du progrès technique, à l’élimination du retard qui existe dans certains secteurs de la production,
              ce qui doit permettre de dépasser à bref délai les réalisations scientifiques et techniques du monde capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">Dans le progrès technique en régime socialiste, un rôle immense est assigné à la mécanisation des
              processus du travail. La <emph>mécanisation</emph> substitue au travail manuel le travail de la machine. La
              mécanisation méthodique des différents processus du travail est, en régime socialiste, une nécessité
              économique. Une augmentation ininterrompue et rapide de la production socialiste ne peut être
              obtenue que par un perfectionnement constant de la technique et la mécanisation de toutes les
              opérations.</p>
              <p rend="alinéa">En U.R.S.S., la mécanisation des principaux processus du travail et des opérations les plus pénibles se
              poursuit systématiquement dans tous les domaines de l’économie nationale.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              La mécanisation a atteint un niveau élevé dans l’industrie de l’U.R.S.S. Dans l’industrie houillère, qui
              reposait entièrement avant la Révolution sur un travail manuel pénible, l’emploi de haveuses, de
              moyens de transport électriques et d’appareils de chargement avait permis, dès 1940, de mécaniser le
              havage et l’abattage à 94,8 %, la desserte à 90,4 %, le herchage à 58,4 %, le chargement du charbon
              dans les wagons de chemin de fer à 86,5 %. Après la guerre, la mécanisation de toutes ces opérations a
              été réalisée à 100 %. La mécanisation réalise également de grands progrès dans les autres industries.
              Ainsi, les chantiers des centrales hydroélectriques mettent en œuvre de remarquables réalisations de la
              technique soviétique : nouveaux et puissants excavateurs, bulldozers, dragues suceuses-refouleuses, etc.
              L’excavateur marchant sorti de l’Usine de constructions mécaniques de l’Oural, dont la benne a une
              contenance de 14 m3, peut remuer plus de 2,5 millions de m3 de terre par an et exécute le travail de
              7 000 ouvriers.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              En 1954, la presque totalité des labours d’automne et des jachères était mécanisée dans les kolkhoz :
              les semailles des cultures d’automne l’étaient à 95 %, celles de printemps à 88 %, celles du coton, de la
              betterave à sucre et d’autres plantes industrielles l’étaient presque entièrement. Plus de 40 % de la
              superficie cultivée en pommes de terre par les kolkhoz a été plantée par les stations de machines et de
              tracteurs. 82 % des céréales et 93 % du tournesol ont été récoltés par des machines. La mécanisation
              des principaux travaux des champs dans les kolkhoz est en voie d’achèvement. C’est déjà chose faite
              dans les sovkhoz pour l’essentiel des principales opérations agricoles. Toutefois, les résultats obtenus
              en matière de mécanisation de l’agriculture ne suffisent pas à satisfaire les besoins croissants de la
              société en produits agricoles. La dépense de travail vivant humain par unité de production dans les
              sovkhoz et dans les kolkhoz est encore élevée. Il est indispensable de continuer à développer
              largement la mécanisation des travaux pénibles dans l’élevage, les cultures maraîchères, l’horticulture,
              le transport, le chargement et le déchargement des produits agricoles, la mécanisation de l’assèchement
              des terres marécageuses, ainsi que de l’irrigation.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>mécanisation combinée</emph> reçoit en régime socialiste un développement de plus en plus considérable.
              Elle consiste à mécaniser, grâce à un système de machines se complétant mutuellement, toutes les
              phases de la production liées entre elles, qu’elles soient fondamentales ou auxiliaires. Elle fait
              disparaître les solutions de continuité dans la mécanisation du travail. On a ainsi un <emph>système de
              machines</emph> qui embrasse l’ensemble du processus de production.</p>
              <p rend="alinéa">À son degré supérieur, la mécanisation devient <emph>l’automatisation</emph>, ou emploi de machines automatiques
              fonctionnant par auto-régulation. L’automatisation est étroitement liée à la <emph>télémécanique</emph>, c’est-à-dire
              à la commande et au contrôle à distance du fonctionnement des mécanismes (télécommande). Quand
              un ensemble de machines embrassant toutes les phases de la production fonctionne en se réglant
              lui-même, on a un <emph>système automatique de machines</emph> qui s’acquitte de toutes les opérations nécessaires
              pour transformer la matière première en produit fini sans l’intervention directe de l’homme et ne
              nécessite qu’un contrôle de la part de ce dernier.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              Depuis la fin de la guerre, certains succès ont été obtenus dans diverses branches industrielles de l’U.R.S.S. quant
              à l’automatisation des processus de production. Dans la sidérurgie soviétique, plus de 90 % de la fonte
              proviennent de hauts fourneaux où la température de l’air soufflé est réglée automatiquement, et près de 90 % de
              l’acier Martin sont fondus dans des fours dont le régime thermique est également commandé par des moyens
              automatiques. L’automatisation des hauts fourneaux et des fours Martin a accru leur rendement de 7 à 10 % et
              réduit de 6 % la dépense de combustible. Le nombre des machines-outils automatiques et semi-automatiques, des
              presses à forger et des appareils automatiques de contrôle en usage dans les constructions mécaniques augmente
              d’une année à l’autre. Les équipements automatiques trouvent toujours plus d’emplois dans les industries
              chimiques, les papeteries, les raffineries de pétrole, etc. Il existe en U.R.S.S. deux catégories de systèmes
              automatiques de machines : les lignes automatiques de machines-outils et autres dispositifs et les entreprises
              entièrement automatisées.</p>
              <p rend="alinéa">L’extension de la mécanisation du travail en régime socialiste est la base d’une élévation rapide du
              rendement et contribue à rapprocher de plus en plus le travail manuel du travail intellectuel.</p>
              <p rend="alinéa">La réorganisation de toutes les branches de l’économie sur la base de la grande production mécanique
              et la mécanisation toujours plus poussée des différents processus du travail sont étroitement liées à
              <emph>l’électrification</emph>, qui constitue au point de vue technique le fondement de la grande production
              moderne.</p>
              <p rend="alinéa">Le socialisme assure l’application méthodique de l’électricité dans toutes les branches de l’économie
              nationale.
              En régime socialiste, l’électrification est caractérisée : premièrement, par la centralisation de la
              production de l’énergie électrique et sa concentration dans de grandes stations ; par le développement
              rapide des lignes de transport d’énergie à haute tension groupant les centrales en de grands systèmes
              régionaux ou interrégionaux, pour former par la suite un réseau unique ; deuxièmement, par la
              construction de nombreuses centrales hydroélectriques et l’augmentation constante de leur part dans la
              production totale de l’énergie électrique, ce qui constitue un des principaux moyens d’accroître les
              ressources énergétiques du pays ; troisièmement, par le développement du chauffage urbain dans les
              grandes villes et les centres industriels.</p>
              <p rend="alinéa">L’électrification transforme jusqu’à l’aspect des fabriques et des usines. Au lieu d’un moteur central
              pourvu d’un mécanisme de transmission compliqué, la commande par moteurs électriques individuels
              est installée dans presque toutes les entreprises. L’électrification des machines constitue la base
              énergétique de la mécanisation combinée et de l’automatisation de la production. L’emploi de
              l’électricité a donné naissance à des industries nouvelles : électrométallurgie des métaux ferreux et
              non-ferreux, électrochimie, ainsi qu’à de nouvelles méthodes d’usinage.</p>
              <p rend="alinéa">On attache une grande importance, pour les progrès ultérieurs de l’électrification en U.R.S.S., à la
              construction au cours du cinquième quinquennat, sur la Volga, le Dniepr, le Don, la Kama, l’Angara,
              l’Irtych, l’Obi et sur d’autres cours d’eau, de puissantes centrales hydroélectriques dont certaines seront
              les plus grandes du monde. Elles permettront, entre autres choses, d’obtenir en grosse quantité de
              l’énergie à bon marché, d’électrifier sur une vaste échelle l’agriculture et les transports, de créer de
              nouvelles industries, fortes consommatrices d’électricité, et d’améliorer la navigation.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              Les quatre années du cinquième plan quinquennal ont vu entrer en exploitation de puissantes centrales
              hydroélectriques équipées selon le dernier mot de la technique : celles de Tsimlianskaïa (164 000 kW), de
              Guioumouch (224 000 kW), du Haut-Svir (160 000 kW), de Minguétchaour (357 000 kW), la première tranche
              (126 000 kW) de la centrale de la Kama dont la puissance totale sera de 500 000 kW, et plusieurs autres. Pendant
              cette même période, d’importantes centrales thermiques ont été mises en service : celles de Mironovka
              (400 000 kW), de Slaviansk (200 000 kW), du sud du Kouzbass (400 000 kW), la première tranche (300 000 kW) de la
              centrale de Tchérépet, portée aujourd’hui à 600 000 kW, et d’autres encore. De nouvelles centrales
              hydroélectriques d’une grande puissance (celles de Kouibychev, de Gorki, de Kakhovka et plusieurs autres) ont
              livré leur premier courant industriel en 1955. La puissance des centrales hydroélectriques en chantier en U.R.S.S.
              représente environ le triple de la puissance de toutes les centrales hydroélectriques en service dans le pays au
              début de 1954. Après la guerre, on s’est préoccupé d’appliquer en grand l’électricité à l’agriculture. Au début de
              1955, la puissance des centrales électriques rurales avait sextuplé par rapport à 1940 ; près de 40 % des kolkhoz
              utilisaient l’énergie électrique. Dans de nombreux kolkhoz et sovkhoz, c’est sur l’électricité que repose la
              mécanisation du battage ainsi que d’un certain nombre d’opérations dans l’élevage (préparation des fourrages,
              distribution d’eau, traite des vaches, tonte des moutons, etc.)</p>
              <p rend="alinéa">Le progrès de la technique moderne se traduit également par le prodigieux développement qu’a pris la
              <emph>chimie</emph> et par l’emploi des méthodes de traitement chimique de la matière, qui accélèrent la production,
              permettent une meilleure utilisation des matières premières et la création de nouveaux types de
              matières premières et de matériaux. L’industrie chimique est devenue en U.R.S.S. un puissant facteur
              du développement technique de toute l’économie nationale. À l’heure actuelle, les opérations
              chimiques industrielles sont en général automatisées, se poursuivent sans interruption dans des
              appareils hermétiquement clos, sont contrôlées et réglées automatiquement, sans l’intervention directe
              de l’homme. Des applications de la chimie à l’agriculture dépendent dans une grande mesure
              l’augmentation des rendements agricoles et la création de l’abondance des biens de consommation.</p>
              <p rend="alinéa">La découverte des méthodes d’obtention et d’utilisation de <emph>l’énergie atomique</emph> est le sommet de l’étape
              actuelle du développement de la technique. L’U.R.S.S. est le premier pays qui soit parvenu à utiliser
              l’énergie atomique à des fins pacifiques. La première centrale électrique industrielle au monde
              fonctionnant à l’énergie atomique, d’une puissance utile de 5 000 kW, est déjà en service en Union
              soviétique.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="5" xml:id="chap27sect05">
              <head>27.5. La répartition géographique de la production socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, une nouvelle <emph>répartition géographique de la production</emph> et un nouveau système
              de rapports s’établissent entre les différentes branches d’activité et les différentes régions du pays.</p>
              <p rend="alinéa">Dans la société bourgeoise, la course au profit et la concurrence ont pour résultat une répartition
              inégale et irrationnelle de la production. L’industrie se concentre d’elle-même dans quelques centres,
              alors que d’immenses territoires, notamment les territoires coloniaux périphériques, sont condamnés à
              rester arriérés sous le rapport industriel. En régime socialiste, par contre, la répartition de la production
              s’effectue selon un plan, de façon à accroître la productivité du travail social, la puissance de l’État
              socialiste et le bien-être des travailleurs. La répartition par l’État soviétique de la production socialiste
              obéit aux principes suivants, découlant des lois économiques du socialisme.</p>
              <p rend="alinéa">Premièrement, rapprocher au maximum la production des sources de matières premières et des régions
              consommatrices. Esquissant un plan en vue de réorganiser l’industrie et d’assurer un essor économique
              général du pays, Lénine donnait l’indication suivante :</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">Ce plan doit comprendre :</p>
                    <p rend="alinéa">une <emph>répartition</emph> rationnelle de l’industrie en Russie
                    du point de vue de la proximité des matières premières et de la possibilité
                    de réduire au possible les pertes de travail entre le traitement des matières
                    premières et tous les stades successifs de la transformation des produits
                    semi-finis jusqu’à l’obtention des articles terminés.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « Esquisse d’un plan de travaux scientifiques et techniques »,
                    <title>Œuvres</title>, t. 27, p. 333.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Cette répartition de la production permet de mieux utiliser les ressources naturelles, de mettre fin aux
              transports irrationnels, d’où une économie de travail considérable à l’échelle de toute la société et des
              rythmes accélérés de développement de l’économie nationale.</p>
              <p rend="alinéa">Deuxièmement établir une division méthodique du travail entre les différentes régions économiques
              tout en assurant un développement harmonieux de l’économie à l’intérieur de ces régions, compte tenu
              des conditions naturelles de chaque région et de l’opportunité économique de produire tels ou tels
              articles industriels et denrées agricoles. Un développement harmonieux de l’économie des différentes
              régions, qui tient compte des besoins de chacune en combustible, matériaux de construction, articles
              courants de l’industrie légère et produits alimentaires, réduit les transports sur de trop grandes
              distances et autres transferts irrationnels et contribue à mobiliser les ressources locales en matières
              premières.</p>
              <p rend="alinéa">Troisièmement, procéder à une répartition régulière de l’industrie à travers le pays de manière à assurer
              la formation de nouvelles villes et de nouveaux centres industriels dans les régions agricoles autrefois
              arriérées ; rapprocher l’agriculture de l’industrie. Cela contribue à supprimer la différence essentielle
              entre la ville et la campagne.</p>
              <p rend="alinéa">Quatrièmement, faire disparaître l’inégalité économique de fait entre les peuples, assurer un progrès
              rapide de l’économie des régions habitées par les nationalités autrefois arriérées, donnant ainsi une
              base matérielle au resserrement de l’amitié et de la collaboration entre les peuples.</p>
              <p rend="alinéa">La répartition géographique de la production socialiste tient compte, en même temps, des intérêts du
              renforcement de la capacité de défense de l’État socialiste, ce qui rend nécessaire de développer très
              rapidement de nombreuses industries dans les régions intérieures les plus reculées du pays.</p>
              <p rend="alinéa">Depuis l’instauration du pouvoir soviétique, un grand travail a été accompli en U.R.S.S. pour mettre
              fin à l’inégalité qui régnait dans la répartition de la production, inégalité héritée du capitalisme.</p>
              <p rend="alinéa">Le fait que l’industrie a été rapprochée des sources de matières premières s’est traduit avant tout par le
              développement accéléré des régions orientales du pays et l’apparition de nouvelles bases houillères,
              pétrolières et métallurgiques, de nouveaux centres de constructions mécaniques et d’industrie légère
              dans l’Oural, en Sibérie occidentale, en Asie centrale et en Kazakhie. Les nouveaux foyers d’industrie
              sont devenus autant de centres économiques et culturels qui transforment l’aspect de ces régions. La
              création d’une puissante base industrielle dans l’Est du pays a été une condition essentielle de la
              victoire de l’Union soviétique dans la grande Guerre nationale.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              Pendant la guerre nationale et après la guerre, l’industrie des régions orientales (Volga, Oural, Sibérie,
              Extrême-Orient, R.S.S. de Kazakhie et républiques soviétiques d’Asie centrale) s’est développée encore plus
              rapidement.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              En 1954, ces régions ont fourni un tiers environ de la production industrielle de l’U.R.S.S., plus de 60 % du
              pétrole, plus de la moitié de l’acier et des laminés, près de la moitié de la houille et plus de 40 % de l’énergie
              électrique.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Alors que, de 1940 à 1954, la production industrielle globale de l’U.R.S.S. a été multipliée par 2,8,
              elle a quadruplé dans les régions orientales.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              Les Républiques soviétiques d’Ouzbékie, de Kazakhie, de Kirghizie, de Turkménie et de Tadjikie, qui totalisent
              moins de 20 millions d’habitants, ont produit, en 1954, plus de 4 fois plus d’énergie électrique que les pays
              d’Orient voisins de l’U.R.S.S. : Turquie, Iran, Afghanistan et Pakistan pris ensemble, dont la population dépasse
              130 millions d’habitants.</p>
              <p rend="alinéa">Le développement de l’industrie socialiste dans un certain nombre de régions économiques autrefois
              dépourvues d’industrie a fait que l’ancienne division en régions industrielles et en régions agricoles est,
              dans ses grandes lignes, devenue caduque. Les transformations profondes intervenues dans la
              distribution de la production agricole font peu à peu disparaître l’étroite spécialisation qui distinguait
              l’agriculture avant la Révolution. Une importante base céréalière a été constituée dans les régions
              orientales de l’U.R.S.S. ; l’agriculture a réalisé une importante avance vers le Nord ; les cultures
              vivrières se sont développées autour des villes et des centres industriels.</p>
              <p rend="alinéa">En dépit des résultats obtenus, il existe encore de graves insuffisances dans la répartition géographique
              de la production socialiste. C’est ainsi qu’à présent encore on construit souvent de nouvelles entreprises
              dans les anciennes régions industrielles, sans tenir compte de l’approvisionnement de ces entreprises
              en ressources locales (matières premières et combustible). Par ailleurs, la construction d’entreprises
              industrielles marque un sérieux retard dans l’Est du pays, notamment en Sibérie, en Extrême-Orient, en
              Asie centrale et en Kazakhie, où l’on trouve pourtant suffisamment de matières premières et de
              ressources énergétiques.</p>
              <p rend="alinéa">L’élimination de ces insuffisances et une meilleure répartition géographique de la production sont l’un
              des principaux facteurs de l’essor futur de l’économie socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">La répartition socialiste de la production assure l’utilisation la plus efficace des richesses naturelles et
              de la main-d’œuvre et contribue au relèvement de la productivité du travail social, à l’accélération des
              rythmes d’accroissement de la production, au renforcement de la puissance économique de l’U.R.S.S.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume" n="27" xml:id="chap27resume">
              <head>Résumé du chapitre 27</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
                <item>
                  <p rend="alinéa">La grande production mécanique étendue à toutes les branches de l’économie nationale et fondée
                  sur une technique supérieure ainsi que sur le travail de travailleurs affranchis de toute exploitation
                  constitue la base matérielle de production du socialisme. En régime socialiste, la machine est un
                  moyen d’économiser et de faciliter le travail des ouvriers et des paysans, d’accroître le bien-être
                  général. L’industrie socialiste de l’U.R.S.S., la plus concentrée du monde, est très avancée au point de
                  vue technique et centralisée à l’échelle du pays ; c’est d’elle que dépend le développement de toutes les
                  branches de l’économie. L’agriculture socialiste est la plus grande du monde ; elle est hautement
                  mécanisée.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">La base matérielle de production du socialisme repose sur les dernières conquêtes de la science et
                  de la technique modernes. Le socialisme met fin à l’inégalité (propre au capitalisme) de l’emploi du
                  machinisme dans les différentes branches et les processus de la production, et assure l’introduction
                  méthodique des techniques nouvelles dans tous les domaines de l’économie nationale. En régime
                  socialiste, le développement de la technique est réalisé avant tout par le perfectionnement des
                  instruments de production et l’amélioration des processus technologiques, la mécanisation et
                  l’automatisation des processus du travail, l’électrification de l’économie nationale et une application
                  généralisée de la chimie, l’utilisation de l’énergie atomique à des fins pacifiques.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">Le socialisme a permis de procéder à une répartition méthodique et rationnelle de la production, il
                  a rapproché celle-ci des sources de matières premières et des régions consommatrices ; il a mis fin au
                  retard économique des régions habitées par les minorités nationales, rapproché l’industrie et
                  l’agriculture. La répartition socialiste de la production permet d’utiliser judicieusement les ressources
                  naturelles et la main-d’œuvre, de réduire considérablement les frais de transport de la matière
                  première et des produits ouvrés ; elle contribue puissamment à accélérer l’accroissement de la
                  production socialiste et à renforcer la capacité de défense du pays.</p>
                </item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3 type="chapitre" n="28" xml:id="chap28">
            <head>Chapitre 28 — La propriété sociale des moyens de production,
            base des rapports de production en régime socialiste</head>
            <div4 type="section" n="1" xml:id="chap28sect01">
              <head>28.1. Le système socialiste d’économie nationale et la propriété socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">La base économique de la société socialiste est constituée par le système socialiste d’économie
              nationale, par la propriété socialiste des moyens de production, instaurée à la suite de la liquidation du
              système capitaliste d’économie, de la propriété privée des moyens de production et de l’exploitation de
              l’homme par l’homme.</p>
              <p rend="alinéa">Réfutant les assertions des apologistes du capitalisme qui prétendaient que le programme du
              communisme scientifique prévoyait l’abolition de toute propriété, Marx et Engels ont écrit que</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  ce qui caractérise le communisme, ce n’est pas l’abolition de la propriété en général, mais
                  l’abolition de la propriété bourgeoise.
                </quote>
                <bibl>
                  K. Marx et F. Engels,
                  <title>Manifeste du Parti communiste</title>,
                  p. 42, Éditions sociales, Paris, 1954.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Aucune société ne saurait se concevoir sans la domination d’une forme historiquement déterminée de
              propriété. La révolution prolétarienne, qui abolit la propriété privée des moyens de production, la
              remplace par la propriété socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, les moyens de production ont cessé d’être un capital, c’est-à-dire un moyen
              d’exploitation. Dans la société socialiste, il n’existe pas de classes monopolisant les moyens de
              production, ni de classes qui en sont privées ; les moyens de production sont <emph>propriété sociale</emph>. Les
              principaux éléments du processus de production : la force de travail et les moyens de production, sont
              ici associés sur une base nouvelle, qui est la grande production socialiste à la ville comme à la
              campagne ; les moyens de production ayant cessé d’être un capital, le travail accumulé ne se divise plus
              en capital constant et capital variable. L’ensemble du travail accumulé par la société, c’est-à-dire
              l’ensemble des moyens de production et des moyens de consommation dont dispose la société pour
              continuer à produire, sert les intérêts du peuple et ne peut être un instrument d’exploitation.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Dans la société bourgeoise, le travail vivant n’est qu’un moyen d’accroître le travail accumulé. Dans la
                  société communiste, le travail accumulé n’est qu’un moyen d’élargir, d’enrichir et d’embellir l’existence
                  des travailleurs.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  K. Marx et F. Engels,
                  <title>Manifeste du Parti communiste</title>, p. 43.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, la propriété sociale règne sans partage dans tous les domaines de l’économie
              nationale. En 1950, elle englobait en U.R.S.S. 99,4 % des moyens de production. La domination sans
              partage de la propriété sociale a fait entièrement justice de la théorie mensongère des idéologues de la
              bourgeoisie, théorie selon laquelle la propriété capitaliste privée est éternelle et immuable.
              La transformation des moyens de production en propriété sociale et la libération des producteurs de
              toutes les formes d’exploitation ont marqué l’avènement d’un système nouveau, socialiste, d’économie
              nationale.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>système socialiste d’économie nationale</emph> se distingue foncièrement du système capitaliste et
              présente par rapport à lui des avantages décisifs.</p>
              <p rend="alinéa">1. Dans le système socialiste d’économie nationale, les moyens de production sont propriété sociale,
              c’est-à-dire appartiennent aux travailleurs en la personne de l’État socialiste ou des kolkhoz et des
              autres associations coopératives ; par suite, les produits du travail appartiennent aussi aux travailleurs.
              Dans le système capitaliste d’économie, les moyens de production sont la propriété privée des
              capitalistes et des grands propriétaires fonciers ; par suite, les produits du travail appartiennent aussi
              aux capitalistes et aux propriétaires fonciers.</p>
              <p rend="alinéa">2. Dans le système socialiste d’économie nationale, l’exploitation de l’homme par l’homme est abolie,
              et la production vise à satisfaire au maximum les besoins matériels et culturels croissants de toute la
              société, alors que la production capitaliste a pour but d’assurer le profit capitaliste maximum en
              exploitant, en ruinant et en asservissant les travailleurs.</p>
              <p rend="alinéa">3. La production socialiste se développe selon un plan et d’une façon continue ; l’élévation
              ininterrompue du bien-être matériel des travailleurs et de leur pouvoir d’achat stimulent l’extension de
              la production et sont une garantie contre les crises de surproduction et le chômage. La production
              capitaliste se développe d’une manière anarchique, son essor se heurte à la condition prolétarienne des
              travailleurs et à la diminution relative de leur pouvoir d’achat, ce qui entraîne fatalement des crises de
              surproduction, une augmentation du chômage et de la misère des masses.</p>
              <p rend="alinéa">4. En régime socialiste, la quantité de biens matériels que reçoit chaque travailleur dépend de la
              quantité et de la qualité de son travail, et le revenu national est réparti de manière à élever le bien-être
              des travailleurs, à développer la production socialiste à la ville et à la campagne, à accroître la richesse
              sociale. En régime capitaliste, le revenu national est réparti de façon à enrichir les classes exploiteuses
              et leur nombreuse valetaille parasite.</p>
              <p rend="alinéa">5. En régime socialiste, le pouvoir politique appartient aux travailleurs de la ville et de la campagne ;
              les ouvriers, les paysans, les intellectuels sont des bâtisseurs actifs du communisme ; ils travaillent pour
              eux, pour le bien de toute la société. Le système capitaliste d’économie signifie que le pouvoir dans la
              société appartient aux capitalistes, qui usent de ce pouvoir pour maintenir un régime au gré et à
              l’avantage des classes possédantes, alors que le prolétariat et les masses travailleuses de la paysannerie
              sont des classes exploitées, contraintes de travailler pour les capitalistes et les propriétaires fonciers.</p>
              <p rend="alinéa">La propriété sociale est la base du régime socialiste, la source de la richesse et de la puissance du pays,
              la source de l’aisance et de la culture pour tous les travailleurs. Elle est sacrée et inviolable. La
              Constitution de l’U.R.S.S. fait un devoir à chaque citoyen soviétique de sauvegarder et d’affermir la
              propriété sociale. Quiconque attente à la propriété socialiste est un ennemi du peuple ; il est puni par la
              loi.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="2" xml:id="chap28sect02">
              <head>28.2. Les deux formes de propriété socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">Dans la première phase du communisme, la propriété collective socialiste revêt deux formes :
              1) la forme de la propriété d’État, et
              2) la forme de la propriété coopérative-kolkhozienne. La <emph>propriété
              socialiste d’État</emph> est celle du peuple tout entier représenté par l’État socialiste des ouvriers et des
              paysans. La propriété socialiste <emph>coopérative-kolkhozienne</emph> est celle des différents kolkhoz et
              associations coopératives.</p>
              <p rend="alinéa">À ces deux formes de propriété socialiste correspondent <emph>deux types d’entreprises socialistes</emph> :
              1) les entreprises d’État (fabriques, usines, sovkhoz, S.M.T., etc.), et
              2) les entreprises coopératives ou collectives (kolkhoz, artels d’artisans, coopératives de consommation).</p>
              <p rend="alinéa">L’existence de deux formes de propriété socialiste tient aux conditions historiques dans lesquelles se
              produisent la révolution prolétarienne et la construction du communisme. Après avoir conquis le
              pouvoir politique, la classe ouvrière trouve devant elle différentes formes de propriété privée
              historiquement constituées : d’une part, la grande propriété capitaliste, fondée sur l’exploitation du
              travail d’autrui ; d’autre part, la petite propriété privée des paysans et des artisans, fondée sur leur
              travail personnel.
              Au cours de la révolution socialiste, la grande propriété capitaliste est expropriée et passe aux mains
              de l’État socialiste. Ainsi apparaît la propriété socialiste d’État (bien du peuple tout entier). Mais le
              programme du communisme scientifique repousse comme un acte hostile et criminel l’expropriation
              des paysans et des artisans. Les petits et les moyens producteurs de marchandises s’associent de leur
              plein gré pour former des coopératives de production : kolkhoz, coopératives artisanales, et la
              propriété de leurs principaux moyens de production est socialisée sur des bases coopératives. Ainsi
              apparaît la propriété coopérative et kolkhozienne.</p>
              <p rend="alinéa">L’existence de deux formes de propriété sociale est donc une nécessité objective ; elle marque les deux
              voies différentes par lesquelles la classe ouvrière et la paysannerie viennent au socialisme, puis au
              communisme.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">L’une et l’autre des deux classes qui existent en U.R.S.S. bâtissent le socialisme, font partie du
                  système de l’économie socialiste. Mais la classe ouvrière est rattachée par son travail à la propriété
                  socialiste de l’État (bien du peuple tout entier), et la paysannerie kolkhozienne à la propriété
                  coopérative-kolkhozienne qui appartient aux kolkhoz et aux associations
                  coopératives-kolkhoziennes. Ce sont ces liens avec des formes différentes de propriété socialiste qui
                  déterminent au premier chef la situation différente de ces classes. Ceci détermine aussi une
                  certaine différence entre les voies de leur développement ultérieur.</p>
                  <p rend="alinéa">Leur développement a ceci de
                  commun que ces deux classes évoluent vers le communisme.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  V. Molotov,
                  <title>La Constitution du socialisme : Articles et discours</title>,
                  p. 267, 1937 (éd. russe).
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">En U.R.S.S., la terre, le sous-sol, les eaux, les forêts, les usines, les fabriques, les mines, les chemins
              de fer, les transports par eau et par air, les banques, les P.T.T., les grandes entreprises agricoles
              organisées par l’État (sovkhoz, stations de machines et de tracteurs, etc.), les établissements de
              commerce et de stockage appartenant à l’État, ainsi que les entreprises municipales et la masse des
              habitations dans les villes et les agglomérations industrielles, sont <emph>la propriété de l’État</emph>.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le territoire de l’U.R.S.S. a 22,4 millions de kilomètres
              carrés, couvrant le sixième des terres émergées. Plus du
              quart de cette superficie, plus de 600 millions d’hectares, se <emph>prête
              à l’agriculture</emph> ; 700 millions d’hectares sont
              couverts de <emph>forêts</emph>.</p>
              <p rend="alinéa smaller">L’U.R.S.S. possède les gisements de <emph>minéraux
              utiles</emph> les plus riches du monde. Le système socialiste d’économie
              a fait apparaître des richesses restées inutilisées dans la Russie des tsars. L’Union soviétique s’inscrit à la
              première place dans le monde par ses réserves de minerai de fer, de pétrole, de sels potassiques, d’apatites, de
              tourbe et d’un certain nombre d’autres minéraux utiles importants ; elle occupe la deuxième place par ses réserves
              de houille.</p>
              <p rend="alinéa smaller">200 000 entreprises de <emph>l’industrie</emph> d’État,
              l’ensemble du <emph>réseau ferroviaire</emph>, les <emph>transports par eau</emph>,
              les entreprises
              d’État dans l’agriculture : plus de 5 000 <emph>sovkhoz</emph>,
              près de 9 000 <emph>stations de machines et de tracteurs</emph> et des milliers
              d’entreprises agricoles annexes sont le patrimoine du peuple tout entier.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Il en va de même pour les milliers
              <emph>d’établissements commerciaux</emph> de l’État. De nombreux
              <emph>établissements scientifiques</emph> et <emph>culturels</emph> appartiennent
              également à l’État.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La propriété socialiste d’État, née de la nationalisation des fabriques, des usines, des moyens
              de transport, etc., s’est prodigieusement accrue durant les années de l’édification socialiste grâce à l’effort du
              peuple soviétique. C’est ainsi qu’en 1954 les fonds fixes de l’industrie étaient 24 fois plus élevés qu’en 1913.</p>
              <p rend="alinéa">La propriété socialiste d’État se distingue foncièrement de la propriété d’État capitaliste. Lorsque telles
              ou telles entreprises, ou même des branches entières de l’économie deviennent la propriété de l’État
              bourgeois, leur nature sociale ne change pas pour autant. L’État bourgeois contemporain représente les
              intérêts du capital monopoliste et est entre les mains de celui-ci un appareil de violence qui permet à la
              minorité possédante d’opprimer la majorité laborieuse. C’est pourquoi les entreprises de l’État
              capitaliste sont, elles aussi, fondées sur l’exploitation des travailleurs et s’opposent au peuple comme
              une force qui lui est étrangère et l’asservit.</p>
              <p rend="alinéa">Dans la société socialiste, ce sont les travailleurs avec à leur tête la classe ouvrière qui sont au pouvoir.
              Ils possèdent les moyens de production. Dans les entreprises socialistes, la force de travail n’est pas
              une marchandise, car les travailleurs, détenteurs des moyens de production, ne peuvent se vendre à
              eux-mêmes leur force de travail. Toute possibilité d’exploitation de l’homme par l’homme est donc
              exclue dans les entreprises socialistes.</p>
              <p rend="alinéa">La propriété d’État est la forme de propriété dominante dans la société socialiste : elle embrasse en
              U.R.S.S. environ 91 % des fonds de production. La plupart des richesses du pays des Soviets, les
              sources essentielles du bien-être matériel et de la culture des travailleurs sont ainsi le patrimoine du
              peuple tout entier.</p>
              <p rend="alinéa">En Union soviétique, les entreprises collectivisées des kolkhoz et des organisations coopératives, leur
              cheptel vif et mort, leur production et leurs locaux sont <emph>propriété coopérative-kolkhozienne</emph>. Les
              kolkhoz et les autres entreprises coopératives exercent leur activité sur un sol qui est le patrimoine du
              peuple tout entier. L’outillage moderne, concentré en abondance dans les stations de machines et de
              tracteurs et qui exécute les principaux travaux dans les kolkhoz, est lui aussi le patrimoine du peuple
              entier.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              La propriété coopérative-kolkhozienne comprend avant tout l’avoir des 89 000 <emph>kolkhoz :</emph> bâtiments, centaines de
              milliers de fermes d’élevage, bétail de trait collectif, matériel agricole, un vaste réseau de services sociaux et
              culturels (clubs, salles de lecture, crèches, laboratoires ruraux, etc.) La propriété sociale kolkhozienne s’est
              accrue dans des proportions considérables au cours de la construction du socialisme. De 1940 à 1954, les fonds
              indivis des kolkhoz ont augmenté de 180 %.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              Il existe dans la société socialiste une forme coopérative de production industrielle représentée par les
              <emph>coopératives artisanales</emph>. Celles-ci sont surtout appelées à développer la fabrication d’objets de consommation
              courante en utilisant en premier lieu les ressources locales. Les moyens de production mis en œuvre par les
              entreprises des coopératives artisanales et leur production sont la propriété de ces dernières. En 1954, on
              comptait en U.R.S.S. plus de 14 000 coopératives artisanales à production industrielle.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Dans le commerce, les
              coopératives existent sous la forme de <emph>sociétés de consommation</emph> groupant surtout les habitants des campagnes.
              Les 23 000 coopératives de consommation possèdent un important réseau de magasins, de boutiques et
              d’entrepôts.</p>
              <p rend="alinéa">L’affermissement et le développement maximums de la propriété d’État d’une part, de la propriété
              coopérative-kolkhozienne d’autre part, sont une condition essentielle du progrès continu de l’économie
              nationale et du passage graduel de la société soviétique du socialisme au communisme.</p>
              <p rend="alinéa">La propriété d’État et la propriété coopérative-kolkhozienne, les entreprises d’État et les exploitations
              collectives, sont de <emph>même type</emph> quant à leur nature sociale. Les entreprises d’État et les exploitations
              collectives ont ceci de <emph>commun</emph> que les unes et les autres :
              1<hi rend="ordinal">o</hi> sont fondées sur des moyens de
              production socialisés, socialistes, et sur le travail collectif ;
              2<hi rend="ordinal">o</hi> excluent la possibilité d’une exploitation
              de l’homme par l’homme ;
              3<hi rend="ordinal">o</hi> fonctionnent suivant un plan en vue de satisfaire
              les besoins croissants des travailleurs ;
              4<hi rend="ordinal">o</hi> appliquent le principe socialiste de la répartition selon le travail.</p>
              <p rend="alinéa">Mais, par ailleurs, entre la propriété d’État et la propriété coopérative-kolkhozienne, de même qu’entre
              les entreprises d’État et les exploitations coopératives (collectives), il existe certaines <emph>différences</emph>.</p>
              <p rend="alinéa">1<hi rend="ordinal">o</hi> Dans les entreprises
              d’État règnent les rapports de production socialistes sous leur forme la plus
              évoluée et la plus conséquente. La propriété d’État est le <emph>bien du peuple entier</emph> ; dans les entreprises
              d’État, tous les moyens de production sans exception sont socialisés. La propriété coopérative-kolkhozienne
              est la <emph>propriété de groupes</emph>, de collectivités ou d’associations de travailleurs (artel
              agricole, société de consommation, coopérative artisanale) ; dans les kolkhoz (lorsqu’ils ont la forme
              d’artels) les <emph>principaux</emph> moyens de production des paysans membres des coopératives sont collectivisés
              sur la base du libre consentement ; en vertu des Statuts de l’artel agricole, une partie des moyens de
              production n’est pas socialisée et reste la propriété personnelle du foyer kolkhozien (exploitation
              auxiliaire individuelle du kolkhozien).</p>
              <p rend="alinéa">2<hi rend="ordinal">o</hi> La production des entreprises
              d’État est la propriété de l’État socialiste et est réalisée selon les
              modalités et aux prix établis par les organismes d’État. La production du kolkhoz est la propriété de ce
              dernier. Une partie lui permet de s’acquitter de ses obligations envers l’État au titre du stockage à des
              prix fermes établis par l’État, et de payer en nature les travaux exécutés au kolkhoz par la station de
              machines et de tracteurs. Tout le reste est à la disposition de l’artel, sert à constituer les fonds sociaux
              kolkhoziens statutaires et est réparti entre les membres de l’artel au prorata des journées-travail
              effectuées. Une partie de la production des kolkhoz est aussi vendue à l’État à des prix supérieurs aux
              prix de stockage ou sur le marché kolkhozien aux prix de ce dernier.</p>
              <p rend="alinéa">3<hi rend="ordinal">o</hi> Dans les entreprises d’État,
              qui sont le bien du peuple entier, la part du produit social qui va à la
              consommation personnelle de l’ouvrier lui est versée sous forme de <emph>salaire</emph>. L’État établit d’avance le
              taux de la rémunération du travail par pièce produite ou par unité de temps. Le kolkhozien, membre
              d’un artel, reçoit la part de revenu à laquelle il a droit d’après le nombre des <emph>journées-travail</emph> qu’il a
              accomplies, part qui est prélevée sur les fonds de son kolkhoz. Le montant de cette part du revenu
              dépend aussi bien du degré de participation du kolkhozien au travail social (nombre des journées-travail
              effectuées) que de la productivité du travail et du développement de l’économie collective du
              kolkhoz (montant de la rémunération de chaque journée-travail). Le revenu de chaque kolkhozien
              varie avec les résultats du travail du kolkhoz dans son ensemble, le rendement des cultures et la
              productivité de l’élevage. Le salaire est versé à l’ouvrier en espèces. Les revenus de l’artel sont répartis
              entre les kolkhoziens en espèces et en nature (produits agricoles). Si l’ouvrier tire son revenu
              uniquement du travail qu’il accomplit dans l’entreprise socialiste, le kolkhozien a pour principale
              source de revenu son travail dans l’exploitation collective du kolkhoz, et pour source d’appoint celui
              qu’il effectue dans son exploitation auxiliaire individuelle. Le kolkhozien réalise sur le marché une
              partie de la production qu’il a reçue au titre des journées-travail et de celle qui provient de son
              exploitation auxiliaire individuelle.</p>
              <p rend="alinéa">4<hi rend="ordinal">o</hi> L’État socialiste
              administre lui-même les entreprises qui lui appartiennent par l’intermédiaire de
              directeurs, ses fondés de pouvoirs que nomment et révoquent ses organismes compétents. Ce sont des
              organismes d’État qui planifient toute l’activité de ces entreprises en matière de production et
              établissent les principales dispositions concernant l’organisation socialiste du travail. Dans les kolkhoz,
              en raison de leur nature coopérative, toutes les affaires sont gérées par l’organe supérieur de l’artel
              agricole : l’assemblée générale des kolkhoziens, ainsi que par la direction et le président du kolkhoz
              qu’elle a élus. Les plans de production et le budget de l’artel, le règlement intérieur, les normes de
              rendement et leur tarification, les modalités de la répartition des revenus sont fixés par les kolkhoziens
              eux-mêmes sur la base des Statuts de l’artel agricole, en s’inspirant des lois existantes, des objectifs
              assignés par le plan et les directives de l’État socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">Les différences qui existent entre les entreprises
              d’État et les exploitations coopératives (collectives) ne
              sont pas essentielles. Ces différences entre les deux formes d’économie ne sortent cas du cadre des
              rapports de production <emph>socialistes</emph>. La propriété d’État est la forme supérieure de la propriété socialiste,
              de même que la production d’État est la forme supérieure de la production socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">Les entreprises
              fondées entièrement sur la propriété d’État sont des entreprises de type socialiste conséquent. Ce sont,
              disait Lénine, des entreprises où</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    les moyens de production appartiennent à l’État ; de même la terre où se trouve l’entreprise et toute
                    l’entreprise dans son ensemble.
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « De la coopération ».
                    <title>Œuvres</title>, t. 33, p. 486.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Dans les entreprises d’État, les moyens de production, le travail des ouvriers et des employés et ce
              qu’ils produisent sont socialisés à l’échelle de toute la société. La production d’État règne sur toute
              l’industrie socialiste, branche maîtresse de l’économie nationale. Les grandes fabriques de denrées
              agricoles que constituent les sovkhoz sont le bien du peuple entier. La terre et les principaux moyens
              de production : tracteurs, moissonneuses-batteuses et autres machines agricoles, concentrées dans les
              stations de machines et de tracteurs et les sovkhoz, sont la propriété de l’État. La propriété d’État,
              forme supérieure de la propriété socialiste, joue un rôle capital, déterminant, dans l’économie
              nationale.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="3" xml:id="chap28sect03">
              <head>28.3. La propriété personnelle en régime socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">La propriété sociale s’étend, en régime socialiste, aux moyens de production et à la production
              elle-même. Une partie de celle-ci est utilisée par la suite comme moyens de production et reste propriété
              sociale. L’autre partie, qui se compose de biens de consommation, est répartie entre les producteurs
              selon la quantité et la qualité du travail fourni par chacun d’eux,
              et devient leur <emph>propriété personnelle</emph>.</p>
              <p rend="alinéa">Dans le <emph>Manifeste du Parti communiste</emph>, Marx et Engels ont souligné que le communisme n’enlève à
              personne la possibilité de s’attribuer personnellement une partie du produit du travail social. Le
              communisme n’abolit que le caractère sordide, inhérent au capitalisme, d’une appropriation en vertu de
              laquelle l’ouvrier ne vit que pour accroître le capital, et qu’autant que l’exigent les intérêts de la classe
              dominante. Définissant les bases de la future société socialiste,
              Engels a écrit dans l’<title>Anti-Dühring</title> qu’alors</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  la propriété sociale s’étend à la terre et aux autres moyens de production, et la propriété
                  individuelle aux produits, donc aux objets de consommation.
                </quote>
                <bibl>
                  F. Engels,
                  <title>Anti-Dühring</title>, p. 162.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Le mode de production capitaliste aboli, les lois économiques du capitalisme qui limitaient la propriété
              personnelle, la consommation personnelle des masses au minimum vital nécessaire pour entretenir et
              reproduire la force de travail, cessent de jouer. Loin d’abolir la propriété personnelle des objets de
              consommation, le socialisme crée la seule garantie durable d’une satisfaction toujours plus complète
              des besoins personnels de tous les membres de la société.</p>
              <p rend="alinéa">Le droit des travailleurs de la société
              socialiste à la propriété personnelle s’étend aux revenus et à l’épargne provenant de leur travail, à leur
              maison d’habitation et à l’économie domestique, aux objets de ménage et d’usage quotidien, aux objets
              de consommation et de commodité personnelle.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>propriété du foyer kolkhozien</emph> est une forme particulière de la propriété personnelle en régime
              socialiste. Chaque foyer kolkhozien, conformément aux Statuts de l’artel agricole, possède en propre
              une exploitation auxiliaire sur un terrain attenant à l’habitation, une maison d’habitation, du bétail
              productif, de la volaille et du menu matériel agricole.</p>
              <p rend="alinéa">À l’époque du socialisme, la propriété personnelle ne peut provenir que du travail. Lorsque les rapports
              de production socialistes règnent sans partage, les objets qui sont propriété personnelle ne peuvent se
              transformer en capital, c’est-à-dire devenir un instrument d’exploitation. Le droit de propriété
              personnelle, de même que le droit d’héritage de la propriété personnelle, sont garantis par la
              Constitution de l’U.R.S.S.</p>
              <p rend="alinéa">La propriété personnelle, en régime socialiste, est indissolublement liée à la propriété sociale, qui en
              constitue la base. Avec l’accroissement de la propriété et de la richesse sociales, des quantités de
              produits toujours plus considérables viennent satisfaire les besoins personnels des travailleurs de la
              société socialiste. Le socialisme associe harmonieusement les intérêts individuels des membres de la
              société aux intérêts du peuple tout entier.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="4" xml:id="chap28sect04">
              <head>28.4. Le caractère des rapports de production socialistes.</head>
              <p rend="alinéa">Les rapports de production de la société socialiste se distinguent foncièrement des rapports de
              production du capitalisme et des autres formations sociales fondées sur la propriété privée des moyens
              de production.</p>
              <p rend="alinéa">Ils sont caractérisés : 1<hi rend="ordinal">o</hi> par la domination sans partage de la propriété sociale des moyens de
              production, qui existe sous deux formes : la propriété d’État et la propriété coopérative-kolkhozienne ;
              2<hi rend="ordinal">o</hi> par la libération des travailleurs de toute exploitation et par l’établissement de rapports de
              coopération amicale et d’entraide socialiste ; 3<hi rend="ordinal">o</hi> par la répartition des produits dans l’intérêt des
              travailleurs eux-mêmes suivant le principe : à chacun selon son travail.</p>
              <p rend="alinéa">La propriété socialiste des moyens de production confère aux rapports entre les hommes dans le
              processus de la production un caractère tout autre qu’en régime capitaliste. La propriété privée des
              moyens de production ne peut manquer de <emph>désunir</emph> les hommes, d’engendrer des rapports de
              domination et de subordination, l’exploitation des uns par les autres, de provoquer une opposition
              d’intérêts, la lutte des classes et la concurrence, alors que la propriété sociale des moyens de
              production <emph>unit</emph> les hommes, garantit une véritable communauté d’intérêts et une coopération amicale.</p>
              <p rend="alinéa">La domination de la propriété sociale des moyens de production confère également à la répartition des
              produits un caractère tout autre qu’en régime capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">Dans la société socialiste, les classes exploiteuses et l’exploitation de l’homme par l’homme ayant
              disparu, le travail ne se divise pas en travail nécessaire et surtravail ; par suite, le produit, lui non plus,
              ne s’y divise pas en produit nécessaire et surproduit. Les rapports de production socialistes déterminent
              la nécessité objective d’une division du travail et de son produit tout autre qu’en régime capitaliste. En
              régime socialiste, les moyens de production sont propriété sociale et la production vise à satisfaire les
              besoins de toute la société et de chacun de ses membres ; par suite, le travail s’y divise en deux parties :
              le <emph>travail pour soi</emph> et le <emph>travail pour la société</emph>. Le produit du travail (déduction faite de la partie
              destinée à remplacer les moyens de production usés) se divise également en deux parties : le <emph>produit
              pour soi</emph> et le <emph>produit pour la société</emph>. Le travail pour soi crée le produit à répartir entre les producteurs
              selon la quantité et la qualité de leur travail ; il est destiné à satisfaire les besoins personnels du
              travailleur et de sa famille. Le travail pour la société crée le produit qui doit couvrir les besoins
              sociaux : extension de la production, développement de l’instruction, protection de la santé publique,
              organisation de la défense nationale, etc. Dans la société socialiste où les travailleurs sont au pouvoir,
              le travail pour la société leur est non moins nécessaire que le travail pour soi. Le produit pour la
              société, destiné à développer la production socialiste, multiplie les conditions matérielles d’un
              relèvement continu du bien-être des travailleurs. Le produit pour la société consacré à l’instruction, à la
              protection de la santé publique, à la sécurité sociale et aux autres besoins généraux de la population
              contribue à satisfaire les besoins des travailleurs au même titre que le produit pour soi.</p>
              <p rend="alinéa">La propriété sociale des moyens de production et des produits du travail, la répartition des produits du
              travail dans l’intérêt des travailleurs assurent au système socialiste d’économie des avantages décisifs
              par rapport au système capitaliste. Des bienfaits de la grande production sociale, qui accroît
              prodigieusement la puissance productive du travail, bénéficient la totalité de la société et les masses
              travailleuses, et non plus les exploiteurs comme c’est le cas en régime capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">La domination de la propriété sociale des moyens de production fait que la production socialiste
              ignore la contradiction entre le caractère social de la production et la forme capitaliste privée de
              l’appropriation des résultats de cette production, contradiction inhérente au capitalisme. Au caractère
              social de la production correspond, en régime socialiste, la propriété collective, socialiste, des moyens
              de production.
              Par suite, dans la société socialiste, la <emph>concordance est entière</emph> entre les rapports de production et les
              forces productives.</p>
              <p rend="alinéa">Définissant le régime socialiste, Staline a écrit :</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Les rapports de production sont parfaitement conformes à l’état des forces productives, car le
                  caractère social du processus de production est étayé par la propriété sociale des moyens de
                  production.</p>
                  <p rend="alinéa">C’est ce qui fait que la production socialiste en U.R.S.S. ignore les crises périodiques de
                  surproduction et toutes les absurdités qui s’y rattachent.</p>
                  <p rend="alinéa">C’est ce qui fait qu’ici les forces productives se développent à un rythme accéléré, car les rapports
                  de production qui leur sont conformes donnent libre cours à ce développement.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  J. Staline,
                  <title>Matérialisme dialectique et matérialisme historique</title>,
                  p. 27, Éditions sociales, Paris, 1956.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Contrairement aux rapports de production du capitalisme actuel, qui entravent de plus en plus le
              développement des forces productives, les rapports de production socialistes assurent un
              accroissement ininterrompu des forces productives. Une fois qu’ils sont apparus et se sont développés
              sur la base de forces productives déterminées, les rapports de production socialistes, à leur tour,
              stimulent puissamment et accélèrent le développement de ces dernières.</p>
              <p rend="alinéa">Le fait que les rapports de production socialistes correspondent entièrement au caractère des forces
              productives de la société ne signifie cependant pas qu’il ne puisse exister entre eux aucune
              contradiction. Des contradictions surgissent inévitablement entre les forces productives et les rapports
              de production, car les forces productives, qui sont l’élément le plus mobile et le plus révolutionnaire de
              la production, continuent en régime socialiste à devancer les rapports de production.
              Mais en régime socialiste, à la différence de ce qui se produit dans les formations sociales fondées sur
              l’exploitation, ces contradictions ne sont pas antagonistes, inconciliables. C’est pourquoi les choses ne
              vont pas jusqu’à un conflit entre les rapports de production et les forces productives. La société
              socialiste a la possibilité d’amener en temps utile les rapports de production à correspondre au niveau
              des forces productives, puisqu’il n’y existe pas de classes intéressées au maintien de formes d’économie
              périmées.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume" n="28" xml:id="chap28resume">
              <head>Résumé du chapitre 28</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
                <item>
                  <p rend="alinéa">Il existe en régime socialiste deux formes de propriété sociale : la propriété d’État et la propriété
                  coopérative-kolkhozienne. Par suite, il existe aussi deux sortes d’exploitations socialistes : les
                  entreprises d’État et les exploitations coopératives (collectives).</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">En société socialiste, la propriété d’État est le bien du peuple tout entier. La propriété d’État est la
                  forme la plus haute, la plus évoluée, de la propriété socialiste ; c’est à elle qu’appartient le rôle
                  déterminant, le rôle dirigeant, dans l’économie nationale. En U.R.S.S., elle embrasse la majeure partie
                  des richesses du pays. La propriété coopérative-kolkhozienne est une propriété de groupe ; c’est la
                  propriété des différents kolkhoz, coopératives artisanales, sociétés de consommation.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">En régime socialiste, la propriété personnelle s’étend aux objets de consommation. La propriété du
                  foyer kolkhozien en est une forme particulière. La propriété personnelle des travailleurs augmente à
                  mesure que s’accroît la propriété collective socialiste.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">Les rapports de production, en régime socialiste, sont caractérisés :
                  1<hi rend="ordinal">o</hi> par la domination sans
                  partage de la propriété sociale des moyens de production, qui existe sous deux formes :
                  la propriété d’État et la propriété coopérative-kolkhozienne ;
                  2<hi rend="ordinal">o</hi> par la libération des travailleurs de toute
                  exploitation, une coopération amicale et une entraide socialiste dans le
                  processus de la production des biens matériels ;
                  3<hi rend="ordinal">o</hi> par la répartition du produit dans l’intérêt des
                  travailleurs eux-mêmes suivant le principe : à chacun selon son travail.</p>
                  <p rend="alinéa">En régime socialiste disparaît la division du travail en travail nécessaire et surtravail, ainsi que celle
                  du produit en produit nécessaire et surproduit. Le travail des producteurs, en régime socialiste, se
                  divise en deux parties : le travail pour soi et le travail pour la société. Le travail pour soi crée le
                  produit destiné à être réparti entre les producteurs selon la quantité et la qualité du travail fourni ; le
                  travail pour la société crée le produit destiné à satisfaire les besoins sociaux.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">En régime socialiste, les rapports de production correspondent exactement au caractère des forces
                  productives et sont le facteur principal, décisif de l’essor ininterrompu, à des rythmes rapides, des
                  forces productives de la société. Les contradictions qui surgissent au cours de la construction du
                  socialisme entre les forces productives et les rapports de production n’ont pas un caractère
                  antagoniste et ne vont pas jusqu’à un conflit, car la société socialiste a la possibilité d’amener en
                  temps utile les rapports de production à correspondre au niveau des forces productives.</p>
                </item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3 type="chapitre" n="29" xml:id="chap29">
          <head>Chapitre 29 — La loi économique fondamentale du socialisme</head>
            <div4 type="section" n="1" xml:id="chap29sect01">
              <head>29.1. Le caractère des lois économiques en régime socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">Une fois les rapports de production bourgeois remplacés par des rapports de production socialistes, les
              lois économiques du capitalisme, qui traduisent des rapports d’exploitation de l’homme par l’homme,
              cessent de jouer. La loi de la plus-value, la loi économique fondamentale du capitalisme actuel, la loi
              générale de l’accumulation capitaliste, la loi de la concurrence et de l’anarchie de la production et
              d’autres lois encore quittent la scène. Les catégories qui traduisent les rapports capitalistes : capital,
              plus-value, profit du capital, prix de production, travail salarié, valeur de la force de travail, etc.,
              disparaissent également.</p>
              <p rend="alinéa">Quand les rapports de production socialistes sont apparus et se développent, de nouvelles lois
              économiques surgissent et commencent à agir : la loi économique fondamentale du socialisme, la loi
              du développement harmonieux, proportionné, de l’économie nationale, la loi de l’élévation constante
              de la productivité du travail, la loi de la répartition selon le travail, la loi de l’accumulation socialiste et
              d’autres encore.</p>
              <p rend="alinéa">Étant donné que la production marchande subsiste en régime socialiste, la loi de la valeur exerce son
              action au sein de l’économie socialiste, et les catégories qui s’y rattachent continuent d’exister. Les
              nouvelles conditions économiques, nées de la victoire du socialisme, modifient le caractère de la
              production et de la circulation marchandes, limitent leur champ d’action. Il existe, en régime socialiste,
              une production et une circulation marchandes sans capitalistes, mises au service de l’économie
              socialiste. Le champ d’action de la loi de la valeur est strictement limité. Les formes extérieures des
              catégories de la valeur dissimulent un contenu social différent dans son principe même ; la destination
              de ces catégories est radicalement modifiée ; la monnaie, le commerce, le crédit sont ici des
              instruments de l’édification socialiste. Le régime économique socialiste engendre des catégories
              économiques nouvelles, liées aux lois qui lui sont propres : les fonds fixes et les fonds circulants, la
              gestion équilibrée, le prix de revient, le produit pour la société, la journée-travail, etc.</p>
              <p rend="alinéa">Le développement du mode de production socialiste est également subordonné aux lois économiques
              communes à toutes les formations, comme la loi de la correspondance nécessaire entre les rapports de
              production et le caractère des forces productives.</p>
              <p rend="alinéa">Les lois économiques du socialisme reflètent la nature des rapports de production socialistes. Alors
              que les lois économiques du capitalisme traduisent l’exploitation croissante du travail par le capital, les
              lois économiques du socialisme traduisent les rapports de coopération et d’entraide fraternelles entre
              travailleurs libérés de toute exploitation. Les lois économiques du socialisme, de même que les lois
              économiques de tout autre mode de production, apparaissent et agissent en dehors de la volonté de
              l’homme, c’est-à-dire ont un caractère <emph>objectif</emph>. Elles ne peuvent être créées, formées, transformées ou
              abolies par la volonté de l’homme. C’est seulement en agissant sur la base de ces lois que peut
              s’effectuer le développement de la société socialiste. La violation des exigences des lois économiques
              engendre maintes difficultés et contradictions et peut entraîner une désorganisation de la vie
              économique du pays.</p>
              <p rend="alinéa">Nier le caractère objectif des lois économiques du socialisme, ce serait liquider l’économie politique
              du socialisme en tant que science, priver la société socialiste de la possibilité de prévoir le cours des
              événements dans la vie économique du pays et d’assurer la direction de l’économie nationale. C’est
              s’écarter du marxisme et rejoindre les positions de l’idéalisme subjectif, c’est aller inévitablement à une
              politique d’aventures, à l’arbitraire dans la gestion pratique de l’économie.</p>
              <p rend="alinéa">Le caractère objectif des lois économiques du socialisme ne signifie nullement qu’elles agissent
              comme une force spontanée qui domine les hommes, et que ceux-ci sont impuissants en face d’elles.
              Cette fétichisation des lois économiques conduit inévitablement à la théorie du laisser-faire et de la
              spontanéité dans la construction du socialisme. Elle est profondément opposée au marxisme-léninisme.
              En régime socialiste, la propriété privée des moyens de production ayant été remplacée par
              la propriété sociale, la société acquiert de larges possibilités de connaître et d’utiliser les lois du
              développement économique.</p>
              <p rend="alinéa">Si les lois économiques du capitalisme se fraient un chemin comme une force aveugle, destructrice,
              qui agit à l’insu des producteurs de marchandises privés, le socialisme fait disparaître l’anarchie de la
              production et confère au développement économique de la société un caractère organisé. Une fois le
              capitalisme aboli et les moyens de production socialisés, les hommes deviennent les maîtres de leurs
              rapports sociaux et économiques. Ayant appris à connaître les lois objectives, ils peuvent s’en rendre
              maîtres et les appliquer en connaissance de cause dans l’intérêt de toute la société.</p>
              <p rend="alinéa">Après le passage au socialisme, soulignait Engels,</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  les lois de leur propre pratique sociale qui, jusqu’ici,
                  se dressaient devant eux comme des lois
                  naturelles, étrangères et dominatrices, sont dès lors appliquées par les hommes
                  en pleine connaissance de cause, et par là dominées. La vie en société propre
                  aux hommes qui, jusqu’ici, se dressait devant eux comme octroyée par la nature
                  et l’histoire, devient maintenant leur acte propre et libre. Les puissances
                  étrangères objectives qui, jusqu’ici, dominaient l’histoire, passent sous le
                  contrôle des hommes eux-mêmes. Ce n’est qu’à partir de ce moment que les hommes
                  feront eux-mêmes leur histoire en pleine conscience ; ce n’est qu’à partir de ce
                  moment que les causes sociales mises par eux en mouvement auront aussi d’une façon
                  prépondérante, et dans une mesure toujours croissante, les effets voulus par eux.
                  C’est le bond de l’humanité du règne de la nécessité dans le règne de la liberté.
                </quote>
                <bibl>
                  F. Engels,
                  <title>Anti-Dühring</title>, p. 322.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Il s’agit ici de la liberté au sens marxiste, c’est-à-dire de la liberté en tant que nécessité comprise,
              considérée comme le fondement de l’activité consciente des hommes.</p>
              <p rend="alinéa">Dans la société capitaliste, le caractère anarchique du développement économique et les œillères de
              classe de la bourgeoisie limitent étroitement la connaissance des lois économiques du capitalisme qui,
              en fin de compte, entraînent la faillite du régime capitaliste et la victoire du socialisme. La
              bourgeoisie, dans la mesure où elle est capable de connaître les lois économiques objectives, utilise
              ces dernières dans ses intérêts égoïstes de classe qui sont en contradiction avec les intérêts des masses
              laborieuses. Les intérêts de classe du prolétariat correspondent entièrement à la marche objective du
              développement progressiste de la société, développement qui conduit à la victoire du communisme, et
              ils coïncident avec ceux de l’immense majorité de la société. En régime socialiste, il n’y a pas de
              conditions sociales de classe qui empêchent les hommes d’acquérir une entière connaissance des lois
              du développement économique et de les mettre au service de la société. La classe ouvrière, tous les
              travailleurs ont un intérêt vital à connaître et à utiliser les lois du développement économique.</p>
              <p rend="alinéa">La domination de la propriété sociale des moyens de production et le caractère harmonieux du
              développement de l’économie socialiste font de la connaissance et de l’utilisation des lois économiques
              une nécessité objective, car il est impossible, sans cela, de diriger d’une façon planifiée la construction
              du communisme.</p>
              <p rend="alinéa">Les lois économiques du socialisme donnent la <emph>possibilité</emph> de développer et de faire progresser
              l’économie socialiste dans la voie du communisme. Mais, pour que cette possibilité devienne une
              <emph>réalité</emph>, il faut appliquer ces lois économiques objectives en connaissance de cause. La connaissance
              scientifique et l’application correcte des lois économiques objectives est à la base de la politique
              économique du Parti communiste et de l’État socialiste. La société socialiste atteint d’autant mieux ses
              objectifs qu’elle connaît mieux les lois économiques et qu’elle en reflète plus fidèlement les exigences
              dans son activité pratique. Pour appliquer les lois économiques en pleine connaissance de cause, il faut
              apprendre à tenir compte, sous tous leurs aspects, des conditions économiques et politiques concrètes
              dans lesquelles ces lois agissent à l’intérieur de chaque période considérée.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="2" xml:id="chap29sect02">
              <head>29.2. Les traits essentiels de la loi économique fondamentale du socialisme.</head>
              <p rend="alinéa">Marx et Engels avaient prévu qu’en régime socialiste le but de la production
              harmonieusement organisée serait de satisfaire les besoins de toute la société
              et de chacun de ses membres. Développant cette thèse marxiste, Lénine écrivait
              en 1902, dans le projet de programme du Parti ouvrier social-démocrate de Russie,
              que le remplacement de la société capitaliste par la société socialiste serait
              réalisé « afin d’assurer le bien-être complet et l’épanouissement libre et total
              de tous ses membres ». (<bibl><author>V. Lénine</author> : « Projet de programme
              du Parti ouvrier social-démocrate de Russie », <title>Œuvres</title>, t. 6, p. 22.</bibl>)
              Se fondant sur des considérations scientifiques, Lénine a indiqué la nécessité
              et la possibilité objectives d’augmenter systématiquement et rapidement la production
              socialiste, d’électrifier le pays, de développer l’industrie lourde en tant que
              base matérielle du socialisme, d’obtenir une productivité du travail social
              supérieure à celle du capitalisme et d’élever le bien-être et le niveau culturel
              des masses laborieuses. Il a ainsi été amené à énoncer les thèses initiales
              de la loi économique fondamentale du socialisme, thèses qui ont été le principe
              directeur de la politique du Parti communiste et du pouvoir des Soviets.
              S’appuyant sur ces thèses, Staline a formulé et développé la loi économique
              fondamentale du socialisme.</p>
              <p rend="alinéa">Les traits essentiels et les exigences de la <emph>loi économique fondamentale
              du socialisme</emph> peuvent être formulés ainsi :</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Assurer au maximum la satisfaction des besoins matériels et culturels sans cesse
                  croissants de toute la société, en développant et en perfectionnant sans cesse la production
                  socialiste sur la base d’une technique supérieure.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  J. Staline,
                  « Les problèmes économiques du socialisme en U.R.S.S. »,
                  <title>Derniers écrits</title>, p. 130.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">La loi économique fondamentale du socialisme indique
              le <emph>but</emph> de la production socialiste et
              le <emph>moyen</emph> d’y parvenir.</p>
              <p rend="alinéa">Le but de la production est déterminé par les rapports qui découlent du caractère de la propriété des
              moyens de production. Si les moyens de production appartiennent à la bourgeoisie, la production a
              nécessairement pour but d’enrichir les détenteurs du capital, et les travailleurs, c’est-à-dire l’immense
              majorité de la société, n’interviennent que comme objet d’exploitation. La consommation des
              travailleurs n’intéresse le capitalisme que dans la mesure où elle lui assure des profits ; aussi l’homme
              et ses besoins ne peuvent-ils être en l’occurrence le but de la production. Quand les moyens de
              production appartiennent au peuple laborieux, et que les classes exploiteuses ont été anéanties, la
              production sert les intérêts des travailleurs, c’est-à-dire de toute la société socialiste. Satisfaire au
              mieux les besoins matériels et culturels croissants des hommes devient donc le but immédiat de la
              production.</p>
              <p rend="alinéa">Le but auquel est subordonnée la production est inséparable du moyen employé pour en assurer la
              réalisation.</p>
              <p rend="alinéa">Le degré de satisfaction des besoins de la population dépend du niveau du développement de la
              production dans la période considérée, des ressources dont dispose la société socialiste. Sans un essor
              permanent de la production, il est impossible d’augmenter sans cesse la consommation nationale.
              L’essor permanent de la production n’assure pas seulement la fabrication des produits nécessaires à la
              satisfaction des besoins croissants de la société, mais stimule aussi l’apparition de nouveaux besoins.
              À son tour, l’augmentation continuelle des besoins matériels et culturels des travailleurs, de leur pouvoir
              d’achat, est la condition nécessaire d’un progrès indéfini de la production. Grâce à l’augmentation
              systématique du pouvoir d’achat de la population se forme une demande solvable constamment accrue
              des produits de l’industrie et de l’agriculture socialistes.</p>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, la contradiction entre le caractère social de la production et la forme capitaliste
              privée de l’appropriation, contradiction fondamentale du capitalisme, est supprimée. Aussi le
              socialisme ignore-t-il la contradiction inhérente au capitalisme entre la production et la consommation,
              qui exprime la contradiction fondamentale du régime bourgeois. La loi économique fondamentale du
              socialisme permet de mettre le pouvoir d’achat croissant de la population en harmonie avec
              l’augmentation simultanée de la production. En régime capitaliste, le faible niveau de la
              consommation, du pouvoir d’achat des masses populaires freine inévitablement le développement de la
              production, retarde sur celui-ci, ce qui amène des temps d’arrêt dans le développement de l’économie,
              où une crise succède à un essor et un essor suit une crise. La société socialiste, où la consommation
              nationale augmente régulièrement, n’a pas à redouter les crises de surproduction et peut, par suite,
              développer sans arrêt la production.</p>
              <p rend="alinéa">Dans la société socialiste, la contradiction non-antagoniste qui surgit au cours de son développement
              entre le niveau de la production socialiste à un moment donné et les besoins rapidement accrus des
              masses, est régulièrement levée par l’essor de la production, qui entraîne l’augmentation de la
              consommation des travailleurs et un nouvel accroissement des besoins, lequel appelle à son tour une
              nouvelle extension de la production.</p>
              <p rend="alinéa">Le développement de la production socialiste ne se limite pas à son extension quantitative. L’essor
              ininterrompu de la production socialiste requiert le perfectionnement continu des méthodes de
              production, l’élévation incessante de la productivité du travail social, qui permet d’abaisser
              systématiquement les prix et d’améliorer la qualité de la production, ce qui est d’une grande importance
              pour la satisfaction des besoins des travailleurs. Tout cela n’est possible que si le niveau technique de
              la production s’élève constamment. Aussi le développement d’une technique supérieure est-il la
              condition nécessaire du développement et du perfectionnement continus de la production socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">La loi économique fondamentale exprime la nature des rapports de production socialistes et détermine
              les principales phases de développement du mode de production socialiste. Les autres lois
              économiques expriment les différents aspects essentiels des rapports de production socialistes et
              déterminent les différentes phases de développement du mode de production socialiste. La loi
              économique fondamentale joue un rôle dirigeant dans le système des lois économiques agissant au
              sein de la société socialiste. C’est ainsi que les exigences de la loi économique fondamentale
              déterminent le caractère des proportions établies dans l’économie nationale en fonction de la loi du
              développement harmonieux, proportionné, de cette dernière ; l’élévation systématique de la
              productivité du travail est le moyen essentiel d’assurer le développement continu de la production
              socialiste ; la satisfaction des besoins matériels et culturels croissants des travailleurs s’effectue par
              l’intermédiaire de la loi de la répartition selon le travail, etc.</p>
              <p rend="alinéa">Des rapports d’interaction déterminés relient chaque loi non seulement à la loi économique
              fondamentale du socialisme, mais aux autres lois de l’économie socialiste. Ainsi, par exemple, les
              proportions entre les diverses branches industrielles, établies en fonction de la loi du développement
              harmonieux, proportionné de l’économie nationale, dépendent du niveau de la productivité du travail
              dans ces branches. De son côté, l’élévation de la productivité du travail dépend de plusieurs conditions
              très importantes, et exige notamment que soient, remplies les exigences de la loi de la répartition selon
              le travail.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="3" xml:id="chap29sect03">
              <head>29.3. La loi économique fondamentale du socialisme et le développement de la production socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">L’action de la loi économique fondamentale du socialisme permet d’imprimer à la production un essor
              ininterrompu et incomparablement plus rapide qu’en régime capitaliste. S’appuyant sur cette loi et
              l’utilisant judicieusement, la société soviétique accroît d’année en année la masse des biens matériels
              produits dans l’ensemble de l’économie nationale. L’industrie socialiste suit constamment une ligne
              ascendante, sans que la production connaisse des dépressions ou des crises.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En 1939, la production de la grande industrie soviétique atteignait 552 % du niveau de 1929, alors que le niveau
              de la production industrielle n’était que de 99 % aux États-Unis, 123 % en Angleterre, 80 % en France. Le
              développement de l’industrie a été provisoirement interrompu en U.R.S.S. du fait de la guerre de 1941-1945,
              mais il a repris aussitôt après. Malgré les immenses destructions subies en ces années par son économie
              nationale, l’U.R.S.S. a rapidement et notablement dépassé son niveau de production d’avant-guerre. La
              production de la grande industrie soviétique a été multipliée par 18 en 1954 par rapport à 1929. Aux États-Unis,
              la production industrielle a piétiné sur place de 1929 à 1939, après quoi elle a augmenté grâce à l’accroissement
              des productions de guerre et à la course aux armements, et en 1954 elle avait un peu plus que doublé par rapport
              à 1929. En 1954, l’augmentation de la production industrielle par rapport à 1929 n’était que de 72 % en
              Angleterre et de 14 % en France.</p>
              <p rend="alinéa">La loi économique fondamentale du socialisme est indissolublement liée à la loi du développement
              prioritaire, c’est-à-dire relativement plus rapide, des branches produisant des moyens de production par
              rapport à celui des branches fournissant des objets de consommation individuelle. Cette loi
              économique de la reproduction élargie est d’une importance particulière pour le socialisme. L’industrie
              lourde et les constructions mécaniques, qui en constituent en quelque sorte le cœur, sont la principale
              source de l’essor continu de la production socialiste dans son ensemble. Le développement prioritaire
              de l’industrie lourde est la condition nécessaire du progrès technique dans toute l’économie nationale,
              d’un meilleur équipement technique du travail social, et par conséquent du perfectionnement de la
              production sur la base d’une technique supérieure. Si l’on ne développe pas en premier lieu l’industrie
              lourde, qui fournit à toutes les branches de l’économie nationale équipement, machines, combustibles
              et énergie électrique, il est impossible d’assurer le progrès régulier des branches produisant des objets
              de consommation et de satisfaire les besoins croissants des travailleurs.</p>
              <p rend="alinéa">Le développement prioritaire de la production des moyens de production est une condition capitale de
              l’augmentation de la productivité du travail, dont le levier essentiel est l’intégration dans la production
              des techniques d’avant-garde, d’instruments de travail toujours plus perfectionnés, créés par l’industrie
              lourde.</p>
              <p rend="alinéa">Le développement prioritaire de la production des moyens de production, de l’industrie lourde,
              joue un rôle d’une importance vitale dans la garantie de la puissance économique et de la capacité de
              défense du pays.</p>
              <p rend="alinéa">L’économie politique marxiste rejette toute interprétation vulgaire, inspirée de préoccupations
              étroitement consommatrices, de la loi économique fondamentale du socialisme. Cette interprétation
              antimarxiste consiste à négliger le rôle déterminant de la production par rapport à la consommation, à
              nier la nécessité du développement prioritaire de la production des moyens de production en régime
              socialiste, à affirmer que dans ce régime les deux sections de la production sociale doivent se
              développer au même rythme et même que les branches produisant les objets de consommation doivent
              se développer à un rythme plus rapide que celles qui produisent les moyens de production.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">À propos des mesures appliquées ces derniers temps en vue d’accroître la production des
                  marchandises de consommation courante, certains camarades font une confusion au sujet des
                  rythmes de développement de l’industrie lourde et de l’industrie légère dans notre pays. Se référant
                  à la loi économique fondamentale du socialisme, qu’ils ont mal comprise et qu’ils interprètent de
                  manière vulgaire, ces piètres théoriciens tentent de démontrer qu’à une certaine étape de la
                  construction du socialisme le développement de l’industrie lourde cesserait d’être la tâche
                  essentielle et que l’industrie légère pourrait et devrait devancer toutes les autres branches
                  industrielles. Ce sont là des vues profondément erronées, étrangères à l’esprit du
                  marxisme-léninisme.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  N. Krouchtchev,
                  <title>De l’accroissement de la production des produits de l’élevage.
                  Rapport à la séance plénière du C.C. du P.C.U.S., le 25 janvier 1955</title>, p. 4 (éd. russe).
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Une révision des thèses du marxisme-léninisme sur le développement prioritaire de la production des
              moyens de production conduirait pratiquement à réduire la production de l’industrie lourde, ce qui
              entraînerait inévitablement un étiolement de toutes les branches de l’économie nationale, un
              abaissement du niveau de vie des travailleurs, un ébranlement de la puissance économique et de la
              capacité de défense de l’Union soviétique. Le développement prioritaire de l’industrie lourde est la
              base de l’essor rapide de l’agriculture, du développement continu des industries légère et alimentaire.</p>
              <p rend="alinéa">Exprimant les immenses avantages qu’offre le régime socialiste par rapport au régime capitaliste, la loi
              économique fondamentale du socialisme ouvre à l’Union soviétique la possibilité objective de rattraper
              et dépasser les principaux pays capitalistes au point de vue économique, c’est-à-dire pour la production
              par habitant. Pour atteindre cet objectif, il faut développer les grands travaux, améliorer sans cesse
              l’organisation de la production, utiliser rationnellement toutes les ressources de la production,
              augmenter systématiquement la productivité du travail dans tous les secteurs de l’économie socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">Les rapports de production socialistes donnent le champ libre au progrès technique et accroissent
              considérablement, par rapport au capitalisme, les possibilités d’emploi des techniques les plus
              modernes dans tous les domaines de l’économie nationale. En régime socialiste, ainsi qu’il a été déjà
              dit, les nouvelles machines sont introduites quand elles apportent une économie de travail social,
              facilitent le travail, permettent de pratiquer de nouvelles sortes de production et favorisent
              l’augmentation du bien-être du peuple.</p>
              <p rend="alinéa">Si le capitalisme est caractérisé par l’inégalité et des arrêts périodiques du développement de la
              technique, qui résultent du caractère cyclique du développement de la production et de l’étroitesse du
              marché, le socialisme, lui, est caractérisé par le perfectionnement constant de la technique à l’échelle
              de l’économie nationale.</p>
              <p rend="alinéa">Plus le niveau de la technique et de l’organisation de la production est élevé, et plus vastes sont les
              ressources dont dispose la société socialiste pour satisfaire les besoins croissants des travailleurs. Le
              régime économique socialiste fait que les travailleurs ont un intérêt direct à augmenter la production, à
              appliquer en grand les techniques modernes. À son tour, cet intérêt du peuple à développer la
              production socialiste stimule sans cesse l’initiative créatrice des masses en vue de perfectionner au
              maximum la production. C’est là la principale raison de l’essor ininterrompu que connaît l’économie
              socialiste.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="4" xml:id="chap29sect04">
              <head>29.4. La loi économique fondamentale du socialisme et l’accroissement du bien-être des travailleurs.</head>
              <p rend="alinéa">La loi économique fondamentale du socialisme exprime l’unité organique qui existe entre le but de la
              production socialiste et le moyen d’atteindre ce but, le fait que l’augmentation de la consommation
              nationale est directement fonction de l’accroissement de la production, de la productivité du travail
              social. Seul le socialisme fait du travail social la source d’une élévation continue du bien-être du
              peuple. Dans la société socialiste, le développement prioritaire de la production des moyens de
              production sert de base à l’augmentation de la consommation nationale, alors qu’en régime capitaliste
              il entraîne un accroissement du chômage et de la paupérisation des travailleurs. Le socialisme a
              supprimé les limites étroites imposées par le régime bourgeois à la consommation des masses
              laborieuses, limites déterminées par la course des capitalistes au profit maximum.</p>
              <p rend="alinéa">Les progrès ininterrompus de la production socialiste sont la base solide de l’élévation constante du
              niveau d’existence matérielle et culturelle du peuple. En régime socialiste, la masse du produit créé par
              le travail pour soi et destiné à la consommation individuelle des travailleurs ne cesse de s’accroître, de
              même que la masse du produit créé par le travail pour la société, destiné d’une part à développer la
              production et d’autre part à satisfaire les besoins matériels et culturels des travailleurs.</p>
              <p rend="alinéa">On assiste en U.R.S.S. à une augmentation constante des revenus réels de la population et à un
              accroissement régulier de la quantité des marchandises de consommation, que la population achète à
              des prix toujours plus bas.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Par rapport à 1913, les revenus réels (c’est-à-dire calculés en tenant compte de l’évolution des prix) des
              travailleurs de l’U.R.S.S. avaient, en 1954, augmenté comme suit par personne active : d’environ six fois chez les
              ouvriers, compte tenu de la disparition du chômage ; d’environ six fois et demie chez les paysans.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Comparée à celle de 1913, la production des objets de consommation par la grande industrie de l’U.R.S.S. avait,
              à parité de prix, été multipliée par 7,6 fois en 1940 et environ par 16 en 1954.</p>
              <p rend="alinéa">L’existence d’un vaste réseau de services sociaux et culturels gratuits, que l’État soviétique met à la
              disposition de toute la population, est un facteur constant d’accroissement des revenus réels des
              travailleurs de l’U.R.S.S. Il existe en Union soviétique un système d’assurances sociales et de sécurité
              sociale qui ne saurait être égalé en régime capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">Le socialisme, c’est l’amélioration constante des conditions de travail et de vie des masses populaires.
              Les services d’utilité publique, autrefois source d’enrichissement pour les capitalistes, deviennent un
              moyen d’élever le niveau d’existence de la population. Le capitalisme aggrave sans cesse les conditions
              de logement des travailleurs et oblige une grande partie de la population à vivre dans des taudis, alors
              que le socialisme assure l’amélioration constante de l’habitat des niasses populaires. Grâce à la
              propriété sociale de la plupart des habitations dans les villes et à la construction en grand de maisons
              par l’État, les habitations mal aménagées font place de plus en plus à des logis neufs et confortables.</p>
              <p rend="alinéa">Dans les pays bourgeois, les soins médicaux, affaire privée, coûtent ordinairement très cher et restent
              de ce fait peu accessibles à la masse de la population. En U.R.S.S., l’État a créé un système très
              développé de protection de la santé publique qui assure gratuitement l’assistance médicale sous toutes
              ses formes à la population.</p>
              <p rend="alinéa">Le socialisme ouvre de grandes possibilités de progrès culturel pour les travailleurs, de développement
              des aptitudes et des talents dont le peuple est une source inépuisable. Alors qu’en régime capitaliste les
              travailleurs n’ont accès à l’instruction que dans les limites étroites dictées par les intérêts de
              l’exploitation capitaliste, le socialisme crée les conditions qui permettent de donner de plus en plus
              satisfaction aux besoins rapidement accrus des masses dans le domaine de l’instruction, de la culture,
              de la science et de l’art.</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">Auparavant, <emph>disait Lénine en 1918</emph>, tout l’esprit humain,
                    tout le génie de l’homme ne créait que pour donner aux uns tous les biens
                    de la technique et de la culture, et priver les autres de l’indispensable :
                    de l’instruction et du progrès. Maintenant, toutes les merveilles
                    de la technique, toutes les conquêtes de la culture vont devenir le patrimoine
                    du peuple entier et, désormais, jamais l’esprit ni le génie humains ne seront
                    transformés en moyens de violence, en moyens d’exploitation.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « Discours de clôture au 3<hi rend="ordinal">e</hi> Congrès des Soviets de Russie »,
                    <title>Œuvres</title>, t. 26, p. 508.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">D’importantes mesures ont été prises en U.R.S.S. dans le domaine de la culture pour donner
              satisfaction aux besoins culturels croissants du peuple : gratuité de l’instruction et de l’enseignement
              professionnel, attribution de bourses aux étudiants, extension méthodique du réseau des écoles, des
              établissements culturels et éducatifs, des bibliothèques, des clubs, augmentation du volume des
              éditions, etc.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le nombre des personnes qui étudient en U.R.S.S. est passé de 8 millions en 1914 à plus de 50 millions en 1954.
              Le nombre des élèves des 8<hi rend="ordinal">e</hi>, 9<hi rend="ordinal">e</hi> et 10<hi rend=
              "ordinal">e</hi> classes des écoles secondaires et des établissements d’enseignement
              technique secondaire, qui était de 200 000 en 1914, s’élevait à 3,6 millions en 1940 et à 7,8 millions en 1954. On
              comptait, en 1914, 117 000 étudiants dans les établissements d’enseignement supérieur ; il y en a eu 812 000 en
              1940 et 1 732 000 en 1954. Le nombre des instituteurs et des professeurs de tous les établissements d’études,
              ainsi que des pédagogues des établissements préscolaires, dépassait 2 millions en 1954, soit près de dix fois plus
              qu’en 1914.</p>
              <p rend="alinéa">S’appuyant sur la loi économique fondamentale du socialisme, le Parti communiste et l’État soviétique
              appliquent une politique qui garantit l’élévation constante du bien-être et du niveau culturel des
              masses.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="5" xml:id="chap29sect05">
              <head>29.5. Le rôle économique de l’État socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">C’est dans la pratique de l’édification communiste que l’État socialiste apprend à connaître et à utiliser
              les lois économiques objectives du socialisme, et c’est avant tout dans la mesure où elle satisfait à leurs
              exigences que sa politique économique est couronnée de succès.</p>
              <p rend="alinéa">Le caractère de l’État socialiste est déterminé par la base économique du socialisme. Le système
              socialiste d’économie, la propriété sociale du peuple laborieux sur les moyens de production ont pour
              corollaire le pouvoir politique des travailleurs dirigés par la classe ouvrière. Si la politique de l’État
              bourgeois actuel exprime les intérêts des monopoles capitalistes, vise à accroître leurs profits et est
              hostile aux masses populaires, la politique de l’État socialiste, État des ouvriers et des paysans, traduit
              les intérêts vitaux, fondamentaux, des travailleurs et bénéficie de l’appui sans réserve des masses
              populaires.</p>
              <p rend="alinéa">Les rapports de production socialistes déterminent le rôle économique de l’État socialiste, rôle
              nouveau, jusque-là inconnu dans l’histoire. L’État soviétique possède au moins les neuf dixièmes des moyens de
              production du pays. Grâce à la domination sans partage de la propriété sociale (nationale et
              coopérative-kolkhozienne) des moyens de production, il a pu, en s’appuyant sur les lois économiques
              du socialisme et en les appliquant sciemment, diriger l’économie nationale d’après un plan, s’acquitter
              de sa fonction d’organisateur de l’économie. Ce rôle ne saurait être joué par l’État bourgeois en raison
              de la propriété capitaliste privée des moyens de production et de l’anarchie qui préside au
              développement économique de la société capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">La loi économique fondamentale du socialisme entraîne pour l’État socialiste la nécessité de veiller
              constamment à la satisfaction maximum des besoins sans cesse croissants du peuple, sur la base d’un
              développement rapide des forces productives. L’État socialiste consacre son activité à l’amélioration
              générale de la vie des travailleurs.</p>
              <p rend="alinéa">L’État socialiste tient compte de la variété des besoins de la société, et c’est en conformité de ces
              besoins croissants qu’il développe et perfectionne la production, organise l’intégration des techniques
              modernes dans toutes les branches de l’économie nationale et l’augmentation continue de la
              productivité du travail social, procède aux grands travaux et à la répartition géographique de la
              production, assure l’accroissement de l’accumulation socialiste. L’État soviétique applique un système
              de mesures tendant à créer dans le pays l’abondance des marchandises industrielles et agricoles.
              À cette fin, il développe au maximum l’industrie lourde et assure, sur cette base, un puissant essor de
              l’agriculture, de la production des objets de grande consommation.</p>
              <p rend="alinéa">En fonction des conditions réelles,
              d’ordre intérieur et international, l’État définit à chaque étape les tâches concrètes qui se posent en
              matière d’organisation économique, fixe l’orientation et les rythmes du développement de l’économie
              nationale, améliore les méthodes de gestion. Il s’appuie sur les résultats du passé, mais aussi sur les
              tendances qui se dessinent, et il exerce sa fonction d’organisation économique en se fondant sur les
              prévisions scientifiques. Le marxisme-léninisme, science sociale d’avant-garde, constitue la base
              théorique des activités multiples de l’État socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">L’action de l’État soviétique en matière d’organisation économique, culturelle et éducative, s’étend à
              tous les aspects de la vie de la société socialiste. C’est l’État soviétique qui assure la direction et la
              gestion planifiées de ses entreprises dans toutes les branches de l’économie. C’est lui et ses organismes
              qui nomment les dirigeants des entreprises d’État, de leurs groupements, des branches d’activité
              auxquelles elles se rattachent, et qui contrôlent leur fonctionnement. L’État planifie l’économie
              nationale : il détermine dans le cadre du plan le volume, la structure et les rythmes d’accroissement de
              la production et du commerce intérieur et extérieur ; il fixe les prix des marchandises et le prix de
              revient planifié de la production, ainsi que le niveau des salaires des ouvriers et des employés ; il
              répartit les ressources matérielles, la main-d’œuvre, les ressources financières, etc. Il donne son
              orientation à la vie économique des kolkhoz et assure la direction de ces derniers par l’intermédiaire
              des Soviets locaux, des S.M.T., des organismes élus de l’artel agricole, en prenant en considération
              leur caractère particulier d’entreprises coopératives. Il s’attache par tous les moyens à resserrer
              l’alliance de la classe ouvrière et de la paysannerie, à étendre les rapports économiques entre la ville et
              la campagne.</p>
              <p rend="alinéa">L’État soviétique assure aux citoyens la possibilité de jouir effectivement de droits vitaux
              comme le droit au travail et au repos, le droit à l’instruction, le droit à la sécurité matérielle en cas de
              perte de la capacité de travail et dans la vieillesse.</p>
              <p rend="alinéa">L’État soviétique dirige l’instruction publique et la
              formation de cadres qualifiés ; il favorise le développement de la science et de l’art d’avant-garde,
              l’application dans la pratique des réalisations de la science et de la technique.</p>
              <p rend="alinéa">La force de l’appareil d’État soviétique est dans ses attaches avec les masses populaires. La nature
              même du régime socialiste veut que la direction centralisée, exercée par l’État, soit associée à
              l’initiative d’en bas, qu’elle tienne compte des particularités locales.</p>
              <p rend="alinéa">Un principe essentiel de la direction de l’économie par l’État est l’unité de l’économie et de la politique.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">La politique et l’économie sont en pratique inséparables. Elles existent ensemble et agissent
                  ensemble. Et celui qui, dans notre travail politique, pense séparer l’économie et la politique,
                  renforcer le travail économique en diminuant l’importance du travail politique, ou, inversement,
                  renforcer le travail politique en diminuant l’importance du travail économique, celui-là sera
                  nécessairement acculé dans une impasse.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  J. Staline,
                  <title>L’Homme, le capital le plus précieux</title>, suivi
                  de <title>Pour une formation bolchevik</title>, p. 35, Éditions sociales, Paris, 1952.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Le Parti communiste, qui oriente l’activité de tous les organismes d’État et de toutes les organisations
              sociales des travailleurs, est la force dirigeante et organisatrice de l’État socialiste. Le Parti donne des
              directives sur la base desquelles sont dressés les plans de l’économie nationale ; il met au point les
              principales mesures d’ordre économique qui ont une importance vitale pour l’ensemble du pays. Étant
              étroitement lié aux masses laborieuses, il mobilise les ouvriers, les kolkhoziens, les intellectuels pour
              l’accomplissement des tâches économiques et politiques, fait l’éducation des niasses, élève leur
              conscience communiste. La politique du Parti communiste et de l’État socialiste, qui vise à satisfaire
              les besoins nouveaux du développement économique de la société, joue un rôle éminemment
              progressiste.</p>
              <p rend="alinéa">Le mode de production socialiste se développe à travers la lutte du nouveau contre
              l’ancien, de ce qui naît contre ce qui meurt, du progrès contre le retard, en dépassant les contradictions
              et en surmontant les difficultés. Lénine indiquait qu’en régime communiste les antagonismes
              disparaissent, mais que les contradictions demeurent. Dans la société socialiste, ces contradictions ne
              revêtent pas un caractère antagoniste, car elles ne sont pas liées aux intérêts de classes opposées ; elles
              sont dépassées au cours même de l’édification du communisme.</p>
              <p rend="alinéa">Dans la société socialiste, les classes exploiteuses ont disparu, mais il existe toujours des éléments
              arriérés, porteurs de tendances et d’habitudes nées de la propriété privée, qui contrarient le
              développement des tendances nouvelles, progressistes, dans l’économie socialiste ; il existe encore des
              dilapidateurs de la propriété sociale, des bureaucrates qui se moquent des besoins du peuple ; des
              survivances du capitalisme subsistent encore dans la conscience des hommes. L’État soviétique, dirigé
              par le Parti communiste, encourage les initiatives des travailleurs, accorde son appui aux tendances de
              progrès dans tous les domaines de la vie sociale. Il se penche avec sollicitude sur le nouveau qui
              commence à poindre, l’affermit, concourt à la diffusion des méthodes de travail les plus avancées ; il
              soutient une lutte opiniâtre contre toutes les forces d’inertie, contre toutes les manifestations de retard,
              de stagnation, de routine, qui empêchent un développement rapide de la production socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, la critique et l’autocritique sont une des formes essentielles de la lutte du nouveau
              contre l’ancien. Puissants facteurs du développement de la société socialiste, elles stimulent l’activité
              des masses populaires, permettant ainsi de déceler les défauts et les difficultés dans le travail et d’y
              remédier, d’éliminer toute manifestation d’esprit bureaucratique, de faire apparaître de nouvelles
              possibilités d’accélérer les rythmes du développement économique et de lever ainsi les contradictions
              de la société socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">Outre les contradictions internes, non antagonistes, de la société socialiste, il
              existe une contradiction externe, antagoniste, entre les pays du camp socialiste et les forces de
              l’impérialisme. Elle s’exprime dans le fait que les milieux impérialistes agressifs cherchent à
              déclencher la guerre contre l’U.R.S.S. et les pays de démocratie populaire ; ils organisent dans ces pays
              un travail de sape. D’où la nécessité de renforcer le plus possible la puissance économique et la
              capacité de défense de l’U.R.S.S. et des pays de démocratie populaire.</p>
              <p rend="alinéa">Partant du principe léniniste de la possibilité d’une coexistence pacifique du système socialiste et du
              système capitaliste, l’État soviétique pratique une politique conséquente de paix, développe les œuvres
              de paix et ses relations commerciales avec tous les pays. Il renforce la coopération économique avec
              les pays du camp de la démocratie et du socialisme, coopération qui représente un type nouveau,
              socialiste, de rapports entre les peuples.</p>
              <p rend="alinéa">Mettant à profit les avantages du système socialiste
              d’économie et s’appuyant sur les lois économiques, l’État soviétique des ouvriers et des paysans oriente
              le développement de l’U.R.S.S. dans la voie du communisme.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume" n="29" xml:id="chap29resume">
              <head>Résumé du chapitre 29</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
                <item><p rend="alinéa">Les lois économiques du socialisme sont des lois objectives qui ne dépendent ni de la volonté ni de
                la conscience des hommes. Elles traduisent les rapports de collaboration amicale et d’entraide
                socialiste de producteurs libérés de toute exploitation. Elles n’agissent pas à la manière de forces
                aveugles et dévastatrices ; la société socialiste apprend à les connaître et à les utiliser. Le Parti
                communiste et l’État socialiste s’inspirent, dans leur politique économique, des lois économiques du
                socialisme.</p>
                </item>
                <item><p rend="alinéa">La loi économique fondamentale du socialisme détermine les principaux aspects, les principaux
                processus du développement du mode de production socialiste, le but de la production socialiste et le
                moyen d’atteindre ce but. On peut formuler comme suit les traits essentiels et les exigences de la loi
                économique fondamentale du socialisme : assurer la satisfaction maximum des besoins matériels et
                culturels sans cesse croissants de toute la société, en développant et en perfectionnant sans cesse la
                production sur la base d’une technique supérieure.</p>
                </item>
                <item><p rend="alinéa">En régime socialiste, l’augmentation des besoins (du pouvoir d’achat) des masses est le moteur de
                la production socialiste qu’elle ne cesse de faire progresser. Les progrès constants de la production
                socialiste sont la base matérielle d’un accroissement ininterrompu, de la consommation populaire et
                de la croissance de nouveaux besoins. Le développement prioritaire de la production des moyens de
                production est la condition nécessaire de l’accroissement constant de la production socialiste. Le
                socialisme assure le développement continu de la technique avancée, développement indispensable au
                progrès et au perfectionnement ininterrompus de la production socialiste, qui satisfait de mieux en
                mieux les besoins croissants des travailleurs.</p>
                </item>
                <item><p rend="alinéa">Grâce à l’augmentation constante de la masse du produit pour soi et du produit pour la société, le
                montant des revenus réels des travailleurs ne cesse de s’accroître. Le socialisme, c’est l’amélioration
                constante des conditions de travail et de la vie des hommes. Il ouvre à la culture les plus larges
                perspectives de développement en faisant de tous les bienfaits de la technique, de la science et de la
                culture le patrimoine du peuple entier.</p>
                </item>
                <item><p rend="alinéa">Se faisant l’interprète des intérêts vitaux du peuple, l’État socialiste, dirige par le Parti communiste,
                étend de plus en plus son activité en matière d’organisation économique, culturelle et éducative, qui
                vise à assurer le développement ininterrompu de la production et l’élévation continue du bien-être et
                du niveau culturel au peuple. Le mode de production socialiste doit, pour se développer surmonter des
                contradictions et des difficultés. Fort de la connaissance scientifique des lois économiques objectives
                et tirant parti de celles-ci, l’État socialiste assure dans tous les domaines de l’économie la victoire de
                ce qui est nouveau, progressiste, sur ce qui est ancien, en orientant le développement de la société
                dans la voie du communisme.</p>
                </item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3 type="chapitre" n="30" xml:id="chap30">
            <head>Chapitre 30 — La loi du développement harmonieux, proportionné, de l’économie nationale</head>
            <div4 type="section" n="1" xml:id="chap30sect01">
              <head>30.1. La nécessité d’un développement harmonieux de l’économie nationale en régime socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">On sait que toute formation sociale exige pour exister et se développer des proportions déterminées
              dans la répartition du travail et des moyens de production entre les diverses branches de l’économie
              nationale. En régime capitaliste, le développement de la production dans les proportions nécessaires
              s’effectue d’une façon anarchique, par des oscillations et des disproportions incessantes et par des
              crises périodiques. Lorsqu’ils investissent leurs capitaux dans telle ou telle branche de la production,
              les capitalistes sont guidés par les baromètres spontanés de la vie économique que sont les fluctuations
              des prix du marché, du taux du profit, du taux de l’intérêt, du cours des actions, etc.</p>
              <p rend="alinéa">Dans l’économie socialiste, la socialisation des moyens de production fait disparaître les
              baromètres spontanés de la vie économique. L’anarchie et le laissez-faire sont incompatibles avec
              le développement de la société socialiste. En régime socialiste, les proportions nécessaires dans la
              répartition des moyens de production et de la main-d’œuvre entre les différentes branches de
              l’économie nationale ne peuvent s’établir que d’une façon harmonieuse. La nécessité et la
              possibilité d’un développement harmonieux de l’économie socialiste découlent de la propriété
              sociale des moyens de production. Engels écrivait que lorsque les moyens de production
              appartiennent à la société, « une production sociale suivant un plan déterminé est désormais
              possible ». (<bibl>F. Engels, <title>Anti-Dühring</title>, p. 324.</bibl>)</p>
              <p rend="alinéa">Contrairement à la propriété privée des moyens de production, qui <emph>divise</emph> les producteurs de
              marchandises et engendre la concurrence et l’anarchie de la production, la propriété sociale <emph>unit</emph> les
              nombreuses entreprises en un tout économique subordonné à un but commun, découlant des exigences
              de la loi économique fondamentale du socialisme. La grande production collectivisée socialiste ne
              peut se développer sans un plan commun, qui donne à toute la société une unité d’action et assure les
              proportions nécessaires dans le développement des différentes branches et entreprises et de l’économie
              nationale dans son ensemble.</p>
              <p rend="alinéa">Démontrant la nécessité d’un développement harmonieux de l’économie nationale,
              Lénine indiquait qu’on ne saurait gérer l’économie socialiste sans un plan
              embrassant une longue période, et que la Révolution socialiste doit s’acquitter
              de la tâche gigantesque de</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    la transformation de l’ensemble du mécanisme économique de l’État
                    en une seule grande machine, en un organisme économique fonctionnant
                    de telle sorte que des centaines de millions d’hommes soient
                    dirigés d’après un plan unique.
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « Rapport sur la guerre et la paix »,
                    <title>Œuvres</title>, t. 27, p. 87.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">De même que le capitalisme suppose la concurrence et l’anarchie de la production qui entraînent un
              gaspillage du travail social, le socialisme ne saurait se concevoir sans un développement harmonieux
              de l’économie nationale, assurant un usage rationnel, dans un esprit d’épargne, du travail et de ses
              résultats.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi la propriété sociale, socialiste, des moyens de production, la grande production collectivisée
              socialiste, dans l’industrie comme dans l’agriculture, engendrent la nécessité objective et créent la
              possibilité objective d’un développement harmonieux, proportionné, de toute l’économie nationale.</p>
              <p rend="alinéa"><emph>Le développement harmonieux, proportionné, de l’économie nationale est une loi économique du
              socialisme</emph>.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="2" xml:id="chap30sect02">
              <head>30.2. Les traits et les exigences essentiels de la loi du développement harmonieux de l’économie
              nationale.</head>
              <p rend="alinéa">La loi du développement harmonieux, proportionné, de l’économie nationale est le <emph>régulateur</emph> de la
              production socialiste ; c’est en fonction de cette loi que s’effectue la répartition des moyens de
              production et de la main-d’œuvre entre les différentes branches de l’économie socialiste. Cette loi
              exige une gestion planifiée de l’économie nationale, un développement proportionné de toutes les
              branches de l’économie socialiste, l’utilisation la plus complète et la plus efficace des ressources
              matérielles, de la main-d’œuvre et des ressources financières du pays.</p>
              <p rend="alinéa">La loi du développement harmonieux de l’économie nationale signifie avant tout qu’il est nécessaire de
              maintenir des proportions déterminées entre les parties et les éléments de l’économie nationale. Lénine
              indiquait que l’harmonie signifie le maintien conscient de proportions constantes.</p>
              <p rend="alinéa">Mais la loi du développement harmonieux n’indique pas la tâche à l’accomplissement de laquelle
              doivent être subordonnées les proportions à établir dans l’économie nationale. Le caractère des
              proportions dans l’économie socialiste est déterminé par les exigences de la loi économique
              fondamentale du socialisme.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">La loi du développement harmonieux de l’économie nationale ne peut donner l’effet voulu que
                  dans le cas où il y a une tâche au nom de laquelle ce développement se poursuit… Cette tâche est
                  contenue dans la loi économique fondamentale du socialisme.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  J. Staline,
                  « Les problèmes économiques du socialisme en U.R.S.S. »,
                  <title>Derniers écrits</title>, p. 130-131.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">La loi du développement harmonieux, proportionné, de l’économie nationale joue donc le rôle de
              régulateur de la production dans l’économie socialiste conformément aux exigences de la loi
              économique fondamentale du socialisme.</p>
              <p rend="alinéa">Celles-ci sont, à chaque étape, réalisées en fonction du niveau de développement des forces
              productives, des ressources matérielles existantes, de la conjoncture intérieure et extérieure que
              connaît le pays du socialisme. C’est sous cet angle et conformément à la loi du développement
              harmonieux, proportionné, que sont déterminées les proportions dans l’économie nationale.</p>
              <p rend="alinéa">Ce qu’il faut avant tout, parmi les principales proportions du développement de l’économie nationale,
              c’est une juste corrélation entre la production des moyens de production et celle des objets de
              consommation. Pour qu’il y ait augmentation constante de la production sur la base d’une technique
              supérieure, les branches produisant des moyens de production doivent, nous l’avons dit, se développer
              plus rapidement que les branches fournissant des objets de consommation. Du développement de
              l’industrie lourde dépendent l’équipement technique et le progrès ininterrompu de toutes les branches
              de l’économie nationale, et notamment des industries légère et alimentaire, produisant des objets de
              consommation courante.</p>
              <p rend="alinéa">La justesse des proportions à établir entre les deux sections de la production
              sociale exige donc avant tout le développement prioritaire des branches fabriquant des moyens de
              production, et en tout premier lieu de l’industrie lourde et des constructions mécaniques qui en sont en
              quelque sorte le cœur ; d’autre part, elle exige le progrès des branches produisant des objets de
              consommation, dans la mesure indispensable pour satisfaire au maximum, compte tenu du niveau des
              forces productives, les besoins sans cesse croissants des masses populaires.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le développement des branches de l’industrie soviétique produisant des objets de consommation courante prend
              appui sur l’essor de l’industrie lourde. De 1925 à 1954, la production des moyens de production a, dans son
              ensemble, été multipliée par plus de 60, et celle des objets de consommation par 14. Par rapport à 1940, la
              production des moyens de production dans toute l’industrie a été multipliée en 1954 par près de 3,5, et celle des
              objets de consommation a doublé. Le niveau atteint et le rythme de développement de la production des objets de
              consommation courante ne correspondent pas encore aux besoins accrus de la population dans ce domaine. Les
              succès remportés par l’industrie lourde au cours du cinquième plan quinquennal ont créé les conditions concrètes
              permettant de développer rapidement la production des objets de consommation courante.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Aussi, tout en
              continuant à développer en premier lieu l’industrie lourde, le Parti communiste et l’État soviétique appliquent-ils
              un vaste programme dont l’exécution entraînera un rapide essor de l’agriculture ainsi que des industries légère et
              alimentaire, afin d’assurer à bref délai une augmentation notable de la production des objets de large
              consommation et de poursuivre l’élévation du niveau de vie matérielle et culturelle du peuple soviétique.</p>
              <p rend="alinéa">L’établissement de justes proportions entre l’industrie et l’agriculture a une importance primordiale
              pour le développement harmonieux de l’économie nationale. Il s’agit d’assurer, d’une part, le rôle
              déterminant de l’industrie qui fournit un outillage perfectionné à l’agriculture et des articles industriels
              aux campagnes, et d’autre part, de nouveaux progrès de la production des kolkhoz et des sovkhoz qui
              procurent les denrées alimentaires à la population des villes et des matières premières à l’industrie.</p>
              <p rend="alinéa smaller">L’agriculture socialiste a remporté d’importants succès grâce an régime kolkhozien. Mais ses rythmes de
              développement ne suffisent pas pour satisfaire les besoins croissants de la société en produits agricoles. De 1940
              à 1952, la production industrielle a augmenté de 130 % et la production globale de l’agriculture (à parité des
              prix) de 10 % seulement. Des secteurs aussi importants que la culture des céréales, l’élevage, la production de la
              pomme de terre et des légumes sont particulièrement en retard.
              Par suite, la disproportion était devenue manifeste entre les besoins accrus de la population en blé, viande,
              produits laitiers, légumes, fruits, etc., d’une part, et le niveau de la production agricole, d’autre part.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Ce retard de l’agriculture par rapport aux besoins croissants de la société ne permettait pas d’élever la
              consommation au niveau qu’elle aurait pu atteindre étant donné le développement industriel du pays. Le puissant
              essor de l’industrie lourde a créé les conditions nécessaires à un progrès rapide de l’agriculture socialiste. Il est
              devenu possible et nécessaire d’accélérer sensiblement les rythmes du développement de la production agricole.
              Aussi la séance plénière de janvier 1955 du Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique a-t-elle
              fixé la tâche, au cours des cinq ou six années à venir, de porter la récolte annuelle globale des céréales à 10
              milliards de pouds au moins et de multiplier par deux et plus la production des principaux produits de l’élevage, afin
              de pouvoir satisfaire largement les besoins croissants de la population en denrées alimentaires et de fournir à
              l’industrie légère et à l’industrie alimentaire les matières brutes dont elles ont besoin.</p>
              <p rend="alinéa">Il existe une étroite corrélation entre l’industrie et l’agriculture, de même qu’entre les différentes
              branches de l’industrie et de l’agriculture. Pour que la production puisse se développer sans à-coups,
              des proportions correctes sont donc nécessaires non seulement entre l’industrie et l’agriculture, mais
              aussi entre les différentes branches industrielles (par exemple entre les industries d’extraction et les
              industries de transformation) et les diverses branches de l’agriculture. C’est ainsi qu’un retard prolongé
              de l’élevage freine le développement continu des industries légère et alimentaire. De leur côté, les
              progrès de l’élevage sont contrecarrés par l’insuffisance de la base fourragère, par le retard de la
              production des céréales. L’État soviétique remédie à cette disproportion en stimulant énergiquement
              l’extension de l’élevage, de sa base fourragère et de la production des céréales.</p>
              <p rend="alinéa">Pour que la demande sans cesse accrue de denrées agricoles et d’articles industriels par les masses
              laborieuses soit satisfaite régulièrement et sans à-coups, il doit exister entre les revenus en espèces
              toujours plus élevés de la population et la quantité des marchandises destinées à la consommation
              individuelle une corrélation qui tienne compte du niveau des prix ; il faut aussi de justes proportions
              entre l’augmentation de la production des objets de consommation courante et le développement du
              commerce.</p>
              <p rend="alinéa smaller">L’augmentation considérable, au cours de ces dernières années, du salaire réel des ouvriers et des
              employés, ainsi que des revenus des kolkhoziens, a eu pour résultat que la demande des travailleurs
              croît plus vite, pour diverses marchandises, que la production des articles de consommation et des
              denrées alimentaires. Supprimer cette disposition, tel est l’objectif que s’assigne le programme d’essor
              rapide de l’agriculture et d’accroissement de la production des articles industriels et des denrées
              alimentaires sur la base du développement continu de l’industrie lourde, programme que le Parti
              communiste et l’État soviétique ont adopté et réalisent avec succès.</p>
              <p rend="alinéa">Le socialisme a mis fin à l’antagonisme, propre au capitalisme, entre l’accumulation et la
              consommation. Conformément à la loi économique fondamentale du socialisme, des proportions
              correctes entre l’accumulation et la consommation doivent assurer le progrès ininterrompu de la
              production socialiste, avec développement prioritaire de la production des moyens de production, pour
              pouvoir utiliser les techniques les plus modernes, aussi bien que l’élévation méthodique du niveau
              d’existence matériel et culturel des masses populaires.</p>
              <p rend="alinéa">Les proportions dans la répartition des ressources entre les branches de l’économie nationale
              dépendent pour beaucoup de l’utilisation plus ou moins rationnelle de ces ressources. Par exemple, si
              la dépense moyenne de métal par machine-outil diminue, il s’ensuit une diminution du besoin total de
              métal dans les constructions mécaniques, ou bien une augmentation de la production de machines-outils,
              ce qui entraîne à son tour un changement de proportions entre la métallurgie et les constructions
              mécaniques. Utiliser rationnellement les ressources est l’une des conditions assurant le développement
              continu et rapide de la production.</p>
              <p rend="alinéa">Le développement proportionné de l’économie nationale exige que la production socialiste soit
              rationnellement répartie entre les différentes régions du pays : que l’industrie se rapproche des sources
              de matières premières et des régions consommatrices ; que soit assuré le développement économique
              complexe des différentes régions, compte tenu de leurs particularités, en associant de façon judicieuse
              l’activité des diverses branches de production et en utilisant le plus complètement possible les
              ressources locales ; que soit réduit le nombre des transports lointains et irrationnels par chemin de fer et
              par eau ; que les républiques des minorités nationales progressent sur le plan économique et culturel.</p>
              <p rend="alinéa">La répartition socialiste de la production s’appuie sur la division du pays en régions économiques. La
              <emph>division en régions économiques</emph> est la division planifiée de tout le territoire du pays en grandes
              régions suivant leurs particularités économiques et naturelles.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi qu’il a été dit, les avantages du régime socialiste ont permis de remporter de grands succès dans
              la répartition rationnelle de la production en U.R.S.S. Toutefois, ces avantages sont encore loin d’être
              utilisés dans leur totalité, d’où des défauts dans la répartition de la production, qui engendrent des
              disproportions partielles dans l’économie nationale, entravent une utilisation plus rationnelle et plus
              efficace des ressources locales et donnent lieu à des transports sur de trop longues distances, ainsi qu’à
              des allers et retours inutiles.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Ainsi, la disproportion entre la production et la consommation de certains types de laminés sidérurgiques dans le
              Sud, dans l’Oural et en Sibérie orientale entraîne inévitablement des transports croisés considérables de métaux
              ferreux. Le retard de l’extraction du charbon sur sa consommation dans la partie européenne de l’U.R.S.S. rend
              nécessaire le transport de charbon sur des distances énormes.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Chaque année, près de 2 000 wagons de laine brute
              sont transportés d’Asie centrale et de Sibérie dans les usines de dessuintage ukrainiennes, tandis que 500 wagons
              de laine dessuintée sont expédiés d’Ukraine en Sibérie, en Asie centrale et en Extrême-Orient.</p>
              <p rend="alinéa">Il est devenu urgent de mettre au point sur des bases scientifiques, un schéma de développement et de
              répartition des principales branches industrielles de l’U.R.S.S. pour les 10 ou 15 prochaines années.</p>
              <p rend="alinéa">Pour passer du socialisme à la phase supérieure du communisme, il importe d’établir, dans le
              développement de l’économie nationale, des proportions qui assurent l’affermissement et l’essor
              continus de la production socialiste, la création graduelle de la base matérielle de production du
              communisme et l’abondance des produits.</p>
              <p rend="alinéa">Étant donné qu’un certain nombre de puissances capitalistes pratiquent la course aux armements et que
              les milieux agressifs de l’impérialisme échafaudent les plans d’une guerre dirigée contre les pays du
              camp socialiste, il est nécessaire de maintenir dans l’économie nationale des proportions qui
              garantissent au pays du socialisme une solide base économique en cas d’agression du dehors. Les
              progrès rapides de l’industrie socialiste et de la production kolkhozienne sont une condition essentielle
              du renforcement de l’indépendance économique et de la capacité de défense de l’U.R.S.S.</p>
              <p rend="alinéa">L’existence d’un camp socialiste puissant et uni rend indispensable la coordination planifiée de
              l’économie de tous les pays qui le composent.</p>
              <p rend="alinéa">La politique de coopération économique et d’entraide
              qui existe entre l’U.R.S.S. et les pays de démocratie populaire facilite la construction du socialisme,
              renforce l’indépendance économique de ces pays vis-à-vis du monde capitaliste et leur capacité de
              défense, contribue à l’édification du communisme en Union soviétique.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="3" xml:id="chap30sect03">
              <head>30.3. La loi du développement harmonieux de l’économie nationale et la planification socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">Le Parti communiste et l’État socialiste répondent aux exigences de la loi du développement
              harmonieux de l’économie nationale au moyen de plans qui organisent et orientent l’activité créatrice
              des masses laborieuses. La direction de l’économie nationale selon un plan est une particularité
              essentielle de la fonction d’organisation économique de l’État socialiste.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">En développant l’économie suivant un plan, l’État socialiste a la possibilité d’assurer un essor
                  continu, rapide et général de la production, de satisfaire le plus complètement possible les besoins
                  du peuple. Aux mains de l’État soviétique, le plan est une force puissante, qui organise et oriente le
                  travail de millions d’hommes.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  N. Boulganine,
                  <title>Les tâches à accomplir pour un nouvel essor de l’industrie,
                  pour le progrès technique et l’amélioration de l’organisation de la production</title>.
                  Rapport présenté le 4 juillet 1955 à la session plénière du C.C. du P.C.U.S. Cf.
                  <title>Paix et démocratie</title>, 22 juillet 1955.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">La planification socialiste repose sur des bases rigoureusement scientifiques ; elle requiert une synthèse
              continue de l’expérience de l’édification communiste, la mise à profit de toutes les réalisations de la
              science et de la technique. Diriger l’économie nationale selon un plan, c’est prévoir. La prévision
              scientifique est fondée sur la connaissance des lois économiques objectives ; elle a son point de départ
              dans les besoins du développement de la vie matérielle de la société.</p>
              <p rend="alinéa">Pour planifier correctement, il faut avant tout connaître et savoir appliquer la loi du développement
              harmonieux de l’économie nationale.</p>
              <p rend="alinéa">On ne doit pas confondre la loi du développement harmonieux de l’économie nationale avec la
              planification de l’économie par les organismes compétents de l’État socialiste, ni avec les plans annuels
              et quinquennaux de développement de l’économie nationale. La loi du développement harmonieux de
              l’économie nationale est une loi économique objective. Elle donne aux organismes d’État la possibilité
              de planifier correctement la production sociale. Mais possibilité n’est pas réalité. Pour que cette
              possibilité devienne une réalité, il faut savoir appliquer la loi du développement harmonieux, il faut
              dresser des plans qui répondent entièrement aux exigences de cette loi.</p>
              <p rend="alinéa">Dans la pratique, les plans ne répondent pas toujours exactement aux exigences de la loi du
              développement harmonieux de l’économie nationale. Quand celles-ci sont enfreintes, des
              disproportions se révèlent dans certains secteurs de l’économie nationale, le cours normal de la
              production et de la circulation est troublé. Si, par exemple, le plan prévoit la fabrication d’un certain
              nombre d’automobiles, mais non la quantité nécessaire de tôle d’acier, le programme de production
              d’automobiles peut ne pas être exécuté. Un plan de production de la fonte est irréalisable sans une
              production correspondante de coke.</p>
              <p rend="alinéa">Les organismes de planification ont à tenir compte, lorsqu’ils établissent les plans, des exigences de la
              loi du développement harmonieux, à prévenir toute disproportion et, s’il s’en produit, à prendre en
              temps utile les mesures propres à y remédier. Les <emph>réserves</emph>, qu’il s’agisse de ressources matérielles ou
              financières ou de main-d’œuvre, jouent un rôle important dans le développement ininterrompu, de
              l’économie nationale. Elles donnent la possibilité d’éliminer rapidement les disproportions qui se
              manifestent dans certains secteurs, ou de les prévenir ; elles permettent plus de souplesse dans le
              maniement des ressources.</p>
              <p rend="alinéa">La planification de l’économie nationale ne peut donc donner de bons résultats, assurer le
              développement proportionné de l’économie nationale et l’essor permanent de la production que si elle
              tient compte correctement des exigences de la loi du développement harmonieux de l’économie
              nationale et se conforme en tous points à celles de la loi économique fondamentale du socialisme.</p>
              <p rend="alinéa">La planification socialiste s’appuie également sur l’utilisation des autres lois économiques du
              socialisme. C’est ainsi que la loi de la répartition selon le travail est une condition nécessaire de la
              gestion planifiée de l’économie. Cette loi fait que les producteurs ont un intérêt matériel à augmenter la
              productivité du travail ; elle est l’un des moteurs de la production socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">La planification socialiste
              implique la nécessité d’utiliser des instruments économiques se rattachant à l’action de la loi de la
              valeur : prix, monnaie, commerce, crédit. Le principe de la gestion équilibrée (khozrastchot), qui incite
              à gérer la production dans un esprit d’épargne, à mobiliser les ressources intérieures, à réduire les prix
              de revient et à augmenter la rentabilité de l’entreprise, est aussi un instrument de planification.</p>
              <p rend="alinéa">La planification socialiste exige l’étude approfondie et la large utilisation des réalisations modernes de
              la science et des techniques soviétiques et étrangères en vue d’assurer un progrès technique rapide de
              toutes les branches de l’économie nationale, de perfectionner sans relâche la technologie, d’augmenter
              sans cesse la productivité du travail.</p>
              <p rend="alinéa">S’inspirant des lois économiques du socialisme, synthétisant l’expérience acquise en matière
              d’édification économique et culturelle et tenant compte des conditions intérieures et extérieures, le
              Parti communiste et l’État socialiste déterminent à chaque étape les objectifs économiques et politiques
              essentiels des plans d’État ; c’est ainsi que sont fixés le volume de la production, les rythmes du
              développement de chaque branche de l’économie nationale, le montant des investissements au titre des
              fonds fixes, le niveau des salaires, etc.</p>
              <p rend="alinéa">La direction planifiée de l’économie soviétique est exercée, sur la base des directives du Parti
              communiste, par le Conseil des ministres de l’U.R.S.S. et les Conseils des ministres des républiques
              fédérées. Les plans d’État sont dressés à l’échelle de toute l’économie nationale, mais aussi pour les
              diverses branches et leurs différents départements, par républiques, par territoires, par régions et zones
              économiques. Leur élaboration et le contrôle de leur exécution sont confiés à la Commission d’État
              auprès du Conseil des ministres de l’U.R.S.S. pour la planification perspective (Gosplan de l’U.R.S.S.,
              à la Commission économique d’État auprès du Conseil des ministres de l’U.R.S.S. pour la planification
              courante (Commission économique d’État de l’U.R.S.S.), aux ministères de l’U.R.S.S. et des
              républiques, ainsi qu’aux Soviets locaux, qui possèdent également leurs organismes de planification.</p>
              <p rend="alinéa">La planification socialiste combine les <emph>plans perspectifs</emph>, qui traduisent la ligne fondamentale du
              développement économique pour un certain nombre d’années, avec les <emph>plans courants</emph>, programmes
              concrets des travaux à exécuter dans des délais plus réduits.
              Il faut mentionner, parmi les plans perspectifs, les plans quinquennaux de développement de
              l’économie nationale, ainsi que ceux qui sont dressés pour de plus longues périodes. Parmi les plans
              courants, il convient de ranger les <emph>plans annuels</emph>. Les plans courants sont élaborés à partir des plans
              perspectifs.</p>
              <p rend="alinéa">Au fur et à mesure du développement de l’économie socialiste,
              la planification perspective gagne sans cesse en importance.
              Lénine indiquait qu’</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    on ne peut pas travailler sans avoir un plan à longue échéance
                    et susceptible d’un succès valable.
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « Rapport sur l’activité du Conseil des commissaires du peuple au
                    8<hi rend="ordinal">e</hi> Congrès des Soviets de Russie »,
                    <title>Œuvres</title>, t. 31, p. 532.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Le Gosplan de l’U.R.S.S. a pour tâche d’élaborer les plans quinquennaux avec leurs subdivisions
              annuelles, ainsi que les perspectives du développement des diverses branches et de l’ensemble de
              l’économie nationale pour une période plus longue, de dix à quinze ans.</p>
              <p rend="alinéa">La Commission économique d’État de l’U.R.S.S. a pour tâche d’élaborer, à partir des plans
              quinquennaux, les plans d’État annuels du développement de l’économie nationale et les plans
              d’approvisionnement en matières premières et en machines avec leurs subdivisions trimestrielles.</p>
              <p rend="alinéa">Chaque entreprise d’État (usine, mine, sovkhoz, S.M.T., etc.) possède son <emph>plan financier et technique
              de production</emph>, qui est établi à partir des objectifs prévus au plan d’État et constitue le plan général
              pour l’activité financière et technique de la production de l’entreprise.</p>
              <p rend="alinéa">Le développement harmonieux de l’économie socialiste exige que la planification centralisée de
              l’économie, quant aux indices essentiels, laisse aux organismes locaux chargés de la planification de la
              production l’autonomie et l’initiative indispensables. Les conditions et particularités locales doivent
              jouer un très grand rôle dans la planification qui, si elle est stéréotypée et ignore ces particularités,
              contredit aux exigences de la loi du développement harmonieux de l’économie nationale.
              Une centralisation excessive, la tendance à planifier d’en haut jusqu’aux moindres détails sans
              connaître suffisamment ni prendre en considération les conditions et les possibilités locales entraînent
              des erreurs dans la planification, paralysent les initiatives de la base, empêchent d’utiliser au maximum
              les ressources locales et les immenses réserves existant dans les différentes branches de l’économie
              socialiste et dans les entreprises.</p>
              <p rend="alinéa">La direction planifiée des kolkhoz par l’État présente des particularités, qui découlent du caractère de
              la propriété coopérative-kolkhozienne. L’État socialiste s’appuie ici sur l’initiative des kolkhoz et des
              masses kolkhoziennes, qui est un facteur déterminant de l’essor de l’agriculture, de l’utilisation plus
              complète des conditions économiques et naturelles de chaque région, de chaque kolkhoz.</p>
              <p rend="alinéa">Un système de planification bien compris implique
              que les organismes centraux compétents fixent pour chaque région,
              territoire et république les indices et les objectifs <emph>fondamentaux
              et déterminants</emph> relatifs à la production agricole
              et à la livraison des produits agricoles à l’État. Ces objectifs sont
              exprimés en production marchande, nécessaire pour satisfaire les besoins de la population en denrées
              alimentaires et ceux de l’industrie en matières premières. D’après les objectifs fixés pour la livraison à
              l’État des produits de l’agriculture et de l’élevage, les kolkhoz déterminent à leur gré les dimensions des
              emblavures, la productivité de l’élevage et la quantité des différentes espèces de bétail. La direction de
              chaque kolkhoz dresse un <emph>plan de production annuel</emph>, qui est soumis à l’examen et à l’approbation de
              l’assemblée générale des kolkhoziens.</p>
              <p rend="alinéa">Le perfectionnement des méthodes de planification socialiste suppose une centralisation conséquente
              de la planification quant aux indices fondamentaux et déterminants, tout en accordant plus
              d’importance et en laissant plus de latitude à l’initiative des organismes locaux, des entreprises
              industrielles, des sovkhoz et des kolkhoz pour diriger la production, assurer une planification
              différenciée dans chaque région économique, chaque zone agricole, chaque entreprise ou kolkhoz.</p>
              <p rend="alinéa">Diriger l’économie nationale selon un plan, c’est établir quels sont les <emph>principaux maillons</emph> de
              l’économie. Le plan met en relief les branches maîtresses dont dépend l’exécution du plan de
              l’économie nationale dans son ensemble. Les principaux maillons des plans quinquennaux sont les
              branches de l’industrie lourde (et notamment les constructions mécaniques), car elles déterminent le
              développement de toutes les branches industrielles et de l’économie nationale dans son ensemble. Ce
              sont ces branches qui reçoivent en premier lieu moyens de production, main-d’œuvre et argent. C’est
              par rapport à elles que sont dressés les plans des autres branches, de manière à assurer l’essor de toute
              l’économie nationale et la coordination la plus rationnelle de ses éléments.</p>
              <p rend="alinéa">La loi du développement harmonieux, proportionnel, de l’économie
              nationale requiert une coordination rigoureuse des plans de développement
              des différentes branches et leur harmonisation dans un plan économique
              unique.</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">Tous les plans des différentes branches de la production,
                    disait Lénine, doivent être strictement coordonnés, liés,
                    et former ensemble le plan d’économie unique, dont nous avons
                    tant besoin.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « Rapport sur l’activité du Conseil des commissaires du
                    peuple au 8<hi rend="ordinal">e</hi> Congrès des Soviets de Russie»,
                    <title>Œuvres</title>, t. 31, p. 532.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Les plans économiques comportent un certain nombre d’indices, exprimés les uns <emph>en nature</emph>
              (catégories de produits, assortiments, etc.), les autres <emph>en argent</emph> (production globale, prix de revient,
              revenus et dépenses, etc.) Parmi les indices en nature et en argent, il y a lieu de distinguer les indices
              <emph>qualitatifs</emph> (augmentation de la productivité du travail, diminution du prix de revient, rentabilité,
              amélioration de la qualité des produits, efficacité de l’emploi des moyens de production : équipement,
              machines, matières premières, etc.) Dans l’agriculture, l’indice fondamental est l’obtention d’un
              maximum de production pour 100 hectares de surface agricole avec le minimum de dépense de travail
              et de moyens de production par unité de produit.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le plan de développement de l’économie nationale comporte les subdivisions suivantes : programme de
              production de l’industrie et de l’agriculture ; plan des transports et développement des communications ; plan des
              grands travaux, du développement et de l’introduction de nouvelles techniques ; plan d’approvisionnement par
              l’État de l’économie nationale ; plan concernant le travail et les salaires ; plan concernant le commerce et les
              stockages ; plan des mesures d’ordre social et culturel ; plan concernant le prix de revient de la production ; plan du
              développement de l’économie nationale par république fédérée et par région économique ; partie synthétique du
              plan de l’économie nationale, comprenant les indices généraux du développement de l’économie nationale et les
              principaux objectifs des différentes branches industrielles. L’indice donnant la meilleure vue d’ensemble du plan
              est l’accroissement du revenu national et le pourcentage qu’y occupent respectivement le fonds de consommation
              et le fonds d’accumulation. Font aussi partie intégrante de la planification d’État la planification des prix et des
              finances (budget d’État, plans de crédit et de caisse de la Banque d’État), ainsi que celle du commerce extérieur.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le plan de développement et d’introduction
              des nouvelles techniques embrasse les objectifs les plus importants,
              d’importance nationale, concernant la mécanisation et l’automatisation des processus de la production, la mise au
              point de la production de nouvelles machines et de nouveaux matériaux, l’implantation des processus
              technologiques d’avant-garde, ainsi que les principaux travaux de recherche scientifique, des bureaux d’études et
              d’essais relatifs aux techniques nouvelles.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Dans la planification socialiste,
              une importance croissante est réservée à la répartition géographique rationnelle
              des forces productives, au développement dans tous les domaines des régions économiques et à la coordination
              des plans de développement de l’économie nationale de l’U.R.S.S. et des pays de démocratie populaire.</p>
              <p rend="alinéa">Une des principales méthodes utilisées pour établir dans l’économie nationale des proportions
              correctes, répondant aux exigences de la loi du développement harmonieux, est la mise au point d’un
              système de <emph>balances</emph>. L’État socialiste fixe ainsi les proportions, exprimées en nature et en argent, dans
              le développement de l’économie nationale, détermine les ressources et leur répartition par branches
              d’activité et catégories de produits. La confrontation des ressources existantes et des besoins que l’on
              en éprouve fait apparaître les points faibles de l’économie nationale, les disproportions entre les
              différentes branches quant au niveau et aux rythmes de leur développement, et suggère les mesures à
              prendre pour y remédier. Par ailleurs, le système des balances permet de déceler des ressources
              supplémentaires résultant d’une économie de matières premières et de matériaux, ainsi que d’une
              meilleure utilisation de l’équipement, ressources qui contribueront à accroître la production et la
              consommation.</p>
              <p rend="alinéa">On distingue les balances des ressources matérielles (exprimées en nature), les balances exprimées
              sous forme monétaire, et les balances de la main-d’œuvre.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les <emph>balances des ressources
              matérielles</emph> font apparaître la corrélation qui existe entre la production et la
              consommation d’un produit ou d’un groupe de produits sous leur forme naturelle. Elles portent sur les principaux
              produits : machines-outils, minerais, métaux, coton et autres moyens de production, objets de consommation
              individuelle (viande, sucre, huile, beurre, etc.)</p>
              <p rend="alinéa smaller">Elles sont indispensables pour dresser
              les plans de fourniture de moyens de production à toutes les branches de
              l’économie nationale par ministères et par départements. Ces plans prévoient une meilleure utilisation de
              l’équipement, des matières premières, du combustible, etc., grâce à l’application de normes progressives.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Parmi les <emph>balances exprimées sous forme
              monétaire</emph>, il faut ranger notamment celles des revenus et des dépenses
              en argent de la population, du revenu national et de sa répartition.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les <emph>balances de la main-d’œuvre</emph>
              déterminent les besoins de l’économie nationale en main-d’œuvre et en cadres
              qualifiés, ainsi que les moyens de couvrir ces besoins.</p>
              <p rend="alinéa">La balance apportant la synthèse la plus complète est la <emph>balance de l’économie nationale</emph>, qui
              représente un système d’indices économiques caractérisant les principaux rapports et proportions de
              l’économie socialiste. Elle comprend les balances essentielles suivantes : produit social global, revenu
              national, travail.</p>
              <p rend="alinéa">La planification socialiste, qui reflète les exigences de la loi du développement harmonieux de
              l’économie nationale, établit des <emph>directives</emph>. Les plans d’État ne sont pas des plans-pronostics, mais des
              plans-directives, que les organismes dirigeants sont tenus d’exécuter et qui déterminent l’orientation du
              développement économique de tout le pays.</p>
              <p rend="alinéa">Une fois sanctionnés par les organismes supérieurs de
              l’État socialiste, les plans d’État ont force de loi. Les dirigeants de l’économie sont tenus d’en assurer
              l’exécution régulière, suivant le rythme prévu, par chaque entreprise, tout au long de l’année, du
              trimestre et du mois, en ce qui concerne non seulement le volume de la production, mais aussi son
              assortiment ; ils sont tenus d’améliorer sans cesse la qualité de la production et de réduire les prix de
              revient conformément aux prévisions du plan.</p>
              <p rend="alinéa">Une particularité essentielle de la planification socialiste est qu’elle associe le maintien des proportions
              nécessaires à l’essor ininterrompu de la production socialiste, au progrès technique. Les proportions
              définies par le plan pour le développement de l’économie nationale ne représentent pas quelque chose
              de figé, d’intangible. La planification socialiste a un caractère actif, mobilisateur. Les plans orientent le
              travail de millions d’hommes à l’échelle de tout le pays, donnent aux masses laborieuses une
              perspective nette, les incitent à accomplir de véritables exploits dans le travail. Le plan, c’est l’activité
              créatrice et vivante des masses. La réalité des plans de production, ce sont les millions de travailleurs
              qui bâtissent une vie nouvelle.</p>
              <p rend="alinéa">Dresser un plan n’est que le début de la planification. Lénine,
              qui qualifiait le plan d’électrification de la Russie (plan Goelro)
              de second programme du Parti, soulignait que « ce programme ira s’améliorant
              chaque jour, dans chaque atelier, dans chaque canton ; il sera approfondi,
              perfectionné et modifié ». (<bibl><author>V. Lénine</author> : « Rapport
              sur l’activité du Conseil des commissaires du peuple au 8<hi rend=
              "ordinal">e</hi> Congrès des Soviets de Russie », <title>Œuvres</title>,
              t. 31, p. 536.</bibl>) Tout plan est précisé, modifié et perfectionné
              en tenant compte de l’expérience des masses et du déroulement de son exécution,
              aucun plan ne pouvant prévoir à l’avance toutes les possibilités que renferme
              le régime socialiste et qui ne se révèlent qu’au cours du travail. Dans la lutte
              pour l’exécution du plan à la fabrique, à l’usine, au sovkhoz, au kolkhoz,
              l’initiative créatrice et l’activité des masses se donnent libre cours,
              l’émulation socialiste se développe, et la mise au jour de nouvelles réserves
              permet d’accélérer les progrès de l’économie. La mobilisation des masses est
              effectuée par le Parti communiste et sous sa direction, à l’appel des organisations
              d’État et des organisations sociales, des syndicats, des Jeunesses communistes.
              La participation active des masses à la lutte pour l’exécution des plans de
              développement de l’économie nationale est l’une des principales conditions de
              l’exécution et du dépassement des plans, de l’accélération des rythmes de la
              construction de la société communiste.</p>
              <p rend="alinéa">Les plans socialistes ne peuvent jouer un rôle mobilisateur que si les organismes de planification
              tablent sur les éléments nouveaux, progressistes qui naissent dans la pratique de l’édification
              communiste, dans l’œuvre créatrice des masses.
              Les plans de production doivent partir, non pas de la moyenne arithmétique des normes déjà atteintes,
              mais de <emph>normes progressives</emph> de travail, d’utilisation de l’équipement, des matières premières, du
              combustible et des matériaux, c’est-à-dire de normes qui s’alignent sur l’expérience des entreprises
              d’avant-garde, des travailleurs d’élite.</p>
              <p rend="alinéa">Le Parti communiste et l’État soviétique combattent énergiquement toute tentative de dresser des plans
              minimisés qui ne mobilisent personne, l’alignement sur les secteurs retardataires, de même que la
              manie des projets qui ne tiennent pas compte des possibilités réelles du développement de l’économie
              socialiste. La planification socialiste exige qu’une lutte intransigeante soit menée contre les tendances,
              contraires aux intérêts de l’État, qui se traduisent par les tentatives faites pour opposer les intérêts d’une
              entreprise, d’une région ou d’un service à ceux du pays tout entier.</p>
              <p rend="alinéa">L’un des aspects les plus importants de la direction planifiée de l’économie nationale est la <emph>vérification
              de l’exécution du plan</emph>, qui permet d’établir jusqu’à quel point celui-ci traduit les exigences de la loi du
              développement harmonieux de l’économie nationale, et comment il se réalise. Elle donne la possibilité
              de déceler en temps utile les disproportions existantes et de prévenir l’apparition de nouvelles
              disproportions, de découvrir des réserves de production jusque-là ignorées et d’apporter les correctifs
              nécessaires aux plans de l’économie nationale.</p>
              <p rend="alinéa">Pour diriger l’économie nationale d’après un plan, un système unique de recensement s’impose. Lénine
              enseignait que « le socialisme, c’est le recensement ». Une organisation socialiste planifiée ne saurait
              se concevoir sans un recensement correct. Or, qui dit recensement dit statistique. Dans l’économie
              socialiste, le recensement et la statistique sont organiquement associés au plan de l’économie
              nationale. Les statistiques relatives à l’accomplissement du plan sont indispensables à l’établissement
              du plan pour la période suivante. Le système socialiste de recensement et de statistique permet de
              contrôler l’exécution du plan dans son ensemble et dans chacune de ses parties.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="4" xml:id="chap30sect04">
              <head>30.4. Les avantages de l’économie planifiée.</head>
              <p rend="alinéa">Le développement harmonieux de l’économie nationale assure à la société socialiste des avantages
              énormes sur le capitalisme.</p>
              <p rend="alinéa">Contrairement à ce dernier, où des rapports proportionnés sont un effet du
              hasard et où l’économie se développe de façon cyclique, en passant par des crises périodiques,
              l’économie socialiste se développe sans discontinuer, suivant une ligne ascendante et à des rythmes
              élevés, sur la base des proportions établies par l’État socialiste conformément aux exigences de la loi
              du développement harmonieux de l’économie nationale et de la loi économique fondamentale du
              socialisme. L’économie socialiste ignore les crises qui ravagent l’économie nationale, infligent à la
              société un préjudice matériel énorme et la rejettent périodiquement en arrière.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Au cours des plans quinquennaux d’avant-guerre, c’est-à-dire en environ 13 ans, l’Union soviétique a effectué un
              bond formidable qui, de pays autrefois agricole et arriéré, a fait d’elle une puissance industrielle avancée, alors
              que le monde capitaliste traversait deux crises économiques : celle de 1929-1933 et celle de 1937, qui se sont
              accompagnées de la destruction d’importantes forces productives, d’une augmentation prodigieuse du chômage et
              d’une brutale aggravation de la paupérisation des masses. Après la guerre, l’économie socialiste en U.R.S.S.
              progresse méthodiquement et continûment, alors que les États-Unis et certains autres pays capitalistes ont connu
              la crise de 1948-1949, qui a provoqué une baisse de la production et une augmentation du chômage. Aux États-Unis,
              en 1953-1954, il y a encore eu une baisse de production présentant un caractère de crise.</p>
              <p rend="alinéa">L’économie socialiste planifiée exclut le chômage et garantit le plein emploi de toute la force de travail
              de la société. L’économie capitaliste engendre fatalement le chômage, qui est pour les capitalistes un
              moyen de s’assurer une main-d’œuvre à bon marché.</p>
              <p rend="alinéa">L’économie planifiée développe la production
              afin de satisfaire les besoins de toute la société. Les capitalistes investissent leurs capitaux dans les
              branches de l’économie où le taux de profit est le plus élevé.</p>
              <p rend="alinéa">L’économie socialiste planifiée permet un
              développement méthodique de la science et de la technique conforme aux besoins de l’économie
              nationale. En régime capitaliste, le progrès technique se heurte à la loi de la concurrence et de
              l’anarchie de la production ; très inégal, il aggrave fatalement le déséquilibre de la production.</p>
              <p rend="alinéa">Contrairement à la conception capitaliste de la rentabilité, subordonnée à l’obtention du profit
              maximum, la loi du développement harmonieux de l’économie nationale et la planification socialiste
              garantissent une forme supérieure de rentabilité, une rentabilité considérée du point de vue de
              l’économie nationale dans son ensemble.</p>
              <p rend="alinéa">L’économie socialiste planifiée met un terme au formidable gaspillage de travail social qui est inhérent
              à l’économie capitaliste et permet la mise en œuvre la plus économique et la plus efficace de toutes les
              ressources, tant à l’intérieur des entreprises qu’à l’échelle nationale ; elle découvre sans cesse des
              réserves nouvelles et de nouveaux moyens d’accroître la production.</p>
              <p rend="alinéa">L’État socialiste règle par un plan les rapports de production entre les entreprises et procède à la
              répartition géographique la plus rationnelle de la production socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">L’expérience de l’Union soviétique en matière de planification de l’économie nationale retient
              l’attention et suscite l’intérêt dans tous les pays. Des savants bourgeois prêchent un « capitalisme
              planifié » et sèment parmi les travailleurs l’illusion qu’en éliminant la concurrence, les monopoles
              créent les conditions d’une planification de l’économie capitaliste et de la suppression des crises
              économiques. Mais, ainsi qu’il a été démontré, la planification de l’économie a pour condition décisive
              l’existence de la propriété sociale des moyens de production et de la loi du développement
              harmonieux, proportionné, de l’économie nationale, alors que dans la société capitaliste dominent la
              propriété privée des moyens de production, la loi de la concurrence et l’anarchie de la production. La
              limitation de la concurrence dans les entreprises et les branches monopolisées s’accompagne d’une
              accentuation brutale de la concurrence entre les monopoles, ainsi qu’entre les entreprises et les
              branches monopolisées et celles qui ne le sont pas. Toute tentative de planifier l’économie nationale
              dans les pays capitalistes et d’y éliminer les crises de surproduction aboutit immanquablement à un
              échec. L’expérience soviétique en matière de planification de l’économie nationale est largement
              utilisée dans les pays de démocratie populaire, qui développent avec succès leur économie sur la base
              de plans d’État.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume" n="30" xml:id="chap30resume">
              <head>Résumé du chapitre 30</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
              <item><p rend="alinéa">La propriété sociale, socialiste, des moyens de production rend nécessaire et possible un
              développement harmonieux de l’économie nationale. Le développement harmonieux, proportionné, de
              l’économie nationale est une loi économique du socialisme.</p></item>
              <item><p rend="alinéa">La loi du développement harmonieux, proportionné, de l’économie nationale règle la répartition des
              moyens de production et de la force de travail dans l’économie socialiste en conformité avec la loi
              économique fondamentale du socialisme. Elle exige que l’économie soit planifiée, que toutes les
              branches de l’économie socialiste se développent proportionnellement, que les ressources matérielles
              et financières, ainsi que la main-d’œuvre soient utilisées de la façon la plus rationnelle et la plus
              efficace.</p></item>
              <item><p rend="alinéa">La planification socialiste donne de bons résultats si elle tient compte correctement des exigences
              de la loi du développement harmonieux de l’économie nationale et se conforme en tout à celles de la
              loi économique fondamentale du socialisme. La direction planifiée de l’économie nationale met en
              œuvre des instruments économiques liés à l’action de la loi de la valeur. L’établissement de balances a
              une importance extrême pour la détermination de justes proportions dans le développement de
              l’économie nationale.</p></item>
              <item><p rend="alinéa">La direction planifiée de l’économie nationale est une particularité essentielle de la fonction
              d’organisation économique de l’État socialiste. Les plans économiques sont dressés par les
              organismes d’État sur la base des directives du Parti communiste, à partir d’une synthèse scientifique
              de l’expérience de l’édification socialiste et compte tenu des avantages du système socialiste
              d’économie, ainsi que de la situation à l’extérieur et à l’intérieur du pays. Les plans d’État tablent sur
              tout ce qui naît de progressiste dans la pratique de l’édification communiste, dans l’œuvre créatrice
              des masses ; ils ont le caractère de directives. La mobilisation des masses pour l’exécution et le
              dépassement des objectifs du plan, et l’organisation d’un contrôle quotidien de l’exécution de celui-ci
              sont les conditions nécessaires de la gestion planifiée de l’économie nationale.</p></item>
              <item><p rend="alinéa">Le développement harmonieux et sans crises de l’économie nationale est le plus grand des
              avantages que le socialisme a sur le capitalisme ; il procure une économie de ressources inconcevable
              en régime bourgeois et donne l’entière possibilité d’un progrès ininterrompu, rapide, dans tous les
              domaines, de la production dans l’intérêt des masses populaires.</p></item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3 type="chapitre" n="31" xml:id="chap31">
            <head>Chapitre 31 — Le travail social en régime socialiste</head>
            <div4 type="section" n="1" xml:id="chap31sect01">
            <head>31.1. Le caractère du travail en régime socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">L’instauration des rapports de production socialistes modifie radicalement le caractère du travail. La
  force de travail a cessé d’être une marchandise. Les travailleurs mettent en œuvre des moyens de
  production qui sont leur propriété ; ils travaillent pour eux-mêmes, pour leur société. En régime
  socialiste, le travail est <emph>affranchi de toute exploitation</emph>.</p>
  <reg resp="#dm" cert="high">
    <cit rend="display">
      <quote>
        <p rend="alinéa">Pour la première fois, après des siècles de travail
        au profit d’autrui, de travail forcé pour le compte des exploiteurs,
        apparaît la possibilité de <emph>travailler pour soi</emph>,
        et ce, en bénéficiant de toutes les conquêtes de la technique
        et de la culture modernes.</p>
      </quote>
      <bibl>
        V. Lénine,
        « Comment organiser l’émulation ? »,
        <title>Œuvres</title>, t. 26, p. 426.
      </bibl>
    </cit>
  </reg>
              <p rend="alinéa">Alors qu’en régime capitaliste le travail, qui n’est pas libre, se présente directement comme un travail
              privé, son caractère social ne se manifestant que sur le marché, à l’insu et en dehors des producteurs,
              en régime socialiste le travail a un <emph>caractère directement social</emph> et est méthodiquement organisé à
              l’échelle de l’État. Le travail de chaque producteur se présente donc directement comme une partie de
              l’ensemble du travail social. L’organisation méthodique du travail social crée la possibilité, inconnue
              en régime capitaliste, d’utiliser intégralement les ressources en main-d’œuvre à l’échelle de toute la
              société.</p>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, la situation sociale du travailleur est complètement transformée. Contrairement à
              ce qui se passe en régime capitaliste, où la situation d’un homme est déterminée par son origine sociale
              et sa richesse, la situation de chacun en société socialiste dépend uniquement de son travail et de ses
              aptitudes.</p>
              <p rend="alinéa">L’affranchissement de toute exploitation et le changement survenu dans la situation du travailleur au
              sein de la société modifient du tout au tout la façon de considérer le travail, engendrent une attitude
              nouvelle envers le travail. Alors que le régime d’exploitation a, pendant des siècles, inspiré à de
              nombreuses générations de travailleurs le dégoût du travail considéré comme un lourd fardeau et un
              déshonneur, le socialisme fait du travail une question d’honneur, de vaillance et d’héroïsme, lui confère
              un caractère de plus en plus <emph>créateur</emph>. Dans la société socialiste, l’homme qui travaille, s’il travaille
              bien et fait preuve d’initiative pour améliorer la production, est entouré de considération et de gloire.</p>
              <p rend="alinéa">Tout cela crée des <emph>stimulants sociaux</emph> du travail, inconnus en régime capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa"> Néanmoins, le travail n’est pas encore devenu en régime socialiste le premier besoin vital des membres
              de la société, l’habitude de consacrer ses efforts au bien commun. Au stade du socialisme, les
              survivances du capitalisme n’ont pas entièrement disparu dans la conscience des hommes. À côté de la
              grande masse des producteurs qui s’acquittent scrupuleusement de leurs obligations envers la société et
              font preuve d’initiative créatrice dans le travail, il en est qui n’accomplissent pas leur devoir,
              enfreignent la discipline du travail, cherchent à donner le minimum à la société socialiste et à en
              obtenir le maximum.</p>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, il subsiste d’importants vestiges de l’ancienne division du travail : les différences
              essentielles entre le travail manuel et le travail intellectuel, entre le travail de l’ouvrier et le travail du
              paysan, les différences entre le travail simple et le travail qualifié, le travail pénible et le travail facile.
              Ces vestiges ne disparaissent que graduellement à mesure que se développent les forces productives du
              socialisme et qu’est créée la base matérielle de production du communisme.</p>
              <p rend="alinéa">C’est dire qu’en régime socialiste, le <emph>principe de l’intérêt matériel</emph> du producteur au résultat de son
              travail acquiert une importance extrême en tant que stimulant du développement de la production. Cet
              intérêt s’explique par le fait que la situation du travailleur dans la société dépend de la quantité et de la
              qualité de son travail. L’utilisation de l’intérêt matériel de chaque travailleur aux résultats de son travail
              est l’une des méthodes fondamentales de la gestion socialiste de l’économie.
              Lénine écrivait : <reg resp="#dm" cert="high">« il faut fonder chaque branche importante
              de l’économie nationale sur l’intérêt personnel. » (<bibl>V. Lénine, « La nouvelle
              politique économique et les tâches des services d’éducation politique »,
              <title>Œuvres</title>, t. 33, p. 64.</bibl>)</reg></p>
              <p rend="alinéa">Le principe de l’intérêt matériel trouve les applications les plus étendues, notamment dans la
              rémunération du travail des ouvriers et des employés, la répartition des revenus au kolkhoz,
              l’établissement des modalités de la gestion équilibrée, la fixation des prix des produits industriels et
              agricoles.</p>
              <p rend="alinéa">Le changement radical du caractère du travail en régime socialiste crée les conditions
              nécessaires à un essor systématique et rapide de sa productivité, à la création d’une productivité
              supérieure à celle qui existe en régime capitaliste.</p>
                        </div4>
                        <div4 type="section" n="2" xml:id="chap31sect02">
              <head>31.2. Le travail, devoir des membres de la société socialiste. La réalisation du droit au travail.</head>
              <p rend="alinéa">Le socialisme et le travail sont inséparables. Le socialisme a mis fin à la contradiction flagrante du
              régime capitaliste, dans lequel les classes exploiteuses de la société mènent une existence parasite
              alors que les masses ouvrières sont condamnées à un travail épuisant qui n’est coupé que par des
              périodes d’inaction forcée : le chômage. En abolissant la propriété capitaliste des moyens de
              production, le socialisme a fait disparaître les conditions qui permettaient à une classe, celle des
              détenteurs des moyens de production, de vivre du travail d’une autre classe, celle des hommes privés
              des moyens de production. La propriété socialiste des moyens de production fait à tous également un
              devoir de prendre part au travail social, le travail personnel étant en régime socialiste l’unique source
              des moyens d’existence. Le travail, en U.R.S.S., est pour chaque citoyen apte au travail un devoir et
              une question d’honneur.</p>
              <p rend="alinéa">Pour la première fois dans l’histoire, en régime socialiste, tous les
              citoyens aptes au travail ont non seulement le même devoir de travailler,
              mais encore le même droit au travail. Ainsi s|est trouvé réalisé le rêve
              séculaire des masses laborieuses. Le droit au travail est conditionné par
              la propriété sociale des moyens de production qui donne à tous les citoyens
              une possibilité égale de travailler sur la terre, dans les fabriques et les
              usines socialisées. Le
              <emph>droit au travail</emph> est le droit pour chaque membre de la société
              apte au travail de recevoir un emploi garanti, avec rémunération de son
              travail selon sa quantité et sa qualité. Le droit au travail, consacré par
              la Constitution de l’U.R.S.S., est rendu effectif par l’organisation
              socialiste de l’économie nationale, le développement ininterrompu des
              forces productives de la société, l’impossibilité des crises économiques et
              la suppression du chômage.</p>
              <p rend="alinéa">Le chômage, ce fléau des travailleurs en régime capitaliste, a été liquidé en U.R.S.S. une fois pour
              toutes ; les ouvriers ne sont plus menacés d’être à tout moment jetés à la rue et privés de moyens
              d’existence. La suppression du chômage et la certitude du lendemain chez l’ouvrier, la disparition de la
              misère et du paupérisme à la campagne ont été une grande conquête du peuple soviétique.</p>
              <p rend="alinéa">La réalisation du droit au travail permet d’utiliser plus à fond la force de travail de la société pour
              produire toujours davantage. L’augmentation constante de la production en régime socialiste entraîne
              tout naturellement celle du nombre des ouvriers et des employés.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En U.R.S.S., le nombre des ouvriers et des employés s’élevait en fin d’année à 10,8 millions en 1928, 22,8
              millions en 1932, 27 millions en 1937, 31,5 millions en 1940, environ 47 millions en 1954.</p>
              <p rend="alinéa">La suppression du chômage à la ville, la disparition du surpeuplement agraire et de la misère à la
              campagne, l’augmentation constante de la production socialiste ont modifié radicalement les
              conditions dans lesquelles les entreprises recrutent leur main-d’œuvre. En régime capitaliste, la
              demande de main-d’œuvre est satisfaite spontanément du fait de l’existence d’une armée de réserve de
              chômeurs et du surpeuplement agraire, alors qu’en régime socialiste les entreprises sont assurées
              méthodiquement d’une main-d’œuvre, par un recrutement, une préparation et une répartition organisés.</p>
              <p rend="alinéa">Contrairement au capitalisme, qui fait de l’ouvrier un appendice de la machine et étouffe ses dons, le
              socialisme crée les conditions indispensables au développement et à la libre manifestation des
              aptitudes des travailleurs en affranchissant le travail de toute exploitation et en permettant à tous
              d’accéder librement à l’instruction.</p>
              <p rend="alinéa">L’essor continu de la production socialiste sur la base d’une technique supérieure exige une élévation
              constante du niveau culturel et technique des travailleurs, une proportion croissante de travailleurs
              qualifiés dans toutes les branches de l’économie nationale. En régime socialiste, pour la première fois
              dans l’histoire, la formation des travailleurs pour les différentes branches de l’économie nationale
              s’effectue méthodiquement et sur une grande échelle.</p>
              <p rend="alinéa">L’élévation du niveau culturel et technique des travailleurs est assurée avant tout par le développement
              de l’instruction publique. En U.R.S.S., l’enseignement de sept ans est obligatoire et l’enseignement
              secondaire (de dix ans) général et obligatoire en voie de réalisation ; l’instruction secondaire spécialisée
              et l’instruction supérieure ont pris un grand développement. D’où une élévation considérable du niveau
              culturel de la classe ouvrière et de la paysannerie. De plus en plus nombreux sont les ouvriers et les
              kolkhoziens qui possèdent une instruction primaire ou secondaire.</p>
              <p rend="alinéa">L’élévation du niveau culturel et technique s’opère aussi par l’enseignement technique à l’entreprise : il
              forme de nouveaux travailleurs et augmente la valeur professionnelle des anciens sans qu’ils aient à
              abandonner l’exercice de leur profession. Pour satisfaire les besoins des branches maîtresses de
              l’économie nationale en cadres qualifiés, l’État soviétique a organisé un système de réserves de
              main-d’œuvre qui comprend tout un réseau d’écoles professionnelles, d’écoles de cheminots et d’écoles
              d’apprentissage auprès des fabriques et des usines. Durant toute la période d’apprentissage, les élèves
              de ces écoles sont entretenus aux frais de l’État. Des millions d’ouvriers qualifiés sont en outre formés
              grâce à l’apprentissage individuel ou par équipe, ou par les cours à l’entreprise. Le nombre des
              intellectuels et celui des spécialistes hautement qualifiés, issus de la classe ouvrière et de la
              paysannerie, augmente rapidement.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Dès le début de 1952, en U.R.S.S., plus de la moitié du total des ouvriers de l’industrie avaient une instruction
              correspondant au moins à 5 ou 6 classes de l’école secondaire. Le nombre d’ouvriers ayant terminé les cours des
              écoles de dix ans va croissant.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En quatorze ans (de 1941 à 1954 inclusivement), les écoles professionnelles, les
              écoles de cheminots, les écoles d’apprentissage auprès des fabriques et des usines et les écoles de mécanisation
              de l’agriculture ont préparé aux frais de l’État plus de 7,5 millions de jeunes ouvriers qualifiés de toutes
              professions. Au cours des quatre années du cinquième plan quinquennal, l’apprentissage individuel et par équipe
              ainsi que les cours à l’entreprise ont formé en moyenne chaque année 2,5 millions de nouveaux ouvriers qualifiés
              et élevé la valeur professionnelle de 3,5 millions d’autres ; près de 2,5 millions de kolkhoziens ont suivi chaque
              année les cours agro-zootechniques de trois ans. L’enseignement par correspondance des ouvriers et des
              kolkhoziens est également très répandu.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="3" xml:id="chap31sect03">
              <head>31.3. La répartition selon le travail, loi économique du socialisme.</head>
              <p rend="alinéa">Le mode de protection socialiste détermine la forme de répartition qui lui correspond. Engels écrivait
              que, dans la société socialiste,</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  la répartition, pour autant qu’elle sera dominée par des préoccupations purement économiques, se
                  réglera par l’intérêt de la production, et que la production sera le plus favorisée par un mode de
                  répartition permettant à <emph>tous</emph> les membres de la société de développer, de maintenir et d’exercer
                  leurs facultés avec le maximum d’universalité.
                </quote>
                <bibl>
                  F. Engels,
                  <title>Anti-Dühring</title>, p. 232-233.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, la répartition selon le travail répond à cette exigence.</p>
              <p rend="alinéa">Dans la première phase du communisme, les forces productives n’ont pas encore atteint ce haut degré
              de développement qui assure l’abondance des produits, indispensable pour pouvoir effectuer la
              répartition selon les besoins. En régime socialiste, ainsi qu’il a été dit, le travail n’est pas encore
              devenu le premier besoin vital pour toute la masse des travailleurs et un stimulant matériel des
              producteurs est donc nécessaire. Il subsiste des différences, dans la société socialiste, entre le travail
              simple et le travail qualifié, entre les travaux plus ou moins pénibles, entre le travail des gens
              consciencieux et de ceux qui prennent leurs obligations à la légère. Par conséquent, la répartition des
              objets de consommation doit tenir compte des différences entre la quantité et la qualité du travail que
              fournit chacun dans la production sociale.</p>
              <p rend="alinéa">D’où la nécessité de la part <reg resp="#dm" cert="high">« de
              la société <emph>et de l’État</emph> qu’ils exercent
              le contrôle <emph>le plus rigoureux</emph> sur la mesure du travail
              et la mesure de la consommation ». (<bibl>V. Lénine,
              « L’État et la révolution »,
              <title>Œuvres</title>, t. 25, p. 507.</bibl>)</reg>
              La société socialiste doit contrôler la participation de ses membres au
              travail, tenir compte de leur plus ou moins grande qualification, déterminer les normes du travail et le
              taux de sa rétribution afin que celui qui travaille plus et mieux reçoive une part plus grande du produit
              du travail social.</p>
              <p rend="alinéa">Le seul mode possible et nécessaire de répartition des biens matériels en régime socialiste est donc la
              répartition selon le travail.</p>
              <p rend="alinéa">En intéressant matériellement chaque travailleur aux résultats de son travail, elle contribue
              puissamment à développer la production. Et parce qu’elle stimule la productivité du travail, elle
              concourt au mieux-être croissant des travailleurs.</p>
              <p rend="alinéa">En établissant un rapport direct entre la part du produit du travail social qui revient à chaque travailleur
              et le degré de sa participation à la production sociale, la répartition selon le travail établit un lien entre
              l’intérêt personnel du travailleur et les intérêts généraux de l’État.</p>
              <p rend="alinéa">Elle fait une nécessité de tenir rigoureusement compte de la différence entre le travail qualifié et le
              travail non qualifié. Une rémunération supérieure récompense le travail qualifié ; l’ouvrier non qualifié
              est ainsi poussé à améliorer sa valeur professionnelle pour devenir un ouvrier qualifié. Cela stimule
              l’essor du niveau culturel et technique des travailleurs et entraîne la disparition graduelle de la
              différence essentielle entre le travail intellectuel et le travail manuel.</p>
              <p rend="alinéa">La répartition selon le travail permet d’en finir avec les fluctuations de la main-d’œuvre, de créer des
              cadres permanents et d’améliorer ainsi l’organisation du travail dans les entreprises. Sans un personnel
              permanent qui connaît à fond la technique et possède l’expérience de son métier, il est impossible de
              développer la production socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">La répartition selon le travail est donc une nécessité objective, une
              loi économique du socialisme.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>loi économique de la répartition selon le travail</emph> exige que les produits soient répartis en fonction
              directe de la quantité et de la qualité du travail de chacun, qu’il soit attribué un salaire égal pour un
              travail égal, indépendamment du sexe, de l’âge, de la race et de la nationalité des citoyens de la société
              socialiste. La rémunération du travail, dans l’industrie comme dans l’agriculture, doit s’effectuer
              conformément à cette loi.</p>
              <p rend="alinéa">Le Parti communiste et l’État soviétique appliquent la loi économique de la répartition selon le travail
              en soutenant une lutte énergique contre l’égalitarisme petit-bourgeois, c’est-à-dire contre le nivellement
              des salaires indépendamment de la quantité et de la qualité du travail fourni, de la valeur
              professionnelle du travailleur, de la productivité du travail. L’égalitarisme traduit une conception
              petite-bourgeoise du socialisme qui serait alors une uniformisation universelle, qu’il s’agisse de la
              consommation, des conditions de vie, des goûts ou des besoins. Il cause un grave préjudice à la
              production, entraîne l’instabilité de la main-d’œuvre, la baisse de la productivité du travail, la
              non-exécution des plans. Dénonçant cette interprétation petite-bourgeoise du socialisme, Lénine a défini la
              conception marxiste de l’égalité. Par égalité, le marxisme entend non pas l’égalité des aptitudes
              physiques et intellectuelles, mais l’égalité sociale, économique ; c’est-à-dire l’abolition, égale pour tous,
              de la propriété privée des moyens de production et de l’exploitation, la possibilité, égale pour tous, de
              travailler en utilisant les moyens de production socialisés, le devoir, égal pour tous, de travailler, le
              principe, applicable à tous, de la rémunération selon le travail.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="4" xml:id="chap31sect04">
              <head>31.4. La coopération socialiste du travail.</head>
              <p rend="alinéa">Par rapport aux formations qui l’ont précédé, le socialisme marque une phase nouvelle, supérieure, du
              développement historique de la coopération du travail. La <emph>coopération socialiste du travail</emph> est la
              coopération de producteurs libres de toute exploitation, liés entre eux par des rapports de collaboration
              amicale et d’entraide ; elle repose sur les moyens techniques les plus modernes. Elle permet de conférer
              au travail une puissance de production infiniment plus élevée qu’en régime capitaliste. Les méthodes
              grâce auxquelles la coopération accroît la force productive du travail social : division du travail et
              machinisme, économie des moyens de production, etc., sont portées en régime socialiste à leur plus
              haut degré de développement.</p>
              <p rend="alinéa">Contrairement à la propriété privée des moyens de production, qui pose des limites à la coopération du
              travail, la propriété sociale en recule notablement les frontières et rend possible le travail en commun
              sur une échelle impraticable en régime capitaliste. D’où une concentration supérieure de la production
              industrielle et agricole, et l’application de mesures économiques de grande envergure à l’échelle de
              toute l’économie nationale.</p>
              <p rend="alinéa">La coopération socialiste se distingue par une discipline du travail nouvelle, foncièrement différente de
              celle qui a existé dans toutes les formations antérieures. L’organisation capitaliste du travail social
              repose sur la discipline de la faim, sur la séparation des travailleurs d’avec les moyens de production.
              La <emph>discipline socialiste du travail</emph> est la discipline consciente, fraternelle de travailleurs maîtres de leur
              pays. En régime socialiste, les intérêts fondamentaux des masses laborieuses veulent que la discipline
              indispensable du travail soit respectée. L’éducation des travailleurs dans l’esprit de la discipline
              socialiste du travail, la lutte systématique contre ceux qui enfreignent la discipline du travail sont une
              des principales tâches de l’État socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">Le travail en commun de nombreux producteurs rend nécessaire l’existence d’une <emph>administration</emph> qui
              coordonne leurs activités, organise leurs rapports dans la production. La coopération socialiste dans le
              travail suppose une direction unique, ferme et permanente, à tous les échelons de l’appareil de
              production et d’administration. La <emph>direction unique</emph> est la méthode d’administration des entreprises et
              établissements socialistes d’État, fondée sur la subordination des masses à la volonté unique de celui
              qui dirige le travail ; elle se combine avec l’initiative créatrice la plus développée des masses dans le
              processus de la production.</p>
              <p rend="alinéa">La suppression de l’exploitation capitaliste a mis fin au despotisme administratif qui en était
              inséparable, à la toute-puissance du capital, à l’arbitraire du patron et de ses représentants, à la
              privation de droits de la masse ouvrière. Dans la société socialiste, les dirigeants des entreprises, des
              trusts, des directions générales, les ministres sont les fondés de pouvoir et les serviteurs du peuple, de
              l’État socialiste. En régime capitaliste, les travailleurs considèrent les dirigeants de l’économie :
              directeur, administrateurs, chefs d’atelier, contremaîtres comme leurs ennemis, car ils dirigent
              l’économie dans l’intérêt des capitalistes, pour augmenter leurs profits. En régime socialiste, les
              dirigeants de l’économie ont la confiance du peuple, car ils gèrent l’économie non pour augmenter les
              profits des capitalistes, mais dans l’intérêt du peuple tout entier.</p>
              <p rend="alinéa">L’abolition de l’exploitation modifie radicalement les rapports entre les travailleurs intellectuels et les
              travailleurs manuels. L’opposition d’intérêts entre les ouvriers et le personnel dirigeant des entreprises,
              opposition caractéristique du capitalisme, a disparu. En régime socialiste, les travailleurs manuels et le
              personnel dirigeant des entreprises sont membres d’une même collectivité de producteurs qui ont un
              intérêt vital au progrès et à l’amélioration de la production. D’où la collaboration féconde des
              travailleurs manuels et intellectuels en vue de perfectionner sans cesse la production.</p>
              <p rend="alinéa">En régime capitaliste, le travail des ouvriers se vide de plus en plus de sa substance intellectuelle, et le
              fossé s’élargit entre le travail intellectuel et le travail manuel, tandis que, dans la société socialiste, le
              travail manuel s’enrichit de plus en plus d’un contenu intellectuel, un rapprochement s’opère entre le
              travail manuel et le travail intellectuel, la différence essentielle entre eux disparaît progressivement.
              Cela se traduit par l’élévation constante du niveau culturel et technique de la classe ouvrière et de la
              paysannerie, par le développement de l’émulation socialiste qui constitue une particularité essentielle
              de la coopération du travail en régime socialiste.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="5" xml:id="chap31sect05">
              <head>31.5. L’émulation socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">L’émulation socialiste permet d’accroître la productivité du travail et de perfectionner les méthodes de
              production en stimulant au maximum l’activité des masses laborieuses. Lénine a signalé que, pour la
              première fois, le socialisme permet à l’émulation de se déployer très largement, sur une échelle de
              masse, et d’entraîner des millions de travailleurs. L’émulation socialiste vise à assurer l’exécution et le
              dépassement des plans de l’économie nationale, l’augmentation continue de la production socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">À des stimulants de la production tels que la course aux profits et la concurrence, le socialisme a
              substitué des stimulants nouveaux, infiniment plus efficaces. C’est avant tout l’intérêt profond des
              masses au développement de la production sociale, intérêt qui découle de la loi économique
              fondamentale du socialisme. La subordination de la population socialiste à la satisfaction la plus
              complète des besoins croissants des travailleurs est une source intarissable de l’essor de la productivité
              du travail, du perfectionnement de la production sur la base d’une technique supérieure. La répartition
              selon le travail joue un rôle important dans l’extension de l’émulation socialiste. En faisant dépendre la
              rémunération de chacun de la quantité et de la qualité de son travail, la répartition selon le travail
              encourage l’initiative créatrice des masses dans le processus de la production.</p>
              <p rend="alinéa">L’émulation socialiste se distingue foncièrement de la concurrence qui règne dans la société
              bourgeoise.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Principe de la concurrence : <emph>défaite et mort des uns</emph>, victoire et domination des autres.
                  Principe de l’émulation socialiste : <emph>aide</emph> amicale de ceux qui arrivent en tête aux retardataires, afin
                  de réaliser un progrès <emph>général</emph>. La concurrence dit :
                  <emph>achève ceux qui sont restés en arrière</emph> afin d’asseoir ta domination.
                  L’émulation socialiste dit : les uns travaillent mal, les autres bien, d’autres mieux encore ; <emph>rattrape
                  les meilleurs</emph> et contribue au <emph>progrès général</emph>.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  J. Staline,
                  « L’émulation et l’enthousiasme des masses au travail »,
                  <title>Œuvres</title>, t. 12, p. 110 (éd. russe).
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">L’émulation socialiste est la collaboration amicale des travailleurs, leur lutte en commun pour le
              progrès général de la production. Elle donne le champ libre aux aptitudes créatrices des travailleurs et
              permet l’utilisation la plus complète de tous les avantages du travail social en régime socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">L’initiative créatrice des novateurs de la production et des travailleurs qui connaissent à fond les
              machines modernes, rejettent les normes et les méthodes de travail vieillies, périmées, et en proposent
              de nouvelles, est une particularité caractéristique de l’émulation. En combattant tout ce qui est vieilli et
              a déjà fait son temps, les travailleurs d’élite ouvrent des voies nouvelles au développement de la
              production, découvrent de nouveaux moyens d’élever la productivité du travail.</p>
              <p rend="alinéa">L’initiative créatrice des travailleurs empêche la production de stagner, de piétiner sur place ; elle est à
              l’origine de son progrès et de son perfectionnement continuels. Les méthodes progressistes appliquées
              par les novateurs améliorent radicalement l’organisation du travail et de la production (division du
              travail, cumul des professions, travail « au graphique » respectant strictement un horaire et un
              ensemble de normes techniques, etc.), de la technologie et de la technique de la production
              (intensification des différents processus, perfectionnement de l’outillage, des montages, des
              machines-outils, etc.) Les travailleurs d’élite de l’agriculture ont recours à de nouveaux procédés
              qui augmentent le rendement des cultures et la productivité de l’élevage.</p>
              <p rend="alinéa">L’émulation socialiste suppose une large et rapide diffusion de l’expérience des travailleurs
              d’avant-garde. En régime socialiste, l’exemple exerce, pour la première fois, une action massive ; il est un
              moyen de stimuler et de perfectionner sans cesse la production. C’est la conséquence, premièrement,
              d’une aide active, amicale, des novateurs aux autres producteurs pour familiariser ceux-ci avec les
              méthodes progressistes de travail, aide qui prend les formes les plus variées (enseignement individuel,
              parrainage des novices par les ouvriers expérimentés, cours de travailleurs d’élite et de novateurs de la
              production, etc.) ; deuxièmement, du désir de la masse des travailleurs de rattraper les ouvriers d’élite,
              de profiter de leur expérience pour réaliser un progrès général ; troisièmement, de la large publicité
              faite à l’émulation, de la possibilité de confronter les résultats du travail des entreprises. La diffusion
              de l’expérience d’avant-garde est l’une des tâches essentielles incombant aux dirigeants de l’économie
              et aux organisations sociales. S’appuyant sur l’expérience des novateurs, les organismes économiques
              de l’État fixent des normes progressives de travail, d’utilisation des moyens de production, qui sont
              mises à la base des plans de production. La popularisation de l’expérience d’avant-garde, la réalisation
              des nouvelles normes et l’application des méthodes nouvelles par la plupart des travailleurs contribuent
              à élever sans cesse la productivité du travail.</p>
              <p rend="alinéa">Le Parti communiste et l’État soviétique dirigent l’émulation socialiste des masses et lui accordent tout
              leur appui. Les succès remportés au travail sont récompensés non seulement par une gratification, mais
              encore par des décorations, et les innovations d’importance par l’attribution du titre de Héros du travail
              socialiste et du Prix Staline.</p>
              <p rend="alinéa smaller">L’émulation socialiste a pris en U.R.S.S. un
              <emph>caractère général</emph>. Dans les entreprises, la forme d’émulation la plus
              commune et la plus efficace est l’émulation individuelle et entre équipes. Il y a aussi l’émulation entre ateliers,
              entreprises, kolkhoz, S.M.T., sovkhoz, districts, régions et républiques. Une forme d’émulation très répandue est
              celle qui vise à assurer une haute qualité de la production, une meilleure utilisation du potentiel de production, la
              réduction des prix de revient, une économie de matériaux et d’argent en sus des prévisions du plan, un rendement
              élevé des cultures et une haute productivité de l’élevage. En 1954, plus de 90 % des ouvriers ont pris part à
              l’émulation socialiste dans l’industrie ; plus de 900 000 inventions, perfectionnements techniques et propositions
              de rationalisation ont été appliqués dans l’industrie, le bâtiment et les transports.</p>
              <p rend="alinéa">L’émulation socialiste à la ville et à la campagne est une puissante force motrice du développement de
              l’économie socialiste, de la construction de la société communiste.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="6" xml:id="chap31sect06">
              <head>31.6. L’augmentation constante de la productivité du travail, loi économique du socialisme.</head>
              <p rend="alinéa">L’élévation continue de la productivité du travail est
              une condition essentielle du triomphe du socialisme sur le
              capitalisme, de l’édification du communisme. Lénine écrivait :</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">La productivité c’est, en dernière analyse, ce qu’il y a
                    de plus important, d’essentiel pour la victoire du nouvel
                    ordre social. Le capitalisme a créé une productivité inconnue
                    sous le servage. Le capitalisme peut être définitivement vaincu,
                    et il le sera parce que le socialisme crée une productivité
                    nouvelle, beaucoup plus élevée.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine : « La grande initiative »,
                    <title>Œuvres</title>, t. 29, p. 431.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">La productivité du travail, on le sait, se mesure par la quantité de produits que fournit un ouvrier
              pendant l’unité de temps choisie, ou par le temps de travail dépensé par unité de produit. L’élévation de
              la productivité du travail se traduit par une réduction de la part du travail vivant dans le produit, alors
              que la part du travail antérieur augmente relativement et que la somme totale du travail contenu dans
              chaque unité de produit diminue. L’augmentation de la productivité du travail implique un
              accroissement de la production par unité de temps de travail.</p>
              <p rend="alinéa">La productivité augmente en fonction de l’économie de travail réalisée tant en ce qui concerne le
              travail vivant que le travail cristallisé à l’échelle de toute la société. Marx enseigne que, pour être
              réelle, l’économie doit porter sur le temps de travail, et que cette économie équivaut au développement
              de la force productive du travail. Marx parle de la loi économique générale
              « selon laquelle les frais de production diminuent constamment,
              tandis que le travail vivant devient sans cesse plus productif ».
              (<bibl><title>Archives Marx-Engels</title>, t. 4, p. 43 (éd. russe).</bibl>)
              Mais cette loi joue différemment dans des conditions
              économiques différentes. Par suite des contradictions inhérentes au capitalisme, l’augmentation de la
              productivité du travail dans la société bourgeoise connaît un rythme ralenti et présente un caractère
              instable.
              « La loi de l’accroissement de la force productive du travail ne vaut pas, d’une façon absolue, pour
              le capital ». (<bibl>K. Marx, <title>Le Capital</title>, livre 3, chap. 15.</bibl>)</p>
              <p rend="alinéa">En supprimant la propriété privée capitaliste, le socialisme détruit du même coup les obstacles au
              développement de la productivité du travail. Il engendre la nécessité objective et crée la possibilité
              d’une élévation <emph>continue</emph> de la productivité du travail conformément aux exigences de la loi
              économique fondamentale du socialisme.</p>
              <p rend="alinéa">L’augmentation continue de la productivité du travail est la condition nécessaire du développement
              ininterrompu de la production socialiste et de la satisfaction la plus complète des besoins sans cesse
              croissants de la population. L’essor ininterrompu de la production socialiste est dû, en premier lieu, à
              l’élévation de la productivité du travail, en second lieu, à l’augmentation du nombre absolu des
              travailleurs occupés dans la production matérielle. Entre 1940 et 1954, 70 % environ de
              l’accroissement de la production industrielle ont résulté de l’élévation de la productivité du travail, et
              30 % environ de l’augmentation du nombre absolu des travailleurs. Ainsi, l’augmentation de la
              productivité du travail est le facteur principal, essentiel, de l’essor ininterrompu de la production
              socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">Du fait qu’elle entraîne un accroissement rapide de la quantité des produits, l’élévation constante de la
              productivité du travail permet à la fois d’élargir la production et d’augmenter la consommation. Elle est
              nécessaire aussi pour assurer la victoire du socialisme dans la compétition économique avec les pays
              capitalistes développés.</p>
              <p rend="alinéa">Le socialisme crée les conditions nécessaires à l’augmentation systématique et rapide de la
              productivité du travail. Il fait disparaître l’énorme gaspillage de travail découlant de l’anarchie de la
              production et des crises économiques de surproduction et permet une utilisation méthodique et
              hautement rationnelle des moyens de production et de la main-d’œuvre sur la base d’un
              perfectionnement continu de la technique et de l’organisation du travail. En régime socialiste,
              contrairement à ce qui se passe en régime capitaliste, les travailleurs ont un profond intérêt à
              économiser au maximum le temps de travail et les moyens de production, étant donné que la
              production sert les intérêts du peuple.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">L’ouvrier soviétique est directement intéressé à l’augmentation de la productivité du travail, car il
                  sait qu’elle renforce la puissance économique de l’U.R.S.S. et élève le niveau de vie des
                  travailleurs. L’unité d’intérêts de l’État et du peuple est le fondement de la productivité élevée du
                  travail social en régime socialiste.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  G. Malenkov,
                  <title>Rapport d’activité du Comité central du P.C. (b) de l’U.R.S.S.
                  au 19<hi rend="ordinal">e</hi> Congrès du Parti</title>,
                  cf. <title>Cahiers du communisme</title>,
                  n<hi rend="ordinal">o</hi> spécial (novembre 1952), p. 113.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Tout cela prouve que, dans la société socialiste, agit la <emph>loi économique au développement continu de la
              productivité du travail</emph>.</p>
              <p rend="alinéa">Cette loi entraîne la nécessité, aussi bien de l’augmentation de la production par ouvrier que de l’essor
              de la productivité de tout le travail social.</p>
              <p rend="alinéa">Il est indispensable que chaque travailleur de la production socialiste augmente sans cesse dans son
              propre secteur la productivité de son travail par une meilleure utilisation du temps de travail, par la
              mise en œuvre de méthodes de travail toujours plus productives.</p>
              <p rend="alinéa">En même temps, il faut accroître la productivité de l’ensemble du travail social. Du point de vue de la
              société, la productivité du travail s’accroît quand le travail est économisé a l’échelle de toute la société,
              c’est-à-dire quand il y a une meilleure utilisation des machines et de l’équipement, des matières
              premières, des combustibles, des matériaux, une meilleure répartition et utilisation de la main-d’œuvre,
              une répartition géographique plus rationnelle de la production par régions, une amélioration de la
              qualité de la production, etc. Ainsi, en rapprochant la production des sources de matières premières et
              des régions de consommation, on réduit les frais de transport, d’où une économie de travail pour la
              société. De même, une amélioration de la qualité entraînant, par exemple, une augmentation de la
              durée de service de tel ou tel article représente une économie de travail pour l’ensemble de la société.</p>
              <p rend="alinéa">L’accroissement de la productivité du travail social dépend pour beaucoup de l’augmentation du
              pourcentage des travailleurs occupés dans la production matérielle, ce qui s’obtient par la réduction de
              l’appareil administratif. Il dépend aussi de l’augmentation du pourcentage des travailleurs occupés dans
              les processus essentiels de la production, ce qui s’obtient par la réduction du personnel occupé à des
              travaux auxiliaires et secondaires.</p>
                        </div4>
                        <div4 type="section" n="7" xml:id="chap31sect07">
              <head>31.7. Les sources et les réserves de l’augmentation de la productivité du travail.</head>
              <p rend="alinéa">Pour diriger l’économie, le Parti communiste et l’État soviétique utilisent la loi de l’augmentation
              continue de la productivité du travail. Les plans de l’économie nationale prévoient chaque année un
              accroissement considérable de la productivité du travail, en tant que condition essentielle de
              l’accroissement général de la production. Le Parti communiste et l’État soviétique mobilisent les
              masses pour une augmentation continue de la productivité du travail dans toutes les branches de
              l’économie, dans chaque entreprise, dans chaque secteur de la production.</p>
              <p rend="alinéa">L’économie socialiste de l’U.R.S.S. a dépassé tous les pays capitalistes pour les rythmes
              d’accroissement de la productivité du travail. Le niveau de cette dernière dans l’économie nationale de
              l’U.R.S.S. dépasse de plusieurs fois le niveau de la Russie prérévolutionnaire.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La productivité du travail industriel s’est accrue en U.R.S.S. de 41 % durant le premier plan quinquennal
              (augmentation annuelle moyenne de 9 %) et de 82 % durant le second (augmentation
              annuelle moyenne de 12,7 %). En 1940, la productivité du travail
              dans l’industrie de l’U.R.S.S. avait quadruplé et, si l’on tient compte de la
              réduction de la journée de travail, elle avait été multipliée par 5,2 par rapport à 1913. Après la guerre, il y a eu un
              nouvel essor de la productivité du travail qui, en 1954, avait augmenté de 83 % dans l’industrie et de 61 % dans
              le bâtiment par rapport à 1940.</p>
              <p rend="alinéa smaller">De 1928 à 1954, la productivité du travail a été multipliée par plus de 6 dans
              l’industrie, environ par 4 dans le bâtiment et les transports ferroviaires. Dans les kolkhoz et les sovkhoz, elle a à
              peu près triplé par rapport à ce qu’elle était dans l’agriculture avant la Révolution.</p>
              <p rend="alinéa">Mais si l’on considère les tâches de l’édification communiste et de la compétition économique avec les
              pays capitalistes développés, ainsi que les possibilités existantes, le niveau atteint est insuffisant. Pour
              la productivité du travail dans l’industrie, l’U.R.S.S. a rattrapé les pays capitalistes développés
              d’Europe, mais elle retarde sur les États-Unis. De sérieux défauts n’ont pas encore été éliminés dans
              l’industrie, l’agriculture, les transports, le bâtiment ; ils entravent l’utilisation intégrale des avantages
              qu’offre le régime socialiste pour l’élévation de la productivité du travail ; d’énormes réserves restent
              inutilisées.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              Alors que le plan a été dépassé au cours des quatre années du cinquième plan quinquennal (1951-1954) en ce qui
              concerne la production industrielle, il n’a pas été réalisé pour la productivité du travail. De nombreuses
              entreprises industrielles sont systématiquement en retard sur le plan dans ce domaine. Dans les années d’après-guerre,
              l’élévation de la productivité du travail a marqué un retard sur l’accroissement des salaires réels. Entre
              1951 et 1954, elle a augmenté dans l’industrie de 33 %, et les salaires réels de 37 %. Si la productivité du travail
              a augmenté dans son ensemble, certaines branches sont très en retard et ont même piétiné sur place. Ainsi, pour
              un accroissement général de 83 % dans toute l’industrie en 1954 par rapport à 1940, la productivité du travail
              dans l’industrie houillère et l’industrie forestière n’a dépassé que de peu le niveau de 1940.</p>
              <p rend="alinéa">L’utilisation de toutes les réserves existantes permettra d’obtenir de nouveaux et importants succès
              dans l’essor de la productivité du travail.</p>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, l’augmentation de la productivité du travail résulte avant tout de la fourniture
              systématique à l’économie nationale de moyens techniques modernes constamment perfectionnés, du
              renforcement de l’équipement technique du travail. Le perfectionnement de la technique et
              l’augmentation continue de la productivité du travail ne peuvent être réalisés que sur la base de la loi
              du développement prioritaire de la production des moyens de production, de l’industrie lourde.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Au cours des quatre années du cinquième plan quinquennal, l’industrie de l’U.R.S.S. a reçu annuellement un
              équipement neuf d’une valeur moyenne de 26 milliards de roubles. Au début de 1955, le nombre des machines-outils
              à usiner les métaux avait été multiplié par 2,4 dans l’économie nationale de l’U.R.S.S. par rapport à 1940.
              L’équipement électrique du travail dans la grande industrie avait augmenté de 30 % en 1954 par rapport à 1950 et
              représentait le double du niveau de 1940.</p>
              <p rend="alinéa">Cependant, les possibilités existantes de progrès technique et d’augmentation de la productivité du
              travail sont insuffisamment utilisées dans la pratique de l’édification économique.</p>
              <p rend="alinéa"> Les rythmes de perfectionnement des machines, des mécanismes et des processus technologiques
              retardent sur les rythmes de développement de la production et des besoins de l’économie nationale.
              De nombreux modèles de machines et des équipements créés dans nos entreprises sont inférieurs par
              leur qualité et leurs caractéristiques techniques aux meilleurs modèles fabriqués à l’étranger.</p>
              <p rend="alinéa">La mécanisation complexe et l’automatisation de la production sont insuffisamment développées et il y
              a des disproportions dans le niveau de mécanisation des processus de production interdépendants. Si
              les processus fondamentaux de la production sont hautement mécanisés, les processus auxiliaires le
              sont généralement très peu. Mais plus le niveau de mécanisation est élevé dans les secteurs et les
              maillons essentiels, plus la productivité du travail y est élevée, et plus il faut de main-d’œuvre dans les
              secteurs et pour les opérations non mécanisés (par exemple, pour le chargement du charbon). D’où une
              large utilisation du travail manuel dans l’industrie et dans d’autres branches de l’économie nationale.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Ainsi, le pourcentage des ouvriers travaillant à la main s’élève à 68 % dans l’industrie forestière, 44 % dans
              l’industrie houillère, 35 % dans la sidérurgie, 69 % dans le bâtiment. Le travail de ces ouvriers est peu productif.
              De ce fait, le gain résultant de la mécanisation et de l’augmentation de la productivité du travail dans les
              processus fondamentaux de la production est considérablement réduit par suite de l’emploi du travail manuel
              pour les opérations auxiliaires.</p>
              <p rend="alinéa">Pour assurer dans l’avenir un essor important de la productivité du travail, il faut accroître
              radicalement les rythmes de l’équipement technique de la production sur la base du perfectionnement
              continu des machines, de l’outillage et des processus technologiques ; il faut développer largement la
              mécanisation complexe et l’automatisation des processus de production.</p>
              <p rend="alinéa">Le perfectionnement continu de l’organisation de la production joue un rôle important dans
              l’augmentation de la productivité du travail. À l’intérieur de l’entreprise, il comprend la lutte contre le
              travail par à-coups, l’introduction du travail régulier « au graphique », l’emploi de la méthode de
              production à la chaîne et en série, ainsi que d’autres mesures. Dans le cadre d’une branche donnée et à
              l’échelle de toute l’économie nationale, il exige une spécialisation et une coopération étendues de la
              production, ainsi que leur corollaire : l’unification et la standardisation des pièces détachées et des
              éléments de machine ; il exige aussi une meilleure répartition géographique de la production ; c’est-à-dire
              qu’il requiert avant tout l’utilisation des avantages qu’offre la division socialiste du travail,
              méthodiquement réalisée.
              L’utilisation des avantages de la division sociale du travail entre branches comme entre régions permet
              de réduire la dépense de travail pour la production des marchandises et leur transport.
              Une spécialisation poussée des entreprises industrielles associée à l’emploi de la production à la chaîne
              et en série permet d’organiser la production des articles sur une vaste échelle, d’introduire largement
              les techniques modernes, de rationaliser l’organisation de la production et d’augmenter
              considérablement, sur cette base, la productivité du travail.</p>
              <p rend="alinéa smaller">L’importance économique de la spécialisation de la production peut être illustrée par les exemples suivants. Dans
              une usine spécialisée de petite mécanique, le prix de revient d’un boulon de 12 millimètres de diamètre et 60
              millimètres de long est de 10 kopeks ; il est de 1 rouble 40 kopeks (14 fois plus) dans les ateliers de mécanique
              des usines consommatrices. Ajoutons que l’usine spécialisée réalise sur la fabrication des boulons une grande
              économie de métal. Dans l’industrie de l’automobile, la fabrication d’un outil normalisé revient quatre fois plus
              cher que dans une usine d’outillage spécialisée.</p>
              <p rend="alinéa">De grandes possibilités d’essor de la productivité du travail sont ouvertes par l’organisation socialiste
              du travail, fondée sur la discipline consciente et la coopération fraternelle des travailleurs, ainsi que
              par la rémunération du travail selon sa quantité et sa qualité. L’amélioration continue de l’organisation
              du travail (lutte contre les temps morts, renforcement de la discipline et de l’ordre à l’entreprise,
              perfectionnement de l’établissement des normes du travail et de sa rémunération) est une importante
              réserve d’augmentation de la productivité du travail.</p>
              <p rend="alinéa">L’élévation constante du niveau culturel et technique et de la valeur professionnelle des travailleurs est
              une condition importante de l’augmentation continue de la productivité du travail. La technique
              moderne exige des ouvriers hautement qualifiés, capables de fabriquer des machines complexes et de
              s’en servir.</p>
              <p rend="alinéa">L’augmentation continue de la productivité du travail exige qu’une attention constante soit portée à la
              formation des cadres, à l’amélioration générale de la qualité de cette formation, compte tenu des
              rapides progrès de la technique et de la technologie de la production.</p>
              <p rend="alinéa">L’initiative féconde dont les travailleurs font preuve pour perfectionner la technique et l’organisation
              de la production, initiative qui trouve son expression dans l’émulation socialiste, est un autre puissant
              facteur de l’augmentation de la productivité du travail en régime socialiste.
              Pour intensifier cette dernière, il faut développer plus largement l’émulation socialiste, soutenir par
              tous les moyens les initiatives des travailleurs d’élite et des novateurs de la production et populariser
              méthodiquement leur expérience d’avant-garde pour que leurs réalisations deviennent le patrimoine
              des masses.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume" n="31" xml:id="chap31resume">
              <head>Résumé du chapitre 31</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
              <item><p rend="alinéa">Le socialisme a affranchi les travailleurs de l’exploitation et substitué au travail non libre pour les
              exploiteurs le travail libre pour soi, pour toute la société. En régime socialiste, le travail revêt un
              caractère créateur et est organisé d’après un plan à l’échelle de toute la société. Mais il n’est pas
              encore devenu pour tous les hommes la première des exigences de la vie et il doit être matériellement
              encouragé. La société socialiste exerce le contrôle le plus rigoureux sur la mesure du travail et de la
              rémunération de chaque travailleur.</p></item>
              <item><p rend="alinéa">Le travail est, en régime socialiste, un devoir et une question d’honneur pour chaque membre de la
              société apte au travail. Dans le système socialiste d’économie nationale, le chômage a disparu et le
              droit au travail est garanti à tous les membres de la société. L’augmentation constante de la
              production va de pair avec un accroissement continu du nombre des travailleurs occupés et l’élévation
              de leur niveau culturel et technique.</p></item>
              <item><p rend="alinéa">En régime socialiste, la loi économique de la répartition selon le travail veut que les biens matériels
              soient répartis en raison directe de la quantité et de la qualité du travail fourni par les travailleurs,
              chacun recevant un salaire égal pour un travail égal, indépendamment du sexe, de l’âge, de la race ou
              de la nationalité. La rétribution du travail répond aux exigences de cette loi, dans l’industrie comme
              dans l’agriculture.</p></item>
              <item><p rend="alinéa">La coopération du travail socialiste, c’est la coopération de producteurs affranchis de toute
              exploitation, unis par des rapports de collaboration amicale. Elle repose sur une technique supérieure
              et est caractérisée par une discipline consciente et un type nouveau de gestion, qui combine
              harmonieusement la direction unique avec un grand développement de l’activité et de l’initiative des
              masses. L’émulation socialiste est le trait essentiel de la coopération socialiste ; elle est la force
              motrice du développement de l’économie socialiste.</p></item>
              <item><p rend="alinéa">Le socialisme crée une productivité du travail social supérieure à celle du capitalisme.
              L’augmentation continue de la productivité du travail est une loi économique du socialisme.
              L’accroissement de la productivité du travail est une condition décisive d’un progrès ininterrompu de
              la production socialiste et de l’élévation du bien-être de la population.</p></item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3 type="chapitre" n="32" xml:id="chap32">
            <head>Chapitre 32 — La production marchande, la loi de la valeur et la monnaie en régime socialiste</head>
            <div4 type="section" n="1" xml:id="chap32sect01">
              <head>32.1. La nécessité de la production marchande en régime socialiste ; ses particularités.</head>
              <p rend="alinéa">La nécessité de la production marchande en régime socialiste résulte de l’existence de deux formes
              essentielles de production socialiste : la forme étatique et la forme kolkhozienne. Dans les entreprises
              d’État, les moyens de production et les objets produits sont propriété du peuple tout entier. Dans les
              kolkhoz, les moyens de production (bêtes de trait et bétail de rapport, matériel agricole, bâtiments
              d’exploitation, semences, etc.) et les produits obtenus sont propriété d’un groupe, propriété
              coopérative-kolkhozienne. Les moyens principaux, déterminants de la production agricole (la terre et
              les machines des S.M.T.), sont propriété d’État. La production des entreprises d’État appartenant à
              l’État socialiste, alors que celle des kolkhoz appartient à ces derniers, les relations économiques entre
              l’industrie et l’agriculture prennent nécessairement la forme d’échanges de marchandises par achat et
              vente. Et comme toujours quand il s’agit d’achat et de vente, le producteur de marchandises perd son
              droit de propriété sur la marchandise au profit de celui qui l’a acquise.</p>
              <p rend="alinéa">Lénine a indiqué que <reg resp="#dm" cert="high">« échange
              des produits de la grande industrie (“socialisée”) contre les
              produits paysans, telle est la substance économique du socialisme »
              (<bibl>V. Lénine, « Plan de la brochure <title>L’Impôt en nature</title> »,
              <title>Œuvres</title>, t. 32, p. 342</bibl>)</reg> ;
              que l’échange des marchandises permet de vérifier la justesse des
              rapports qui existent entre l’industrie et l’agriculture, entre la
              classe ouvrière et la paysannerie. Cette thèse de Lénine reste vraie
              pour toute la première phase du communisme. C’est avant tout dans les kolkhoz
              et chez les kolkhoziens, par la circulation marchande, par voie de stockage
              et d’achats, que l’État soviétique se procure des denrées alimentaires pour la population des villes et
              des matières premières pour l’industrie. À leur tour, les kolkhoz et les kolkhoziens ne peuvent se
              procurer l’argent dont ils ont besoin pour acquérir des produits industriels qu’en vendant leur
              production marchande à l’État, aux coopératives et sur les marchés kolkhoziens.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi, les produits agricoles et les matières premières que l’État et les coopératives reçoivent du
              secteur kolkhozien par voie de stockage et d’achats, aussi bien que les denrées agricoles vendues sur
              les marchés kolkhoziens par les kolkhoz et les kolkhoziens, sont des marchandises. Il en est de même
              pour les articles industriels, et surtout les objets de consommation individuelle, produits par les
              entreprises d’État et achetés par les kolkhoz et les kolkhoziens. Étant des marchandises, les produits
              industriels et agricoles de consommation courante parviennent à la population urbaine également par
              l’achat et la vente. Dans ce cas, les marchandises cessent d’être la propriété de l’État ou des
              coopératives ou la propriété personnelle des kolkhoziens pour devenir la propriété personnelle des
              ouvriers et des employés.</p>
              <p rend="alinéa">La production marchande est, en régime socialiste, une production marchande d’un type à part, une
              production marchande sans propriété privée des moyens de production, sans capitalistes. Elle est, dans
              l’essentiel, le fait de producteurs socialistes collectifs (État, kolkhoz, coopératives). Grâce à ces
              conditions économiques déterminantes que sont la propriété sociale des moyens de production,
              l’abolition du salariat et de l’exploitation de l’homme par l’homme, elle se trouve placée, en régime
              socialiste, dans des limites déterminées. Elle ne peut se transformer en production capitaliste ; elle est
              au service de la société socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">La production marchande n’a pas ici une extension aussi illimitée et universelle qu’en régime
              capitaliste. En régime socialiste, la sphère de la production et de la circulation marchandes est limitée
              principalement aux objets de consommation individuelle ; la force de travail n’est pas une marchandise ;
              la terre et le sous-sol sont la propriété de l’État et ne peuvent être ni vendus, ni achetés. Les entreprises
              d’État — usines, fabriques, mines, centrales électriques avec leurs fonds fixes essentiels (instruments
              de production, bâtiments, installations, etc.) — ne sauraient être vendues ou achetées ; elles ne peuvent
              être remises par une organisation d’État à une autre qu’en vertu d’une autorisation spéciale, et ne sont
              donc pas des marchandises susceptibles d’être vendues et achetées.</p>
              <p rend="alinéa">Les moyens de production fabriqués dans le secteur d’État : machines, métaux, charbon, pétrole, etc.,
              sont répartis pour la plupart entre les entreprises d’État. Les plans de l’économie nationale prévoient
              l’attribution à chaque entreprise de fonds matériels dont le montant est déterminé par son programme
              de production. Ces fonds sont fournis par les entreprises productrices aux entreprises consommatrices
              en vertu de contrats passés entre elles. Quand des moyens de production sont livrés à telle ou telle
              entreprise, l’État socialiste en conserve l’entière propriété. Lorsque des directeurs d’entreprise ont reçu
              de l’État socialiste des moyens de production, ils n’en deviennent pas pour autant les propriétaires ; ils
              sont les représentants de l’État, chargés par lui de les utiliser conformément aux plans qu’il a établis.
              Les machines agricoles essentielles : tracteurs, moissonneuses-batteuses, etc., ne sont pas vendues aux
              kolkhoz mais concentrées dans des entreprises d’État : les stations de machines et de tracteurs, qui les
              utilisent pour desservir les kolkhoz.</p>
              <p rend="alinéa">Les moyens de production achetés par les coopératives de production, les kolkhoz et les kolkhoziens :
              véhicules automobiles, équipements destinés à l’exploitation collective du kolkhoz, ciment, fer,
              briques, charbon, bois de charpente, machines agricoles simples et matériel divers, sont des
              marchandises. Les moyens de production vendus aux États étrangers le sont également. Dans ces cas,
              il y a vente et achat ; les marchandises changent de propriétaires.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi, les moyens de production fabriqués par des entreprises d’État et répartis à l’intérieur du secteur
              d’État ne sont pas, en fait, des marchandises. Mais étant donné que les objets de consommation, les
              matières premières agricoles et une partie des moyens de production sont des marchandises et que
              l’économie socialiste forme un tout dont les parties constituantes sont étroitement liées, les moyens de
              production circulant à l’intérieur du secteur d’État conservent, eux aussi, la forme marchandise. Ils sont
              donc exprimés en valeur et évalués en termes monétaires, ce qui est indispensable pour la réalisation
              de la gestion équilibrée, pour le recensement et la comptabilité.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="2" xml:id="chap32sect02">
              <head>32.2. La valeur d’usage et la valeur de la marchandise dans l’économie socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">Tout ce qui, dans la société socialiste, est produit et réalisé
              comme marchandise a une <emph>valeur d’usage</emph>, créée par le travail concret,
              et une <emph>valeur</emph>, créée par le travail abstrait. En d’autres termes,
              en régime socialiste, la marchandise a un double caractère déterminé par
              le double caractère du travail incarné dans la marchandise.</p>
              <p rend="alinéa">Ce double caractère du travail, en régime socialiste, diffère foncièrement du double caractère du
              travail dans l’économie marchande simple et dans l’économie capitaliste. Le régime socialiste abolit la
              contradiction entre le travail privé et le travail social, qui caractérise la production marchande fondée
              sur la propriété privée. Dans l’économie socialiste, nous l’avons déjà dit, le travail est non pas privé,
              mais directement social. La société planifie le processus de production, la répartition du travail entre
              les différentes branches de l’économie nationale et les différentes entreprises. C’est pourquoi, dans
              l’économie socialiste, le fétichisme de la marchandise a disparu et les rapports sociaux entre les
              hommes ne prennent pas l’apparence fallacieuse de rapports entre les choses.</p>
              <p rend="alinéa">Cependant, en régime socialiste, il existe dans le caractère directement social du travail des différences
              suivant qu’il s’agit d’entreprises d’État ou de kolkhoz ; ces différences découlent de celles qui
              distinguent les deux formes de propriété socialiste des moyens de production. Dans les entreprises
              d’État, le travail est socialisé à l’échelle nationale, et les produits du travail appartiennent donc à toute
              la société, incarnée par l’État socialiste. Dans les kolkhoz, le travail est socialisé dans le cadre de
              chaque artel agricole, et les produits du travail sont donc la propriété de l’artel. De plus, les
              kolkhoziens appliquent aussi leur travail dans leur exploitation auxiliaire personnelle, qui joue un rôle
              subalterne. Le travail dans l’exploitation auxiliaire est un travail personnel ; il n’est pas directement
              social.</p>
              <p rend="alinéa">L’existence, conditionnée par les deux formes de propriété sociale, de différents degrés de socialisation
              du travail dans les entreprises d’État et les kolkhoz, ainsi que de relations marchandes entre l’industrie
              d’État et les kolkhoz, exclut la possibilité d’exprimer et de confronter directement, en temps de travail,
              le travail social dépensé pour obtenir les produits dans le secteur d’État et dans le secteur kolkhozien.
              D’où la nécessité de recourir à un biais et de trouver une commune mesure du travail social dépensé
              pour obtenir les produits industriels et kolkhoziens en recourant à la valeur et à ses formes. On y
              parvient en ramenant les différentes formes du travail concret des ouvriers et des kolkhoziens au
              travail abstrait qui crée la valeur de la marchandise.</p>
              <p rend="alinéa">L’État socialiste, qui dirige l’économie nationale selon un plan, tient compte des deux aspects de la
              marchandise considérée comme valeur d’usage et comme valeur. Il exige de ses entreprises des
              produits déterminés, des valeurs d’usage bien définies. Si la valeur d’usage n’intéresse le capitaliste que
              comme support de la valeur et de la plus-value, la création de valeurs d’usage et l’amélioration de la
              qualité des produits revêtent dans l’économie socialiste une importance exceptionnelle en tant que
              telles, car la production s’y propose d’assurer la satisfaction maxima des besoins croissants de toute la
              société.</p>
              <p rend="alinéa">Dans l’économie socialiste, la valeur de la marchandise a, elle aussi, une importance considérable.
              L’État planifie la production à l’aide d’indices exprimés en nature et à l’aide d’indices exprimés en
              monnaie. La diminution méthodique de la valeur des marchandises produites et, par suite, la baisse des
              prix, tiennent une place importante dans les efforts déployés pour satisfaire au maximum les besoins
              de la société.</p>
              <p rend="alinéa">L’économie socialiste ignore l’antagonisme entre la valeur d’usage et la valeur, antagonisme lié a la
              possibilité de crises de surproduction. Cependant, une contradiction non-antagoniste entre la valeur
              d’usage et la valeur peut surgir même en régime socialiste. L’économie socialiste donne toutes les
              possibilités d’accomplir les plans de production, en monnaie comme en nature.
              Mais cette possibilité ne devient pas toujours réalité. Au cours de l’édification économique, la
              contradiction entre la valeur d’usage et la valeur se manifeste, par exemple lorsqu’il y a un excédent de
              marchandises, celles-ci ne pouvant être vendues du fait de leur mauvaise qualité, parce qu’elles ne
              correspondent pas à la demande, etc., ou bien quand certaines entreprises, cherchant à produire des
              articles plus avantageux pour elles, n’exécutent pas le plan sous le rapport de l’assortiment et de la
              qualité de la production. Les contradictions de ce genre sont mises en lumière et résolues grâce à la
              gestion planifiée de l’économie.</p>
              <p rend="alinéa">Dans l’économie socialiste, il existe une différence entre le travail complexe (qualifié) et le travail
              simple, le travail complexe étant ramené à du travail simple. On prend en considération la corrélation
              entre le travail complexe et le travail simple lorsqu’on dresse les plans de production, lorsqu’on
              détermine les normes de rendement, et aussi quand on fixe le taux des salaires, de la rémunération du
              travail selon la qualification, etc.</p>
              <p rend="alinéa">Le montant de la valeur des marchandises produites et réalisées dans l’économie socialiste est
              déterminé par le temps de travail socialement nécessaire pour les produire. On appelle temps de travail
              socialement nécessaire le temps de travail moyen dépensé par les entreprises qui livrent le gros des
              produits dans la branche d’activité considérée. Le temps socialement nécessaire est une grandeur qui a
              une existence objective. Le temps de travail socialement nécessaire pour produire une unité de
              marchandise détermine la grandeur de la valeur sociale de la marchandise. Le temps réellement exigé
              dans les différentes entreprises pour produire une unité de marchandise constitue le temps de travail
              individuel, qui définit la grandeur de la valeur individuelle de la marchandise pour chacune de ces
              entreprises.</p>
              <p rend="alinéa">En régime capitaliste, le temps socialement nécessaire s’établit spontanément, à l’insu des producteurs
              de marchandises. Dans l’économie socialiste, l’État, se fondant sur les conditions économiques
              objectives et les lois économiques du socialisme, établit un plan prévoyant l’élévation de la
              productivité du travail et la diminution du prix de revient de la production, fixe les normes de dépense
              de travail et de matériaux pour chaque entreprise ; par là même, il influe dans le cadre du plan, pour la
              diminuer, sur la grandeur du temps socialement nécessaire à la production d’une marchandise.</p>
              <p rend="alinéa">En régime capitaliste, la contradiction entre le temps de travail individuel et le temps de travail
              socialement nécessaire revêt un caractère antagonique. Les entreprises qui emploient un outillage plus
              perfectionné et réalisent un surprofit gardent jalousement le secret de leurs perfectionnements
              techniques et battent leurs concurrents, les acculant à la ruine et à la faillite. Dans l’économie
              socialiste, la contradiction entre le temps socialement nécessaire et le temps individuel dépensé dans
              les différentes entreprises ne prend pas un caractère antagonique. L’économie socialiste ignore le
              « secret commercial » : les réalisations techniques des entreprises d’avant-garde sont rapidement
              diffusées, ce qui assure un essor général de l’économie socialiste.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              Les normes progressives de dépense de travail et de matériaux, établies en tenant compte de l’expérience des
              entreprises d’avant-garde, sont, pour l’État socialiste, un moyen efficace d’action planifiée sur la grandeur du
              temps socialement nécessaire. Ces normes sont un puissant stimulant, car elles incitent les dirigeants de
              l’économie et la masse des travailleurs à rationaliser la production, à utiliser un outillage perfectionné, à
              augmenter la productivité du travail et à abaisser le prix de revient. Quand elles sont couramment exécutées par
              la plupart des entreprises qui fournissent le gros de la production, elles coïncident de plus en plus avec la
              dépense de travail socialement nécessaire et cessent d’être progressives. Pendant ce temps, les entreprises
              d’avant-garde sont de nouveau parvenues à réduire la dépense de travail. Leur expérience permet d’établir de
              nouvelles normes progressives dont la réalisation entraîne, encore une fois, une diminution du temps socialement
              nécessaire.</p>
              <p rend="alinéa">Ce sont là autant de facteurs qui contribuent à l’accélération du progrès technique, au rapide
              accroissement des forces productives de la société socialiste.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="3" xml:id="chap32sect03">
              <head>32.3. Le caractère de l’action de la loi de la valeur en régime socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">La loi de la valeur continue à jouer en régime socialiste dans la mesure où il existe une production et
              une circulation marchandes. Sous le régime économique du socialisme, l’action de la loi de la valeur
              s’exerce dans un cadre strictement limité. Le rôle de cette loi est restreint par la socialisation des
              moyens de production à la ville et à la campagne, par le rétrécissement de la sphère de la production et
              de la circulation marchandes, par l’action des lois économiques du socialisme, et avant tout de la loi du
              développement harmonieux de l’économie nationale, par la planification de l’économie nationale, et
              plus généralement par toute l’activité économique de l’État socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, la loi de la valeur ne peut jouer le rôle de régulateur de la production. Ainsi qu’il
              a été montré, c’est la loi du développement harmonieux, proportionné, qui est le régulateur de la
              production socialiste. L’État socialiste crée des entreprises, des branches entières de production non
              pour réaliser des profits, mais en s’inspirant des exigences de la loi économique fondamentale du
              socialisme et de la loi du développement harmonieux de l’économie nationale. Si la loi de la valeur
              jouait dans la société socialiste le rôle de régulateur de la production, les branches et les entreprises de
              l’industrie légère, les plus rentables, s’y développeraient en premier lieu, et l’on fermerait les
              entreprises de l’industrie lourde, très importantes pour l’économie nationale mais qui, pendant un
              certain temps, peuvent ne pas être rentables. Or, en U.R.S.S., les entreprises qui, au début, sont non ou
              peu rentables, mais sont indispensables à l’économie nationale, loin d’être fermées, sont conservées et
              encouragées, et des mesures sont prises pour les rendre rentables.</p>
              <p rend="alinéa">Si, en régime capitaliste, la loi de la valeur agit comme une force aveugle qui domine les hommes,
              dans l’économie socialiste l’action de la loi de la valeur est au contraire étudiée, prise en considération
              et utilisée par l’État pour planifier l’économie nationale.</p>
              <p rend="alinéa">Le champ d’action de la loi de la valeur
              s’étend, en régime socialiste, tout d’abord à la circulation et à l’échange des marchandises, surtout des
              articles d’usage personnel. Ici, la loi de la valeur conserve, dans certaines limites, un rôle régulateur.
              Le rôle régulateur de la loi de la valeur dans la sphère de la circulation marchande se manifeste en
              premier lieu par l’intermédiaire des prix.</p>
              <p rend="alinéa">Lorsqu’il planifie les prix, l’État socialiste prend en
              considération et utilise l’action de la loi de la valeur. Le problème du bien-fondé économique des prix
              planifiés est de la plus grande importance pour le développement de l’économie nationale.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Tous les principaux problèmes économiques, et par suite politiques, de l’État soviétique interfèrent
                  dans le problème des prix. L’établissement de rapports corrects entre la paysannerie et la classe
                  ouvrière, le développement interdépendant et réciproquement conditionne de l’agriculture et de
                  l’industrie… la garantie du salaire réel, la consolidation du tchervonets<note xml:id="not01chap32sect03"
                  n="1" place="bottom">Billet de 10 roubles (N.T.)</note>… tout cela est fonction du problème des prix.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  Résolution de l’assemblée plénière de février 1927 du
                  Comité central du Parti communiste (bolchevik) de l’U.R.S.S.,
                  <title>Le P.C.U.S. dans les résolutions et décisions de ses congrès,
                  de ses conférences et des assemblées plénières du Comité central</title>,
                  2<hi rend="ordinal">e</hi> partie, p. 225 (éd. russe).
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">L’État établit les prix de manière à compenser les dépenses et à assurer une certaine rentabilité aux
              entreprises ; il tient compte de la quantité de telles ou telles marchandises, de leur importance
              respective pour l’économie ; au moyen des prix, il stimule la production de tels ou tels articles, en règle
              la demande. L’État soviétique pratique une politique systématique de baisse des prix, qui vise à
              accroître le bien-être de la population.</p>
              <p rend="alinéa">En établissant les prix des articles d’usage personnel, l’État tient compte non seulement de la valeur,
              mais aussi du rapport de l’offre et de la demande. Ignorer l’offre et la demande peut entraîner une forte
              baisse de la demande des marchandises dont les prix sont trop hauts, et par contre une hausse
              artificielle de la demande des marchandises dont les prix sont excessivement bas.</p>
              <p rend="alinéa">Le rôle régulateur de la loi de la valeur se manifeste avant tout sur le marché kolkhozien où les prix
              s’établissent en fonction de l’offre et de la demande, le mouvement des prix influant sur le volume et la
              structure du commerce kolkhozien. Mais l’État socialiste exerce une action économique considérable
              sur le marché kolkhozien, du fait que la grande masse des marchandises est vendue dans les magasins
              de l’État et des coopératives aux prix fermes fixés par le plan.</p>
              <p rend="alinéa">L’action régulatrice de la loi de la valeur dans la sphère de la circulation marchande s’exerce à
              l’intérieur d’un cadre limité. Le « libre jeu des prix » n’existe pas dans le commerce d’État et le
              commerce coopératif. L’État socialiste établit des prix qui diffèrent plus ou moins de la valeur des
              marchandises. Ce faisant, il s’inspire avant tout de la nécessité, déterminée par la loi économique
              fondamentale du socialisme, d’assurer une augmentation constante de la production sur la base d’une
              technique supérieure, en vue de satisfaire les besoins croissants de toute la société. Il met à profit le
              mécanisme des prix pour établir, dans la répartition des ressources entre les différentes branches, les
              proportions que commandent les besoins du développement harmonieux de l’économie nationale. C’est
              ainsi, par exemple, que l’État, grâce à une politique des prix appropriée, utilise une partie des revenus
              provenant de certaines branches pour assurer le développement rapide d’autres branches.</p>
              <p rend="alinéa">L’action de la
              loi de la valeur ne se limite pas à la sphère de la circulation marchande. Elle exerce aussi une influence
              sur la production socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">Par l’intermédiaire des prix, la loi de la valeur agit sur la production kolkhozienne. Le niveau et les
              rapports des prix de réalisation de leurs produits par les kolkhoz et les kolkhoziens exercent une
              influence considérable en stimulant matériellement la production de telle ou telle denrée agricole. On
              ne saurait, par exemple, établir le même prix pour une tonne de coton et une tonne de blé livrés à
              l’État, et négliger ainsi le fait que la valeur du coton est très supérieure à celle du blé. On ne doit pas
              non plus fixer pour celui-ci des prix trop bas, car cela diminuerait l’intérêt matériel qu’ont les kolkhoz
              et les kolkhoziens à produire du blé et serait préjudiciable au développement de la culture des céréales.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Ainsi, des prix de stockage économiquement justifiés pour le coton et certaines autres cultures industrielles en
              ont favorisé la production. La production a au contraire été freinée quelque temps pour la pomme de terre, les
              légumes, le lait, la viande et le blé en raison des prix de stockage et d’achat trop bas établis pour ces produits Le
              relèvement notable du prix de ces produits, pratiqués de 1953 à 1955, en a puissamment stimulé la production.</p>
              <p rend="alinéa">L’action de la loi de la valeur sur les industries légère et alimentaire tient au fait que les articles d’usage
              personnel qu’elles produisent sont des marchandises. La valeur des matières premières produites par
              les kolkhoz en tant que marchandises entre dans la valeur des articles de consommation industriels.
              Une partie de la valeur nouvellement créée de ces articles sert à compenser les dépenses monétaires
              effectuées pour le paiement des salaires, et une autre partie forme le revenu de l’entreprise, lui aussi
              exprimé en monnaie. Par ailleurs, la production des articles de consommation industriels entraîne
              l’usure des moyens de travail : machines, bâtiments d’exploitation, qui ne sont pas, au fond, des
              marchandises. Tous les autres éléments qui composent la valeur des articles de consommation
              industriels ayant une valeur exprimée en monnaie, les moyens de travail doivent, eux aussi, être
              exprimés et calculés en monnaie.</p>
              <p rend="alinéa">Bien que les moyens de production qui sont produits et circulent à
              l’intérieur du secteur d’État ne soient pas, quant au fond, des marchandises, ils n’en ont pas moins la
              forme valeur, étant donné qu’ils conservent la forme marchande. C’est dans ce sens qu’on parle de la
              valeur des moyens de production, de leur prix de revient, de leur prix, etc. Il faut se rappeler à ce
              propos que ces catégories dissimulent les rapports de production du secteur socialiste d’État, lesquels
              n’ont pas, quant au fond, un caractère marchand.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">C’est que, écrit J. Staline, dans nos conditions socialistes,
                  le développement économique se fait
                  non par révolutions, mais par modifications graduelles, lorsque l’ancien n’est pas purement et
                  simplement aboli, mais change de nature pour s’adapter au nouveau et ne conserve que sa forme ; le
                  nouveau, pour sa part, ne supprime pas purement et simplement l’ancien, mais le pénètre, modifie
                  sa nature, ses fonctions, sans briser sa forme mais en l’utilisant pour le développement du nouveau.</p>
                </quote>
                  <bibl>
                  J. Staline,
                  « Les Problèmes économiques du socialisme en U.R.S.S. »,
                  <emph>Derniers écrits</emph>, p. 142.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, la forme valeur des moyens de production présente une grande importance pour
              l’économie nationale. L’action de la loi de la valeur sur la production des moyens de production
              s’exerce par l’intermédiaire des articles de consommation nécessaires pour compenser la force de
              travail dépensée. En tant que marchandises, les produits de consommation ne peuvent être achetés par
              les ouvriers que contre l’argent qu’ils reçoivent à titre de salaire. D’où la nécessité, dans la production
              des moyens de production, de calculer en valeur, en monnaie, tous les éléments qui, outre le salaire,
              entrent dans le prix de revient des produits industriels.</p>
              <p rend="alinéa">L’action de la loi de la valeur sur la production des moyens de production et des articles de
              consommation s’exerce à travers le système de la gestion équilibrée, qui repose sur le principe de la
              compensation en argent des dépenses de travail et stimule l’élévation de la productivité du travail,
              l’abaissement du prix de revient et l’augmentation de la rentabilité de la production. Connaître l’action
              de la loi de la valeur et savoir en tirer parti permet aux dirigeants de l’économie de gérer
              rationnellement la production, d’améliorer méthodiquement les méthodes de travail, de découvrir et
              d’utiliser les réserves latentes pour obtenir plus de produits.</p>
              <p rend="alinéa">L’État socialiste utilise la loi de la valeur en contrôlant, par l’intermédiaire des finances et du crédit, la
              production et la répartition du produit social.</p>
              <p rend="alinéa">L’utilisation de la loi de la valeur joue un rôle important
              dans la réalisation de la loi économique de la répartition selon le travail. La forme monétaire du salaire
              donne le moyen de contrôler la mesure de travail et la mesure de rémunération dans la société
              socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">En limitant la loi de la valeur, en s’en rendant maître et en l’utilisant méthodiquement, le
              socialisme s’assure un immense avantage sur le capitalisme. C’est grâce à cette limitation que l’action
              de la loi de la valeur n’a pas en U.R.S.S. de conséquences destructrices comme les crises, alors qu’en
              régime capitaliste, malgré les rythmes lents d’accroissement de la production, elle entraîne des crises
              périodiques de surproduction, le chômage, la destruction d’une partie des forces productives.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="4" xml:id="chap32sect04">
              <head>32.4. La monnaie et ses fonctions dans l’économie socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">Dans la société socialiste, la monnaie est une nécessité
              puisqu’existent une production marchande et la loi de la valeur.</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">Avant la révolution socialiste, les socialistes écrivaient
                    qu’il serait impossible de le supprimer immédiatement [l’argent],
                    […] Il faut de très nombreuses conquêtes techniques et,
                    ce qui est beaucoup plus difficile et plus important,
                    des progrès dans l’organisation, pour supprimer l’argent ; […]</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « Comment on trompe le peuple avec les mots d’ordre de
                    liberté et d’égalité »,
                    Discours prononcé au 1<hi rend="ordinal">er</hi> Congrès
                    de l’enseignement extra-scolaire de Russie,
                    <title>Œuvres</title>, t. 29, p. 361.
                  </bibl>
                    <quote>
                    <p rend="alinéa">Pour le supprimer, on doit organiser la répartition des
                    produits alimentaires pour des centaines de millions d’hommes ;
                    c’est une affaire de longue haleine.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    P. 371.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, la monnaie change complètement de nature conformément aux besoins du
              développement de l’économie socialiste. À la différence de ce qui se passe en régime capitaliste, où
              elle se transforme en capital et est un moyen de s’approprier le travail non rémunéré d’autrui, la
              monnaie, dans la société socialiste, est un moyen d’organiser l’édification économique dans l’intérêt
              des masses populaires conformément aux exigences de la loi économique fondamentale du socialisme.
              Elle exprime les rapports de production socialistes.</p>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, la monnaie joue le rôle d’équivalent général dans l’ensemble de l’économie
              nationale. La forme monétaire est utilisée non seulement pour la circulation des articles de
              consommation et des moyens de production qui sont des marchandises, mais aussi pour la circulation
              économique des moyens de production qui, n’étant pas au fond des marchandises, conservent
              néanmoins la forme marchandise. L’unité de l’économie nationale de la société socialiste, la liaison
              indissoluble et l’interdépendance de la production des moyens de production et de celle des articles de
              consommation, ainsi que de l’industrie d’État et de la production kolkhozienne, exigent une mesure
              unique pour l’expression et le calcul du travail social dépensé dans la production. Dans la société
              socialiste, où existent deux formes de propriété socialiste, cette mesure universelle du travail social ne
              peut être que la monnaie.</p>
              <p rend="alinéa">Si, en régime capitaliste, la monnaie est l’instrument d’un recensement
              spontané du travail social, qui s’effectue à l’insu des producteurs par l’intermédiaire des fluctuations du
              marché, dans l’économie socialiste la monnaie est l’instrument économique de la gestion planifiée de
              l’économie ; elle sert la production et la répartition du produit social.</p>
              <p rend="alinéa">Par conséquent, dans la société socialiste, la monnaie est l’équivalent général, l’instrument économique
              de la planification de l’économie nationale, le moyen permettant d’assurer un recensement et un
              contrôle d’ensemble de la production et de la répartition du produit social, ainsi que de la mesure du
              travail et de la rémunération.</p>
              <p rend="alinéa">La nouvelle nature de la monnaie en régime socialiste s’exprime par le fait qu’en conservant son
              ancienne forme, elle change de contenu social et de destination par rapport aux fonctions de la
              monnaie en régime capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">La monnaie remplit avant tout la fonction de <emph>mesure de la valeur</emph> des marchandises, c’est-à-dire qu’elle
              sert à mesurer la quantité de travail social qu’elles renferment. En régime socialiste, l’existence de deux
              formes principales de production socialiste fait que le bilan de l’activité économique d’une entreprise,
              la comparaison des résultats du travail des entreprises et des branches fournissant des produits
              différents, le volume de la production de diverses branches de l’économie nationale et de l’économie
              nationale dans son ensemble ne peuvent être exprimés qu’en monnaie. Comme les moyens de
              production, sans être des marchandises, gardent la forme marchandises et la forme valeur, la monnaie
              dans sa fonction de mesure de la valeur permet aussi de calculer le travail social dépensé pour produire
              les moyens de production.</p>
              <p rend="alinéa">On sait que seule une marchandise-monnaie, ayant une valeur propre, peut remplir le rôle de mesure
              de la valeur. Cette marchandise-monnaie, c’est l’or.</p>
              <p rend="alinéa">En Union soviétique comme dans les autres pays du camp socialiste,
              c’est l’or qui joue le rôle d’équivalent général. La monnaie soviétique
              a une teneur en or et est une monnaie-or. Dans la société socialiste,
              la monnaie ne peut remplir sa fonction de mesure de la valeur des
              marchandises qu’en vertu de cette liaison avec l’or. Lénine rattachait
              l’abolition de la monnaie-or à la victoire du socialisme à l’échelle
              mondiale.</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">Pour le moment, disait-il, il faut nous montrer ménagers
                    de l’or en R.S.F.S.R., le vendre aussi cher que possible et
                    acheter avec cet or des marchandises aussi bon marché que possible.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « Sur le rôle de l’or aujourd’hui et après la victoire complète
                    du socialisme »,
                    <title>Œuvres</title>, t. 33, p. 109.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa smaller">Partant du fait que l’or se présente comme un
              équivalent général, l’État soviétique a, lors de la réforme monétaire
              de 1922-1924, fixé la teneur en or du rouble. Par la suite, celle-ci a été fixée d’une manière indirecte en
              établissant le cours du rouble soviétique par rapport au franc, puis au dollar. En 1950, l’augmentation du pouvoir
              d’achat du rouble et la diminution du pouvoir d’achat du dollar et des autres monnaies capitalistes ont incité l’État
              soviétique à fixer directement à 0,222 168 gramme d’or la teneur en or du rouble. Le cours de celui-ci par rapport
              aux monnaies étrangères a été relevé en conséquence.</p>
              <p rend="alinéa">L’État soviétique extrait et accumule l’or en tant que monnaie mondiale pour le commerce avec les
              pays du marché mondial capitaliste, comme avec les pays du marché mondial du camp socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">Il utilise la monnaie dans sa fonction de mesure de la valeur comme le moyen d’assurer la direction
              planifiée, le recensement et le contrôle de la production et de la répartition du produit social, comme
              l’instrument permettant de réaliser la gestion équilibrée. Ainsi, la confrontation des prix de revient
              planifiée et réels permet d’élucider les raisons pour lesquelles le prix de revient planifié a été dépassé
              et d’arrêter les mesures nécessaires pour abaisser le prix de revient et accroître la rentabilité de
              l’entreprise.</p>
              <p rend="alinéa">Comme mesure de la valeur, la monnaie est pour l’État socialiste un élément de la planification des
              prix. Dans l’économie socialiste, le <emph>prix</emph> est l’expression monétaire, déterminée par le plan, de la valeur
              d’une marchandise.</p>
              <p rend="alinéa">Dans l’économie socialiste, la monnaie sert aussi <emph>d’étalon des prix</emph>. En U.R.S.S., l’étalon des prix est le
              rouble.</p>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste la monnaie est un <emph>moyen de circulation</emph>. C’est en cette qualité qu’elle intervient
              lors de la vente et de l’achat des articles de consommation courante et qu’elle est mise à profit pour
              développer la circulation des marchandises.</p>
              <p rend="alinéa">Dans l’économie socialiste, la monnaie est un <emph>moyen de paiement</emph>, quand il s’agit, par exemple, de
              payer leur salaire aux ouvriers et aux employés, et aussi de verser leur revenu en argent aux
              kolkhoziens, quand les entreprises socialistes obtiennent des avances ou les remboursent, quand on
              acquitte les impôts. L’État socialiste utilise la monnaie, moyen de paiement, pour contrôler l’activité
              des entreprises socialistes. Ainsi, les banques ne délivrent de l’argent à ces dernières que dans la
              mesure où elles ont exécuté leur plan de production. En exigeant le remboursement des prêts à la date
              prévue, la banque stimule l’accomplissement du plan par l’entreprise, faute de quoi celle-ci ne peut
              réunir les fonds nécessaires pour se libérer de sa dette.</p>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, la monnaie est un moyen <emph>d’accumulation socialiste et d’épargne</emph>. Les entreprises
              d’État et les kolkhoz déposent leur argent en banque. Les revenus, sous leur forme monétaire, et
              l’argent liquide des entreprises et des organisations sont utilisés pour concourir à l’accumulation
              socialiste, développer la production, constituer des réserves, satisfaire les besoins matériels et culturels
              de la population. Le bien-être croissant des travailleurs entraîne une augmentation de leurs économies,
              qui sont déposées à la caisse d’épargne.</p>
              <p rend="alinéa">Dans la société socialiste, l’or est une <emph>monnaie universelle</emph>. La réserve-or est avant tout une réserve de
              monnaie universelle dont l’État dispose, en tant que moyen d’achat et de paiement, pour le règlement
              de ses comptes internationaux en matière de commerce extérieur.</p>
              <p rend="alinéa">La stabilité de la monnaie soviétique est garantie non seulement par une réserve en or, mais encore et
              surtout par l’énorme quantité de marchandises concentrées entre les mains de l’État et mises en
              circulation aux prix fermes fixés par le plan. Aucune monnaie capitaliste ne possède une couverture
              aussi solide.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume" n="32" xml:id="chap32resume">
              <head>Résumé du chapitre 32</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
              <item><p rend="alinéa">L’existence, en régime socialiste, de deux formes principales de production socialiste : la
              production d’État et la production kolkhozienne, détermine la nécessité d’une production marchande.
              La production et la circulation marchandes sont surtout limitées aux articles d’usage personnel. En
              régime socialiste, la production marchande est une production marchande d’un genre particulier, sans
              propriété privée des moyens de production, sans capitalistes. Elle est au service de la société
              socialiste.</p></item>
              <item><p rend="alinéa">Dans l’économie socialiste, la marchandise a une valeur d’usage, créée par le travail concret, et
              une valeur, créée par le travail abstrait. La société socialiste ignore la contradiction entre le travail
              privé et le travail social. Dans l’économie socialiste, la création de valeurs d’usage et l’amélioration
              de la qualité de la production ont une importance extrême, ainsi que la diminution systématique de la
              valeur des marchandises, réalisée par la réduction méthodique du temps socialement nécessaire pour
              les produire.</p></item>
              <item><p rend="alinéa">La loi de la valeur a, en régime socialiste, un champ d’action limité. Elle ne règle pas la production,
              mais influe sur elle et exerce une influence régulatrice sur la circulation marchande. La gestion
              planifiée de l’économie nationale tire parti de la loi de la valeur. L’action de celle-ci est prise en
              considération lors de la planification des prix.</p></item>
              <item><p rend="alinéa">En société socialiste, la monnaie est un équivalent général, un instrument économique de
              planification de l’économie nationale en même temps qu’un moyen de recenser et de contrôler la
              production et la répartition du produit social, la mesure du travail et la mesure de la consommation.
              Elle remplit les fonctions de mesure de la valeur, de moyen de circulation, de moyen de paiement, de
              moyen d’accumulation socialiste et d’épargne, de monnaie mondiale. La monnaie soviétique est
              garantie non seulement par une réserve d’or, mais encore et surtout par la masse des marchandises
              concentrées entre les mains de l’État et vendues à des prix fixés par le plan.</p></item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3 type="chapitre" n="33" xml:id="chap33">
            <head>Chapitre 33 — Le salaire en régime socialiste</head>
            <div4 type="section" n="1" xml:id="chap33sect01">
              <head>33.1. Le salaire et la loi économique de la répartition selon le travail.</head>
              <p rend="alinéa">Le socialisme, enseigne Lénine, suppose</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    le travail social accompagné du plus rigoureux inventaire,
                    contrôle et surveillance exercés par l’avant-garde organisée,
                    par la partie avancée des travailleurs ; en même temps, la
                    quantité du travail et sa rémunération doivent être définies.
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « Rapport sur les samedis communistes présenté à la
                    conférence de Moscou du P.C.(b)R. »,
                    <title>Œuvres</title>, t. 30, p. 292-293.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Cette rémunération de leur travail, les travailleurs des entreprises
              d’État la reçoivent sous forme de salaire.</p>
              <p rend="alinéa">Il existe une différence fondamentale entre le salaire en régime socialiste et le salaire en
              régime capitaliste. La force de travail ayant cessé, en société socialiste, d’être une marchandise, le
              salaire n’est plus le prix de la force de travail. Il traduit non un rapport entre exploiteur et exploité,
              mais un rapport entre la société dans son ensemble, représentée par l’État socialiste, et le travailleur
              travaillant pour soi, pour sa société.</p>
              <p rend="alinéa">En régime capitaliste, le salaire est le prix de la force de travail ; mais, à la différence du prix des autres
              marchandises, il reste généralement inférieur à sa valeur et ne permet pas toujours à l’ouvrier de
              satisfaire ses besoins même <emph>minimums</emph>. En régime socialiste, le salariat est aboli et la loi de la valeur
              de la force de travail cesse entièrement de jouer comme régulateur du salaire. La loi économique
              fondamentale du socialisme fait une nécessité de satisfaire au <emph>maximum</emph> les besoins matériels et
              culturels sans cesse croissants de toute la société. Une fois le salaire affranchi des entraves capitalistes,</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  il devient possible de lui donner l’extension de la consommation permise d’un côté par la force
                  productive de la société… et exigée d’un autre côté par le plein développement de l’individualité…
                </quote>
                <bibl>
                  K. Marx,
                  <title>Le Capital</title>, livre 3, chap. 50.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Le salaire réel augmente à mesure que la production socialiste progresse et se perfectionne. Les
              exigences de la loi économique fondamentale du socialisme visant à stimuler la production et à assurer
              le mieux-être des travailleurs se réalisent par l’intermédiaire de la loi de la répartition selon le travail,
              en vertu de laquelle la part du produit social qui revient à chacun est déterminée par la quantité et la
              qualité de son travail.</p>
              <p rend="alinéa">Le salaire est un des principaux facteurs économiques qui font que, dans la société socialiste, chaque
              travailleur est personnellement et matériellement intéressé aux résultats de son travail : qui travaille
              plus et mieux reçoit davantage. Par suite, le salaire est un moyen efficace d’augmenter la productivité
              du travail ; il permet de concilier judicieusement l’intérêt personnel, matériel, du travailleur avec les
              intérêts de l’État (du peuple tout entier).</p>
              <p rend="alinéa">Étant donné l’existence, en régime socialiste, de la production marchande et de la loi de la valeur, le
              salaire s’exprime nécessairement <emph>en argent</emph>. Ainsi que nous l’avons déjà dit, les objets de
              consommation destinés à reconstituer la force de travail dépensée sont produits et réalisés en régime
              socialiste comme des marchandises, soumises à l’action de la loi de la valeur. La forme argent du
              salaire permet de déterminer avec souplesse et de façon différenciée la part du produit social qui
              revient au travailleur en fonction des résultats de son travail.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>salaire en régime socialiste</emph> est donc la part, exprimée en argent, de la portion du produit social que
              l’État attribue aux ouvriers et aux employés selon la quantité et la qualité du travail fourni par chacun
              d’eux.</p>
              <p rend="alinéa">Le salaire en argent que reçoit chaque ouvrier et employé constitue son salaire <emph>individuel</emph>. Celui-ci a sa
              source dans le produit pour soi créé par les travailleurs de la production socialiste et réparti selon le
              travail. Mais, en régime socialiste, le niveau de vie des ouvriers et des employés n’est pas déterminé
              uniquement par le salaire individuel en argent. À ce dernier viennent s’ajouter les fonds considérables
              alloués par l’État et les organisations sociales pour les besoins culturels et sociaux des travailleurs,
              fonds qui proviennent du produit créé par le travail pour la société.</p>
              <p rend="alinéa">S’inspirant des exigences de la loi économique fondamentale du socialisme et de la loi de la répartition
              selon le travail, l’État socialiste établit dans ses plans le fonds des salaires pour une période déterminée
              et en fixe le niveau pour les différentes catégories de travailleurs.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>fonds des salaires</emph> est la somme des ressources monétaires, arrêtée en vertu d’un plan, que l’État
              consacre à rétribuer le travail accompli au cours d’une certaine période (un an, un mois, etc.) dans
              l’ensemble de l’économie nationale et dans ses différentes branches et entreprises.</p>
              <p rend="alinéa">Conformément aux exigences de la loi économique de la répartition selon le travail, la politique de
              l’État socialiste en matière de salaire repose sur une différenciation très poussée de la rémunération du
              travail. Le nivellement des salaires, qui ne fait aucune distinction entre le travail qualifié et le travail
              non qualifié, le travail pénible et le travail facile, est incompatible avec la loi économique de la
              répartition selon la quantité et la qualité du travail. Il sape l’intérêt matériel personnel que portent les
              travailleurs aux résultats de leur travail et freine leur désir d’améliorer leur qualification. Le travail
              qualifié, qualitativement supérieur, nécessite un apprentissage du travailleur et est plus productif que le
              travail non qualifié. C’est pourquoi il est mieux payé. Les travailleurs sont ainsi encouragés à accroître
              leur habileté professionnelle.
              À qualification égale, un travail pénible est mieux rémunéré en régime socialiste qu’un travail plus
              facile, alors qu’en régime capitaliste les ouvriers employés aux travaux manuels les plus durs sont
              généralement de beaucoup les plus mal payés. Ainsi, les mineurs, dont le salaire est bas dans les pays
              capitalistes, touchent dans la société socialiste des salaires élevés, ce qui n’empêche pas que les durs
              travaux physiques auxquels ils se livrent soient rendus de plus en plus faciles par l’emploi de
              machines.</p>
              <p rend="alinéa">Étant donné la nécessité économique d’encourager avant tout le travail dans les branches maîtresses de
              l’économie nationale, les travailleurs de l’industrie lourde : métallurgie, extraction de la houille et du
              pétrole, constructions mécaniques, etc., reçoivent un salaire plus élevé. À conditions égales, les
              ouvriers, les ingénieurs et les techniciens des entreprises et des chantiers situés dans des régions
              économiques particulièrement importantes ou bien dans des régions éloignées ou nouvellement mises
              en valeur touchent également des salaires majorés.
              Les salaires sont ainsi un des instruments économiques grâce auxquels la main-d’œuvre qualifiée est
              méthodiquement distribuée et redistribuée entre les diverses entreprises et branches de la production
              sociale, conformément aux exigences de la loi du développement harmonieux de l’économie nationale.</p>
              <p rend="alinéa">La politique des salaires de l’État socialiste se réalise en combattant l’égalitarisme petit-bourgeois dans
              la rémunération du travail, ainsi que les tendances arriérées, contraires aux intérêts de l’État, hostiles à
              la mécanisation.</p>
              <p rend="alinéa smaller">L’absence de la différenciation nécessaire dans la rémunération du travail est en contradiction avec la loi
              économique de la répartition selon le travail : dans ces conditions, les travailleurs qualifiés ne bénéficient
              d’aucun avantage marqué par rapport aux ouvriers accomplissant un travail simple, ni les ouvriers exécutant des
              travaux pénibles par rapport à ceux qui s’acquittent de travaux plus faciles ou sont placés dans des conditions de
              travail ordinaires. L’absence de la différenciation nécessaire conduit au nivellement des salaires, fait obstacle à
              l’application des techniques nouvelles et des méthodes modernes d’organisation de la production.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Faute de proportions correctes entre les salaires des ouvriers, du personnel de maîtrise et des ingénieurs, les
              ingénieurs et les techniciens de certaines entreprises ou branches de l’économie touchent moins que les ouvriers
              qualifiés. La hausse injustifiée des salaires dans certaines branches et régions économiques non déterminantes
              entrave l’application de mesures d’encouragement en matière de salaire dans les branches et régions dont
              l’importance économique est primordiale.</p>
              <p rend="alinéa">Les <emph>syndicats</emph> sont appelés à jouer un rôle important dans ce domaine. Ils prennent une part active aux
              travaux des organismes d’État chargés de mettre au point les mesures relatives à l’organisation et à la
              rémunération du travail, gèrent directement les assurances sociales, encouragent l’expérience et
              l’initiative des novateurs de la production, coopèrent au déploiement de l’émulation socialiste et à
              l’élévation de la productivité du travail, à l’amélioration des services sociaux et culturels, ainsi que des
              conditions de travail des ouvriers et des employés. Une <emph>convention collective</emph> est conclue chaque année
              entre l’administration et les travailleurs de chaque entreprise, avec la participation active des syndicats.
              Elle règle toutes les questions relatives au travail, aux salaires, aux conditions de vie des ouvriers et
              des employés. Les deux parties s’y engagent à prendre les mesures indispensables pour assurer une
              rémunération équitable du travail et l’augmentation de sa productivité, ainsi que pour satisfaire les
              besoins culturels et matériels croissants des travailleurs des entreprises socialistes.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="2" xml:id="chap33sect02">
              <head>33.2. Les formes du salaire. Le système des tarifs.</head>
              <p rend="alinéa">Les différentes formes du salaire sont, en régime socialiste, les moyens concrets de réaliser les
              exigences de la loi économique de la répartition selon le travail.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>salaire aux pièces</emph> est la principale forme de rémunération du travail dans les entreprises socialistes
              d’État. En 1954, plus des trois quarts des ouvriers de l’industrie soviétique étaient payés aux pièces.</p>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, le système du salaire aux pièces est celui qui permet le mieux d’intéresser le
              travailleur aux résultats de son travail. Il diffère radicalement du salaire aux pièces en régime
              capitaliste, qui repose sur une intensification effrénée du travail et entraîne une élévation du taux de la
              plus-value, le salaire de l’ouvrier diminuant à mesure que le travail s’intensifie.</p>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, le montant du salaire de chaque ouvrier est en raison directe de la quantité et de
              la qualité de son travail.
              Le salaire aux pièces, qui garantit l’augmentation du salaire parallèlement à l’accroissement de la
              production par unité de temps, stimule la productivité du travail. Il incite à une utilisation plus
              complète et plus rationnelle des machines, de l’équipement, des matières premières et du temps de
              travail, à l’introduction de perfectionnements techniques, à une meilleure organisation du travail et de
              la production. Il concourt au développement de l’émulation socialiste, une productivité du travail
              élevée entraînant de hauts salaires.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le <emph>salaire aux pièces direct</emph> est le plus répandu. Dans ce système, la rémunération du travail dépend de la
              quantité de la production effectuée par l’ouvrier pendant un laps de temps déterminé (en pièces, en kilogrammes,
              en tonnes, en mètres, en litres, etc.) Chaque pièce produite est payée au même tarif, correspondant au genre de
              travail considéré. Le salaire du travailleur est en raison directe du nombre de pièces de la qualité voulue qu’il a
              produites.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Avec le <emph>salaire aux pièces progressif</emph>, l’ouvrier est payé à un tarif invariable s’il accomplit sa norme de
              production, et à un autre tarif, plus élevé et qui augmente progressivement, pour ce qu’il produit en sus de la
              norme. La progression des tarifs est la plus forte dans les professions-clés, pour les ouvriers du sous-sol et des
              ateliers de forge, ou employés à d’autres travaux pénibles. Le système du salaire aux pièces progressif perd de
              son efficacité lorsque la multiplicité des barèmes rend difficiles l’évaluation du travail et le calcul du salaire,
              ainsi que l’établissement d’un rapport direct et tangible entre le salaire et la productivité du travail. L’efficacité de
              ce système diminue aussi quand il existe des différences sensibles injustifiées entre les tarifs de la production
              réalisée en sus de la norme dans les différentes branches de l’économie.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Dans le <emph>salaire aux pièces avec primes</emph>, le salaire aux pièces direct est complété par des primes pour des indices
              déterminés : économie de combustible, d’électricité, diminution du prix de revient, réduction des malfaçons,
              amélioration de la qualité des articles produits, etc. Dans certaines entreprises, ce système de primes est
              également appliqué au salaire aux pièces progressif.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Si les conditions du travail rendent impossible le salaire aux pièces individuel (par exemple, quand plusieurs
              ouvriers travaillent en même temps sur une grande machine ou sur un groupe de machines), le système appliqué
              est celui du <emph>salaire aux pièces par équipe</emph>, ou <emph>par groupe</emph>. Chaque membre de l’équipe reçoit sa part du salaire
              collectif, compte tenu de son temps de travail et de son habileté professionnelle.</p>
              <p rend="alinéa">Soulignant la nécessité d’appliquer systématiquement le principe d’un encouragement matériel à ceux
              qui travaillent bien, la 18<hi rend="ordinal">e</hi> Conférence du P.C. (b) de l’U.R.S.S. avait adopté la décision suivante :</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Il faut absolument en finir avec la pratique pernicieuse du nivellement des salaires et faire que le
                  salaire aux pièces et que le salaire avec primes deviennent davantage encore les leviers essentiels
                  de l’élévation de la productivité du travail et, par suite, du développement de toute notre économie
                  nationale.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  « Résolution de la 18<hi rend="ordinal">e</hi> Conférence du P.C. (b) de l’U.R.S.S. »,
                  <title>Le P.C.U.S. dans les résolutions et décisions de ses congrès,
                  de ses conférences et des assemblées plénières du Comité central</title>,
                  2<hi rend="ordinal">e</hi> partie, p. 975 (éd. russe).
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">On a recours au <emph>salaire au temps</emph> là où le système du salaire aux pièces est inapplicable, ou
              économiquement irrationnel en raison du caractère même du travail (pointage, gardiennage,
              fabrication d’appareillages spéciaux, contrôle et réception, etc.) On distingue le salaire au temps
              simple et le salaire au temps avec primes.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              Le <emph>salaire au temps simple</emph> est différencié d’après la durée du travail et l’habileté professionnelle de l’ouvrier. Le
              <emph>salaire au temps avec primes</emph> intéresse davantage l’ouvrier aux résultats de son travail : il reçoit, en sus du taux
              fixé par unité de temps de travail, une prime pour tels ou tels indices quantitatifs ou qualitatifs : réduction de la
              durée des réparations, économie de matières premières, de combustible ou d’électricité, fonctionnement
              impeccable des appareils, réduction des malfaçons, etc.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le salaire au temps avec primes est largement appliqué pour rémunérer le personnel dirigeant de l’économie, les
              ingénieurs, les techniciens. Le salaire de cette catégorie de travailleurs (directeurs d’entreprise, ingénieurs en
              chefs, chefs d’ateliers, contremaîtres, etc.) comporte un traitement fixe mensuel qui dépend de la grandeur de
              l’entreprise (de l’atelier, de l’équipe, etc.), de son importance économique, de l’ancienneté de l’intéressé, etc., et
              auquel vient s’ajouter un certain pourcentage de la prime pour l’exécution et le dépassement par l’entreprise de
              son plan de production marchande, à condition qu’elle ait accompli son plan de production globale, qu’elle ait
              livré toute la gamme des articles qu’elle est tenue de fournir, et réalisé le plan en ce qui concerne le prix de
              revient de la production.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le traitement des enseignants, du personnel médical, des fonctionnaires est également différencié d’après le
              caractère du travail, l’instruction, l’ancienneté et un certain nombre d’autres indices.</p>
              <p rend="alinéa">La différenciation très poussée des salaires en tenant compte de l’habileté professionnelle, de la
              productivité du travail et de la qualité des produits fournis est réalisée par la fixation de normes de
              travail et par un système de tarifs.</p>
              <p rend="alinéa"><emph>Fixer des normes de travail</emph>, c’est déterminer
              le temps nécessité pour l’accomplissement d’un certain travail
              (<emph>norme de temps</emph>), ou le nombre de pièces à produire
              par unité de temps (<emph>norme de rendement</emph>). L’économie planifiée
              ne se conçoit pas sans des normes techniques. Une normalisation judicieuse du
              travail est une condition essentielle pour diriger le processus de production, améliorer l’organisation et
              la productivité du travail, supprimer le nivellement des salaires et permettre le déploiement de
              l’émulation socialiste. Les normes techniques sont une puissante force régulatrice, qui organise à
              l’entreprise les masses ouvrières autour des travailleurs d’élite et amène les éléments retardataires au
              niveau des plus avancés.</p>
              <p rend="alinéa">Les méthodes socialistes de gestion de l’économie exigent l’établissement de <emph>normes de rendement
              progressives, techniquement justifiées</emph>, se situant entre les normes qu’exécutent déjà la plupart des
              ouvriers, et celles qui ont été obtenues par les meilleurs novateurs, les entreprises d’avant-garde.
              Contrairement aux normes de rendement capitalistes, qui sont un moyen d’intensifier le travail sans
              retenue, ruinent la santé des ouvriers et abrègent leur existence, les normes de rendement, dans les
              entreprises socialistes, sont progressives et en même temps parfaitement exécutables par l’ensemble
              des travailleurs.</p>
              <p rend="alinéa">L’introduction des normes de rendement progressives s’accompagne d’une lutte énergique contre les
              éléments conservateurs qui se cramponnent aux normes périmées, trop basses, entravant l’élévation de
              la productivité du travail et la réalisation des plans. Parmi les normes retardataires, citons notamment
              les normes « statistiques expérimentales », qui ne tiennent pas compte des progrès réalisés dans la
              technique et l’organisation de la production, s’alignent sur les ouvriers qui n’ont pas une pratique
              suffisante de leur machine, et légalisent les pertes de temps dans le travail. En raison du
              perfectionnement continu de l’outillage, les normes de rendement doivent être périodiquement révisées
              afin d’être relevées. Une normalisation correcte du travail doit refléter les progrès de l’équipement
              technique, l’élévation du niveau culturel et technique des ouvriers. Les intérêts de la société socialiste,
              des masses laborieuses, exigent l’application de normes progressives techniquement justifiées,
              entièrement conformes au niveau actuel de la technique de la production et qui sont un important
              facteur d’augmentation de la productivité du travail.</p>
              <p rend="alinéa">L’estimation de chaque sorte de travail selon l’habileté professionnelle du travailleur, le caractère du
              travail, les conditions et les particularités de la branche de production correspondante, se fait d’après
              un <emph>système de tarifs</emph>, sur la base duquel est établi le niveau des salaires dans les différentes branches de
              l’économie nationale et pour les différentes catégories de travailleurs.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le barème, les répertoires des tarifs selon la qualification et les taux de salaire sont les principaux éléments du
              système des tarifs.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La différenciation des salaires selon la valeur
              professionnelle des travailleurs est établie en vertu d’un <emph>barème</emph>.
              Les ouvriers sont divisés en catégories d’après leur niveau professionnel.
              L’ouvrier non qualifié est rangé dans la première catégorie
              et son salaire est pris comme unité. Plus l’ouvrier est qualifié,
              et plus élevée est la catégorie à laquelle il appartient,
              plus son salaire est élevé.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les caractères spécifiques des différents travaux exécutés dans une branche donnée sont consignés dans les
              <emph>répertoires des tarifs selon la qualification</emph>, qui servent à déterminer les aptitudes professionnelles de l’ouvrier et
              à le classer dans telle ou telle catégorie du barème.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les <emph>taux de salaire</emph> fixent le montant de la rémunération du travail de l’ouvrier par unité de temps dans les
              différentes catégories. Ils permettent à l’État socialiste de différencier la rémunération du travail en fonction de
              l’importance économique de chaque branche, du degré de mécanisation du travail, des particularités des diverses
              régions économiques, etc.</p>
              <p rend="alinéa smaller">L’assemblée plénière de juillet 1955 du Comité central du P.C.U.S. a mis en lumière d’importants défauts dans
              l’organisation des salaires, notamment dans l’établissement des normes de travail et dans l’application du système
              de tarifs. C’est ainsi qu’un certain nombre d’entreprises appliquent couramment des normes statistiques
              expérimentales de rendement sous-évaluées ; les barèmes et les taux de salaire ont vieilli et retardent sur le
              niveau des salaires, qui s’est élevé ; il est inadmissible que soit largement répandue l’habitude d’ajouter divers
              suppléments aux taux de salaire et aux traitements de base ; les différences entre les salaires des catégories
              extrêmes sont insignifiantes. La multiplicité des systèmes de rémunération du travail complique les calculs de la
              rémunération du travail, les rend difficiles à comprendre pour les ouvriers, engendre des discordances dans les
              salaires d’ouvriers effectuant des travaux identiques. Tout cela fait que les travailleurs ont moins intérêt à élever
              leur qualification, d’où une tendance au nivellement et une entrave à l’élévation de la productivité du travail.</p>
              <p rend="alinéa">Un système de tarifs correct permet de réglementer les salaires de telle façon qu’ils stimulent
              l’élévation de la productivité du travail et intéressent les travailleurs à obtenir une qualification plus
              élevée.</p>
              <p rend="alinéa">L’assemblée plénière de juillet 1955 du Comité central du P.C.U.S., ayant mis en lumière les
              défauts de l’organisation des salaires, a adopté la décision suivante :</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Appliquer systématiquement, dans la réglementation des salaires, le principe léniniste qui consiste
                  à intéresser matériellement les travailleurs aux résultats de leur travail. Assurer dans les entreprises
                  une large utilisation des normes de rendement techniquement justifiées, correspondant au niveau
                  de développement actuel de la technique et de l’organisation de la production ; perfectionner
                  l’organisation du travail dans les entreprises, en plaçant tous les ouvriers dans des conditions
                  propices a un travail hautement productif.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  <title>Résolutions de l’assemblée plénière de juillet 1955 du
                  C.C. du P.C.U.S.</title>, p. 17 (éd. russe).
                </bibl>
              </cit>
            </div4>
            <div4 type="section" n="3" xml:id="chap33sect03">
              <head>33.3. L’augmentation constante du salaire réel en régime socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, <emph>le salaire réel ne cesse d’augmenter</emph>, conformément à la loi économique
              fondamentale du socialisme.</p>
              <p rend="alinéa">Les progrès ininterrompus de la production socialiste sur la base d’une
              technique supérieure et l’élévation de la productivité du travail sont le principal fondement
              économique de l’augmentation du salaire réel.</p>
              <p rend="alinéa">Pour que la société socialiste puisse vivre et se développer, l’élévation de la productivité du travail doit
              toujours <emph>dépasser</emph> l’augmentation des salaires. C’est à cette seule condition que la société peut disposer
              des ressources nécessaires pour développer la production, augmenter ses réserves et satisfaire de
              mieux en mieux les besoins croissants des travailleurs. Si l’augmentation constante de la productivité
              du travail et de la production sociale est la ferme assise de l’élévation continue du salaire réel, celle-ci
              entraîne l’accroissement du pouvoir d’achat des travailleurs, qui à son tour stimule sans cesse la
              production sociale.</p>
              <p rend="alinéa">Les progrès ininterrompus de la production socialiste ont pour corollaire un accroissement régulier du
              nombre des ouvriers et des employés, qui est passé en U.R.S.S. de 10,8 millions à la fin de 1928 à près
              de 47 millions à la fin de 1954, c’est-à-dire qu’il a été multiplié par 4,3, tout en s’accompagnant d’une
              élévation considérable du salaire réel. En régime capitaliste, la nécessité d’entretenir l’armée de réserve
              des chômeurs est une lourde charge pour les familles ouvrières et diminue le salaire réel de la classe
              ouvrière dans son ensemble. L’absence de chômage dans la société socialiste libère la classe ouvrière
              et toute la société de ce fardeau. La production croissante donne la possibilité de trouver un emploi à
              tous les membres de la famille aptes au travail, ce qui augmente d’une manière appréciable les revenus
              de celle-ci.</p>
              <p rend="alinéa">Les travailleurs de la société socialiste ignorent les lourdes pertes de salaires que subit la classe
              ouvrière des pays capitalistes en raison des limitations apportées à la rémunération du travail selon le
              sexe, l’âge, la nationalité et la race.</p>
              <p rend="alinéa">Dans la société socialiste est réalisé pour la première fois le principe : à travail égal salaire égal, sans
              distinction de sexe, d’âge, de nationalité et de race. Le travail des enfants est interdit. L’égalité réelle de
              la femme et de l’homme est assurée par un salaire égal, par l’octroi aux femmes de congés de grossesse
              avec maintien du salaire, par un vaste réseau de maternités, de crèches et de jardins d’enfants, par des
              allocations de l’État aux mères de familles nombreuses et aux mères seules. Toute restriction, directe
              ou indirecte, aux droits du travailleur en matière de rémunération du travail, pour raison de race ou de
              nationalité, est punie comme un crime des plus graves.</p>
              <p rend="alinéa">L’augmentation ininterrompue des salaires dans la société socialiste est ensuite conditionnée par les
              progrès culturels et techniques des travailleurs, par l’élévation de leur valeur professionnelle. En
              régime capitaliste, le développement de la technique industrielle fait que des couches nombreuses
              d’ouvriers qualifiés sont supplantées par des machines et reléguées à des travaux non qualifiés moins
              bien payés. D’autre part, les ouvriers épuisés par l’intensification capitaliste du travail vont grossir les
              rangs des chômeurs et sont remplacés par des ouvriers mieux portants et plus vigoureux. Dans la
              société socialiste, l’essor de la production est inséparable d’un progrès technique accéléré. Les
              anciennes professions manuelles, pénibles, sont remplacées par de nouvelles, fondées sur le travail
              qualifié, mieux rémunéré et mettant en œuvre les moyens techniques les plus modernes.
              L’État socialiste verse chaque année, pour récompenser un service prolongé et irréprochable dans la
              même branche de travail, des sommes importantes à titre de primes d’ancienneté à diverses catégories
              de travailleurs employés dans l’économie nationale, dans les organismes culturels et dans l’appareil
              d’État.</p>
              <p rend="alinéa">Un important facteur d’élévation constante du salaire réel est la politique systématiquement pratiquée
              par l’État socialiste de baisse des prix des articles de consommation courante et d’augmentation du
              pouvoir d’achat de la monnaie.</p>
              <p rend="alinéa smaller">De 1947 à 1954, les prix de détail des articles de consommation courante ont été diminués de 56,5 %, procurant
              à la population un gain de plusieurs centaines de milliards de roubles, alors que dans les pays capitalistes le coût
              de la vie a, d’après les chiffres officiels, augmenté de 21 % aux États-Unis et de 40 % en Angleterre.</p>
              <p rend="alinéa">La nationalisation de la terre a supprimé l’énorme tribut qu’en régime capitaliste les propriétaires de
              terrains dans les villes prélèvent sur la société en qualité de rente foncière. Dans les pays capitalistes,
              le loyer, le chauffage et l’éclairage absorbent environ le quart du salaire d’une famille ouvrière. En
              société socialiste, grâce à la propriété sociale de la terre, de la masse fondamentale des habitations
              dans les villes et des services municipaux, le loyer et les charges n’entrent que pour une fraction infime
              dans le budget des familles ouvrières : en U.R.S.S., un peu plus de 4 % en moyenne. C’est là un facteur
              essentiel de l’élévation du salaire réel.</p>
              <p rend="alinéa">En Union soviétique, l’ampleur considérable qu’a prise la construction d’habitations assure une
              amélioration systématique des conditions de logement des travailleurs. Rien que de 1946 à 1954, les
              entreprises et les services de l’État et des Soviets locaux, ainsi que les habitants des villes et des cités
              ouvrières bénéficiant de crédits de l’État, ont construit ou rebâti près de 220 millions de m2 de surface
              habitable. Près de 4,5 millions de maisons ont été en outre construites ou rebâties dans les localités
              rurales. Pour satisfaire les besoins croissants de la population en logements, il faut continuer à
              développer la construction d’habitations en améliorant sa qualité.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les ouvriers et les employés de la société socialiste sont délivrés du lourd fardeau que fait peser sur les
              masses laborieuses des pays capitalistes la politique fiscale de l’État bourgeois. Dans les pays
              capitalistes, les impôts élevés réduisent très sensiblement le salaire réel des ouvriers. En U.R.S.S.,
              l’impôt ne prélève qu’une partie infime du salaire ; de plus, son produit est consacré à satisfaire les
              besoins de l’économie nationale et à financer des mesures d’ordre social et culturel.</p>
              <p rend="alinéa"> Les sommes toujours croissantes dépensées pour ces mesures par l’État socialiste constituent un
              appoint très important au salaire individuel en argent.</p>
              <p rend="alinéa">Dans la société socialiste, les <emph>assurances sociales</emph> des ouvriers et des employés sont obligatoires et
              entièrement à la charge de l’État, alors qu’en régime capitaliste elles n’ont été instituées que dans peu
              de pays, et sont en grande partie alimentées par les cotisations des ouvriers eux-mêmes. Le
              gouvernement soviétique a dépensé au titre des assurances sociales 8,9 milliards de roubles au cours
              du premier quinquennat, 32,1 milliards au cours du second quinquennat, 79,1 milliards au cours du
              quatrième quinquennat, plus de 92 milliards durant les quatre années du cinquième quinquennat.</p>
              <p rend="alinéa">Les ouvriers et les employés de l’U.R.S.S. reçoivent au titre de la sécurité sociale des pensions payées
              par l’État ; ils ont droit à l’assistance médicale gratuite, reçoivent des places gratuites ou à prix réduits
              dans les centres de cure, les maisons de repos et les établissements pour enfants ; ils peuvent étudier et
              améliorer leurs connaissances professionnelles sans qu’il leur en coûte rien ; des bourses sont accordées
              aux étudiants. Tous les ouvriers et employés ont droit à des congés annuels de deux semaines au moins
              payés par l’État ; les travailleurs d’un certain nombre de professions bénéficient de congés d’une plus
              longue durée.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les crédits affectés par le budget d’État de l’U.R.S.S. aux mesures d’ordre social et culturel ont été multipliés par
              près de 3,5 de 1940 à 1954. Ceux de l’instruction publique sont passés de 22,5 milliards de roubles à 65,6
              milliards ; ceux de la santé publique, y compris les dépenses afférentes aux assurances sociales, de 11,2 milliards
              à 33,5 milliards ; ceux de la sécurité sociale, de 3,1 milliards à 24,2 milliards ; des sommes considérables sont
              allouées en outre aux mères de familles nombreuses et aux mères seules : 4,7 milliards de roubles en 1954.
              Toujours en 1954, la population de l’U.R.S.S. a reçu du budget d’État 146 milliards de roubles du fait de
              l’augmentation des crédits consacrés aux mesures d’ordre social et culturel, ainsi qu’à d’autres affectations
              budgétaires visant à élever le bien-être matériel des travailleurs.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi les dépenses effectuées par l’État et les organisations sociales pour les mesures d’ordre social et
              culturel permettent de satisfaire de nombreux besoins matériels et culturels des ouvriers et des
              employés. C’est là un important facteur d’élévation constante du salaire réel. Le salaire réel des
              ouvriers et des employés de l’U.R.S.S. se trouve de ce fait augmenté d’environ un tiers par rapport à ce
              qu’ils reçoivent chaque année sous forme de salaire individuel en argent.</p>
              <p rend="alinéa">L’État socialiste, qui tient en main tous les leviers du bien-être matériel des travailleurs, applique une
              politique d’élévation constante du salaire réel. Dès 1930, le salaire réel des ouvriers, compte tenu des
              assurances sociales et des prélèvements effectués sur le revenu net des entreprises (bénéfice) pour
              améliorer les conditions de vie des ouvriers, atteignait 167 % du niveau de 1913.
              En 1954, le salaire mensuel moyen des ouvriers et des employés de l’U.R.S.S., comparé à celui de
              1940, était à l’indice 206. Les prix de détail dans le commerce d’État et coopératif et sur les marchés
              kolkhoziens, le loyer et le coût des services de toutes catégories s’élevaient en 1954 à 118 % du niveau
              de 1940. Le salaire réel des ouvriers et employés soviétiques a donc, de 1940 à 1954,
              augmenté de 74 % ; et si l’on tient compte de l’augmentation des dépenses de l’État pour les besoins culturels et sociaux
              de la population, le salaire réel des ouvriers et des employés
              a plus que doublé au cours de cette
              période. Le salaire réel des ouvriers de l’U.R.S.S. avait,
              en 1954, à peu près sextuplé par rapport à ce qu’il était
              avant la Révolution.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Cet accroissement du salaire réel des ouvriers soviétiques par rapport à l’époque d’avant la Révolution découle de
              toute une série de facteurs. Le salaire en argent a augmenté beaucoup plus que les prix des marchandises et les
              redevances pour les charges et services. Le loyer et les charges, qui absorbaient avant la Révolution le tiers du
              salaire dans les budgets ouvriers, ne dépassent plus environ 6 %. Outre leur salaire individuel, les ouvriers
              soviétiques reçoivent de l’État des sommes importantes sous la forme de prestations au titre des assurances
              sociales, d’allocations diverses, d’avantages, de pensions, de bourses, des congés payés, d’instruction gratuite,
              d’assistance médicale, etc. Par contre, avant la Révolution, les ouvriers ne recevaient presque rien en plus du
              salaire individuel ; ils ne bénéficiaient généralement pas de congés payés. Dans le calcul du salaire réel, il est
              tenu compte de l’élimination absolue du chômage en U.R.S.S., ce qui assure le plein emploi à tous les membres
              de la famille aptes au travail, d’où une réduction considérable du nombre des personnes ne travaillant pas dans
              les familles ouvrières. Enfin, il faut aussi considérer qu’en U.R.S.S. la journée de travail est nettement plus
              courte que dans la Russie d’avant la Révolution, et que l’ouvrier reçoit donc un salaire plus élevé pour chaque
              heure de travail.</p>
              <p rend="alinéa">L’élévation constante du salaire réel entraîne une amélioration de la nourriture des travailleurs de la
              société socialiste, une consommation accrue par ceux-ci des articles industriels et l’augmentation de
              leurs <emph>épargnes</emph>. En 1954, le montant des sommes déposées par les travailleurs à la caisse d’épargne
              avait été multiplié par 6,7 par rapport à 1940. Dans la société socialiste, où est garanti le droit au
              travail, au repos, à une assistance matérielle en cas de vieillesse, de maladie et de perte de la capacité
              de travail, l’augmentation de l’épargne est un indice direct du bien-être croissant de la population.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Notre révolution, a dit Staline, est la seule qui ait brisé les chaînes du capitalisme, donné au peuple
                  la liberté, et qui ait encore eu le temps de lui donner les conditions matérielles d’une vie aisée. Là
                  réside la force, l’invincibilité de notre révolution.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  J. Staline,
                  « Discours prononcé à la première conférence des stakhanovistes de l’U.R.S.S. »,
                  <title>Les Questions du léninisme</title>, t. 2, p. 203-204.
                </bibl>
              </cit>
            </div4>
            <div4 type="resume" n="33" xml:id="chap33resume">
              <head>Résumé du chapitre 33</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
              <item><p rend="alinéa">Dans la société socialiste, le salaire est la part, exprimée en argent, qui revient au travailleur dans
              la portion du produit social répartie par l’État selon la quantité et la qualité du travail fourni.
              Conformément aux exigences de la loi économique fondamentale du socialisme et de la loi de la
              répartition selon le travail, l’État socialiste établit selon un plan et pour chaque période le salaire des
              différentes catégories de travailleurs de manière à en assurer l’augmentation constante parallèlement
              aux progrès de l’économie nationale et à l’élévation de la productivité du travail.</p></item>
              <item><p rend="alinéa">Le salaire correctement réglementé est un puissant stimulant de la production socialiste : il
              encourage le relèvement de la qualification du travailleur, le perfectionnement constant de la
              technique, une meilleure organisation de la production et l’augmentation de la productivité du travail
              social. En régime socialiste, c’est le système du salaire aux pièces qui concilie le mieux l’intérêt
              matériel personnel du travailleur et les intérêts de l’économie nationale. Dans la société socialiste, les
              systèmes suivants de salaire aux pièces sont appliqués : le salaire aux pièces direct, le salaire aux
              pièces progressif, le salaire aux pièces avec primes. Le salaire au temps dépend de la durée du travail
              et de l’habileté professionnelle du travailleur.</p></item>
              <item><p rend="alinéa">Le système des tarifs, dans l’économie socialiste, vise à réglementer les salaires de telle façon qu’ils
              stimulent l’augmentation de la productivité du travail, surtout dans les maillons essentiels de la
              production, et encouragent le relèvement de la qualification. Les principes socialistes de gestion de
              l’économie ont pour corollaire des normes progressives, techniquement justifiées. La politique des
              salaires de l’État socialiste est appliquée en combattant l’égalitarisme petit-bourgeois, sur la base
              d’une différenciation très poussée des salaires : paiement d’un salaire plus élevé pour un travail
              qualifié ou pénible, ainsi que pour le travail dans les professions et branches-clés de l’économie
              nationale.</p></item>
              <item><p rend="alinéa">La loi économique fondamentale du socialisme conditionne l’augmentation ininterrompue du
              salaire réel. Les facteurs de l’augmentation du salaire réel sont : le développement continu de la
              production socialiste et de la productivité du travail et l’absence complète de chômage ; la baisse
              méthodique du prix des articles de consommation courante ; l’élévation du niveau culturel et technique
              des ouvriers, de leur habileté professionnelle ; l’amélioration des conditions de logement des
              travailleurs. Au salaire individuel en argent des ouvriers et des employés viennent s’ajouter des
              sommes importantes allouées par l’État et les organisations sociales pour financer les mesures d’ordre
              social et culturel, ce qui contribue grandement à élever le salaire réel.</p></item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3 type="chapitre" n="34" xml:id="chap34">
            <head>Chapitre 34 — La gestion équilibrée et la rentabilité. Le prix de revient et le prix</head>
            <div4 type="section" n="1" xml:id="chap34sect01">
              <head>34.1. La gestion équilibrée<note xml:id="not01chap34sect01" n="1" place="bottom">En
              russe : khozrastchot.</note> et la rentabilité des entreprises.</head>
              <p rend="alinéa">Le système économique du socialisme ignore les contradictions du capitalisme, qui entraînent un
              énorme gaspillage de ressources matérielles et de main-d’œuvre. Comparé à tous les modes de
              production qui l’ont précédé, le système planifié socialiste de l’économie nationale permet et nécessite
              la plus grande économie de moyens de production et de travail.</p>
              <p rend="alinéa">Les nombreuses façons d’économiser
              qui existent dans la société se ramènent toutes en définitive à une économie du temps de travail, à une
              économie du travail vivant et passé ; autrement dit, elles se traduisent par une augmentation de la
              productivité du travail social.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Le temps que la société épargne quand elle produit du blé, du bétail, etc., écrivait Marx, est du
                  temps de gagné pour une autre production, matérielle ou spirituelle. Pour l’individu comme pour la
                  société, la plénitude de son développement, de sa consommation et de son activité dépend du
                  temps économisé.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  <title>Archives Marx-Engels</title>, t. 4, p. 119 (éd. russe).
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">L’économie du temps de travail est, pour la société socialiste, une nécessité objective. C’est l’un des
              principaux facteurs du progrès ininterrompu de la production.</p>
              <p rend="alinéa">C’est pourquoi l’application méthodique d’un régime d’économie est de la plus haute importance pour
              l’économie socialiste. Le <emph>régime d’économie</emph> est le principe de la gestion socialiste qui consiste à
              économiser, dans l’intérêt de toute la société, le temps de travail, ainsi que les ressources matérielles et
              monétaires, dans l’ensemble des entreprises et établissements.</p>
              <p rend="alinéa">L’application du régime le plus strict d’économie des ressources est une des tâches fondamentales de
              l’État socialiste sur le plan de l’organisation économique. Le Parti communiste et l’État soviétique
              mobilisent les masses pour la réalisation d’économies, pour que chaque heure de travail social, chaque
              unité d’outillage, de combustible, d’énergie, de matières premières produise toujours davantage.</p>
              <p rend="alinéa">Contrairement à la compression des frais de production en régime capitaliste, réalisée au détriment des
              travailleurs, en aggravant leurs conditions de travail et en intensifiant l’exploitation, l’économie de
              travail et de ressources matérielles en société socialiste, s’opère dans l’intérêt de toute la société,
              entraîne une amélioration de la situation des travailleurs et devient de ce fait la préoccupation de tous.</p>
              <p rend="alinéa">Dans les entreprises socialistes, le travail vivant et le
              travail cristallisé sont économisés par la gestion équilibrée.
              Comme l’a souligné Lénine,</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    Ce n’est pas en vous appuyant directement sur l’enthousiasme,
                    mais au moyen de l’enthousiasme engendré par la grande révolution,
                    en faisant jouer l’intérêt personnel, l’avantage personnel, en
                    appliquant le principe de la gestion équilibrée, […]
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « Pour le quatrième anniversaire de la révolution d’Octobre »,
                    <title>Œuvres</title>, t. 33, p. 51.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">que l’on bâtira le socialisme et que l’on amènera des dizaines
              et des dizaines de millions d’hommes au communisme.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>gestion équilibrée</emph> est une méthode de gestion économique planifiée des entreprises socialistes,
              conditionnée par l’action de la loi de la valeur, qui exige que les dépenses et les résultats de l’activité
              économique aient l’argent comme commune mesure, que les frais des entreprises soient compensés par
              leurs revenus propres, que les ressources soient économisées et que la production soit rentable.</p>
              <p rend="alinéa">La gestion équilibrée repose sur l’utilisation de la loi de la valeur. Dans l’économie socialiste, les frais
              et les résultats de la production, les revenus et les dépenses des entreprises socialistes sont, comme il a
              déjà été dit, exprimés et mesurés sous la forme valeur en termes monétaires. La gestion équilibrée est
              précisément la méthode de direction socialiste de l’économie qui permet, en utilisant la forme
              monétaire de la valeur, de procéder aux calculs comptables, de comparer les dépenses et les revenus de
              l’entreprise, de voir si elle est rentable ou déficitaire.</p>
              <p rend="alinéa">La gestion équilibrée suppose la nécessité, pour les entreprises, de compenser leurs dépenses par les
              revenus provenant de la réalisation de leur production aux prix fixés par l’État, et de tenir compte ainsi
              des exigences de la loi de la valeur.</p>
              <p rend="alinéa">La gestion équilibrée vise à obtenir les meilleurs résultats économiques avec le minimum de dépenses,
              à assurer la rentabilité de l’entreprise par l’économie des fonds et l’utilisation rationnelle de toutes les
              ressources. Est <emph>rentable</emph> une entreprise dont les ressources provenant de la réalisation de sa production
              compensent le prix de revient et procurent en outre un revenu. La rentabilité est l’un des principaux
              indices de l’efficience économique du travail de l’entreprise pendant une période déterminée.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">La rentabilité des différentes entreprises et branches de production a une importance énorme pour
                  le développement de notre production. On doit en tenir compte en planifiant la construction aussi
                  bien que la production. C’est l’a b c de notre activité économique au stade de son développement
                  actuel.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  J. Staline,
                  « Les problèmes économiques du socialisme en U.R.S.S. »,
                  <title>Derniers écrits</title>, p. 145.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">La gestion équilibrée stimule matériellement l’amélioration de l’activité économique des entreprises,
              forme les dirigeants d’entreprise et leurs collaborateurs à la conduite rationnelle de la production, les
              discipline, leur apprend à évaluer correctement les divers éléments de la production, à introduire les
              techniques modernes, à élever la productivité du travail, à réduire le prix de revient et à augmenter la
              rentabilité de la production.</p>
              <p rend="alinéa">Étant conditionnée par la loi de la valeur, la gestion équilibrée est en même temps un moyen de
              réaliser les exigences de la loi économique fondamentale, de la loi du développement harmonieux de
              l’économie nationale et des autres lois économiques du socialisme.</p>
              <p rend="alinéa">En incitant à économiser le temps de travail et à mobiliser les réserves internes des entreprises, la
              gestion équilibrée favorise l’essor ininterrompu de la production socialiste par l’utilisation de la
              technique moderne et l’élévation continue de la productivité du travail dans l’intérêt de la satisfaction
              maxima des besoins croissants de toute la société, des masses laborieuses.</p>
              <p rend="alinéa">Pour satisfaire aux exigences de la loi du développement harmonieux, proportionné, de l’économie
              nationale, la gestion équilibrée est nécessaire. Elle est un instrument de la direction planifiée des
              entreprises par l’État. C’est elle qui sert à assurer l’exécution et le dépassement des plans d’État avec le
              minimum de dépense de travail et de moyens de production et l’utilisation rationnelle de toutes les
              ressources. Elle sert aussi à contrôler l’exécution des plans selon leurs indices quantitatifs et qualitatifs.</p>
              <p rend="alinéa">L’économie planifiée socialiste assure non seulement la rentabilité des différentes entreprises et
              branches de production, mais encore une rentabilité supérieure, impossible à réaliser en régime
              capitaliste, à l’échelle de toute l’économie nationale. Cela signifie que la rentabilité se définit non
              seulement du point de vue de telle ou telle entreprise ou branche de production, et non seulement pour
              une période d’une année, mais aussi sous l’angle de toute l’économie nationale et pendant une longue
              période. En même temps, l’élévation de la rentabilité des différentes entreprises et des différentes
              branches de l’économie est la condition nécessaire qui permet d’accélérer les rythmes du
              développement de toute l’économie nationale.</p>
              <p rend="alinéa">On a déjà vu qu’il peut exister dans l’économie socialiste, à côté des entreprises rentables, certaines
              entreprises temporairement non rentables et même déficitaires, mais ayant une grande importance pour
              l’économie nationale. À ces entreprises l’État socialiste vient en aide en leur accordant des subventions,
              tout en prenant des mesures pour qu’elles deviennent rentables.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Pendant la guerre de 1941-1945, par exemple, des subventions étaient inévitables pour couvrir le déficit de
              l’industrie lourde. Mais ce système empêchait d’appliquer le principe de la gestion équilibrée dans toute son
              ampleur, ôtait de leur efficacité aux stimulants matériels de la réduction des prix de revient. Aussi, après la
              guerre, le système des subventions a-t-il été aboli à partir du 1<hi rend="ordinal">er</hi> janvier 1949. Cette mesure a été rendue possible
              par l’élévation de la productivité du travail et la réduction du prix de revient, ainsi que par le relèvement
              temporaire du prix des produits dans certaines branches de l’industrie lourde. Les prix de gros ont été ajustés aux
              prix de revient. La suppression des subventions a renforcé le principe de la gestion équilibrée, encouragé les
              économies de travail et de ressources matérielles dans l’industrie et créé les conditions indispensables à une
              baisse ultérieure des prix de gros.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le renforcement de la gestion équilibrée exige des organismes économiques qu’ils interviennent pour faire
              réaliser les plans d’accumulation par toutes les entreprises ; il est incompatible avec la méthode qui consiste à
              retirer des moyens aux entreprises travaillant bien pour les remettre à celles qui travaillent mal.</p>
              <p rend="alinéa">La gestion équilibrée traduit les rapports qui existent entre l’État socialiste et ses entreprises, ainsi
              qu’entre les différentes entreprises socialistes.</p>
              <p rend="alinéa">Elle réalise une synthèse de la <emph>direction centralisée</emph> des entreprises socialistes par l’État, et de
              <emph>l’autonomie</emph> de chaque entreprise dans son activité économique pratique. L’autonomie économique
              pratique de l’entreprise réside en ce qu’elle dispose de moyens matériels et financiers appartenant à
              l’État et peut faire preuve d’une grande initiative afin de les mettre en oeuvre aussi rationnellement que
              possible pour exécuter au mieux les objectifs fixés par le plan.</p>
              <p rend="alinéa smaller">L’État socialiste répartit les moyens de production entre ses entreprises et attribue à chacune les ressources
              matérielles et l’argent dont elle a besoin pour exécuter ses plans. L’entreprise, entité économique indépendante au
              point de vue juridique, entre en rapports d’affaires avec d’autres entreprises et organisations, recrute le personnel
              qui lui est nécessaire, organise sa production, ses services d’approvisionnement et de vente. Elle a un compte à la
              Banque d’État où elle dépose ses fonds disponibles ; elle peut recourir au crédit bancaire et possède son propre
              bilan comptable.</p>
              <p rend="alinéa">L’autonomie des entreprises d’État dans leur activité économique pratique s’exerce dans le cadre de la
              propriété nationale des moyens de production : l’État socialiste reste le propriétaire des moyens de
              production qu’il a confiés à telle ou telle entreprise pour qu’elle en fasse usage. Il coordonne l’activité
              des différentes entreprises compte tenu du rôle de chacune dans le système général de l’économie
              nationale. Entre les entreprises socialistes, il existe non pas des rapports de concurrence, comme en
              régime capitaliste, mais des rapports de coopération en vue d’exécuter tels ou tels objectifs dans
              l’intérêt du peuple tout entier.</p>
              <p rend="alinéa">La gestion équilibrée suppose que l’entreprise, ses dirigeants sont <emph>responsables</emph> devant l’État de
              l’accomplissement du plan et de l’utilisation rationnelle des ressources.</p>
              <p rend="alinéa">L’entreprise est responsable du paiement aux dates et dans les formes prévues des salaires à ses
              ouvriers et employés, de l’exécution intégrale et en temps prescrit des versements à effectuer au budget
              de l’État, de l’emploi régulier des fonds budgétaires et des crédits bancaires qu’elle a reçus.</p>
              <p rend="alinéa">La gestion équilibrée implique également que l’entreprise est matériellement responsable vis-à-vis des
              autres entreprises et organisations économiques de l’exécution de ses engagements.</p>
              <p rend="alinéa">Les relations économiques entre les entreprises sont réglées par des <emph>contrats économiques</emph>. Selon les
              dispositions du plan général d’État, les entreprises acquièrent les moyens de production dont elles ont
              besoin et réalisent leur production.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le contrat détermine les conditions et les délais de livraison, le volume, l’assortiment, la qualité de la production,
              le prix, les délais et les modalités de paiement, les responsabilités et le montant des pénalités encourues pour
              toute infraction à ses clauses.</p>
              <p rend="alinéa">La stricte observation du contrat par les entreprises est l’un des principaux éléments requis par la
              gestion équilibrée.</p>
              <p rend="alinéa">Celle-ci repose sur <emph>l’intérêt</emph> matériel de l’entreprise et de tout son personnel,
              dirigeants compris, à l’accomplissement du plan, à l’augmentation ininterrompue et rapide de la
              production, à une gestion économe et rationnelle, à la rentabilité de l’entreprise.</p>
              <p rend="alinéa">L’intérêt matériel de l’entreprise et de son personnel à l’exécution du plan, au progrès de la production,
              est assuré avant tout par le fait que l’entreprise reçoit de l’argent en fonction des résultats de son
              activité économique. Enfin, une partie du revenu (bénéfice) de l’entreprise reste à sa disposition et sert
              à compléter les moyens circulants et les investissements, à améliorer les conditions de vie matérielle et
              culturelle des ouvriers et des employés, à verser des primes aux meilleurs travailleurs.</p>
              <p rend="alinéa">La gestion équilibrée est liée à l’utilisation de la loi économique de la répartition selon le travail. La
              répartition selon le travail intéresse matériellement et personnellement le travailleur à l’augmentation
              de la productivité du travail et à l’économie des ressources, elle affermit le principe de la gestion
              équilibrée qui, à son tour, concourt à la réalisation conséquente de la loi de la répartition selon le
              travail et au mieux-être des travailleurs. Plus le revenu de l’entreprise est élevé et plus elle a la
              possibilité d’encourager les membres de son personnel en améliorant leurs conditions d’existence
              matérielle et culturelle, en attribuant des primes aux travailleurs d’élite. Mieux le principe de la gestion
              équilibrée est appliqué, et plus il est versé de primes pour économie de ressources.</p>
              <p rend="alinéa">La gestion équilibrée suppose un contrôle financier constant de l’activité de l’entreprise et de ses
              différentes parties. Le <emph>contrôle par le rouble</emph> s’exerce comme suit : les indices monétaires de l’activité
              économique de l’entreprise (prix de revient, rentabilité, etc.) permettent d’établir la qualité de son
              travail ; l’entreprise reçoit de l’argent en fonction de la qualité de son travail, du degré d’exécution du
              plan ; elle doit s’acquitter en temps voulu de ses obligations financières (remboursement des avances
              consenties par la banque, versements au budget, etc.) ; elle est tenue de régler à temps ses comptes avec
              les autres entreprises (fournisseurs ou acheteurs) conformément aux contrats qu’elle a conclus. Le
              contrôle par le rouble du travail des entreprises est effectué par les organismes économiques et
              financiers, par le système bancaire. Les entreprises liées entre elles par des contrats exercent un
              contrôle réciproque par le rouble. À l’intérieur de l’entreprise, le contrôle par le rouble est réalisé par la
              comptabilisation et la confrontation des dépenses et des résultats de la production exprimés en argent.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Une organisation rationnelle de la production socialiste exige que certains éléments de la gestion équilibrée
              soient appliqués dans les ateliers et les sections de l’entreprise. L’atelier, la section jouissent d’une certaine
              autonomie sous le rapport technique, mais non en matière de gestion économique, comme l’entreprise. Aussi la
              gestion équilibrée n’y est-elle applicable que dans certaines limites. Les éléments de gestion équilibrée
              applicables dans les ateliers et les sections sont : la comptabilité des dépenses exprimées en termes monétaires, la
              confrontation de ces dépenses avec les objectifs fixés par le plan, l’encouragement matériel des travailleurs qui
              ont obtenu les meilleurs résultats en matière d’économie des ressources.</p>
              <p rend="alinéa">En intéressant matériellement l’entreprise et son personnel aux résultats de la production et à
              l’exécution du plan, l’application conséquente de la gestion équilibrée stimule l’activité des travailleurs
              à l’entreprise et l’émulation socialiste des masses pour une utilisation plus complète et plus rationnelle
              des ressources, pour une gestion bien comprise, dans un esprit d’épargne, de l’économie. La gestion
              équilibrée vise à assurer une utilisation toujours meilleure de tous les fonds mis à la disposition des
              entreprises.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="2" xml:id="chap34sect02">
              <head>34.2. Les fonds des entreprises.
              Les fonds fixes et les fonds circulants.</head>
              <p rend="alinéa">Les ressources matérielles et monétaires attribuées aux entreprises d’État, propriété du peuple entier,
              forment ce qu’on appelle les <emph>fonds</emph> de ces entreprises.</p>
              <p rend="alinéa">Les moyens de production constituent les <emph>fonds de production de l’entreprise</emph>. Bien qu’en U.R.S.S., les
              moyens de production des entreprises d’État, ainsi que nous l’avons déjà montré, ne soient pas en
              réalité des marchandises, ils gardent la forme marchandise, la forme valeur ; ils se présentent sous une
              forme matérielle, mais aussi monétaire ; ils ont un prix. La répartition des moyens de production ne
              s’effectue pas par l’intermédiaire de livraisons sans intervention de l’argent, mais par leur réalisation
              contre de l’argent. Dans ce sens, il y a une <emph>circulation</emph> des moyens de production. Les fonds
              accomplissent donc, conformément à un plan, une rotation incessante, passant successivement par le
              stade de la production et celui de la circulation et changeant de forme en conséquence : forme argent,
              puis forme production, puis forme marchandise, puis forme argent, etc. Selon le caractère de leur
              rotation, les fonds de production de l’entreprise se divisent en fonds fixes et fonds circulants.</p>
              <p rend="alinéa">Les <emph>fonds fixes</emph> desservent la production pendant un temps assez long en conservant leur forme
              naturelle. Leur valeur s’incorpore aux dépenses de la production peu à peu, par fractions, à mesure
              qu’ils s’usent. Parmi les fonds de production fixes il faut ranger les moyens de travail : bâtiments
              d’exploitation, installations, machines, outils et autre matériel d’usage durable, moyens de transport.
              Les <emph>fonds circulants</emph> sont entièrement absorbés dans le processus de la production au cours d’un cycle
              de production, et leur valeur s’incorpore entièrement aux frais de production de la marchandise. Les
              fonds de production circulants comprennent les matières premières, les matériaux, le combustible, les
              produits semi-ouvrés et autres objets du travail.</p>
              <p rend="alinéa">Les fonds fixes constituent l’appareil de production de la société socialiste. Leur volume et leur degré
              d’utilisation déterminent pour une grande part l’échelle de la production.</p>
              <p rend="alinéa">Le développement harmonieux de la technique en régime socialiste exige qu’il soit tenu compte, sous
              tous ses aspects, de l’efficience que présente l’introduction dans la production de chaque nouveau type
              de machines, des perspectives qu’ouvre son utilisation.</p>
              <p rend="alinéa">L’invention et l’emploi dans la production de machines nouvelles, plus productives et plus
              économiques, signifie que les machines périmées se déprécient, subissent une usure morale avant
              d’être usées au sens propre du terme. Dans la société socialiste, l’usure <emph>morale</emph> des machines est un
              aspect très important, car le rythme rapide du progrès technique oblige à remplacer sans tarder les
              moyens techniques périmés par de nouveaux, et ceux-ci par des moyens techniques encore plus
              modernes. L’usure morale des machines est ici foncièrement différente de ce qu’elle est en régime
              capitaliste. Le remplacement de l’outillage périmé ne s’effectue pas anarchiquement, comme un
              épisode d’une lutte entre concurrents, mais d’une façon méthodique ; il n’entraîne donc ni la ruine et la
              faillite des petites et moyennes entreprises, ni le gaspillage des forces productives qui l’accompagnent
              en régime capitaliste. La gestion planifiée de l’économie ouvre de larges possibilités à l’utilisation
              rationnelle de tous les moyens techniques existants.</p>
              <p rend="alinéa">L’usure des fonds fixes dans les entreprises est couverte par un <emph>fonds d’amortissement</emph>. Les provisions
              pour amortissement doivent assurer la rénovation technique continue de l’appareil de production. Le
              fonds d’amortissement est constitué en incorporant aux dépenses nécessitées par chaque unité de
              production la fraction de la valeur des fonds fixes qui correspond à leur usure. Une partie du fonds
              d’amortissement des entreprises est utilisée dans la mesure prévue par le plan d’État pour reconstituer
              les fonds fixes usés, l’autre partie restant à la disposition de l’entreprise pour les grandes réparations de
              fonds fixes.</p>
              <p rend="alinéa">Outre les fonds se trouvant dans la sphère de la production, les entreprises disposent de ressources
              dans la sphère de la circulation : les <emph>fonds de roulement</emph>. Ceux-ci se composent des produits prêts à
              être réalisés et des ressources monétaires dont l’entreprise a besoin pour acheter les matières
              premières, le combustible, payer les salaires, etc.</p>
              <p rend="alinéa">Les fonds de production circulants et les fonds de
              roulement forment ensemble les <emph>moyens circulants</emph> de l’entreprise. Ceux-ci se divisent en moyens
              propres et moyens d’emprunt, constitués les uns et les autres en vertu d’un plan.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les moyens circulants propres sont attribués par l’État à l’entreprise pour couvrir ses besoins minimums. Le
              besoin supplémentaire ou temporaire de moyens circulants, en raison, par exemple, de la nécessité de constituer
              des stocks saisonniers de matières premières et de combustible, ou du fait que la marchandise est en cours de
              route, est couvert au moyen d’emprunt, de crédits de la Banque d’État, pour l’utilisation desquels celle-ci perçoit
              un intérêt. Ces modalités d’attribution des moyens circulants incitent l’entreprise à les utiliser de la manière la
              plus rationnelle et la plus économe, en accélérant leur rotation.</p>
              <p rend="alinéa">Le système socialiste d’économie assure une augmentation constante des fonds fixes et circulants, qu’il
              permet d’utiliser beaucoup mieux que le capitalisme. L’État établit les <emph>normes technico-économiques
              progressives</emph>, obligatoires pour les entreprises, concernant l’utilisation des machines et de
              l’équipement, la dépense de matières premières, de combustible et d’autres éléments des fonds
              circulants par unité de produits finis (dépense de minerai de fer et de coke pour une tonne de fonte, de
              betterave sucrière pour une tonne de sucre, etc.) et les <emph>normes des réserves</emph> pour les différents éléments
              des fonds circulants et les produits finis. L’établissement correct de ces normes est un important
              facteur d’augmentation méthodique de l’efficacité d’emploi des fonds fixes et circulants.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Dans la sidérurgie de l’U.R.S.S., l’efficacité de l’utilisation des hauts fourneaux avait presque doublé, dès 1940,
              par rapport à 1913. En 1954, elle avait augmenté de 43 %, et celle des fours Martin de 48 %, par rapport à 1940.</p>
              <p rend="alinéa">L’un des principaux indices de la qualité de l’activité économique d’une entreprise est la vitesse de
              rotation des moyens circulants.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>vitesse de rotation</emph> des moyens de l’entreprise dépend, premièrement, du temps de production
              pendant lequel ils se trouvent dans la sphère de la production, c’est-à-dire sous forme de stocks
              alimentant la production, de produits en cours de fabrication, de produits semi-ouvrés, et,
              deuxièmement, du temps pendant lequel ces moyens se trouvent engagés dans la sphère de la
              circulation (sous la forme de stocks de produits finis à réaliser, etc.)</p>
              <p rend="alinéa">L’accélération de la rotation des moyens circulants joue un grand rôle dans l’application d’un régime
              d’économie et dans la libération de ressources supplémentaires qui vont à l’accroissement de la
              production. Elle est, pour l’entreprise, un important facteur de l’exécution du plan de production et
              d’augmentation de l’accumulation. Elle permet d’exécuter le plan avec un minimum de moyens.</p>
              <p rend="alinéa">L’accélération de la rotation des moyens circulants exige la réduction du temps de production et du
              temps de circulation, ainsi qu’une lutte constante contre la constitution de réserves superflues
              (excédant la norme) de matières premières, de matériaux, de produits semi-ouvrés, de produits finis.
              La réduction de la durée du cycle de production résulte de l’accélération des opérations de la
              production grâce à l’emploi de techniques et d’une technologie avancées, à l’application des dernières
              réalisations de la science, à une meilleure organisation du travail. Le temps de circulation est réduit par
              un meilleur fonctionnement des transports, une organisation plus rationnelle de l’approvisionnement
              des entreprises et de l’écoulement de leurs produits. L’émulation socialiste joue un rôle important dans
              le renforcement du principe de la gestion équilibrée et dans l’accélération de la rotation des moyens
              circulants. La réduction de la durée du cycle de production, une meilleure organisation de
              l’approvisionnement des entreprises et de l’écoulement des produits, ainsi que l’affermissement de la
              discipline financière permettent d’améliorer notablement l’efficacité de l’emploi des moyens circulants
              par les entreprises d’État.</p>
              <p rend="alinéa">Outre les fonds de production et les fonds de roulement, l’entreprise possède des fonds fixes de
              consommation : habitations, clubs et autres établissements publics ou d’intérêt social et culturel avec
              leurs installations.</p>
              <p rend="alinéa">Un emploi économique et efficace des fonds fixes et circulants par les entreprises socialistes accroît le
              volume de la production et en abaisse le prix de revient.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="3" xml:id="chap34sect03">
              <head>34.3. Le prix de revient de la production.</head>
              <p rend="alinéa">Dans la société socialiste, toutes les dépenses de travail social nécessitées par la fabrication de tel ou
              tel produit sont des frais sociaux de production. Les frais sociaux de production d’une marchandise
              constituent la valeur de cette marchandise. Les frais de production des moyens de production sont eux
              aussi exprimés et mesurés sous la forme valeur, en termes monétaires. Les frais sociaux de production
              se composent, dans la société socialiste, de trois éléments : la valeur des moyens de production
              dépensés, la valeur du produit créé par le travail pour soi, la valeur du produit créé par le travail pour
              la société.</p>
              <p rend="alinéa">Les deux premiers éléments entrent dans le prix de revient de la production des entreprises socialistes.
              Le <emph>prix de revient</emph> est la partie de la valeur de la production, exprimée en argent, qui comprend les
              moyens de production consommés et la rémunération du travail. Il incarne donc le travail passé
              incorporé dans les moyens de production consommés et aussi la partie du travail nouvellement
              dépensée qui crée le produit pour soi.</p>
              <p rend="alinéa">On ne doit pas confondre ces catégories très différentes que sont le prix de revient de la production des
              entreprises socialistes et les frais de production capitalistes, qui traduisent une dépense de capital. La
              compression des frais de production capitalistes est réalisée par une exploitation renforcée des
              travailleurs, alors qu’en régime socialiste, la réduction du prix de revient de la production signifie une
              économie de travail social dans l’intérêt de tous.</p>
              <p rend="alinéa">Le prix de revient montre ce que coûtent concrètement à une entreprise donnée la fabrication et la
              vente du produit. Le calcul et la planification du prix de revient sont un facteur essentiel de la gestion
              équilibrée.</p>
              <p rend="alinéa">La valeur des moyens de production consommés se reflète dans le prix de revient par l’intermédiaire
              des prix de l’outillage, des matières premières, du combustible, des matériaux, etc., qui peuvent
              s’écarter de la valeur. Dans la pratique, le prix de revient de la production des entreprises d’État se
              compose des dépenses effectuées pour l’achat des matières premières, des matériaux, du combustible,
              de l’électricité, ainsi que des frais d’amortissement, des salaires et des sommes additionnelles aux
              salaires, des dépenses administratives et de l’intérêt des crédits. Les sommes additionnelles aux
              salaires versées par l’entreprise et l’intérêt des crédits représentent, en termes monétaires, une partie du
              produit pour la société.</p>
              <p rend="alinéa">L’inclusion dans le prix de revient de certains éléments de la valeur du produit pour la société tient à la
              nécessité, déterminée par la gestion équilibrée, de mettre dans une catégorie à part les dépenses en
              argent de l’entreprise pour la production et la réalisation des produits, indépendamment de leurs
              sources.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Il existe deux types principaux de prix de revient industriel : le prix de fabrique et le prix de revient complet (ou
              commercial). Le <emph>prix de fabrique</emph> comprend les dépenses de l’entreprise afférentes à la production proprement
              dite. Le <emph>prix de revient complet</emph> se compose du prix de fabrique, des dépenses nécessitées par la réalisation du
              produit (entretien de comptoirs de vente et d’entrepôts, frais de transport) et des dépenses administratives et
              autres des trusts et des combinats.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En 1954, le prix de revient de la production industrielle se composait en U.R.S.S. pour les trois quarts environ de
              frais matériels (matières premières, combustible, électricité, amortissement, etc.), et pour un quart environ du
              salaire.</p>
              <p rend="alinéa">Le prix de revient est l’expression synthétique de toute l’activité de production de l’entreprise, ainsi que
              de son approvisionnement en matériaux et de l’écoulement des produits finis. Plus le prix de revient est
              bas — le plan étant exécuté au double point de vue de la quantité et de la qualité — et plus est élevé le
              niveau de l’activité économique de l’entreprise.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Parmi les indices de la qualité du travail de l’économie nationale, l’abaissement du prix de revient
                  de la production, des transports et de la construction est celui qui présente le caractère le plus
                  synthétique. Le prix de revient dépend du niveau de la productivité du travail et des frais de
                  main-d’œuvre, du degré d’utilisation de l’équipement, du souci d’économie et de l’observation des normes
                  dans l’utilisation des matières premières, du combustible et des autres matériaux, ainsi que des
                  frais de circulation, particulièrement des frais de transport.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  L. Kaganovitch,
                  Discours à la 1<hi rend="ordinal">re</hi> session
                  du Soviet suprême de l’U.R.S.S., le 24 avril 1954, p. 3 (éd. russe).
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">L’État établit un plan méthodique de réduction des prix de revient par l’élévation de la productivité du
              travail, en prenant pour base des normes progressives de dépense de travail et d’utilisation des moyens
              fixes et circulants de production, l’accélération de la rotation des moyens, la réduction des frais
              d’entretien de l’appareil administratif.</p>
              <p rend="alinéa">La réduction systématique du prix de revient de la production
              des entreprises socialistes représente une économie constante de travail vivant et passé et reflète les
              exigences de la loi de l’élévation incessante de la productivité du travail social. La réduction du prix de
              revient est l’une des tâches centrales de la gestion socialiste de l’économie. Chaque réduction de 1 %
              du prix de revient de la production, des transports et de la construction apporte à la société socialiste
              des milliards de roubles, qui servent à élargir la production et à accroître le bien-être de la population.
              La participation active des masses à la lutte pour les économies dans l’économie nationale joue un rôle
              immense dans l’abaissement du prix de revient.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le prix de revient de la production dans l’industrie d’État de l’U.R.S.S. ne cesse de baisser. Il a diminué, par
              rapport à l’année précédente et compte tenu de la baisse du prix des matières premières, des matériaux, du
              combustible, ainsi que du coût de l’énergie électrique et thermique et des transports,
              de 7 % en 1951, de plus de 8 % en 1952, de plus de 5 % en 1953 et de près de 4 % en 1954.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Il existe, dans l’économie soviétique,
              d’importantes réserves inutilisées d’abaissement des dépenses de production. Une partie considérable des
              entreprises industrielles n’atteint pas les objectifs du plan en ce qui concerne la réduction du prix de revient de la
              production, ne réalise pas les économies indispensables de matières premières, de matériaux, de combustible et
              d’énergie électrique, ne fait pas la chasse aux dépenses improductives. Les pertes importantes de production dues
              aux malfaçons sont l’une des principales causes de la non-exécution des plans de réduction du prix de revient.
              L’essor continu de l’industrie soviétique exige une sérieuse amélioration des indices qualitatifs de la production
              dans toutes les entreprises.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="4" xml:id="chap34sect04">
              <head>34.4. Le revenu net de l’entreprise d’État. Le revenu net centralisé de l’État.</head>
              <p rend="alinéa">La différence entre la valeur et le prix de revient de la production
              constitue le <emph>revenu net de la société</emph> ; il exprime le produit
              pour la société créé par le travail des producteurs de l’économie socialiste.
              De sorte que, si le prix de revient de la production constitue
              l’un des éléments essentiels de la valeur de cette production,
              le second élément en est le revenu net. Dans le secteur d’État,
              tout le revenu net est la propriété du peuple entier. Il s’exprime en monnaie
              et revêt deux formes principales : celle de revenu net de l’entreprise d’État
              et celle de revenu net centralisé de l’État.</p>
              <p rend="alinéa">Les deux formes du revenu net sont
              créées dans la sphère de la production, dans les entreprises socialistes. Elles diffèrent par les méthodes
              de leur accumulation et de leur utilisation. Le <emph>revenu net de l’entreprise d’État</emph> est la partie du revenu
              net créé par le travail pour la société qui est accumulée par l’entreprise et utilisée en grande partie pour
              ses besoins. Le <emph>revenu net centralisé de l’État</emph> est la partie du revenu net de la société qui est
              concentrée entre les mains de l’État, afin d’être utilisée pour les besoins généraux de tout le pays.</p>
              <p rend="alinéa">La gestion équilibrée, d’une part, et la nécessité, pour l’économie socialiste, de centraliser une partie
              notable du revenu net, d’autre part, rendent indispensable l’existence de ces deux formes de revenu net.
              Ceci permet à l’État socialiste de stimuler l’intérêt qu’ont les travailleurs à accroître la rentabilité de
              leur entreprise et d’assurer la satisfaction des besoins de toute la société.</p>
              <p rend="alinéa">On appelle couramment « profit » le revenu net des entreprises d’État. Toutefois, dans la société
              socialiste, les raisons d’être de la catégorie économique du profit (ou bénéfice) ont entièrement
              disparu, puisque le profit traduit des rapports d’exploitation capitaliste.
              Par suite, le revenu net d’une entreprise d’État n’est pas en fait un profit. Son montant dépend de
              l’exécution des plans de production et de la réalisation du produit, de l’accomplissement du plan de
              réduction du prix de revient. Il existe une étroite corrélation entre le prix de revient et le revenu net de
              l’entreprise : la réduction du premier entraîne l’augmentation du second.</p>
              <p rend="alinéa">L’État règle l’emploi du revenu net des entreprises : une partie est consacrée à développer la production
              dans l’entreprise ou la branche considérée (investissements au titre des fonds fixes et augmentation des
              moyens circulants propres) ; une autre partie forme ce qu’on appelle le <emph>fonds de l’entreprise</emph>, qui est
              destiné à l’amélioration des conditions de vie matérielle et culturelle des travailleurs et au
              perfectionnement de la production. Le reste va au budget d’État au titre de « prélèvements sur les
              bénéfices ».</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le fonds de l’entreprise est constitué dans toutes les entreprises industrielles d’État appliquant le principe de la
              gestion équilibrée et ayant une balance autonome. Pour qu’il puisse être créé, l’entreprise doit accomplir ou
              dépasser, d’une part, le plan d’État en ce qui concerne la production marchande globale et l’assortiment des
              produits essentiels, d’autre part, les tâches relatives à la réduction du prix de revient, et enfin le plan
              d’accumulation du revenu net (profit ou bénéfice). Le fonds de l’entreprise tire sa source du revenu net de
              l’entreprise ou, dans celles pour lesquelles le plan ne prévoit pas de bénéfice, de l’économie résultant de la
              réduction du prix de revient. Il se voit attribuer de 1 à 6 % du revenu net de l’entreprise tel qu’il a été prévu par le
              plan ou de l’économie résultant de la réduction du prix de revient. Si le plan d’accumulation du revenu net ou la
              réduction du prix de revient sont dépassés, le fonds de l’entreprise se voit attribuer de 20 à 50 % des surplus
              obtenus par rapport aux prévisions. La constitution de ce fonds dépend donc de la qualité de l’activité
              économique de l’entreprise, d’où l’importance du rôle qu’il joue pour stimuler matériellement l’accomplissement
              et le dépassement du plan, pour renforcer la gestion équilibrée et élever la rentabilité de la production.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La moitié du fonds de l’entreprise est consacrée à l’introduction de techniques nouvelles et au perfectionnement
              de l’outillage existant, au développement de la production, à la construction et à l’entretien des maisons
              d’habitation appartenant à l’entreprise en sus des plans d’investissement. L’autre moitié du fonds de l’entreprise
              sert à améliorer la vie sociale et culturelle des travailleurs de l’entreprise (extension des exploitations auxiliaires,
              entretien des établissements pour enfants, équipement des maisons de repos et des centres de cure, des
              réfectoires, des clubs, développement de la culture physique et du sport), ainsi qu’à verser des primes
              individuelles aux ouvriers, employés, ingénieurs et techniciens, à acquérir des bons de séjour dans les maisons de
              repos et centres de cure et à attribuer des secours occasionnels aux ouvriers et aux autres travailleurs de
              l’entreprise.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le revenu net des entreprises ne cesse de s’accroître en raison des progrès ininterrompus et rapides de la
              production, de l’élévation de la productivité du travail et de la réduction des prix de revient. La somme globale
              du revenu net des entreprises et des organismes économiques s’élevait en U.R.S.S. à 6,6 milliards de roubles en
              1932, 31,8 milliards en 1940 et 89,8 milliards en 1953 ; le plan prévoyait 143,3 milliards pour 1955.</p>
              <p rend="alinéa">Le montant du revenu net de l’entreprise d’État dépend directement en grande partie de son travail, de
              la réduction du prix de revient par unité de production et de la réalisation du plan de production et de
              vente. Son augmentation permet de consacrer davantage au fonds de l’entreprise, d’accroître les
              moyens circulants et les investissements.
              Il existe donc un rapport étroit entre la gestion équilibrée et le revenu net de l’entreprise d’État ; le
              revenu net stimule directement l’amélioration du travail de l’entreprise.</p>
              <p rend="alinéa">L’État socialiste fixe le niveau du revenu net des entreprises, et établit ainsi le taux (niveau) de
              rentabilité pour chaque article et chaque entreprise. Le <emph>taux de rentabilité</emph> de l’entreprise est le rapport,
              en pourcentage, du revenu net de l’entreprise au prix de revient complet de la production réalisée.</p>
              <p rend="alinéa">Le taux de rentabilité de l’entreprise socialiste diffère essentiellement du taux de profit capitaliste,
              inséparable des rapports d’exploitation. Dans l’économie socialiste, la loi du taux de profit moyen et du
              prix de production ne joue plus. Le taux de rentabilité ne résulte pas d’une égalisation du revenu net
              entre les entreprises, mais est fixé par l’État en prenant en considération les conditions concrètes du
              fonctionnement de l’entreprise, d’une part, son intérêt, qui est d’obtenir le revenu net, et, d’autre part, la
              nécessité d’un contrôle comptable de l’activité de l’entreprise.
              L’État tient compte aussi de la nécessité, pour chaque entreprise, d’avoir un taux de rentabilité qui ne
              lui permette pas d’accumuler un argent superflu, qui l’incite sans cesse à appliquer plus rigoureusement
              les principes de la gestion équilibrée et à diminuer le prix de revient de sa production. Si le taux de
              rentabilité est trop élevé, l’entreprise peut obtenir un revenu net considérable sans lutter pour la
              réduction du prix de revient de sa production.</p>
              <p rend="alinéa">Le revenu net centralisé de l’État est versé au budget
              d’État sous la forme de divers prélèvements sur les revenus des entreprises socialistes. Il provient pour
              l’essentiel de prélèvements d’après des normes fixes sur les revenus des entreprises ; ces prélèvements
              entrent dans le prix de la production industrielle pour un montant fixé d’avance. Les prélèvements
              d’après des normes fixes sont appelés couramment l’ « impôt sur le chiffre d’affaires ».
              N’étant pas mis à la disposition des entreprises, ils sont versés au budget d’État sitôt la production
              réalisée. Le montant de cette partie du revenu net centralisé (l’ «impôt sur le chiffre d’affaires»), qui est
              fixé par unité de production, par exemple par mètre de tissu ou par paire de chaussures, ne dépend pas
              directement de l’exécution par l’entreprise du plan relatif au prix de revient, alors que le montant du
              revenu net (profit ou bénéfice) de l’entreprise est en fonction directe de l’abaissement du prix de
              revient de l’unité de production, par exemple un mètre de tissu ou une paire de chaussures. Plus le prix
              de revient de la production est bas, plus le revenu net de l’entreprise est élevé.</p>
              <p rend="alinéa">Bien que la partie du revenu net centralisé de l’État, qui est versée au budget d’État d’après des normes
              fixes, porte le nom d’ « impôt sur le chiffre d’affaires », elle ne constitue nullement un impôt ou un
              prélèvement effectué sur les revenus des travailleurs. Ainsi, le montant du salaire est déterminé par
              l’État socialiste, soucieux d’en relever sans cesse le niveau réel, en tenant compte du prix des articles
              de consommation où entre l’ « impôt sur le chiffre d’affaires».</p>
              <p rend="alinéa">Dans le processus de sa répartition, une partie du revenu net des entreprises d’État va également
              grossir le revenu net centralisé de l’État sous forme de prélèvements sur les bénéfices, de sommes
              additionnelles aux salaires pour les assurances sociales, sommes qui entrent pratiquement dans le prix
              de revient mais sont en fait une partie du revenu net, etc. Le revenu net centralisé de l’État comprend
              en outre une partie du revenu net des entreprises coopératives et kolkhoziennes.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="5" xml:id="chap34sect05">
              <head>34.5. Le prix dans l’entreprise industrielle d’État.</head>
              <p rend="alinéa">Le prix de revient, le revenu net de l’entreprise et la partie du revenu net centralisé de l’État qui revêt la
              forme de l’ « impôt sur le chiffre d’affaires », entrent dans la composition du prix de la production.</p>
              <p rend="alinéa">Il existe dans l’industrie d’État soviétique deux variétés principales de prix : le prix de gros de
              l’entreprise et le prix de gros de l’industrie.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>prix de gros de l’entreprise</emph> est égal au prix de revient
              prévu par le plan plus le revenu net de l’entreprise.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>prix de gros de l’industrie</emph> comprend le prix de
              gros de l’entreprise et la partie du revenu net centralisé de l’État qui est versée au budget d’après des
              normes fixes (l’ « impôt sur le chiffre d’affaires »).</p>
              <p rend="alinéa">Toutes les branches de production (industrie, agriculture, transports, etc.) concourent à la formation du
              revenu net de la société. Mais ce sont surtout celles qui produisent des articles de consommation qui
              versent au budget d’État, par le mécanisme des prix, la partie du revenu net centralisé de l’État prélevée
              d’après des normes fixes. Quant au prix des produits fournis par les branches produisant des moyens
              de production, il est généralement établi au-dessous de la valeur, car il ne contient pas une partie du
              revenu net créé dans ces branches.
              Cette partie du revenu net passe ainsi de l’industrie lourde dans les industries légère et alimentaire et
              est réalisée dans les prix des articles d’usage personnel.
              Cela assure un prix relativement bas des moyens de production employés dans l’industrie, dans
              l’agriculture et dans le bâtiment et entraîne une réduction correspondante du prix de revient de la
              production.</p>
              <p rend="alinéa">Le prix de gros de l’entreprise permet à celle-ci de couvrir ses dépenses effectuées dans le cadre du
              plan et d’obtenir le revenu net. En fixant les prix de gros de l’entreprise à un niveau assurant la
              rentabilité de cette dernière, l’État tient compte de la loi de la valeur.
              Les prix de gros de l’entreprise jouent un rôle important dans le système de la gestion équilibrée et du
              contrôle par le rouble du prix de revient. La gestion équilibrée requiert un niveau des prix de gros
              stimulant l’amélioration de la qualité de la production, l’économie des ressources, la réduction du prix
              de revient. Si les prix de gros n’assurent pas la rentabilité de la production ou même le remboursement
              des dépenses alors que l’entreprise exécute le plan relatif au prix de revient, le système de la gestion
              équilibrée en est affaibli, de même que l’intérêt porté à l’amélioration de la qualité de l’activité
              économique de l’entreprise.
              D’autre part, des prix de gros élevés assurant la rentabilité même si l’entreprise travaille selon des
              méthodes retardataires ne stimulent pas l’application de normes de production progressives.</p>
              <p rend="alinéa">La baisse des prix de gros repose sur le développement et le perfectionnement continus de la
              production socialiste. L’État socialiste applique une politique de réduction méthodique des prix de
              revient dans l’industrie et des prix des articles industriels. Et la réduction des prix favorise à son tour
              celle du prix de revient. Pour obtenir le revenu net avec des prix en baisse, l’entreprise doit réduire le
              plus possible les dépenses par unité de produit.</p>
              <p rend="alinéa">En réduisant les prix de gros, l’État incite les dirigeants d’entreprise à réduire les dépenses afin
              d’assurer la rentabilité de l’entreprise, à améliorer l’organisation du travail, à mettre en lumière et
              utiliser les ressources latentes de l’économie.</p>
              <p rend="alinéa">Entre 1950 et 1955, le développement de la production et la diminution du prix de revient ont permis de réduire à
              trois reprises les prix de gros dans l’industrie, de sorte que dans l’industrie lourde, au milieu de 1955, ils étaient
              inférieurs au niveau de la fin de 1948 à la veille de la suppression des subventions compensant les pertes de
              l’industrie lourde et de l’augmentation provisoire des prix de gros pour la production de certaines branches de
              l’industrie lourde.</p>
              <p rend="alinéa">La baisse systématique des prix de gros affermit le principe de la gestion équilibrée et crée la base
              d’une réduction des prix de détail.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume" n="34" xml:id="chap34resume">
              <head>Résumé du chapitre 34</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
                <item><p rend="alinéa">Le socialisme permet d’économiser largement toutes les ressources de production, ce qui se ramène
                en définitive à une économie constamment croissante du temps de travail, c’est-à-dire du travail vivant
                et passé. Dans les entreprises socialistes, l’économie du travail vivant et du travail cristallisé se fait au
                moyen de la gestion équilibrée. Celle-ci est une méthode de gestion planifiée de l’économie des
                entreprises socialistes, conditionnée par l’action de la loi de la valeur et exigeant la comparaison en
                termes monétaires des dépenses et des résultats de l’activité économique, la couverture des dépenses
                des entreprises par leurs revenus propres, l’économie des ressources et la rentabilité de la production.
                La gestion équilibrée suppose que l’entreprise est autonome dans son activité économique pratique,
                qu’elle est responsable de l’emploi économe des ressources mises à sa disposition et qu’elle est
                matériellement intéressée à améliorer les résultats de son travail. Son objectif est l’exécution et le
                dépassement des plans selon les indices quantitatifs et qualitatifs.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">Les fonds de production des entreprises socialistes d’État se divisent en fonds fixes et fonds
                circulants. Les fonds circulants et les fonds de roulement constituent ensemble les moyens circulants
                de l’entreprise. Le système socialiste d’économie permet de tirer le parti le meilleur, le plus rationnel,
                des fonds fixes et des moyens circulants.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">Le prix de revient de la production est la partie de sa valeur, exprimée en argent, qui représente les
                dépenses pour les moyens de production consommés et pour la rémunération du travail. C’est un
                indice essentiel de la qualité du travail de l’entreprise. La réduction méthodique du prix de revient et
                des prix est un des principes fondamentaux de la gestion socialiste de l’économie.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">Le produit du travail pour la société constitue le revenu net de la société socialiste. Dans le secteur
                de la production d’État, le revenu net se présente sous deux formes principales : le revenu net de
                l’entreprise d’État et le revenu net centralisé de l’État. Le revenu net de l’entreprise d’État est la partie
                du revenu net créé par le travail pour la société qui est accumulée par l’entreprise et utilisée en
                grande partie pour ses besoins. Le revenu net centralisé de l’État est la partie du revenu net de la
                société qui est concentrée entre les mains de l’État pour subvenir aux besoins de la collectivité. Cette
                division du revenu net de la société est due à la nécessité, d’une part, d’appliquer le principe de la
                gestion équilibrée et, d’autre part, de centraliser l’emploi d’une partie importante du revenu net de la
                société pour les besoins du peuple entier.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">Dans l’industrie d’État de l’U.R.S.S. existent deux variétés principales de prix : le prix de gros de
                l’entreprise et le prix de gros de l’industrie. Le prix de gros de l’entreprise est égal au prix de revient
                prévu par le plan plus le revenu net de l’entreprise. Le prix de gros de l’industrie comprend le prix de
                gros de l’entreprise et la partie du revenu net centralisé de l’État qui est versée au budget d’après des
                normes fixes.</p></item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3 type="chapitre" n="35" xml:id="chap35">
            <head>Chapitre 35 — Le système socialiste d’agriculture</head>
            <div4 type="section" n="1" xml:id="chap35sect01">
              <head>35.1. La place et le rôle de l’agriculture socialiste dans l’économie nationale.</head>
              <p rend="alinéa">  Le système socialiste d’agriculture est fondé sur la propriété d’État (du peuple entier) et la propriété
              coopérative-kolkhozienne des moyens de production. Il comprend les kolkhoz, les stations de
              machines et de tracteurs et les sovkhoz.</p>
              <p rend="alinéa">L’agriculture socialiste joue un rôle important dans la garantie de la satisfaction maxima des besoins
              matériels et culturels sans cesse croissants de toute la société. Elle est la <emph>base de ravitaillement</emph> qui
              fournit des denrées alimentaires à la population, et la <emph>base de matières premières</emph> des industries légère
              et alimentaire, qui produisent des articles d’usage courant.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">La société socialiste est une coopérative de production et de consommation des travailleurs de
                  l’industrie et de l’agriculture. Si, dans cette coopérative, l’industrie n’est pas étroitement coordonnée
                  à l’agriculture qui lui procure des matières premières et des denrées alimentaires, et absorbe ses
                  produits, si l’industrie et l’agriculture ne forment pas de la sorte un tout économique, il n’est pas de
                  socialisme possible.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  J. Staline,
                  « Questions et réponses »,
                  <title>Œuvres</title>, t. 7, p. 200 (éd. russe).
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">L’industrie joue le rôle dirigeant par rapport à l’agriculture. L’agriculture dépend dans une très grande
              mesure de l’industrie produisant des tracteurs, des moissonneuses-batteuses et d’autres machines
              agricoles, des pièces de rechange, du carburant, des engrais chimiques, des insecticides, etc. L’essor
              ininterrompu de l’agriculture socialiste ne peut être assuré que grâce à l’accroissement rapide de la
              production des moyens de production que lui fournit l’industrie socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">De son côté, le développement de l’industrie et des autres branches de l’économie nationale dépend
              d’un progrès rapide et constant de l’agriculture. Le mieux-être général, l’accroissement de la population
              des villes rendent nécessaire une production plus abondante de céréales, de viande, de lait, de pommes
              de terre, de légumes et d’autres denrées agricoles. Pour produire davantage d’articles industriels, il faut
              plus de matières premières agricoles pour les industries légère et alimentaire : coton, lin, laine,
              betterave à sucre, oléagineux, etc.</p>
              <p rend="alinéa">Le système socialiste d’agriculture permet une élévation systématique de la productivité de
              l’agriculture et de son rendement marchand.</p>
              <p rend="alinéa">La productivité du travail agricole a triplé en 1954 dans l’agriculture socialiste de l’U.R.S.S. par
              rapport à ce qu’elle était avant la Révolution, ce qui est une preuve éclatante des avantages
              considérables du système kolkhozien et sovkhozien de production.</p>
              <p rend="alinéa smaller">De 1926-1927 à 1952-1953, la production marchande de l’agriculture est passée de 10,3 millions de tonnes à
              40,4 millions de tonnes pour les céréales, de 3 à 12,5 millions de tonnes pour les pommes de terre, de 2,4 à 5
              millions de tonnes pour la viande (poids vif), de 4,3 à 13,2 millions de tonnes pour le lait. D’importants succès
              ont été remportés dans la production du coton, de la betterave à sucre et de quelques autres plantes industrielles.</p>
              <p rend="alinéa">Mais le niveau actuel de la production agricole ne correspond ni à l’équipement technique élevé de
              l’économie rurale ni aux possibilités du régime socialiste dans l’agriculture et ne permet pas encore de
              satisfaire les besoins accrus de la population en denrées alimentaires et de l’industrie en matières
              premières agricoles.</p>
              <p rend="alinéa">Pour satisfaire tous les besoins de la population en produits alimentaires des plus variés et développer
              largement les différentes branches des industries légère et alimentaire, il est indispensable d’accroître
              rapidement la production agricole dans son ensemble, mais aussi d’en améliorer la structure (accorder
              plus d’importance à l’élevage, aux cultures de haute valeur, etc.)</p>
              <p rend="alinéa">L’accroissement de la production des céréales a, sous ce rapport, une importance primordiale. Les
              céréales sont à la base de toute la production agricole. Pour résoudre à bref délai le problème de
              l’élevage, il faut assurer à l’ensemble du bétail les fourrages céréaliers : maïs, orge, avoine, dont il a
              besoin. Pour produire davantage de coton, de lin, de betterave a sucre, de tournesol et d’autres plantes
              industrielles, il faut que ceux qui les cultivent aient leur pain garanti. Le développement de toutes les
              branches de l’agriculture dépend donc de l’accroissement de la production des céréales.</p>
              <p rend="alinéa">Pour satisfaire intégralement les besoins alimentaires de la population et améliorer la structure de
              l’alimentation, il importe aussi de développer l’élevage et toutes les autres branches de l’agriculture
              (culture de la pomme de terre et des légumes, horticulture, viticulture, etc.) L’agriculture socialiste
              dispose de grandes possibilités, qui sont encore loin d’être toutes mises a profit, pour approvisionner
              pleinement la population en produits agricoles et l’industrie en matières premières.</p>
              <p rend="alinéa">Les grands succès remportés dans le développement de l’industrie lourde ont permis au Parti
              communiste et à l’État soviétique d’élaborer en 1953-1954 un programme d’essor rapide de toutes les
              branches de l’agriculture et d’en amorcer la réalisation. La session plénière de janvier 1955 du Comité
              central du P.C.U.S. a décidé de porter la récolte globale annuelle des céréales à 10 milliards de pouds
              au cours des 5 ou 6 années à venir et de multiplier par deux et plus la production des principaux
              produits ou d’élevage. Pour augmenter la récolte globale des céréales, il faut accroître les rendements
              sur toutes le terres cultivées, réduire les pertes au moment de la récolte, défricher les terres vierges et
              incultes. Obtenir rapidement une quantité accrue de céréales est une tâche de première importance
              pour la réalisation des grands plans de l’édification communiste. Lutter pour l’extension de la
              production céréalière, c’est lutter pour renforcer la puissance économique de notre patrie, pour
              continuer d’améliorer le bien-être du peuple.</p>
              <p rend="alinéa">Une récolte globale de céréales de 10 milliards de pouds
              permettra de couvrir entièrement tous les besoins en blé, de créer des réserves plus puissantes, de
              développer le commerce avec les pays étrangers et aussi d’affecter à l’élevage plus de 4 millions de
              pouds de grain, notamment de maïs, ainsi qu’une quantité considérable de son, de tourteaux et de
              divers fourrages combinés. L’élevage sera doté d’une base fourragère stable, deviendra hautement
              productif, accroîtra sa production marchande et fournira à la population la quantité indispensable de
              produits.</p>
              <p rend="alinéa">L’expérience des kolkhoz, des S.M.T. et des sovkhoz les plus avancés montre que cette tâche
              peut être résolue dans des délais plus courts encore que ceux qui ont été prévus.</p>
              <p rend="alinéa">L’<emph>utilisation la plus complète et la plus diversifiée de la terre</emph>, principal moyen de production dans
              l’agriculture, est une condition essentielle du progrès de toutes les branches de la production agricole.
              La nationalisation de la terre contribue grandement à diminuer le coût de la production des denrées
              agricoles, à élever de plus en plus le niveau matériel d’existence de la paysannerie soviétique.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Avant la Révolution, les paysans pauvres et moyens possédaient en Russie environ 135 millions d’hectares de
              terres cultivées. Grâce à la Révolution socialiste d’Octobre et à la victoire du régime kolkhozien, la paysannerie
              kolkhozienne avait, dès 1937, la jouissance de plus de 370 millions d’hectares de terres cultivées, soit près de
              trois fois plus. À l’heure actuelle, compte tenu des kolkhoz des régions occidentales de la R.S.S. d’Ukraine et de
              la R.S.S. de Biélorussie, des districts occidentaux de la R.S.S. de Moldavie et des républiques soviétiques baltes,
              elle a la jouissance perpétuelle de 397 millions d’hectares de terres cultivées ; ce chiffre est porté à 578 millions
              d’hectares si l’on y ajoute les forêts et autres terres encore non mises en valeur. Elle bénéficie en outre de l’usage
              gratuit et à long terme de 180 millions d’hectares des fonds agraire et forestier de l’État, dont 66 millions
              d’hectares de terres cultivées.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les sovkhoz disposent d’environ 70 millions d’hectares de terres cultivées ; les exploitations auxiliaires
              des entreprises et établissements divers, ainsi que les autres exploitants du sol, de plus de 19 millions
              d’hectares.</p>
              <p rend="alinéa">Il existe dans les kolkhoz et les sovkhoz d’immenses réserves de <emph>terres vierges et incultes</emph> d’une grande
              fertilité. Leur mise en valeur permettra d’augmenter considérablement et à très bref délai la production
              des denrées agricoles.</p>
              <p rend="alinéa">La nécessité, pour l’économie nationale, d’accroître la production des céréales et des autres denrées
              agricoles a exigé l’exécution par l’État de grands travaux en vue de mettre en valeur aussi
              complètement que possible les richesses foncières du pays. En vertu des décisions de l’assemblée
              plénière de février-mars 1954 du Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique relatives à
              « l’augmentation de la production des céréales dans le pays et au défrichement des terres vierges et
              incultes », ainsi que des décisions ultérieures du Parti communiste et de l’État soviétique, un
              programme grandiose a été adopté, qui prévoit la mise en valeur de terres nouvelles, principalement
              dans les régions orientales du pays : 28 à 30 millions d’hectares cultivés en céréales et autres plantes
              dès 1956. L’exécution de cette tâche d’intérêt national a permis aux kolkhoz et aux sovkhoz de
              défricher, dès 1954 et au cours du premier semestre 1955, plus de 26 millions d’hectares de terres
              vierges et incultes d’une exceptionnelle fertilité.</p>
              <p rend="alinéa">Les vastes étendues attribuées à chaque kolkhoz et à chaque sovkhoz permettent d’utiliser de la façon
              la plus productive tracteurs, moissonneuses-batteuses et autres machines agricoles perfectionnées,
              d’établir des assolements rationnels, d’effectuer des travaux d’aménagement foncier, de creuser des
              canaux d’irrigation et d’assèchement, de procéder à des plantations forestières, etc. La terre, a dit Marx,
              ne cesse de s’améliorer si on la traite comme il convient. Le régime socialiste permet d’appliquer un
              système rationnel assurant une élévation constante de la fertilité du sol et le rendement maximum de
              l’agriculture.</p>
              <p rend="alinéa">Un système rationnel d’agriculture suppose l’intensification de cette dernière. <emph>L’intensification</emph> de
              l’agriculture implique l’investissement de moyens de production supplémentaires pour une surface
              déterminée et l’amélioration des méthodes de gestion afin d’obtenir le maximum de produits par
              hectare de terre mise en valeur en réduisant la dépense de travail et de moyens par unité de produit.
              Elle exige l’emploi d’engrais organiques et chimiques, l’élevage de races d’animaux d’une haute
              productivité, la mise en pratique des dernières réalisations de l’agronomie et de la zootechnie, etc. C’est
              la ligne principale du développement de l’agriculture socialiste.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="2" xml:id="chap35sect02">
              <head>35.2. Les stations de machines et de tracteurs,
              base industrielle de la production kolkhozienne.</head>
              <p rend="alinéa">Les kolkhoz sont desservis par les stations de machines et de tracteurs appartenant à l’État, où sont
              concentrés les principaux instruments de production agricole.</p>
              <p rend="alinéa">La réunion aux mains de l’État des principaux moyens de production agricole est un des avantages
              majeurs du régime kolkhozien. La technique agricole ne cesse de se perfectionner, sans quoi le progrès
              de l’agriculture socialiste serait inconcevable. La fabrication de nombreuses machines de plus en plus
              perfectionnées nécessite d’importantes mises de fonds qui ne sont amorties qu’au bout d’un certain
              nombre d’années. L’État soviétique investit dans l’agriculture des sommes considérables et toujours
              croissantes qui excèdent les possibilités des entreprises agricoles, même les plus puissantes.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les dépenses budgétaires et les autres crédits de l’État pour développer l’agriculture se sont élevés à 52 milliards
              de roubles en 1953 et à 74,4 milliards en 1954. Le budget de 1954 a consacré plus de 32 milliards de roubles au
              renforcement des stations de machines et de tracteurs.</p>
              <p rend="alinéa">Les stations de machines et de tracteurs, base matérielle et technique industrielle de la production
              kolkhozienne, sont la force déterminante du développement des kolkhoz. C’est par leur intermédiaire
              que l’alliance se réalise entre l’industrie et l’agriculture. Les relations qui se sont établies entre les
              stations de machines et de tracteurs et les kolkhoz traduisent les rapports de production socialistes
              existant entre la classe ouvrière et la paysannerie kolkhozienne.</p>
              <p rend="alinéa">Grâce aux S.M.T., les kolkhoz se développent sur la base d’une technique supérieure. Le niveau élevé
              de mécanisation de la production kolkhozienne conditionne l’accroissement de la productivité du
              travail dans les kolkhoz. La mécanisation a grandement facilité le travail des kolkhoziens ; elle permet
              d’exécuter les opérations agricoles dans les délais recommandés par l’agronomie, d’appliquer les
              réalisations de l’agrotechnique la plus moderne. L’emploi généralisé des machines des S.M.T. dans la
              production kolkhozienne procure une économie considérable du travail nécessaire pour l’obtention des
              produits agricoles.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Au début de 1954, les stations de machines et de tracteurs disposaient de plus des trois quarts de la puissance
              totale des moteurs mécaniques (moteurs électriques compris) se trouvant dans les S.M.T. et les kolkhoz. En
              1954, elles ont exécuté dans les kolkhoz plus de 80 % des principaux travaux des champs, et notamment la
              presque totalité des labours. Les travaux exécutés en 1953 par les S.M.T. à l’aide de tracteurs et de
              moissonneuses-batteuses auraient exigé 23 millions de travailleurs supplémentaires s’ils avaient été accomplis
              par des exploitations paysannes individuelles.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">La tâche fondamentale des stations de machines et de tracteurs est d’élever au maximum le
                  rendement de toutes les cultures dans les kolkhoz, d’assurer l’accroissement du cheptel collectif
                  tout en augmentant sa productivité, d’accroître la production globale et marchande de l’agriculture
                  et de l’élevage dans les kolkhoz qu’elles desservent.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  « Décision de l’assemblée plénière de septembre 1953 du C.C. du P.C.U.S. »,
                  <title>Le P.C.U.S. dans les résolutions et décisions de ses
                  congrès et conférences et des assemblées plénières du C.C.</title>,
                  2<hi rend="ordinal">e</hi> partie, p. 1182 (7<hi rend="ordinal">e</hi> édition russe).
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Pour résoudre ce problème, il importe d’assurer la <emph>mécanisation complexe</emph> de toutes les branches de la
              production kolkhozienne : culture des céréales, des plantes industrielles et fourragères, de la pomme
              de terre et des légumes, travaux exigeant une main-d’œuvre nombreuse dans les fermes d’élevage des
              kolkhoz. Il existe dans les S.M.T. et les stations spécialisées des cadres permanents qualifiés pour la
              motoculture : conducteurs de tracteurs, de moissonneuses-batteuses et d’autres machines agricoles
              perfectionnées, chefs de brigades de tracteurs. Cela permet d’utiliser de la façon la plus complète et la
              plus productive un matériel agricole abondant et complexe.</p>
              <p rend="alinéa">Les stations de machines et de tracteurs,
              grandes entreprises d’État du type industriel qui desservent les kolkhoz, sont appelées à promouvoir les
              techniques agricoles les plus modernes, à organiser la production kolkhozienne. C’est par leur
              intermédiaire que l’État soviétique exerce son rôle dirigeant en vue de consolider les kolkhoz sur le
              plan économique et de l’organisation. Elles aident les kolkhoz à planifier l’exploitation collective, à
              organiser rationnellement le travail, à former des cadres, bref dans toutes les autres sphères de la vie
              économique, politique et culturelle.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Jusqu’en 1953, l’outillage abondant et perfectionné des S.M.T. était confié à des ouvriers kolkhoziens
              saisonniers, désignés par les kolkhoz pour travailler dans les S.M.T. uniquement à l’époque des travaux des
              champs. Conformément aux décisions de l’assemblée plénière de septembre 1953 du Comité central du Parti
              communiste de l’Union soviétique, des cadres permanents de spécialistes de la motoculture ont été créés dans les
              stations de machines et de tracteurs : le personnel permanent des S.M.T. comptait en 1954 près de 2 millions
              d’ouvriers, dont plus de 1 million conducteurs de tracteurs, 200 000 chefs de brigade de tracteurs et leurs
              adjoints, 240 000 conducteurs de moissonneuses-batteuses. Tout un réseau d’écoles de motoculture a été
              organisé.</p>
              <p rend="alinéa">Les stations de machines et de tracteurs desservent les kolkhoz en vertu de contrats passés avec ces
              derniers ; ils ont force de loi pour les deux parties. Le principal indice économique de l’activité de la
              S.M.T. est la quantité maximum de produits et de revenus en argent obtenus par les kolkhoz qu’elle
              dessert pour 100 hectares de terres cultivées avec le minimum de dépenses en travail et en moyens. La
              S.M.T. porte la responsabilité de la livraison à l’État par les kolkhoz de la quantité prévue de produits
              agricoles.</p>
              <p rend="alinéa">Conformément au contrat, les travaux exécutés pour les kolkhoz par la S.M.T. sont payés en
              nature (produits agricoles) ; toutefois certains le sont en argent. Le <emph>paiement en nature</emph> des travaux
              exécutés par la S.M.T. est la partie de la production globale du kolkhoz destinée à couvrir les dépenses
              effectuées par la S.M.T. pour l’obtention de cette production. Il représente le travail passé (moyens de
              production consommés par la S.M.T.), ainsi que le travail des ouvriers de la S.M.T., lequel se compose
              de travail pour soi et de travail pour la société. Le taux du paiement en nature est un taux fixe,
              différencié selon les zones du pays en fonction des conditions économiques et naturelles. Si le plan de
              rendement des cultures a été dépassé, la S.M.T. reçoit des kolkhoz une portion déterminée de la récolte
              obtenue en sus du plan.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La réalisation des produits agricoles livrés par les kolkhoz au titre du paiement en nature fournit à l’État des
              ressources monétaires qu’il dépense pour reconstituer les moyens de production consommés par les S.M.T. et
              payer le salaire des travailleurs de ces dernières. Elle procure également à l’État un revenu net, dont il se sert
              pour développer les S.M.T. existantes et en organiser de nouvelles, ainsi que pour satisfaire d’autres besoins
              généraux.</p>
              <p rend="alinéa smaller">L’établissement de taux fixes de paiement en nature est l’une des principales conditions indispensables
              pour que la gestion des S.M.T., jusque là financées par l’État, puisse reposer désormais sur le principe de la
              gestion équilibrée, chaque S.M.T. réglant ses dépenses sur ses revenus. L’adoption du principe de la gestion
              équilibrée par les S.M.T. et l’observation d’un régime d’économie ont une grande importance pour la réduction du
              prix de revient au quintal du produit agricole reçu au titre du paiement en nature, pour l’utilisation plus complète
              et plus efficiente des machines, leur réparation en temps opportun avec le maximum de soin, la qualité de leur
              entretien.</p>
              <p rend="alinéa">L’intérêt matériel que les travailleurs ont dans les résultats de leur travail est, dans les S.M.T., stimulé
              par des formes de rémunération qui diffèrent de celles en usage dans les autres entreprises d’État et les
              kolkhoz. Les ouvriers permanents et saisonniers des brigades de tracteurs sont payés aux pièces, à la
              fois <emph>en argent</emph> et <emph>en nature</emph>. À l’époque des travaux des champs, le salaire est calculé d’après les normes
              de rendement accomplies et leur évaluation en journées-travail. Par l’intermédiaire des stations de
              machines et de tracteurs, l’État paie aux ouvriers permanents et saisonniers des brigades de tracteurs
              pour chaque journée-travail fournie par eux un <emph>minimum garanti</emph> en nature (céréales), dont le montant
              dépend de l’exécution des tâches fixées par le plan en ce qui concerne le rendement des cultures dans
              les kolkhoz desservis.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              De plus, le kolkhoz où travaillent les ouvriers des brigades de tracteurs leur remet, pour les journées-travail qu’ils
              ont fournies, le montant de la différence entre la quantité réelle de céréales remise par journée-travail et le
              minimum garanti, ainsi que d’autres produits agricoles, à l’égal des kolkhoziens. Pour les travaux autres que ceux
              des champs (réparations, mécanisation des fermes d’élevage et travaux de construction à la S.M.T.), les ouvriers
              sont payés par la station en argent et aux pièces.</p>
              <p rend="alinéa">Le système de rémunération des travailleurs de la S.M.T. les encourage matériellement à utiliser au
              mieux l’outillage agricole et à faire progresser la production dans les kolkhoz.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="3" xml:id="chap35sect03">
              <head>35.3. L’exploitation collective des kolkhoz.
              La planification de la production kolkhozienne.</head>
              <p rend="alinéa">Libérés de la nécessité de dépenser des sommes considérables pour acheter ou louer de la terre, ainsi
              que pour se procurer les principaux moyens de production, les kolkhoz peuvent utiliser leurs revenus
              croissants pour développer leur exploitation collective. <emph>L’exploitation collective du kolkhoze</emph>, organisée
              sur des terres appartenant à l’État, met en oeuvre l’outillage moderne concentré dans les S.M.T. et qui
              est la propriété du peuple entier. Les moyens de production de l’artel et les produits obtenus par lui
              sont propriété coopérative-kolkhozienne.</p>
              <p rend="alinéa">Conformément à la nature de l’artel agricole, entreprise de type coopératif, les moyens de production
              socialisés font partie du fonds indivis du kolkhoz. Le <emph>fonds indivis du kolkhoz</emph> comprend les
              instruments de travail du kolkhoz, le bétail de trait et le bétail de rapport, les bâtiments, les moyens de
              transport, les entreprises auxiliaires, les plantations diverses, les ouvrages d’irrigation, les matériaux et
              l’argent destinés à développer l’économie collective. Il convient d’y ajouter les bâtiments à destination
              sociale et culturelle (clubs kolkhoziens, salles de lecture, jardins d’enfants, etc.) L’augmentation
              constante de fonds indivis est la condition essentielle du développement de l’économie collective des
              kolkhoz, de l’accroissement de la richesse kolkhozienne.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les kolkhoz consacrent leurs ressources à construire des locaux d’exploitation, des étables, des canaux
              d’irrigation et d’assèchement, des réservoirs d’eau, à défricher le sol, à édifier des centrales électriques
              kolkhoziennes et d’autres ouvrages. Les fonds investis par eux dans l’économie collective, qu’il s’agisse de leurs
              ressources propres ou du travail des kolkhoziens, sans compter les dépenses effectuées pour augmenter le
              cheptel, se sont élevés à environ 40 milliards de roubles en 1946-1950 et à 52 milliards en 1951-1954. Les
              kolkhoz ont en outre dépensé plus de 11 milliards de roubles en 1946-1950, et 6 milliards en 1951-1954 pour
              accroître leur bétail collectif et leur volaille.</p>
              <p rend="alinéa">Grandes entreprises socialistes, les kolkhoz doivent être gérés selon un plan ; ils ne sauraient exister et
              se développer spontanément. Le développement planifié de l’économie collective des kolkhoz dans la
              voie d’un essor continu est la base de l’élévation du niveau de vie matérielle et culturelle des
              kolkhoziens. Faisant partie du système de l’économie socialiste, les kolkhoz doivent, en développant le
              plus possible leur exploitation collective, accroître toujours plus leur production marchande dans la
              proportion nécessaire à l’approvisionnement des villes et des centres industriels, aux besoins du
              commerce extérieur et à la création de réserves. On applique dans les kolkhoz une planification à long
              terme visant à promouvoir un essor rapide de l’agriculture dans les délais les plus brefs et en fonction
              de laquelle sont dressés les plans annuels.</p>
              <p rend="alinéa">Le point de départ de la planification par l’État de la production kolkhozienne est la planification de la
              production marchande mise par les kolkhoz à la disposition de l’État.</p>
              <p rend="alinéa">La production marchande des kolkhoz s’accroît en même temps que l’économie collective. La gestion
              planifiée de l’agriculture prévoit la nécessité d’une utilisation plus productive des terres cultivées.
              L’indice le plus important des résultats de l’activité économique des kolkhoz est l’obtention du
              maximum de production globale de l’agriculture et de l’élevage pour 100 hectares de terre (labours,
              prés, pâturages) et par journée-travail dépensée.</p>
              <p rend="alinéa">Le plan d’État de développement de l’économie rurale prévoit un accroissement des livraisons à l’État
              des produits de l’agriculture et de l’élevage au titre des stockages obligatoires d’État, du paiement en
              nature des S.M.T., du règlement des contrats et des achats. Les S.M.T. se voient fixer le volume des
              travaux à effectuer à l’aide de tracteurs dans les kolkhoz. Les kolkhoz doivent, avec le concours des
              S.M.T., prévoir dans leur plan un niveau de production qui assure l’exécution intégrale des tâches
              assignées par le plan d’État pour la livraison et la vente à l’État des produits de l’agriculture et de
              l’élevage, et l’entière satisfaction des besoins de l’économie collective et des kolkhoziens eux-mêmes.
              Ils déterminent à cet effet, comme ils l’entendent, la superficie des emblavures, le niveau des
              rendements, le cheptel par espèces et la productivité de l’élevage, le système des mesures
              agrotechniques et zootechniques. Les plans d’ensemencement et d’élevage sont discutés et ratifiés par
              les assemblées générales des kolkhoziens.</p>
              <p rend="alinéa">Ce mode de planification développe l’initiative des kolkhoz en vue d’obtenir le maximum de produits
              par hectare de terrain. Il renforce en même temps la responsabilité des kolkhoz et des S.M.T. quant à
              la livraison à l’État de la quantité nécessaire de produits de l’agriculture et de l’élevage.</p>
              <p rend="alinéa">Ce mode de
              planification est appelé à accroître chez les kolkhoziens et les travailleurs des S.M.T. l’intérêt pour un
              développement dans les kolkhoz d’une économie à branches multiples, compte tenu des conditions
              naturelles et économiques des diverses régions du pays, et à multiplier les initiatives en ce sens.</p>
              <p rend="alinéa">L’un des grands avantages des entreprises agricoles socialistes est qu’elles peuvent développer une
              économie à <emph>branches multiples</emph> qui permet d’associer rationnellement les différentes branches de la
              production rurale, avant tout l’agriculture et l’élevage et d’obtenir le maximum de production à
              l’hectare. Dans les kolkhoz qui combinent judicieusement, en conformité avec les conditions naturelles
              et économiques de la région, la production des céréales, des plantes industrielles, des fourrages et des
              légumes, ainsi que l’élevage, la main-d’œuvre est utilisée de façon plus complète et plus régulière au
              cours de l’année, les indices de productivité du travail et les revenus sont plus élevés. Les rentrées de
              fonds se font plus régulièrement tout au long de l’année, ce qui permet de financer en temps voulu les
              mesures économiques appliquées.</p>
              <p rend="alinéa">L’économie à branches multiples n’abolit pas, mais suppose au
              contraire la spécialisation des régions, des districts et des exploitations elles-mêmes par branche, par
              culture et par espèce de bétail. Une gestion rationnelle de l’exploitation rurale socialiste exclut aussi
              bien l’universalisme de la petite agriculture où l’on cultive de tout, principalement en vue de la
              consommation propre, que le développement unilatéral des exploitations capitalistes, qui se
              spécialisent généralement dans une culture déterminée (monoculture).</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>spécialisation</emph> de l’économie rurale socialiste signifie, premièrement, l’utilisation la plus complète
              des conditions naturelles et économiques concrètes propres à chaque région et district pour obtenir
              méthodiquement un produit nécessaire à la société (tel le coton dans les républiques soviétiques d’Asie
              centrale) ; deuxièmement, une combinaison judicieuse des branches économiques d’activité
              fondamentales et complémentaires et avant tout de l’agriculture et de l’élevage, des cultures
              céréalières, industrielles et potagères ; troisièmement, selon les particularités régionales, un choix de
              cultures et de bétail tel qu’il assure le maximum de produits de haute qualité avec le minimum de
              dépenses en travail et en moyens par unité de produit.</p>
              <p rend="alinéa">La répartition planifiée de la production rurale
              dans le pays doit répondre, elle aussi, à ces exigences. Tout schématisme dans la répartition
              géographique des cultures et des variétés de bétail, toute application uniforme des assolements et de
              l’agrotechnique ne tenant pas compte des particularités naturelles et économiques de la région va à
              l’encontre des principes d’une gestion rationnelle de l’économie socialiste planifiée.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="4" xml:id="chap35sect04">
              <head>35.4. Les formes socialistes d’organisation du travail dans les kolkhoz.
              La journée-travail.</head>
              <p rend="alinéa">L’exploitation collective de l’artel agricole repose sur le travail collectif des kolkhoziens. La principale
              forme d’organisation du travail dans les kolkhoz est la <emph>brigade de production</emph> permanente, constituée
              par la direction du kolkhoz pour exécuter les travaux dans les diverses branches de l’exploitation
              collective.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Il existe des brigades de production pour les travaux des champs, l’élevage, la récolte et la préparation des
              fourrages, la culture des légumes, l’horticulture, les travaux de construction, etc.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les <emph>brigades des champs</emph> se voient attribuer dans les aires d’assolement du kolkhoz des terrains dont les
              dimensions doivent assurer aux tracteurs, aux moissonneuses-batteuses et aux autres machines des S.M.T. la
              possibilité de donner toute leur mesure. Chaque brigade des champs dispose de bêtes de trait, du matériel
              agricole indispensable, de locaux d’exploitation. Elle est subdivisée en <emph>équipes</emph> qui permettent un meilleur emploi
              du travail manuel pour les cultures demandant une grande somme de travail. Les équipes sont directement
              subordonnées au chef de la brigade. L’assemblée plénière de juin 1954 du C.C. du P.C.U.S. a estimé
              indispensable, tout en renforçant les brigades de production dans les kolkhoz, d’encourager l’organisation
              d’équipes pour la culture des plantes sarclées et industrielles, et de les aider par tous les moyens à obtenir
              d’abondantes récoltes sur les terrains qui leur sont confiés.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              Les <emph>brigades d’élevage</emph> ont à travailler dans les fermes des kolkhoz. Chacune est d’ordinaire affectée à une ferme
              et dispose des locaux et des moyens de production indispensables à l’entretien du bétail.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La coordination du travail de la S.M.T. et des kolkhoz est une condition importante de l’emploi le plus efficace
              de l’outillage perfectionné des stations de machines et de tracteurs. À cette fin, chaque brigade de tracteurs de la
              S.M.T. est affectée à une ou plusieurs brigades de production permanentes du kolkhoz qu’elle dessert pendant
              plusieurs années de suite.</p>
              <p rend="alinéa">Conformément au caractère de la propriété coopérative-kolkhozienne, les exigences de la loi
              économique de la répartition selon le travail sont réalisées dans les kolkhoz au moyen de la
              <emph>journée-travail</emph>. Celle-ci est la mesure du travail dépensé par les kolkhoziens dans l’exploitation collective de
              l’artel ; elle détermine aussi la part des revenus du kolkhoz à laquelle a droit chacun de ses membres.
              C’est en journées-travail qu’est calculé le travail dépensé par les kolkhoziens dans l’exploitation
              collective, et c’est d’après le nombre des journées-travail que le kolkhoz répartit entre ses membres la
              portion de ses revenus qui est réservée à la consommation individuelle.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Il est établi pour chaque travail effectué au kolkhoz une norme de rendement par journée de travail, norme qui
              peut être exécutée par tout kolkhozien travaillant consciencieusement, compte tenu de l’état des bêtes de trait, des
              machines et de la qualité du sol. D’après cette norme de rendement est déterminée pour chaque travail <emph>une
              évaluation en journées-travail</emph> selon la qualification du travailleur, la complexité, la difficulté et l’importance de
              tel ou tel travail pour l’artel. Une norme de rendement journalière dans l’accomplissement de travaux champêtres
              relativement simples constitue une journée-travail. C’est par rapport à elle que sont évalués tous les autres
              travaux au kolkhoz. Le travail accompli au cours d’une journée peut donner droit à une journée-travail, à une
              fraction de journée-travail ou à plusieurs journées-travail, selon la catégorie du travail accompli et le degré
              d’exécution ou de dépassement des normes de rendement. La journée-travail diffère par conséquent de la journée
              de travail. Les kolkhoz déterminent le nombre de journées-travail pour chaque branche d’activité et pour chaque
              culture et contrôlent rigoureusement l’attribution des journées-travail conformément au travail accompli par la
              brigade, l’équipe, le kolkhozien.</p>
              <p rend="alinéa">La journée-travail prend donc en considération la quantité aussi bien que la qualité du travail lors des
              différentes opérations, ce qui permet d’avoir une commune mesure entre les diverses formes de travail
              au kolkhoz. Le travail qualifié procure plus de journées-travail que le travail non qualifié, et un travail
              plus intensif, plus que celui qui l’est moins. La journée-travail permet aussi d’évaluer des efforts de
              productivité différente appliqués aux mêmes travaux. Le kolkhozien qui a dépassé la norme de
              rendement se voit attribuer de ce fait plus de journées-travail. Dans la journée-travail, le travail de
              chaque kolkhozien apparaît comme une partie de la somme du travail directement social accompli au
              kolkhoz. L’effort personnel de chacun dans la production kolkhozienne est de la sorte évalué d’après
              un critère social. La journée-travail traduit les rapports de production socialistes qui existent entre les
              kolkhoziens à l’intérieur du kolkhoz et elle est un important instrument économique de l’organisation
              de la production kolkhozienne.</p>
              <p rend="alinéa">Étant donné que l’existence de deux formes principales de production socialiste entraîne celle d’une
              production et d’une circulation marchandes, les kolkhoz ne peuvent se borner à établir en journées-travail
              les dépenses nécessitées par la production kolkhozienne. Ils ont une comptabilité financière : ils
              calculent en argent la production kolkhozienne et leurs revenus, ils effectuent des accumulations en
              argent ; la rémunération des journées-travail s’effectue en nature, mais aussi en argent.</p>
              <p rend="alinéa">La journée-travail exprime les principes d’égalité socialistes : le fait que tous les travailleurs sont
              affranchis de l’exploitation, l’obligation pour chacun de travailler et son droit d’être rémunéré selon la
              quantité et la qualité du travail accompli. Elle assure à la femme une rémunération égale à celle de
              l’homme pour un même travail. Le régime kolkhozien a mis fin à l’inégalité économique séculaire de
              la paysanne. C’est au kolkhoz que celle-ci a pu, pour la première fois, devenir l’égale de l’homme.</p>
              <p rend="alinéa">La journée-travail constitue donc une nouvelle catégorie économique, née du régime kolkhozien.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="5" xml:id="chap35sect05">
              <head>35.5. La production kolkhozienne. Les revenus des kolkhoz.</head>
              <p rend="alinéa">Toute la production fournie par l’exploitation collective de l’artel est une propriété de groupe, une
              propriété coopérative-kolkhozienne. Mais les stations de machines et de tracteurs, qui exécutent
              d’importants travaux dans les kolkhoz, participent conjointement avec ceux-ci à l’obtention de la
              production et des revenus.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>production globale du kolkhoz</emph> comprend l’ensemble des produits agricoles et des matières
              premières produits par l’exploitation collective au cours d’une année. Le montant de la valeur, ou des
              frais sociaux de production, de la production annuelle du kolkhoz est défini par la somme des
              dépenses de travail socialement nécessaire, vivant et cristallisé, incorporé dans cette production, y
              compris les dépenses de l’année précédente correspondant à la récolte de l’année considérée (travaux
              de labour et de scarifiage sur les jachères, semailles d’automne, labours d’automne, etc.)</p>
              <p rend="alinéa">Du fait du rôle croissant joué par les S.M.T. dans les kolkhoz, la valeur de la production kolkhozienne
              inclut un pourcentage toujours plus grand de travail dépensé par les ouvriers de l’industrie pour
              produire les tracteurs, les moissonneuses-batteuses et autres machines agricoles et les pièces détachées
              correspondantes, le carburant, les lubrifiants, etc. Les dépenses de travail qualifié des ingénieurs et des
              techniciens des S.M.T. y entrent aussi pour une part qui va croissant.</p>
              <p rend="alinéa">La valeur de la production kolkhozienne comprend : premièrement, la valeur des moyens de
              production consommés par le kolkhoz et la S.M.T. ; deuxièmement, la valeur du produit pour soi créée
              par les kolkhoziens et les travailleurs de la S.M.T. ; troisièmement, la valeur du produit pour la société
              créée par les kolkhoziens et les travailleurs de la S.M.T.</p>
              <p rend="alinéa">Les particularités de la propriété coopérative-kolkhozienne et la participation d’une S.M.T. à la
              création de la production du kolkhoz font que la formation, la reconstitution et la répartition de la
              valeur de la production kolkhozienne s’opèrent autrement que dans une entreprise d’État, par exemple
              dans un sovkhoz. Il faut établir une distinction a ce propos entre les dépenses de travail et de moyens
              effectuées directement par la S.M.T. et celles effectuées directement par le kolkhoz.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>prix de revient de la production kolkhozienne</emph> est l’un des principaux indices des résultats de la
              gestion socialiste d’un kolkhoz et de la S.M.T. qui le dessert. Pour le calculer, il faut tenir compte de la
              valeur des moyens de production consommés par le kolkhoz et la S.M.T. pour une unité de produit,
              ainsi que des frais de rémunération du travail des kolkhoziens et du personnel de la S.M.T.</p>
              <p rend="alinéa">La valeur des moyens de production consommés par la S.M.T., la rétribution des travailleurs de la
              S.M.T., ainsi que le revenu net créé par ces derniers en aidant le kolkhoz à assurer sa production sont
              compensés par les produits agricoles que le kolkhoz remet à la S.M.T. à titre de paiement en nature.
              Cette part en nature de la production kolkhozienne est versée directement à l’État sans prendre la
              forme marchandise, sans achat ni vente. Elle constitue une partie de ce qu’on appelle la circulation
              extra-rurale et entre en ligne de compte lors de la détermination de la production marchande des
              kolkhoziens.</p>
              <p rend="alinéa">Les moyens de production qu’ils consomment pour produire, les kolkhoz les reconstituent
              principalement en nature, en les reproduisant dans l’exploitation collective. Parmi ces moyens de
              production, il convient de ranger notamment les semences, le fourrage, les bêtes de trait et le bétail de
              rapport, les engrais naturels. Les kolkhoz reconstituent une partie des moyens de production
              consommés : les véhicules automobiles, le petit matériel-agricole, les petits moteurs, les machines les
              plus simples, les engrais chimiques, les bêtes de race, les matériaux de construction, etc., — en les
              achetant aux organisations d’État et aux coopératives.</p>
              <p rend="alinéa">Le travail fourni par les kolkhoziens pour assurer la production collective crée le <emph>revenu global du
              kolkhoz</emph>. Celui-ci résulte du travail des kolkhoziens pour soi et pour la société. La partie du revenu
              global qui résulte du travail pour soi des kolkhoziens dans l’exploitation collective constitue le <emph>revenu
              personnel des kolkhoziens</emph>, à répartir d’après le nombre des journées-travail. Par ailleurs, l’exploitation
              auxiliaire attenant à l’habitation procure aux kolkhoziens des revenus individuels supplémentaires. La
              partie du revenu global qui est créée par le travail des kolkhoziens pour la société (pour l’exploitation
              collective du kolkhoz et pour la société dans son ensemble) forme le <emph>revenu net du kolkhoz</emph>.</p>
              <p rend="alinéa">Le montant du revenu net dépend avant tout du niveau atteint par la productivité du travail, laquelle,
              dans l’agriculture, dépend de nombreux facteurs dont les principaux sont : la mécanisation des travaux
              agricoles, l’utilisation la plus complète et la plus efficiente du parc de machines et de tracteurs et des
              moyens de production kolkhoziens, une organisation et une rémunération judicieuses du travail, le
              développement de l’émulation socialiste, l’application à la production des réalisations de l’agronomie et
              de la zootechnie, de l’expérience des travailleurs d’élite de l’agriculture.
              Comme l’indiquait Lénine, c’est le rendement des cultures qui résume, en fin de compte, toutes les
              différences dans l’organisation économique des entreprises agricoles. Les résultats de l’activité
              économique en matière d’élevage s’expriment en quantités de viande, de lait, de laine et d’autres
              produits d’élevage.</p>
              <p rend="alinéa">L’augmentation de la productivité du travail et l’économie de travail vivant et cristallisé dépensé par
              unité de produit doivent assurer une réduction systématique du prix de revient de la production
              kolkhozienne.
              Plus la productivité du travail y est élevée, plus la dépense de moyens de production et de
              rémunération du travail par quintal de céréales, de coton, de lin, de betteraves, de viande, de lait, de
              laine et d’autres produits agricoles sont faibles et les revenus de l’exploitation collective élevés. La
              comparaison des frais engagés et des résultats obtenus, des dépenses et des recettes, l’observation d’un
              régime strict d’économie du travail cristallisé et du travail vivant, la lutte contre les dépenses
              superflues et improductives de toute sorte, l’organisation adéquate des finances, des comptes et de la
              comptabilité sont les conditions nécessaires d’une direction correcte du développement de
              l’exploitation collective des kolkhoz dans la voie d’une progrès continu.</p>
              <p rend="alinéa">Le décompte des dépenses des kolkhoz et des S.M.T. pour la production kolkhozienne est très
              important pour la détermination de l’avantage économique qu’il peut y avoir à produire telle ou telle
              denrée agricole, pour la répartition rationnelle planifiée des cultures et de variétés de bétail entre les
              régions du pays, pour l’appréciation des résultats de l’activité économique des kolkhoz et des S.M.T. et
              de leur rentabilité.</p>
              <p rend="alinéa">Les revenus kolkhoziens se divisent en <emph>revenus en nature</emph> et <emph>revenus en argent</emph>. Une partie de la
              rémunération du travail des kolkhoziens leur est versée en nature (céréales, légumes, viande, lait,
              fruits, etc.), et l’autre partie en argent. L’accroissement des fonds sociaux des kolkhoz se fait, partie en
              nature (fonds de semences, de fourrage, etc.), partie en argent (fonds indivis, etc.) Dans les conditions
              de l’économie marchande, les revenus en argent des kolkhoz jouent un grand rôle dans le
              développement de la production kolkhozienne et dans l’élévation du bien-être des kolkhoziens. Les
              revenus en argent des kolkhoz sont constitués par la réalisation de la production marchande : livraison
              à l’État et aux coopératives par le système des stockages d’État et des ventes à l’État, et vente directe à
              la population sur les marchés kolkhoziens.</p>
              <p rend="alinéa">Les <emph>stockages d’État</emph> de produits agricoles mettent à la disposition de l’État une partie importante de la
              production marchande des kolkhoz, soit au titre des livraisons obligatoires, soit en vertu de contrats.
              Les stockages au titre des fournitures obligatoires portent sur les céréales, les produits de l’élevage, les
              pommes de terre et un certain nombre d’autres légumes ; les stockages effectués en vertu de contrats
              intéressent surtout les plantes industrielles.</p>
              <p rend="alinéa">L’application conséquente du principe de l’intérêt matériel des kolkhoz et des kolkhoziens à
              l’accroissement de la production des denrées agricoles est à la base de la politique du Parti communiste
              et du gouvernement soviétique en matière de stockages et d’achats des produits agricoles par l’État. On
              établit dans ce but des prix de stockage et d’achat qui permettent de couvrir les dépenses nécessitées
              par la production des denrées agricoles et d’accroître les revenus en argent des kolkhoz, ainsi que des
              normes fixes de livraisons obligatoires pour chaque district.</p>
              <p rend="alinéa">Les fournitures obligatoires de produits agricoles par les kolkhoz au titre des stockages d’État sont
              calculées <emph>par hectare</emph>, c’est-à-dire qu’elles correspondent à la quantité de terre attribuée au kolkhoz.
              Chaque kolkhoz est tenu en conséquence de vendre à l’État à ce titre une quantité déterminée de
              produits cultivés par hectare de sol arable et de produits de l’élevage par hectare de terre. Les normes
              de livraisons obligatoires par hectare sont constantes. Le système est éminemment progressif : il
              encourage les kolkhoziens à développer l’agriculture et l’élevage collectifs, à tirer le meilleur parti des
              terres socialisées du kolkhoz.</p>
              <p rend="alinéa">L’établissement de normes fixes, constantes, de livraisons obligatoires donne aux kolkhoz l’assurance
              qu’une fois acquittées leurs obligations envers l’État, ils peuvent disposer à leur guise de toute leur
              production.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              La résolution de l’assemblée plénière de septembre 1953 du C.C. du P.C.U.S. et les décisions ultérieures du Parti
              communiste et de l’État soviétique ont mis fin, en matière de stockages, à la pratique erronée d’assigner des
              normes majorées de livraisons obligatoires aux kolkhoz d’avant-garde, ce qui diminuait l’intérêt matériel des
              kolkhoz et des kolkhoziens à produire davantage. Les normes de fournitures obligatoires à l’État d’un certain
              nombre de produits agricoles ont de même été abaissées. Elles sont fixées pour chaque district et ne peuvent être
              majorées par les organismes locaux.</p>
              <p rend="alinéa">Les fournitures obligatoires de produits agricoles par les kolkhoz ne constituent pas un impôt au sens
              économique du terme puisque l’État paie ces produits. L’État soviétique établit dans ses plans des prix
              fermes ou <emph>prix de stockage</emph>, pour les produits agricoles qui lui sont fournis par voie de stockages
              centralisés. Ce faisant, il prend en considération la valeur de chaque produit agricole, son importance
              pour l’économie nationale, les avantages économiques qu’il présente pour le kolkhoz.
              Par ailleurs, les prix de stockage sont fixés à un niveau qui garantit le versement à l’État, pour
              satisfaire ses besoins généraux, d’une partie du revenu net des kolkhoz.
              Les revenus que l’État tire de la réalisation des produits provenant du stockage sont consacrés aux
              besoins généraux de la société : développement de l’industrie socialiste qui fournit des machines et des
              engrais à l’agriculture, instruction publique, santé publique, etc. Pour un certain nombre de produits
              agricoles, l’État ajoute au prix de stockage des primes en argent, organise la vente, à titre de réciprocité
              du pain, d’articles manufacturés et de denrées alimentaires, certaines de ces marchandises étant
              vendues par l’État à des prix inférieurs aux prix courants.</p>
              <p rend="alinéa">Outre les livraisons obligatoires ou les livraisons de plantes industrielles faites en vertu de contrats, il
              y a les <emph>achats effectués par l’État</emph> ; celui-ci achète aux kolkhoz et aux kolkhoziens des produits
              agricoles à des prix dits <emph>prix d’achat</emph>, supérieurs aux prix de stockage, et leur vend à titre de réciprocité
              des articles manufacturés.</p>
              <p rend="alinéa">Enfin, les kolkhoz vendent une partie de leur production marchande à la population sur les marchés
              kolkhoziens aux prix déterminés par l’offre et la demande.</p>
              <p rend="alinéa">Les stockages et les achats de produits agricoles par l’État sont pour les kolkhoz la source essentielle
              de leurs revenus en argent, qui servent à augmenter le fonds indivis, à payer les journées-travail des
              kolkhoziens, à d’autres fins encore.</p>
              <p rend="alinéa">Le niveau des prix de stockage et d’achat joue un rôle très important dans l’accroissement de l’intérêt
              matériel retiré par les kolkhoz et les kolkhoziens du développement de la production agricole. Ainsi
              qu’il a été dit, si la loi de la valeur n’est pas le régulateur de la production socialiste, elle exerce
              néanmoins une influence sur la formation des prix des produits agricoles. Les prix de réalisation de la
              production marchande influent considérablement sur l’état et le développement de la production
              kolkhozienne et de ses différentes branches. Ils doivent couvrir les dépenses engagées pour obtenir la
              production et assurer une certaine rentabilité de l’exploitation. Ignorer ces exigences de la loi de la
              valeur peut saper l’intérêt matériel retiré par les kolkhoz et les kolkhoziens du développement de telle
              ou telle branche de l’exploitation collective. C’est ainsi que l’assemblée plénière de septembre 1953 du
              C.C. du P.C.U.S. a reconnu que les prix de stockage et d’achat d’un certain nombre de produits
              agricoles étaient insuffisants pour inciter les kolkhoz et les kolkhoziens à en accroître la production, et
              qu’il était nécessaire de les relever conformément aux exigences de la loi de la valeur.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Afin d’intéresser davantage, matériellement et personnellement les kolkhoziens au progrès de l’agriculture, il a
              été décidé de relever notablement les prix de stockage et d’achat, de réduire les normes des livraisons
              obligatoires et d’augmenter la part des achats de produits à des prix plus élevés, de diminuer l’impôt agricole sur
              l’exploitation auxiliaire individuelle des kolkhoziens. L’augmentation de la production marchande de l’agriculture
              et le relèvement indiqué plus haut des prix de stockage et d’achat des produits agricoles ont entraîné un
              accroissement considérable des revenus en argent des kolkhoz et des kolkhoziens. Pour leur production livrée et
              vendue à l’État, ceux-ci ont reçu, par rapport à 1952, 12 milliards de roubles de plus en 1953 et 25 milliards de
              plus en 1954.</p>
              <p rend="alinéa">L’élévation du niveau de la production kolkhozienne, l’augmentation de la production globale et
              marchande, la diminution des dépenses par unité de produit est le facteur essentiel d’un nouvel et
              vigoureux essor de toutes les branches de la production kolkhozienne.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="6" xml:id="chap35sect06">
              <head>35.6. La rente différentielle en régime socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">Un certain nombre de conditions économiques et naturelles concourent à la formation d’une rente
              différentielle dans les kolkhoz. Celle-ci est due au fait que, premièrement, la terre nationalisée, bien du
              peuple entier, remise aux kolkhoz en jouissance perpétuelle et gratuite est mise en valeur par des
              kolkhoz différents, fondés sur la propriété coopérative-kolkhozienne, propriété de groupe ;
              deuxièmement, en économie marchande, des marchandises produites dans des conditions différentes
              de productivité du travail sont vendues au même prix.</p>
              <p rend="alinéa">Les terres des kolkhoz diffèrent par la fertilité,
              la situation et l’efficacité de leur mise en valeur, qui dépend surtout de la mécanisation de l’agriculture.
              Étant donné que les meilleures terres sont en quantité limitée, la société socialiste se voit contrainte de
              cultiver aussi des terrains moins fertiles pour satisfaire ses besoins en produits agricoles. Le travail de
              kolkhoziens placés dans des conditions dissemblables a une productivité différente. Les kolkhoz dont
              la productivité du travail diffère obtiennent une quantité différente de produits agricoles à l’hectare.
              Autrement dit, ils ne dépensent pas la même quantité de travail par unité de produit obtenue.</p>
              <p rend="alinéa">Les kolkhoz dont le travail s’exerce sur les meilleures terres, dans des conditions de production et
              d’écoulement plus favorables, créent un revenu supplémentaire par rapport aux kolkhoz travaillant sur
              des terres moins fertiles, dans de moins bonnes conditions. Sous sa forme naturelle, ce revenu se
              compose de produits agricoles : céréales, coton, viande, lait, laine, etc. Une partie de ce revenu
              supplémentaire est dépensée en nature, une autre partie est réalisée en argent.</p>
              <p rend="alinéa">Tout ce que produisent les kolkhoz est leur propriété ; aussi les revenus supplémentaires résultant d’une
              productivité du travail supérieure (par exemple, sur des terrains meilleurs, plus fertiles) deviennent-ils
              également la propriété des kolkhoz.</p>
              <p rend="alinéa">Les revenus supplémentaires réalisés en argent par les kolkhoz
              sont liés aux particularités de la formation des prix dans l’agriculture. Tout le revenu supplémentaire
              créé dans le kolkhoz et exprimé en argent, est constitué par la différence entre les frais sociaux de
              production (ou valeur sociale) du produit agricole et les frais individuels de production (ou valeur
              individuelle) de ce produit. Dans quelle mesure cette différence est-elle réalisée par les kolkhoz ? Cela
              dépend du niveau des prix.</p>
              <p rend="alinéa">Le fait que les meilleures terres sont en quantité limitée ne peut manquer d’influer sur le niveau des
              prix des produits agricoles. Il convient, quand on établit les prix, d’assurer une culture rémunératrice
              de telle ou telle plante, non seulement dans les meilleures conditions de production, mais aussi dans
              les plus mauvaises.</p>
              <p rend="alinéa">La production obtenue par les kolkhoz dans des conditions <emph>différentes</emph> de productivité du travail est
              réalisée par eux à des prix de stockage et d’achat <emph>identiques</emph> pour une zone déterminée, ou encore au
              même prix sur les marchés kolkhoziens. Par suite, les kolkhoz où la productivité du travail est plus
              élevée qu’ailleurs bénéficient de revenus en argent supplémentaires.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>rente différentielle</emph> des kolkhoz est le revenu net supplémentaire, en nature ou en argent, obtenu par
              les kolkhoz disposant de terrains plus fertiles ou mieux situés, ou encore utilisant la terre de façon plus
              productive.</p>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, la rente différentielle se distingue foncièrement de ce qu’elle est en régime
              capitaliste. Elle résulte non de l’exploitation, mais de l’effort commun des kolkhoziens travaillant pour
              eux-mêmes, pour leur exploitation collective, ainsi que du travail du personnel des S.M.T. desservant
              les kolkhoz. En régime socialiste, elle ne prend pas la forme de fermage et revient non à la classe des
              grands propriétaires fonciers, mais aux kolkhoz, aux kolkhoziens, et aussi à l’État socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">Il convient de distinguer deux formes de rente différentielle.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>rente différentielle I</emph> est le revenu net supplémentaire créé par les kolkhoz auxquels ont été
              attribuées les meilleures terres, ou qui sont situés plus près des centres d’écoulement. À conditions
              égales, le niveau de mécanisation et le système d’agriculture étant les mêmes, les kolkhoz situés sur de
              meilleures terres obtiennent par hectare plus de produits que les kolkhoz disposant de terres moins
              fertiles. Une productivité du travail supérieure procure aux kolkhoz situés sur les meilleures terres des
              revenus plus élevés.</p>
              <p rend="alinéa">Le transport des produits demande moins de travail et de moyens aux kolkhoz se trouvant plus près
              des gares, des quais d’embarquement, des centres de stockage, des villes et autres points d’écoulement.
              Dans ces kolkhoz, les dépenses par unité de produit sont de ce fait inférieures à celles des kolkhoz
              éloignés des points d’écoulement. Les kolkhoz avantagés sous ce rapport reçoivent eux aussi un revenu
              supplémentaire.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>rente différentielle II</emph> est le revenu net supplémentaire créé dans les kolkhoz où le système
              d’agriculture appliqué dans l’économie collective est plus intensif.</p>
              <p rend="alinéa">Les kolkhoz où le niveau de
              mécanisation est plus élevé, qui fertilisent le sol par des travaux d’amélioration, des engrais, etc., qui
              disposent d’une plus grande quantité de bétail hautement productif, bref où l’exploitation est plus
              intensive, obtiennent par hectare de terre plus de produits que les autres. Grâce à une productivité du
              travail supérieure, une exploitation intensive dépense moins de travail par unité de produit et obtient,
              en nature et en argent, des revenus plus élevés. Cela incite les kolkhoz à intensifier l’agriculture.</p>
              <p rend="alinéa">La répartition de la rente différentielle en régime socialiste présente les particularités suivantes. Étant
              donné que la rente différentielle I, obtenue dans les kolkhoz, n’exige pas de leur part de dépenses
              supplémentaires de moyens de production et de travail, elle doit être affectée aux besoins du peuple
              entier. Dans la « Loi fondamentale sur la socialisation de la terre », signée par Lénine, il est dit :</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                Le revenu supplémentaire résultant de la fertilité naturelle des meilleures terres, ainsi que leur
                situation plus avantageuse par rapport aux marchés d’écoulement, est affecté aux besoins de la
                société et mis à la disposition des organes du pouvoir soviétique.
                </quote>
                <bibl>
                « La Politique agraire du pouvoir des Soviets (1917-1918) »,
                <title>Documents et matériaux</title>,
                p. 137, Académie des Sciences de l’U.R.S.S., 1954 (éd. russe).
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Du fait que la rente différentielle II résulte de l’intensification de l’agriculture grâce à des
              investissements supplémentaires de moyens de production et de travail pour une même superficie de
              terrain par les kolkhoz et les S.M.T., elle doit être répartie entre eux proportionnellement aux frais
              engagés.</p>
              <p rend="alinéa">La partie de la rente différentielle reçue par les kolkhoz concourt au développement de leur
              exploitation collective, à l’élévation du niveau d’existence matérielle et culturelle des kolkhoziens. Une
              partie est versée à l’État, pour les besoins du peuple entier, par différents canaux : d’abord par les
              paiements en nature à la S.M.T., où est incorporé le revenu net supplémentaire créé par le travail du
              personnel de la S.M.T., le taux des paiements en nature différant sensiblement selon les zones et une
              partie de la récolte en sus du plan étant versée à la S.M.T. pour le dépassement des plans de rendement
              des cultures ; ensuite, par le système des stockages d’État, puisque les prix de stockage supposent la
              redistribution d’une partie du revenu net des kolkhoz pour couvrir les dépenses générales de l’État, et
              que les normes de livraisons obligatoires par les kolkhoz à l’État varient selon les conditions de la
              production dans les diverses régions ; enfin, dans une certaine mesure, par l’impôt sur le revenu des
              kolkhoz, dont le chiffre dépend du montant des revenus kolkhoziens.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="7" xml:id="chap35sect07">
              <head>35.7. La répartition de la production et des revenus des kolkhoz.
              Le bien-être croissant de la paysannerie kolkhozienne.</head>
              <p rend="alinéa">En raison des particularités de la propriété coopérative-kolkhozienne, les formes de la répartition des
              produits dans les kolkhoz diffèrent de celles qui sont en usage dans les entreprises d’État.</p>
              <p rend="alinéa">Les kolkhoz sont partie intégrante de l’économie socialiste. La paysannerie kolkhozienne est intéressée
              de façon vitale au progrès économique et culturel de la société socialiste, au renforcement de sa
              puissance. L’État accorde une aide matérielle immense aux kolkhoz, tant pour assurer leur production
              que pour développer, sous toutes ses formes, la vie culturelle dans les campagnes. Aussi les kolkhoz
              doivent-ils avant tout s’acquitter en temps prescrit de leurs obligations envers l’État.</p>
              <p rend="alinéa">Conformément
              aux Statuts de l’artel agricole, les kolkhoz vendent à l’État une partie de la récolte et des produits de
              l’élevage à des prix fermes, fixés par le plan, au titre des livraisons obligatoires ou en vertu de contrats.
              Ils versent à l’État un paiement en nature pour les travaux exécutés par la S.M.T. Ils remboursent à
              l’État les prêts d’argent qu’il leur a consentis ainsi que les intérêts afférents. Ils acquittent également un
              impôt minime sur le revenu et une prime d’assurance. L’exécution intégrale et en temps voulu par les
              kolkhoz de leurs obligations envers l’État permet d’associer judicieusement les intérêts de chaque
              kolkhoz et ceux de l’État, c’est-à-dire du peuple tout entier.</p>
              <p rend="alinéa">Les <emph>fonds sociaux</emph> des kolkhoz, en nature et en argent, jouent un rôle important dans l’essor
              ininterrompu de la production kolkhozienne et du bien-être des kolkhoziens.</p>
              <p rend="alinéa">Les fonds sociaux destinés à <emph>reconstituer</emph> les moyens de production kolkhoziens consommés prennent
              la forme de <emph>fonds fixes de semences et de fourrages</emph>. Une partie considérable des moyens de
              production kolkhoziens consommés est, nous l’avons déjà dit, reconstituée directement à partir de la
              production du kolkhoz ; et une certaine partie est acquise contre argent.</p>
              <p rend="alinéa">Quand les moyens de production consommés ont été reconstitués, les kolkhoz consacrent une partie de
              ce qui reste du revenu global à la formation de fonds sociaux d’accumulation et de consommation, et
              en répartissent l’autre partie entre les kolkhoziens au prorata des journées-travail.</p>
              <p rend="alinéa">Les <emph>fonds d’accumulation</emph> sociaux du kolkhoz sont alimentés par le revenu net. L’accroissement des
              fonds d’accumulation kolkhoziens résulte avant tout de prélèvements annuels sur les revenus en argent,
              prélèvements versés au fonds indivis et dont il faut défalquer la partie affectée à l’amortissement. Une
              autre source d’accroissement des fonds indivis, ce sont les investissements directs de travail par les
              kolkhoziens pour la construction de bâtiments d’exploitation, la fabrication de matériel agricole pour le
              kolkhoz, l’aménagement d’étangs et de réservoirs d’eau, l’augmentation du cheptel collectif,
              l’amélioration de sa qualité, etc. Une partie du revenu net est accumulée en nature : semences et
              fourrages destinés à accroître les fonds de semences et de fourrages en vue d’étendre les superficies
              ensemencées, d’augmenter le cheptel collectif et sa productivité ; <emph>fonds d’assurance</emph> (semences et
              fourrages), créés pour parer éventuellement à une mauvaise récolte et au manque de fourrage.</p>
              <p rend="alinéa">Le mieux-être des kolkhoziens est aussi lié en grande partie à la création dans les kolkhoz de <emph>fonds
              sociaux de consommation</emph> alimentés par le revenu net : <emph>fonds d’approvisionnement</emph>, pour l’éventualité
              d’une mauvaise récolte ; <emph>fonds d’aide</emph> aux invalides, à tous ceux qui sont temporairement incapables de
              travailler, aux familles dans l’embarras dont un membre fait son service militaire, ainsi que pour
              l’entretien des crèches et des orphelins ; <emph>fonds culturel</emph>, pour satisfaire les besoins de la campagne
              kolkhozienne dans le domaine culturel (formation de cadres kolkhoziens, organisation de crèches, etc.)</p>
              <p rend="alinéa">Le travail dans les kolkhoz est rémunéré de telle sorte que les kolkhoziens sont <emph>matériellement et
              personnellement intéressés</emph> à obtenir plus de céréales, de produits de l’élevage et d’autres denrées
              agricoles.</p>
              <p rend="alinéa">Après s’être acquitté de toutes ses obligations envers l’État et avoir constitué les fonds sociaux
              réglementaires, le kolkhoz répartit le reste de la production et des revenus en argent entre les membres
              de l’artel au prorata des journées-travail. Ces revenus des kolkhoziens ne sont frappés d’aucun impôt.</p>
              <p rend="alinéa">Le montant du revenu que chaque kolkhozien reçoit de l’économie collective de l’artel dépend : 1<hi rend="ordinal">o</hi> du
              nombre des journées-travail qu’il a effectuées ; 2<hi rend="ordinal">o</hi> de la rémunération de la journée-travail. Le nombre
              des journées-travail accomplies au cours de l’année est déterminé par le travail de <emph>chaque</emph> kolkhozien.
              La rémunération de la journée-travail, c’est-à-dire la quantité de produits et d’argent que reçoit le
              kolkhozien pour une journée-travail, dépend du travail de <emph>tous</emph> les membres du kolkhoz.
              Mieux le kolkhoz a travaillé, plus son exploitation collective est développée, et plus élevé est le
              montant global du revenu du kolkhoz, ainsi que de sa partie destinée à être répartie au titre des
              journées-travail. Est également répartie entre les kolkhoziens, au prorata des journées-travail, la
              portion du revenu net du kolkhoz qui lui reste après qu’il s’est acquitté de ses obligations envers l’État
              et a constitué les fonds sociaux réglementaires. Les revenus que fournit aux kolkhoziens l’exploitation
              collective sont encore augmentés du fait de l’existence des fonds sociaux de consommation. Aussi
              chaque kolkhozien est-il matériellement intéressé au développement de l’exploitation collective du
              kolkhoz.</p>
              <p rend="alinéa">Pour mieux appliquer la loi économique de la répartition selon le travail, un système est établi, d’après
              lequel un kolkhozien qui a produit plus qu’un autre reçoit une rémunération plus élevée.</p>
              <p rend="alinéa">Un important moyen d’intéresser matériellement et personnellement les kolkhoziens au résultat de leur
              effort est la rémunération <emph>supplémentaire</emph> (en nature ou en argent) pour le dépassement du plan fixé
              aux brigades et aux équipes, en ce qui concerne le rendement des cultures et la productivité de
              l’élevage collectif.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              Ainsi, les kolkhoziens d’une brigade travaillant aux champs, qui ont dépassé le plan de rendement des cultures
              pour toute la surface qui leur est attribuée, reçoivent, à titre supplémentaire, du quart à la moitié des céréales
              récoltées par eux en sus du plan.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les brigades et les équipes qui ont dépassé le plan de rendement des cultures se
              voient aussi gratifiées d’un <emph>nombre supplémentaire</emph> de journées-travail, alors qu’on en <emph>retranche</emph> une certaine
              partie à celles qui n’ont pas exécuté le plan.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La rémunération des kolkhoziens travaillant dans les fermes d’élevage des kolkhoz dépend de la quantité de lait
              et de laine obtenue, du nombre des jeunes animaux mis au monde et élevés, de l’augmentation du poids vif du
              bétail de rapport, etc.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le système des <emph>avances</emph> accordées régulièrement en argent et en nature au cours de l’année, à valoir sur le
              paiement des journées-travail, contribue grandement à élever l’intérêt matériel et personnel des kolkhoziens.</p>
              <p rend="alinéa">De la sorte, la journée-travail et le système de répartition des revenus kolkhoziens associent
              correctement les intérêts personnels des kolkhoziens aux intérêts sociaux du kolkhoz. Les mesures
              prises par le Parti communiste et l’État soviétique pour stimuler l’intérêt matériel des kolkhoz et des
              kolkhoziens à un nouvel essor de l’agriculture renforcent l’alliance de la classe ouvrière et de la
              paysannerie kolkhozienne, base de la puissance de l’État socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">Dans l’artel agricole, à côté de l’exploitation collective qui joue le rôle déterminant, existe
              <emph>l’exploitation individuelle</emph> auxiliaire du kolkhozien, située sur le terrain attenant à sa demeure. Par là
              aussi l’artel combine judicieusement l’élément social et l’élément personnel, celui-ci étant subordonné à
              celui-là. Toute infraction au principe d’une combinaison judicieuse de l’élément social et de l’élément
              personnel dans les kolkhoz sape les assises de l’artel agricole, de l’alliance de la classe ouvrière et de la
              paysannerie.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les revenus en argent des kolkhoz sont passés de 5,7 milliards de roubles en 1933 à 20,7 milliards en 1940, 49,6
              milliards en 1953 et 63,3 milliards en 1954. L’exploitation auxiliaire individuelle fournit également aux
              kolkhoziens des revenus en argent. Ces deux sources de revenus en argent permettent aux kolkhoziens d’acheter
              des articles manufacturés dans les magasins d’État et les magasins coopératifs à des prix établis par le plan et qui
              diminuent sans cesse.</p>
              <p rend="alinéa">Le régime kolkhozien a totalement transformé la campagne soviétique. La campagne ancienne a fait
              place à une campagne nouvelle, avec ses bâtiments publics et ses locaux d’exploitation, ses centrales
              électriques, ses écoles, ses bibliothèques, ses clubs, ses crèches. Le paysan soviétique est un paysan de
              type nouveau, qui jouit des bienfaits de la science et de la culture. De nombreux intellectuels
              soviétiques : ingénieurs, médecins, agronomes, zootechniciens, enseignants, organisateurs de la grande
              production socialiste, sont issus de la paysannerie kolkhozienne. De nombreux kolkhoziens ont appris
              à se servir de l’outillage agricole le plus moderne, à obtenir d’abondantes récoltes et à pratiquer
              l’élevage de grand rapport.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Quelques faits attesteront la profondeur de la révolution culturelle qui s’est accomplie dans les campagnes
              soviétiques. Le nombre total des élèves dans les écoles élémentaires, primaires et secondaires y est passé de 6,1
              millions en 1914-1915 à 21,1 millions en 1951-1952 ; 29 millions de personnes étudiaient en 1952 à la campagne
              dans toutes les branches a enseignement, y compris celles où se forment et se perfectionnent les cadres des
              professions courantes, les spécialistes, etc. Au 1<hi rend="ordinal">er</hi> janvier 1955, on comptait dans les villages 275 000
              établissements culturels et éducatifs, bibliothèques publiques, clubs et cinémas. L’enseignement élémentaire est
              obligatoire et l’enseignement général de sept ans en voie de réalisation.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="8" xml:id="chap35sect08">
              <head>35.8. Le développement des sovkhoz et les moyens d’élever leur rentabilité.</head>
              <p rend="alinéa">Les sovkhoz constituent, en raison de leur nature sociale et économique, la forme supérieure
              d’organisation de l’agriculture socialiste. Ce sont des entreprises socialistes d’État produisant des
              céréales, de la viande, du lait, de la laine, des plantes industrielles. Tous leurs moyens de production et
              tout ce qu’ils produisent sont la propriété du peuple entier.</p>
              <p rend="alinéa">Les sovkhoz, grandes entreprises agricoles,
              sont en mesure d’utiliser à fond la technique agricole moderne, de réaliser une division du travail
              rationnelle, d’économiser sur les locaux d’exploitation, l’équipement, etc. Ils sont dotés du matériel
              agricole le plus moderne, qui permet de mécaniser la presque totalité des opérations, rendant ainsi
              possible une haute productivité du travail. C’est dans la culture des céréales que le niveau de
              mécanisation est le plus élevé. Dans les sovkhoz se réalise le passage à la mécanisation complexe de
              toutes les branches de la production.</p>
              <p rend="alinéa">Les dimensions des sovkhoz sont déterminées par le caractère de leur production, les conditions
              économiques et naturelles de la région, le niveau de la technique, la nécessité de tirer le meilleur parti
              de chaque hectare de terre. Le principal indice économique de l’importance d’un sovkhoz, compte tenu
              de l’orientation donnée à son activité, est le montant de sa production globale et marchande. Les
              dimensions des sovkhoz diffèrent suivant les régions du pays.</p>
              <p rend="alinéa">Un grand avantage des sovkhoz, c’est leur rendement marchand élevé : environ 70 % en moyenne dans
              les sovkhoz céréaliers. Les sovkhoz fournissent à l’État de grosses quantités de denrées agricoles.</p>
              <p rend="alinéa">Pourtant, leurs immenses possibilités sont utilisées de façon encore très insuffisante. Bien des
              sovkhoz, mal dirigés, ne savent pas tirer parti des grandes étendues de terre dont ils disposent,
              fournissent trop peu de céréales, de viande, de lait et d’autres produits, et accusent un déficit. Quand ils
              auront remédié à ces défauts et mis à profit tous leurs avantages, ces grandes entreprises socialistes
              puissamment mécanisées que sont les sovkhoz pourront à bref délai produire et fournir à l’État des
              denrées agricoles en quantités beaucoup plus importantes.</p>
              <p rend="alinéa">Le rôle des sovkhoz dans le ravitaillement du pays en denrées alimentaires ne cesse d’augmenter au
              cours du développement de l’agriculture socialiste dans la période du passage graduel du socialisme au
              communisme.</p>
              <p rend="alinéa">Le système de planification de la production sovkhozienne, établi par l’État et faisant du volume de la
              production marchande livrée à l’État l’indice principal, donne le champ libre à l’initiative des
              travailleurs des sovkhoz pour perfectionner la production afin d’obtenir par son intensification pour
              100 hectares de terres le maximum de production avec le minimum de dépenses de travail et de
              moyens. Les sovkhoz ont la possibilité d’être des exploitations d’une productivité et d’une rentabilité
              supérieures, donnant l’exemple d’une organisation rationnelle, de l’agriculture, d’un rendement élevé
              des cultures et d’une haute productivité de l’élevage.</p>
              <p rend="alinéa">L’utilisation complète et rationnelle du <emph>fonds
              agraire</emph> joue un rôle important dans l’élévation de la rentabilité des sovkhoz.</p>
              <p rend="alinéa">L’orientation fondamentale à donner au sovkhoz, c’est-à-dire sa spécialisation dans la production soit
              des céréales, soit de la viande, du lait, de la laine, du coton, du lin, de la betterave à sucre, etc., est
              déterminée par les conditions naturelles et économiques de la région. Dans les sovkhoz spécialisés,
              une de ces branches est l’essentielle. Parallèlement aux branches d’activité fondamentales, il importe
              de développer au maximum les branches complémentaires et auxiliaires : culture des légumes,
              horticulture, viticulture, aviculture, apiculture. Le développement que prend chaque branche
              complémentaire et auxiliaire dépend de la possibilité de lui assurer un rendement marchand et une
              rentabilité élevés.</p>
              <p rend="alinéa">La monoculture ou une spécialisation excessive de l’élevage ne permet pas d’utiliser le sol d’une
              manière efficiente, elle entraîne un déficit et est préjudiciable à l’État. L’organisation de sovkhoz aux
              productions multiples, harmonieusement développées, comportant des branches d’activité principales
              spécialisées, garantit l’obtention du maximum de produits agricoles par hectare de terre arable, de
              prairie et de pâturage. Il est particulièrement important pour les sovkhoz de disposer de leurs propres
              semences pour toutes leurs emblavures et de fourrages pour tout leur cheptel.</p>
              <p rend="alinéa">L’augmentation de la production globale et marchande par hectare de terre cultivée entraîne
              l’abaissement du <emph>prix de revient</emph> et une plus haute rentabilité. Les sovkhoz, vastes exploitations
              puissamment mécanisées, sont en mesure de produire les denrées agricoles avec une dépense de travail
              minima et de les fournir au pays aux prix les plus bas. La diminution des prix de revient résulte dans
              les sovkhoz d’une mécanisation de plus en plus poussée, d’une utilisation plus efficiente des machines
              et des tracteurs, d’une meilleure organisation du travail, de l’application, dans toutes les branches, des
              dernières réalisations de la science agricole et de l’expérience des travailleurs d’élite, ainsi que d’un
              ensemble de mesures d’ordre agronomique et zootechnique, de la lutte contre les pertes, de
              l’établissement d’un régime d’économie. L’élévation de la productivité du travail, qui est la
              conséquence de tout cela, se traduit par une augmentation du rendement des cultures et de la
              productivité de l’élevage.</p>
              <p rend="alinéa">La gestion équilibrée est à la base de la gestion des sovkhoz. La rentabilité de ces derniers est fonction
              du montant de leur revenu net.
              Le <emph>revenu net créé</emph> par le sovkhoz est la différence entre le prix de revient et la valeur du produit
              agricole. Le montant du revenu net <emph>réalisé</emph> par le sovkhoz est la différence entre le prix de revient et le
              prix du produit agricole livré à l’État par le sovkhoz ou vendu en partie sur le marché. Une partie du
              revenu net créé dans le sovkhoz est réalisée par les organismes de stockage et lors de la vente par l’État
              de la production sovkhozienne à la population.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Afin d’intéresser matériellement les sovkhoz au développement de la production, le système des subventions
              d’État aux sovkhoz a été aboli en 1954 et de nouveaux prix de livraison ont été fixés pour les céréales, les plantes
              oléagineuses et les principales catégories de produits de l’élevage, prix qui permettent à chaque sovkhoz d’obtenir
              un revenu net en abaissant les prix de revient. Les sovkhoz livrent à prix ferme la production de leurs principales
              branches d’activité aux centres de stockage de l’État. Les produits fournis par les branches auxiliaires, y compris
              ceux qui ont été traités dans l’exploitation même, sont vendus directement au consommateur aux prix de détail
              d’État. La suppression des subventions de l’État et l’application rigoureuse de la gestion équilibrée constituent
              une mesure économique des plus importantes, qui assigne une base solide à la gestion rationnelle des sovkhoz.</p>
              <p rend="alinéa">Le revenu net laissé à la disposition du sovkhoz et accumulé en argent est consacré à renforcer et à
              développer l’exploitation, à améliorer les services culturels et sociaux organisés à l’intention des
              travailleurs du sovkhoz (établissements pour enfants, clubs, maisons de repos et de cure, etc.) Des
              fonds spéciaux sont formés en conséquence : <emph>fonds pour le renforcement et le développement
              économiques du sovkhoz, fonds d’assurance, fonds de l’entreprise</emph>.</p>
              <p rend="alinéa">Les progrès de la production dans les sovkhoz dépendent pour une très grande part du renforcement
              des formes socialistes d’organisation du travail et de l’application conséquente du principe socialiste de
              la rémunération selon le travail.</p>
              <p rend="alinéa">La forme essentielle d’organisation du travail dans les sections et les
              fermes des sovkhoz est la <emph>brigade permanente de production</emph>. La culture des champs est confiée à des
              <emph>brigades de tracteurs pour la culture des champs</emph> auxquelles sont attribués une étendue déterminée de
              terres assolées, des tracteurs, des moissonneuses-batteuses et d’autres machines agricoles, les moyens
              de transport et le matériel d’exploitation nécessaires. Les brigades comprennent des équipes s’occupant
              plus spécialement de telles ou telles cultures dont la production est peu mécanisée. Il existe dans les
              fermes des <emph>brigades d’élevage</emph> auxquelles sont attribués du bétail, le matériel et les locaux
              indispensables à son entretien, etc.</p>
              <p rend="alinéa">Un système de salaire aux pièces, payable en argent, incite les travailleurs des sovkhoz à améliorer le
              rendement des cultures et la productivité de l’élevage, à accroître la rentabilité de l’exploitation. Des
              <emph>primes en argent</emph> sont accordées pour un rendement des cultures supérieur aux prévisions du plan et
              pour de hauts indices de productivité de l’élevage : quantité de lait fourni ou de laine tondue, nombre
              des jeunes animaux obtenus et conservés, etc. Les spécialistes de la motoculture (conducteurs de
              moissonneuses-batteuses et leurs adjoints, mécaniciens de tracteurs, etc.) reçoivent, outre leur salaire
              en argent, un <emph>salaire en nature</emph> et des <emph>primes en nature</emph> (céréales). Le personnel dirigeant et les
              spécialistes touchent des primes en argent si le sovkhoz a exécuté ou dépassé ses plans de production
              et de livraisons à l’État.</p>
              <p rend="alinéa">L’intérêt matériel de l’ensemble du sovkhoz et de chacun de ses membres pour
              les résultats du travail est une condition fondamentale d’un accroissement et d’un perfectionnement
              ininterrompus de la production sovkhozienne.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume" n="35" xml:id="chap35resume">
              <head>Résumé du chapitre 35</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
              <item><p rend="alinéa">Le système socialiste d’agriculture, représenté par les kolkhoz, les S.M.T. et les sovkhoz, est la
              forme supérieure et la plus progressiste d’organisation de la production agricole. En régime
              socialiste, l’agriculture est appelée à satisfaire intégralement les besoins de la population en denrées
              alimentaires et de l’industrie en matières premières. L’élévation de la productivité du travail dans
              l’agriculture socialiste se traduit par l’obtention du maximum de produits par hectare de terre cultivée
              en dépensant le minimum de travail et de moyens par unité de produit.</p></item>
              <item><p rend="alinéa">Les stations de machines et de tracteurs sont la base matérielle et technique industrielle de la
              production des kolkhoz ; c’est sur elles que l’État socialiste s’appuie pour diriger ces derniers. Elles
              ont essentiellement pour tâche d’élever au maximum le rendement de toutes les cultures, d’assurer
              l’augmentation du cheptel collectif et d’en élever la productivité, d’accroître la production globale et
              marchande de l’agriculture et de l’élevage dans les kolkhoz qu’elles desservent. Elles jouent un rôle
              décisif dans le développement de la production kolkhozienne.</p></item>
              <item><p rend="alinéa">L’artel agricole est, en régime socialiste, la seule forme correcte d’économie collective. Les kolkhoz,
              entreprises coopératives socialistes, reposent sur le travail collectif des kolkhoziens s’aidant des
              principaux moyens de production possédés par l’Etal socialiste et de certains autres moyens de
              production possédés par les kolkhoz. En U.R.S.S., la terre occupée par les kolkhoz leur a été remise
              par l’État en jouissance perpétuelle et gratuite. L’État soviétique consacre des sommes importantes à
              l’agriculture et à la satisfaction des besoins culturels de la paysannerie kolkhozienne.</p></item>
              <item><p rend="alinéa">L’exploitation collective est la source d’augmentation de la richesse des kolkhoz et la base du
              bien-être de la paysannerie kolkhozienne. Dans les kolkhoz, les exigences de la loi économique de la
              répartition selon le travail sont réalisées au moyen de la journée-travail. Celle-ci est une mesure
              particulière de travail et de consommation, née du régime kolkhozien et qui concilie l’intérêt matériel
              et personnel des kolkhoziens avec les intérêts de l’économie collective du kolkhoz. L’application
              conséquente du principe de l’intérêt matériel et personnel des kolkhoziens pour les progrès de la
              production kolkhozienne est la condition indispensable du développement continu de l’agriculture.</p></item>
              <item><p rend="alinéa">La grande exploitation collective permet d’obtenir des revenus élevés. Les revenus supplémentaires
              des kolkhoz situés sur les meilleures terres ou tirant un meilleur parti du sol forment une rente
              différentielle qui revient aux kolkhoz et aux kolkhoziens, et qui est mise aussi à la disposition de l’État.</p></item>
              <item><p rend="alinéa">Conformément aux Statuts de l’artel agricole, la production et les revenus en argent du kolkhoz lui
              servent à s’acquitter de ses obligations envers l’État, à constituer un certain nombre de fonds sociaux
              et à rémunérer les kolkhoziens au prorata de leurs journées-travail. Conformément à la loi
              économique fondamentale du socialisme, le régime kolkhozien assure une élévation constante du
              bien-être matériel et du niveau de vie culturelle de la paysannerie kolkhozienne.</p></item>
              <item><p rend="alinéa">Les sovkhoz sont des entreprises agricoles d’État, les plus grandes et les plus mécanisées de toutes,
              qui jouent un rôle croissant dans la production agricole. Leur fonctionnement obéit aux principes de
              la gestion équilibrée. L’élévation constante de la productivité du travail, l’intérêt matériel des sovkhoz
              et de leur personnel pour les résultats du travail sont des conditions indispensables pour faire de tous
              les sovkhoz des entreprises modèles, des entreprises rentables et d’une haute productivité.</p></item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3 type="chapitre" n="36" xml:id="chap36">
            <head>Chapitre 36 — Le commerce en régime socialiste</head>
            <div4 type="section" n="1" xml:id="chap36sect01">
              <head>36.1. La nature et le rôle du commerce en régime socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">La nécessité du commerce dans la société socialiste découle de l’existence de la production marchande
              et de la loi de la valeur. Les articles de consommation courante produits dans la société socialiste étant
              des marchandises, leur répartition, leur acheminement jusqu’au consommateur, se fait nécessairement
              par la voie commerciale. Au mode de production socialiste correspond une forme particulière
              d’échange des marchandises qui a reçu en U.R.S.S. le nom de <emph>commerce soviétique</emph>, et qui diffère
              profondément par sa nature du commerce capitaliste. C’est un commerce sans capitalistes. En
              U.R.S.S., les marchandises sont réalisées par les entreprises et les organismes d’État et coopératifs, par
              les kolkhoz et par les kolkhoziens. Les moyens dont disposent les entreprises du commerce soviétique
              sont propriété socialiste. La domination sans partage de la propriété socialiste, dans toutes les sphères
              de l’économie nationale, a fait entièrement disparaître en U.R.S.S. les conditions d’existence de
              catégories telles que le capital commercial, le profit commercial, etc.</p>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, le
              commerce obéit aux exigences de la loi économique fondamentale du socialisme : satisfaire au
              maximum les besoins matériels et culturels croissants des travailleurs, contrairement au commerce
              capitaliste qui, étant une fonction du capital commercial, sert à enrichir les capitalistes.</p>
              <p rend="alinéa">Dans la société
              socialiste, la population se procure la grande masse des articles de consommation individuelle par
              l’intermédiaire du commerce. C’est à l’achat de ces articles : denrées alimentaires, vêtements,
              chaussures, objets d’agrément, articles de ménage et d’usage courant, qu’elle consacre la majeure partie
              de ses revenus. Une portion seulement des articles de consommation individuelle est répartie
              directement, sans passer par le commerce, par exemple les produits délivrés aux kolkhoziens pour
              leurs journées-travail.</p>
              <p rend="alinéa">Le développement du commerce contribue d’une manière très efficace à intéresser matériellement et
              personnellement les travailleurs de la ville et de la campagne aux résultats de leur travail, à l’élévation
              de sa productivité. Le commerce soviétique est la condition nécessaire de l’application de la loi
              économique de la répartition selon le travail, la réalisation des revenus en argent des travailleurs de
              l’U.R.S.S. s’opérant par l’intermédiaire du commerce soviétique. C’est de ses progrès, de la façon dont
              sont desservis les acheteurs qu’il dépend pour une bonne part que les besoins des travailleurs soient
              satisfaits conformément à leurs revenus.</p>
              <p rend="alinéa">C’est dans le commerce que les kolkhoz achètent les objets
              d’usage productif : machines agricoles, matériel divers, équipement électrique, combustible, matériaux
              de construction, automobiles, etc. Font aussi partie du commerce les opérations de stockage et d’achat
              des denrées agricoles que l’État et les coopératives acquièrent auprès des kolkhoz et des kolkhoziens.</p>
              <p rend="alinéa">Le commerce soviétique, nous enseigne Lénine, est une forme de l’alliance économique entre la ville
              et la campagne. C’est un élément vital dans le système des <emph>relations</emph> économiques <emph>entre l’industrie
              d’État et l’agriculture kolkhozienne</emph>. Le développement de cette alliance sur le plan commercial entre
              la ville et la campagne est la condition indispensable du resserrement constant de l’alliance de la classe
              ouvrière et de la paysannerie, la condition de la fourniture de biens de consommation à la population
              des villes et des campagnes, ainsi que de matières premières agricoles à l’industrie.</p>
              <p rend="alinéa">La division du
              travail entre les organismes de la production et du commerce, l’attribution aux organismes de
              commerce et de stockage de la fonction consistant à assurer la circulation des marchandises permettent
              à la société socialiste de réaliser une grande économie en accélérant la rotation du produit social et en
              diminuant la somme des moyens employés dans la sphère de la circulation, ce qui permet de consacrer
              davantage de moyens à l’extension de la production socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">Le commerce soviétique, qui repose sur
              la production socialiste, est en même temps la condition indispensable de l’extension et du
              renforcement de cette dernière.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Pour que la vie économique du pays puisse battre son plein ; pour que l’industrie et l’agriculture
                  aient un stimulant au développement de leur production, il faut qu’une autre condition soit encore
                  remplie, à savoir que les <emph>échanges</emph> soient très actifs entre la ville et la campagne, entre les
                  différents districts et régions du pays, entre les différentes branches de l’économie nationale. Il faut
                  que le pays soit couvert d’un réseau serré de dépôts, de magasins, de boutiques. Il faut que les
                  marchandises circulent sans arrêt, affluant des lieux de production vers le consommateur, par le
                  canal de ces dépôts, magasins et boutiques.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  J. Staline,
                  « Rapport au 17<hi rend="ordinal">e</hi> Congrès du P.C. (b) de l’U.R.S.S. »,
                  <title>Les Questions du léninisme</title>, t. 2, p. 169-170.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Le commerce soviétique relie la production socialiste à la consommation populaire. En régime
              capitaliste, la liaison entre la production et la consommation s’établit spontanément par le mécanisme
              de la concurrence, à travers les crises. En régime socialiste, grâce à l’action de la loi du développement
              harmonieux, proportionné de l’économie nationale, le commerce peut et doit nécessairement servir à
              réaliser une <emph>coordination planifiée de la production et de la consommation</emph>.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">La loi du développement harmonieux, proportionné, de l’économie nationale, qui exerce son
                  influence dans notre pays, exige une coordination consciente et organisée de la production et de la
                  consommation. Grâce à la planification de notre économie, nous pouvons tenir compte directement
                  de la demande, sans faire de détours, et développer la production en conséquence. Ici s’affirment
                  les grands avantages de notre régime. Mais il en découle en même temps une énorme
                  responsabilité pour les organisations commerciales, car le succès en ce domaine ne dépend que de
                  nous-mêmes, de notre organisation et de notre savoir-faire.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  A. Mikoïan,
                  <title>Des mesures à prendre pour assurer le développement continu du commerce
                  et améliorer l’organisation du commerce d’État, coopératif et kolkhozien</title>.
                  Rapport présenté le 17 octobre 1953 à la conférence des dirigeants
                  d’organisations commerciales de l’U.R.S.S., p. 16 (éd. russe).
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Le commerce soviétique se développe harmonieusement ; il s’appuie, d’une part, sur l’extension
              ininterrompue de la production socialiste et, d’autre part, sur l’augmentation constante des besoins, du
              pouvoir d’achat des masses. Le mieux-être de la population, l’augmentation des revenus en argent des
              travailleurs et la baisse systématique du prix des marchandises créent une demande toujours accrue des
              articles manufacturés et des denrées agricoles. Aussi le commerce soviétique ignore-t-il les difficultés
              de réalisation et les crises d’écoulement inhérentes au capitalisme.</p>
              <p rend="alinéa">L’État soviétique et ses organes déterminent le volume et la structure de la production des objets de
              consommation courante, les sources et le montant des fonds de marchandises, les modalités d’une
              circulation rationnelle des marchandises ; ils règlent l’organisation et la distribution du réseau
              commercial. Ils répartissent les marchandises entre les différentes régions en tenant compte du pouvoir
              d’achat de la population, de ses revenus et de ses dépenses.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>commerce en régime socialiste</emph> est donc la forme d’échange des marchandises par laquelle s’opère
              la liaison harmonieuse entre la ville et la campagne, la production socialiste et la consommation des
              masses, en vue de satisfaire les besoins croissants des travailleurs.</p>
              <p rend="alinéa">Le commerce soviétique est, par essence, dans l’obligation de tenir compte intégralement de la
              demande de la population, des goûts toujours plus affinés du consommateur, des particularités
              nationales et locales, des conditions climatiques, saisonnières et autres. Ainsi seulement le commerce
              peut être planifié de telle sorte que la masse des marchandises envoyées dans chaque région réponde à
              la demande non seulement par sa somme, c’est-à-dire quant à sa valeur, mais aussi par la variété de
              l’assortiment, c’est-à-dire par ses valeurs d’usage.</p>
              <p rend="alinéa">Le commerce soviétique influe activement sur la formation de la demande des consommateurs ; il
              contribue à faire entrer dans les mœurs des produits nouveaux. Il utilise dans ce but la publicité pour
              informer loyalement le consommateur des qualités et de la destination de telles ou telles marchandises,
              contrairement à la publicité capitaliste dont le but est d’enrichir le capitaliste aux dépens du
              consommateur. Le niveau et la corrélation des prix des marchandises vendues à la population sont un
              facteur important de la formation de la demande.</p>
              <p rend="alinéa">Si la population de l’U.R.S.S. a un pouvoir d’achat élevé, il ne s’ensuit nullement que toute
              marchandise est de ce fait assurée de trouver un écoulement. Avec les progrès du bien-être des masses,
              leurs besoins se diversifient, les consommateurs se montrent de plus en plus exigeants sur la qualité.
              Pour satisfaire plus complètement les besoins de la population, il est nécessaire d’éliminer les défauts
              dans la planification de la production des articles de consommation courante et du commerce ; celle-ci
              est pratiquée, souvent encore, sans tenir suffisamment compte de la demande et sans utiliser les
              possibilités existantes de production et d’écoulement d’un certain nombre de marchandises. Les
              organisations commerciales sont tenues de faire face rapidement aux fluctuations de la demande, de ne
              pas répartir les marchandises d’une manière mécanique, d’éviter toute erreur d’attribution dans les
              envois aux différentes régions, de desservir de mieux en mieux leurs clients, de tout faire pour la
              commodité de l’acheteur et d’économiser son temps.</p>
              <p rend="alinéa">Le rôle du commerce soviétique est d’influer activement sur la production en la poussant à fabriquer
              davantage de marchandises demandées par la population, à en améliorer la qualité, à élargir et à
              perfectionner leur assortiment. Les principaux moyens d’action du commerce soviétique sur la
              production sont les contrats conclus entre les organisations commerciales et industrielles pour la
              fourniture de produits d’un assortiment et d’une qualité déterminés, la pratique généralisée des
              commandes préalables passées par les organisations commerciales à l’industrie, un contrôle rigoureux
              des marchandises livrées et l’application de sanctions pour toute dérogation aux clauses du contrat,
              jusques et y compris le refus de réceptionner les articles de mauvaise qualité. Pour renforcer
              l’influence active qu’exerce le commerce soviétique sur la production, on doit répandre la pratique des
              contrats passés directement par les organisations et entreprises commerciales locales avec les
              entreprises productrices.</p>
              <p rend="alinéa">Une planification correcte du commerce suppose la coordination de l’approvisionnement centralisé
              avec une large initiative laissée aux organes locaux pour mobiliser les ressources en marchandises,
              ainsi qu’une responsabilité accrue quant à l’approvisionnement de la population. Dans ce système, la
              quantité des marchandises acheminées vers telle ou telle région dans le cadre de l’approvisionnement
              centralisé dépend de l’utilisation qui y est faite des possibilités locales de mobilisation des ressources
              en marchandises. Les organismes locaux sont ainsi mieux intéressés à l’accroissement de la production
              et des stockages locaux.</p>
              <p rend="alinéa">L’accroissement du rôle des organismes locaux dans la planification du commerce fait mieux connaître
              les demandes de la population, donne plus de souplesse et d’efficience au travail des organisations
              commerciales appelées à favoriser par tous les moyens l’entrée dans le commerce d’un nombre
              toujours plus grand de nouvelles ressources locales supplémentaires.</p>
              <p rend="alinéa">La circulation des marchandises dans le pays est conditionnée par l’emplacement des régions de
              production, par le niveau et la structure de la demande consommatrice par régions. La régularité des
              transports, dont dépend dans une grande mesure la rapidité avec laquelle s’effectue la circulation des
              marchandises, est à cet égard d’une grande importance.</p>
              <p rend="alinéa">Outre la circulation des marchandises, les organismes de commerce et de stockage assurent le
              transport, la conservation, le triage et l’emballage des marchandises, autrement dit poursuivent le
              processus de production dans la sphère de la circulation.</p>
              <p rend="alinéa">Le commerce assure la rentrée régulière, dans le secteur d’État et dans celui des kolkhoz, des fonds
              nécessaires pour renouveler et étendre la production. C’est de la rapidité avec laquelle les
              marchandises sont réalisées que dépend en grande partie la rapidité de la rotation des fonds dans
              l’ensemble de l’économie nationale. Et c’est par l’entremise du commerce que l’industrie socialiste
              produisant des biens de consommation reçoit l’argent qui sert à couvrir ses dépenses et constitue le
              revenu net des entreprises ainsi que le revenu net centralisé de l’État. Une partie de l’argent retiré par
              les industries légère et alimentaire de la vente des marchandises revient à l’industrie lourde en
              paiement des moyens de production. La réalisation régulière des marchandises par le commerce
              soviétique assure la rentrée en temps voulu dans le fonds général de l’État de ressources monétaires qui
              seront utilisées dans l’ensemble de l’économie nationale. La vente par les kolkhoz et les kolkhoziens de
              leur production marchande est la source de leurs revenus en argent, qui servent à renforcer et à
              développer l’économie collective des kolkhoz et à satisfaire les besoins personnels des kolkhoziens.</p>
              <p rend="alinéa">Le développement du commerce soviétique, l’augmentation de la masse des marchandises vendues aux
              prix fermes établis par le plan sont un facteur essentiel de la solidité croissante de la monnaie
              soviétique.</p>
              <p rend="alinéa">Avec le progrès de la production socialiste et le mieux-être de la population, le commerce prend
              toujours plus d’ampleur et sa structure s’améliore : la part des marchandises de haute qualité et de
              valeur augmente, l’assortiment s’enrichit.</p>
              <p rend="alinéa smaller">De 1928 à 1940, le volume du commerce d’État et coopératif de détail a été multiplié (à parité de prix) par 2,3 en
              U.R.S.S., alors que, dans les pays capitalistes, il était, à la veille de la seconde guerre mondiale, au-dessous du
              niveau de 1929. En 1954, le commerce de détail (à parité de prix) avait doublé en U.R.S.S. par rapport à 1940, et
              augmenté de 80 % par rapport à 1950, tandis que le volume du commerce intérieur augmentait à peine par
              rapport au niveau de 1950 aux États-Unis et restait à peu près stationnaire en Angleterre.</p>
              <p rend="alinéa smaller">
              En 1954, les magasins de l’État et des coopératives ont, par rapport à 1940, vendu à la population 2,8 fois plus de
              viande, plus de 2 fois plus de poisson et de produits dérivés, 2,6 fois plus de beurre, plus de 3 fois plus d’huile et
              d’autres matières grasses, 2,8 fois plus de sucre, 2,5 fois plus de tissus, dont près de 3 fois plus de tissus de laine
              et 6 fois plus de tissus de soie ; plus de 2 fois plus de chaussures, plus de 6 fois plus de montres, plus de 7,5 fois
              plus de machines à coudre, près de 12 fois plus de bicyclettes, 18 fois plus de postes de radio.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les tâches du cinquième plan quinquennal relatives au volume du commerce ont été réalisées en quatre ans. De
              1950 à 1955, la masse des marchandises fournies à la population par le commerce de l’État et des coopératives a
              presque doublé.</p>
              <p rend="alinéa">Toutefois, le niveau actuel du commerce retarde encore sensiblement sur le pouvoir d’achat accru des
              masses laborieuses. L’ensemble des mesures appliquées par le Parti communiste et l’État soviétique
              pour assurer un vigoureux essor de l’agriculture et l’augmentation de la production d’articles d’usage
              courant créent les conditions indispensables à un développement considérable du commerce à la ville
              et à la campagne conformément à l’accroissement de la demande.
              La base matérielle et technique du commerce soviétique se renforce, les entrepôts et les magasins,
              notamment les magasins spécialisés, se multiplient. Le passage graduel du socialisme au communisme
              exige le développement au maximum du commerce soviétique.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="2" xml:id="chap36sect02">
              <head>36.2. Les formes du commerce en régime socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, étant donné l’existence dans la production d’un secteur d’État et d’un secteur
              coopératif-kolkhozien, le commerce prend trois formes : 1<hi rend="ordinal">o</hi> le commerce d’État, 2<hi rend="ordinal">o</hi> le commerce
              coopératif et 3<hi rend="ordinal">o</hi> le commerce kolkhozien.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>commerce d’État</emph> joue en U.R.S.S. le rôle déterminant et occupe une place décisive dans le
              commerce de gros comme dans celui de détail. La grande masse des ressources marchandes du pays
              qui sont livrées au commerce soviétique est concentrée entre les mains de l’État socialiste. C’est
              l’industrie d’État qui fournit aux organismes commerciaux la plupart des marchandises. Celles-ci
              passent d’abord, en règle générale, par le commerce de gros d’État, puis par le commerce de détail qui
              les vend à la population.</p>
              <p rend="alinéa">Le stockage et les achats de produits agricoles aux kolkhoz par l’État constituent la principale source
              de matières premières pour l’industrie produisant des articles de consommation individuelle et des
              denrées alimentaires pour la population. La production des sovkhoz et le paiement en nature aux
              S.M.T. sont une autre source importante de denrées alimentaires et de matières premières agricoles.</p>
              <p rend="alinéa">En 1954, le commerce de détail d’État, qui dessert principalement la population des villes et des
              régions industrielles, représente en U.R.S.S. 63 % du commerce de détail.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le commerce de détail d’État pour les articles de consommation individuelle est effectué par le réseau
              commercial (magasins, boutiques, entrepôts, etc.) des ministères du Commerce de l’U.R.S.S. et des républiques
              fédérées, par les offices du ravitaillement ouvrier dans les transports, les industries houillère, pétrolière,
              métallurgique et autres, par le réseau commercial spécialisé de certains ministères où est écoulée la production
              de leurs entreprises.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>commerce coopératif</emph> est effectué par les entreprises commerciales des coopératives de
              consommation et des coopératives artisanales. Les fonds dont disposent les organisations coopératives
              sont la propriété coopérative de leurs membres. L’État soviétique accorde de gros crédits à ces
              organisations.
              En 1954, le commerce coopératif effectuait 27 % du commerce de détail. La majeure partie de ses
              opérations était effectuée par les coopératives de consommation. Celles-ci desservent surtout la
              population rurale et constituent la principale organisation faisant le commerce à la campagne. La
              population rurale achète aussi des marchandises à la ville. Les coopératives de consommation jouent
              un rôle important dans le stockage et l’achat de produits agricoles. Elles sont appelées à approvisionner
              la population rurale en articles d’usage courant, à aider au maximum les kolkhoz et les kolkhoziens à
              écouler leurs produits, contribuant ainsi au développement de toutes les branches de l’agriculture, à
              l’élévation du bien-être matériel de la paysannerie kolkhozienne et de tous les travailleurs des
              campagnes.</p>
              <p rend="alinéa">Au commerce de l’État et des coopératives sont rattachées
              les entreprises de <emph>l’alimentation publique</emph> :
              cuisines-fabriques, cantines, restaurants, buvettes, etc.,
              qui vendent leurs produits à la population. Le
              développement de l’alimentation publique permet de réaliser d’importantes économies de temps de
              travail dans l’économie nationale, de remplacer le travail peu productif dans le ménage par un travail
              socialisé plus productif et d’améliorer notablement les conditions d’existence de la population.
              L’alimentation publique libère des travaux du ménage des millions de femmes qui peuvent de la sorte
              participer à la production socialiste et à la vie sociale. Elle permet d’utiliser d’une manière plus
              rationnelle et plus économique les ressources alimentaires et d’organiser l’alimentation sur des bases
              scientifiques et hygiéniques.</p>
              <p rend="alinéa">Le commerce d’État et le commerce coopératif constituent un <emph>marché organisé</emph>, directement planifié
              par l’État socialiste. Ce marché organisé occupe dans le commerce soviétique une place prépondérante.
              Il existe à côté de lui un <emph>marché non organisé :</emph> le commerce kolkhozien.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>commerce kolkhozien</emph> est une forme du commerce soviétique de détail où kolkhoz et kolkhoziens
              vendent à la population des denrées agricoles aux prix qui s’établissent sur le marché en fonction de
              l’offre et de la demande. Les kolkhoziens réalisent au marché une partie des produits que leur a fournis
              leur exploitation auxiliaire individuelle ou qu’ils ont reçus de l’exploitation collective des kolkhoz pour
              leurs journées-travail. La nécessité du commerce kolkhozien découle du caractère de la propriété de
              groupe kolkhozienne et de l’existence de l’exploitation individuelle des kolkhoziens. Les kolkhoz et les
              kolkhoziens sont propriétaires de leur production et en disposent à leur gré ; ils peuvent la réaliser non
              seulement au titre des stockages et achats par l’État, mais aussi sur les marchés. Le commerce
              kolkhozien n’est pas directement planifié par l’État : celui-ci n’assigne pas aux kolkhoz et aux
              kolkhoziens un plan pour la réalisation de leurs produits sur les marchés kolkhoziens, ni n’établit le
              prix des denrées agricoles vendues par eux. Mais le commerce kolkhozien est soumis à l’action
              économique du commerce de l’État et du commerce coopératif. L’extension de la circulation des
              marchandises et l’abaissement des prix de détail dans le commerce d’État et le commerce coopératif
              entraînent une diminution des prix sur le marché kolkhozien.</p>
              <p rend="alinéa">Sur ce dernier, le libre jeu du marché
              s’exerce dans certaines limites. Si l’influence économique régulatrice de l’État vient à faiblir sur tel ou
              tel marché kolkhozien, les spéculateurs peuvent relever la tête ; mettant à profit le manque temporaire
              de certaines marchandises, ils font monter les prix. À mesure que s’accroît la production kolkhozienne
              marchande dont l’État dispose grâce aux stockages et aux achats, que la production se développe dans
              les sovkhoz, que la quantité des denrées alimentaires augmente dans les magasins de l’État et des
              coopératives, l’action de l’État sur le marché inorganisé s’accentue.</p>
              <p rend="alinéa">Le commerce kolkhozien contribue dans une mesure importante à stimuler la production agricole et à
              assurer des denrées alimentaires aux villes et aux agglomérations industrielles ; il fournit à la
              population une grande partie des denrées telles que les légumes, la pomme de terre, la viande, les
              produits laitiers. En 1954, la part du commerce kolkhozien était d’environ 10 % dans l’ensemble du
              commerce de détail et d’environ 16 % dans le commerce des denrées alimentaires.</p>
              <p rend="alinéa">Les kolkhoz et les kolkhoziens réalisent une partie de leurs produits agricoles à la commission, par
              l’intermédiaire des coopératives de consommation. Ils livrent leurs produits aux coopératives,
              reçoivent de celles-ci l’argent retiré de la vente et leur versent une certaine rémunération à titre de
              commission. Cette méthode est avantageuse pour les kolkhoz et les kolkhoziens, qui économisent les
              frais afférents à la réalisation des marchandises. Le développement du commerce des produits
              agricoles à la commission par l’intermédiaire des coopératives présente une grande importance. Le
              commerce à la commission permet aux kolkhoziens de consacrer davantage de temps aux travaux
              agricoles, fait entrer dans le circuit commercial une quantité supplémentaire de denrées alimentaires et
              contribue à abaisser les prix sur les marchés kolkhoziens.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="3" xml:id="chap36sect03">
              <head>36.3. Le prix et les frais de circulation dans le commerce d’État
              et le commerce coopératif.</head>
              <p rend="alinéa">La domination sans partage de la propriété sociale avec la prépondérance de la propriété d’État,
              propriété du peuple tout entier, dans la sphère de la production et dans celle de la circulation
              marchande permet à l’État socialiste de planifier les prix dans toutes les branches de l’économie
              nationale. En U.R.S.S., les prix du marché organisé sont arrêtés d’après un plan : prix de stockage et d’achat de la
              production marchande des kolkhoz et des kolkhoziens vendue aux organisations d’État et aux
              coopératives ; prix de gros pour l’industrie et les organisations commerciales ; prix de détail du
              commerce d’État et du commerce coopératif, qui sont ceux auxquels la population achète les articles
              de consommation.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi qu’il a été dit, la loi de la valeur exerce, par l’intermédiaire des prix, une influence régulatrice sur
              la sphère de la circulation marchande. L’État socialiste est obligé de tenir compte des effets de cette loi
              dans sa planification des prix. Il prend en considération la valeur de la marchandise, le niveau de
              l’offre et de la demande, l’importance de la marchandise dans la consommation nationale, la nécessité
              d’utiliser les prix pour la redistribution des fonds dans l’économie nationale. Pour la plupart des
              marchandises, on établit des prix de détail valables dans tout le pays. Afin de mieux tenir compte des
              conditions de production et d’écoulement, l’État établit pour un certain nombre de marchandises
              (surtout alimentaires) des prix de zone (différenciés suivant les régions), et pour diverses marchandises
              des prix de détail saisonniers. Les prix de stockage et d’achat par l’État sont différenciés suivant les
              régions, et aussi suivant les saisons, pour certains types de marchandises.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>baisse</emph> systématique <emph>des prix de détail</emph> est un des principaux moyens d’élever le bien-être des
              masses populaires. Les sept diminutions de prix successives effectuées depuis 1947 ont accru
              considérablement le pouvoir d’achat et les revenus réels des travailleurs de la ville et de la campagne.
              La baisse des prix est un facteur important qui permet d’influer méthodiquement sur la demande et
              d’élargir la consommation de certaines marchandises. La baisse des prix de détail se fonde sur la
              réduction des frais de production et de commerce, ainsi que sur l’accroissement de la masse des
              marchandises vendues par l’État à la population.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En U.R.S.S., grâce à la baisse méthodique des prix de détail d’État, on pouvait en 1954 acquérir pour 433 roubles
              une quantité de marchandises qui en coûtaient 1 000 en 1947. En 1954, les prix de détail étaient égaux pour le
              pain et le beurre au tiers, pour la viande à environ au tiers, pour le sucre aux deux cinquièmes de qu’ils étaient en
              1947. L’objectif du cinquième plan quinquennal pour la réduction des prix de détail a été atteint avant le terme
              fixé. Cependant aux États-Unis, en Angleterre, en France et dans la plupart des autres pays bourgeois, le prix de
              ces denrées a accusé au cours de cette même période une forte augmentation.</p>
              <p rend="alinéa">Les organisations commerciales reçoivent les marchandises aux prix de gros et les revendent à la
              population aux prix de détail. La différence entre le prix de détail et le prix de gros constitue la
              majoration commerciale. Celle-ci couvre les frais de circulation des organisations commerciales et
              constitue leur revenu net. Ainsi, le <emph>prix de détail</emph> des organisations commerciales est égal au prix de
              gros plus la majoration commerciale dont le montant représente un certain pourcentage généralement
              décompté du prix de détail. Les majorations commerciales sont fixées par le plan d’État ; leur réduction
              incite les organisations commerciales à mieux travailler, à diminuer les frais de circulation.</p>
              <p rend="alinéa">Dans le commerce soviétique, les <emph>frais de circulation</emph> sont l’expression monétaire des dépenses
              effectuées par les entreprises commerciales pour faire parvenir les marchandises au consommateur.
              Dans le commerce d’État et le commerce coopératif, ils sont planifiés par l’État. Ils comprennent: les
              frais d’amortissement (locaux, matériel), les frais de conservation, de triage et d’emballage des
              marchandises, le coût des transports, le salaire des travailleurs du commerce, etc.</p>
              <p rend="alinéa">Il existe dans le commerce soviétique deux catégories de frais de circulation. D’abord, les frais
              occasionnés par le prolongement du processus de production dans la sphère de la circulation
              (transport, conservation, emballage des marchandises) ; à la différence de ce qui se passe dans le
              commerce capitaliste, ces frais tiennent dans le commerce soviétique une place prépondérante par
              rapport aux autres frais ; ensuite, les frais attachés à la forme marchande de la production (opérations
              d’achat et de vente, frais de comptabilité des entreprises commerciales, etc.) Ces deux catégories de
              frais de circulation sont couvertes par des sources différentes.</p>
              <p rend="alinéa">La première catégorie de frais de circulation est compensée par le travail qu’exécutent les travailleurs
              du commerce en vue de poursuivre le processus de production dans la sphère de la circulation. Ce
              travail accroît la valeur des marchandises et permet ainsi de couvrir les frais de transport, de
              conservation, d’emballage et autres, nécessités par les fonctions de production qu’assument les
              organisations commerciales.
              La deuxième catégorie de frais de circulation, c’est-à-dire les frais attachés à la forme marchande de la
              production, est couverte par un prélèvement opéré sur le revenu net créé dans les branches
              productives. Le niveau des prix de gros industriels est établi de manière qu’une partie du revenu net de
              l’industrie soit versée aux organisations commerciales.</p>
              <p rend="alinéa">Grâce aux avantages du système socialiste planifié de l’économie, le taux des frais de circulation,
              c’est-à-dire le rapport des frais de circulation au chiffre d’affaires du commerce, est en U.R.S.S. de plusieurs
              fois inférieur à celui des pays capitalistes. Le commerce soviétique ignore les formidables dépenses
              improductives qui constituent la plus grande partie des frais de circulation capitalistes et qui sont
              déterminées par l’anarchie de la production, les crises, la concurrence, la spéculation, la débauche de
              publicité. Dans la société socialiste, la circulation des marchandises est planifiée, la production est
              assurée d’un marché intérieur de plus en plus large. D’où, par rapport aux pays bourgeois, une
              réduction considérable du temps de circulation et du nombre des degrés intermédiaires par lesquels
              doivent passer les marchandises avant d’arriver au consommateur.
              La circulation des marchandises est en U.R.S.S. nettement plus rapide que dans les pays capitalistes,
              ce qui permet de réaliser d’importantes économies.</p>
              <p rend="alinéa">Contrairement à ce qui se produit en régime capitaliste, caractérisé par la création d’énormes stocks
              superflus de marchandises, le montant des stocks est, en régime socialiste, réglé par un plan
              conformément aux besoins du commerce et à la nécessité d’assurer des arrivages réguliers et
              ininterrompus de marchandises dans le réseau commercial. Ceci permet de prévenir la formation de
              stocks superflus.</p>
              <p rend="alinéa">À mesure que le commerce soviétique se développe, ses frais de circulation diminuent. La diminution
              des frais de circulation dans la société socialiste, va de pair avec l’amélioration de l’organisation et de
              la technique du commerce et avec le perfectionnement du service des consommateurs et procure une
              économie importante de travail social. Elle permet de consacrer des ressources supplémentaires à
              l’augmentation de la production matérielle, à l’extension du commerce et à un perfectionnement de ses
              méthodes. Ses facteurs essentiels sont la mécanisation du travail commercial, l’élévation de sa
              productivité, l’émulation socialiste des travailleurs du commerce en vue d’assurer un meilleur
              fonctionnement du réseau commercial, une utilisation plus rationnelle de la main-d’œuvre.
              L’État soviétique stimule matériellement, grâce à un système de salaire aux pièces et avec primes,
              l’obtention par les travailleurs du commerce d’indices de travail plus élevés. Pour abaisser encore les
              frais de circulation, il importe de réaliser une planification toujours meilleure de la circulation des
              marchandises et d’étudier attentivement la demande, d’organiser rationnellement les arrivages de
              marchandises dans le réseau commercial, de développer le commerce des articles sous emballage, de
              lutter contre les pertes dans le commerce et le stockage, de rationaliser les transports et la conservation
              des marchandises et d’utiliser plus efficacement les transports. La diminution des distances parcourues
              par les marchandises et la réduction du nombre des échelons intermédiaires dans le réseau commercial
              contribuent grandement à la réduction des frais de circulation.</p>
              <p rend="alinéa smaller">À la veille de la seconde guerre mondiale, les frais de circulation du commerce de gros et de détail constituaient
              en U.R.S.S. environ 10 % du chiffre d’affaires du commerce de détail. En 1954, ceux du commerce d’État et du
              commerce coopératif entraient pour environ 8 % dans le chiffre d’affaires du commerce de détail.</p>
              <p rend="alinéa">La réduction des frais de circulation est étroitement liée au renforcement, dans les entreprises
              commerciales, du principe de la gestion équilibrée qui veut que celles-ci soient rentables, c’est-à-dire
              aient un revenu net (bénéfice), tout en observant strictement les prix établis. Le <emph>revenu net des
              entreprises commerciales socialistes</emph> se distingue foncièrement du profit commercial capitaliste ; il est
              créé, en dehors de toute exploitation, par les travailleurs du commerce (dans la mesure où leur travail
              est le prolongement du processus de la production matérielle dans la sphère de la circulation) et aussi
              par les travailleurs de la production socialiste (une partie de la majoration commerciale étant couverte
              par les branches productives). Ce revenu est utilisé pour satisfaire les besoins généraux de l’État
              (prélèvements au bénéfice du budget), développer le réseau commercial, accroître les ressources des
              organisations commerciales, améliorer la situation matérielle et culturelle des travailleurs du
              commerce.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="4" xml:id="chap36sect04">
              <head>36.4. Le commerce extérieur.</head>
              <p rend="alinéa">L’économie socialiste exige un large développement du commerce extérieur, de l’échange de
              marchandises avec les pays étrangers, ce qui permet d’utiliser les avantages de la division
              internationale du travail. Tous les articles de la production socialiste entrant dans le commerce
              extérieur sont, ainsi qu’il a été dit, des marchandises. Dans la société socialiste, le développement du
              commerce extérieur est subordonné à la loi économique fondamentale et aux autres lois économiques
              du socialisme ; il s’effectue méthodiquement, compte tenu de l’action de la loi de la valeur. En régime
              socialiste, le commerce extérieur concourt à mieux satisfaire les besoins croissants de la société. Il
              fournit un appoint de ressources pour développer la production, utiliser les réalisations de la technique
              mondiale et améliorer l’approvisionnement de la population en biens de consommation.</p>
              <p rend="alinéa">Le commerce extérieur en régime socialiste est le monopole de l’État socialiste. En U.R.S.S., toutes
              ses opérations relèvent d’un organisme d’État spécial : le ministère du Commerce extérieur, et sont
              subordonnées aux besoins de l’édification socialiste ; elles reposent sur des plans d’exportation et
              d’importation qui sont partie intégrante du plan d’ensemble de l’économie nationale. Le monopole du
              commerce extérieur est une condition nécessaire de l’existence et du développement de l’économie
              socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>monopole du commerce extérieur</emph> en U.R.S.S. sert au développement méthodique des
              échanges avec les pays étrangers et remplit à l’heure actuelle deux fonctions essentielles.
              Premièrement, il garantit l’indépendance économique du pays du socialisme face à l’entourage
              capitaliste, protège son économie nationale, son marché intérieur, contre toute pénétration du capital
              étranger, contre l’influence pernicieuse des crises économiques, de l’anarchie qui règne sur le marché
              mondial capitaliste. Deuxièmement, c’est un instrument servant à renforcer la coopération économique
              avec les pays de démocratie populaire, un moyen pour l’U.R.S.S. d’aider ces pays à se développer
              économiquement. Cette nouvelle fonction du monopole du commerce extérieur est apparue depuis que
              s’est formé un marché mondial des pays du camp démocratique, qui fondent leurs relations
              commerciales non sur la concurrence, mais sur une entraide fraternelle.</p>
              <p rend="alinéa">Le monopole du commerce extérieur a permis à l’économie soviétique de se défendre efficacement
              contre l’agression économique des pays impérialistes. Il a joué un rôle important dans
              l’industrialisation de l’U.R.S.S. en procurant aux entreprises industrielles un grand nombre de
              machines importées. Depuis que l’U.R.S.S. est devenue une puissance industrielle, la structure de son
              commerce extérieur s’est profondément modifiée : les articles industriels ont pris dans les exportations
              soviétiques une place prépondérante, alors qu’avant la Révolution la Russie exportait principalement
              des produits agricoles. Au cours des quatrième et cinquième quinquennats, l’U.R.S.S. n’a cessé de
              développer ses exportations de produits de l’industrie lourde. Les exportations d’outillage ont été
              multipliées par 16,5 (à parité de prix) entre 1938 et 1954.</p>
              <p rend="alinéa">Dans son commerce extérieur, l’Union
              soviétique applique scrupuleusement les principes du respect de la souveraineté nationale de tous les
              pays, de l’égalité complète des parties contractantes et de l’avantage réciproque. Convaincue de la
              possibilité d’une coexistence pacifique des deux systèmes, socialiste et capitaliste, elle estime que
              l’extension des relations commerciales est un des principaux moyens de rapprocher les peuples,
              d’amener une détente internationale et de consolider la paix.</p>
              <p rend="alinéa">Grâce aux immenses progrès de la
              production socialiste en U.R.S.S. et à la formation d’un nouveau marché mondial, celui du camp
              démocratique, le chiffre d’affaires du commerce extérieur soviétique augmente d’année en année. Les
              échanges entre l’U.R.S.S. et les pays de démocratie populaire se développent rapidement. Ils
              constituent, et de beaucoup, la plus grosse part des transactions de l’Union soviétique avec l’étranger.
              En 1954, le commerce avec les pays capitalistes entrait pour 1/5, et le commerce avec les pays du camp
              démocratique pour 4/5 dans l’ensemble des opérations commerciales extérieures de l’U.R.S.S.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La politique immuable de l’Union soviétique est de développer les relations d’affaires avec les pays capitalistes à
              des conditions réciproquement avantageuses. Mais son commerce avec les pays capitalistes se heurte à la
              politique de discrimination appliquée sous la pression des milieux agressifs des États-Unis. Cette politique se
              traduit par la répudiation des relations commerciales avec l’U.R.S.S. et les pays de démocratie populaire, et par
              une pression exercée sur les États bourgeois dépendants pour les obliger à suivre la même voie. Cette politique
              est mise en échec parce qu’elle cause un grave préjudice aux pays qui s’y conforment. De 1953 à 1955, un certain
              nombre d’Etals bourgeois ont manifesté une tendance à établir des relations d’affaires plus actives avec l’Union
              soviétique et les pays de démocratie populaire.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En 1953, l’U.R.S.S. faisait du commerce avec 51 États ; 25 d’entre eux avaient conclu avec elle des accords
              commerciaux pour une durée d’un an ou davantage. Les transactions extérieures de l’U.R.S.S. se chiffraient en
              1953 à 23 milliards de roubles et avaient presque quadruplé (à parité de prix) par rapport à l’avant-guerre. Le
              commerce de l’U.R.S.S. s’est considérablement développé avec les pays du camp démocratique, mais aussi avec
              un certain nombre d’États d’Europe occidentale, du Proche et du Moyen-Orient, tandis que la gamme des
              marchandises exportées et importées ne cessait de s’enrichir. En 1954, l’Union soviétique a continué d’étendre ses
              relations économiques avec les pays étrangers ; elle a fait du commerce avec 56 États.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume" n="36" xml:id="chap36resume">
              <head>Résumé du chapitre 36</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
              <item><p rend="alinéa">Au mode de production socialiste correspond un mode particulier d’échange des marchandises qui
              revêt l’aspect du commerce des entreprises socialistes et dont le but est de satisfaire les besoins
              croissants des travailleurs. Le commerce en régime socialiste est régi par un plan ; il relie entre elles
              la production socialiste en progrès et la consommation nationale croissante, la ville et la campagne,
              les différentes branches de l’économie nationale, les diverses régions du pays.</p></item>
              <item><p rend="alinéa">Il existe en U.R.S.S. deux marchés : un marché organisé, sous la forme du commerce d’État et du
              commerce coopératif, et un marché inorganisé, auquel appartient le commerce kolkhozien. Le
              premier, qui est directement planifié par l’État, joue le rôle déterminant dans la circulation des
              marchandises. Le marché inorganisé n’est pas directement planifié, mais réglé par l’État à l’aide de
              mesures d’ordre économique.</p></item>
              <item><p rend="alinéa">Les prix des marchandises dans le commerce d’État et le commerce coopératif sont fixés en vertu
              d’un plan. Les prix du marché kolkhozien s’établissent en fonction de l’offre et de la demande, et sont
              soumis à l’influence régulatrice des prix d’État. L’État soviétique abaisse les prix de détail, d’où une
              élévation du pouvoir d’achat des ouvriers, des employés et des paysans, et un accroissement de la
              consommation nationale.</p></item>
              <item><p rend="alinéa">Le commerce soviétique repose sur la gestion équilibrée et ses frais sont de beaucoup inférieurs à
              ceux du commerce capitaliste, car il ignore les formidables dépenses improductives qu’entraînent la
              propriété privée, la concurrence et l’anarchie de la production.</p></item>
              <item><p rend="alinéa">En régime socialiste, le commerce extérieur est un monopole d’État ; il concourt à renforcer et à
              développer l’économie socialiste en utilisant les avantages de la division internationale du travail. Le
              monopole du commerce extérieur sert à développer méthodiquement le commerce extérieur de
              l’U.R.S.S. avec tous les pays étrangers, indépendamment de leur régime social, sur la base d’une
              égalité absolue et de l’avantage mutuel ; il protège l’économie socialiste contre la pénétration du
              capital étranger et vise à renforcer la coopération économique avec les pays du camp socialiste.</p></item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3 type="chapitre" n="37" xml:id="chap37">
            <head>Chapitre 37 — Le revenu national de la société socialiste</head>
            <div4 type="section" n="1" xml:id="chap37sect01">
              <head>37.1. Le produit social total et le revenu national en régime socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">Le produit social total est, en régime socialiste, constitué par la masse des biens matériels : moyens de
              production et objets de consommation, produits dans la société au cours d’une période déterminée, un
              an par exemple.</p>
              <p rend="alinéa">Le produit social total est créé par les travailleurs de la production matérielle : industrie, agriculture,
              bâtiment, transports desservant la production, ainsi que par les travailleurs du commerce exécutant des
              opérations qui sont une continuation du processus de production dans la sphère de la circulation
              (conservation, finition, transport, emballage de la marchandise, etc.) À côté des travailleurs manuels,
              les travailleurs intellectuels (savants, ingénieurs, etc.) occupés dans les différentes branches de la
              production matérielle, concourent directement à la création des biens matériels.</p>
              <p rend="alinéa">Les branches improductives (administration de l’État, services culturels, sociaux et médicaux) ne
              participent pas à la création du produit social total. Les travailleurs qu’elles emploient ne produisent
              pas de biens matériels. Mais leur travail est indispensable à la société socialiste, à la production
              matérielle ; c’est un travail socialement utile. L’État socialiste déploie en matière d’organisation
              économique, et dans le domaine culturel et éducatif, une activité dont l’importance est vitale pour la
              société. En régime socialiste, le rôle de la science dans le progrès et la technique, dans le
              développement de la production, s’accroît prodigieusement. Le travail dépensé en vue de former des
              cadres qualifiés pour la production prend une importance considérable. La science, l’instruction, l’art
              satisfont les besoins culturels des travailleurs, à qui les services sociaux et médicaux assurent les
              conditions d’un labeur fécond. Il y a ainsi, dans la société socialiste, échange d’activités entre les
              travailleurs de la production matérielle et ceux de la sphère improductive.</p>
              <p rend="alinéa">La production, c’est-à-dire la sphère où sont produits les biens matériels, constitue la base du régime
              socialiste, comme de tout autre régime. D’où l’importance économique capitale gui s’attache à
              l’augmentation de la part du travail accompli dans la sphère de la production matérielle, quand elle
              résulte de la diminution de la part du travail exécuté dans un certain nombre de branches
              improductives. Ainsi, l’hypertrophie de l’appareil administratif d’État, un personnel de direction et de
              gestion trop nombreux dans les entreprises d’État et les kolkhoz, des frais de circulation élevés — tout
              cela contribue à détourner une partie de la main-d’œuvre, et avant tout des cadres qualifiés, de la
              sphère de la production matérielle, ce qui entrave l’accroissement du revenu national et est
              préjudiciable à l’économie nationale.</p>
              <p rend="alinéa">L’augmentation systématique de la part du travail exécuté dans la sphère de la production matérielle,
              une simplification et une réduction du coût de l’appareil administratif poussées aussi loin que possible,
              la diminution des frais de circulation concourent à l’accroissement de la richesse sociale, à l’abondance
              des produits, indispensable pour bâtir la société communiste.</p>
              <p rend="alinéa">Lénine estimait qu’une des tâches essentielles du pouvoir des
              Soviets consistait</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  à réduire systématiquement l’appareil soviétique et à en
                  abaisser le coût, par une réduction de ses effectifs, par
                  une organisation plus perfectionnée, par la suppression des
                  lenteurs administratives, du bureaucratisme et par la diminution
                  des dépenses improductives.
                </quote>
                <bibl>
                  V. Lénine :
                  « Au presidium du 5<hi rend="ordinal">e</hi> Congrès
                  du syndicat des cadres soviétiques », 22 novembre 1922,
                  <title>Œuvres</title>, t. 33, p. 457.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Dans le processus de la production, une partie du produit social total sert à remplacer les moyens de
              production usés. À cette partie sont incorporées les dépenses de travail passé, transférées des moyens
              de production consommés au produit. Le revenu national de la société est le produit social total dont
              on a déduit la partie qui compense les moyens de production usés.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>revenu national en régime socialiste</emph>, est la partie du produit social total, créé par les travailleurs de
              la production socialiste, qui reste après qu’ont été reconstitués les moyens de production usés au cours
              d’une période déterminée et à laquelle est incorporé le travail nouvellement dépensé.</p>
              <p rend="alinéa">Sous sa forme <emph>matérielle</emph>, le revenu national se compose de la somme des moyens de consommation
              produits dans le pays pour satisfaire les besoins de la société, et de la partie des moyens de production
              produits qui sont destinés à développer la production socialiste à la ville et à la campagne.</p>
              <p rend="alinéa">D’autre part, étant donné que la production marchande continue d’exister en régime socialiste,
              l’ensemble du revenu national et tous ses éléments, indépendamment de leur forme matérielle,
              prennent aussi la forme valeur, la forme <emph>monétaire</emph>. Par suite, non seulement toute la masse des articles
              de consommation individuelle, mais aussi la fraction du revenu national qui consiste en moyens de
              production sont exprimées et mesurées par l’intermédiaire de l’argent.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En raison de la variation des prix, le calcul du revenu national s’effectue sur la base non seulement des prix
              courants, mais aussi de prix de référence (prix invariables, constants), pour lesquels on prend les prix d’une
              année déterminée. Ceci permet de déterminer les variations réelles du volume du revenu national au cours d’un
              certain nombre d’années.</p>
              <p rend="alinéa">En régime capitaliste, ce sont les capitalistes et les grands propriétaires fonciers qui disposent du
              revenu national, produit par des travailleurs subissant l’exploitation ; ils s’en approprient la majeure
              partie qui leur fournit ainsi des revenus provenant du travail d’autrui, les travailleurs ne recevant que la
              plus petite partie du revenu national. En régime socialiste, le revenu national est créé par des
              travailleurs affranchis de toute exploitation et leur appartient intégralement. Il ne peut exister en
              régime socialiste d’autres revenus que ceux qui ont pour source le travail.</p>
              <p rend="alinéa">Le revenu national de la société socialiste se compose du produit pour soi et du produit pour la société.
              Le produit pour soi, créé par les travailleurs de la production matérielle, est réparti entre eux selon le
              travail fourni ; il sert à satisfaire leurs besoins personnels et ceux de leurs familles.
              Le produit pour la société, créé par les travailleurs de la production matérielle, constitue le revenu net
              de la société socialiste, qui est utilisé pour accroître la production, développer les services culturels et
              l’hygiène publique, couvrir les dépenses de l’administration d’État, etc.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="2" xml:id="chap37sect02">
              <head>37.2. L’augmentation constante du revenu national en régime socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">Le revenu national de la société socialiste augmente constamment et à un rythme rapide. Ceci résulte
              de l’essor ininterrompu de la production socialiste qui se développe en conformité avec les exigences
              de la loi économique fondamentale du socialisme. L’accroissement du revenu national, en régime
              socialiste, est nettement plus rapide qu’en société capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa smaller">À parité de prix, le revenu national de l’U.R.S.S. par rapport à 1913 était multiplié par 6 environ en 1940, par 10
              en 1950 et par 15 environ en 1954.</p>
              <p rend="alinéa smaller">De 1929 à 1954, le revenu national des États-Unis, à parité de prix, a un peu
              moins que doublé, alors que celui de l’U.R.S.S., également à parité de prix, a été multiplié par plus de 11, malgré
              le préjudice énorme causé à l’économie nationale par les envahisseurs fascistes pendant la guerre.</p>
              <p rend="alinéa">Dans la société socialiste, le revenu national s’accroît rapidement par suite : 1<hi rend="ordinal">o</hi> de l’élévation de la
              productivité du travail social et 2<hi rend="ordinal">o</hi> de l’augmentation du nombre des producteurs. Le premier de ces
              deux facteurs est, en régime socialiste, le plus important. Ainsi, durant le quatrième quinquennat,
              l’augmentation du nombre des producteurs a fourni 20 %, et l’élévation de la
              productivité du travail 80 % de l’accroissement du revenu national.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi qu’il a été dit, la productivité du travail, dans la production socialiste, augmente rapidement en
              raison de l’emploi des techniques les plus modernes dans toutes les branches (y compris l’agriculture),
              d’une meilleure organisation du travail et de la production, de l’accroissement de la valeur
              professionnelle des ouvriers, des kolkhoziens et des intellectuels, de l’élévation systématique du
              bien-être matériel et du niveau culturel des travailleurs, du développement de l’émulation socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">Pour que la productivité du travail social augmente, l’emploi méthodique et rationnel des ressources
              matérielles et de la main-d’œuvre, notamment l’économie des moyens de production, est nécessaire.
              L’économie des moyens de production permet, avec la même quantité de matières premières et
              d’équipements, d’obtenir davantage de production, d’accroître le volume du produit social et, par
              conséquent, de celle de ses parties qui constitue le revenu national.</p>
              <p rend="alinéa">Un important facteur d’accroissement du revenu national est l’augmentation du nombre des travailleurs
              occupés dans la production matérielle. En régime socialiste, où, à la différence du capitalisme, les
              classes exploiteuses et leur nombreuse valetaille ont disparu, où le chômage est inconnu, où la sphère
              de la circulation n’accapare pas une partie excessive de la main-d’œuvre, etc., une fraction
              sensiblement plus importante de la population adulte active est occupée dans les branches de la
              production matérielle qui créent le produit social total. En outre, le nombre des travailleurs de la
              science, de l’enseignement, de l’art, de la santé publique augmente systématiquement. Toutes les
              réalisations de la culture matérielle et spirituelle sont le patrimoine du peuple, au lieu d’être surtout
              l’apanage, comme en régime capitaliste, des classes exploiteuses.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En U.R.S.S., il y a longtemps que le chômage a disparu, alors que de 1950 à 1954 le nombre des chômeurs
              (exprimé en chômeurs totaux annuels) représentait aux États-Unis, en moyenne, 10 % de la population apte au
              travail.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Plus de la moitié de la population active occupée dans les branches improductives travaille en U.R.S.S.
              dans les services de la culture et de la santé publique, contre un septième seulement aux États-Unis.</p>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, l’augmentation du revenu national est l’indice essentiel de l’élévation du bien-être
              des travailleurs, car elle entraîne un accroissement des revenus des ouvriers, des paysans et des
              intellectuels. En régime capitaliste, elle ne saurait être un indice du mieux-être des travailleurs, car une
              part toujours plus importante du revenu national est accaparée par les capitalistes et les grands
              propriétaires fonciers, celle des travailleurs ne cessant de diminuer.</p>
              <p rend="alinéa">En 1954, le revenu national avait,
              à parité de prix, été multiplié en U.R.S.S. par 3 par rapport à 1945. Aux États-Unis, le revenu national,
              à parité de prix, n’avait au cours de cette même période augmenté que de 12 %.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="3" xml:id="chap37sect03">
              <head>37.3. La répartition du revenu national.</head>
              <p rend="alinéa">Le revenu national créé dans le processus de la production socialiste est réparti et utilisé, en définitive,
              pour la consommation nationale et l’accumulation socialiste. En régime socialiste, contrairement à ce
              qui se passe en régime capitaliste,</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  la répartition du revenu national ne se fait pas en vue de l’enrichissement des classes exploiteuses
                  et de leur nombreuse valetaille parasitaire, mais en vue de l’élévation systématique de la situation
                  matérielle des ouvriers et des paysans et de l’extension de la production socialiste à la ville et à la
                  campagne.
                </quote>
                <bibl>
                  J. Staline,
                  <title>Rapport politique du Comité central au 16<hi rend="ordinal">e</hi> Congrès du P.C. (b) de
                  l’U.R.S.S.</title>, p. 80-81, Éditions en langues étrangères, Moscou, 1951.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Voici comment s’opère, en société socialiste, la répartition du revenu national. Celui-ci prend d’abord
              les différentes formes des revenus dans les branches où il est créé, c’est-à-dire dans la sphère de la
              production matérielle : le secteur d’État et le secteur coopératif-kolkhozien de l’économie nationale.</p>
              <p rend="alinéa">Le revenu national créé dans le secteur d’État de l’économie nationale se décompose en deux parties
              principales. Celle qui représente le produit pour soi, créé par les travailleurs de la production
              matérielle, forme le salaire des ouvriers et des employés des entreprises productrices d’État. L’autre
              partie constitue le produit pour la société, ou revenu net. Le revenu net du secteur productif d’État se
              présente essentiellement sous deux formes :
              1<hi rend="ordinal">o</hi> revenu net des entreprises d’État
              (ce qu’on est convenu d’appeler le bénéfice des entreprises) et
              2<hi rend="ordinal">o</hi> revenu net centralisé de l’État
              (« impôt sur le chiffre d’affaires », prélèvement sur les bénéfices,
              somme additionnelle aux salaires destinée au fonds des assurances sociales, etc.)</p>
              <p rend="alinéa">Le revenu national créé dans l’économie collective des kolkhoz est la propriété de ces derniers et se
              compose lui aussi essentiellement de deux parties : le produit pour soi et le produit pour la société. Le
              produit pour soi, créé par le travail des kolkhoziens dans l’économie collective, forme les revenus en
              nature et en argent répartis entre les kolkhoziens au prorata des journées-travail. L’exploitation
              individuelle des kolkhoziens, sur le terrain attenant à la demeure, leur procure également des revenus
              en nature et en argent. Le produit pour la société créé par les kolkhoziens dans l’économie collective
              constitue le revenu net du kolkhoz. Une partie est consacrée à développer la production kolkhozienne,
              à satisfaire les besoins généraux du kolkhoz, les besoins matériels et culturels des kolkhoziens ; l’autre
              partie du revenu net créé dans l’exploitation collective des kolkhoz est transformée en revenu net
              centralisé de l’État par le mécanisme des prix et de l’impôt sur le revenu. Les kolkhoz participent ainsi
              aux dépenses générales de l’État pour augmenter la production à la ville et à la campagne, développer
              la culture, renforcer la défense du pays, etc.</p>
              <p rend="alinéa">À la somme totale du revenu net centralisé de l’État est donc incorporée non seulement une partie du
              travail pour la société fourni par la classe ouvrière, mais aussi une partie du travail pour la société
              fourni par la paysannerie kolkhozienne.</p>
              <p rend="alinéa">Le produit pour soi créé par les travailleurs des artels artisanaux (coopératives de production) constitue
              leurs salaires ; le produit pour la société forme le revenu net de ces entreprises coopératives artisanales.
              Une partie de ce revenu sert à développer la production et à satisfaire les besoins des membres des
              artels. L’impôt sur le revenu et l’ « impôt sur le chiffre d’affaires » transforment l’autre partie en revenu
              net centralisé de l’État.</p>
              <p rend="alinéa">C’est ainsi que se forment en régime socialiste les différentes sortes de revenus obtenus directement
              dans la sphère de la production matérielle. Une partie du revenu national, celle qui constitue le produit
              pour soi créé par les producteurs, est répartie selon le travail et représente le salaire des ouvriers et des
              employés occupés dans la production, les revenus personnels des kolkhoziens et le salaire des
              travailleurs des coopératives artisanales. L’autre partie du revenu national, qui constitue le produit pour
              la société créé par les producteurs, ou revenu net de la société, prend les formes suivantes : revenu net
              des entreprises d’État, revenu net des kolkhoz et des entreprises coopératives, revenu net centralisé de
              l’État. Comme nous l’avons déjà dit, une fraction du revenu net des entreprises devient revenu net
              centralisé de l’État dans le processus de la répartition du revenu national.</p>
              <p rend="alinéa">Au cours de la répartition ultérieure du revenu national, principalement par le canal du budget d’État,
              une partie de ce revenu devient celui des branches improductives et des travailleurs qu’elles emploient.</p>
              <p rend="alinéa">L’État socialiste dépense des sommes considérables pour un certain nombre de besoins sociaux :
              instruction publique, protection de la santé publique, entretien de l’appareil d’État, renforcement de la
              capacité de défense du pays, etc.</p>
              <p rend="alinéa">La société socialiste ne saurait se développer sans accumuler d’une année à l’autre, sans augmenter la
              production sociale, faute de quoi elle ne pourrait développer les forces productives et donner
              satisfaction aux besoins toujours croissants de la population. D’où la nécessité économique pour l’État
              de concentrer une importante partie du revenu national, sous la forme d’un fonds en argent qu’il
              dépense aux fins que nous venons d’indiquer. Ce fonds est constitué presque entièrement par le revenu
              net centralisé de l’État ; seule une infime partie est fournie par la population (impôts et emprunts). La
              concentration des ressources aux mains de l’État et leur répartition en vue de satisfaire les besoins
              sociaux sont assurées avant tout par le budget d’État.</p>
              <p rend="alinéa">La fraction du revenu net de la société dépensée par l’État pour les besoins sociaux, culturels et
              administratifs forme le salaire des travailleurs de la science, de l’instruction et de la santé publiques,
              ainsi que de l’appareil d’État, et la solde des militaires. Une partie considérable des besoins culturels et
              sociaux de la population des villes et des campagnes (instruction publique, protection de la santé
              publique) est satisfaite gratuitement, aux frais de l’État. Certains établissements et entreprises culturels
              et sociaux couvrent leurs frais en faisant payer leurs services. L’État verse des pensions, des
              allocations, des bourses, accorde différents avantages, assure des congés payés, etc. Le salaire réel des
              ouvriers et des employés, ainsi que les revenus réels des paysans, s’en trouvent augmentés d’autant.</p>
              <p rend="alinéa">En définitive, l’ensemble du revenu national de la société socialiste se divise en fonds de
              consommation et fonds d’accumulation.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>fonds de consommation</emph> est la partie du revenu national qui sert à satisfaire les besoins matériels et
              culturels croissants des ouvriers, des paysans et des intellectuels. Il est constitué avant tout par le
              produit pour soi créé par les travailleurs de la production. Une fraction importante du fonds de
              consommation est en outre fournie par l’État, les kolkhoz, les associations coopératives ; il s’agit du
              produit pour la société consacré aux besoins sociaux et culturels. L’accroissement du fonds de
              consommation est la condition nécessaire de l’augmentation des revenus réels des travailleurs.</p>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, les revenus des ouvriers, des paysans et des intellectuels augmentent rapidement
              pour les raisons suivantes : 1<hi rend="ordinal">o</hi> le développement ininterrompu de la production permet d’y faire
              participer chaque année un nouveau contingent de travailleurs fourni par l’accroissement de la
              population, d’où une élévation du revenu total des travailleurs ; 2<hi rend="ordinal">o</hi> la qualification et la productivité du
              travail s’élèvent systématiquement, en même temps que s’accroissent le salaire moyen des ouvriers et
              des employés et le revenu moyen des kolkhoziens ; 3<hi rend="ordinal">o</hi> le budget d’État accorde des crédits de plus en
              plus élevés pour la culture, l’instruction et la santé publiques ; 4<hi rend="ordinal">o</hi> le montant des sommes dont
              bénéficient les travailleurs au titre des assurances sociales, de la sécurité sociale, etc., ne cesse
              d’augmenter. Et les revenus réels des travailleurs de la société socialiste s’accroissent plus vite que les
              revenus nominaux (en argent), du fait que l’État abaisse le prix des objets de consommation.</p>
              <p rend="alinéa">Les progrès rapides et ininterrompus de la production déterminent une élévation constante du niveau
              de vie matérielle et culturelle des travailleurs. Mais pour que la production puisse augmenter, une
              partie du revenu national doit aller au fonds d’accumulation.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>fonds d’accumulation</emph> est la partie du revenu national de la société socialiste qui sert à développer et
              à perfectionner la production socialiste à la ville et à la campagne, à accroître les fonds improductifs
              culturels et sociaux, y compris le fonds d’habitations, ainsi qu’à créer des réserves. Il assure de la sorte
              les conditions matérielles d’un essor et d’un perfectionnement de la production socialiste sur la base
              d’une technique supérieure, ainsi que d’un bien-être toujours accru de la population.</p>
              <p rend="alinéa">Les travailleurs de l’U.R.S.S. reçoivent, pour satisfaire leurs besoins individuels, tant matériels que
              culturels, environ les trois quarts du revenu national, fournis par le produit pour soi et le produit pour
              la société. La partie restante est utilisée aux fins de l’accumulation socialiste à la ville et à la
              campagne.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume" n="37" xml:id="chap37resume">
              <head>Résumé du chapitre 37</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
              <item><p rend="alinéa">Le revenu national de la société socialiste est la partie du produit social total qui incarne le travail
              nouvellement dépensé par les ouvriers, les paysans et les intellectuels occupés dans la production. En
              régime socialiste, à la différence de ce qui se passe en régime capitaliste, l’ensemble du revenu
              national appartient aux travailleurs.</p></item>
              <item><p rend="alinéa">En régime socialiste, le revenu national augmente beaucoup plus rapidement qu’en régime
              capitaliste, car le socialisme ignore l’anarchie de la production, le gaspillage, les crises économiques
              inhérents au capitalisme, et assure une utilisation méthodique et rationnelle des ressources
              matérielles et de la main-d’œuvre. L’accroissement du revenu national résulte en premier lieu de
              l’élévation de la productivité du travail social, et ensuite de l’augmentation du nombre des travailleurs
              occupés dans la production matérielle.</p></item>
              <item><p rend="alinéa">La répartition du revenu national s’opère conformément aux exigences de la loi économique
              fondamentale du socialisme et entraîne une augmentation continue des revenus de la classe ouvrière,
              de la paysannerie et des intellectuels. Les dépenses effectuées par l’État, les kolkhoz, les associations
              coopératives et les organisations sociales pour satisfaire les besoins sociaux et culturels de la
              population sont un facteur important de l’augmentation des revenus des travailleurs. L’accroissement
              du revenu national est, en régime socialiste, un des principaux indices des progrès du bien-être ides
              travailleurs.</p></item>
              <item><p rend="alinéa">Le revenu national de la société socialiste se décompose en un fonds de consommation, servant à
              satisfaire les besoins matériels et culturels sans cesse accrus de la population, et un fonds
              d’accumulation qui assure les conditions matérielles d’un essor et d’un perfectionnement rapides de la
              production socialiste sur la base d’une technique supérieure.</p></item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3 type="chapitre" n="38" xml:id="chap38">
            <head>Chapitre 38 — Le budget d’état, le crédit et la circulation monétaire
            en régime socialiste</head>
            <div4 type="section" n="1" xml:id="chap38sect01">
              <head>38.1. Les finances de la société socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">En raison de l’existence, en régime socialiste, de la production et de la circulation marchandes, tout ce
              qui est produit par les entreprises socialistes s’exprime non seulement en nature, mais aussi en termes
              monétaires (en valeur). Les entreprises socialistes, celles de l’État aussi bien que les coopératives et les
              kolkhoz, reçoivent, en échange de leurs produits, de l’argent dont elles se servent pour couvrir leurs
              dépenses (amortissement, acquisition de matières premières, de combustible et de matériaux,
              rémunération du travail, etc.) et pour développer la production. Des fonds monétaires sont ainsi
              constitués et dépensés dans les entreprises socialistes. C’est le côté financier de l’activité économique
              de ces entreprises.</p>
              <p rend="alinéa">Une partie des ressources monétaires des entreprises est versée au fonds général de l’État qui les
              répartit d’une façon centralisée pour satisfaire les besoins du peuple tout entier, développer l’économie
              nationale et la culture. La constitution de ce fonds monétaire centralisé et sa répartition constituent
              l’essence du budget d’État.</p>
              <p rend="alinéa">Des fonds monétaires sont créés pour les assurances sociales, pour les assurances des personnes et des
              biens.</p>
              <p rend="alinéa">Les ressources monétaires momentanément disponibles des entreprises sont mobilisées et utilisées par
              voie centralisée au moyen du crédit.</p>
              <p rend="alinéa">Malgré leurs particularités et leurs différences, toutes ces formes de constitution et d’utilisation des
              fonds monétaires sont organiquement liées entre elles et constituent un système financier unique. Les
              <emph>finances de la société socialiste</emph> sont un système de relations économiques se traduisant par la
              constitution et la répartition méthodiques des fonds monétaires dans l’économie nationale en vue
              d’assurer le développement ininterrompu de la production, l’élévation constante du niveau de vie
              matérielle et culturelle de la population et le renforcement continu de la puissance de l’État socialiste.
              Elles comprennent : le budget d’État, les finances des entreprises d’État, des kolkhoz, des coopératives
              artisanales et de consommation, les assurances sociales d’État, les assurances d’État sur les biens et sur
              les personnes, les différentes formes de crédit.</p>
              <p rend="alinéa">La production socialiste constitue la base matérielle des finances. Le système financier s’appuie sur les
              progrès de la production industrielle et agricole, sur l’extension du commerce. En même temps, les
              finances influent activement sur le développement de la production et du commerce.</p>
              <p rend="alinéa">C’est par l’intermédiaire des finances que s’effectue la répartition du produit social total sous sa forme
              monétaire entre les secteurs de la production socialiste — le secteur d’État et le secteur coopératif
              kolkhozien — entre les différentes branches et entreprises, entre les régions du pays, entre la société
              dans son ensemble et ses membres. Ce faisant, les finances sont appelées à assurer l’emploi le plus
              rationnel de toutes les ressources de l’économie socialiste, à concourir à l’affermissement du régime
              d’économie, du principe de la gestion équilibrée, de la discipline financière dans l’économie nationale
              et à l’accroissement de la rentabilité de la production. C’est au moyen des finances que l’État socialiste
              contrôle par le rouble toute l’activité économique des entreprises et des différentes branches de
              l’économie.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="2" xml:id="chap38sect02">
              <head>38.2.Le budget de l’État socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">Le budget d’État occupe la première place dans le système financier du socialiste. En régime socialiste,
              le <emph>budget d’État</emph> est la forme principale sous laquelle s’opèrent la constitution et l’utilisation
              méthodique du fonds centralisé des ressources monétaires en vue d’élargir la production socialiste et
              de satisfaire les besoins croissants de toute la société. Une partie importante du revenu national du
              pays est répartie par l’intermédiaire du budget d’État. Celui-ci comprend un chapitre des recettes
              (rentrées des fonds monétaires centralisés et mis à la disposition de l’État) et un chapitre des dépenses
              (affectation de ces fonds aux besoins de la société). Le plan des recettes et des dépenses du budget est
              le plan financier essentiel de l’État socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, le budget d’État est foncièrement différent, par sa nature, de ce qu’il est en régime
              capitaliste, où il constitue un instrument d’exploitation supplémentaire des masses laborieuses et
              d’enrichissement des monopoles et où il est mis à profit pour la militarisation de l’économie et la
              course aux armements. Le budget de l’État socialiste, conformément à la loi économique fondamentale
              du socialisme, est un facteur très important du développement de l’économie de paix et de l’essor des
              forces productives en vue de satisfaire les besoins matériels et culturels croissants de toute la société.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Les revenus que les exploiteurs tiraient du travail du peuple restent aujourd’hui dans les mains des
                  travailleurs et sont utilisés, en partie, pour élargir la production et y intégrer de nouveaux
                  contingents de travailleurs, et, en partie, pour augmenter directement les revenus des ouvriers et
                  des paysans.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  J. Staline,
                  « Rapport au 17<hi rend="ordinal">e</hi> Congrès du P.C. (b) de l’U.R.S.S. »,
                  <title>Les Questions du léninisme</title>, t. 2, p. 166.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Grâce à la domination de la propriété sociale des moyens de production, le budget d’État en régime
              socialiste est étroitement lié à toute l’économie nationale dans son ensemble et est un facteur du
              développement harmonieux de l’économie socialiste, de l’utilisation rationnelle des ressources de
              production dans toutes les branches de l’économie. Reflétant le plan de l’économie nationale, le budget
              influe en même temps de diverses façons sur sa réalisation. Il est, pour l’État socialiste, le moyen
              indispensable servant à établir dans l’économie nationale les proportions exigées par la loi du
              développement harmonieux de cette dernière. C’est par le budget que l’État socialiste mobilise les
              ressources monétaires de l’économie nationale et les répartit entre les entreprises et les branches
              d’activité en fonction des tâches assignées par le plan et de la marche de leur exécution, et qu’il
              contrôle l’état des finances des branches d’activité et des entreprises, ainsi que l’application du régime
              d’économies.</p>
              <p rend="alinéa">Le budget d’État s’appuie sur le développement de toute l’économie socialiste. Il est indissolublement
              lié, avant tout, à la gestion financière, aux revenus et aux dépenses des entreprises d’État. La majeure
              partie du revenu net de la société créé dans ces entreprises alimente le budget d’État. Les
              investissements opérés au titre des fonds fixes dans toutes les branches de l’économie nationale,
              l’accroissement des fonds fixes et circulants des entreprises d’État sont en grande partie assurés par le
              budget. Les rapports qui s’établissent entre le budget et les kolkhoz revêtent une grande importance.
              Une partie du revenu net des kolkhoz est versée au budget et utilisée pour les besoins généraux de la
              société. Par l’intermédiaire du budget, l’État accorde une aide financière au secteur kolkhozien pour
              développer la production, entretient les écoles, les hôpitaux et les autres établissements sociaux et
              culturels desservant les kolkhoziens.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>chapitre des recettes</emph> du budget d’État de l’U.R.S.S. est alimenté avant tout par le revenu net de la
              société, plus précisément par la partie de celui-ci qui forme le revenu net centralisé de l’État. En 1954,
              les rentrées fournies par le revenu net de la société (provenant de l’économie socialiste) ont constitué
              86 % des recettes budgétaires.</p>
              <p rend="alinéa">Le revenu net centralisé de l’État est versé au budget d’État sous forme d’ « impôt sur le chiffre
              d’affaires », de prélèvements sur le revenu net (bénéfices) des entreprises d’État, des sommes
              additionnelles aux salaires destinées aux assurances sociales, de l’impôt sur les revenus des kolkhoz et
              autres entreprises coopératives, etc. Les deux premiers articles fournissent la majeure partie des
              recettes du budget d’État de l’U.R.S.S.</p>
              <p rend="alinéa">Une autre source de recettes, pour le budget d’État, ce sont les versements effectués par la population
              sous forme d’impôts et d’emprunts. Les <emph>impôts</emph> transfèrent au budget une partie des revenus personnels
              des membres de la société. Dans la société socialiste, à la différence de ce qui se passe en régime
              capitaliste, les impôts frappant la population sont consacrés aux besoins généraux de la société et
              constituent une partie infime des revenus des travailleurs. En 1954, ils ne constituaient que 8,3 % des
              recettes du budget d’État de l’U.R.S.S. Les versements et les allocations budgétaires de toute sorte dont
              bénéficie la population dépassent de plusieurs fois le montant des impôts qu’elle paye.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En U.R.S.S., une partie des travailleurs est totalement exonérée d’impôts. Le taux de l’imposition dépend du
              montant des revenus. En 1954, l’impôt agricole acquitté par les paysans constituait moins de 1 % des recettes de
              l’État et le montant des impositions frappant la population rurale avait été divisé par plus de 2,5 par rapport à
              1952.</p>
              <p rend="alinéa">Dans la société socialiste, les <emph>emprunts d’État</emph> sont un moyen de faire appel pour un temps déterminé à
              l’argent disponible de la population pour couvrir les besoins de toute la société. En souscrivant à
              l’emprunt, les travailleurs confient volontairement à l’État, en jouissance temporaire, une partie de
              leurs revenus personnels. Par ailleurs, l’emprunt est une forme d’épargne qui procure à la population un
              revenu sous forme d’obligations à lots et portant intérêt. Il a fourni de 1951 à 1954 un peu plus de 5 %
              en moyenne des recettes du budget d’État de l’U.R.S.S.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>chapitre des dépenses</emph> du budget est constitué par les mesures de financement par l’État, c’est-à-dire
              l’affectation sans remboursement de ressources monétaires principalement aux fins suivantes :
              1<hi rend="ordinal">o</hi> développement de l’économie nationale ;
              2<hi rend="ordinal">o</hi> mesures d’ordre social et culturel ;
              3<hi rend="ordinal">o</hi> entretien des organismes administratifs de l’État et
              4<hi rend="ordinal">o</hi> défense nationale. Le gros des ressources budgétaires de l’État
              est, en U.R.S.S., consacré au financement de l’économie nationale et des œuvres
              sociales et culturelles.
              Depuis la fin de la guerre, plus des deux tiers des dépenses budgétaires vont à ces fins.</p>
              <p rend="alinéa">Les crédits budgétaires sont un des facteurs essentiels du développement économique de l’U.R.S.S. De
              1946 à 1954, le budget d’État a consacré 1 462 milliards de roubles à l’économie nationale, c’est-à-dire
              à assurer le développement prioritaire de la production des moyens de production, le progrès de
              l’industrie lourde, l’essor de l’agriculture, et à étendre la production des marchandises de
              consommation courante. L’État socialiste procède chaque année à des investissements considérables au
              titre des fonds fixes dans toutes les branches de l’économie. Il finance un vaste programme de
              construction d’usines, de mines, de centrales électriques, de sovkhoz, de S.M.T., de chemins de fer,
              d’entreprises municipales, d’habitations, d’écoles, d’hôpitaux, de maisons de cure, etc. Une partie des
              ressources budgétaires va accroître les moyens circulants des entreprises existantes en s’ajoutant à la
              partie de leur revenu net qui leur est laissée à cette fin. C’est au compte des ressources budgétaires que
              sont constituées les réserves matérielles de l’État, indispensables à une gestion planifiée de l’économie
              et aux besoins de la défense nationale.</p>
              <p rend="alinéa">Une partie notable des ressources budgétaires est dépensée pour les œuvres sociales et culturelles qui
              contribuent dans une mesure importante à l’élévation continue du niveau de vie matérielle et culturelle
              de la population. Le budget consacre des sommes considérables au développement de la science, à
              l’enseignement, à la protection de la santé publique, à la culture physique, au paiement des pensions et
              des allocations, etc.</p>
              <p rend="alinéa">Dans la société socialiste, une partie du budget va à l’entretien de l’appareil d’État qui exerce une
              activité multiple dans les domaines économique et culturel. L’application d’un régime d’économie en
              vue de développer la production et de satisfaire les besoins croissants de la population exige que le
              coût de l’appareil administratif soit réduit au minimum. Aussi l’État socialiste pratique-t-il une
              politique visant à rationaliser l’appareil administratif et à diminuer les dépenses qu’il entraîne.</p>
              <p rend="alinéa">Une partie des ressources budgétaires est dépensée pour renforcer la capacité de défense du pays.
              L’Union soviétique, qui mène une politique conséquente de paix, ne consacre à ses forces armées
              qu’une fraction relativement minime du budget.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Rien qu’au cours des cinq premières années d’après-guerre (1946-1950), l’État soviétique a dépensé 524,5
              milliards de roubles pour les mesures sociales et culturelles ; il leur a consacré 512,5 milliards durant les quatre
              premières années du cinquième quinquennat.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En U.R.S.S., les frais d’entretien des organismes administratifs de l’État absorbaient 4,2 % du budget en 1932,
              3,9 % en 1940, et les prévisions étaient de 2,2 % pour 1955.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le budget 1955 prévoyait pour la défense du pays 19,9 % du total des dépenses budgétaires, alors qu’aux
              États-Unis, les dépenses militaires proprement dites constituaient à elles seules de 1954 à 1955 près des deux tiers du
              budget.</p>
              <p rend="alinéa">Dans la société socialiste, le budget d’État s’accroît régulièrement en fonction de l’essor continu de
              l’économie nationale. L’élévation rapide et ininterrompue du revenu national en régime socialiste a
              pour corollaire l’augmentation continue de la partie de ce dernier qui va au budget d’État. Ainsi, les
              recettes budgétaires de 1954 avaient plus que triplé par rapport à 1940. Le budget d’État de l’U.R.S.S.
              est équilibré et stable. Les budgets des pays capitalistes sont généralement déficitaires. Celui de
              l’U.R.S.S., loin d’être déficitaire, est régulièrement équilibré avec un excédent notable des recettes sur
              les dépenses.</p>
              <p rend="alinéa">L’exécution du budget est directement fonction de la marche de la production, de la réalisation des
              marchandises, de la réduction des frais de production et de circulation, de l’accroissement de
              l’accumulation, donc du degré d’utilisation des réserves intérieures de la production ainsi que de
              l’application de la gestion équilibrée dans l’économie nationale. En même temps, le budget aide à
              mettre au jour et à utiliser ces réserves, ainsi qu’à augmenter la rentabilité de la production.</p>
              <p rend="alinéa">Au cours de la réalisation du budget, les organismes financiers contrôlent l’exécution des plans
              économiques, s’assurent que le régime d’économie et la discipline financière sont respectés dans
              l’ensemble de l’économie nationale. Ce contrôle s’effectue en établissant le montant des prélèvements à
              verser au budget et en vérifiant si les obligations envers ce dernier ont été remplies. Les organismes
              financiers analysent l’activité économique des différentes entreprises et organisations, font apparaître
              les défauts, vérifient le bon usage des ressources de l’État et le bien-fondé de leur dépense, l’état de la
              comptabilité et des finances des entreprises ; ils s’opposent à toute dépense injustifiée. Souvent les
              fonds sont attribués aux organisations économiques suivant la qualité de leur travail.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le budget d’État de l’U.R.S.S. se compose :
              1<hi rend="ordinal">o</hi> du <emph>budget de l’Union</emph>, et
              2<hi rend="ordinal">o</hi> des <emph>budgets des républiques fédérées</emph>,
              qui à leur tour comprennent :
              <emph>a)</emph> le budget de la république, et
              <emph>b)</emph> les budgets locaux. Le rôle déterminant
              appartient ici au budget de l’Union qui concentre le gros des ressources budgétaires. Cette organisation du
              budget, qui découle de la structure de l’État soviétique, permet d’appliquer les principes du centralisme
              démocratique et une politique nationale correcte dans l’État socialiste multinational. Le budget d’État de
              l’U.R.S.S. est établi pour un an et a force de loi après qu’il a été ratifié par le Soviet suprême de l’U.R.S.S. Les
              budgets des républiques fédérées sont ratifiés par leurs Soviets suprêmes respectifs.</p>
              <p rend="alinéa">La répartition centralisée des ressources monétaires est aussi réalisée en partie par le canal des
              assurances sociales d’État et des assurances d’État sur les biens et sur les personnes.
              Les <emph>assurances sociales d’État</emph> garantissent matériellement les ouvriers, les employés et les membres
              de leur famille en cas de perte temporaire ou permanente dé la capacité de travail. Elles comportent
              l’assistance médicale gratuite, l’entretien de maisons de repos et de cure, d’hôpitaux, etc. Elles sont
              gérées par les organismes syndicaux et alimentées par l’État ou les organisations coopératives
              correspondantes. Les assurances sociales sont alimentées par le revenu net de la société sons forme de
              versements effectués par les entreprises, organisations et établissements divers, versements qui
              représentent un certain pourcentage du montant global des salaires des ouvriers et des employés
              (somme additionnelle aux salaires). Les fonds des assurances sociales d’État, recettes et dépenses, sont
              inclus dans le budget d’État et administrés par les syndicats. Les dépenses effectuées au titre des
              assurances sociales augmentent rapidement. Elles étaient en 1954 supérieures de plus de 190 % à
              celles de 1940.</p>
              <p rend="alinéa"><emph>Les assurances d’État sur les biens et sur les personnes</emph> compensent et préviennent les pertes que
              peuvent subir les citoyens, les entreprises et les organisations à la suite de sinistres ou d’accidents.
              Elles constituent en U.R.S.S. un monopole d’État et sont administrées par des organismes d’assurances ;
              elles desservent, pour l’essentiel, la population, les kolkhoz et les coopératives. Les fonds en sont
              constitués principalement par les primes d’assurances que versent la population, les entreprises et les
              organisations.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="3" xml:id="chap38sect03">
              <head>38.3. Le crédit en régime socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">Le crédit est l’un des instruments économiques de la société socialiste. Sa nécessité en régime
              socialiste découle de l’existence de la production et de l’économie marchandes, du développement de
              la fonction de la monnaie en tant que moyen de paiement. L’économie socialiste suppose une
              organisation méthodique de tout le circuit de paiement du pays avec un large développement du crédit.
              L’utilisation rationnelle à l’échelle de toute l’économie nationale des ressources monétaires
              provisoirement disponibles acquiert à cet égard une extrême importance. Dans l’économie nationale, il
              se constitue, d’une part, des fonds provisoirement disponibles, tandis que, d’autre part, certaines
              entreprises ont provisoirement besoin de ressources supplémentaires.</p>
              <p rend="alinéa">C’est qu’au cours du mouvement circulatoire des fonds des entreprises socialistes, la date des rentrées
              résultant de la réalisation du produit ne coïncide pas avec celle des dépenses nécessitées par les
              besoins de la production. Une partie des ressources des entreprises revêt constamment la forme
              monétaire, mais elle est dépensée à des intervalles déterminés. À mesure que la production est réalisée,
              de l’argent est accumulé pour l’acquisition des matières premières et du combustible, dont les stocks se
              renouvellent périodiquement, ainsi que pour le fonds des salaires dont le versement s’effectue
              habituellement deux fois par mois. Le fonds d’amortissement s’accumule lui aussi sous forme
              monétaire, mais n’est dépensé pour l’acquisition de nouvelles machines, d’équipement, la construction
              de locaux ou leur réparation, qu’au bout d’un certain temps. Le revenu net des entreprises n’est
              réinvesti pour accroître les fonds fixes que lorsqu’il atteint un montant suffisamment élevé. C’est ainsi
              que les entreprises d’État ont de l’argent momentanément disponible. De même les kolkhoz, sous
              forme de prélèvements sur les revenus en argent versés aux fonds indivis, sommes destinées à être
              dépensées dans un avenir plus ou moins éloignés et de revenus monétaires non encore répartis entre
              les kolkhoziens, etc. Au cours de l’exécution du budget, de l’argent se trouve momentanément
              disponible : excédents des recettes sur les dépenses, soldes des comptes courants des administrations
              financières et crédits spéciaux du budget. L’augmentation des revenus des travailleurs entraîne chez
              ceux-ci également l’apparition d’argent disponible en quantités toujours croissantes. Par ailleurs, les
              entreprises socialistes et les organisations économiques ont, d’une manière périodique, temporairement
              besoin d’argent pour les dépenses saisonnières, les stockages de matières premières, etc.</p>
              <p rend="alinéa">D’où la
              nécessité économique du crédit. Celui-ci est étroitement lié à la circulation des fonds des entreprises
              socialistes, dont il est l’un des instruments.</p>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, le <emph>crédit</emph> permet à l’État de mobiliser l’argent momentanément disponible, qui
              sera ensuite remboursé, et d’en faire méthodiquement usage pour les besoins de l’économie socialiste.
              Contrairement au régime capitaliste, l’économie socialiste ignore le capital de prêt ; dans sa majeure
              partie, l’argent mis à la disposition du système de crédit est propriété sociale, et le reste est la propriété
              personnelle des travailleurs. Ces ressources sont utilisées dans l’intérêt des entreprises socialistes et des
              masses laborieuses. En régime socialiste, le crédit est régi par un plan. Conformément aux besoins de
              l’économie socialiste, l’État dresse des <emph>plans des crédits</emph> où il en détermine le volume, les sources et la
              destination. Le plan des crédits reflète le plan de l’économie nationale et en favorise l’exécution.</p>
              <p rend="alinéa">Dans la société socialiste, les établissements de crédit de l’État : banques et caisses d’épargne,
              mobilisent l’argent momentanément disponible. Ainsi, les entreprises où est appliquée la gestion
              équilibrée sont tenues d’ouvrir un compte à la Banque d’État et d’y déposer leur argent. Les kolkhoz
              ont un compte courant à la Banque d’État ou dans les caisses d’épargne et ils y déposent leurs fonds.
              L’argent accumulé par les entreprises socialistes est, lui aussi, concentré dans des banques spéciales
              (ainsi, les sommes réservées par les entreprises d’État pour être investies dans de nouveaux travaux de
              construction, les fonds indivis des kolkhoz, etc.)
              À la Banque d’État sont déposés les ressources budgétaires disponibles, l’argent des administrations
              publiques, des syndicats, des assurances, etc.</p>
              <p rend="alinéa">Le crédit est également un moyen de mobiliser l’argent
              disponible de la population par l’entremise des caisses d’épargne d’État.</p>
              <p rend="alinéa">Les crédits avancés par les
              banques sont à court terme ou à long terme : les crédits à <emph>court terme</emph> sont appelés à faciliter le
              mouvement des moyens circulants des entreprises d’État, des kolkhoz et des autres entreprises
              coopératives ; les crédits à <emph>long terme</emph> intéressent principalement la sphère des grands travaux. L’État
              accorde aussi des crédits à long terme aux kolkhoz et aux associations coopératives (pour couvrir les
              frais d’aménagement), aux travailleurs (pour la construction d’habitations individuelles) et aux
              kolkhoziens (pour l’achat de vaches, etc.) Une autre source de crédit à long terme pour les kolkhoz et
              les coopératives réside dans leurs propres accumulations. Les entreprises d’État reçoivent des sommes
              à investir dans les fonds fixes sous forme de crédits budgétaires non remboursables ; elles font aussi
              appel dans ce but à leurs ressources propres : fonds d’amortissement et revenu net.</p>
              <p rend="alinéa">Conformément au plan, les entreprises et les organisations économiques se voient accorder des
              avances à titre de crédits bancaires directs. Une entreprise ne peut recevoir d’avances que de la banque.
              Le crédit commercial, c’est-à-dire la vente mutuelle de marchandises à crédit par les entreprises,
              n’existe pas en U.R.S.S. La pratique du crédit commercial affaiblirait le contrôle exercé par les
              banques sur l’activité économique des entreprises et rendrait possible une redistribution hors plan et
              sans contrôle des moyens entre les entreprises. La banque accorde une avance à l’entreprise pour des
              mesures économiques déterminées, tels le stockage saisonnier de matières premières, la constitution de
              stocks temporaires de produits finis ou semi-ouvrés. Ainsi est assurée la liaison directe du crédit
              bancaire avec les processus de production et de circulation.</p>
              <p rend="alinéa">L’octroi par la banque de crédits directs à court terme aux entreprises et aux organisations
              économiques est subordonné aux conditions fondamentales suivantes : 1<hi rend="ordinal">o</hi> remboursement de l’avance
              dans un délai déterminé ; 2<hi rend="ordinal">o</hi> destination précise de l’avance accordée ; 3<hi rend="ordinal">o</hi> garantie de l’avance que la
              banque accorde par des valeurs matérielles. L’obligation de rembourser l’avance dans un délai
              déterminé incite les organisations économiques et les entreprises à accélérer la rotation des fonds, et
              concourt à la réalisation du contrôle financier par la banque. L’obligation de garantir l’avance par des
              valeurs matérielles permet à la banque de vérifier si le crédit a été utilisé correctement et
              conformément au but spécifié ; elle rattache le crédit à la circulation des ressources matérielles.</p>
              <p rend="alinéa">Les banques paient un intérêt pour les dépôts qui leur sont confiés et perçoivent un intérêt un peu plus
              élevé pour les avances qu’elles accordent. Dans l’économie socialiste, <emph>l’intérêt</emph> est la partie du revenu
              net de l’entreprise que celle-ci verse à la banque pour l’utilisation temporaire de l’argent emprunté. Le
              taux de l’intérêt qui, en régime capitaliste, s’établit spontanément, par le simple jeu de la concurrence,
              est, en régime socialiste, fixé par l’État et d’après un plan. L’État fait en sorte que les entreprises et les
              organisations aient un intérêt matériel à déposer leur argent disponible à la banque, et à utiliser de la
              manière la plus rationnelle et la plus économique leurs ressources et celles qu’elles ont empruntées.</p>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, le crédit est inséparable d’une organisation rationnelle des fonds des entreprises
              et de leurs règlements réciproques des comptes. La société socialiste a largement recours aux
              <emph>règlements par compensation</emph>. Le règlement des comptes entre les entreprises et les organisations
              s’opère à la banque par des virements réciproques à la demande des intéressés. La centralisation
              planifiée des fonctions de règlement des comptes et de crédit permet d’effectuer en U.R.S.S. sur une
              vaste échelle, impossible en régime capitaliste, des opérations de clearing intérieur, c’est-à-dire le
              règlement des comptes réciproques des organisations économiques. En U.R.S.S., les règlements au
              comptant ne se pratiquent entre les entreprises que s’il s’agit de sommes minimes. Le développement
              qu’ont pris les règlements par compensation supplée l’argent liquide dans le circuit économique et
              réduit ainsi la quantité d’argent nécessaire aux besoins de la circulation dans l’économie nationale. Les
              règlements par compensation accélèrent la rotation des moyens monétaires et de l’ensemble du produit
              social et concourent au renforcement du système monétaire.</p>
              <p rend="alinéa">Le crédit accordé aux entreprises d’État joue un rôle important dans l’organisation de la production. Il
              constitue une partie considérable des moyens circulants des entreprises. Le crédit contribue au
              développement de la production socialiste, à l’utilisation rationnelle des fonds et à l’accélération de
              leur rotation, à l’abaissement du prix de revient de la production et à l’augmentation de la rentabilité de
              la production.</p>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, le crédit est, aux mains de l’État, un important moyen de contrôler financièrement
              l’activité des entreprises et des organisations économiques. L’octroi de crédits s’accompagne de
              vérifications préalables et ultérieures de la situation financière de l’entreprise. Les organismes de crédit
              vérifient si les plans relatifs aux revenus et à l’accumulation ont été exécutés, si les moyens circulants
              propres et empruntés ont été dépensés comme prévu, la manière dont l’entreprise tire parti de ses
              ressources et sa ponctualité dans les paiements, la solidité de sa base financière dans l’éventualité de
              l’octroi de crédits. Ils prennent des mesures pour assurer la ponctualité des paiements, renforcer le
              principe de la gestion équilibrée et le régime d’économie dans les entreprises.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="4" xml:id="chap38sect04">
              <head>38.4. Les banques dans la société socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">L’organisation bancaire est concentrée en U.R.S.S. entre les mains de l’État socialiste. En régime
              socialiste, les banques sont des organismes d’État qui assurent méthodiquement, dans l’intérêt du
              développement de l’économie socialiste, l’octroi de crédits aux entreprises, le financement des
              investissements au titre des fonds fixes,, les règlements et les paiements dans l’économie nationale.
              Tout en conservant leur forme ancienne, elles ont donc un autre contenu que les banques capitalistes.</p>
              <p rend="alinéa">Le système bancaire soviétique comprend la Banque d’État de l’U.R.S.S., à laquelle revient un rôle
              prépondérant, et des banques spéciales d’État d’investissements à long terme.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>Banque d’État</emph> de l’U.R.S.S. (Gosbank) est une banque d’émission, une banque de crédits à court
              terme et un centre de règlement des comptes. Ses fonctions sont les suivantes :</p>
              <p rend="alinéa">Premièrement, elle <emph>règle la circulation monétaire</emph>, le mouvement de l’argent liquide dans le pays,
              procède au retrait de la monnaie de la circulation ou à <emph>l’émission de la monnaie</emph> conformément à un
              plan et selon les modalités arrêtées par le gouvernement de l’U.R.S.S.</p>
              <p rend="alinéa">Deuxièmement, elle s’acquitte des <emph>opérations de caisse</emph>, autrement dit elle rassemble dans ses caisses
              l’argent liquide des entreprises socialistes, des organisations d’État et sociales, et leur en accorde pour
              les besoins courants.</p>
              <p rend="alinéa">Troisièmement, elle ouvre des <emph>crédits à court terme</emph> aux entreprises et aux organisations économiques
              fonctionnant sur la base de la gestion équilibrée dans toutes les branches de l’économie nationale (à
              l’exception de l’industrie du bâtiment).</p>
              <p rend="alinéa">Quatrièmement, elle est un <emph>centre de règlement des comptes</emph>, c’est-à-dire qu’elle procède, à l’intérieur
              du pays, au règlement des comptes entre les différents établissements, entreprises et organisations.</p>
              <p rend="alinéa">Cinquièmement, elle est chargée du <emph>mouvement des fonds du budget :</emph> elle reçoit les sommes versées
              au budget d’État, délivre des fonds d’une façon strictement conforme aux prévisions budgétaires et,
              dans la mesure des crédits ouverts, tient la comptabilité des recettes et des dépenses budgétaires.</p>
              <p rend="alinéa">Sixièmement, elle est la dépositaire des <emph>fonds de devises</emph> du pays et procède au règlement des comptes
              relatifs aux opérations économiques — commerciales et autres — de l’U.R.S.S. avec les pays
              étrangers ; une partie de ces comptes est réglée par la Banque du commerce extérieur de l’U.R.S.S.
              (Vnechtorg-bank).</p>
              <p rend="alinéa">La Banque d’État de l’U.R.S.S. est la plus grande banque du monde. Elle possède ses succursales dans
              toutes les capitales des républiques, les chefs-lieux des territoires et des régions, ainsi que de la plupart
              des districts du pays. Assurant le règlement réciproque des comptes et s’acquittant des opérations de
              crédit, elle est en mesure d’exercer ses fonctions d’organisme d’État, le plus important, chargé de
              contrôler l’activité économique et financière des entreprises et des organisations. Les règlements des
              comptes par compensation qu’effectue la Banque d’État comprennent la quasi totalité des paiements
              des entreprises et des organisations économiques du pays.</p>
              <p rend="alinéa">Les <emph>banques d’investissements à long terme</emph> desservent certaines branches de l’économie socialiste.
              Elles ont pour principale fonction d’accorder les sommes et les crédits à long terme qui seront investis
              au titre des fonds fixes dans les entreprises de la branche considérée. Tout l’argent destiné par le plan à
              cet usage est concentré dans les banques appropriées. Ce sont elles qui règlent tous les comptes
              afférents aux travaux de construction, délivrent les fonds nécessaires à l’exécution de ces travaux et
              contrôlent le bien-fondé de leur emploi en conformité du plan.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Il existe en U.R.S.S. une banque chargée de financer les investissements de fonds fixes dans les entreprises
              d’État et les organisations de construction appartenant à l’industrie, aux transports et aux P.T.T. <emph>(Prombank)</emph> ; une
              banque chargée de financer les investissements de fonds fixes dans les entreprises d’État et les organisations
              appartenant à l’agriculture et à la sylviculture, ainsi que d’accorder les crédits à long terme aux kolkhoz et à la
              population rurale <emph>(Selkhozbank)</emph> ; une banque chargée de financer les investissements de fonds dans le commerce
              et les coopératives <emph>(Torgbank)</emph> ; une banque centrale chargée de financer les entreprises municipales et la
              construction d’habitations <emph>(Tsékombank)</emph>, et des banques municipales locales, relevant des organismes locaux.</p>
              <p rend="alinéa">Les banques assurent le contrôle financier de la production et de la circulation, contribuant de la sorte
              à renforcer le régime d’économie et le principe de la gestion équilibrée. Ce contrôle est réalisé,
              premièrement, par le financement des mesures prévues dans le plan, et en fonction de
              l’accomplissement du plan, ainsi que par l’octroi de crédits à cette fin ; deuxièmement, en exigeant le
              remboursement des avances consenties dans les délais fixés pour l’exécution des tâches prévues par le
              plan ; troisièmement, en appliquant les sanctions appropriées, en cas d’infraction aux clauses
              concernant l’utilisation des fonds et le délai de remboursement de l’avance (par exemple, perception
              d’un intérêt majoré et privation du droit de recourir ultérieurement au crédit bancaire).</p>
              <p rend="alinéa">Pour que l’activité économique des entreprises s’améliore et que le régime d’économie soit appliqué
              dans toute sa rigueur, le contrôle financier des banques sur la production et leur intervention active
              auprès des entreprises mal gérées doivent être renforcés.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Pour renforcer le principe de la gestion équilibrée, ainsi que le contrôle financier, la Banque d’État joue un rôle
              important en adoptant une attitude différenciée lorsqu’elle accorde des crédits aux entreprises, suivant qu’elles
              travaillent bien ou mal. Quand des entreprises travaillent mal, ne s’acquittent pas des tâches relatives à la
              réduction du prix de revient, n’exécutent pas les plans d’accumulation, ne conservent pas leurs propres fonds de
              roulement, il leur est appliqué un régime plus strict de crédit et de règlements, jusques et y compris, notamment,
              la cessation de l’octroi ultérieur de crédits et le recouvrement avant terme des crédits précédemment accordés.
              Par contre, les entreprises travaillant bien bénéficient d’une série d’avantages lors de l’octroi de crédits,
              notamment de l’augmentation de ces derniers. Cette attitude différenciée renforce le rôle du contrôle bancaire
              dans l’encouragement à l’élévation de la qualité du travail des entreprises et à l’observation d’un régime
              d’économies.</p>
              <p rend="alinéa">Le principe de la gestion équilibrée s’applique également aux banques. Le revenu net de la banque est
              constitué par la différence entre la somme des intérêts perçus, d’une part, et celle des intérêts versés
              ainsi que des dépenses d’entretien et de personnel, d’autre part.</p>
              <p rend="alinéa">Les progrès de l’économie socialiste et le développement des rapports de crédit entraînent une
              augmentation du chiffre d’affaires des banques. À la fin de 1954, le total des crédits de la Banque
              d’État investis dans l’économie nationale s’élevait à 190 milliards de roubles, soit 3,4 fois plus qu’en
              1940.</p>
              <p rend="alinéa">Les <emph>caisses d’épargne de l’État</emph> reçoivent en dépôt l’argent des particuliers, ainsi que des kolkhoz et des
              organisations sociales, et servent un intérêt aux déposants ; elles rendent différents services aux
              travailleurs en effectuant leurs règlements monétaires tels que le paiement des services municipaux,
              des loyers, etc.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi qu’il a été dit, l’augmentation constante des fonds déposés par la population est un indice du
              bien-être grandissant des travailleurs. À la fin de 1954, le montant des sommes versées aux caisses
              d’épargne par la population s’élevait à 48,4 milliards de roubles, contre 18,5 milliards en 1950. Les
              caisses d’épargne s’acquittent également des opérations afférentes aux emprunts d’État : paiement des
              obligations gagnantes et des intérêts.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="5" xml:id="chap38sect05">
              <head>38.5. La circulation monétaire en régime socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">La monnaie soviétique est une monnaie-or, un équivalent général. Sa stabilité est garantie, nous
              l’avons déjà dit, avant tout par le fait que l’État dispose d’énormes masses de marchandises qu’il met en
              circulation à des prix fermes. D’autre part, la monnaie soviétique est couverte par de l’or. Le
              développement continu de la production socialiste et de la circulation des marchandises donne une
              base solide à la monnaie. Un facteur d’une grande importance pour l’élévation du pouvoir d’achat du
              rouble soviétique est la baisse des prix, fondée sur la réduction du prix de revient et des frais de
              circulation, sur l’accroissement de la quantité de marchandises.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La monnaie soviétique circule sous la forme de billets de banque de 10, 25, 50 et 100 roubles. Ces billets sont
              garantis par l’or, les métaux précieux et les autres avoirs de la Banque d’État de l’U.R.S.S. Des coupures de 1, 3
              et 5 roubles, ainsi qu’une monnaie divisionnaire en métal sont également en circulation.</p>
              <p rend="alinéa">La monnaie soviétique ne peut jouer normalement son rôle d’étalon-or que si sa quantité est en rapport
              avec les besoins réels de l’économie nationale en moyens de circulation et en moyens de paiement.</p>
              <p rend="alinéa">Dans l’économie socialiste, la circulation monétaire est réglée par la loi économique selon laquelle la
              quantité d’argent nécessaire à la circulation marchande est déterminée par la somme des prix des
              marchandises en circulation et la vitesse de circulation de l’argent. La compensation des comptes, dans
              le processus de la circulation des marchandises, diminue les besoins d’argent liquide. La somme
              globale d’argent en circulation nécessaire à la société pour une période déterminée est, en outre,
              fonction du montant total des paiements au comptant exécutés au cours de cette période. En régime
              socialiste, les paiements de ce genre concernent notamment les salaires, les revenus en argent répartis
              au prorata des journées-travail, les obligations gagnantes ; ceux qui sont effectués par la population
              sont relatifs aux loyers et aux impôts, aux dépôts à la caisse d’épargne, etc.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi, la quantité d’argent nécessaire à la circulation dans une économie socialiste, est déterminée par
              la somme des prix des marchandises réalisées au comptant, par le montant total des paiements au
              comptant, par la vitesse de rotation des unités monétaires.</p>
              <p rend="alinéa">Le fonctionnement normal de la circulation monétaire est une condition importante du développement
              harmonieux de l’économie nationale. S’appuyant sur la loi du développement harmonieux de
              l’économie nationale et utilisant la loi de la circulation monétaire, l’État socialiste planifie la
              circulation de la monnaie dans le pays en liaison étroite avec la planification de l’économie nationale
              dans son ensemble. En U.R.S.S., l’émission de la monnaie est rigoureusement centralisée : la monnaie
              livrée à la circulation est émise par la Banque d’État de l’U.R.S.S., chaque nouvelle émission étant
              décidée par le gouvernement. Le gros de l’argent liquide délivré par la Banque d’État sert,
              conformément aux prévisions du plan, à payer les salaires, à effectuer les versements en espèces au
              prorata des journées-travail, à payer les produits agricoles stockés et achetés aux kolkhoziens. D’autre
              part, l’argent liquide qui fait retour à la banque provient surtout des recettes des organisations
              commerciales, qui fournissent plus des quatre cinquièmes des encaissements de la Banque d’État, ainsi
              que des recettes versées chaque jour à la banque par les entreprises municipales, les transports et les
              P.T.T.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La Banque d’État remet également des espèces pour le paiement des intérêts des obligations gagnantes ou
              amorties des emprunts d’État, des pensions, des allocations, des assurances, des petites factures, etc. Elle reçoit
              régulièrement l’argent des impôts et des autres versements faits au budget, des fonds déposés dans les caisses
              d’épargne, des primes d’assurances, etc. Une masse monétaire considérable passe ainsi par ses caisses sans
              discontinuer.</p>
              <p rend="alinéa">Le rapport qui existe entre les revenus monétaires de la population, d’une part, et le volume des
              marchandises en circulation ainsi que des services payants offerts à la population, d’autre part, est l’un
              des principaux facteurs qui influent sur la circulation monétaire. Pour mettre ce rapport en évidence et
              établir dans le plan de l’économie nationale les proportions nécessaires entre l’augmentation des
              revenus monétaires de la population et celle de la masse de marchandises et des services payants, on
              dresse la balance des revenus et des dépenses monétaires de la population. Cette balance prend en
              considération tous les revenus et toutes les dépenses monétaires de la population pour la période
              envisagée. Les rapports prévus dans le mouvement de la monnaie en ce qui concerne certains éléments
              du plan de l’économie nationale (fonds des salaires, circulation des marchandises, budget d’État, etc.),
              permettent de fixer les objectifs indispensables dans le domaine de la circulation monétaire.</p>
              <p rend="alinéa">Un élément important dans la planification de la circulation monétaire est le <emph>plan du mouvement des
              fonds</emph> de la Banque d’État, plan arrêté par le gouvernement et qui embrasse de haut en bas l’ensemble
              du système de la Banque d’État. Il établit les prévisions concernant l’argent liquide qui entrera à la
              Banque d’État et qui en sortira au cours de la période envisagée. Le plan du mouvement des fonds tient
              compte de la balance des revenus et des dépenses monétaires de la population. Il prend donc en
              considération le volume du commerce de détail, des produits agricoles à stocker, le montant global des
              salaires des ouvriers et des employés et les autres éléments dont dépend le montant des rentrées et des
              sorties. Il prévoit l’émission de monnaie ou le retrait d’une partie de la monnaie en circulation, en
              fonction du rapport qui existe entre les rentrées d’argent liquide dans les caisses de la Banque d’État à
              travers tout le pays, et les sorties.</p>
              <p rend="alinéa">La Banque d’État règle également la circulation monétaire dans le
              pays au moyen du plan des crédits.</p>
              <p rend="alinéa">L’organisation planifiée de la circulation monétaire permet
              d’augmenter ou de réduire la quantité d’argent liquide en circulation, et d’avoir à tout moment, dans
              chaque région comme dans l’ensemble du pays, la quantité d’argent liquide nécessaire aux besoins.
              Ainsi est assurée la stabilité de la circulation monétaire.</p>
              <p rend="alinéa">La réforme monétaire effectuée à la fin de 1947 a joué un rôle considérable dans le renforcement du
              système monétaire soviétique. Elle a consisté à échanger, sous certaines conditions, l’ancienne
              monnaie, qui s’était en partie dépréciée pendant la guerre, contre une nouvelle monnaie, émise en
              1947. Contrairement aux réformes monétaires effectuées dans les pays capitalistes, qui aggravent la
              condition des travailleurs, elle a été réalisée dans l’intérêt de ces derniers. Le salaire des ouvriers et des
              employés est resté le même, mais il a été désormais payé en argent nouveau, non déprécié. La réforme
              monétaire s’est accompagnée d’une baisse du prix des marchandises. Elle a remédié aux effets de la
              guerre dans la circulation monétaire ; elle a rendu au rouble soviétique toute sa valeur, augmenté
              l’importance de la monnaie dans l’économie nationale, facilité le passage au commerce, à des prix
              uniformes, sans rationnement, entraîné une élévation du salaire réel des ouvriers et des employés, ainsi
              que des revenus réels de la paysannerie kolkhozienne.</p>
              <p rend="alinéa">La stabilisation de la circulation monétaire, la production croissante de marchandises d’usage courant
              et le développement du commerce du détail, la baisse du prix des marchandises ont eu pour
              conséquence une hausse du pouvoir d’achat et du cours du rouble. Le gouvernement soviétique a
              relevé à partir du 1<hi rend="ordinal">er</hi> mars 1950 le cours officiel du rouble, qui est désormais établi non plus sur la base
              du dollar, comme c’était le cas depuis 1937, mais directement sur la base de l’or, d’après la teneur en or
              du rouble.</p>
              <p rend="alinéa">Dans l’économie socialiste, <emph>l’État possède le monopole des devises</emph> ; autrement dit, c’est à lui seul qu’il
              appartient de régler les comptes avec les États étrangers, d’acheter, de vendre et de stocker des devises
              étrangères. Le monopole d’État des devises et du commerce extérieur assure l’indépendance de la
              monnaie soviétique vis-à-vis de la conjoncture toujours changeante du marché capitaliste. Cette
              indépendance ne cesse de se renforcer grâce à l’accumulation de réserves d’or, grâce aussi à une
              balance commerciale et à une balance des comptes créditrice en faveur de l’U.R.S.S.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume" n="38" xml:id="chap38resume">
              <head>Résumé du chapitre 38</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
                <item><p rend="alinéa">Les finances de la société socialiste comprennent le budget d’État, les finances des entreprises
                socialistes, les assurances sociales d’État, les assurances d’État sur les biens et sur les personnes, les
                diverses formes de crédit.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">C’est avant tout par le budget d’État que s’opèrent la constitution et l’utilisation méthodiques du
                fonds centralisé des ressources monétaires destinées à satisfaire les besoins généraux de la société.
                Les recettes du budget sont fournies essentiellement par le revenu net de la société, qui sert avant tout
                à financer l’édification économique et culturelle.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">Dans la société socialiste, le crédit permet à l’État de mobiliser les ressources monétaires
                provisoirement disponibles et de les utiliser méthodiquement pour la satisfaction des besoins de
                l’économie nationale, contre remboursement ultérieur. L’intérêt est une redevance dont le taux est fixé
                par l’État, pour l’utilisation temporaire de l’argent emprunté. La source de l’intérêt est le revenu net
                des entreprises. Les opérations de crédit sont effectuées par les banques et les caisses d’épargne. Il
                existe en U.R.S.S. deux sortes de banques : la Banque d’État, qui est une banque d’émission, une
                banque de crédits à court terme et le centre de règlement des comptes du pays, et banques d’État
                spéciales d’investissements à long terme. Les banques assurent le contrôle financier de la production
                et de la circulation et concourent à renforcer te principe de la gestion équilibrée.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">S’appuyant sur la loi du développement harmonieux de l’économie nationale et sur la loi de la
                circulation monétaire, l’État socialiste planifie la circulation de la monnaie dans le pays.
                L’organisation planifiée de la circulation monétaire dans l’économie socialiste permet d’adapter la
                masse monétaire aux besoins en argent de la circulation des marchandises. Sur la base des progrès de
                la production, du développement du commerce et de la baisse des prix, l’État socialiste consolide la
                circulation monétaire et élève le pouvoir d’achat du rouble.</p></item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3 type="chapitre" n="39" xml:id="chap39">
            <head>Chapitre 39 — La reproduction socialiste</head>
            <div4 type="section" n="1" xml:id="chap39sect01">
              <head>39.1. Le caractère de la reproduction socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">La production sans cesse renouvelée des biens matériels, autrement dit la reproduction, est la condition
              de l’existence et du développement de la société socialiste comme de toute autre société.</p>
              <p rend="alinéa">Les principes fondamentaux de la théorie marxiste-léniniste de la reproduction — relatifs à la
              reproduction simple ou élargie, au produit social total et au revenu national, à la division de la
              production sociale en production de moyens de production et production d’objets de consommation, au
              développement prioritaire de la production des moyens de production lors de la reproduction élargie, à
              l’accumulation en tant que seule source de la reproduction élargie, à la nécessité de certaines
              proportions entre les différentes parties du produit social total — gardent toute leur valeur en régime
              socialiste et en régime communiste. La société socialiste ne peut passer outre à ces principes quand
              elle planifie son économie.</p>
              <p rend="alinéa">Il n’empêche qu’en régime socialiste, la reproduction se distingue foncièrement de la reproduction
              capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">Conformément aux exigences de la loi économique fondamentale du socialisme, la reproduction
              socialiste est subordonnée à un but : assurer au maximum la satisfaction des besoins matériels et
              culturels sans cesse croissants de toute la société, alors que la reproduction capitaliste vise à assurer le
              profit maximum aux capitalistes.</p>
              <p rend="alinéa">Alors que la reproduction capitaliste se réalise d’une manière anarchique et est périodiquement coupée
              de crises économiques, le mode de production socialiste est caractérisé par <emph>un développement sans
              crises, une reproduction élargie ininterrompue</emph>. Partant de la loi du développement harmonieux de
              l’économie nationale et se conformant en tout point aux exigences de la loi économique fondamentale
              du socialisme, l’État socialiste détermine dans ses plans les rythmes de développement de l’économie
              nationale, les proportions et les rapports entre les différentes branches, le volume de l’accumulation et
              de la consommation.</p>
              <p rend="alinéa">Pris dans son ensemble, le processus de la reproduction est avant tout un processus de reproduction du
              <emph>produit social</emph>. Dans la reproduction du produit social, le rôle déterminant appartient à la reproduction
              des moyens de production, et avant tout des <emph>instruments de travail</emph>. La multiplication et le
              perfectionnement constants des instruments de travail sont la condition nécessaire du progrès
              technique. La reproduction socialiste s’effectue sur la base d’une technique supérieure. En même temps
              que les instruments de travail, sont reproduits les autres éléments des moyens de production : on
              agrandit les installations existantes et on en construit de nouvelles, on crée de nouveaux moyens de
              transport, la production des matières premières augmente, etc.</p>
              <p rend="alinéa">La reproduction élargie des moyens de production est la condition nécessaire du développement de la
              production des objets de consommation : vêtements, chaussures, denrées alimentaires, etc.</p>
              <p rend="alinéa">La société socialiste est caractérisée par des <emph>rythmes rapides</emph> de reproduction du produit social. Cela
              s’explique avant tout par la disparition des classes exploiteuses et de leur valetaille parasite, par
              l’absence de crises et de chômage, par l’utilisation méthodique et rationnelle de l’ensemble de la main
              d’oeuvre, par l’élévation systématique et rapide de la productivité du travail social. Les rythmes rapides
              d’accroissement du produit social s’expliquent par l’émulation socialiste, par les méthodes socialiste de
              gestion : application conséquente d’un régime d’économies, mise en œuvre méthodique des fonds de
              l’économie nationale, renforcement du principe de la gestion équilibrée, abaissement continu du prix
              de revient de la production.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les chiffres suivants témoignent des rythmes rapides de la reproduction socialiste. En 1954, la production
              globale de la grande industrie soviétique avait, par rapport à 1913, été multipliée par 35 (à parité de prix), celle
              des moyens de production par près de 60, celle de l’énergie électrique par plus de 75. Les rythmes
              d’accroissement ont été encore plus rapides pour l’industrie chimique et les constructions mécaniques. De 1928 à
              1954, le produit social total (à parité de prix) a été multiplié par 11.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En U.R.S.S., les rythmes d’accroissement de
              la production industrielle sont plusieurs fois plus rapides que dans les pays capitalistes. Au cours du dernier quart
              de siècle (déduction faite des années de guerre), le rythme d’accroissement annuel moyen de la production
              industrielle a été de 18,2 % en U.R.S.S., 2,4 % aux États-Unis, 3,6 % en Angleterre, 2,1 % en France.</p>
              <p rend="alinéa">La reproduction socialiste comporte aussi la <emph>reproduction de la force de travail</emph>. Assurer
              méthodiquement aux entreprises la force de travail dont elles ont besoin est une condition
              fondamentale de la reproduction socialiste élargie. Les progrès de l’économie nationale entraînent un
              accroissement constant de la classe ouvrière. Le recrutement de la force de travail pour toutes les
              branches de la production sociale est effectué d’une façon organisée par les entreprises et les
              organismes économiques. L’industrie, le bâtiment, les transports, l’agriculture reçoivent des cadres
              qualifiés sortant du système d’État de formation de la main-d’œuvre, d’un réseau spécial d’écoles, de
              cours, d’écoles techniques et d’établissements d’enseignement supérieur, en fonction des besoins de
              l’économie nationale. La main-d’œuvre est répartie méthodiquement entre les différentes branches de
              l’économie et entre les entreprises. Un trait caractéristique de la reproduction des cadres est l’élévation
              ininterrompue du niveau de qualification et de culture de l’ensemble des travailleurs.</p>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, la reproduction élargie suppose également une <emph>reproduction élargie des rapports
              de production socialistes</emph>.</p>
              <p rend="alinéa">La reproduction élargie des rapports de production socialistes est la reproduction :
              a) de la propriété socialiste sous ses deux formes
              (propriété d’État et propriété coopérative-kolkhozienne) ;
              b) des rapports de coopération fraternelle et d’entraide socialiste des travailleurs
              dans la production des biens matériels ;
              c) des rapports entre les travailleurs dans la répartition des objets de consommation
              selon la quantité et la qualité du travail fourni par chacun.</p>
              <p rend="alinéa">Les rapports de production socialistes sont exempts des profondes contradictions inhérentes aux
              rapports de production capitalistes, dont la reproduction implique une exploitation accrue du travail
              par le capital, l’extension et l’approfondissement des contradictions de classes entre exploiteurs et
              exploités, qui ne peuvent manquer d’aboutir à la révolution et à la chute du capitalisme. La
              reproduction des rapports de production socialistes implique par contre le renforcement de l’alliance
              des deux classes amies : la classe ouvrière et la paysannerie, et des intellectuels, qui leur sont
              étroitement rattachés ; le renforcement de l’unité morale et politique de la société, la disparition
              graduelle des démarcations de classe et des différences sociales entre les hommes. C’est dans le
              processus de la reproduction socialiste élargie que s’accomplit le passage graduel du socialisme au
              communisme.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="2" xml:id="chap39sect02">
              <head>39.2. La richesse nationale de la société socialiste.
              La composition du produit social total.</head>
              <p rend="alinéa">L’ensemble des biens matériels dont dispose la société socialiste constitue sa <emph>richesse nationale</emph>.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le premier élément de la richesse nationale
              de la société socialiste, ce sont les <emph>fonds de production</emph> de l’économie
              nationale, c’est-à-dire les moyens de production, qui se divisent en : a) fonds fixes et b) fonds circulants. Font
              aussi partie de la richesse nationale de la société socialiste les ressources naturelles (terres cultivées et
              cultivables, gisements de minéraux utiles, eaux, forêts, etc.), entraînées dans le processus de la reproduction.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les fonds <emph>fixes</emph> sont constitués par
              les moyens de travail appartenant soit à l’État, soit aux coopératives ou aux
              kolkhoz (bâtiments d’exploitation, machines, outillage, ouvrages d’art, etc.) en service dans toutes les branches
              de la production matérielle. Les fonds <emph>circulants</emph> sont constitués par les objets du travail (matières premières,
              matériaux, combustible, etc.), soit en cours de production, soit en réserve dans les entreprises d’État, les kolkhoz
              ou les autres organisations coopératives.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Un deuxième élément de la richesse nationale,
              ce sont les <emph>fonds de roulement</emph> de l’économie nationale : stocks de
              produits finis se trouvant dans les dépôts des entreprises d’État productrices, dans ceux des kolkhoz, des artels
              artisanaux, des entreprises et des organisations commerciales d’État ou coopératives.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Un troisième élément de la richesse nationale, ce sont les <emph>réserves</emph> matérielles d’État et
              coopératives-kolkhoziennes, ainsi que les fonds dits d’assurance.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Un quatrième élément de la richesse nationale, ce sont les
              <emph>fonds non-productifs</emph> de l’économie nationale,
              constitués par des biens appartenant soit à l’État, soit aux coopératives ou aux kolkhoz, et qui sont d’un usage
              improductifs prolongé : fonds des habitations, immeubles et installations des services sociaux et culturels :
              écoles, théâtres, clubs, hôpitaux, etc.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Tels sont les principaux éléments de la richesse nationale, qui sont propriété collective, socialiste.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La richesse nationale comprend aussi les
              <emph>biens personnels de la population</emph>, la propriété personnelle qui ne cesse
              de s’accroître sur la base du développement ininterrompu de la propriété collective, socialiste.</p>
              <p rend="alinéa smaller">L’expérience en matière de production, les connaissances et l’habileté professionnelle des travailleurs de la
              société socialiste, les diverses richesses spirituelles jouent un rôle important dans la reproduction de la richesse
              matérielle. « Le degré d’habileté de la population est toujours la condition première de toute production, donc la
              principale richesse accumulée. »
              (<bibl>K. Marx, <title>Théories de la plus-value</title>, t. 3, p. 229 (éd. russe).</bibl>)</p>
              <p rend="alinéa smaller">La richesse nationale de l’U.R.S.S. s’est prodigieusement
              accrue au cours des quinquennats soviétiques. Ainsi, les
              fonds de production fixes de l’économie nationale avaient, par rapport à 1913, sextuplé à la fin de 1940, et ils
              avaient été multipliés environ par 12 à la fin de 1954.</p>
              <p rend="alinéa">En régime capitaliste, la majeure partie de la richesse nationale appartient aux classes exploiteuses, et
              l’accroissement de la richesse prend la forme d’une accumulation de capital entraînant la paupérisation
              des masses populaires. Les rapports capitalistes donnent naissance à cette richesse fictive que
              représentent les actions, le prix de la terre, etc. En régime socialiste, toute la richesse nationale est la
              propriété soit de l’État, c’est-à-dire du peuple entier, soit des kolkhoz et des autres associations
              coopératives, soit la propriété personnelle des travailleurs. Le socialisme ignore la richesse fictive ;
              toute la richesse de la société est une <emph>richesse réelle</emph>. L’accroissement de la richesse nationale de la
              société socialiste entraîne l’élévation constante du bien-être matériel et du niveau de vie culturelle de
              l’ensemble de la population.</p>
              <p rend="alinéa">La richesse nationale comprend tous les biens matériels dont dispose la société socialiste à un moment
              donné. Autrement dit, elle fait le point de tout le développement antérieur de la société. Quant au
              produit social total, il se compose des biens matériels créés dans la société au cours d’une période
              déterminée, un an par exemple.</p>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, le produit social se présente sous deux formes : <emph>a)</emph> une forme naturelle,
              matérielle, et <emph>b)</emph> une forme valeur, c’est-à-dire monétaire. L’ensemble de la production de la société
              socialiste se divise en deux grandes sections : la <emph>production des moyens de production</emph>, destinés à
              participer de nouveau au processus de production (section I), et la <emph>production des biens de
              consommation</emph>, destinés à satisfaire les besoins de la population (section II). Par suite, le produit social
              considéré sous sa forme <emph>naturelle, matérielle</emph>, se compose de moyens de production et de biens de
              consommation.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Dans la pratique de l’édification économique, la division du produit social total en moyens de production et en
              biens de consommation se fait généralement d’après l’utilisation effective de la production. La section I
              comprend toute la production destinée à la consommation productive. Il faut ranger dans cette catégorie la
              production de l’industrie lourde, qui consiste en moyens de production, une partie de la production des industries
              légère et alimentaire, qui sert de matière première et subit des transformations, les constructions à des fins
              productives, et aussi la production agricole utilisée pour la consommation productive : semences, bétail,
              fourrages, matières premières agricoles devant être traitées par l’industrie.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La section II comprend toute la production qui sert directement à satisfaire les besoins individuels de la
              population, y compris la construction d’habitations, ainsi que la partie du produit social dépensé dans les
              établissements et organisations de la sphère non productive, par exemple pour la construction d’écoles ou
              d’hôpitaux, pour le chauffage et l’éclairage des bâtiments non productifs, etc.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Dans la section I, il faut établir une distinction
              entre la production des moyens de production pour la section I et
              celle qui est destinée à la section II. Le rôle essentiel dans le processus de reproduction appartient à la production
              des moyens de production, et plus spécialement à la production d’instruments de travail destinés à la section I.</p>
              <p rend="alinéa">La reproduction socialiste élargie exige le renouvellement et l’accroissement constants de la
              production tant des moyens de production que des biens de consommation selon une proportion qui est
              établie par le plan de l’économie nationale.</p>
              <p rend="alinéa"><emph>Sous le rapport de la valeur</emph>,
              le produit social se décompose en :
              1<hi rend="ordinal">o</hi> valeur des moyens de production
              consommés, qui est transférée au produit ;
              2<hi rend="ordinal">o</hi> valeur nouvellement créée, produite par le travail pour soi ;
              3<hi rend="ordinal">o</hi> valeur nouvellement créée, produite par le travail pour la société. La nature sociale et
              économique de chacune de ces parties de la valeur du produit social est foncièrement autre qu’en
              régime capitaliste. Les fonds de l’économie nationale ont pris, dans le processus de la reproduction
              socialiste, la place du capital constant et du capital variable, et le revenu net de la société celle de la
              plus-value.</p>
              <p rend="alinéa">La reproduction socialiste suppose avant tout la
              <emph>reconstitution</emph> planifiée, en nature et en valeur, des
              moyens de production consommés, en faisant appel à une partie du produit social total. La
              reconstitution des fonds fixes en nature s’opère par le remplacement partiel ou complet des machines,
              des locaux, des installations. La reconstitution des fonds fixes en valeur est réalisée par
              l’amortissement.
              Le <emph>fonds d’amortissement</emph> de l’économie socialiste de l’U.R.S.S. doit permettre de procéder aux grosses
              réparations d’entretien des fonds fixes durant toute la période de leur fonctionnement et à la
              reconstitution de la valeur des fonds fixes consommés.</p>
              <p rend="alinéa">La reproduction socialiste suppose, ensuite, que les biens de consommation, répartis selon le travail et
              utilisés pour satisfaire les besoins personnels des travailleurs de la production matérielle et de leurs
              familles, doivent être recréés par le travail de ces mêmes travailleurs.</p>
              <p rend="alinéa">Enfin, dans le processus de la reproduction socialiste, les travailleurs de la production matérielle créent
              par leur travail le produit pour la société, qui est destiné à l’accumulation socialiste et à la satisfaction
              des besoins matériels et culturels de la société (enseignement, santé publique, administration, défense
              du pays).</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="3" xml:id="chap39sect03">
              <head>39.3. Le rapport entre les deux sections de la production sociale.</head>
              <p rend="alinéa">Le plan établit, conformément aux exigences de la loi économique fondamentale du socialisme et de la
              loi du développement harmonieux, proportionné, de l’économie nationale, les proportions
              indispensables entre la production des moyens de production et celle des biens de consommation,
              entre les différentes branches de l’économie nationale, entre la production et la circulation, entre
              l’accumulation, la consommation et les réserves, etc.</p>
              <p rend="alinéa">Une condition essentielle de la reproduction socialiste est
              l’établissement d’un juste rapport entre les sections I et II de
              la production sociale, le rôle déterminant dans toute l’économie
              appartenant à la section I, qui fournit les moyens de production.
              Sans développement prioritaire de la production des moyens de
              production, la reproduction élargie est impossible.</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">Pour élargir la production (« accumuler » au sens absolu du mot),
                    il est nécessaire de produire d’abord des moyens de production ;
                    il faut donc, pour cela, élargirla section de la production
                    sociale qui fournit les moyens de production.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « Pour caractériser le romantisme économique »,
                    <title>Œuvres</title>,
                    t. 2, p. 152.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Lénine indiquait que le développement prioritaire de la production des moyens de production par
              rapport à celle des biens de consommation, lors de la reproduction élargie, est une loi économique.</p>
              <p rend="alinéa">La loi du développement prioritaire de la production des moyens de production acquiert en régime
              socialiste une importance plus grande encore qu’en régime capitaliste. Le développement plus rapide
              de la section I que de la section II est la condition nécessaire de l’essor ininterrompu de la production
              socialiste sur la base d’une technique supérieure.</p>
              <p rend="alinéa">Le développement prioritaire de la production des moyens de production (et avant tout de l’industrie
              lourde) est la condition nécessaire de l’emploi généralisé des moyens techniques les plus modernes
              dans tous les domaines de la production socialiste et d’une élévation constante de la productivité du
              travail.</p>
              <p rend="alinéa">Le développement prioritaire de la production des moyens de production entraîne par ailleurs un
              développement plus rapide de l’industrie par rapport à l’agriculture. En régime socialiste, les
              proportions établies entre l’industrie et l’agriculture assurent un accroissement ininterrompu non
              seulement de la production industrielle, mais aussi de la production agricole.</p>
              <p rend="alinéa">Seul le développement prioritaire, et plus rapide qu’en régime capitaliste, de la production des moyens
              de production peut assurer un accroissement systématique de la production des biens de
              consommation et une élévation continue du bien-être du peuple. L’essor ininterrompu et rapide de
              l’industrie lourde, dépassant celui de toutes les autres branches de l’industrie et de l’économie
              nationale, est la condition nécessaire du développement régulier de l’agriculture et des industries légère
              et alimentaire, qui produisent des articles de consommation courante.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi, la reproduction socialiste élargie, qui s’accompagne d’un progrès technique accéléré, est
              caractérisée par une augmentation de la production où le développement des branches fournissant des
              moyens de production (section I) est plus rapide que celui des branches produisant des biens de
              consommation (section II). D’autre part, en régime socialiste, la production des biens de
              consommation augmente sans cesse, en chiffres absolus, ce qui se traduit par un accroissement de la
              production dans l’agriculture, ainsi que dans les industries légère et alimentaire, par l’extension donnée
              à la construction d’habitations dans les villes et à la campagne, par le développement de la circulation
              des marchandises.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La part des moyens de production dans
              l’ensemble de la production industrielle de l’U.R.S.S. était de 34 % en
              1924-1925, de 58 % en 1937, d’environ 70 % en 1954.</p>
              <p rend="alinéa smaller">De 1925 à 1954, la production industrielle des objets de
              consommation courante a été multipliée en U.R.S.S. environ par 14. De 1926 à 1954, la circulation des
              marchandises (à parité de prix) a été multipliée par plus de 9.</p>
              <p rend="alinéa">Le développement prioritaire de la production des moyens de production, loi économique de la
              reproduction élargie, n’exclut pas l’utilité et la nécessité pratiques, durant certaines années, d^un
              développement plus rapide de l’agriculture et des industries légère et alimentaire afin de combler le
              retard de la production des objets de consommation courante, et d’éliminer des disproportions
              partielles résultant de cette situation.</p>
              <p rend="alinéa">C’est ainsi qu’au cours de ces dernières années, le Parti
              communiste et l’État soviétique, s’appuyant sur la puissance constamment croissante de l’industrie
              lourde, ont mis au point et appliquent avec succès un programme d’ensemble visant à promouvoir un
              essor rapide de l’agriculture. La réalisation de ce programme permettra d’accélérer les rythmes de
              développement de la production des articles de consommation courante et de continuer à élever le
              niveau de vie du peuple soviétique. Pour résoudre ces tâches, il faut un progrès incessant de l’industrie
              lourde. Sans machines, sans mécanisation complexe de la culture et de l’élevage, il n’est pas question
              d’assurer un essor rapide de l’agriculture. Tout cela indique que le développement prioritaire de la
              production des moyens de production est le fondement intangible de la ligne générale de
              développement de l’économie socialiste.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Le bilan du travail de l’industrie dans les dernières années confirme
                  de nouveau la justesse de la ligne générale de notre parti, axée sur le
                  développement prioritaire de l’industrie lourde. En appliquant cette ligne
                  sans défaillance, le Parti s’inspire des indications du grand Lénine sur la
                  nécessité d’un développement plus rapide de la production des moyens de
                  production par rapport à celle des biens de consommation, condition nécessaire
                  de la reproduction socialiste élargie.</p>
                  <p rend="alinéa">L’industrie lourde doit continuer de se développer plus rapidement que
                  les autres branches de l’économie nationale. Plus sera élevé dans notre pays
                  le niveau de développement de l’industrie lourde, qui détermine l’essor ultérieur
                  de toutes les branches de l’économie nationale, et plus nous serons à même
                  de satisfaire complètement les besoins sans cesse croissants du peuple soviétique,
                  de créer rapidement l’abondance des biens de consommation et de réaliser
                  le passage du socialisme au communisme.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  <title>Résolutions de l’assemblée plénière de juillet 1955 du C.C. du P.C.U.S.</title>,
                  p. 6. (éd. russe).
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa smaller">En 1955, la production industrielle des biens de consommation
              (industrie du groupe B) a progressé de 72 % par rapport à 1950
              (au lieu des 65 % prévus par le plan quinquennal). En même temps, la production des moyens de
              production (industrie du groupe A) a progressé de 84 % (au lieu des 80 % du plan).
              L’essor rapide de l’industrie lourde a créé la base solide du développement
              des industries légère et alimentaire et de l’agriculture.</p>
              <p rend="alinéa">Comment s’effectuent, en régime socialiste, les échanges entre les sections I et II
              de la production sociale et à l’intérieur de chacune d’elles ?</p>
              <p rend="alinéa">Il y a, d’abord, échange entre les différentes branches de la section I.</p>
              <p rend="alinéa">Une partie des moyens de production créés dans la section I reste dans cette même section
              pour la reproduction simple. Elle sert à reconstituer les moyens et objets de travail partiellement ou
              entièrement consommés (remplacement des machines usées, grosses réparations d’outillage,
              renouvellement des stocks de matières premières épuisés, etc.) Une autre partie des moyens de
              production assure la reproduction élargie entre les différentes branches d’activité faisant partie de la
              section I. Ainsi, les industries de la houille et du pétrole fournissent du combustible aux constructions
              mécaniques dont elles reçoivent à leur tour l’équipement nécessaire ; la métallurgie qui fournit le métal
              indispensable à l’industrie du bâtiment, a besoin des matières brutes de l’industrie minière pour
              augmenter la production des métaux, etc.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi s’opère, entre les différentes branches de la section I, l’échange méthodique des moyens de
              production qui permettent de poursuivre et d’étendre la production dans ces branches. Dans le secteur
              d’État de la production, nous l’avons déjà dit, les moyens de production fabriqués ne sont pas, au fond,
              des marchandises, mais sont répartis au titre de l’approvisionnement matériel et technique, en ne
              conservant des marchandises que la forme.</p>
              <p rend="alinéa">Il y a, ensuite, échange entre les différentes branches de la section II qui produit des biens de
              consommation. Une partie de ceux-ci sont consommés individuellement par les travailleurs de cette
              section, échangés par le canal de la circulation marchande contre le salaire des ouvriers et des
              employés, contre les revenus en argent des kolkhoziens. Une certaine quantité de biens de
              consommation produits dans les kolkhoz est répartie et consommée dans les kolkhoz mêmes sans
              avoir pris la forme de marchandises et sans être passée par le marché.</p>
              <p rend="alinéa">En troisième lieu, il y a échange entre les sections I et II. Une partie des moyens de production
              fabriqués dans la section I doit servir à reconstituer les moyens de travail partiellement ou entièrement
              usés, les stocks de matières premières, de combustible et d’autres matériaux consommés dans la
              section II, ainsi qu’à augmenter les moyens de travail, les stocks de matières premières, de combustible
              et de matériaux de cette section en vue de la reproduction élargie. Une partie des biens de
              consommation produits dans la section II est échangée, par l’entremise du réseau commercial, contre le
              salaire des travailleurs de la section I. Les rythmes d’extension de la production et du progrès
              technique, dans les branches de la section II, dépendent avant tout de la quantité et de la qualité des
              moyens de production que ces branches reçoivent de la section I. D’où le rôle déterminant de la
              section I par rapport à la section II.</p>
              <p rend="alinéa">Lénine a signalé que la formule de Marx concernant la relation existant
              entre les sections  I et II de la production sociale (I<emph>v</emph> +
              <emph>p</emph> et II<emph>c</emph>) reste valable pour le socialisme et le
              communisme, bien que les rapports sociaux et économiques <emph>que</emph> recouvre cette formule se soient
              radicalement modifiés.</p>
              <p rend="alinéa">Dans la reproduction socialiste élargie, la section I doit fournir des moyens de production en quantité
              suffisante pour permettre le développement ininterrompu de la production sur la base d’une technique
              supérieure dans les deux sections, le développement de la section I devant avoir la priorité. D’autre
              part, la section II doit produire des biens de consommation en quantité suffisante pour satisfaire les
              besoins toujours accrus des travailleurs des deux sections, tant anciens que nouvellement appelés à
              participer à la production, ainsi que des travailleurs occupés dans les branches non productives. En
              toute période, une partie des moyens de production et des biens de consommation produits va grossir
              les réserves existantes.</p>
              <p rend="alinéa">En raison de l’anarchie de la production capitaliste et de la demande solvable limitée des masses
              laborieuses, le problème de la réalisation du produit social est le plus difficile qui se pose à la
              reproduction capitaliste. Le développement harmonieux et sans crises de la production socialiste ne se
              heurte pas aux difficultés de réalisation inhérentes au capitalisme, puisque le pouvoir d’achat toujours
              plus élevé de la population entraîne une demande sans cesse accrue des articles industriels et des
              denrées agricoles.</p>
              <p rend="alinéa">Cela, toutefois, ne signifie pas que certaines disproportions ne puissent apparaître
              dans l’économie nationale au cours de la reproduction socialiste élargie : par exemple, si des erreurs de
              planification ont été commises, s’il n’a pas été suffisamment tenu compte des exigences de la loi du
              développement harmonieux de l’économie nationale ou de calamités naturelles, comme la sécheresse,
              qui ont des répercussions fâcheuses sur la production. Pour prévenir les disproportions qui peuvent en
              résulter dans l’économie nationale, et y remédier, l’État socialiste constitue les réserves nécessaires.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="4" xml:id="chap39sect04">
              <head>39.4. La formation et la destination des fonds sociaux en régime socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">Le mode de production socialiste détermine les formes adéquates de répartition du produit social total.
              La société, en la personne de l’État socialiste, répartit méthodiquement le produit social conformément
              aux exigences de la loi économique fondamentale du socialisme.</p>
              <p rend="alinéa">Comme nous l’avons déjà dit, le
              produit social total, déduction faite de la partie qui sert à reconstituer les moyens de production usés,
              forme le revenu national de la société socialiste. Celui-ci se compose de deux fonds principaux : le
              <emph>fonds d’accumulation</emph>, qui permet le développement et le perfectionnement constants de la production
              socialiste, et le <emph>fonds de consommation</emph>, qui assure la satisfaction des besoins matériels et culturels
              sans cesse croissants de toute la société.</p>
              <p rend="alinéa">La majeure partie du fonds d’accumulation est consacrée à <emph>l’extension de la production</emph>. En régime
              socialiste, la production augmente régulièrement, d’une année à l’autre, et à des rythmes inconnus du
              monde capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">Une autre partie du fonds d’accumulation est consacrée à <emph>l’exécution de travaux de construction à des
              fins culturelles et sociales</emph>, comprenant notamment un programme de plus en plus vaste de
              construction d’écoles, d’hôpitaux, d’installations pour les services municipaux.</p>
              <p rend="alinéa">Enfin, une troisième partie du fonds d’accumulation
              constitue le <emph>fonds de réserve</emph> ou <emph>d’assurance</emph> de la
              société. Les réserves d’État de matières premières, de combustible, de denrées alimentaires, de même
              que les fonds de réserve des kolkhoz permettent de prévenir d’éventuels à-coups dans le processus de
              reproduction.</p>
              <p rend="alinéa">Le fonds de consommation se compose à son tour de deux parties : la majeure partie du fonds de
              consommation constitue le <emph>fonds de rémunération selon le travail</emph>, qui est distribué sous forme de
              salaires aux ouvriers et aux employés occupés dans la production, qui sert à rétribuer le travail des
              kolkhoziens, etc., conformément à la loi économique de la répartition selon le travail ; l’autre partie
              forme le <emph>fonds de consommation sociale</emph>, qui permet de couvrir les différents besoins de la société
              socialiste considérée dans son ensemble.</p>
              <p rend="alinéa">Une partie du fonds de consommation sociale est dépensée à des <emph>fins sociales et culturelles :</emph> pour
              satisfaire les besoins croissants de la société socialiste dans le domaine des sciences, de
              l’enseignement, de la santé publique, de l’art, etc. C’est aussi de ce fonds que provient le salaire versé
              aux travailleurs de la culture et des services sociaux conformément à la loi économique de la
              répartition selon le travail.</p>
              <p rend="alinéa">Une autre fraction du fonds de consommation sociale alimente le fonds de la <emph>sécurité sociale</emph>, qui
              permet à l’État d’accorder une aide aux mères de familles nombreuses, aux mères seules, aux enfants,
              aux vieillards, aux invalides, conformément au droit, garanti par l’État socialiste, d’être assuré
              matériellement dans la vieillesse et en cas d’incapacité de travail.</p>
              <p rend="alinéa">Une partie du fonds de consommation sociale sert à couvrir les <emph>frais administratifs :</emph> rémunération des
              travailleurs de l’appareil d’État, etc.</p>
              <p rend="alinéa">Une portion du revenu national va à la <emph>défense</emph>. Face au danger d’agressions militaires des impérialistes
              contre l’U.R.S.S. et les autres pays du camp socialiste, le renforcement de la capacité de défense de ces
              pays revêt une très grande importance.</p>
              <p rend="centralign smallcaps">
                <l> </l>
                <l>Schéma de la répartition du produit total dans la société socialiste</l>
              </p>
              <p rend="formule centralign">
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                        Produit
                        <tspan x="12" dy="16">total</tspan>
                        <tspan x="11" dy="16">de la</tspan>
                        <tspan  x="5" dy="16">société</tspan>
                        <tspan x="-2" dy="16">socialiste</tspan>
                      </text>
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              Revenu
              <tspan x="-1" dy="16">national</tspan>
                        </text>
                      </g>
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              Reconstitution
              <tspan x="11" dy="16">des moyens</tspan>
              <tspan  x="0" dy="16">de production</tspan>
              <tspan x="10" dy="16">consommés</tspan>
                        </text>
                      </g>
                    </g>
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              Fonds
              <tspan x="-38" dy="16">de consommation</tspan>
                        </text>
                      </g>
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              Fonds
              <tspan x="-30" dy="16">d’accumulation</tspan>
                        </text>
                      </g>
                    </g>
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                      <line x1="49" y1="-42" x2="98" y2="-42"
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                      <line x1="49" y1="114" x2="98" y2="114"
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                      <line x1="49" y1="168" x2="98" y2="168"
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                    </g>
                    <g id="partage4" transform="translate(434,320)">
                      <line x1="0" y1="0" x2="49" y2="0"
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                      <line x1="49" y1="-8" x2="98" y2="-8"
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                      <line x1="49" y1="54" x2="98" y2="54"
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              Fonds de la rémunération
              <tspan x="0" dy="16">(selon le travail)</tspan>
              <tspan x="0" dy="16">des travailleurs</tspan>
              <tspan x="0" dy="16">de la production</tspan>
                        </text>
                      </g>
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                        <text transform="translate(8,20)">
              Fonds des sciences,
              <tspan x="0" dy="16">de l’enseignement,</tspan>
              <tspan x="0" dy="16">de la santé publique</tspan>
              <tspan x="0" dy="16">et des arts</tspan>
                        </text>
                      </g>
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              Fonds
              <tspan x="0" dy="16">de la sécurité sociale</tspan>
                        </text>
                      </g>
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              Fonds
              <tspan x="0" dy="16">de l’administration publique</tspan>
                        </text>
                      </g>
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              Fonds d’extension
              <tspan x="0" dy="16">de la production</tspan>
                        </text>
                      </g>
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                        <text transform="translate(8,20)">
              Fonds pour l’exécution
              <tspan x="0" dy="16">de travaux de construction</tspan>
              <tspan x="0" dy="16">à des fins culturelles et sociales</tspan>
                        </text>
                      </g>
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              Fonds social
              <tspan x="0" dy="16">de réserve et d’assurance</tspan>
                        </text>
                      </g>
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                  </svg>
                </figure>
              </p>
              <p rend="alinéa">La majeure partie (environ les trois quarts) du revenu national de l’U.R.S.S. est, nous l’avons déjà dit,
              dépensée pour satisfaire les besoins personnels, tant matériels que culturels, des travailleurs.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="5" xml:id="chap39sect05">
              <head>39.5. L’accumulation socialiste.
              L’accumulation et la consommation dans la société socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">La reproduction socialiste élargie a sa source dans <emph>l’accumulation socialiste</emph>,
              constituée par l’utilisation
              d’une partie du revenu net de la société, composée de moyens de production et de biens de
              consommation, pour étendre la production ainsi que pour former des réserves matérielles et accroître
              les fonds sociaux et culturels non productifs.</p>
              <p rend="alinéa">L’accumulation socialiste entraîne un accroissement des valeurs matérielles qui sont la propriété de
              l’État ou celle des coopératives et des kolkhoz ; cet accroissement marque une augmentation de la
              richesse nationale de la société socialiste. La part accumulée du revenu national s’exprime également
              en monnaie. La majeure partie de l’argent accumulé dans toutes les branches de l’économie nationale et
              une partie de l’argent de la population sont mobilisées par le canal du budget d’État pour subvenir aux
              besoins généraux.</p>
              <p rend="alinéa">L’accumulation socialiste s’accomplit par les <emph>investissements au titre des fonds fixes</emph> de l’économie
              nationale. Ces investissements sont l’ensemble des dépenses destinées, au cours d’une période
              déterminée, à la création de nouveaux fonds fixes, productifs et non productifs, ou à la modernisation
              de ceux qui existent déjà. Une partie de ces investissements servent à reconstituer les fonds fixes usés.
              L’État soviétique exécute méthodiquement et systématiquement des travaux d’une ampleur
              exceptionnelle : construction et agrandissement d’usines, de centrales électriques et de mines,
              organisation de sovkhoz et de stations de machines et de tracteurs, installation de moyens de transport
              et de communication, construction d’habitations, d’écoles, d’hôpitaux, d’établissements pour enfants.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les investissements effectués par l’État soviétique au titre des fonds fixes de l’économie nationale se sont élevés
              (aux prix actuels) à 68 milliards de roubles en 1929-1932, à 158 milliards en 1933-1937, à plus de 900 milliards
              en 1946-1954. La majeure partie en est destinée au développement de l’industrie socialiste. Ce sont ces
              investissements qui ont permis de construire et de mettre en service plus de 1 500 grandes entreprises
              industrielles durant le premier quinquennat, 4 500 pendant le deuxième quinquennat, environ 3 000 au cours des
              trois années et demie du troisième quinquennat ; de relever et de bâtir, de 1946 à 1954 plus de 8 000 entreprises
              industrielles d’État, sans compter les entreprises agricoles et des milliers d’établissements culturels et sociaux.</p>
              <p rend="alinéa">L’accumulation socialiste repose sur l’élévation constante de la productivité du travail social, sur
              l’abaissement méthodique du prix de revient de la production.</p>
              <p rend="alinéa">La planification de l’économie socialiste, l’absence de crises, le niveau élevé des investissements au
              titre des fonds fixes dans l’économie nationale, l’utilisation méthodique et rationnelle des moyens de
              production et de la main-d’œuvre dans la production sociale, l’absence de consommation parasite
              déterminent des <emph>rythmes rapides</emph> d’accumulation, comme le capitalisme n’en a jamais connu, même
              aux périodes les plus favorables de son développement.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Aux États-Unis, la part du revenu national accumulée
              a été en moyenne d’environ 10 % de 1919 à 1928, et de 2 % seulement
              de 1929 à 1938. En U.R.S.S., le fonds d’accumulation (réserves comprises)
              constitue un quart environ du revenu national.</p>
              <p rend="alinéa">Le socialisme a fait disparaître l’antagonisme entre la production et la consommation, caractéristique
              du capitalisme. La reproduction socialiste élargie, basée sur le développement prioritaire de la
              production des moyens de production, suppose en même temps l’augmentation constante de la
              production des biens de consommation.</p>
              <p rend="alinéa">La société socialiste ignore également la division (propre au capitalisme et résultant de l’existence de
              classes antagonistes) des biens de consommation en moyens de consommation nécessaires des masses
              travailleuses et en objets de luxe consommés exclusivement par les classes exploiteuses. En régime
              socialiste, le fonds de consommation est tout entier à la disposition des masses laborieuses.</p>
              <p rend="alinéa">À mesure que la production se développe, que le revenu national s’accroît, ainsi que le volume de
              l’accumulation socialiste, les fonds de consommation courante augmentent également, et les besoins
              sociaux et personnels des travailleurs sont de mieux en mieux satisfaits.</p>
              <p rend="alinéa smaller">L’accroissement de la consommation courante va de pair avec une amélioration de sa structure : la part des
              marchandises et des produits de haute qualité ne cesse d’augmenter. De 1947 à 1954, la vente à la population a
              augmenté de plus de 7 fois pour le pain blanc, de plus de 2,5 fois pour la viande et les produits dérivés, de plus
              de 2 fois pour le beurre et l’huile, de presque 6 fois pour le sucre, de plus de 3,5 pour les fruits. Les articles
              industriels formaient en 1940 36,9 % des marchandises circulant dans le pays, et 45,2 % en 1954.</p>
              <p rend="alinéa">C’est donc que le socialisme a une loi économique de l’accumulation, une loi qui lui est propre. La <emph>loi
              de l’accumulation socialiste</emph> détermine le progrès ininterrompu de la richesse nationale du fait qu’une
              partie du revenu net est toujours consacrée à développer la production pour satisfaire les besoins
              croissants de toute la société.
              Contrairement à la loi générale de l’accumulation capitaliste, en vertu de laquelle l’augmentation de la
              richesse des classes exploiteuses s’accompagne inévitablement de la paupérisation des masses
              laborieuses, la loi de l’accumulation socialiste fait que l’accroissement de la richesse nationale entraîne
              une élévation constante du niveau d’existence matérielle et culturelle de la population.</p>
              <p rend="alinéa">L’État soviétique établit dans ses plans, pour chaque période, des proportions déterminées entre le
              fonds d’accumulation et le fonds de consommation en fonction des tâches fondamentales de la
              construction du communisme. En prenant d’importantes mesurer pour assurer un vigoureux essor de
              l’agriculture et le développement de l’industrie produisant des biens de consommation, le Parti
              communiste et le gouvernement soviétique assurent l’accroissement du fonds de consommation
              courante.</p>
              <p rend="alinéa">La balance de l’économie nationale de l’U.R.S.S. englobe tous les éléments de la reproduction
              socialiste élargie : production, répartition, circulation et consommation — dans leur unité et leur
              conditionnement réciproque. Concrétisée par le plan de l’économie nationale, elle traduit l’ensemble du
              processus et les résultats de la reproduction socialiste élargie.</p>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste a cessé de jouer la loi de population capitaliste, en vertu de laquelle une partie
              toujours croissante de la population ouvrière devient superflue, est rejetée hors de la production et va
              grossir l’armée des chômeurs à mesure que s’accroît la richesse sociale. Le socialisme assure le plein
              emploi de toute la population apte au travail. Il n’y a donc pas et il ne peut y avoir surpopulation en
              régime socialiste.
              Un accroissement ininterrompu et rapide de la population, un niveau de bien-être matériel élevé, un
              taux faible de morbidité et de mortalité, l’utilisation complète et rationnelle de toute la population
              capable de travailler caractérisent essentiellement la <emph>loi de population socialiste</emph>.</p>
              <p rend="alinéa smaller">De 1926 à 1939, l’accroissement net moyen de la population a été en U.R.S.S. d’environ 2 millions de personnes
              par an, soit de 1,23 %, contre 0,08 % en France, 0,62 % en Allemagne, 0,36 % en Angleterre, 0,67 % aux États-Unis.
              Au cours de ces dernières années, l’accroissement net annuel de la population soviétique est de plus de 3
              millions de personnes. En 1954, la mortalité avait diminué en U.R.S.S. de plus de moitié par rapport à 1927, et
              de plus des deux tiers par rapport à 1913. Elle est moins élevée qu’aux États-Unis, en Angleterre et en France.</p>
              <p rend="alinéa">La reproduction socialiste est donc caractérisée par une extension méthodique et constante de
              l’ensemble de la production sociale à des rythmes rapides qui seraient impossibles en régime
              capitaliste ; par une augmentation rapide et ininterrompue de l’ensemble de la population, y compris la
              classe ouvrière et les intellectuels ; par l’élévation incessante du bien-être matériel et du niveau culturel
              des masses populaires.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume" n="39" xml:id="chap39resume">
              <head>Résumé du chapitre 39</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
              <item><p rend="alinéa">La reproduction socialiste est une reproduction sans cesse élargie du produit social total, de la
              force de travail et des rapports de production socialistes. Les avantages de l’économie socialiste, son
              développement harmonieux et sans crises, déterminent son progrès ininterrompu et les rythmes
              rapides de la reproduction socialiste élargie.</p></item>
              <item><p rend="alinéa">La richesse nationale comprend tous les biens matériels qui sont à la disposition de la société
              socialiste. Elle se compose des fonds de production (fixes et circulants) de l’économie nationale, des
              fonds de roulement, des réserves matérielles de l’État, des coopératives et des kolkhoz, des réserves
              des assurances, des fonds non productifs, des biens personnels de la population.</p></item>
              <item><p rend="alinéa">En régime socialiste, le produit social revêt deux formes : une forme naturelle, matérielle, et une
              forme valeur. La production du produit social, en régime socialiste, se divise en production des
              moyens de production (section I) et production des biens de consommation (section II). Sous sa forme
              valeur, le produit social renferme la valeur des moyens de production consommés, la valeur
              nouvellement créée produite par le travail pour soi et la valeur nouvellement créée produite par le
              travail pour la société. La reproduction socialiste élargie suppose nécessairement une certaine
              corrélation (proportion) entre les différentes parties du produit social sous sa forme naturelle et sous
              sa forme valeur. La reproduction socialiste élargie se réalise sur la base de la loi économique de la
              croissance prioritaire, c’est-à-dire plus rapide, des moyens de production (et d’abord de l’industrie
              lourde) par rapport à la production des biens de consommation.</p></item>
              <item><p rend="alinéa">En régime socialiste, la répartition du produit social assure l’extension ininterrompue de la
              production socialiste à la ville et à la campagne, la satisfaction des besoins matériels et culturels sans
              cesse croissants de la société socialiste, le renforcement de la puissance économique et de la capacité
              de défense du pays.</p></item>
              <item><p rend="alinéa">L’accumulation socialiste est constituée par l’utilisation d’une partie du revenu net de la société,
              composée de moyens de production et de biens de consommation, pour étendre la production,
              constituer les réserves sociales et augmenter les fonds sociaux et culturels non productifs. Le
              socialisme ignore la contradiction antagonique, inhérente au capitalisme, entre la production et la
              consommation. Contrairement à la loi générale de l’accumulation capitaliste, en vertu de laquelle
              l’augmentation de la richesse des classes exploiteuses s’accompagne inévitablement de la
              paupérisation des masses laborieuses, la loi de l’accumulation socialiste fait que l’accroissement de la
              richesse nationale entraîne une élévation constante du niveau d’existence matérielle et culturelle de la
              population.</p></item>
              <item><p rend="alinéa">En régime socialiste, la loi de population capitaliste a cessé de jouer. La loi de population
              socialiste se traduit par une augmentation incessante et rapide de la population, par l’utilisation
              rationnelle et complète, dans l’intérêt de toute la société, de sa partie qui est apte au travail.</p></item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3 type="chapitre" n="40" xml:id="chap40">
            <head>Chapitre 40 — Le passage graduel du socialisme au communisme</head>
            <div4 type="section" n="1" xml:id="chap40sect01">
              <head>40.1. Les deux phases de la société communiste.</head>
              <p rend="alinéa">La société, en se développant, passe à des formes d’organisation de plus en plus élevées : toute
              l’histoire de l’humanité est là pour le confirmer. Le degré le plus élevé, le plus progressiste, du
              développement social est la société communiste, but final de la lutte des travailleurs de tous les pays
              pour leur émancipation.</p>
              <p rend="alinéa">La société communiste passe par deux phases de développement : une phase inférieure, appelée
              socialisme, et une phase supérieure, appelée communisme. Au premier stade de son évolution, la
              société communiste ne peut pas encore être affranchie des pratiques et des survivances du capitalisme,
              dont elle est issue. Seul le développement ultérieur du socialisme sur sa base propre, qu’il a lui-même
              créée, conduit à la seconde phase, la phase supérieure de la société communiste. Le socialisme et le
              communisme représentent donc deux degrés différents de maturité d’une formation nouvelle, la
              formation sociale communiste.</p>
              <p rend="alinéa">Les deux phases du communisme possèdent la même base économique : la propriété sociale des
              moyens de production, qui détermine le développement harmonieux de l’économie nationale. Elles
              sont caractérisées l’une et l’autre par l’absence de classes exploiteuses et l’absence d’exploitation de
              l’homme par l’homme, d’oppression raciale et nationale. Pour le socialisme comme pour le
              communisme, le but de la production est de satisfaire au maximum les besoins matériels et culturels
              sans cesse croissants de l’ensemble de la société, et le moyen d’y parvenir est d’accroître et de
              perfectionner sans cesse la production sur la base d’une technique supérieure.</p>
              <p rend="alinéa">Mais la phase supérieure du communisme n’en présente pas moins des différences essentielles par
              rapport à sa phase inférieure, car elle marque un degré supérieur de maturité économique et culturelle
              de la société communiste.</p>
              <p rend="alinéa">Avec le socialisme, les forces productives ont déjà atteint un niveau élevé : la production socialiste se
              développe régulièrement à des rythmes rapides ; la productivité du travail social croît également. Mais
              les forces productives de la société et la productivité du travail des producteurs sont encore
              insuffisantes pour créer l’abondance des biens matériels. Le communisme suppose un niveau de
              développement des forces productives de la société et de la productivité du travail social capable
              d’assurer cette abondance.</p>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste coexistent deux formes de propriété collective, socialiste : la propriété d’État et la
              propriété coopérative-kolkhozienne ; en régime communiste, la propriété communiste unique des
              moyens de production règne sans partage.</p>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, en raison de l’existence de deux formes principales de production socialiste : la
              production d’État et la production kolkhozienne, la production et la circulation marchandes continuent
              d’exister ; en régime communiste, où régnera la propriété communiste unique, une forme unique de
              production communiste, il n’y aura plus ni production marchande, ni circulation marchande ; la
              monnaie ne sera donc plus nécessaire.</p>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, l’opposition a disparu entre la ville et là campagne, entre le travail intellectuel et
              le travail manuel ; mais il subsiste entre eux des différences essentielles. Avec le communisme, il n’y
              aura plus de différences essentielles entre la ville et la campagne, entre le travail intellectuel et le
              travail manuel ; il ne subsistera entre eux que des différences non essentielles.</p>
              <p rend="alinéa">La société socialiste comprend deux classes : la classe ouvrière et la paysannerie kolkhozienne, classes
              amies, mais qui se différencient par leur situation dans la production sociale ; il existe à côté d’elles une
              autre couche sociale, celle des intellectuels socialistes. Lorsque la différence entre les deux formes de
              propriété socialiste, ainsi que les différences essentielles entre la ville et la campagne, entre le travail
              manuel et le travail intellectuel auront disparu, les démarcations s’effaceront définitivement entre
              ouvriers, paysans et intellectuels ; tous deviendront des travailleurs de la société communiste. Le
              communisme est une société sans classes.</p>
              <p rend="alinéa">En régime socialiste, le travail, affranchi de toute exploitation, est équipé d’une technique moderne et
              est une question d’honneur. Mais la production n’est pas encore entièrement mécanisée, le travail n’est
              pas encore devenu le premier besoin vital de tous les hommes, certains membres de la société se
              montrent encore négligents dans le travail, et la nécessité subsiste d’un contrôle très strict, par la
              société, de la façon dont s’opère la mesure du travail et de la rémunération. En régime communiste, la
              production sera entièrement mécanisée et automatisée, et le travail cessera d’être seulement un moyen
              de subvenir à l’existence pour devenir aux yeux de toute la société le premier besoin vital.</p>
              <p rend="alinéa">Le communisme assure à tous les membres de la société l’épanouissement de leurs facultés physiques
              et intellectuelles. Tous seront des hommes cultivés, d’une instruction générale étendue dans tous les domaines, et
              pourront se choisir librement une profession. Le communisme suppose un développement encore sans
              précédent de la science, des arts et de la culture.</p>
              <p rend="alinéa">Un niveau élevé de développement des forces productives et de la productivité du travail social
              procurera l’abondance de tous les biens matériels et culturels ; c’est alors que l’on pourra passer du
              principe socialiste de répartition au principe communiste :</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Dans une phase supérieure de la société communiste, écrivait Marx, quand auront disparu
                  l’asservissante subordination des individus à la division du travail et, avec elle, l’opposition entre le
                  travail intellectuel et le travail manuel ; quand le travail ne sera pas seulement un moyen de vivre,
                  mais deviendra lui-même le premier besoin vital ; quand, avec le développement multiple des
                  individus, les forces productives se seront accrues elles aussi, et que toutes les sources de la
                  richesse collective jailliront avec abondance, alors seulement… la société pourra écrire sur ses
                  drapeaux : « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ».</p>
                </quote>
                <bibl>
                  K. Marx et F. Engels,
                  <title>Critique des programmes de Gotha et d’Erfurt</title>,
                  p. 25, Éditions sociales, Paris, 1950.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Telles sont les principales différences entre le socialisme
              et le communisme.</p>
              <p rend="alinéa">Développant et enrichissant la théorie marxiste du communisme,
              Lénine a formulé les principes fondamentaux concernant les voies
              à suivre pour bâtir la société communiste. Justifiant le programme
              du Parti communiste, il déclarait :</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">D’autre part, au moment où nous nous engageons dans la voie
                    des transformations socialistes, nous définir clairement l’objectif
                    vers lequel elles tendent en fin de compte, à savoir la création d’une
                    société communiste, qui ne se borne pas à l’expropriation des fabriques,
                    des usines, du sol et des moyens de production, qui ne se limite pas
                    à un inventaire et à un contrôle rigoureux de la production et de la
                    répartition des produits, mais qui va plus loin, vers la réalisation
                    du principe : de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « Rapport sur la révision du programme et le changement de dénomination du Parti au
                    7<sup class="ordinal">e</sup> Congrès du P.C.(b)R. »,
                    <title>Œuvres</title>, t. 27, p. 126.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">L’Union soviétique a tout ce qui est nécessaire pour édifier intégralement le
              communisme. Elle dispose de ressources matérielles et de richesses naturelles
              prodigieuses, d’une puissante industrie et d’une grande agriculture hautement mécanisée.
              L’activité créatrice des masses, qui se traduit par l’émulation socialiste généralisée,
              accélère puissamment le développement de l’économie soviétique dans la voie du
              communisme. Le peuple soviétique va au communisme sous la direction du Parti communiste,
              armé de la théorie marxiste-léniniste de la connaissance des lois économiques du
              socialisme, d’un programme scientifiquement fondé d’édification de la société
              communiste.</p>
              <p rend="alinéa">Les conditions internationales de la construction du communisme en U.R.S.S. se sont profondément
              modifiées après la deuxième guerre mondiale. Alors que l’Union soviétique était auparavant le seul
              pays socialiste, il existe aujourd’hui un puissant camp du socialisme qui compte des centaines de
              millions d’hommes.
              Le rapport des forces, dans l’arène mondiale, est à présent tout autre, et il s’est créé une situation
              entièrement nouvelle pour l’édification du socialisme et du communisme. Les pays de démocratie
              populaire, en Europe et en Asie, jettent les fondements du socialisme, première phase de la société
              communiste. Le renforcement ininterrompu de la puissance du camp socialiste, une coopération
              économique, politique et culturelle toujours plus étroite des peuples qui en font partie, sont la
              condition déterminante de la victoire du socialisme et du communisme dans tous ces pays.</p>
              <p rend="alinéa">Mais, à côté du camp socialiste, il existe un camp impérialiste, qui lui est hostile. Et tant que ce camp
              continue d’exister, le danger subsiste d’une agression militaire contre l’Union soviétique et les pays de
              démocratie populaire de la part des puissances impérialistes agressives.</p>
              <p rend="alinéa">Le marxisme-léninisme enseigne qu’à la phase supérieure du communisme, quand les classes et les
              différences de classes auront disparu, l’État deviendra inutile et dépérira. Encore faudra-t-il compter
              avec la situation internationale. L’État subsistera-t-il à l’époque du communisme ? À cette question,
              Staline a donné la réponse suivante :</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Oui, il subsistera si l’encerclement capitaliste n’est pas liquidé, si le danger d’agressions militaires
                  du dehors n’est pas écarté. Et l’on conçoit que les formes de notre État seront de nouveau modifiées
                  en conformité des changements qui pourront survenir dans la situation intérieure et extérieure.
                  Non, il ne subsistera pas, il disparaîtra, si l’encerclement capitaliste est liquidé, s’il est remplacé par
                  l’encerclement socialiste.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  J. Staline,
                  « Rapport d’activité du Comité central au 18<hi rend="ordinal">e</hi> Congrès
                  du P.C. (b) de l’U.R.S.S. »,
                  <title>Les Questions du léninisme</title>, t. 2, p. 305.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">L’État socialiste est nécessaire tant que subsistera le danger d’une agression des États impérialistes
              contre l’U.R.S.S. et les autres pays du camp socialiste. Aussi l’Union soviétique et les autres pays du
              camp du socialisme, qui mènent une politique de paix conséquente, doivent-ils en même temps se tenir
              prêts à repousser toute agression du dehors. Il faut pour cela renforcer au maximum l’État socialiste,
              accroître la puissance économique du pays, assurer sa capacité de défense.</p>
              <p rend="alinéa">Il ne faut pas s’imaginer
              que le passage au communisme peut se faire du jour au lendemain. Il s’accomplit graduellement, par le
              développement harmonieux des assises et des principes du socialisme. Achever l’édification de la
              société socialiste, c’est réaliser en même temps le passage graduel du socialisme au communisme.</p>
              <p rend="alinéa">Le passage graduel du socialisme au communisme n’exclut pas des bonds révolutionnaires dans le
              développement de la technique, de l’économie, de la science et de la culture. Ainsi, la découverte de
              nouvelles sources d’énergie et de nouvelles matières premières, l’application de nouvelles inventions
              techniques entraînent une véritable révolution technique. Le passage des deux formes de la propriété
              sociale à la propriété communiste unique des moyens de production, le passage du principe socialiste
              de la répartition selon le travail au principe communiste de la répartition selon les besoins marqueront
              de profonds changements qualitatifs dans l’économie et dans toute la vie de la société.</p>
              <p rend="alinéa">La loi selon laquelle le passage d’un ancien état qualitatif de la société à un nouveau se fait par
              explosion, loi qui est obligatoire pour une société divisée en classes hostiles, ne l’est nullement pour
              une société qui, telle la société socialiste, ne comporte pas de classes hostiles. Les conditions
              matérielles et culturelles du communisme apparaissent à mesure que se développent les forces
              productives de la société socialiste, que sa richesse et sa culture augmentent, que la propriété sociale
              des moyens de production s’affermit et s’étend, que progresse l’éducation des masses dans l’esprit du
              communisme.</p>
              <p rend="alinéa">Cela ne signifie pas que le développement de la société vers le communisme se
              produise sans qu’il y ait à surmonter des contradictions internes. Mais ces contradictions, ainsi qu’il a
              été dit, n’ont pas un caractère antagonique. Le Parti communiste et l’État soviétique sont en mesure, en
              apprenant à connaître les lois économiques du développement de la société et en s’appuyant sur elles,
              de déceler en temps utile les contradictions naissantes et de prendre les mesures nécessaires pour les
              éliminer.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="2" xml:id="chap40sect02">
              <head>40.2. La tâche économique fondamentale de l’U.R.S.S.</head>
              <p rend="alinéa">L’Union soviétique est une grande puissance industrielle. Par les rythmes du développement de son
              industrie, elle devance tous les pays capitalistes. Par le volume global de sa production industrielle, par
              la production de fonte et d’acier, l’extraction de charbon, la production d’énergie électrique, branches
              décisives de l’économie nationale, l’U.R.S.S. a dépassé tous les pays capitalistes, sauf les États-Unis, et
              occupe la deuxième place dans le monde.</p>
              <p rend="alinéa">Pourtant, la tâche fixée par Lénine — rattraper et dépasser au point de vue économique les pays
              capitalistes les plus développés — n’est pas encore réalisée. La puissance économique d’un pays ne se
              mesure pas au volume absolu de la production, mais au volume de production rapporté au chiffre de la
              population, c’est-à-dire calculé par habitant. À cet égard, le volume de la production industrielle, et
              particulièrement de la production de l’industrie lourde, est d’une importance décisive.
              La <emph>tâche économique fondamentale de l’U.R.S.S</emph>. consiste à rattraper et dépasser au point de vue
              économique, c’est-à-dire pour la production (et avant tout la production industrielle) par habitant, les
              pays capitalistes européens les plus développés et les États-Unis.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">C’est à la seule condition de dépasser au point de vue économique les principaux pays capitalistes,
                  que nous pouvons compter que notre pays sera entièrement pourvu d’objets de consommation, que
                  nous aurons abondance de produits et serons à même de passer de la première phase du
                  communisme à sa seconde phase.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  J. Staline,
                  « Rapport d’activité
                  du Comité central au 18<hi rend="ordinal">e</hi> Congrès du P.C. (b) de l’U.R.S.S. »,
                  <title>Les Questions du léninisme</title>, t. 2, p. 278.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">La lutte pour la réalisation de la tâche économique fondamentale de l’U.R.S.S. est d’une importance
              décisive pour l’édification du communisme, pour la victoire du système économique socialiste dans sa
              compétition économique avec le système capitaliste. Dans cette compétition des deux systèmes
              opposés, le système socialiste d’économie bénéficie d’avantages décisifs qui lui permettent de réaliser
              sa tâche économique fondamentale dans des délais historiques très courts.</p>
              <p rend="alinéa">Pour résoudre la tâche
              économique fondamentale, il importe d’assurer le progrès continu de l’ensemble de la production
              sociale, avec développement prioritaire de la production des moyens de production.</p>
              <p rend="alinéa">L’extension continue de la production et son perfectionnement sur la base d’une technique supérieure
              exigent un accroissement considérable du potentiel de production dans toutes les branches de
              l’économie nationale, et avant tout dans l’industrie lourde. Le potentiel de production est accru par la
              construction de grandes entreprises socialistes basées sur les dernières réalisations de la science et de
              la technique, par le réaménagement technique des usines existantes, le remplacement de l’équipement
              périmé par un nouvel équipement plus productif, la modernisation de l’équipement vieilli, l’utilisation
              intégrale et rationnelle des machines et des mécanismes.</p>
              <p rend="alinéa">Le progrès technique dans toutes les branches de l’économie nationale de l’U.R.S.S. est assuré par une
              nombreuse armée de cadres d’ingénieurs, de travailleurs scientifiques et d’ouvriers qualifiés, par une
              industrie lourde hautement développée et des constructions mécaniques modernes, par la grande
              agriculture socialiste. Il s’opère dans une coopération croissante avec les pays du camp socialiste et en
              élargissant l’échange d’expérience technique avec les autres pays étrangers.</p>
              <p rend="alinéa">Il ne faut pas oublier que dans les pays capitalistes non plus, la technique ne reste pas dans un état
              stationnaire. Sous l’influence de la course aux armements, de la concurrence, de la poursuite du profit
              maximum par les capitalistes, dans une série de branches de l’économie des pays capitalistes, il se
              produit des changements considérables dans la technique de la production, il y a progrès technique. La
              tâche est donc, en profitant des avantages du système socialiste d’économie, de dépasser les résultats
              de la science et de la technique étrangères. La lutte pour le progrès technique exige qu’il soit mis fin
              résolument à la routine, à la présomption et à l’optimisme béat, et que l’on introduise avec audace dans
              la production tout ce que la science, les novateurs de la production apportent de nouveau et de
              progressiste dans le domaine du perfectionnement de la technique.</p>
              <p rend="alinéa">Une condition décisive, pour réaliser la tâche économique fondamentale
              de l’U.R.S.S., est l’essor continu de la productivité du travail dans toutes
              les branches de l’économie nationale.</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">Le communisme, écrivait Lénine, c’est une productivité supérieure à celle
                    du capitalisme, c’est la productivité d’ouvriers bénévoles, conscients,
                    associés, qui utilisent les moyens techniques modernes.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « La grande initiative »,
                    <title>Œuvres</title>, t. 29, p. 431.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Les rythmes d’accroissement de la productivité du travail sont plus élevés en U.R.S.S. que dans les
              pays capitalistes, ce qui a permis de rattraper dans ce domaine les pays capitalistes avancés d’Europe
              occidentale. Toutefois, l’Union soviétique retarde encore à cet égard sur les États-Unis. Pour remporter
              la victoire dans la compétition économique avec le capitalisme, il faut non seulement rattraper, mais
              encore dépasser, les pays capitalistes avancés pour ce qui est du niveau de la productivité du travail.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="3" xml:id="chap40sect03">
              <head>40.3. La création de la base matérielle de production du communisme.</head>
              <p rend="alinéa">La <emph>base matérielle de production du communisme</emph>, que l’on est en train de créer en U.R.S.S., c’est la
              grande production mécanique à la ville et à la campagne, fondée sur l’électrification de tout le pays,
              sur la mécanisation et l’automatisation combinées, sur les applications généralisées de la chimie dans
              la production, sur une large utilisation de l’énergie atomique dans l’économie nationale.</p>
              <p rend="alinéa">Lénine disait que l’électrification de toute l’économie nationale constituerait la
              base technique de la production industrielle et agricole en régime communiste.
              <reg resp="#dm" cert="high">« <emph>Le communisme, c’est le pouvoir soviétique
              plus l’électrification du pays entier.</emph> » (<bibl>V. Lénine, « Rapport sur
              l’activité du Conseil des commissaires du peuple au 8<hi rend="ordinal">e</hi> Congrès
              des Soviets de Russie, », <title>Œuvres</title>, t. 31, p. 537.</bibl>)</reg>
              Autrement dit l’industrie, les transports et l’agriculture reposeront entièrement
              sur une base technique nouvelle, supérieure, étroitement rattachée à l’électrification.</p>
              <p rend="alinéa">L’électrification de <emph>toute</emph> l’économie nationale est le trait caractéristique de la base matérielle de
              production du communisme. Au cours du passage graduel du socialisme au communisme, les travaux
              d’électrification prennent une ampleur exceptionnelle dont témoigne la construction en U.R.S.S. des
              centrales hydroélectriques les plus grandes du monde.</p>
              <p rend="alinéa">L’économie socialiste planifiée permet d’organiser un <emph>réseau unique à haute tension</emph> reliant entre elles
              les nombreuses centrales électriques des différentes régions économiques, chose impossible dans le
              régime capitaliste où règnent la propriété privée et l’anarchie de la production. L’économie
              électro-énergétique de l’U.R.S.S. entre dans une phase nouvelle de son développement. La mise en service des
              centrales hydroélectriques de Kouïbychev et de Stalingrad, ainsi que des lignes de transport de force
              rattachant ces centrales à Moscou, à l’Oural et au bassin du Donetz, sera un grand pas en avant vers la
              création d’un puissant système énergétique unique sur tout le territoire de la partie européenne de
              l’U.R.S.S. L’interconnexion, c’est-à-dire la réunion, en un réseau unique, de centrales électriques
              fonctionnant séparément, accroît la sécurité d’approvisionnement en courant des différentes régions du
              pays et améliore l’utilisation du potentiel énergétique.</p>
              <p rend="alinéa">L’électrification de l’ensemble de l’économie nationale, condition nécessaire de la création de la base
              matérielle de production du communisme, s’accompagne nécessairement de la <emph>mécanisation combinée
              de</emph> toutes les opérations, de <emph>l’automatisation</emph> de la production, de <emph>l’emploi généralisé des procédés
              chimiques</emph> et de l’application des dernières réalisations de la technique.</p>
              <p rend="alinéa">La réalisation de la mécanisation combinée entraînera le remplacement du travail manuel par le travail
              mécanisé, l’élévation du niveau culturel et technique des travailleurs, l’augmentation de la productivité
              du travail. La mécanisation combinée est le premier pas vers l’automatisation de la production ainsi
              que de la commande des processus technologiques, et en fin de compte vers la création dans chaque
              branche de la production d’un système automatique de machines.</p>
              <p rend="alinéa">L’automatisation générale de la production est le degré supérieur du développement de la grande
              production mécanisée ; elle constitue une particularité caractéristique de la base matérielle de
              production du communisme. Elle conduit au remplacement du travail non qualifié par du travail
              qualifié et crée la base technique qui permettra d’éliminer définitivement les différences essentielles
              entre le travail intellectuel et le travail manuel. Le passage de l’automatisation partielle des processus
              de production à un système automatique de machines assurera une énorme augmentation de la
              productivité du travail.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La création d’entreprises totalement mécanisées, d’entreprises ayant des lignes de machines automatiques,
              d’usines automatiques, est un des succès des constructions mécaniques soviétiques. Les centrales
              hydroélectriques actuellement en service en U.R.S.S. sont entièrement automatisées. Celles qui sont en cours de
              construction ne sont mises en exploitation qu’équipées d’un dispositif de commande automatique. De nombreuses
              centrales électriques sont dirigées à distance, par télécommande. Les entreprises métallurgiques emploient de
              nouvelles machines mécanisées, à commande automatique : laminoirs, laminoirs à tuyaux, bloomings. Dans les
              installations hydrotechniques, les écluses sont commandées automatiquement. Le béton est fabriqué dans des
              usines où tout est entièrement automatique, depuis l’arrivée et la pesée des matériaux bruts jusqu’à la livraison du
              béton terminé.</p>
              <p rend="alinéa smaller">À l’heure actuelle, l’automatisation des différentes opérations du travail n’est qu’une préfiguration
              de la base technique nouvelle du communisme ; mais avec le temps, cette grande conquête de la science et de la
              technique sera intégrée dans toutes les branches de la production.</p>
              <p rend="alinéa">La base matérielle et technique subira de grandes transformations révolutionnaires lorsqu’on emploiera
              largement dans la production <emph>l’énergie atomique</emph>. La découverte de méthodes pour obtenir et utiliser
              l’énergie nucléaire est le sommet de l’étape actuelle de développement de la science et de la technique.
              Elle annonce l’approche d’une nouvelle révolution scientifico-technique et industrielle qui dépassera de
              loin en importance les révolutions industrielles du passé. Les problèmes que pose l’emploi de cette
              nouvelle forme d’énergie à des fins pacifiques ont été résolus dans la pratique en U.R.S.S.
              L’un des principaux moyens d’utiliser le combustible nucléaire consiste à produire de l’énergie
              électrique dans des centrales électriques fonctionnant à l’énergie atomique. Au cours de l’été 1954, la
              première centrale atomique industrielle au monde, d’une puissance utile de 5 000 kW, construite par
              des savants et des ingénieurs soviétiques, a été mise en marche et a fourni du courant à l’industrie et à
              l’agriculture des régions voisines. Les spécialistes soviétiques poursuivent les travaux en vue de créer
              des centrales électriques industrielles fonctionnant à l’énergie atomique d’une puissance de 50 000 à
              100 000 kW.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les centrales électriques fonctionnant à l’énergie atomique peuvent économiser une
              quantité énorme de travail, de combustible, de moyens de transport. L’industrie atomique de l’U.R.S.S.
              livre à la science et à la technique des éléments radioactifs qui trouvent déjà des applications de plus
              en plus nombreuses dans l’industrie, l’agriculture, la médecine. Dans l’industrie, les substances
              radioactives servent à déterminer les propriétés et à déceler les défauts de divers matériaux et sont
              utilisées pour la commande automatique, la prospection de minéraux, etc. La science biologique s’en
              sert pour étudier dans ses aspects les plus divers l’activité vitale des organismes animaux et végétaux,
              pour mettre au point de nouveaux procédés d’accroissement des rendements des cultures et de la
              productivité du bétail. En médecine, les appareils et les médicaments utilisant les éléments radioactifs
              sont employés avec succès pour diagnostiquer et guérir un certain nombre de maladies.</p>
              <p rend="alinéa">L’emploi de l’énergie atomique pour produire des biens matériels, les perfectionnements sans cesse
              apportés à la technique de la propulsion par réaction, à la radiotechnique, à la télémécanique, etc.,
              ouvrent des perspectives sans précédent au progrès de la production et à l’élévation de la productivité
              du travail. Cela ne peut manquer de donner une prodigieuse impulsion au développement économique
              et d’être l’un des facteurs décisifs qui porteront les forces productives au niveau indispensable pour
              passer à la phase supérieure du communisme.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="4" xml:id="chap40sect04">
              <head>40.4. Comment disparaîtra la différence essentielle entre la ville et la campagne.</head>
              <p rend="alinéa">La croissance des forces productives de la société socialiste entraînera nécessairement des
              changements dans les rapports de production. À la phase supérieure du communisme, ceux-ci auront
              pour base une forme unique de propriété collective : la <emph>propriété communiste du peuple tout entier</emph> des
              moyens de production. Pour passer à la propriété communiste unique, il faut renforcer et développer
              au maximum la propriété d’État (du peuple tout entier) et la propriété coopérative-kolkhozienne, et
              élever graduellement la propriété coopérative-kolkhozienne au niveau de la propriété du peuple tout
              entier. C’est sur la base de la propriété communiste unique que disparaîtra la différence essentielle
              entre la ville et la campagne.</p>
              <p rend="alinéa">Au stade du socialisme, la différence essentielle entre la ville et la campagne, entre l’industrie et
              l’agriculture, entre les ouvriers et la paysannerie kolkhozienne, est la suivante : l’industrie est propriété
              d’État (du peuple tout entier), alors que dans l’agriculture existe la propriété kolkhozienne, propriété de
              groupe. L’industrie est beaucoup plus électrifiée, mécanisée, automatisée, les applications de la chimie
              y sont plus nombreuses. Malgré la révolution culturelle qui s’est produite à la campagne, le niveau
              culturel et technique de l’ensemble de la population rurale n’a pas encore atteint celui de la population
              urbaine.</p>
              <p rend="alinéa">La différence essentielle entre la ville et la campagne disparaît au cours même de l’édification
              du communisme. L’industrie socialiste est le facteur déterminant de la suppression de la différence
              essentielle entre la ville et la campagne, entre l’industrie et l’agriculture. Le développement au
              maximum de la grande industrie permettra seul de réaliser intégralement la mécanisation combinée de
              toutes les branches de l’agriculture.</p>
              <p rend="alinéa">L’industrie socialiste s’acquitte de son rôle de transformatrice de l’agriculture avant tout par
              l’intermédiaire des stations de machines et de tracteurs qui jouent le rôle capital dans le développement
              de la production kolkhozienne. Les S.M.T., importants centres industriels de l’agriculture socialiste et
              promotrices des meilleures méthodes de culture, desservent dans une mesure toujours plus grande et
              plus efficace la production kolkhozienne grâce à un matériel ultra-moderne et à des cadres permanents
              d’ingénieurs et de techniciens qualifiés. Par l’intermédiaire des S.M.T., l’État socialiste dirige le
              développement des kolkhoz dans la voie du passage graduel du socialisme au communisme.
              L’importance des sovkhoz, prototypes de l’agriculture la plus grande et la plus mécanisée, s’affirme
              toujours davantage. C’est ainsi que la propriété d’État, du peuple tout entier, joue un rôle croissant dans
              l’essor continu de toute l’agriculture socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">L’électrification contribue puissamment à rapprocher la campagne de la ville. Les nouvelles et
              puissantes centrales hydroélectriques fourniront de prodigieuses quantités d’électricité à l’industrie,
              mais aussi à l’agriculture. Ce sont surtout elles qui permettront d’électrifier cette dernière.
              Parallèlement, la construction de petites centrales kolkhoziennes se poursuit sur une grande échelle.
              Les stations de <emph>machines et de tracteurs électriques</emph>, qui emploient des tracteurs et des
              moissonneuses-batteuses électriques et qui permettent d’utiliser largement l’énergie électrique dans l’élevage, seront
              autant de points d’appui de l’électrification combinée de l’agriculture. Ces stations constituent de
              nouvelles bases énergétiques de l’agriculture, mais aussi des foyers culturels.</p>
              <p rend="alinéa">L’artel agricole est, pour les kolkhoz, la forme fondamentale durant la période du passage graduel du
              socialisme au communisme. Associant l’exploitation collective, force principale du kolkhoz, à
              l’exploitation auxiliaire individuelle des kolkhoziens, il répond le mieux, en régime socialiste, aux
              intérêts de l’État, des kolkhoz et des kolkhoziens. Il comporte des réserves prodigieuses, qui sont
              encore loin d’avoir été complètement utilisées, d’élévation de productivité du travail et d’augmentation
              de la richesse des kolkhoz. S’aidant de l’équipement technique perfectionné des S.M.T., les kolkhoz
              développent leur exploitation collective, appelée à assurer l’abondance des produits agricoles.</p>
              <p rend="alinéa">À mesure que se renforce et se développe l’exploitation collective des kolkhoz, les problèmes relatifs à
              l’organisation des services sociaux et culturels et à la construction d’habitations reçoivent
              progressivement leur solution. L’exploitation collective des kolkhoz sera de plus en plus capable de
              contenter les multiples besoins personnels des kolkhoziens. Elle pourra, une fois réalisée l’abondance
              des produits agricoles, satisfaire les besoins et de l’État, et des kolkhoz, et des kolkhoziens. Ces
              derniers n’auront plus intérêt à posséder en propre des vaches et de petit bétail, à cultiver des pommes
              de terre et des légumes sur le terrain attenant à leur habitation. Alors disparaîtra la nécessité
              économique d’une exploitation auxiliaire individuelle.</p>
              <p rend="alinéa">Le renforcement et le développement ininterrompus de la base matérielle et technique de la production
              kolkhozienne créeront peu à peu les conditions d’une transformation de l’artel agricole en une
              <emph>commune agricole</emph> hautement développée, forme supérieure du mouvement kolkhozien.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">L’artel développé et aisé donnera naissance à la commune future. La commune agricole de demain
                  naîtra lorsque les champs et les fermes de l’artel regorgeront de céréales, de bétail, de volailles, de
                  légumes et de produits de toutes sortes ; lorsque l’artel ouvrira des lavoirs mécaniques, des cuisines
                  et des réfectoires modernes, des usines de panification, etc. ; lorsque le kolkhozien verra qu’il lui
                  est plus avantageux de prendre la viande et le lait à la ferme du kolkhoz que d’élever sa vache et
                  son petit bétail ; lorsque la kolkhozienne verra qu’il est plus avantageux de prendre ses repas au
                  réfectoire, de prendre son pain à l’usine de panification et de faire laver son linge au lavoir public
                  que de s’occuper de ces choses elle-même. La commune de demain naîtra sur la base d’une
                  technique et d’un artel plus développés, à la faveur de l’abondance des produits.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  J. Staline,
                  « Rapport au 17<hi rend="ordinal">e</hi> Congrès du P.C. (b) de l’U.R.S.S. »,
                  <title>Les Questions du léninisme</title>, t. 2, p. 177.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">La transformation de l’artel en commune se produira à mesure que seront créées les conditions
              matérielles indispensables et que les kolkhoziens se convaincront par eux-mêmes de la nécessité du
              passage à la commune.</p>
              <p rend="alinéa">La suppression de la différence essentielle entre la ville et la campagne ne signifie nullement une
              diminution du rôle des grandes villes. La répartition méthodique de l’industrie dans l’ensemble du
              pays, le rapprochement des entreprises industrielles des sources de matières premières entraînent
              l’apparition de villes nouvelles. Les villes, foyers du développement maximum de la culture matérielle
              et spirituelle, centres de la grande industrie, contribueront à égaliser les conditions d’existence à la
              ville et à la campagne. Le rôle progressiste de la ville socialiste, incarnation et promotrice des
              conquêtes les plus récentes de la science et de la culture d’avant-garde, s’affirme de plus en plus. La
              physionomie des vieilles cités se modifie profondément. En régime socialiste, le réaménagement des
              villes a pour but de remédier au surpeuplement et d’améliorer les conditions sanitaires par des
              plantations de verdure et l’application des dernières réalisations en matière d’urbanisme.</p>
              <p rend="alinéa">Les <emph>moyens de transport</emph> sont appelés à jouer un rôle considérable dans la suppression de la différence
              essentielle entre la ville et la campagne. Ils relient en un tout les centres industriels et les régions
              agricoles. Le développement des transports ferroviaires, automobiles, par eau et aériens, le transport de l’énergie
              électrique à grande distance, le perfectionnement et l’usage de plus en plus répandu de la radio et de la
              télévision, constituent d’importants facteurs de rapprochement économique et culturel entre la ville et
              la campagne. Ils permettent à la population des campagnes de bénéficier de tous les bienfaits de la
              culture à l’égal de la population des villes.</p>
              <p rend="alinéa">Tant qu’il existe dans l’économie nationale deux principaux secteurs de production : celui de l’État et
              celui des kolkhoz, subsistent forcément la production et la circulation marchandes, que l’État socialiste
              utilise avec succès pour bâtir le communisme. Ce n’est que sur la base de la propriété communiste
              unique que la production marchande et les catégories économiques qui y sont attachées finiront par
              disparaître.</p>
              <p rend="alinéa">À la phase supérieure du communisme, en même temps que la production marchande
              disparaîtront la valeur et ses différentes formes, de même que la loi de la valeur. La quantité de travail
              dépensé pour créer des produits sera mesurée non par une voie détournée : par l’intermédiaire de la
              valeur et de ses différentes formes, comme sous le régime de la production marchande, mais
              directement par le temps de travail dépensé pour créer ces produits.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Le temps de travail <emph>reste toujours</emph>, même quand la valeur d’échange a disparu, l’essence créatrice
                  de la richesse et la mesure des <emph>frais</emph> nécessités par sa production.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  K. Marx,
                  <title>Les Théories de la plus-value</title>, t. 2I, p. 198, (éd. russe).
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Dans la période correspondant à l’achèvement de l’édification de la société socialiste et au passage
              graduel du socialisme au communisme, l’alliance fraternelle des ouvriers et des paysans se renforce de
              plus en plus. Ces deux classes ont les mêmes intérêts fondamentaux et un but unique : l’édification du
              communisme. La consolidation de la propriété communiste des moyens de production est la base de la
              disparition définitive de la ligne de démarcation entre la classe ouvrière et la paysannerie
              kolkhozienne.</p>
              <p rend="alinéa">Après la disparition, en régime communiste, de la différence essentielle entre la ville et la campagne, il
              subsistera entre elles des <emph>différences non essentielles</emph> résultant des particularités de l’industrie et de
              l’agriculture, tels le caractère saisonnier des travaux agricoles, lié au processus naturel de croissance et
              de maturation des plantes, le temps d’emploi limité de certaines machines agricoles, etc.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="5" xml:id="chap40sect05">
              <head>40.5. Comment disparaîtra la différence essentielle
              entre le travail intellectuel et le travail manuel.</head>
              <p rend="alinéa">Pour passer au communisme, la société doit atteindre un niveau de culture qui assure à chacun le
              développement complet et harmonieux de ses facultés physiques et mentales.</p>
              <p rend="alinéa">L’opposition entre le travail manuel et le travail intellectuel ayant disparu, le problème posé au cours
              de l’édification du communisme, est de supprimer la différence essentielle qui continue d’exister entre
              eux en régime socialiste. La <emph>différence essentielle</emph> entre le travail manuel et le travail intellectuel réside
              dans le fait que, par leur niveau culturel et technique, la plupart des ouvriers restent encore au-dessous
              des ingénieurs et des techniciens, et la plupart des kolkhoziens au-dessous des agronomes.</p>
              <p rend="alinéa">Or, le perfectionnement constant de la technique, dans l’industrie et l’agriculture : électrification,
              mécanisation combinée, applications multiples de la chimie, etc., requiert de plus en plus des
              travailleurs un niveau élevé de connaissances générales aussi bien que spéciales (du niveau des
              ingénieurs et des techniciens et des agronomes), faute de quoi il est impossible d’atteindre le niveau de
              la productivité du travail social qui est indispensable pour passer au communisme. De là découle la
              nécessité objective d’un progrès culturel rapide de la société, de la suppression de la différence
              essentielle entre le travail manuel et le travail intellectuel.</p>
              <p rend="alinéa">Pour supprimer cette différence essentielle,
              il faut élever le niveau culturel et technique des ouvriers jusqu’à celui des ingénieurs et des
              techniciens, et le niveau culturel et technique des kolkhoziens jusqu’à celui des agronomes.</p>
              <p rend="alinéa">L’émulation socialiste, à laquelle participe la très grande majorité de la classe ouvrière et de la
              paysannerie kolkhozienne, contribue très efficacement à faire disparaître la différence essentielle entre
              le travail manuel et le travail intellectuel. Un nombre toujours croissant d’ouvriers s’assimilent à la
              perfection la technique et la technologie modernes de la production ; le nombre des rationalisateurs et
              des inventeurs augmente. Des couches étendues d’ouvriers s’élèvent graduellement au niveau des
              ingénieurs et des techniciens.</p>
              <p rend="alinéa">Définissant le mouvement stakhanoviste comme une nouvelle étape de l’émulation socialiste, Staline
              signalait, dès 1935, qu’il contenait en germe le futur essor culturel et technique de la classe ouvrière,
              qu’il ouvrait la voie</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  qui seule nous permettra d’atteindre les indices plus élevés de la productivité du travail, indices
                  nécessaires pour passer du socialisme au communisme.
                </quote>
                <bibl>
                  J. Staline,
                  « Discours prononcé à la première conférence des stakhanovistes de l’U.R.S.S. »,
                  <title>Les Questions du léninisme</title>, t. 2, p. 201.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Quand les ouvriers se seront élevés au niveau culturel et technique des ingénieurs et des techniciens, et
              les kolkhoziens au niveau des agronomes, un nouvel essor de la productivité du travail, sans précédent
              dans l’histoire, sera réalisé, qui assurera l’abondance de tous les biens matériels.</p>
              <p rend="alinéa">À mesure que la
              productivité du travail social augmentera, seront créées les conditions économiques d’une réduction
              graduelle de la journée de travail. À son tour, ceci permettra aux membres de la société de consacrer
              beaucoup plus de temps et d’efforts à acquérir des connaissances et à cultiver leur esprit, à développer
              harmonieusement toutes leurs aptitudes physiques et intellectuelles.</p>
              <p rend="alinéa">Pour que disparaisse la différence essentielle entre le travail manuel et le travail intellectuel, il faut
              rendre général et obligatoire l’enseignement polytechnique qui, a dit Lénine, familiarisera
              théoriquement et pratiquement les élèves avec les principales branches de production. En élargissant
              l’horizon des travailleurs, en leur faisant connaître les bases sur lesquelles repose la grande production
              moderne, l’enseignement polytechnique leur permettra de se choisir librement une profession.</p>
              <p rend="alinéa">Pour élever le niveau culturel de tous les membres de la société, il faudra développer l’instruction
              polytechnique générale et obligatoire, l’enseignement technique secondaire et l’enseignement
              supérieur, l’enseignement par correspondance, créer un vaste réseau de différents cours et former, sur
              les lieux mêmes du travail, des cadres pour les professions courantes.</p>
              <p rend="alinéa">Le relèvement du niveau de
              connaissances et de culture des ouvriers et des paysans jusqu’à celui des ingénieurs, des techniciens et
              des agronomes fera disparaître les différences qui existent entre les ouvriers et les paysans, d’une part,
              et les intellectuels, d’autre part.</p>
              <p rend="alinéa">La société socialiste a remporté d’importants succès en ce qui concerne
              l’élévation du bien-être de la population. Mais pour assurer dans tous les domaines le progrès culturel
              qui seul permettra de passer au communisme, il faudra améliorer radicalement les conditions de
              logement, élever sensiblement le salaire réel des ouvriers et des employés, ainsi que les revenus réels
              des kolkhoziens. Cela ne peut être réalisé que grâce à une croissance rapide de la production et de la
              productivité du travail.</p>
              <p rend="alinéa">L’essor général des forces productives et de la culture fera disparaître définitivement le travail non
              qualifié et les durs travaux manuels, ainsi que l’ancienne division du travail qui entraînait l’obligation
              d’exercer toute sa vie une même profession.</p>
              <p rend="alinéa">S’il supprime l’ancienne division du travail, le
              communisme ne nie pas pour autant la nécessité de la division du travail. Pour édifier le communisme,
              des spécialistes qualifiés, harmonieusement développés, sont indispensables dans les différents
              domaines de la production, des sciences et de la technique.</p>
              <p rend="alinéa">Les membres de la société communiste posséderont la formation technique nécessaire pour employer
              les moyens techniques perfectionnés et diriger les opérations complexes de la production, et ils
              pourront non seulement produire des biens matériels, mais encore s’adonner aux sciences et aux arts.
              La disparition de la différence essentielle entre le travail intellectuel et le travail manuel ne signifie pas
              que toute différence disparaîtra entre ces formes de travail. Il subsistera certaines distinctions, non
              essentielles il est vrai, liées aux particularités des divers domaines de la production, de la science et de
              la culture.</p>
              <p rend="alinéa">L’éducation communiste, dont le but fondamental est de former un homme nouveau
              pour qui le travail deviendra le premier besoin vital, acquiert dans ces conditions
              une importance énorme. Définissant le travail en régime communiste, Lénine écrivait :</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">Le travail communiste, au sens plus étroit, plus strict du mot,
                    est un travail non rémunéré au profit de la société ; il n’est effectué
                    ni comme une prestation déterminée, ni pour avoir droit à certains produits,
                    ni selon des normes légales fixées d’avance ; c’est un travail librement
                    consenti, en dehors de toute norme et fourni sans attente de rémunération,
                    sans rétribution convenue, le travail conditionné par l’habitude de travailler
                    pour la communauté et par le sentiment conscient (devenu habitude) de la
                    nécessité de travailler au profit de la communauté ; c’est le travail
                    considéré comme le besoin d’un organisme sain.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « De la destruction d’un ordre séculaire à la création de l’ordre nouveau »,
                    <title>Œuvres</title>, t. 30, p. 530.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Le communisme suppose un niveau de conscience élevé chez les membres de la société. Les germes
              d’une attitude nouvelle, communiste, envers le travail et la propriété sociale, dans les rapports entre les
              hommes, existent déjà dans la société socialiste. Avec le temps, appliquer les principes communistes
              deviendra chose toute naturelle et ordinaire pour des hommes ayant atteint un haut degré d’instruction
              et de culture. Mais n’oublions pas que, dans la société socialiste, les survivances du capitalisme sont
              encore loin d’avoir disparu de la conscience des hommes, du fait que la conscience retarde sur l’être, et
              que les forces réactionnaires du monde bourgeois s’attachent par tous les moyens à les entretenir et à
              les ranimer. D’où la nécessité de triompher de ces survivances, d’élever très haut le niveau de culture et
              de conscience communiste des masses populaires. La lutte contre les vestiges de l’ancienne attitude
              envers le travail et la propriété sociale, contre le bureaucratisme, contre les survivances du passé dans
              la vie et la morale, contre les préjugés religieux, a une importance considérable durant toute la période
              du passage du socialisme au communisme. Pour triompher de toutes ces survivances du capitalisme, il
              est indispensable d’effectuer parmi les masses un travail politique et éducatif persévérant et opiniâtre,
              d’éduquer le peuple tout entier dans l’esprit du communisme.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="6" xml:id="chap40sect06">
              <head>40.6. Le passage au principe communiste :
              « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ».</head>
              <p rend="alinéa">Les conditions nécessaires pour passer au principe communiste : « De chacun selon ses capacités, à
              chacun selon ses besoins », se réalisent graduellement, à mesure que la production augmente,
              entraînant l’abondance des objets de consommation ; à mesure que s’instaure la propriété communiste
              unique et que les membres de la société acquièrent le niveau de culture et de conscience qui
              correspond au communisme. Ce principe signifie que, dans la société communiste, chacun travaillera
              selon ses capacités et recevra des biens de consommation selon ses besoins, qui seront ceux d’un
              homme évolué et cultivé.</p>
              <p rend="alinéa">Les conditions du passage à la phase supérieure du communisme sont le fruit de l’utilisation la plus
              complète des lois économiques du socialisme par l’État socialiste. Conformément aux exigences de la
              loi économique fondamentale du socialisme, la production socialiste et le bien-être de la population
              augmentent à des rythmes toujours plus rapides. La loi du développement harmonieux de l’économie
              nationale est de plus en plus utilisée et les méthodes de planification socialistes se perfectionnent. Les
              plans de l’économie nationale, établis pour une longue période, déterminent concrètement la voie à
              suivre pour créer la base matérielle de production du communisme, pour assurer une productivité du
              travail plus élevée qu’en régime capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">Pour assurer une augmentation considérable de la richesse sociale, il importe d’utiliser à fond, dans la
              période du passage du socialisme au communisme, les instruments économiques d’une direction
              planifiée de l’économie nationale qui se rattachent à l’existence de la loi de la valeur, tels que la
              monnaie, le crédit, le commerce, la gestion équilibrée.</p>
              <p rend="alinéa">L’élévation ininterrompue du niveau d’existence matérielle et culturelle des travailleurs est fondée sur
              l’application conséquente de la loi économique de la répartition selon le travail. L’augmentation de la
              productivité du travail va de pair avec la baisse des prix des articles industriels et des denrées
              agricoles. Le salaire réel des ouvriers et des employés et les revenus des kolkhoziens augmentent
              régulièrement. Les travailleurs peuvent se procurer toujours plus de denrées alimentaires, de
              vêtements, d’objets d’usage domestique, etc.</p>
              <p rend="alinéa">La réalisation du programme visant à assurer un vigoureux essor de l’agriculture et à augmenter la
              production des objets de consommation courante, appliqué par le Parti communiste et le gouvernement
              soviétique, joue un rôle capital dans la création des conditions nécessaires pour passer au
              communisme. On s’est assigné en U.R.S.S. la tâche de satisfaire intégralement les besoins de l’homme
              en denrées alimentaires conformément aux exigences de la science.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Il faut faire en sorte, a dit N. Krouchtchev, que la consommation des denrées alimentaires soit
                  basée sur des normes de nourriture scientifiquement établies, qui assurent le développement
                  harmonieux et complet d’un homme bien portant.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  N. Krouchtchev,
                  <title>Des mesures tendant à assurer le développement de l’agriculture en U.R.S.S.</title>,
                  p. 12, Éditions en langues étrangères.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">L’essor considérable de la production des biens matériels fait que le niveau du salaire des ouvriers et
              des employés et celui des revenus des kolkhoziens permettent de satisfaire de mieux en mieux les
              besoins matériels et culturels croissants des travailleurs. À mesure qu’augmentera l’abondance des
              produits seront créées les conditions qui permettront de passer de la répartition selon le travail à la
              répartition selon les besoins. Pendant toute la période du passage graduel du socialisme au
              communisme, une grande importance sera dévolue au développement maximum du commerce, qui
              assure la répartition d’une masse croissante de biens de consommation courante. Les progrès du
              commerce soviétique prépareront l’appareil largement ramifié par lequel s’effectuera, à la phase
              supérieure du communisme, la répartition directe des produits selon les besoins, sans circulation
              marchande ni monétaire.</p>
              <p rend="alinéa">Le communisme assurera la satisfaction intégrale de tous les besoins personnels des membres de la
              société, aussi bien en multipliant les biens de consommation et d’usage domestique destinés à devenir
              propriété personnelle, qu’en pourvoyant dans une mesure toujours accrue aux besoins de la population
              sur le plan collectif (services culturels et sociaux, habitations, maisons de cure, théâtres, etc.)</p>
              <p rend="alinéa">L’Union soviétique, premier pays au monde qui ait construit le socialisme,
              bâtit aujourd’hui l’édifice du communisme. Mettant à profit l’expérience de
              l’Union soviétique, les pays de démocratie populaire édifient le socialisme,
              première phase de la société communiste. Le développement de toute l’humanité
              suivra infailliblement la voie du communisme. Dessinant les perspectives de la
              construction du communisme, Lénine disait que</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    si la Russie se couvre d’un réseau serré de centrales électriques
                    et d’installations techniques puissantes, notre édification économique
                    communiste servira de modèle à la future Europe et à l’Asie socialistes.
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « Rapport sur l’activité du Conseil des commissaires du peuple au
                    8<hi rend="ordinal">e</hi> Congrès des Soviets de Russie »,
                    <title>Œuvres</title>, t. 31, p. 540.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Le grand exemple de l’Union soviétique, qui avance vers la phase supérieure du communisme, et des
              pays de démocratie populaire, qui édifient le socialisme, montre à tous les peuples la voie à suivre
              pour s’affranchir de l’esclavage capitaliste. Chaque pas en avant du peuple soviétique vers le
              communisme confirme avec toujours plus d’éloquence la supériorité du socialisme sur le capitalisme et
              affermit chez les travailleurs de tous les pays la certitude, dictée par l’histoire, de la condamnation
              irrémédiable du capitalisme et du triomphe du communisme.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume" n="40" xml:id="chap40resume">
              <head>Résumé du chapitre 40</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
                <item><p rend="alinéa">Le socialisme et le communisme sont les deux phases de développement de la formation sociale
                communiste. Le communisme est la phase supérieure de cette formation ; il est caractérisé par un
                niveau de développement des forces productives plus élevé que celui du socialisme, par la propriété
                communiste unique, du peuple tout entier, sur les moyens de production, par l’absence de classes et de
                différences de classe, ainsi que de différences essentielles entre la ville et la campagne, entre le travail
                manuel et le travail intellectuel. En régime communiste, le travail sera pour tous les hommes non
                seulement un moyen d’existence, mais aussi le premier besoin vital. Une élévation prodigieuse du
                niveau des forces productives et de la productivité du travail social permettra de réaliser l’abondance
                des objets de consommation et de passer au principe communiste : « De chacun selon ses capacités, à
                chacun selon ses besoins ».</p></item>
                <item><p rend="alinéa">Pour passer au communisme, il est nécessaire que l’U.R.S.S. résolve la tâche économique
                fondamentale de rattraper et de dépasser au point de vue économique, c’est-à-dire pour la production
                par habitant, les pays capitalistes les plus développés. Il faut créer une base matérielle de production
                du communisme capable d’assurer l’abondance des objets de consommation ; de faire disparaître la
                différence essentielle entre la ville et la campagne sur la base de la propriété communiste unique des
                moyens de production, et pour cela il faut accentuer au maximum le rôle de la propriété d’État
                (propriété du peuple entier) des moyens de production dans l’économie nationale et surtout dans
                l’agriculture, et renforcer l’exploitation collective de l’artel agricole ; de réaliser un progrès culturel
                général qui permette de faire disparaître la différence essentielle entre le travail intellectuel et le
                travail manuel, et d’élever le niveau d’instruction et de connaissances techniques de tous les
                travailleurs jusqu’à celui des ingénieurs, des techniciens et des agronomes.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">Le passage graduel du socialisme au communisme, en voie de réalisation en U.R.S.S., est accompli
                par des millions de travailleurs sous la conduite du Parti communiste et de l’État soviétique, dont
                l’activité repose sur la connaissance et l’utilisation des lois objectives du développement économique.
                Il existe déjà en régime socialiste des germes de communisme dans la production, dans l’attitude
                envers le travail et la propriété sociale, dans les rapports entre les hommes. La construction du
                communisme nécessite une lutte énergique contre les survivances du capitalisme dans la conscience
                des hommes. L’éducation communiste des travailleurs est une des conditions nécessaires de la
                liquidation de ces survivances.</p></item>
                <item><p rend="alinéa"> Le renforcement au maximum de la collaboration et de l’amitié fraternelle des pays du camp
                socialiste est la condition déterminante du succès de l’édification du communisme en U.R.S.S. et de
                l’édification du socialisme dans les pays de démocratie populaire. La construction du communisme en
                U.R.S.S. a une immense portée internationale.</p></item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
        </div2>
        <div2 type="subdivision" n="3.2" xml:id="part3subC">
          <head>C. — L’édification du socialisme dans les pays de démocratie populaire</head>
          <div3 type="chapitre" n="41" xml:id="chap41">
            <head>Chapitre 41 — Le régime économique des pays européens de démocratie populaire</head>
            <div4 type="section" n="1" xml:id="chap41sect01">
              <head>41.1. Les conditions préalables à la révolution démocratique populaire.</head>
              <p rend="alinéa">Dans les pays de l’Europe centrale et sud-orientale, la révolution démocratique populaire a été
              préparée par toute la marche de l’évolution du capitalisme et de la lutte de classe de la classe ouvrière
              et des masses laborieuses de ces pays, par toute la marche du mouvement de libération dans le monde
              entier. Dans l’économie de ces pays, à l’exception de l’Albanie, les rapports capitalistes dominaient. La
              Tchécoslovaquie était un pays industriel développé, où prédominait une industrie légère travaillant
              pour l’exportation ; la Pologne et la Hongrie avaient une industrie moyennement développée et
              l’agriculture y jouait un rôle prédominant ; la Roumanie et surtout la Bulgarie étaient des pays agricoles
              à industrie faiblement développée. L’Albanie était un pays à l’économie retardataire avec d’importantes
              survivances du régime patriarcal et du régime de la <emph>gens</emph>.</p>
              <p rend="alinéa">Les pays de l’Europe centrale et sud-orientale ont subi pendant longtemps le joug des puissances
              impérialistes. Les propriétaires fonciers et la grande bourgeoisie au pouvoir dépendaient du capital
              financier étranger dont ils exécutaient la volonté. La classe ouvrière était exploitée à outrance. Dans la
              majorité de ces pays, le capitalisme se développait tandis que se maintenaient d’importantes
              survivances des rapports féodaux et du servage ; les masses paysannes, qui constituaient la majorité de
              la population, souffraient du manque de terre et vivaient dans la misère. D’où les progrès de l’esprit
              révolutionnaire dans la classe ouvrière et la paysannerie.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Avant la révolution, dans la majorité
              des pays d’Europe centrale et sud-orientale, une grande partie des terres
              appartenait à de gros propriétaires, féodaux et capitalistes. En Pologne, les exploitations paysannes de moins de 5
              hectares constituaient environ les deux tiers du nombre total des exploitations et possédaient moins de 15 % des
              terres, alors que les domaines des grands propriétaires fonciers et des capitalistes, d’une superficie de plus de 50
              hectares, constituaient 0,9 % du nombre total des exploitations et détenaient environ la moitié des terres. En
              Hongrie, les exploitations de moins de 5,7 hectares constituaient 84 % du nombre total des exploitations et
              possédaient un cinquième des terres, tandis que celles de plus de 50 hectares, constituant 0,9 % de toutes les
              exploitations, disposaient de près de la moitié du sol. En Roumanie, les exploitations de moins de 5 hectares
              constituaient les 3/4 du nombre total des exploitations et possédaient 28% des terres ; en Tchécoslovaquie, elles en
              constituaient les 70,5 % avec 15,7 % des terres. En Bulgarie, dans l’ensemble, la grande propriété féodale avait
              déjà été liquidée à la suite de la guerre russo-turque de 1877-1878. Avant la révolution du 9 septembre 1944, une
              partie importante de la terre y était concentrée dans de grandes exploitations capitalistes et les masses paysannes
              ne possédaient que peu de terre. Ainsi, les exploitations de moins de 5 hectares constituant les 2/3 de toutes les
              exploitations, possédaient seulement 30 % de la terre.</p>
              <p rend="alinéa smaller">L’industrie des pays de l’Europe centrale et sud-orientale se trouvait sons la coupe des monopoles capitalistes ; de
              plus, toutes les positions-clés étaient aux mains du capital étranger. Dans la Pologne d’avant-guerre, celui-ci
              possédait près des 2/3 des capitaux investis dans l’industrie. En Roumanie, il contrôlait 91,9 % des capitaux
              investis dans l’industrie pétrolière. En 1937, 40 % des capitaux investis dans l’industrie hongroise appartenaient à
              des compagnies étrangères. En Bulgarie, la moitié environ des sommes investies dans la grande industrie et près
              des deux tiers des capitaux des sociétés de transports étaient, à la même date, aux mains de compagnies
              étrangères.</p>
              <p rend="alinéa">Pendant la deuxième guerre mondiale, les pays d’Europe orientale et sud-orientale tombèrent sous le
              joug de l’impérialisme allemand qui les saigna à blanc. Les grands propriétaires fonciers et la
              bourgeoisie monopoliste se firent les agents du fascisme allemand, s’isolant ainsi complètement de la
              nation. Les contradictions sociales et nationales s’aggravèrent à l’extrême. Sous la direction de la classe
              ouvrière, partis communistes et ouvriers en tête, les masses laborieuses ont mené une lutte obstinée
              pour se libérer de l’esclavage fasciste, contre l’envahisseur allemand et les cliques féodalo-capitalistes,
              traîtres au pays. Tout au long de la lutte des travailleurs pour leur libération nationale et sociale,
              l’influence et l’autorité des partis marxistes-léninistes de la classe ouvrière ont immensément grandi.</p>
              <p rend="alinéa">Au cours de sa lutte victorieuse contre l’Allemagne hitlérienne, l’Union soviétique a libéré les peuples
              de l’Europe centrale et sud-orientale du joug fasciste allemand. Les masses populaires de ces pays ont
              renversé le pouvoir des valets hitlériens et ont pu se mettre à organiser leur vie sur des bases
              nouvelles, démocratiques. C’est ainsi qu’a commencé la révolution démocratique populaire.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="2" xml:id="chap41sect02">
              <head>41.2. Le caractère de la révolution démocratique populaire.</head>
              <p rend="alinéa">La classe ouvrière et la paysannerie — le rôle dirigeant appartenant à la classe ouvrière — sont les
              principales forces motrices de la révolution démocratique populaire. Au cours de la lutte contre le
              fascisme, un front national réunissant toutes les forces antifascistes s’est constitué dans les pays
              d’Europe centrale et sud-orientale. À côté de la classe ouvrière et de la paysannerie, la petite
              bourgeoisie des villes et une partie de la moyenne bourgeoisie sont également entrées dans le front
              national.</p>
              <p rend="alinéa">La révolution a mis fin à la domination politique des grands propriétaires fonciers et de la bourgeoisie
              monopoliste. Un pouvoir démocratique populaire a été créé sur la base de l’alliance de la classe
              ouvrière et de la paysannerie. Les bases d’un État de type nouveau, de la république démocratique
              populaire, ont été jetées. À côté des partis communistes et ouvriers, les partis petits-bourgeois et
              bourgeois qui avaient fait partie du front national de lutte contre le fascisme entrèrent au
              gouvernement et dans les organismes de l’État d’une série de pays.</p>
              <p rend="alinéa">La révolution démocratique populaire a été, premièrement, une révolution
              <emph>anti-impérialiste</emph>, puisqu’elle a affranchi les peuples asservis
              au joug impérialiste et leur a donné l’indépendance
              nationale ; elle a été, deuxièmement, une révolution <emph>antiféodale</emph>, puisqu’elle a aboli les survivances de
              la féodalité et du servage dans l’économie et le régime politique.</p>
              <p rend="alinéa">La révolution anti-impérialiste et antiféodale est une révolution bourgeoise démocratique de type
              nouveau, caractéristique de la deuxième étape de la crise générale du capitalisme. Ne se fixant pas
              pour but immédiat de renverser le capitalisme et d’instaurer la dictature du prolétariat, elle se range
              parmi les révolutions bourgeoises démocratiques, mais, par son contenu, elle est plus large et plus
              profonde qu’une révolution bourgeoise démocratique ordinaire, car, premièrement, étant dirigée contre
              le joug impérialiste, toute révolution anti-impérialiste et antiféodale conduit à l’affaiblissement de
              l’ensemble du système impérialiste mondial, elle en ébranle les fondements ; deuxièmement, la victoire
              de la révolution anti-impérialiste et antiféodale crée les conditions les plus favorables à sa
              transformation en révolution socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">La victoire de la révolution anti-impérialiste et antiféodale, dirigée par la classe ouvrière, signifie
              l’instauration de la dictature révolutionnaire et démocratique du prolétariat et de la paysannerie,
              dictature qui fait avancer la révolution en réalisant le passage direct à sa deuxième étape : la révolution
              <emph>socialiste</emph>. Ainsi, là révolution anti-impérialiste et antiféodale et la révolution socialiste sont les
              maillons d’une même chaîne, les deux étapes d’un seul processus révolutionnaire.</p>
              <p rend="alinéa">À sa première étape, la révolution démocratique populaire a principalement accompli les tâches de la
              révolution bourgeoise démocratique ; l’ampleur de ces tâches, l’esprit de suite et les méthodes avec
              lesquelles elles ont été accomplies, étant fonction du développement historique et de la situation
              concrète existant dans chaque pays.</p>
              <p rend="alinéa">Dans tous les pays de démocratie populaire, le régime social et politique a été largement démocratisé.
              La monarchie a été abolie là où elle existait. Dans la majorité des pays, les transformations agraires
              révolutionnaires ont eu une très grande importance. Les terres des grands propriétaires fonciers, avec
              leur cheptel vif et mort, ont été confisquées et, pour la plupart, réparties entre les salariés agricoles et
              les petits paysans dont elles devinrent la propriété privée. Des exploitations agricoles d’État ont été
              organisées sur une partie des terres confisquées.
              Par suite des transformations agraires révolutionnaires, la classe des grands propriétaires fonciers a
              disparu et la situation des paysans travailleurs a été considérablement améliorée. La terre qu’ils ont
              reçue a élevé un grand nombre de salariés agricoles et de paysans pauvres au niveau des paysans
              moyens qui sont devenus la figure centrale de l’agriculture. La proportion des exploitations de paysans
              riches a sensiblement diminué.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En Roumanie, les paysans pauvres et moyens qui, avant la révolution, possédaient moins de la moitié des terres,
              en avaient 80,7 % en 1948. En Hongrie, les exploitations pauvres et moyennes ont reçu environ deux millions
              d’hectares ; elles possédaient en 1947 70,7 % du sol contre 40,4 % avant la révolution. En Pologne, par suite des
              transformations agraires et de la récupération des territoires de l’Ouest, les paysans dépourvus de terre ou en
              ayant peu et les paysans moyens, ont reçu plus de 6 millions d’hectares. En Bulgarie, comme il n’existait pas de
              grande propriété foncière féodale, les tâches antiféodales accomplies par la révolution lors de la réforme agraire
              (liquidation de la propriété foncière des monastères et de l’Eglise, etc.), ont eu moins d’ampleur que dans les
              autres pays de démocratie populaire et la réforme agraire a eu essentiellement le caractère d’une réforme dirigée
              contre les paysans riches.</p>
              <p rend="alinéa">Les transformations agraires révolutionnaires ont été réalisées avec la participation active des masses
              paysannes sous la direction de la classe ouvrière au cours d’une lutte de classe acharnée. Soutenues par
              les impérialistes étrangers, les forces réactionnaires leur ont opposé une résistance farouche et ont
              tenté de les torpiller par tous les moyens. Les transformations agraires ont eu les plus grandes
              conséquences économiques et politiques. L’abolition de la grande propriété foncière a privé les forces
              réactionnaires d’une base matérielle très importante. La liquidation de la grande propriété terrienne a
              fait disparaître les survivances de l’exploitation féodale de la paysannerie. L’attribution de terre aux
              petits paysans et aux salariés agricoles les a attachés au régime populaire. Aboutissement des tâches de
              la révolution démocratique bourgeoise, les transformations agraires ont été en même temps une des
              conditions nécessaires pour passer à l’édification socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">Par la réalisation de ses tâches antiféodales, la révolution démocratique populaire est passée peu à peu
              à sa seconde étape, elle s’est transformée en révolution socialiste. Bien que la première étape de la
              révolution eût pour contenu principal des transformations de caractère démocratique général,
              néanmoins la classe ouvrière, force dirigeante de la dictature révolutionnaire et démocratique du
              prolétariat et de la paysannerie, ne pouvait pas s’en tenir à ces seules transformations et elle a pris une
              série de mesures qui ont préparé le passage à la deuxième étape de la révolution. Parmi ces mesures,
              citons : l’instauration du contrôle ouvrier sur la production ; la confiscation des biens des criminels de
              guerre et des capitalistes ayant collaboré avec l’occupant, ainsi que de la bourgeoisie monopoliste
              étroitement liée à eux, ce qui a affaibli les positions économiques de la bourgeoisie et a fait passer
              entre les mains de l’État populaire une partie de la grande industrie ; l’instauration du monopole de
              l’État sur le commerce des marchandises les plus importantes et du contrôle de l’État sur le commerce
              extérieur, ainsi que plusieurs autres mesures. Au cours de la révolution, la nationalisation des moyens
              de production a pris une ampleur de plus en plus grande. Tout cela a affaibli la bourgeoisie dans son
              ensemble et renforcé les positions de la classe ouvrière.</p>
              <p rend="alinéa">La nationalisation de la grande et de la moyenne industries, des transports, des P.T.T., etc., s’est faite
              de plusieurs manières dans les pays européens de démocratie populaire. Elle a commencé dès
              1945-1946 et a été terminée dans l’essentiel en 1947-1948.</p>
              <p rend="alinéa">Au fur et à mesure que l’on passait de la solution des tâches démocratiques générales à celle des tâches
              de la révolution socialiste, la lutte s’intensifiait inévitablement entre la classe ouvrière et la bourgeoisie
              contre-révolutionnaire. S’appuyant sur la puissance économique qu’elle gardait encore et sur le capital
              étranger, utilisant ses agents dans l’appareil d’État et souvent au sein même du gouvernement, la
              bourgeoisie a cherché par tous les moyens à faire échec aux mesures prises par le pouvoir de
              démocratie populaire et à rétablir sa domination économique et politique. Après avoir consolidé ses
              forces par l’unification des partis ouvriers sur la base du marxisme-léninisme, la classe ouvrière a rallié
              la paysannerie et les autres couches laborieuses. Au cours de la révolution démocratique populaire, les
              organismes de l’État ont été débarrassés des éléments contre-révolutionnaires, bourgeois et agrariens ;
              le vieil appareil d’État bourgeois a été définitivement brisé et remplacé par un nouvel appareil d’État,
              répondant aux intérêts des travailleurs. Les masses populaires ont riposté de façon décisive aux
              tentatives de la bourgeoisie de restaurer le joug impérialiste étranger. Par suite de la défaite de la
              bourgeoisie, le rôle dirigeant de la classe ouvrière dans l’État s’est définitivement affirmé. Toutes ces
              tâches ont été accomplies dans la majorité des pays européens de démocratie populaire vers
              1947-1948.</p>
              <p rend="alinéa">Le régime politique de la démocratie populaire s’est mis à remplir avec succès les fonctions de la
              dictature du prolétariat ; la démocratie populaire est devenue une des formes de la dictature
              prolétarienne.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Incarnant la domination des travailleurs sous la direction de la classe ouvrière,
                  a dit G. Dimitrov, le
                  régime de la démocratie populaire peut et doit, ainsi que l’expérience l’a déjà prouvé, exercer avec
                  succès les fonctions de la dictature du prolétariat pour la liquidation du capitalisme et
                  l’organisation de l’économie socialiste.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  G. Dimitrov,
                  « La démocratie populaire »,
                <title>Œuvres choisies</title>, Éditions sociales, Paris, 1952.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">C’est ainsi que s’est opérée la transformation d’une révolution bourgeoise démocratique, par son
              caractère, en une révolution socialiste, que s’est effectué le passage progressif d’une étape de la
              démocratie populaire à une autre : de la dictature démocratique révolutionnaire du prolétariat et de la
              paysannerie à la démocratie populaire exerçant les fonctions de la dictature du prolétariat.</p>
              <p rend="alinéa">Le renforcement de l’hégémonie du prolétariat et du rôle dirigeant des partis communistes au cours des
              transformations démocratiques a été la condition décisive du passage à la révolution socialiste et à la
              dictature du prolétariat ; il a également déterminé le caractère de ce passage. L’instauration de la
              dictature du prolétariat n’a pas pris la forme d’un acte unique, du renversement du pouvoir existant,
              mais s’est faite par le renforcement graduel des positions du prolétariat qui a gagné à soi les masses
              laborieuses et par l’application d’une série de mesures tendant à faire disparaître la domination
              économique de la bourgeoisie. Parmi ces mesures, la nationalisation des grandes entreprises
              capitalistes et des banques a été décisive.</p>
              <p rend="alinéa">Réalisant les objectifs de la révolution socialiste, le pouvoir
              de démocratie populaire a fait des fabriques et des usines, des mines et des centrales électriques, la
              propriété socialiste du peuple tout entier. Les transports et les P.T.T., le sous-sol et une partie du sol,
              les banques, le commerce extérieur, le commerce intérieur de gros ont été nationalisés également.
              Ainsi, partant des exigences de la loi économique de la correspondance nécessaire entre les rapports de
              production et le caractère des forces productives, le pouvoir de démocratie populaire, dirigé par la
              classe ouvrière, a liquidé la domination économique de la bourgeoisie et pris les postes de commande
              de l’économie nationale. Ainsi, les conditions nécessaires pour passer à la transformation socialiste de
              la société ont été créées. Par suite de la nationalisation, les rapports de production dans l’industrie ont
              été mis en accord avec le caractère social de la production : les principaux moyens de production sont
              devenus le bien du peuple tout entier en la personne de l’État de démocratie populaire. Les pays de
              démocratie populaire sont entrés dans la période de transition du capitalisme au socialisme.</p>
              <p rend="alinéa">La formation du pouvoir de démocratie populaire et la période transitoire du capitalisme au socialisme
              diffèrent par certaines particularités dans la République démocratique allemande, formée par les forces
              démocratiques du peuple allemand après la division de l’Allemagne en deux par les puissances
              occidentales. Il existe à l’heure actuelle, sur le territoire de l’Allemagne, deux États : la République
              démocratique allemande et la République fédérale allemande, dans lesquels se sont constitués des
              régimes sociaux et économiques de nature différente.</p>
              <p rend="alinéa">Dans la République démocratique allemande, c’est la classe ouvrière, alliée à la paysannerie
              travailleuse, qui est au pouvoir. L’alliance des ouvriers et des paysans est la force décisive de la vie
              politique et économique de la république. Le pouvoir d’État s’appuie sur le bloc des partis et des
              organisations antifascistes et démocratiques et sa politique est déterminée par l’objectif de sa lutte : la
              création d’une Allemagne démocratique et pacifique, unie. Dans ce bloc, le rôle dirigeant revient au
              parti de la classe ouvrière, le Parti socialiste unifié d’Allemagne. Avec la suppression de la domination
              économique des junkers-propriétaires fonciers et des monopoles, les racines sociales du militarisme et
              du fascisme ont été extirpées de la République démocratique allemande.</p>
              <p rend="alinéa">Le fait que les travailleurs de la République démocratique allemande se sont engagés dans la voie de
              l’édification socialiste est un grand événement historique dans la vie du peuple allemand. L’édification
              du socialisme dans la République démocratique allemande répond aux intérêts de tous les travailleurs
              d’Allemagne. Dans l’économie de la République, la place déterminante appartient à la propriété sociale
              des moyens de production sur laquelle reposent les entreprises populaires de l’industrie, les domaines
              populaires de l’agriculture, les stations de machines et de tracteurs et les coopératives agricoles de
              production.
              À côté du secteur socialiste, qui est le principal, il existe dans l’industrie, les transports, le commerce et
              l’agriculture, de nombreuses exploitations individuelles de simples producteurs de marchandises :
              paysans et artisans, ainsi que de petites et moyennes entreprises capitalistes. La République
              démocratique allemande se fixe pour tâche primordiale de lutter pour la réunification de l’Allemagne
              sur des bases pacifiques et démocratiques.</p>
              <p rend="alinéa">La Yougoslavie appartient au nombre des pays qui se sont détachés du système capitaliste au cours de
              la deuxième guerre mondiale. À la place de l’ancienne Yougoslavie, avec son régime monarchiste et
              réactionnaire, fondé sur l’exploitation cruelle des travailleurs et sur l’oppression nationale, la
              République populaire fédérative de Yougoslavie est née par suite de la révolution populaire. Le
              pouvoir y appartient à la classe ouvrière et à la paysannerie, et l’inégalité nationale y a été supprimée.
              En Yougoslavie, la propriété sociale des principaux moyens de production est dominante : dans le
              domaine de la grande et de la moyenne industrie, des transports, dans le système bancaire, le
              commerce de gros et la majeure partie du commerce de détail. Malgré les intrigues des forces
              impérialistes, la Yougoslavie a gardé son indépendance nationale et a résisté aux tentatives du capital
              étranger pour pénétrer dans son économie.</p>
              <p rend="alinéa">À l’étape actuelle du développement mondial, étant donné l’existence du camp
              puissant du socialisme, la démocratie populaire représente la voie de la
              transformation socialiste et révolutionnaire de la société. L’expérience
              historique de l’Union soviétique et des pays de démocratie populaire confirme
              la thèse léniniste selon laquelle, l’unité de vue étant acquise pour l’essentiel
              sur les moyens de faire triompher le socialisme, la solution des problèmes concrets
              de l’édification socialiste peut cependant être obtenue sous des formes et par des
              méthodes différentes dans les divers pays de démocratie populaire, compte tenu des
              particularités historiques et nationales de chaque pays. Lénine a écrit :</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    <p rend="alinéa">Toutes les nations viendront au socialisme, cela est inévitable,
                    mais elles n’y viendront pas toutes d’une façon absolument identique,
                    chacune apportera son originalité dans telle ou telle forme de
                    démocratie, dans telle ou telle variété de dictature du prolétariat,
                    dans tel ou tel rythme des transformations socialistes des différents
                    aspects de la vie sociale.</p>
                  </quote>
                  <bibl>
                      V. Lénine,
                      « Une caricature du marxisme et à propos de l’ “économisme impérialiste” »,
                      <title>Œuvres</title>, t. 23, p. 75-76.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
            </div4>
            <div4 type="section" n="3" xml:id="chap41sect03">
              <head>41.3. Les classes et les types d’économie.</head>
              <p rend="alinéa">L’économie des pays européens de démocratie populaire est caractérisée
              par l’existence simultanée de plusieurs types d’économie, propre à la période transitoire.
              Elle comprend trois principaux types, ou secteurs de l’économie nationale :
              le secteur socialiste, le secteur de la petite production marchande, le secteur capitaliste.
              Au type <emph>socialiste</emph> se rattachent : 
              1. les entreprises industrielles et les moyens de transport, les banques,
              les entreprises commerciales, les domaines agricoles, les stations de machines
              et de tracteurs qui sont la propriété de <emph>l’État</emph>, du peuple tout entier ;
              2. les entreprises fondées sur la propriété <emph>coopérative</emph> :
              coopératives artisanales, de consommation, de crédit mutuel, agricoles,
              de vente et d’achat, de production agricole.</p>
              <p rend="alinéa">Dans tous les pays européens de démocratie populaire, le secteur socialiste occupe une situation
              déterminante dans l’économie. C’est dans ce secteur qu’est créée la partie essentielle du revenu
              national. L’industrie, les transports, toutes les opérations bancaires, tout le commerce intérieur de gros
              et la majeure partie du commerce de détail sont concentrés entre les mains de l’État. Le monopole du
              commerce extérieur a été institué. Dans l’agriculture, par contre, le secteur socialiste n’est pas encore
              prépondérant, sauf en Bulgarie.</p>
              <p rend="alinéa">Le secteur socialiste, qui occupe une situation dominante dans l’économie nationale et détient les
              leviers de commande de l’économie, constitue la force déterminante du développement économique de
              chacun des pays de démocratie populaire. Et d’année en année, il renforce ses positions.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Ces dernières années, la part des formes socialistes de l’économie a été : dans le revenu national : de 76 % en
              Pologne (en 1953), de 92 % en Tchécoslovaquie (en 1953), de 81 % en Hongrie (en 1954), de 70 % en
              Roumanie (en 1952), de 87 % en Bulgarie (en 1954), d’environ 70 % en Albanie (en 1952) ; dans la production
              industrielle: de 99,5 % en Pologne (en 1953), de 99,6 % en Tchécoslovaquie (en 1953), de 97 % en Hongrie (en
              1954), de 99 % en Roumanie (en 1954) ; dans le commerce de gros : de 100 % dans tous ces pays ; dans le
              commerce de détail en 1954 : de 96 % en Pologne, de 99,8 % en Tchécoslovaquie,
              de 99,7 % en Hongrie, de 76 % en Roumanie, de 99,5 % en Bulgarie.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Dans la République démocratique allemande, la part du secteur socialiste a été, en 1953, de : 86,5 % dans
              l’industrie ; de 94,5 % dans le commerce de gros ; de 70 % environ dans le commerce de détail.</p>
              <p rend="alinéa">Dans le secteur socialiste, l’exploitation de l’homme par l’homme a disparu et le travail a changé de
              caractère : ce n’est plus un travail pour les capitalistes, mais un travail pour soi, pour la société. En
              raison des changements intervenus dans les conditions économiques, les lois économiques du
              capitalisme, qui traduisaient des rapports fondés sur l’exploitation et l’anarchie de la production, ont
              cessé de jouer dans le secteur socialiste ; il y est apparu et entré en vigueur des lois nouvelles, celles de
              l’économie socialiste : loi économique fondamentale du socialisme, loi du développement harmonieux
              (proportionné) de l’économie nationale, loi de la répartition selon le travail, etc. L’industrie socialiste
              se développe sans cesse sur la base d’une technique supérieure afin d’assurer le triomphe du socialisme
              et de satisfaire les besoins croissants des travailleurs. La production socialiste est régie par un plan
              conformément à la loi du développement harmonieux (proportionné) de l’économie nationale. Les
              méthodes de planification ne cessent de se perfectionner.</p>
              <p rend="alinéa">L’existence de deux formes de propriété socialiste et de la petite production marchande détermine,
              dans les pays de démocratie populaire, l’action de la loi de la valeur et des catégories économiques qui
              s’y rattachent : monnaie, commerce, crédit, etc. La loi de la valeur n’est pas régulatrice de la
              production socialiste, mais elle exerce sur celle-ci une action dont les États de démocratie populaire
              doivent tenir compte pour planifier les prix, appliquer la gestion équilibrée, etc. Le commerce, la
              monnaie, le crédit et les autres catégories économiques liées à la loi de la valeur sont utilisées avec
              succès dans l’intérêt du socialisme et deviennent des instruments de l’édification socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">Étant donné que le secteur socialiste joue un rôle déterminant dans l’économie des pays de démocratie
              populaire, la loi économique fondamentale du socialisme, la loi du développement harmonieux de
              l’économie nationale et les autres lois économiques du socialisme exercent une influence croissante sur
              le développement de l’ensemble de l’économie nationale. Au fur et à mesure que les rapports de
              production socialiste se développent, la sphère d’action des lois économiques du socialisme s’élargit
              infailliblement.</p>
              <p rend="alinéa">À la <emph>petite production marchande</emph> se rattachent les exploitations individuelles des paysans travailleurs
              ainsi que celles des petits artisans, qui reposent sur le travail personnel de leurs propriétaires. Dans
              certains pays (Albanie), des survivances de l’économie patriarcale subsistent encore dans les
              campagnes. Les exploitations paysannes individuelles produisent la plus grande partie des denrées
              agricoles. Parmi les exploitations des paysans individuels, celles des paysans moyens sont
              prédominantes. L’exploitation paysanne individuelle, petite productrice de marchandises, fondée sur la
              propriété privée des moyens de production, engendre inévitablement des éléments de capitalisme.</p>
              <p rend="alinéa">Dans les pays européens de démocratie populaire, la planification ne s’étend pas encore à toute
              l’économie nationale. Dans le secteur de la petite production marchande, la loi de la valeur est le
              régulateur de la production. Cependant, en démocratie populaire, du fait qu’il s’appuie sur la loi du
              développement harmonieux de l’économie nationale, le pouvoir exerce aussi une action régulatrice sur
              la petite production marchande par l’intermédiaire du commerce, des stockages, des prix, du crédit, de
              l’impôt, etc.</p>
              <p rend="alinéa">Le secteur <emph>capitaliste</emph> comprend les exploitations des paysans riches, les entreprises commerciales et
              les entreprises industrielles privées reposant sur l’exploitation du travail salarié.</p>
              <p rend="alinéa">Dans le secteur capitaliste, la loi de la valeur est régulatrice de l’économie. Dans les limites de ce
              secteur, la loi de la plus-value continue de jouer, mais sa sphère d’action est considérablement réduite.
              La grandeur des entreprises capitalistes et les possibilités d’exploiter le travail salarié sont fortement
              limitées. Parmi les moyens employés pour limiter les éléments capitalistes, il y a le taux élevé des
              impositions et une série de mesures destinées à combattre le libre jeu du marché.</p>
              <p rend="alinéa">La classe ouvrière et la paysannerie constituent les principales classes des pays de démocratie
              populaire. À côté des classes laborieuses, il existe une bourgeoisie représentée par les paysans riches
              ainsi que par les entrepreneurs privés du commerce et de l’industrie.</p>
              <p rend="alinéa">L’alliance étroite de la classe ouvrière, qui assume le rôle dirigeant, et de la paysannerie travailleuse,
              alliance dirigée contre le capitalisme en vue de bâtir une société socialiste, est la base vitale de
              l’existence et du développement du régime social et politique des pays de démocratie populaire.</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">L’alliance des ouvriers et des paysans, sous la direction de la classe ouvrière, a été et demeure le
                  pivot, la force motrice de nos transformations révolutionnaires. Au cours de dizaines d’années de
                  lutte contre le capitalisme et le fascisme, la classe ouvrière a renforcé son alliance avec les masses
                  fondamentales de la paysannerie travailleuse. Etendre, consolider, approfondir cette alliance, tel
                  est le principe essentiel dont s’inspire la politique du pouvoir populaire, le gage de sa force et de
                  ses succès.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  B. Bierut,
                  « Rapport d’activité du Comité central au 2<hi rend="ordinal">e</hi> Congrès du Parti ouvrier
                  polonais »,
                  <title>Paix et démocratie</title>, 19 mars 1954, p. 13.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">La contradiction essentielle de l’économie des pays de démocratie populaire durant la période de
              transition du capitalisme au socialisme, est celle qui existe entre le socialisme en plein essor et le
              capitalisme battu, mais non encore anéanti, qui conserve des racines dans la petite production
              marchande. Le socialisme s’édifie ici dans un climat de lutte de classes exacerbée. La résistance des
              classes agonisantes se traduit par l’activité hostile des vestiges des partis politiques antipopulaires
              écrasés, ainsi que par des déviations nationalistes, de droite et de « gauche », au sein des partis
              communistes (ouvriers), par le travail de sape, le sabotage et les actes de diversion des agents de
              l’impérialisme. Les partis communistes (ouvriers), les masses populaires démasquent les éléments
              hostiles au socialisme et font triompher une politique axée sur l’édification du socialisme.</p>
              <p rend="alinéa">Dans sa politique, le pouvoir d’État des pays de démocratie populaire, part des lois économiques
              objectives qu’il utilise pour assurer la victoire complète des formes d’économie socialistes sur les
              formes capitalistes.</p>
              <p rend="alinéa">S’inspirant de la théorie marxiste-léniniste sur la période de transition du capitalisme au socialisme, le
              pouvoir démocratique populaire renforce l’alliance de la classe ouvrière et de la paysannerie et mène la
              lutte contre les éléments capitalistes de la ville et de la campagne qu’il limite et élimine
              progressivement. Les États de démocratie populaire utilisent au maximum le marché pour développer
              les liens commerciaux entre l’industrie et l’agriculture. En même temps qu’ils procèdent à
              l’industrialisation socialiste, ils resserrent l’alliance entre la ville et la campagne dans le domaine de la
              production et appliquent une politique dont l’objectif est d’amener les exploitations paysannes à se
              grouper de leur plein gré en coopératives de production.</p>
              <p rend="alinéa">La construction du socialisme, dans les pays de démocratie populaire, repose donc sur les principes
              fondamentaux qui ont inspiré la nouvelle politique économique en U.R.S.S. Mais nous l’avons déjà dit,
              ces principes sont appliqués dans les pays de démocratie populaire en tenant compte de la grande
              originalité du développement historique des conditions économiques, politiques et nationales de
              chaque pays.</p>
              <p rend="alinéa">Dans les pays européens de démocratie populaire, l’édification du socialisme s’accomplit
              dans des conditions historiques beaucoup plus favorables qu’en U.R.S.S., premier pays du socialisme
              triomphant. Ces pays, qui jettent les fondements économiques et culturels du socialisme, bénéficient
              largement de la très riche expérience de l’édification socialiste en Union soviétique ; ils s’appuient sur
              la puissance du camp socialiste tout entier et sur l’entraide croissante de tous les pays faisant partie de
              ce camp. La solution des problèmes de l’édification socialiste s’en trouve énormément facilitée.</p>
              <p rend="alinéa">L’aide décisive de l’Union soviétique a permis de déjouer les plans d’intervention impérialiste contre
              les pays européens de démocratie populaire qui ont de la sorte fait l’économie d’une longue période de
              guerre civile et n’ont pas eu besoin d’appliquer une politique de «communisme de guerre <emph>»</emph>. Ils ont pu
              ainsi, dans les délais les plus brefs, relever leur économie et entreprendre la reconstruction socialiste
              de l’économie nationale.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="4" xml:id="chap41sect04">
              <head>41.4. L’industrialisation socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">L’industrialisation socialiste, réalisée en tenant compte des particularités de chaque pays, de son rôle
              dans la division internationale du travail à l’intérieur du camp socialiste, est la condition la plus
              importante de l’édification du socialisme dans les pays de démocratie populaire. Grâce à
              l’industrialisation, ces pays créent la base matérielle et technique du socialisme, ils assurent un
              fondement solide à l’élévation ininterrompue de la production et du bien-être général.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Avant la deuxième guerre mondiale, la part de la production industrielle dans la production totale de l’industrie et
              de l’agriculture était de 47,6 % en Pologne, de 53 % en Hongrie, de 40 % en Roumanie, de 33,8 % en Bulgarie,
              de 18,3 % en Albanie. En Pologne, 65 % de la population active travaillaient dans l’agriculture et environ 17 %
              dans l’industrie ; en Roumanie, 78 % dans l’agriculture et 7 % dans l’industrie ; en Bulgarie, 79,9 % dans
              l’agriculture et 8 % dans l’industrie et l’artisanat.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Par le niveau du revenu national, par la fabrication et la consommation des produits industriels par habitant, ainsi
              que par un certain nombre d’autres indices économiques, ces pays étaient très en retard sur les pays industriels
              plus développés, Ainsi en Pologne, la consommation des métaux ferreux par habitant était 10 fois moins
              importante qu’en Angleterre et près de 8 fois moins qu’en Allemagne ; la consommation d’énergie électrique y
              était d’environ 7 fois plus faible qu’en Angleterre et en Allemagne, et 5 fois plus faible qu’en France.</p>
              <p rend="alinéa">Tous ces pays ont dû, pendant une certaine période, relever leur économie qui avait beaucoup souffert
              de la guerre et des pillages fascistes. Avec l’appui de l’Union soviétique et grâce aux avantages d’une
              économie socialiste planifiée, les pays de démocratie populaire ont réussi à relever leur économie en
              un laps de temps très court, en deux ou trois ans.</p>
              <p rend="alinéa">Le relèvement de l’économie nationale a donné une base solide à la reconstruction socialiste. La
              construction des fondements du socialisme a été la tâche centrale des premiers plans quinquennaux
              (sexennal en Pologne) de développement de l’économie nationale. L’industrialisation socialiste
              (développement de la grande industrie socialiste, et avant tout de l’industrie lourde) a été l’élément
              essentiel de ces plans. Mais dans chaque pays, elle présente des particularités qui sont fonction du
              niveau de développement et de la structure de l’industrie, des conditions historiques, économiques et
              naturelles.</p>
              <p rend="alinéa">Le gros des ressources nécessaires à l’industrialisation des pays de démocratie populaire provient des
              accumulations opérées dans le secteur socialiste. Il est aussi fait appel aux épargnes des travailleurs
              sous forme d’emprunts d’État. Ensuite, une partie des revenus des éléments capitalistes de la ville et de
              la campagne, prélevée surtout au moyen d’un impôt progressif, concourt aussi à ce but.</p>
              <p rend="alinéa">L’accroissement de l’accumulation socialiste résulte avant tout de l’élévation continue de la
              productivité du travail social grâce à l’emploi des techniques les plus modernes et à une meilleure
              organisation du travail. L’émulation socialiste, à laquelle participe la grande masse des ouvriers,
              contribue puissamment à élever la productivité du travail. Les ouvriers d’avant-garde appliquent avec
              succès la riche expérience de l’U.R.S.S. et des autres pays du camp socialiste en matière de production.
              La répartition selon le travail, les différentes formes de salaire aux pièces, la lutte contre le nivellement
              des salaires jouent un rôle de premier plan dans l’élévation ininterrompue de la productivité du travail.
              L’utilisation de la loi de la valeur, le renforcement au maximum du régime d’économies et l’application
              conséquente de la gestion équilibrée ont une importance énorme pour l’accroissement continuel des
              accumulations dans la production socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">Klement Gottwald a écrit :</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">N’avions-nous pas, n’avons-nous pas nombre de responsables et de militants de l’économie
                  politique qui ont oublié l’action de la loi de valeur, et qui, en conséquence, ont négligé le rôle de la
                  gestion équilibrée, de la rentabilité des entreprises, du prix de revient, des prix, etc. ? N’est-il pas
                  clair que cette attitude erronée porte un grand préjudice à notre économie et freine notre avance
                  dans la voie du socialisme ? Je crois que cela est clair et que, par conséquent, tous nos travailleurs,
                  et surtout ceux qui occupent des postes dirigeants et responsables doivent respecter toujours le
                  régime d’économies dans la production, dans le domaine du stockage et de l’écoulement.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  K. Gottwald,
                  « Le 19<hi rend="ordinal">e</hi> Congrès historique du Parti communiste de l’Union soviétique et nos
                  tâches ».
                  <title>Paix et démocratie</title>, 7 novembre 1952, p. 11.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">L’industrialisation socialiste des pays de démocratie populaire se déroule dans des conditions
              historiques plus favorables qu’en U.R.S.S., et présente des particularités essentielles. L’Union
              soviétique était seule à édifier le socialisme ; elle s’est industrialisée sans aucune aide extérieure, en
              recourant exclusivement à ses ressources propres. Les pays de démocratie populaire, eux, réalisent leur
              industrialisation alors qu’il existe un puissant camp du socialisme. Pour réaliser leur industrialisation
              socialiste, les pays de ce camp s’appuient sur une large entraide aux formes les plus diverses.</p>
              <p rend="alinéa">L’Union soviétique a dû créer chez elle à un rythme accéléré toutes les branches de l’industrie, de
              l’industrie lourde en premier lieu. Les pays de démocratie populaire sont exemptés de cette tâche qui
              excéderait leurs possibilités. Parce qu’il appartient au camp du socialisme, chacun d’eux peut créer et
              développer en premier lieu les branches d’industrie pour lesquelles il dispose des conditions
              économiques et naturelles les plus favorables. La division du travail très poussée, l’entraide
              économique et la coopération entre les États du camp socialiste contribuent au succès de
              l’accomplissement de cette tâche.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Grâce à la réalisation des plans à long terme de reconstruction socialiste l’économie nationale, le niveau de la
              production industrielle d’avant-guerre a été dépassé en 1954 : de plus de 300 % en Pologne, de près de 250 % en
              Hongrie, de 130 % en Tchécoslovaquie, de 400 % en Bulgarie, d’environ 160 % en Roumanie. La part de la
              production industrielle dans la production totale de l’industrie et de l’agriculture a fortement augmenté. Dans tous
              les pays de démocratie populaire, la Bulgarie et l’Albanie exceptées, la production des branches de l’industrie
              fournissant des moyens de production représente plus de la moitié de l’ensemble de la production industrielle.
              Les pays européens de démocratie populaire sont devenus des pays possédant une grande industrie équipée selon
              la technique la plus moderne.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La Pologne a donné un développement considérable aux industries houillère et
              chimique, à la sidérurgie, à l’industrie des matériaux de construction. Elle fabrique aujourd’hui des automobiles,
              des tracteurs, des navires, de la fibre artificielle, etc. En 1954, la production par habitant y avait été multipliée,
              par rapport à 1938, par 3,5 pour l’acier, par plus de 5 pour l’électricité, par 3 environ pour le ciment. En Hongrie,
              l’industrie de l’aluminium, les constructions mécaniques, la production de matériel de mine et de machines
              agricoles ont pris un vigoureux essor, de même qu’en Roumanie l’extraction et le raffinage du pétrole, l’industrie
              chimique ; dans ce dernier pays, d’importantes branches des constructions mécaniques ont été créées, telles
              l’industrie des machines agricoles et celle des équipements pétroliers, les constructions navales, etc.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Dans la
              République démocratique allemande, le volume de la production industrielle a, en 1954, atteint presque le double
              du niveau de 1936 ; ces dernières années, les disproportions provoquées dans l’économie nationale par la coupure
              de l’Allemagne ont été considérablement réduites ; une base métallurgique a été créée dans la république, le
              potentiel des constructions mécaniques lourdes et des constructions navales a été développé, on a organisé la
              construction de machines agricoles modernes, la fabrication des produits chimiques a augmenté.</p>
              <p rend="alinéa">Tout en assurant le développement par priorité de l’industrie lourde, base de l’essor de la reconstruction
              technique de toute l’économie nationale, les États de démocratie populaire procèdent à d’importants
              investissements dans l’agriculture ainsi que dans les industries légère et alimentaire, afin d’accroître
              notablement la production des denrées agricoles, des articles industriels de consommation courante, et
              d’élever le niveau de vie des travailleurs.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="5" xml:id="chap41sect05">
              <head>41.5. La transformation socialiste de l’agriculture.</head>
              <p rend="alinéa">Pour que le socialisme puisse être construit, les formes socialistes d’économie doivent triompher non
              seulement à la ville mais aussi à la campagne. La seule solution juste de la question paysanne, c’est,
              comme l’a montré l’expérience de l’U.R.S.S., le passage des masses paysannes, de la petite exploitation
              individuelle à la grande exploitation collective. Le groupement graduel et volontaire des petites et
              moyennes exploitations paysannes en <emph>coopératives de production</emph> est une nécessité objective pour les
              pays qui ont entrepris d’édifier le socialisme.</p>
              <p rend="alinéa">C’est pourquoi les pays de démocratie populaire développent la production des tracteurs et autres
              machines agricoles, organisent un réseau d’exploitations agricoles d’État qui montrent les avantages de
              la grande production socialiste, créent des stations de machines et de tracteurs qui assurent le
              rééquipement technique de l’agriculture. De plus, les masses pauvres et moyennes de la paysannerie
              bénéficient d’une aide de toute sorte pour développer leurs exploitations, des mesures sont prises pour
              les amener à adhérer aux différentes formes de coopératives d’achat, de vente et de production.</p>
              <p rend="alinéa">La transformation socialiste de l’agriculture dans les pays de démocratie populaire a ses particularités.
              La transformation socialiste de l’économie paysanne s’y réalise alors qu’il existe en U.R.S.S. une
              agriculture socialiste développée sous la forme de kolkhoz, de S.M.T. et de sovkhoz. La connaissance
              de l’expérience acquise en Union soviétique dans le domaine de la transformation socialiste de
              l’agriculture, ainsi que des résultats obtenus par les kolkhoz, les S.M.T. et les sovkhoz, joue un grand
              rôle pour amener les masses des pays de démocratie populaire dans la voie du socialisme. L’expérience
              du renforcement des kolkhoz du point de vue de l’organisation et de l’économie en U.R.S.S., les
              formes d’organisation et de rémunération du travail, de répartition des revenus, etc., sont largement
              mises à profit lors du groupement des exploitations paysannes en coopératives de production.</p>
              <p rend="alinéa">Les particularités essentielles du groupement de la paysannerie en coopératives de production dans les
              pays de démocratie populaire sont dues au fait que la petite propriété paysanne de la terre continue
              d’exister, alors qu’en U.R.S.S. la collectivisation s’est effectuée quand <emph>toute</emph> la terre était nationalisée.
              L’expérience de ces pays montre que la nationalisation immédiate de toute la terre n’est pas partout la
              condition expresse de l’édification socialiste à la campagne. Dans les pays de démocratie populaire,
              une partie de la terre retirée aux propriétaires fonciers au cours de la révolution agraire est restée entre
              les mains de l’État et l’autre est devenue la propriété privée des paysans. Mais par suite de l’interdiction
              de l’achat et de la vente de la terre et des restrictions apportées à sa location, le maintien de la propriété
              privée des paysans sur la terre ne conduit pas à une concentration de la propriété foncière chez les
              éléments capitalistes.</p>
              <p rend="alinéa">Dans les pays de démocratie populaire, il existe trois types principaux de coopératives agricoles de
              production qui diffèrent les uns des autres par le degré de socialisation de la terre et des moyens de
              production ainsi que par les modes de répartition des revenus qui en découlent. Premièrement, les
              coopératives pour le travail en commun de la terre, où n’est socialisé que le travail nécessaire à
              l’accomplissement de différents travaux agricoles (labour, semailles, entretien des cultures, récolte)
              effectués sur les terrains qui restent la propriété de chaque membre de la coopérative. Deuxièmement,
              les coopératives de production où les moyens de production et le travail sont socialisés, et où les
              parcelles réunies ne forment plus qu’un seul tenant, tout en restant la propriété privée des membres de
              la coopérative ; la majeure partie des produits obtenus (70-75 %) est distribuée d’après le nombre des
              journées-travail, et le reste en fonction de l’étendue des terrains qui représentent l’apport de chacun.
              Troisièmement, les coopératives où le travail, la terre et les moyens de production sont socialisés et où
              la répartition des produits s’effectue selon la quantité et la qualité du travail.</p>
              <p rend="alinéa">Ainsi, à l’heure actuelle, dans les pays de démocratie populaire, les formes suivantes de propriété de la
              terre existent : la propriété d’État, la propriété coopérative et la propriété privée. La victoire complète
              du socialisme dans l’agriculture suppose la socialisation de toute la terre, sa transformation en
              propriété sociale. Le passage à la socialisation de toute la terre s’accomplira sur la base du libre
              consentement à mesure que la paysannerie, au cours même du développement des coopératives de
              production et de l’extension de leurs formes supérieures, se convaincra elle-même des avantages
              incontestables de la grande exploitation collective par rapport aux petites exploitations privées.</p>
              <p rend="alinéa">La transformation socialiste de l’agriculture se réalise dans les conditions d’une lutte de classes
              acharnée. Les paysans riches cherchent par tous les moyens à faire échec au groupement des
              exploitations paysannes en coopératives de production. En même temps qu’ils apportent une aide
              matérielle de toute sorte aux exploitations pauvres et moyennes, les États de démocratie populaire
              prennent des mesures pour renforcer les coopératives de production sur le plan économique et sur le
              plan de l’organisation, et mènent une lutte impitoyable contre les paysans riches.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La Bulgarie comptait, en 1954, plus de 2700 coopératives de production agricole, groupant 52 % des
              exploitations paysannes, 108 exploitations d’État et 150 stations de machines et de tracteurs. Le secteur socialiste
              de l’agriculture comprend plus de 60 % des terres cultivées. En Hongrie, les coopératives de production groupent
              200 000 familles paysannes environ ; elles occupent 18 % et les exploitations d’État 12 % des terres arables. En
              Pologne, on comptait, en 1954, plus de 9 300 coopératives de production disposant de 7,5 % des terres arables.
              Les exploitations agricoles d’État disposent de plus de 12 % des surfaces ensemencées. En Roumanie, à la fin de
              1954, on comptait 5 000 exploitations collectives et coopératives réunissant 318 000 familles paysannes avec 1,1
              million d’hectares de sol arable, soit plus de 10 %. En Tchécoslovaquie, les coopératives de production cultivent
              environ 33 % des terres arables et les exploitations d’État environ 10 %. Dans l’agriculture de la République
              démocratique allemande, en 1955, les domaines populaires disposaient de 4 % et les coopératives de production
              agricole de 18 % de toutes les superficies utiles à l’agriculture.</p>
              <p rend="alinéa">Au cours de la transformation socialiste des campagnes, deux sortes de fautes ont été commises dans
              les pays de démocratie populaire : d’une part, l’accélération artificielle du groupement des exploitations
              paysannes en coopératives et la violation du principe de l’adhésion volontaire ; d’autre part, la
              sous-estimation de la nécessité d’organiser et de diriger le mouvement pour la formation de coopératives, le
              laisser-faire en ce domaine. Les partis communistes et ouvriers des pays de démocratie ouvrière
              combattent vigoureusement ces deux erreurs.</p>
              <p rend="alinéa">Grâce aux transformations socialistes réalisées à la campagne, des succès notables ont été remportés,
              dans les pays de démocratie populaire, en ce qui concerne le développement de l’agriculture et
              l’élévation du bien-être de la paysannerie. Mais les progrès de la production agricole retardent
              fortement encore sur ceux de la production industrielle et sont insuffisants pour satisfaire les besoins
              croissants de l’économie nationale et de la population.</p>
              <p rend="alinéa">Il est donc très important, pour l’économie nationale dans son ensemble, d’assurer dorénavant un essor
              rapide à l’agriculture. Pour y parvenir, il faut continuer à développer les coopératives de production, à
              renforcer les coopératives existantes sur le plan économique et le plan de l’organisation, à améliorer le
              fonctionnement des exploitations agricoles d’État.</p>
              <p rend="alinéa">En même temps qu’il applique une ligne générale commune conduisant à la transformation socialiste
              graduelle de l’agriculture, le pouvoir d’État des pays de démocratie populaire utilise les possibilités de
              développement de l’exploitation du paysan travaillant individuellement, possibilités qui ne sont pas
              encore épuisées, en vue d’assurer un nouvel essor à l’agriculture. Une aide matérielle, d’ordre technique
              et agronomique, ainsi que des crédits sont accordés dans ce but aux paysans travaillant
              individuellement ; on stimule le développement de leurs exploitations par l’alliance commerciale de la
              ville et de la campagne, par les conditions avantageuses des contrats, par une politique fiscale et de
              stockage correspondante. Tout cela concourt à l’essor de l’agriculture et à l’affermissement de l’alliance
              entre la classe ouvrière et la paysannerie.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="6" xml:id="chap41sect06">
              <head>41.6. L’élévation du bien-être et du niveau culturel des travailleurs.</head>
              <p rend="alinéa">L’édification socialiste, dans les pays de démocratie populaire, va de pair avec une élévation constante
              du bien-être matériel et du niveau culturel des travailleurs, manifestation de l’action de la loi
              économique fondamentale du socialisme. Par suite du développement rapide de l’industrie, dès 1948-1949,
              le chômage a disparu à la ville comme à la campagne. Le nombre des ouvriers travaillant dans
              les entreprises socialistes s’accroît d’année en année. Le revenu national augmente constamment à un
              rythme rapide. La classe des propriétaires fonciers et celle des grands capitalistes ayant été liquidées,
              le revenu national sert à assurer le mieux-être des travailleurs et la reproduction socialiste élargie à la
              ville et à la campagne.</p>
              <p rend="alinéa">Le salaire réel des ouvriers et des employés, ainsi que les revenus réels des paysans ne cessent
              d’augmenter. La baisse du prix des marchandises joue un rôle très important dans l’élévation des
              revenus réels de la population. La diminution des loyers et du prix des autres services municipaux est
              un facteur essentiel de l’accroissement des revenus réels des travailleurs. Le développement des
              assurances sociales des ouvriers et des employés aux frais de l’État, la gratuité de l’instruction et de
              l’aide médicale, la création d’un large réseau de maisons de cure et de repos concourent également au
              mieux-être des travailleurs.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Par rapport à l’avant-guerre,
              le revenu national a plus que doublé en Pologne en 1954 ; augmenté de 86,7 % en
              Bulgarie en 1953 ; augmenté des deux tiers à peu près en Tchécoslovaquie en 1954.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En Pologne, les revenus réels
              par habitant occupé hors de l’agriculture étaient, en 1953, supérieurs de 40 % à ceux des années qui ont précédé
              directement la guerre. Les revenus réels par habitant des campagnes étaient supérieurs de 75 % à ceux de 1938.
              En Hongrie, au premier semestre de 1954, le salaire réel de l’ouvrier d’usine était de 57 % et le revenu réel d’une
              famille paysanne de 50 % plus élevés qu’en 1938. L’augmentation des revenus réels de la population a déterminé
              un notable accroissement de la consommation des travailleurs. En Roumanie, la consommation d’une famille
              ouvrière en 1953 a, par rapport à 1938, augmenté de 20 % pour le pain, de 48 % pour le sucre, de 164 % pour
              l’huile. Le paysan roumain consommait à la même époque 50 % de plus de seigle et de froment qu’en 1938. Le
              salaire réel des ouvriers et des employés bulgares a, en 1953, augmenté de 38 % par rapport à 1939. En 1954, il y
              a eu un nouvel accroissement des revenus réels des travailleurs dans les pays de démocratie populaire.</p>
              <p rend="alinéa">La construction du socialisme dans les pays de démocratie populaire est étroitement liée à la
              révolution culturelle. Les couches les plus étendues de travailleurs y accèdent à l’instruction et à la
              culture. La révolution a mis fin au monopole de la bourgeoisie et des propriétaires fonciers dans ce
              domaine. L’instruction et la culture sont devenues le bien du peuple tout entier. Une nouvelle couche
              d’intellectuels socialistes se constitue rapidement. Le nombre des ingénieurs et des techniciens est en
              augmentation constante.</p>
              <p rend="alinéa">Utilisant à plein le riche héritage laissé par la culture progressiste du passé de
              leurs peuples, lesquels ont apporté une importante contribution à la culture mondiale, les pays de
              démocratie populaire créent une culture nouvelle, socialiste par le contenu et nationale par la forme.
              La culture socialiste de l’U.R.S.S., profondément internationaliste, exerce une influence considérable
              sur le développement des cultures nationales dans les pays de démocratie populaire. Par suite de la
              grande extension de la collaboration culturelle entre les pays du camp socialiste, leurs cultures
              s’enrichissent mutuellement.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En Roumanie, le nombre des élèves a été multiplié, en 1953-1954, par 4,7 par rapport à 1938-1939 dans les
              écoles de sept ans, par plus de 4 dans l’enseignement secondaire, par plus de 2,2 dans les écoles supérieures
              (passant de 29 000 à 64 300), sans compter 19 000 étudiants par correspondance.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Dans l’ancienne Pologne, on
              comptait en 1937-1938 28 établissements d’enseignement supérieur et 48 000 étudiants, dont 5 % au plus étaient
              fils d’ouvriers et 9 % fils de paysans. En 1953, il y avait en Pologne 83 établissements d’enseignement supérieur
              et 134 000 étudiants, pour la plupart enfants d’ouvriers et de paysans.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En Hongrie, en 1954-1955, le nombre des
              élèves des écoles secondaires a triplé par rapport à la dernière année d’avant la guerre et celui des étudiants a
              quadruplé.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En 1938, il y avait dans toute la Tchécoslovaquie 9 établissements d’enseignement supérieur avec
              19 000 étudiants en tout. Il y a actuellement 40 de ces établissements avec 47 900 étudiants. En Albanie, en
              1954, le nombre des élèves des écoles primaires a été multiplié par plus de 2,6 par rapport à 1938 et celui des
              élèves des écoles secondaires, par plus de 7,7 fois.</p>
              <p rend="alinéa">Les succès de l’édification socialiste dans les pays de démocratie populaire sont une nouvelle preuve
              de la supériorité indéniable du système d’économie socialiste par rapport au système capitaliste.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume" n="41" xml:id="chap41resume">
              <head>Résumé du chapitre 41</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
                <item><p rend="alinéa">La révolution démocratique populaire dans les pays de l’Europe centrale et sud-orientale a, à sa
                première étape, accompli les tâches de la révolution démocratique bourgeoise. Le caractère
                 anti-impérialiste de la révolution s’est traduit par le fait qu’elle a libéré du joug impérialiste les peuples de
                ces pays et, avec le soutien de l’Union soviétique et du camp socialiste tout entier, elle leur a assuré
                l’indépendance nationale. Le caractère antiféodal de la révolution s’est exprimé dans la large
                démocratisation du régime social et politique, dans l’abolition de la monarchie là où elle existait, dans
                la réalisation de transformations agraires révolutionnaires : les terres des grands propriétaires
                fonciers ont été confisquées et partagées entre les paysans qui n’avaient pas de terre ou en avaient très
                peu. Au fur et à mesure que les tâches antiféodales ont été accomplies, la révolution démocratique
                bourgeoise s’est transformée en révolution socialiste, ce qui s’est traduit par la nationalisation
                socialiste de la grande et de la moyenne industrie, des transports, des banques, du commerce
                extérieur, du commerce intérieur de gros. L’État de démocratie populaire s’est mis à exercer avec
                succès les fonctions de la dictature du prolétariat.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">Durant la période de transition du capitalisme au socialisme, il existe trois types économiques
                fondamentaux dans l’économie des pays de démocratie populaire : socialisme, petite production
                marchande et capitalisme, le rôle dirigeant appartenant au type d’économie socialiste. L’État de
                démocratie populaire, qui s’inspire des lois économiques objectives et s’appuie sur le secteur
                socialiste, édifie le socialisme en combattant les éléments capitalistes.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">L’industrialisation socialiste des pays européens de démocratie populaire est la condition décisive
                pour bâtir le socialisme et élever le bien-être du peuple. Grâce aux avantages des formes socialistes
                d’économie, à l’entraide et à la coopération au sein du camp socialiste, les pays de démocratie
                populaire avancent rapidement dans la voie du développement industriel en assurant le
                développement par priorité de l’industrie lourde.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">La transformation socialiste de l’agriculture est une condition nécessaire à la victoire du socialisme
                dans les pays européens de démocratie populaire. La transformation socialiste des exploitations
                paysannes s’opère, dans ces pays, par leur groupement graduel et volontaire en coopératives de
                production, la terre restant la propriété privée des paysans. La socialisation de toute la terre résultera
                du développement des formes supérieures des coopératives de production. L’essor de l’agriculture est
                obtenu par le développement continu des coopératives de production, par l’aide croissante venant de
                l’industrie socialiste ainsi que par la mise en œuvre des possibilités de développement que recèle
                encore l’exploitation paysanne individuelle.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">L’édification du socialisme dans les pays européens de démocratie populaire conduit à l’élévation
                constante du niveau de vie matérielle et culturelle des travailleurs. Dans ces pays, le chômage a
                disparu le salaire réel des ouvriers et employés, ainsi que les revenus réels des paysans augmentent.</p></item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3 type="chapitre" n="42" xml:id="chap42">
            <head>Chapitre 42 — Le régime économique de la république populaire de chine</head>
            <div4 type="section" n="1" xml:id="chap42sect01">
              <head>42.1. Les conditions préalables à la révolution populaire en Chine.</head>
              <p rend="alinéa">Jusqu’à la victoire de la révolution populaire, la Chine était un pays agricole retardataire, dépendant
              des puissances impérialistes. L’économie chinoise revêtait un caractère semi-féodal et semi-colonial.</p>
              <p rend="alinéa">Le caractère <emph>semi-féodal</emph> de l’économie résidait dans la domination de la propriété des grands
              propriétaires fonciers féodaux et dans les méthodes semi-féodales d’exploitation de la paysannerie, ce
              qui était la principale cause de la stagnation, du retard et de l’absence de droits du pays. La terre était
              cultivée avec des procédés primitifs. D’ordinaire, les grands propriétaires fonciers n’exploitaient pas un
              grand domaine, mais louaient la terre aux paysans par petites parcelles. Le fermage était la forme de
              faire-valoir la plus usitée, le sol étant généralement affermé pour une période indéterminée ou à
              perpétuité. Les formes précapitalistes de la rente : rente-travail, rente en nature et rente en espèces
              étaient les plus largement répandues.</p>
              <p rend="alinéa">Le caractère <emph>semi-colonial</emph> de l’économie résidait dans le fait que pendant longtemps, les impérialistes
              étrangers y ont fait la loi. D’une part, l’intrusion de l’impérialisme étranger a accéléré la décomposition
              des rapports féodaux et, d’autre part, ayant intérêt à maintenir les survivances féodales en Chine,
              l’impérialisme a traité avec les forces féodales et a freiné le développement du capitalisme chinois. La
              clique des grands propriétaires fonciers et de la bourgeoisie compradore, qui gouvernait la Chine,
              favorisait par tous les moyens la pénétration des monopoles étrangers dans l’économie du pays. Malgré
              un certain développement, le capitalisme n’est pas devenu le principal type d’économie de la Chine.</p>
              <p rend="alinéa">Jusqu’à la révolution, la Chine est restée un pays où le capitalisme était extrêmement peu développé.
              L’industrie moderne, l’industrie lourde surtout, était très faible. Les monopoles étrangers freinaient le
              développement de l’industrie, surtout des branches produisant les moyens de production ; ils
              maintenaient le pays dans un état de retard technique et économique. Les entreprises industrielles
              modernes n’existaient que dans très peu de régions côtières et au nord-est tandis que sur presque tout
              l’immense territoire du pays on ne connaissait absolument pas l’industrie mécanique. Avant la
              révolution, en Chine, la production de l’industrie moderne ne s’élevait qu’à 17 % de la somme globale
              de la production industrielle et agricole. La majeure partie des articles industriels était fabriquée par de
              petites entreprises artisanales et des manufactures. En même temps, le développement des rapports
              marchands à la ville et à la campagne aggravait à l’extrême le joug insupportable des formes
              semi-féodales d’exploitation de la paysannerie. L’extension du travail salarié avait créé de
              nombreux cadres de prolétaires à la ville et à la campagne.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les grands propriétaires fonciers, qui représentaient de 4 à 5 % de la population rurale, détenaient plus de la
              moitié du sol ; les paysans pauvres et moyens, soit 90 % de la population rurale, ne possédaient que 30 % des
              terres. Les paysans prenaient la terre en <emph>métayage</emph> et remettaient au propriétaire foncier de 50 à 70 % de la
              récolte en échange du droit de cultiver sa terre et d’employer son cheptel. Les paysans pauvres et moyens — la
              grande masse de la population rurale — étaient obligés de solliciter des prêts en argent et en nature auprès des
              grands propriétaires fonciers et des usuriers. Environ 60 % des exploitations paysannes avaient constamment
              recours à l’« aide » des usuriers pour payer les impôts ; la moitié environ des paysans manquaient régulièrement
              de vivres et devaient en emprunter chez les riches. Les usuriers et les propriétaires fonciers percevaient des
              intérêts énormes pour les prêts qu’ils consentaient aux paysans.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La Chine tombait de plus en plus dans la
              dépendance des puissances impérialistes : de l’Angleterre, du Japon et des États-Unis principalement. 75 % des
              capitaux investis dans l’industrie appartenaient à des étrangers. L’impérialisme américain avait acquis, depuis
              1930-1940, une place prépondérante en Chine. En 1938, 23 % du commerce extérieur chinois et, en 1946, 53 %
              se faisaient avec les États-Unis. Les monopoles américains contrôlaient l’industrie, le commerce intérieur et
              extérieur, les finances.</p>
              <p rend="alinéa">Dès le milieu du siècle dernier, quand les puissances capitalistes ont commencé à pénétrer
              profondément en Chine, la classe des grands propriétaires féodaux qui gouvernait le pays s’est montrée
              absolument incapable de défendre l’État contre les atteintes des ennemis de l’extérieur, si bien que la
              Chine, cet immense pays, cessa en fait d’être un État indépendant. Le caractère semi-féodal et
              semi-colonial de l’économie chinoise déterminait la structure sociale de la population.</p>
              <p rend="alinéa">Les <emph>grands propriétaires fonciers</emph> constituaient la classe exploiteuse la plus réactionnaire. C’est
              principalement sur eux que s’appuyaient les impérialistes étrangers pour assujettir le peuple chinois.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>paysannerie</emph> était la classe la plus nombreuse. Depuis que les rapports marchands s’étaient
              développés à la campagne, une différenciation de classes se poursuivait dans son sein. À la veille de la
              victoire de la révolution populaire, les ouvriers agricoles (dépourvus de terre) et les paysans pauvres
              (insuffisamment pourvus de terre) constituaient 70 % de la population rurale ;
              les paysans moyens, 20 % et les paysans riches, de 5 à 6 %. Les masses fondamentales de la paysannerie, qui souffraient
              cruellement du joug de l’impérialisme et du féodalisme, haïssaient leurs oppresseurs.</p>
              <p rend="alinéa">Au 20<hi rend="ordinal">e</hi> siècle, le
              développement du capitalisme fit apparaître de nouvelles classes à côté des grands propriétaires
              fonciers et des paysans : la bourgeoisie et le prolétariat.</p>
              <p rend="alinéa">Dès ses premiers pas, <emph>la bourgeoisie</emph> s’est trouvée sous la dépendance économique étroite des
              impérialistes étrangers. La grande bourgeoisie <emph>compradore</emph> était étroitement liée à la propriété foncière
              féodale et aux capitalistes étrangers, pour la plupart américains, anglais et japonais. Elle servait d
              intermédiaire entre les impérialistes étrangers et le marche chinois et elle s’était assurée des richesses
              considérables par une exploitation impitoyable des masses ouvrières et paysannes. Sous la domination
              de la clique du Kouomintang, une petite poignée de monopolistes qui utilisaient largement le pouvoir
              de l’État pour piller le pays (et qu’on a appelée « le capital bureaucratique »), s’est emparée de
              positions importantes dans l’économie du pays.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>bourgeoisie nationale</emph> (surtout moyenne) constituait une autre fraction de la bourgeoisie. Les
              monopolistes étrangers entravant par tous les moyens le développement d’une industrie chinoise, la
              bourgeoisie nationale avait adopté une attitude d’opposition vis-à-vis des impérialistes étrangers et de
              la bourgeoisie compradore.</p>
              <p rend="alinéa">La bourgeoisie rurale, — les paysans riches, — employait largement la main-d’œuvre salariée (les
              ouvriers agricoles), alliant l’exploitation capitaliste de la paysannerie aux méthodes d’exploitation
              semi-féodales.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>petite bourgeoisie des villes</emph> (artisans, petits commerçants) constituait une couche très nombreuse
              de la population, couche parmi laquelle le mécontentement grandissait à l’égard de l’asservissement
              impérialiste et de l’oppression féodale.</p>
              <p rend="alinéa">À la veille de la victoire de la révolution populaire, le <emph>prolétariat industriel</emph> comptait environ 4
              millions de personnes. En dehors des prolétaires des fabriques et des usines, il existait des millions de
              prolétaires et de semi-prolétaires : dockers, portefaix (coolies, tireurs de pousse-pousse), terrassiers,
              ainsi qu’un prolétariat rural (ouvriers agricoles) qui s’élevait à plusieurs dizaines de millions de
              personnes. Le prolétariat industriel, fraction la mieux organisée et la plus consciente des masses
              laborieuses, dont il était l’avant-garde, a exercé, à partir de 1920-1930, une influence décisive sur la
              vie politique du pays.</p>
              <p rend="alinéa">Après la première guerre mondiale, sous l’influence de la grande Révolution
              socialiste d’Octobre en Russie, un large mouvement révolutionnaire, anti-impérialiste et antiféodal, lié
              au rapide essor du mouvement ouvrier, est né en Chine. La révolution chinoise, dont le but était de
              rejeter le joug de l’impérialisme et du féodalisme, est devenue une partie de la révolution mondiale.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="2" xml:id="chap42sect02">
              <head>42.2. Le caractère de la révolution chinoise.</head>
              <p rend="alinéa">La révolution populaire, qui a triomphé en Chine en 1949, avait de profondes racines historiques.
              Pendant longtemps, les impérialistes étrangers et l’État des féodaux et des compradores ont pillé et
              opprimé le peuple chinois. Le joug impérialiste et les méthodes féodales d’exploitation ont exacerbé à
              l’extrême les contradictions de classes et ont conduit le pays au bord de la catastrophe économique et
              politique. La révolution populaire est devenue la seule issue à la situation ainsi créée.</p>
              <p rend="alinéa">Étant donné la situation semi-coloniale du pays et la domination des rapports semi-féodaux, la
              révolution populaire a eu, en Chine, à sa première étape, le caractère d’une révolution <emph>démocratique
              bourgeoise de libération nationale</emph>. Les principales contradictions sur la base desquelles cette
              révolution est née et s’est développée étaient, d’une part, la contradiction entre le peuple chinois et
              l’impérialisme étranger et, d’autre part, la contradiction entre les masses populaires et le féodalisme. La
              révolution chinoise avait pour principaux ennemis les forces de l’impérialisme et du féodalisme qui
              agissaient en liaison étroite.
              De ce fait, la révolution était appelée à accomplir deux tâches indissolublement liées : d’une part,
              renverser le joug de l’impérialisme étranger et, d’autre part, renverser le joug des grands propriétaires
              fonciers féodaux à l’intérieur du pays. Ainsi, la révolution démocratique bourgeoise a été dès le début,
              en Chine, une révolution <emph>anti-impérialiste</emph> et <emph>antiféodale</emph>. Staline
              a dit en 1927 :</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">La révolution démocratique bourgeoise en Chine est à la fois une lutte contre les survivances
                  féodales et une lutte contre l’impérialisme.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  J. Staline,
                  « La révolution en Chine et les tâches de l’Internationale communiste »,
                  <title>Œuvres</title>, t. 9, p. 286-287 (éd. russe).
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Les principales forces motrices de la révolution populaire chinoise ont été la classe ouvrière et la
              paysannerie. La classe ouvrière a formé, avec la paysannerie, marchant sous sa direction, le gros de
              l’armée de la révolution, qui a donné au peuple chinois la victoire sur ses ennemis du dedans et de
              dehors. Au cours de la lutte révolutionnaire, il s’est formé un front démocratique populaire uni
              comprenant la classe ouvrière, la paysannerie, la petite bourgeoisie des villes, la bourgeoisie nationale,
              tous les éléments démocratiques du pays. La lutte révolutionnaire du peuple chinois a été dirigée par le
              Parti communiste qui, s’inspirant de la théorie marxiste-léniniste, applique cette théorie dans les
              conditions particulières de son pays et met à profit l’expérience de la révolution victorieuse en Union
              soviétique.</p>
              <p rend="alinéa">La révolution populaire chinoise présente cette particularité de s’être déroulée au moment de la crise
              générale du capitalisme, alors que le système mondial du capitalisme est en décadence et que le
              système socialiste vient prendre sa place, alors qu’il existe un camp du socialisme ayant à sa tête
              l’Union soviétique. Dans ces conditions, la révolution chinoise ne pouvait instaurer la dictature de la
              bourgeoisie et faciliter le développement du capitalisme. Elle a été une révolution démocratique
              bourgeoise d’un <emph>type nouveau</emph>, qui se transforme en révolution <emph>socialiste</emph>. Le Parti communiste chinois
              est parti du fait que, dans la situation internationale de l’époque contemporaine, la Chine évitera la voie
              de développement capitaliste à la suite de la révolution démocratique bourgeoise et suivra une voie
              non capitaliste, c’est-à-dire socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">Développant la théorie de Lénine concernant le caractère des révolutions coloniales à l’époque de la
              crise générale du capitalisme et la transformation de la révolution démocratique bourgeoise en
              révolution socialiste, Mao Tsé-toung écrit :</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Le mouvement révolutionnaire chinois dirigé par le Parti communiste chinois est dans son
                  ensemble un mouvement révolutionnaire complet comprenant les deux étapes de la révolution : la
                  révolution démocratique et la révolution socialiste. La nature de ces deux processus
                  révolutionnaires est différente, et c’est seulement après l’achèvement du premier que nous pouvons
                  travailler à la réalisation du second. La révolution démocratique est la préparation nécessaire à la
                  révolution socialiste, et la révolution socialiste est l’aboutissement nécessaire de la révolution
                  démocratique. Le but ultime de tous les communistes est de lutter pour la réalisation d’une société
                  socialiste, puis communiste.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  Mao Tsé-toung,
                  <title>La Révolution chinoise et le Parti communiste chinois</title>,
                  p 57-58, éditions en langues étrangères, Pékin, 1953.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Pendant près de trente années, les masses populaires du pays ont mené, sous la direction de la classe
              ouvrière et Parti communiste en tête, une lutte armée opiniâtre contre l’impérialisme étranger, contre la
              domination des féodaux et de la bourgeoisie compradore.</p>
              <p rend="alinéa">Dans cette lutte anti-impérialiste et antiféodale de longue haleine, le peuple chinois a créé de vastes
              bases révolutionnaires sur le territoire desquelles il a instauré le pouvoir démocratique populaire du
              front uni, réalisé des transformations sociales radicales et accumulé une riche expérience
              révolutionnaire ; il y a graduellement créé une puissante armée populaire et révolutionnaire qui a
              remporté la victoire en 1949. À l’étape de la révolution démocratique bourgeoise, la révolution
              chinoise a su réaliser avec succès le renversement, par les masses populaires dirigées par le prolétariat,
              de la domination de l’impérialisme étranger, du pouvoir des grands propriétaires fonciers féodaux et de
              la grande bourgeoisie monopoliste et compradore, elle a instauré une république de démocratie
              populaire, et procédé à des transformations agraires révolutionnaires.
              Au fur et à mesure que les objectifs de la révolution démocratique bourgeoise étaient atteints, cette
              dernière a évolué en révolution socialiste, elle a entrepris des transformations socialistes.</p>
              <p rend="alinéa">La République populaire de Chine est un <emph>État de démocratie populaire dirigé par la classe ouvrière et
              fondé sur l’alliance des ouvriers et des paysans</emph>. À l’étape socialiste de la révolution, le pouvoir de
              démocratie populaire s’est mis à remplir avec succès les fonctions de la dictature du prolétariat. Le
              pouvoir de démocratie populaire a développé l’édification des fondements du socialisme en même
              temps qu’il menait à bonne fin les tâches de la révolution démocratique. La Chine est entrée dans la
              <emph>période du passage</emph> au socialisme.</p>
              <p rend="alinéa">L’importance exceptionnelle de la Révolution chinoise consiste en ce qu’elle a ouvert la voie du
              développement socialiste à un immense pays à l’économie extrêmement retardataire dans laquelle
              prédominaient les formes semi-féodales et semi-coloniales d’économie. C’est là la principale
              particularité du développement économique de la République populaire de Chine par rapport aux pays
              européens de démocratie populaire. Dans les nouvelles conditions historiques, la possibilité s’est
              offerte à la Chine d’édifier avec succès le socialisme. Fort de l’aide du camp socialiste et de l’appui des
              masses, le pouvoir populaire a réalisé en des délais record de profondes transformations
              révolutionnaires dans l’économie chinoise et engagé le pays dans la voie de la construction du
              socialisme sans passer par le stade du capitalisme.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="3" xml:id="chap42sect03">
              <head>42.3. Les transformations agraires révolutionnaires.
              La nationalisation socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">Entre toutes les transformations sociales et économiques fondamentales accomplies dans la
              République populaire chinoise, celles qui ont été opérées dans le domaine agraire revêtent une
              importance exceptionnelle.</p>
              <p rend="alinéa">Pendant la guerre révolutionnaire, puis au cours des transformations
              agraires de 1950-1952, il a été mis fin au système féodal de possession de la terre et à l’exploitation
              féodale.</p>
              <p rend="alinéa">En vertu de « la Loi sur les transformations agraires », adoptée par le Gouvernement
              populaire central de Chine en 1950, les terres appartenant aux grands propriétaires fonciers ont été
              confisquées sans indemnité ; les terres des temples et des monastères ont également été réquisitionnées.
              Ont de même été confisqués les bêtes de trait, le matériel agricole des grands propriétaires fonciers
              ainsi que les locaux excédant leurs besoins. Les terres et les autres moyens de production confisqués
              ont été partagés entre les paysans en parts égales (par tête), indépendamment de l’âge, du sexe et de la
              nationalité. Le gros de la terre et du cheptel, ayant appartenu aux grands propriétaires fonciers, a été
              distribué aux paysans dépourvus ou insuffisamment pourvus de terre. Toutes les dettes contractées par
              les paysans chez les grands propriétaires fonciers pour l’affermage de la terre et chez les usuriers ont
              été abolies.</p>
              <p rend="alinéa">Les transformations agraires ont été réalisées par le pouvoir de démocratie populaire avec
              la participation active des grandes masses paysannes. Au début de 1953, elles ont été terminées dans
              tout le pays (à l’exception de quelques régions peuplées de minorités nationales) sur un territoire dont
              la population rurale s’élève à environ 450 millions d’habitants. Les paysans dépourvus ou
              insuffisamment pourvus de terre ont reçu 47 millions d’hectares de terre arable. En même temps, on a
              aboli l’ancienne fiscalité féodale, en vertu de laquelle il existait dans les campagnes une foule d’impôts
              généraux et locaux qui, de plus, étaient réclamés à la population des années à l’avance.</p>
              <p rend="alinéa">Les
              transformations agraires en Chine ont abouti à la disparition de la classe des propriétaires fonciers.
              À la grande propriété foncière s’est substituée la propriété privée du petit paysan sur la terre. Les forces
              productives de l’agriculture ont été débarrassées des entraves des rapports féodaux périmés. C’est ainsi
              qu’a été tracée la voie pour l’accomplissement de la tâche grandiose qu’est l’industrialisation de la
              Chine. Tout en accomplissant les transformations agraires qui ont achevé la révolution démocratique
              bourgeoise, le pouvoir démocratique populaire est entré dans la voie des transformations socialistes. Il
              a réalisé d’abord la nationalisation socialiste de la grande industrie et des banques : on a confisqué au
              profit de l’État populaire toutes les entreprises industrielles et commerciales, les banques, les moyens
              de transports et autres biens appartenant à la bourgeoisie monopoliste et à la bourgeoisie compradore.</p>
              <p rend="alinéa">Tous les traités inégaux conclus avec les États étrangers, toutes les anciennes lois et règlements
              douaniers qui permettaient aux impérialistes étrangers de piller le peuple chinois et d’étrangler
              l’industrie nationale, ont été liquidés. La plupart des entreprises appartenant au capital étranger ont été
              réquisitionnées. L’État a établi son contrôle sur le commerce extérieur. La Chine a définitivement
              secoué le joug impérialiste.</p>
              <p rend="alinéa">La nationalisation socialiste réalisée en Chine par le pouvoir de démocratie
              populaire présente cette particularité de n’avoir pas touché à la propriété de la bourgeoisie nationale,
              qui est dans sa majorité une bourgeoisie moyenne.</p>
              <p rend="alinéa">Elle a permis de créer un secteur d’État socialiste, qui constitue le principal point d’appui économique
              de l’État de démocratie populaire dans l’édification économique et culturelle.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="4" xml:id="chap42sect04">
              <head>42.4. Les types économiques et les classes dans la République populaire de Chine
              pendant la période de transition.</head>
              <p rend="alinéa">Les transformations agraires révolutionnaires et l’instauration de la propriété du peuple tout entier sur
              les leviers de commande de l’économie nationale ont entraîné de profondes modifications dans
              l’économie chinoise. Une économie à types multiples a pris la place pendant la période de transition de
              l’ancienne économie semi-féodale et semi-coloniale ; elle présente en Chine une série de particularités.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>secteur socialiste</emph> occupe une place déterminante dans l’économie à types multiples de la
              République populaire de Chine. Le secteur socialiste englobe, premièrement, les entreprises reposant
              sur la propriété de l’État et, deuxièmement, les entreprises reposant sur la propriété coopérative.</p>
              <p rend="alinéa">Sont propriétés d’État les entreprises qui étaient autrefois la propriété de la bourgeoisie compradore et
              des capitalistes étrangers, nationalisées par le pouvoir démocratique populaire, ainsi que les entreprises
              fondées par l’État après la victoire de la révolution : fabriques et usines, mines et centrales électriques,
              chemins de fer et autres moyens de transports, P.T.T., etc. Le sous-sol, les eaux, les forêts domaniales,
              les terrains suburbains, les terres vierges et les autres ressources naturelles sont aussi la propriété de
              l’État et appartiennent au peuple. Il en est de même, dans l’agriculture, des stations de machines et de
              tracteurs, des stations de louage et agrotechniques et des entreprises agricoles d’État. Dans la sphère de
              la circulation, les entreprises commerciales qui jouent un rôle déterminant dans le commerce de gros
              appartiennent à l’État. La presque totalité du commerce extérieur et des opérations bancaires est
              concentrée entre ses mains.</p>
              <p rend="alinéa">Ensuite, le secteur socialiste de l’économie englobe les entreprises coopératives qui reposent
              entièrement sur la propriété collective des masses laborieuses. Ici se rangent les coopératives d’achat et
              de vente, les coopératives de consommation et de crédit, les coopératives de production agricole de
              forme supérieure (kolkhoz) et une partie des coopératives de production artisanale dans lesquelles tous
              les moyens de production sont la propriété coopérative de leurs membres. Les coopératives d’achat et
              de vente subissent l’influence déterminante du commerce d’État et contribuent à resserrer les liens
              économiques entre la petite économie marchande du paysan et l’économie socialiste de l’État, à
              renforcer le caractère planifié de la fourniture d’articles industriels aux paysans, ainsi que celui de
              l’achat par l’État de céréales, de coton et d’autres matières premières destinées à l’industrie. Les
              coopératives de crédit sont liées à la Banque populaire d’État qui oriente leur activité et leur accorde
              son concours financier. L’État de démocratie populaire encourage par tous les moyens le groupement
              des paysans et des artisans individuels en coopératives de production, leur passage graduel des formes
              inférieures aux formes supérieures de ces coopératives.</p>
              <p rend="alinéa smaller">La part du secteur socialiste dans l’industrie et le commerce grandit rapidement. En 1949, 34 % de la production
              industrielle provenaient des entreprises d’État, 2 % des entreprises mixtes et 63 % des entreprises privées. Or, en
              1954, la part des entreprises d’État dans la production globale de l’industrie du pays est passée à 59 %, celle des
              entreprises mixtes à 12,3 % et celle des entreprises privées a été réduite à 24,9 %. En 1954, le commerce d’État et
              le commerce coopératif constituaient les 89 % de tout le commerce de gros.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En application du plan quinquennal,
              la part des organisations de l’État et des coopératives dans le commerce de détail doit passer de 34 % en 1952 à
              55 % en 1957.</p>
              <p rend="alinéa smaller">L’État contrôle l’ensemble du commerce extérieur ; plus de 90% des opérations d’importation et
              d’exportation, y compris tout le commerce avec l’U.R.S.S. et les pays de démocratie populaire, sont directement
              concentrés entre ses mains. La Banque populaire d’État a le privilège exclusif d’émettre des billets de banque et
              contrôle plus de 90 % des dépôts et des prêts.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En 1950, pour la première fois dans l’histoire de la Chine, un
              budget d’État unique a été dressé sur une base réelle. Depuis 1951, le budget est régulièrement exécuté avec un
              excédent des recettes sur les dépenses Plus de 60 % des sommes budgétaires de 1955 sont assignées pour
              l’édification économique, ainsi que pour les besoins sociaux, culturels et éducatifs. Plus de 89 % des crédits
              destinés à l’industrie par le budget de 1955 vont à l’industrie lourde.</p>
              <p rend="alinéa smaller">À la fin de 1954, les coopératives de vente et
              de consommation réunissaient 172 millions de personnes. Les coopératives de crédit à la campagne se présentent
              sous la forme de coopératives de crédit agricole, de groupes de crédit mutuel et de bureaux de crédit auprès des
              coopératives d’achat et de vente. Au printemps 1955, il y avait dans le pays 150 000 coopératives de crédit
              comptant plus de 90 millions de membres. Toutes les formes des coopératives de crédit se développent
              rapidement.</p>
              <p rend="alinéa">Le secteur socialiste est la force déterminante de toute l’économie nationale. Il est la base sur laquelle
              s’appuie l’État de démocratie populaire pour réaliser de nouvelles transformations socialistes. C’est sur
              la base de rapports de production socialistes que la loi économique fondamentale du socialisme est née
              et se manifeste. Dans le secteur socialiste, la production n’a pas pour but de faire des profits, mais de
              satisfaire les besoins croissants de toute la société. La production augmente sans cesse dans ce secteur.
              Les entreprises socialistes sont de plus en plus équipées de moyens techniques modernes. Mais l’action
              de la loi économique fondamentale du socialisme est pour le moment très restreinte, du fait que les
              formes d’économie fondées sur la propriété privée sont encore dominantes dans l’économie nationale.</p>
              <p rend="alinéa">Grâce à la propriété sociale des moyens de production, la loi économique du développement
              harmonieux (proportionné) de l’économie nationale est apparue face à la loi de la concurrence et de
              l’anarchie de la production et elle commence à agir. En s’appuyant sur le secteur socialiste, le pouvoir
              populaire établit les plans à court et à long terme de l’économie nationale. Les entreprises d’État se
              développent d’après le plan. Elles appliquent le principe de la gestion équilibrée. Les ouvriers et les
              employés sont rémunérés selon la quantité et la qualité du travail accompli. L’État fixe le prix des
              principales marchandises industrielles et agricoles, règle la circulation monétaire et contrôle le
              commerce extérieur. Il exerce ainsi une influence régulatrice sur les autres secteurs de l’économie
              nationale. Pour assurer la satisfaction des besoins du pays en vivres et autres marchandises et
              surmonter les tendances capitalistes spontanées, l’État a instauré un système planifié d’achat et de
              fourniture de céréales, de matières grasses et de cotonnades, ainsi que d’achat du coton.</p>
              <p rend="alinéa">Au secteur socialiste s’ajoutent différentes sortes de coopératives qui reposent en partie sur la propriété
              collective des travailleurs et sur leur travail en commun. Ces coopératives de type semi-socialiste sont,
              en Chine, la principale forme transitoire dans la transformation socialiste de l’agriculture et de
              l’industrie artisanale. À ces formes transitoires appartiennent les brigades d’entraide pour la production
              agricole, dans lesquelles on emploie le travail collectif des paysans pour effectuer certains travaux.
              Elles laissent subsister non seulement la propriété privée du sol, mais aussi celle des instruments de
              production agricole et des produits obtenus. Progressivement, ces formes de coopération évoluent en
              coopératives de production agricole dans lesquelles la terre entre dans la coopérative à titre de
              participation et l’exploitation est gérée en commun. Dans les conditions historiques concrètes de la
              Chine, l’emploi large et progressif des formes d’exploitation coopérative transitoires les plus simples
              permet d’amener avec plus de succès la masse des paysans individuels à la production collective.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Dès avant la constitution de la République populaire chinoise, pendant les guerres révolutionnaires, des
              organisations d’entraide pour la production agricole, qui portaient en elles les germes du socialisme, ont été
              créées à la campagne après l’accomplissement de transformations agraires. Alors déjà des coopératives de
              production agricole de type semi-socialiste et de type socialiste étaient nées dans les régions libérées. Cependant,
              c’est seulement après la constitution de la République populaire chinoise que l’organisation sur une vaste échelle
              de brigades d’entraide pour la production agricole et la création en masse de coopératives de production agricole
              sur la base des brigades d’entraide dans le travail commencèrent.</p>
              <p rend="alinéa smaller">À la fin de 1951, il y avait en Chine plus de 300
              coopératives de production agricole, tant de type socialiste que de type semi-socialiste. À la fin de 1953, leur
              nombre dépassait 14 000, il avait été multiplié par 47 en deux ans. En juin 1955, on comptait déjà dans le pays
              650 000 coopératives de production agricole englobant 16 900 000 exploitations paysannes. Ainsi, il revient en
              moyenne 26 foyers à chaque coopérative. Le nombre global des exploitations groupées dans les brigades
              d’entraide pour la production agricole et dans les coopératives de production agricole s’est élevé, en 1954, à 60 %
              de toutes les exploitations paysannes.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>secteur de la petite production marchande</emph> englobe les exploitations des paysans et des artisans
              reposant sur la petite propriété privée de la terre et des autres moyens de production et sur le travail
              personnel. Tant que la Chine est encore un pays agraire à l’industrie faiblement développée, la petite
              production marchande continue à occuper une place prédominante dans l’économie et à être la source
              des moyens d’existence des grandes masses de la population. Les transformations agraires
              révolutionnaires ont considérablement accru le nombre des paysans moyens. Un grand nombre de
              paysans pauvres et d’ouvriers agricoles qui ont reçu de la terre, se sont mis à la cultiver pour leur
              propre compte et le paysan moyen est devenu la figure centrale à la campagne.</p>
              <p rend="alinéa">Le secteur de la petite production marchande comprend aussi la production artisanale, particulièrement
              répandue dans les campagnes, les petits établissements commerciaux des villes, les petits ateliers
              desservant les besoins courants de la population, etc.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Dans l’agriculture chinoise, la petite production paysanne, dispersée et retardataire, prédomine. La terre est
              morcelée en parcelles minuscules et travaillée à la main par les paysans ou à l’aide de vieux instruments aratoires
              primitifs, tirés par des bêtes de trait. Mais, peu à peu, les machines et les instruments agricoles modernes, fournis
              aux exploitations paysannes par l’industrie lourde chinoise en plein développement, viennent faire la relève de la
              technique retardataire de l’agriculture. On compte à peu près 110 millions de petites et très petites exploitations
              paysannes dans la campagne chinoise. Il y a dans le pays 30 millions d’artisans environ. La majeure partie des
              marchandises industrielles utilisées par la paysannerie est fabriquée par les artisans.</p>
              <p rend="alinéa">La petite production marchande, paysanne et artisanale, engendre inévitablement des éléments de
              capitalisme. Il se produit à la campagne une différenciation de classes : la paysannerie se décompose
              en paysans pauvres et paysans riches. Mais, en régime de démocratie populaire, cette différenciation
              reste limitée.</p>
              <p rend="alinéa">Dans le secteur de la petite production marchande, c’est la loi de la valeur, dont l’action s’exerce de
              façon spontanée, qui garde le rôle de régulateur. Son action sur la production est également importante
              dans le secteur socialiste. À mesure que la propriété d’État et la propriété coopérative se renforcent, et
              que la loi du développement harmonieux de l’économie nationale étend son champ d’action, l’État
              contrôle de mieux en mieux la loi de la valeur, la monnaie, le commerce et il en fait autant
              d’instruments de l’édification socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">Le pouvoir de démocratie populaire aide les exploitations paysannes individuelles et les artisans à tirer
              parti de toutes les possibilités de production dont ils disposent. En même temps, il les encourage au
              maximum à s’engager dans la voie du développement socialiste par la coopération, celle-ci devant
              toujours être librement consentie.</p>
              <p rend="alinéa">Dans l’économie de la Chine, il existe encore des vestiges du régime patriarcal. Une partie importante
              des paysans vivant dans les régions éloignées et peu peuplées du pays ont une exploitation naturelle et
              semi-naturelle (patriarcale) sous forme d’agriculture primitive et d’élevage nomade, qui satisfait les
              besoins personnels des paysans et qui est très peu liée à l’échange et au marché. Le pouvoir populaire
              encourage la création, dans ces régions, de groupes d’entraide et de coopératives d’éleveurs.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>secteur capitaliste privé</emph> comprend les entreprises industrielles capitalistes dans les villes, les
              exploitations des paysans riches à la campagne, les entreprises du capital commercial. À ce secteur se
              rattachent également de nombreux ateliers artisanaux employant une main-d’œuvre salariée et les
              manufactures, dont le nombre est assez élevé. Le secteur capitaliste privé occupe une grande place
              dans l’économie de la Chine.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En 1953, il y avait en Chine plus de 200 000 entreprises capitalistes privées où étaient occupés plus de 2 750 000
              ouvriers et employés. La valeur de la production de ces entreprises atteignait 38 % de la valeur de toute la
              production industrielle du pays. En 1957, d’après le plan quinquennal, la part du capital privé dans la production
              industrielle tombera à 12% à peu près et celle des entreprises privées dans le commerce de détail sera d’à peu
              près 21 %.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Depuis l’abolition de la propriété féodale des grands propriétaires fonciers, subsistent dans la
              campagne chinoise la propriété capitaliste des paysans riches et l’océan infini de la petite propriété individuelle
              des paysans, sur la base de laquelle les éléments capitalistes grandissent spontanément ; de nouveaux paysans
              riches apparaissent et une partie des paysans moyens aisés essaient de devenir des paysans riches.</p>
              <p rend="alinéa">La loi de la valeur est régulatrice de la production dans le secteur capitaliste privé. En même temps, la
              loi de la plus-value reste en vigueur. Cependant, sa sphère d’action est de plus en plus limitée.</p>
              <p rend="alinéa">À l’égard de l’industrie et du commerce capitalistes, le pouvoir populaire de Chine fait une politique
              d’utilisation, de limitation et de transformation ayant pour but final de liquider le système
              d’exploitation capitaliste, de liquider les classes exploiteuses, de remplacer la propriété capitaliste par
              la propriété du peuple sur les moyens de production. Dans les conditions concrètes de la Chine, pour
              atteindre ce but, il faudra un temps relativement long.</p>
              <p rend="alinéa">Étant donné le retard économique de la Chine et
              la prédominance d’une petite production marchande morcelée, le pouvoir populaire utilise sous son
              contrôle l’industrie et le commerce privés pour étendre la production industrielle et agricole, accumuler
              des fonds, former des techniciens, maintenir le plein emploi de la population. En vue d’accroître la
              production industrielle et agricole et de développer la circulation des marchandises, le pouvoir
              populaire accorde des crédits aux entreprises privées, il leur passe des commandes de marchandises
              déterminées, il leur fournit des matières premières et achète leurs produits finis.</p>
              <p rend="alinéa">En même temps, il fait une politique de limitation des tendances exploiteuses des capitalistes à la ville
              et des paysans riches à la campagne. Le pouvoir populaire réprime l’activité des capitalistes qui
              essaient de faire monter les prix des marchandises en tournant les lois existantes, de mettre en échec le
              contrôle de la classe ouvrière sur les entreprises privées, d’empêcher la réalisation des plans d’État et
              de porter ainsi préjudice aux intérêts du peuple. La politique fiscale joue le rôle essentiel dans la
              limitation des éléments capitalistes de la ville et de la campagne.</p>
              <p rend="alinéa">Le pouvoir populaire encourage la transformation des entreprises industrielles et commerciales du
              capitalisme privé en entreprises mixtes de différents genres en créant graduellement les conditions
              nécessaires à la transformation de la propriété des capitalistes en propriété nationale du peuple tout
              entier.</p>
              <p rend="alinéa">Le <emph>capitalisme d’État</emph> comprend les entreprises capitalistes qui sont liées au secteur économique d’État
              et collaborent avec lui sous différentes formes. Il est représenté par des entreprises industrielles et
              commerciales, des banques, des sociétés de crédit.</p>
              <p rend="alinéa">Les formes principales du capitalisme d’État représentant les degrés successifs de son développement,
              qui se sont répandues en Chine, sont les suivantes : la forme inférieure du capitalisme d’État, qu’est le
              système des achats périodiques de produits aux entreprises privées par les organismes d’État ; la forme
              moyenne qu’est la transformation par des entreprises privées, de matières premières et de produits
              semi-finis appartenant à l’État, que sont les commandes d’État en produits finis, les achats centralisés,
              les débouchés garantis ; la forme supérieure qu’est la création d’entreprises mixtes dites entreprises
              privées d’État. Ce sont des entreprises dans lesquelles l’État investit des fonds et dans lesquelles il a ses
              fondés de pouvoir pour diriger la production de concert avec des capitalistes. Dans ces entreprises, le
              rôle dirigeant revient à l’État. L’exploitation du travail par le capital y est limitée ; les capitalistes ne
              reçoivent qu’une partie des bénéfices. Avec le temps, cette forme supérieure de capitalisme d’État
              prend de plus en plus d’importance.</p>
              <p rend="alinéa">Le développement de toutes les formes de capitalisme d’État s’accompagne d’une
              lutte des classes.
              L’expérience de la Chine confirme entièrement la thèse de Lénine selon laquelle, dans la période de
              transition, le capitalisme d’État est</p>
              <reg resp="#dm" cert="high">
                <cit rend="display">
                  <quote>
                    la continuation de la lutte des classes sous une autre forme et nullement
                    la substitution de la paix des classes à la lutte des classes.
                  </quote>
                  <bibl>
                    V. Lénine,
                    « L’impôt en nature »,
                    <title>Œuvres</title>, t. 32, p. 368.
                  </bibl>
                </cit>
              </reg>
              <p rend="alinéa">Le développement du capitalisme d’État prépare les conditions nécessaires à la future nationalisation
              socialiste des entreprises.</p>
              <p rend="alinéa">Par conséquent, l’économie chinoise de transition compte actuellement les trois mêmes types essentiels
              d’économie : socialisme, petite production marchande et capitalisme, qui existaient en Union
              soviétique, dans la période du passage du capitalisme au socialisme et qui existent à l’heure actuelle
              dans les pays européens de démocratie populaire. Cependant, par suite du retard économique et
              technique hérité du passé, la part des formes d’économie socialiste dans l’économie de la Chine est
              beaucoup moins grande que dans celle des pays européens de démocratie populaire et la part du
              capitalisme, et surtout de la petite production marchande, y est relativement plus grande.
              Contrairement à ce qui se passe dans les pays européens de démocratie populaire, en Chine, on utilise
              largement le capitalisme d’État dans l’intérêt de l’édification socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">La structure de classes de la société chinoise s’est modifiée conformément aux changements intervenus
              dans l’économie. Les principales classes sont la <emph>classe ouvrière et la paysannerie</emph>. Aux masses
              laborieuses des ouvriers et des paysans s’ajoute le grand nombre des artisans et autres travailleurs de la
              ville et de la campagne. Il existe en outre une bourgeoisie nationale dans les villes, une classe de
              paysans riches à la campagne et une couche nombreuse de petits bourgeois dans les villes.</p>
              <p rend="alinéa">C’est en tenant compte de l’existence des types d’économie et des classes de la période de transition
              que le Parti communiste chinois, qui connaît et sait utiliser les lois économiques du développement de
              la société, a tracé la ligne générale de l’édification économique pour toute la durée de cette période. En
              1953, Mao Tsé-toung a dit :</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">La ligne générale et la tâche centrale du Parti dans cette période de transition, c’est de réaliser
                  progressivement, pendant un temps assez long, l’industrialisation socialiste du pays, de réaliser
                  progressivement la transformation socialiste de l’agriculture, de l’industrie artisanale, du commerce
                  et de l’industrie privée Cette ligne générale est le phare qui éclaire tout notre travail. Effectuer en
                  dehors d’elle un travail, quel qu’il soit, c’est commettre l’erreur de la déviation de droite ou de la
                  déviation de gauche.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  <title>Pravda</title>, 22 juin 1954.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">Le régime de démocratie populaire donne toute possibilité de supprimer l’exploitation et la misère, et
              de bâtir une société socialiste dans le pays. En Chine, pays immense à économie retardataire, aux
              conditions variées et complexes, la construction de la société socialiste constitue une œuvre
              gigantesque. Le Parti communiste chinois part du point de vue que la société socialiste sera édifiée,
              pour l’essentiel, environ au cours de trois quinquennats.</p>
              <p rend="alinéa">Le renforcement de l’alliance des ouvriers et des paysans, sous la direction de la classe ouvrière, joue
              un rôle décisif dans l’édification socialiste. C’est la condition fondamentale pour entraîner les masses
              paysannes à la construction du socialisme. Le pouvoir populaire tend, par sa politique, à développer au
              maximum l’alliance économique de l’industrie d’État et de l’économie paysanne, à amener les
              exploitations paysannes à se grouper en coopératives. Le Parti communiste chinois part du fait que,
              pour renforcer l’alliance des ouvriers et des paysans, il faut, en même temps qu’on y réalise
              graduellement l’industrialisation socialiste, réaliser graduellement la transformation socialiste de
              l’agriculture dans son entier. Cela signifie grouper les exploitations paysannes en coopératives,
              c’est-à-dire, passer des exploitations individuelles aux formes coopératives d’exploitation avec liquidation
              graduelle du système des exploitations de paysans riches, afin que toute la population rurale connaisse
              l’aisance.</p>
              <p rend="alinéa">En Chine, le front démocratique populaire uni, dirigé par la classe ouvrière, joue un rôle important
              dans la période transitoire. C’est un large rassemblement, fondé sur l’alliance des ouvriers et des
              paysans et comprenant tous les éléments patriotiques, c’est-à-dire également les éléments de la
              bourgeoisie nationale qui sont prêts à collaborer avec l’État de démocratie populaire. En vertu des
              conditions historiques particulières de la Chine qui était, dans le passé, opprimée par l’impérialisme
              étranger et qui ne peut être un État indépendant et puissant qu’en suivant la voie du socialisme, il y a
              non seulement la lutte entre la classe ouvrière et la bourgeoisie nationale, mais il existe aussi entre
              elles des relations de collaboration dans les affaires. Le pouvoir populaire fait participer la bourgeoisie
              nationale à la vie de l’État, à la solution des tâches à l’ordre du jour de l’édification économique tout en
              réprimant énergiquement toutes les formes d’activité antipopulaire.</p>
              <p rend="alinéa">La contradiction de classe essentielle, dans la période de transition, est celle qui existe entre les
              éléments socialistes et capitalistes de la ville et de la campagne, entre la classe ouvrière et les masses
              laborieuses de la paysannerie, d’une part, la bourgeoisie des villes et les paysans riches à la campagne,
              de l’autre. Pour édifier le socialisme, il faut résoudre la contradiction entre l’économie socialiste et
              l’économie capitaliste. Cette contradiction se résout par la réalisation graduelle de transformations
              économiques radicales qui modifient la physionomie de la Chine : industrialisation socialiste du pays,
              transformation socialiste de l’agriculture et de l’artisanat, transformation radicale de l’industrie et du
              commerce privés conduisant à la liquidation complète des rapports capitalistes dans ces branches de
              l’économie et à leur remplacement par des rapports socialistes. De plus, l’industrialisation socialiste du
              pays est le principal maillon de son édification socialiste, et la transformation de l’agriculture et de
              l’industrie artisanale, la transformation de l’industrie et du commerce privés en sont d’importantes
              parties constitutives, inséparables de l’industrialisation socialiste. La transformation socialiste de
              l’économie chinoise va de pair avec une lutte de classes acharnée contre les éléments socialistes et les
              éléments capitalistes qui se déroule pour décider « qui l’emportera ».</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="5" xml:id="chap42sect05">
              <head>42.5. Les voies de l’industrialisation socialiste en Chine.</head>
              <p rend="alinéa">En une brève période, de 1949 à 1952, la République populaire de Chine a relevé l’économie
              nationale, ruinée par une guerre prolongée. Dès 1952, la production, dans les branches-clés de
              l’industrie et dans l’agriculture, avait dépassé le niveau le plus élevé qu’elle eût jamais atteint dans le
              passé. La part des formes socialistes d’économie a augmenté et leur rôle déterminant s’est affirmé dans
              l’ensemble de l’économie nationale.</p>
              <p rend="alinéa">Au cours de la même période, on a achevé l’unification de tout le territoire continental de la Chine, on
              a terminé les transformations agraires, on a appliqué une série de mesures de transformation
              démocratique du régime social et de répression des éléments contre-révolutionnaires. La consolidation
              du système financier et la réforme monétaire ont marqué le début de la stabilisation des prix. Tout cela
              a préparé les conditions nécessaires au développement de l’édification économique planifiée, qui a
              pour but la réorganisation graduelle de la société.</p>
              <p rend="alinéa">À partir de 1953, la République populaire de Chine est passée à l’exécution du premier plan
              quinquennal de développement de l’économie nationale (1953-1957). Ce plan a été ratifié sous sa
              forme définitive par la deuxième session de l’Assemblée des représentants du peuple de toute la Chine,
              en juillet 1955, mais on a commencé à en réaliser les objectifs fondamentaux dès 1953.</p>
              <p rend="alinéa">Le premier
              plan quinquennal de développement de l’économie nationale de la République populaire de Chine est
              surtout appelé à créer la base initiale de l’industrialisation socialiste du pays. Conformément à la loi
              économique du développement prioritaire de la production des moyens de production, le premier plan
              quinquennal prévoit la concentration des forces principales du pays sur la création
              de l’industrie lourde : métallurgie, industrie des combustibles, industrie énergétique, constructions mécaniques, industrie
              chimique, comme base des bases du développement de toute l’économie nationale. Le gouvernement
              démocratique populaire de Chine part du fait que c’est seulement sur la base de l’industrie lourde qu’on
              peut assurer l’essor de toutes les branches de l’industrie et de l’agriculture, la satisfaction des besoins de
              la défense du pays et l’élévation constante du niveau de la vie matérielle et culturelle du peuple. À côté
              de l’objectif principal : développer l’industrie lourde au maximum, le plan quinquennal prévoit aussi
              l’essor des moyens de transports, de l’industrie légère, de l’agriculture, l’extension du commerce en
              assurant l’accroissement systématique de la part des formes d’économie socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">En même temps, le plan quinquennal a pour objectif de créer la base initiale de la transformation
              socialiste de l’agriculture et de l’industrie artisanale, de créer les conditions pour la transformation
              socialiste de l’industrie et du commerce privés, d’élever progressivement le niveau de la vie matérielle
              et culturelle du peuple sur la base de l’accroissement de la production.</p>
              <p rend="alinéa">La Chine dispose de toutes les
              conditions nécessaires et de vastes possibilités pour atteindre les objectifs de l’industrialisation
              socialiste du pays. La Chine possède de prodigieuses réserves humaines. La classe ouvrière chinoise,
              conduite par le Parti communiste, dirige l’édification économique et culturelle. Classe la plus avancée
              de la société, elle rassemble et entraîne par l’exemple d’un travail plein d’abnégation, par son esprit
              d’organisation et sa discipline, les couches les plus étendues de travailleurs dans la lutte pour le
              socialisme. L’alliance fraternelle des ouvriers et des paysans s’est affermie. L’industrialisation du pays
              jouit du soutien actif de centaines de millions de paysans. À la suite des transformations agraires, les
              paysans ont été débarrassés des paiements énormes qu’ils faisaient aux grands propriétaires fonciers,
              ce qui leur permet non seulement d’améliorer leurs conditions de vie, mais encore de réserver à
              l’industrialisation une partie des fruits de leur travail.</p>
              <p rend="alinéa">La Chine dispose en abondance des ressources naturelles indispensables au développement de toutes
              les branches d’industrie, de l’industrie lourde en premier lieu. Cependant, elle rencontre inévitablement
              dans cette voie des obstacles assez grands, dus au retard technique, au manque de cadres industriels
              qualifiés, à la répartition irrationnelle de l’industrie et aux disproportions entre ces diverses branches
              — héritage du passé —, à la prospection insuffisante des ressources naturelles, etc.</p>
              <p rend="alinéa">La Chine s’industrialise en construisant des entreprises qu’elle équipe de l’outillage le plus moderne et
              en reconstruisant de fond en comble un certain nombre de grandes usines, ainsi qu’en utilisant d’une
              façon plus rationnelle et plus complète les vieilles entreprises. La République populaire de Chine
              reçoit de l’Union soviétique et des pays européens de démocratie populaire un équipement de premier
              ordre ; elle bénéficie de leur très riche expérience technique, de leur expérience de l’organisation du
              travail et de la production dans de grandes entreprises socialistes.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Au cours du premier quinquennat,
              on prévoit la construction et la reconstruction de 3 000 objectifs dont 694 gros
              objectifs industriels ; les principaux sont les 156 entreprises équipées avec l’aide fraternelle de l’Union soviétique.
              La mise en marche de ces entreprises marquera un sérieux pas en avant dans le développement des branches
              principales de l’industrie et dans l’élévation du niveau technique de cette dernière. À la fin du quinquennat, la
              Chine créera sa propre industrie lourde qui assurera la base de l’industrialisation du pays. Le volume de la
              production industrielle exprimée en valeur sera presque doublé.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En application du plan quinquennal, la production des moyens de production devra augmenter de 126,5 % ; celle
              des marchandises de consommation, de 79,7 % et la part des moyens de production dans la somme globale de la
              production industrielle doit passer de 39,7 % en 1952 à 45,4 % en 1957.</p>
              <p rend="alinéa">L’industrialisation socialiste conduit à un essor particulièrement rapide de l’industrie d’État. Au cours
              du premier quinquennat, la valeur globale de la production industrielle doublera environ par rapport à
              1952 ; autrement dit, l’accroissement annuel moyen sera de près de 15 % ; on projette de multiplier par
              2,3 la valeur globale de la production de l’industrie d’État en 1957, soit un accroissement moyen
              d’environ 18 % par an. D’après le plan, à la fin du quinquennat, la part de la production des entreprises
              d’État, des entreprises coopératives et des entreprises mixtes (État et capital privé) dans l’ensemble de
              la production industrielle du pays s’élèvera à 88 % et celle des entreprises privées sera réduite à 12 %,
              sans compter que la majorité d’entre elles exécuteront des commandes d’État.</p>
              <p rend="alinéa">Le développement rapide de l’industrie exige des ressources considérables. Celles-ci proviennent avant
              tout des accumulations réalisées dans le secteur économique de l’État, des revenus du commerce
              intérieur et extérieur, et ensuite des impôts frappant les entreprises capitalistes, ainsi que de ceux
              acquittés par la population.</p>
              <p rend="alinéa">Une des conditions majeures du progrès de l’économie nationale chinoise est l’élévation de la
              productivité du travail des ouvriers et des paysans. Il y a émulation entre les ouvriers des entreprises
              d’État pour produire davantage, améliorer la qualité des produits, économiser les matières premières et
              tirer le meilleur parti de l’équipement. Les ouvriers d’élite sont matériellement encouragés. On compte
              des milliers de héros du travail qui ont été récompensés.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="6" xml:id="chap42sect06">
              <head>42.6. La transformation socialiste graduelle de l’agriculture.</head>
              <p rend="alinéa">Les transformations agraires révolutionnaires ont exercé une influence profonde sur le développement
              des forces productives de l’agriculture et la situation des masses paysannes chinoises. Pour la première
              fois, des mesures visant à accroître considérablement la production agricole sont appliquées dans
              l’ensemble du pays. Le gouvernement vient en aide aux paysans nécessiteux, auxquels il fournit des
              semences et accorde des crédits. La lutte est organisée contre les parasites de l’agriculture. La
              connaissance des méthodes modernes d’agriculture se répand de plus en plus. Le pouvoir populaire
              exécute, avec le concours des grandes masses paysannes, des travaux d’irrigation d’une grande
              importance dans les principales régions agricoles du pays, afin de mettre des dizaines de millions de
              paysans à l’abri des inondations.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les grands travaux du bassin de Houaïho, auxquels deux millions de personnes ont travaillé pendant trois ans,
              sont une des plus grandes entreprises hydrotechniques existantes. Les lits de 77 cours d’eau, d’une longueur totale
              de 3 000 kilomètres, ont été nettoyés et réaménagés ; 104 écluses ont été construites. À elle seule, la digue établie
              sur le cours inférieur du Houaïho préserve de l’inondation 20 millions de paysans. D’après des données
              incomplètes, les paysans ont, de 1950 à 1953, construit eux-mêmes plus de 6 millions de petits canaux
              d’irrigation, d’étangs et de réservoirs, creusé plus de 800 000 puits, relevé ou construit plus de 250 grands
              ouvrages d’irrigation. Grâce à quoi la superficie des terres irriguées s’est accrue de 56 millions de mou. (Un mou
              = 0,06 ha.)</p>
              <p rend="alinéa smaller">En 1954, on a terminé, sur le cours supérieur du Ioungtingho (Chine du Nord), la construction du
              réservoir d’eau de Kouanting, le plus grand de toute la Chine, qui protège de l’inondation la région de Pékin et de
              Tientsin.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Au cours du premier quinquennat, on réalisera des travaux qui permettront d’utiliser les eaux du
              Houangho et de contrôler entièrement ce fleuve. Le long du fleuve et de ses affluents, on construira des dizaines
              d’immenses jetées ; on projette aussi de construire un certain nombre de très grands réservoirs et des centrales
              hydro-électriques.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En 1952, la production agricole atteint le niveau le plus élevé qu’elle eût connu dans l’histoire de la Chine,
              dépassant de très loin les chiffres maximums d’avant-guerre. La récolte globale des céréales a été de 45 % et
              celle du coton d’environ 200 % supérieure à celle de 1949.</p>
              <p rend="alinéa smaller">D’après le plan, au cours du premier quinquennat, le volume global de la production de l’agriculture et des
              industries rurales auxiliaires augmentera de 23,3 % en valeur. À la fin du quinquennat, la production des vivres
              augmentera de 17,6 % par rapport à 1952 ; celle du coton, de 25,4 % ; du jute et du kenaf, de 19,7 % ; du tabac, de
              76,6 % ; de la canne à sucre, de 85,1 % ; de la betterave sucrière, de 346,4 % ; les surfaces plantées en oléagineux
              augmenteront de 37,8 %. On présume qu’après deux quinquennats ou un peu plus, la récolte des céréales sera
              portée à 275 ou 300 millions de tonnes, dépassant de 70 % le niveau de 1952 ; on aura ainsi en moyenne 500
              kilogrammes de céréales par habitant et par an.</p>
              <p rend="alinéa">Malgré les nets progrès réalisés par l’agriculture de la République populaire de Chine, la situation du
              pays est la suivante : la population est immense ; il n’y a pas assez de terres cultivées ; il y a de temps en
              temps des calamités agricoles ; les méthodes de gestion des exploitations sont retardataires à la
              campagne. La petite exploitation paysanne n’est pas en état de satisfaire les besoins sans cesse accrus
              de la population en vivres et ceux de l’industrie en matières premières agricoles. Il existe une
              contradiction aiguë entre le bas niveau de production des céréales marchandes et des matières
              premières agricoles, d’un part, et l’accroissement rapide des besoins de l’État en vivres et en matières
              premières, d’autre part. Il est impossible, sur la base de la petite production, d’enrayer la différenciation
              qui se poursuit au sein des masses fondamentales de la paysannerie, d’améliorer foncièrement leur
              situation et de leur assurer l’aisance.</p>
              <p rend="alinéa">La victoire de la révolution démocratique populaire a ouvert à l’agriculture chinoise la voie d’une
              transformation socialiste graduelle. Le Parti communiste et le gouvernement populaire ont tracé et
              réalisent un plan prévoyant le passage graduel et volontaire de la petite exploitation paysanne privée à
              la grande exploitation socialiste collective, en partant du fait que l’industrialisation socialiste ne peut
              pas se faire isolément, en dehors de la coopération dans l’agriculture.</p>
              <p rend="alinéa">Dans la décision du Comité central du Parti communiste chinois en date du 16 décembre 1953 sur « Le
              développement des coopératives de production agricole », il est dit :</p>
              <cit rend="display">
                <quote>
                  <p rend="alinéa">Afin de développer les forces productives de l’agriculture, le Parti a assigné à son activité dans les
                  campagnes l’objectif central suivant : usant de formes d’action et de méthodes compréhensibles
                  aux paysans et acceptables pour eux, faire l’éducation des masses paysannes et les amener
                  graduellement à se grouper et à s’organiser ; réaliser progressivement une réorganisation socialiste
                  de l’agriculture, afin de transformer cette dernière, fondée sur la petite exploitation marchande,
                  individuelle et arriérée, en une économie coopérative avancée et hautement productive ; remédier
                  progressivement à la disproportion entre l’industrie et l’agriculture et donner au paysan la
                  possibilité de s’affranchir progressivement de la misère, de parvenir à une vie aisée et heureuse.</p>
                </quote>
                <bibl>
                  <title>La Chine populaire</title>, n<hi rend="ordinal">o</hi> 8, 1954.
                </bibl>
              </cit>
              <p rend="alinéa">La voie du rassemblement graduel des paysans pour la production en commun, tracée par le Parti
              communiste chinois, passe par les brigades d’entraide pour la production agricole pour aller vers les
              petites coopératives de production agricole de type semi-socialiste, puis vers les grandes coopératives
              de production agricole de forme supérieure, reposant entièrement sur la propriété sociale des moyens
              de production et ayant un caractère complètement socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">Les <emph>brigades d’entraide pour la production agricole</emph> rassemblent plusieurs exploitations paysannes
              pour la réalisation en commun de certains travaux agricoles, tout en maintenant la propriété privée de
              la terre et des autres moyens de production. De nombreuses brigades réunissent le travail des paysans,
              non seulement dans l’agriculture, mais aussi dans les métiers auxiliaires. Il existe dans ces brigades
              une certaine division et une certaine spécialisation du travail. Quelques-unes d’entre elles créent des
              fonds sociaux. Grâce au travail en commun, collectif, des paysans, ces formes de coopération
              présentent déjà de nets avantages sur l’exploitation individuelle des paysans. Les formes inférieures de
              coopération préparent les paysans individuels à passer aux coopératives de production agricoles.</p>
              <p rend="alinéa">Les <emph>coopératives de production agricoles</emph> de type semi-socialiste supposent la mise en commun des
              terres « en participation », la gestion de l’exploitation unique sur la base du travail collectif et
              l’établissement de fonds sociaux déterminés. Ici, les revenus sont répartis d’après la superficie de la
              terre constituant l’apport de chacun et d’après le travail exécuté dans l’exploitation collective. La terre
              et les autres moyens de production restent la propriété privée des membres de la coopérative ; les
              paysans sont rémunérés en fonction, non seulement de la terre, mais aussi du bétail et des instruments
              agricoles mis par eux à la disposition de la collectivité. Peu à peu, au fur et à mesure que ces
              coopératives se renforcent, la part des revenus répartis selon le travail augmente de plus en plus et la
              rémunération proportionnelle à l’apport de chacun perd de plus en plus de son importance, la propriété
              sociale croît sans cesse.</p>
              <p rend="alinéa">La <emph>forme supérieure de la coopération agricole</emph> est la coopérative de production de type analogue à
              l’artel agricole soviétique, fondée sur la propriété sociale des moyens de production, la terre comprise,
              et sur le travail collectif.
              Dans ces coopératives de production agricoles de type socialiste, les revenus sont répartis uniquement
              au prorata des journées-travail. Le passage des formes inférieures à la forme supérieure de groupement
              coopératif s’effectue graduellement en tenant compte des différences existant dans le développement
              économique, politique et culturel de chaque région et à la condition expresse de respecter les principes
              du libre consentement et de l’entraide. Le Parti communiste et le gouvernement de la République
              populaire de Chine ont engagé une lutte énergique aussi bien contre le laisser-aller dans l’organisation
              des coopératives paysannes, que contre les infractions au principe du libre consentement.</p>
              <p rend="alinéa">La coopération dans la campagne chinoise se déroule alors que l’industrialisation du pays commence à
              peine et que, par suite, la base nécessaire pour équiper l’agriculture de techniques modernes
              d’avant-garde n’existe pas encore. L’immense majorité des coopératives de production agricoles n’a pas encore
              la base matérielle de la production mécanisée. C’est seulement dans quelques-unes que la terre est
              cultivée à l’aide des machines fournies par les premières stations de machines et de tracteurs. Les
              autres coopératives cultivent la terre à la main et à l’aide du bétail et utilisent des instruments aratoires
              archaïques ou des outils plus perfectionnés.
              Mais même dans ces coopératives primitives, par suite de la simple association des moyens de
              production et du travail collectif des paysans, le rendement des cultures est en général plus élevé que
              dans les exploitations paysannes individuelles. Ce qui témoigne de la grande activité au travail des
              membres des coopératives, de la supériorité des coopératives sur les brigades d’entraide et, à plus forte
              raison, sur les exploitations individuelles.
              Le Parti communiste chinois part du fait que pendant les deux premiers quinquennats, les
              transformations sociales formeront le contenu principal des transformations à la campagne et les
              transformations techniques ne seront qu’accessoires. Mais au cours du troisième quinquennat, la
              transformation de la campagne résidera dans la réalisation simultanée des transformations sociales et
              techniques. Pour achever dans l’essentiel le rééquipement technique de l’agriculture à l’échelle de tout
              le pays, il faudra à peu près de 4 à 5 quinquennats, c’est-à-dire de 20 à 25 ans.</p>
              <p rend="alinéa">À l’heure actuelle, dans une série de régions agricoles de la Chine, le mouvement de masse pour la
              coopération de la campagne a déjà commencé et il s’étend rapidement à tout le pays. La majorité des
              paysans chinois est absolument décidée à marcher dans la voie socialiste. L’industrialisation socialiste
              du pays et ses succès renforcent de jour en jour cette volonté des paysans, qui comprennent que, seule,
              la voie de la réunion en coopératives, la voie du socialisme, les tirera de la misère et améliorera
              radicalement leur vie. Ce puissant mouvement vers le socialisme de plus de 500 millions d’habitants
              des campagnes chinoises a une immense portée internationale.</p>
              <p rend="alinéa">La réorganisation d’à peu près 110 millions d’exploitations paysannes individuelles sur des bases
              collectives et la réalisation des transformations techniques dans l’agriculture s’accompagnent de
              difficultés non négligeables. Le Parti communiste chinois, qui est à la tête du vaste mouvement des
              masses paysannes vers le socialisme, mobilise les masses pour venir à bout des difficultés sans ralentir
              le rythme de la coopération dans l’agriculture.</p>
              <p rend="alinéa">C’est en tenant compte de la grande expérience historique de l’Union soviétique dans l’édification du
              socialisme, que le Parti communiste chinois dirige la paysannerie dans sa marche sur la voie du
              socialisme. Selon les plans actuellement ébauchés, au printemps de 1958, les coopératives agricoles à
              caractère semi-socialiste engloberont 250 millions d’individus, ou 55 millions d’exploitations
              paysannes, c’est-à-dire la moitié de toute la population de la campagne. À ce moment-là, les
              transformations de caractère semi-socialiste seront achevées pour l’essentiel dans de nombreux
              districts et dans certaines provinces et, dans différentes régions du pays, une petite partie des
              coopératives de caractère semi-socialiste seront devenues des coopératives de caractère entièrement
              socialiste.
              Dans la première moitié du deuxième plan quinquennal, c’est-à-dire vers 1960, les transformations
              semi-socialistes seront achevées pour l’essentiel dans l’économie de la moitié la plus retardataire de
              l’agriculture. À ce moment-là, le nombre des coopératives agricoles de caractère entièrement socialiste
              sera devenu encore plus grand.</p>
              <p rend="alinéa">Dans la sphère de la circulation, les <emph>coopératives d’achat et de vente</emph>
              et les <emph>coopératives de crédit</emph> prennent toujours plus d’extension.
              Elles aident les paysans à s’affranchir peu à peu des commerçants
              et des usuriers qui les exploitaient. Elles facilitent la vente par les paysans de denrées alimentaires et
              de matières premières agricoles à l’État, la fourniture aux campagnes de moyens de production et
              d’objets de consommation, l’octroi aux paysans de crédits à bon marché, le développement des caisses
              d’épargne. Elles favorisent l’association des exploitations paysannes en coopératives de production
              agricoles.</p>
              <p rend="alinéa">Les entreprises agricoles d’État sont appelées à jouer un grand rôle dans la transformation
              socialiste des exploitations paysannes. Au début de 1955, il y avait plus de 100 grandes exploitations
              agricoles, mécanisées, d’État et plus de 2 000 exploitations agricoles d’État, rattachées à
              l’administration d’une circonscription ou d’un district, environ 100 stations de machines et de tracteurs,
              beaucoup de stations de louage et de stations agro-techniques. Les entreprises agricoles d’État
              apportent aux paysans une aide réelle en leur montrant dans la pratique les avantages de la grande
              exploitation mécanisée.</p>
              <p rend="alinéa">La réalisation graduelle des transformations socialistes dans l’agriculture se déroule au milieu d’une
              lutte de classe aiguë. Les paysans riches essaient par tous les moyens de faire échouer la coopération,
              de désorganiser les coopératives ou de les utiliser à leurs fins. Les masses fondamentales de la
              paysannerie surmontent la résistance des paysans riches et marchent avec assurance dans la voie
              coopérative qui correspond à leurs intérêts vitaux.</p>
              <p rend="alinéa">Le groupement des petits artisans individuels en coopératives fait partie intégrante des transformations
              socialistes réalisées au cours de la période de transition. Orientant le développement de la petite
              industrie artisanale dans la voie du socialisme, le pouvoir populaire organise les artisans dans les
              différents types d’artels de <emph>coopération artisanale</emph> (groupes de production dans l’industrie artisanale,
              coopératives d’achat et de vente, coopératives de production artisanale).</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="7" xml:id="chap42sect07">
              <head>42.7. L’élévation du niveau de la vie matérielle et culturelle du peuple chinois.</head>
              <p rend="alinéa">Dans la République populaire de Chine, la construction du socialisme va de pair avec une amélioration
              des conditions de travail et d’existence des ouvriers, des paysans et des intellectuels. Par suite de
              l’application des transformations agraires, la vie de la paysannerie chinoise s’est considérablement
              améliorée par rapport au passé. Cependant, les masses paysannes ne pourront sortir complètement de
              la misère qu’en marchant dans la voie socialiste : dans la voie de l’association au sein de coopératives
              agricoles.</p>
              <p rend="alinéa">La situation de la classe ouvrière s’est beaucoup améliorée. Dans les entreprises d’État et dans les
              entreprises privées, la journée de travail a été ramenée à 8 et 10 heures (au lieu de 14 et 16 heures
              autrefois) ; des conventions collectives sont conclues entre les entreprises et leurs ouvriers. À catégorie
              égale, le salaire des ouvriers et des employés est le même dans les entreprises d’État et dans les
              entreprises privées. Il a été créé dans tout le pays des syndicats qui groupent des ouvriers et des
              employés. En 1951, des assurances sociales ont été instituées pour les ouvriers et les employés.</p>
              <p rend="alinéa">Le peuple chinois a déjà remporté d’importants succès dans le domaine culturel. Avant la révolution,
              non seulement les ouvriers et les paysans n’avaient pas accès aux établissements d’enseignement
              secondaire et supérieur, mais les écoles primaires elles-mêmes leur étaient fermées ; environ 90 % de
              la population étaient illettrés. Dans la République populaire de Chine, l’instruction est à la portée des
              masses laborieuses.</p>
              <p rend="alinéa smaller">L’amélioration de la situation matérielle
              des travailleurs chinois se traduit par une élévation sensible du pouvoir
              d’achat de la population qui, dans la seule année 1953, a augmenté d’environ 20 %. Le volume global du
              commerce de détail a été, en 1953, de 80 % supérieur à ce qu’il avait été en 1950 (à parité de prix). En 1954, il a
              encore augmenté de 12 % par rapport à 1953. En 1952, le salaire des ouvriers et employés de toutes les
              entreprises d’État s’est accru de 60 à 120 % par rapport à 1949 dans les différentes branches. En 1953, il a
              augmenté en moyenne de 5 % par rapport à 1952 et, en 1954, de 5,2 % encore.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En 1955, plus de 55 millions d’enfants
              ont fréquenté l’école primaire, soit 2,4 fois plus que le nombre maximum
              d’écoliers enregistré avant la libération de la Chine. À la même date, on comptait 4 600 000 élèves dans les
              écoles secondaires et 290 000 étudiants dans les établissements d’enseignement supérieur. En 1954, plus d’un
              dixième des adultes et des enfants du pays ont suivi les divers cours du soir.</p>
              <p rend="alinéa">Pour transformer la Chine, autrefois pays agraire arriéré, en une grande puissance socialiste ayant une
              industrie moderne très développée, il faudra surmonter de sérieuses difficultés économiques et
              financières. L’accroissement des forces productives a une importance décisive pour l’élévation du
              bien-être du peuple. Le peuple chinois part du fait que c’est seulement en étendant et en accroissant sans
              cesse la production, en élevant la productivité du travail, en réalisant des économies rigoureuses en
              tout, qu’il pourra échapper progressivement à une misère séculaire, consolider les grandes conquêtes
              historiques de la révolution populaire et s’assurer un avenir heureux.</p>
              <p rend="alinéa">La révolution a transformé radicalement la condition de la femme. La femme jouit de droits politiques
              égaux à ceux de l’homme, elle prend une part active à la vie économique, sociale et politique du pays.
              À travail égal, elle reçoit aujourd’hui un salaire égal à celui de l’homme. Lors de la réforme agraire, la
              paysanne a reçu un lot de terre au même titre que l’homme. Une grande attention est portée à la
              protection de la mère et de l’enfant.</p>
              <p rend="alinéa">La victoire de la révolution démocratique populaire a arraché le
              peuple chinois à l’asservissement national ; elle a créé, pour toutes les nationalités de la Chine libre, les
              conditions d’un progrès économique et culturel, sur la base d’une égalité complète.</p>
              <p rend="alinéa">Le triomphe de la révolution populaire et l’édification du socialisme en Chine ont une portée historique
              mondiale. Leur rôle est particulièrement important pour les pays coloniaux et semi-coloniaux qui, par
              leur situation politique et économique, sont placés dans des conditions voisines de celles où se trouvait
              la Chine avant la victoire de la révolution populaire. L’exemple du grand peuple chinois encourage les
              peuples de ces pays à mener une lutte énergique contre l’impérialisme et le féodalisme, pour la
              libération nationale et sociale.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume" n="42" xml:id="chap42resume">
              <head>Résumé du chapitre 42</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
                <item><p rend="alinéa">En se développant, la révolution populaire chinoise, qui était d’abord une révolution démocratique
                bourgeoise, s’est transformée en révolution socialiste et la Chine est entrée dans la période de passage
                au socialisme. La République populaire de Chine, née de la victoire de la révolution, est un État de
                démocratie populaire dirigé par la classe ouvrière et reposant sur l’alliance des ouvriers et des
                paysans. Cet État remplit avec succès les fonctions de la dictature du prolétariat.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">L’État de démocratie populaire a réalisé de profondes transformations sociales et économiques.
                Grâce aux transformations agraires révolutionnaires, la terre et les autres moyens de production des
                grands propriétaires fonciers ont été confisqués sans indemnité et partagés en parts égales (par tête)
                entre les paysans, dont ils deviennent la propriété privée. Par ailleurs, l’État de démocratie populaire
                a procédé à des transformations de caractère socialiste. La plupart des entreprises de la grande
                industrie moderne, les banques, les principaux moyens de transport, la majeure partie du commerce
                de gros, presque tout le commerce extérieur sont passés aux mains de l’État populaire par suite de
                l’expropriation de la grande bourgeoisies compradore et du capital étranger. C’est ainsi que s’est
                constitué dans l’économie nationale le secteur socialiste qui englobe les entreprises d’État ainsi que
                les entreprises coopératives reposant entièrement sur la propriété collective des masses laborieuses.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">Dans la République populaire de Chine, il y a une économie à types multiples. Le secteur socialiste
                y occupe la place déterminante. Au secteur socialiste s’ajoutent des formes de coopératives qui
                reposent en partie sur le travail en commun et ont un caractère transitoire, semi-socialiste. Ensuite, il
                existe dans l’économie de la République populaire de Chine le secteur capitaliste privé de petite
                production marchande et le secteur capitaliste d’État. Le secteur de la petite production marchande,
                qui englobe les exploitations des paysans et des artisans, continue à occuper une place prédominante
                dans l’économie du pays. Le capital privé, qui se trouve sous le contrôle de l’État et qui est utilisé par
                le pouvoir de démocratie populaire pour accroître la production des marchandises industrielles, joue
                un rôle important dans l’industrie et le commerce de la Chine. De plus, les différentes formes du
                capitalisme d’État ont pris une grande extension. Les trois formes principales de l’économie sociale
                dans l’économie transitoire de la République populaire de Chine sont le socialisme, la petite
                production marchande et le capitalisme.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">Les principales classes de la Chine actuelle sont la classe ouvrière et la paysannerie. La lutte de
                classes se déroule entre la classe ouvrière, alliée aux grandes masses de la paysannerie, d’une part, la
                bourgeoisie des villes et les paysans riches de la campagne, d’autre part, entre les éléments socialistes
                et capitalistes de l’économie nationale.</p></item>
                <item><p rend="alinéa">La ligne générale et les objectifs centraux du Parti communiste chinois dans la période transitoire
                consistent à réaliser graduellement l’industrialisation socialiste du pays, à réaliser graduellement les
                transformations socialistes de l’agriculture, de l’industrie artisanale, ainsi que du commerce privé et
                de l’industrie privée. En réalisant ces transformations, l’État de démocratie populaire crée, les
                conditions pour liquider le retard technique et économique séculaire du pays, abolir l’exploitation de
                l’homme par l’homme, liquider la misère et le besoin, édifier la société socialiste.</p></item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
          <div3 type="chapitre" n="43" xml:id="chap43">
            <head>Chapitre 43 — La coopération économique des pays du camp socialiste</head>
            <div4 type="section" n="1" xml:id="chap43sect01">
              <head>43.1. La naissance et l’affermissement du marché mondial des pays du camp socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">Après la deuxième guerre mondiale, nous l’avons déjà dit, les pays, qui se sont détachés du système
              mondial du capitalisme et ont formé avec l’Union soviétique le camp socialiste, se sont groupés sur le
              plan économique et coopèrent étroitement. Parallèlement au marché mondial capitaliste s’est constitué
              un <emph>marché mondial des pays du camp socialiste</emph>.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Font aujourd’hui partie de ce marché : l’Union soviétique, la République populaire chinoise, la Pologne, la
              Tchécoslovaquie, la République démocratique allemande, la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie, l’Albanie, la
              République populaire de Mongolie, la République démocratique populaire de Corée, la République
              démocratique du Viet-Nam. Dans ces pays, dont le territoire occupe le quart des terres émergées, vit plus du tiers
              de l’humanité. Depuis que les relations commerciales entre les États membres du nouveau marché mondial et la
              Yougoslavie ont repris, la coopération économique avec ce pays a de vastes perspectives de développement.</p>
              <p rend="alinéa">Les pays de l’Europe centrale et sud-orientale, qui se sont détachés du système capitaliste, ont, dès
              l’instauration du régime de démocratie populaire, établi des relations économiques étroites avec
              l’Union soviétique et commencé à coopérer. Ces relations, qui reposent sur les principes d’une entraide
              fraternelle, ont puissamment contribué au relèvement économique rapide des États de démocratie
              populaire et à la solution d’autres problèmes économiques urgents de l’après-guerre. Après la
              formation, en 1949, de la République populaire chinoise, une grande puissance de 600 millions
              d’hommes est venue grossir le camp du socialisme.</p>
              <p rend="alinéa">Quand les pays de démocratie populaire sont passés à la réalisation de plans économiques à long terme
              ayant pour but de jeter les bases du socialisme, la coopération économique des États du camp
              socialiste est entrée dans une phase nouvelle. Celle-ci est marquée par la conclusion <emph>de traités et
              d’accords économiques à long terme</emph> portant sur des livraisons réciproques de marchandises. Ces
              traités et accords assurent à chaque pays, pour une longue période, la fourniture de sortes déterminées
              de machines, d’équipement, de matières premières et d’autres marchandises nécessaires à l’exécution
              de ses plans économiques. D’autre part, ces accords à long terme assurent à chaque pays l’écoulement
              de ses produits sur le marché extérieur. Des relations économiques stables et prolongées ouvrent la
              perspective d’un développement continu de l’économie et sont une condition essentielle de la
              construction méthodique du socialisme dans les pays de démocratie populaire.</p>
              <p rend="alinéa">L’expérience de la coopération économique des États du camp socialiste montre que le marché
              mondial des pays du camp socialiste dispose de ressources telles qu’elles permettent à chaque pays de
              trouver dans le cadre de ce marché tout ce dont il a besoin pour son développement économique.</p>
              <p rend="alinéa">Un <emph>Conseil d’entraide économique</emph> a été créé en 1949, sur la base de l’égalité complète de tous les
              États participants, pour coordonner la coopération économique des pays du camp socialiste. Le
              Conseil organise l’échange d’expérience technique et économique, l’assistance mutuelle en ce qui
              concerne les matières premières, les denrées alimentaires, les machines, l’équipement ; il coordonne le
              développement de l’économie des États du camp socialiste sur la base d’une division rationnelle du
              travail entre tous. Cela est parfaitement conforme aux intérêts du développement le plus rapide des
              forces productives de chacun de ces pays et du camp socialiste tout entier.</p>
              <p rend="alinéa">Les progrès et le renforcement ininterrompu du marché mondial des pays du camp socialiste sont la
              preuve irréfutable de son caractère historiquement progressiste. Cependant, le développement qu’a pris
              la coopération économique des pays du camp socialiste, loin d’exclure l’extension de leurs relations
              commerciales avec les pays du monde capitaliste, crée des conditions favorables à cette extension. Les
              pays du camp socialiste s’attachent à développer les relations d’affaires avec les pays du camp
              capitaliste sur la base de l’égalité, de l’avantage réciproque et du respect le plus strict des engagements
              contractés. Ils considèrent ces relations comme un facteur essentiel de l’essor ultérieur de leur
              économie, de l’accélération du progrès technique, de l’élévation du niveau de vie de la population.</p>
              <p rend="alinéa">Partant du principe léniniste de la coexistence pacifique des deux systèmes et luttant avec esprit de
              suite pour la coopération pacifique des États à régimes économiques et sociaux différents, les pays du
              camp socialiste aspirent à développer largement le commerce avec tous les États qui sont prêts, à leur
              tour, à étendre leurs relations économiques avec le camp du socialisme. Dans les pays capitalistes,
              grandit le désir de normaliser et d’étendre le commerce avec les États du camp socialiste, de vaincre
              les obstacles artificiellement dressés dans la voie du développement de la coopération économique
              internationale, de lever les nombreuses interdictions et restrictions engendrées par la politique de la
              « guerre froide » et la militarisation de l’économie. Les pays capitalistes sont obligés de tenir compte que
              les pays du camp socialiste constituent un marché stable, non soumis aux oscillations de la conjoncture
              et aux crises économiques de surproduction. Les États d’Europe occidentale ont particulièrement
              intérêt à commercer avec les pays du camp socialiste.</p>
              <p rend="alinéa">En même temps, le développement de la coopération économique internationale entre les États des
              deux camps constitue un facteur important du renforcement de la paix et de la détente internationale,
              de l’établissement d’une atmosphère de confiance internationale.</p>
              <p rend="alinéa">L’extension constante des relations économiques entre les États du camp socialiste et les pays
              sous-développés a une grande importance. Pour ces pays, la coopération économique avec les États du
              camp socialiste est un moyen important pour assurer leur indépendance économique. Tandis que les
              monopoles capitalistes essaient invariablement d’assujettir économiquement les pays sous-développés,
              l’Union soviétique et les États de démocratie populaire s’en tiennent rigoureusement, dans leurs
              rapports économiques avec ces pays, aux principes de la non-immixtion dans les affaires intérieures
              des autres peuples, de l’égalité et de l’avantage réciproque. L’application conséquente de ces principes
              favorisera l’extension de la coopération entre les pays sous-développés, qui essaient de combler au
              plus vite leur retard, et les pays du camp socialiste.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="2" xml:id="chap43sect02">
              <head>43.2. Le caractère des relations économiques entre les pays du camp socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">Les pays du camp socialiste diffèrent par le niveau de leur développement technique et économique.
              Mais leurs rapports sont commandés par le fait décisif que tous sont engagés dans la voie de
              l’édification du socialisme et du communisme. Les formes socialistes occupent une
              <emph>place déterminante</emph> dans l’économie des pays de démocratie populaire. Par suite, les lois économiques du capitalisme,
              traduisant l’exploitation de l’homme par l’homme, la concurrence et l’anarchie de la production, ont
              cessé de jouer dans les rapports entre ces pays. Dans ce camp, les rapports entre États reposent sur les
              lois économiques du socialisme. La coopération économique des États du camp socialiste représente
              <emph>un type nouveau de relations internationales</emph>, que l’histoire ne connaissait pas encore. Au cours du
              renforcement et de l’extension de cette coopération, le système socialiste de l’économie mondiale se
              constitue et se développe.</p>
              <p rend="alinéa">Conformément à la <emph>loi économique fondamentale du socialisme</emph>, les relations économiques entre les
              pays faisant partie du nouveau marché mondial doivent servir à développer et à perfectionner sans
              cesse la production socialiste sur la base d’une technique supérieure en vue de satisfaire au maximum
              les besoins sans cesse croissants des travailleurs. Il ne saurait donc y avoir, dans le camp socialiste, ni
              expansion économique aux dépens de l’un des membres, ni échanges non équivalents, ni concurrence,
              ni exploitation, ni assujettissement des États faibles par des États plus puissants. Les rapports entre les
              pays de ce camp sont des rapports de coopération et d’entraide fraternelles.</p>
              <p rend="alinéa">La particularité essentielle du camp socialiste est que les relations économiques des pays qui en font
              partie obéissent à un plan. Conformément à la <emph>loi du développement harmonieux, proportionné, de
              l’économie nationale</emph>, la coopération économique des pays du camp socialiste progresse sur la base
              d’une coordination réciproque des plans des économies nationales. Les plans de développement de
              l’économie nationale, en Union soviétique et dans les pays de démocratie populaire, prennent en
              considération les plans de coopération économique. C’est là la grande supériorité du marché mondial
              des pays du camp socialiste sur le marché mondial capitaliste, en proie à des crises périodiques de
              surproduction.</p>
              <p rend="alinéa">S’appuyant sur leurs ressources propres et une entraide fraternelle, les pays du camp socialiste assurent
              l’essor constant de leur économie nationale et l’élévation systématique du bien-être matériel des masses
              laborieuses. Ce qui, à son tour, assure une base solide à l’extension ininterrompue du nouveau marché
              mondial, lequel ignore les difficultés d’écoulement inhérentes au marché mondial capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">Le développement harmonieux de l’économie des pays du camp socialiste permet l’utilisation la plus
              rationnelle des ressources dont ils disposent pour accroître au plus vite les forces productives, assurer
              le progrès constant de l’économie et du bien-être du peuple. Les pays du camp socialiste ont intérêt à
              développer au maximum les forces productives de chacun d’eux, puisque cela renforce la puissance
              économique du camp tout entier, Des conditions extrêmement favorables sont ainsi créées pour
              l’extension et le renforcement de la coopération économique entre les États faisant partie de ce camp.</p>
              <p rend="alinéa">Le développement et le renforcement de la coopération économique entre les pays du camp socialiste
              s’effectue sur la base d’une <emph>division internationale nouvelle, socialiste, du travail</emph>, qui diffère
              foncièrement de la division du travail telle qu’elle existe dans le système capitaliste de l’économie
              mondiale. Contrairement à ce qui se passe en régime capitaliste, la division du travail entre les États
              du camp socialiste s’opère, non au moyen de la contrainte ou de la violence, non à la suite d’une
              concurrence acharnée, mais sur la base de la collaboration entre États égaux en droits.</p>
              <p rend="alinéa">La division du travail entre les pays du camp socialiste tient compte des possibilités de chaque pays et
              entraîne un progrès général. Chaque pays consacre une partie de ses ressources à satisfaire les besoins
              des autres pays et bénéficie à son tour de leur aide amicale. La division rationnelle du travail entre les
              pays du camp socialiste concourt au développement harmonieux de leurs forces productives sur la
              base du développement prioritaire de la production des moyens de production, étant donné que chaque
              pays peut, selon un plan, mobiliser non seulement ses ressources propres, mais aussi utiliser celles des
              pays frères dans l’intérêt de l’essor général.</p>
              <p rend="alinéa">Par ailleurs, la division socialiste du travail permet aux différents pays, en se complétant mutuellement
              en tant que membres égaux en droits du système général du camp socialiste, d’accélérer les rythmes de
              leur développement économique grâce aux forces et aux ressources formidables ainsi épargnées et
              d’éviter un parallélisme inutile dans le développement de certaines branches de l’économie nationale.
              Chaque pays peut concentrer ses efforts et ses ressources sur le développement des branches pour
              lesquelles il dispose de conditions économiques et naturelles plus favorables, ainsi que des cadres et de
              l’expérience indispensables. Certains pays s’abstiendront de fabriquer tels ou tels produits qui peuvent
              leur être fournis par d’autres États. On aboutit ainsi à une <emph>spécialisation</emph> et une <emph>coopération de la
              production</emph> dans l’industrie, et à la division du travail la plus rationnelle dans la production des denrées
              alimentaires et des matières premières.</p>
              <p rend="alinéa">Cette spécialisation et cette coopération se réalisent par la
              coordination des plans de grands travaux et par la conclusion d’accords d’entraide et de collaboration
              bilatéraux et multilatéraux à long terme. Elles sont appelées à jouer un rôle particulièrement important
              dans les branches maîtresses de l’industrie lourde — les constructions mécaniques et la métallurgie —
              où elles ouvrent la perspective d’un abaissement considérable du prix de revient. Dans l’agriculture,
              l’établissement d’une division adéquate du travail crée des conditions favorables à un essor général très
              rapide grâce à l’élévation de la productivité du travail et à une utilisation rationnelle de la terre.</p>
              <p rend="alinéa">Par suite des résultats heureux de la coopération économique, les possibilités de coordonner
              méthodiquement le développement de l’économie nationale des pays du camp socialiste ont
              considérablement grandi. À l’heure actuelle, dans les pays européens de démocratie populaire comme
              en Union soviétique, on travaille à l’établissement des plans quinquennaux pour les années 1956-1960.
              Ainsi, les plans à long terme de ces pays s’étendront sur une seule et même période. Cela fera naître
              des conditions favorables à une coordination encore plus étroite de l’édification économique en Union
              soviétique et dans les pays de démocratie populaire.</p>
              <p rend="alinéa">Pour la première fois dans l’histoire, les rapports entre les différents pays du camp socialiste ont fait
              disparaître la contradiction, irréductible pour le capitalisme, entre la tendance objectivement
              progressiste à l’union économique des différents pays, et les méthodes impérialistes utilisées pour
              réaliser cette union : asservissement financier et assujettissement colonial des peuples
              économiquement faibles par les États capitalistes développés. Dans le camp capitaliste, les rapports
              économiques entre pays développés et pays retardataires reposent sur la domination, d’une part, la
              subordination, de l’autre, et traduisent avant tout le rapport des forces des partenaires. Les États
              impérialistes, qui drainent les matières premières de valeur des pays sous-développés, des colonies et
              des semi-colonies, s’efforcent de perpétuer le retard et l’état de dépendance de ces derniers, leur rôle
              d’appendices agraires et de fournisseurs de matières premières des métropoles.</p>
              <p rend="alinéa">Les rapports économiques, dans le camp socialiste, sont caractérisés par l’entraide sous toutes ses
              formes, par l’élévation des pays sous-développés au niveau des pays avancés. La division
              internationale socialiste du travail facilite la liquidation du retard économique et du développement
              unilatéral de l’économie hérités du capitalisme par les pays de démocratie populaire ; elle crée des
              conditions favorables à leur industrialisation, renforce leur indépendance économique et politique à
              l’égard du monde capitaliste, accélère leur progrès économique, élève le bien-être de la population.</p>
              <p rend="alinéa">Les rapports qui se sont établis entre les pays du camp socialiste sont l’incarnation des principes de
              <emph>l’internationalisme prolétarien</emph>, de la solidarité internationale des travailleurs. Ils sont fondés sur un
              appui mutuel désintéressé, sur le respect de la souveraineté politique et des intérêts nationaux de
              chaque pays. L’amitié fraternelle et la coopération étroite des pays du camp socialiste sont un élément
              très important de la puissance invincible de ce camp, la condition décisive du succès de l’édification
              socialiste dans ces pays.</p>
            </div4>
            <div4 type="section" n="3" xml:id="chap43sect03">
              <head>43.3. Les formes essentielles de coopération économique des pays du camp socialiste.</head>
              <p rend="alinéa">Les principales formes de coopération entre les pays du camp socialiste sont le commerce extérieur,
              les crédits, l’aide scientifique et technique, la collaboration dans le domaine de la formation des cadres,
              l’échange d’expérience au sujet de l’édification économique.</p>
              <p rend="alinéa">De toutes ces formes, le <emph>commerce extérieur</emph> est la plus importante.</p>
              <p rend="alinéa">Le commerce extérieur des pays du camp socialiste repose sur des principes tout autres que ceux du
              commerce extérieur sur le marché mondial capitaliste. Dans le monde capitaliste, le commerce
              extérieur, tout entier aux mains des monopoles, est dominé par le souci de réaliser le profit maximum
              à l’aide d’échanges non équivalents et d’autres moyens de piller et d’assujettir les pays retardataires et
              dépendants. Dans les pays du camp socialiste, le commerce extérieur est le monopole de l’État
              (U.R.S.S. et pays européens de démocratie populaire) ou bien il est étroitement contrôlé par l’État
              (République populaire de Chine) et concourt à l’essor général, accélère le développement économique,
              permet d’élever le niveau de vie de la population.</p>
              <p rend="alinéa">Chacun des pays participant au nouveau marché mondial réalise par son commerce extérieur une part
              toujours croissante de sa production et reçoit en échange une quantité de plus en plus grande de
              valeurs matérielles : équipement industriel, matières premières et autres marchandises nécessaires à
              son développement économique. Chaque pays importe les marchandises qui lui sont indispensables et
              exporte celles dont d’autres ont besoin, aucun des participants à ces échanges n’imposant à son
              partenaire des produits dont ce dernier n’a que faire, comme cela se pratique souvent sur le marché
              capitaliste.</p>
              <p rend="alinéa">Les prix du marché mondial des pays du camp socialiste sont établis sur la base d’accords librement
              consentis et sur un pied d’égalité, dans le respect total des intérêts réciproques, ce qui exclut toute
              discrimination et tout échange non-équivalent. Ce sont des prix stables.</p>
              <p rend="alinéa">Le progrès ininterrompu du commerce extérieur des pays du camp socialiste témoignent avec éclat du
              développement et du renforcement du nouveau marché mondial.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Le volume du commerce extérieur de l’Union soviétique a été, en 1954, le quintuple de ce qu’il était avant la
              guerre, tandis que le commerce extérieur des pays capitalistes n’a augmenté dans le même temps que d’un peu
              plus de 50 %.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les échanges commerciaux de la République populaire chinoise avec l’étranger ont doublé par rapport à 1950.
              Ceux de six pays européens de démocratie populaire (Pologne, Tchécoslovaquie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie
              et Albanie) ont augmenté de plus de 70 % en 1954 par rapport à 1948. Et par rapport à 1946, le commerce
              extérieur de 1954 a été multiplié par : 6,5 fois environ en Pologne, 4 fois environ en Tchécoslovaquie, 14,5 fois
              en Hongrie, 16 fois en Roumanie, 3,5 fois en Bulgarie. Dans la République démocratique allemande, il a été
              multiplié par plus de 25 fois par rapport à 1947.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les échanges commerciaux entre pays du camp socialiste se
              développent à un rythme particulièrement rapide.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En 1938, les transactions de l’U.R.S.S. avec la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Roumanie, la
              Bulgarie et l’Albanie ne constituaient que 1,5 % du commerce extérieur soviétique, alors qu’en 1954, elles se sont
              élevées à 40 % du trafic extérieur de l’U.R.S.S. Les échanges de l’U.R.S.S. avec la Chine constituaient 4 % de
              son commerce extérieur en 1938 et 18 % en 1954.</p>
              <p rend="alinéa smaller">En 1954, la part des pays du camp socialiste s’est élevée à plus de 70 % dans le commerce extérieur de la
              Pologne, à environ 75 % dans celui de la Tchécoslovaquie, à environ 82 % dans celui de la Roumanie, à 70 %
              dans celui de la Hongrie, à 87 % dans celui de la Bulgarie, à près de 100 %
              dans celui de l’Albanie, à plus de 75 % dans celui de la République démocratique allemande.</p>
              <p rend="alinéa smaller">L’Union soviétique, qui dispose d’une industrie lourde hautement développée, et notamment d’une industrie des
              constructions mécaniques, fournit une grande quantité d’équipement de toute sorte aux pays de démocratie
              populaire. De 1948 à 1954, les fournitures soviétiques d’équipement industriel et de machines à ces pays ont plus
              que décuplé.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Les machines, les biens d’équipement et autres moyens de production occupent aussi une place importante dans
              les exportations d’autres pays du camp socialiste. La Tchécoslovaquie exporte les produits de ses constructions
              mécaniques, de sa métallurgie et de son industrie chimique, ainsi que du coke et des chaussures. La Pologne
              fournit de la houille, du coke, des laminés ferreux, du zinc, du matériel roulant, des denrées alimentaires. La
              Hongrie exporte des machines-outils, des turbines, des transformateurs, du matériel de levage et de transport, de
              l’aluminium, de la bauxite, des denrées alimentaires. Le pétrole et ses dérivés, le bois occupent une grande place
              dans les exportations de la Roumanie. La Bulgarie exporte des minerais de zinc et de plomb enrichis, du ciment,
              du bois, des produits chimiques, des fruits, du tabac et du vin ; l’Albanie, des minerais, du pétrole, du bitume, du
              cuir, des fruits ; la République démocratique allemande, des constructions mécaniques, de l’appareillage
              électrique et des produits chimiques, des instruments de précision et d’optique. La République populaire de
              Chine exporte différentes matières premières industrielles et agricoles, des denrées alimentaires.</p>
              <p rend="alinéa"><emph>Les crédits</emph> sont une forme importante
              de la coopération économique entre les pays du camp socialiste.
              Dans le monde capitaliste, ils sont un des instruments les plus efficaces du pillage des pays
              sous-développés par les monopoles des puissances impérialistes. L’octroi de crédits est d’ordinaire
              subordonné à l’engagement de les dépenser pour acquérir des marchandises dans le pays créditeur. Les
              impérialistes écoulent ainsi dans les pays débiteurs, à des prix de monopole, des marchandises, et en
              premier lieu des objets de consommation qui, autrement, ne trouveraient pas preneur. Dans le camp
              socialiste, l’octroi de crédits n’entraîne aucun privilège pour le créditeur. Les crédits sont accordés
              avant tout pour l’achat d’équipement, de machines et autres moyens de production, ainsi que de
              marchandises dont la population du pays a besoin et qui ne sont pas fabriqués sur place. Les États
              bénéficiaires de crédits amortissent ceux-ci et les intérêts qu’ils portent en fournissant à des prix
              équitables des marchandises courantes dont ils sont habituellement exportateurs.</p>
              <p rend="alinéa smaller">C’est ainsi que, par l’accord du 14 février 1950,
              l’Union soviétique a ouvert, à des conditions avantageuses (1 %
              d’intérêt annuel), à la République populaire de Chine un crédit à long terme de 300 millions de dollars
              américains à dépenser en 5 ans, à dater du 1<hi rend="ordinal">er</hi> janvier
              1950, par parties annuelles égales, pour payer l’équipement
              et les matériaux fournis par l’U.R.S.S., notamment l’équipement de centrales électriques, d’usines métallurgiques
              et de constructions mécaniques, de mines, de chemins de fer et d’autres moyens de transport, des rails et autres
              matériaux indispensables au relèvement et au développement de l’économie nationale chinoise. En 1954, l’Union
              soviétique a fourni à la République populaire de Chine un crédit à long terme de 520 millions de roubles. En
              vertu des accords économiques de 1953 et de 1954, l’Union soviétique, qui aide la Chine à réaliser son premier
              plan quinquennal, s’est chargée d’établir les plans et de fournir l’équipement pour la construction et la
              reconstruction des 156 entreprises industrielles les plus importantes. L’Union soviétique aide la Chine à bâtir ces
              usines, à en monter les installations et à les mettre en exploitation.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Conformément aux accords de crédit à long terme
              qu’elle a conclus, l’Union soviétique livre de grosses quantités
              de machines et d’équipement à la Pologne, à la Bulgarie, à l’Albanie et aux autres pays. Grâce aux crédits
              soviétiques, l’Albanie a reçu l’équipement complet d’usines et de fabriques entières : celui d’un combinat textile,
              d’une sucrerie, d’une fabrique de ciment, d’une raffinerie de pétrole et d’autres entreprises. La Bulgarie a reçu un
              équipement complet pour le combinat chimique Staline, pour la centrale thermique V. Tchervenkov, pour une
              usine métallurgique et une usine traitant le plomb et le zinc, ainsi que pour un certain nombre d’autres
              entreprises.</p>
              <p rend="alinéa"><emph>L’aide technique et scientifique</emph> concourt efficacement à l’essor économique des pays du camp
              socialiste. Cette aide revêt des formes variées ; elle consiste avant tout dans la communication de
              brevets, l’octroi de licences et la fourniture de la documentation technologique relative aux inventions
              et aux perfectionnements techniques les plus récents, l’échange d’expérience technique, l’exploitation
              en commun des ressources naturelles, la construction en commun d’entreprises industrielles, l’envoi de
              spécialistes.</p>
              <p rend="alinéa">Les pays du camp socialiste s’accordent mutuellement l’aide technique et scientifique la
              plus large sur la base d’une coopération et d’une entraide étroites.
              L’Union soviétique aide les pays de démocratie populaire à construire de grandes entreprises
              modernes, à monter des branches industrielles entières, en premier lieu dans l’industrie lourde, qui est
              la base du développement économique de tous les pays marchant dans la voie du socialisme. Elle
              fournit aussi l’équipement le plus perfectionné aux entreprises industrielles et aux établissements
              culturels aménagés d’après des projets soviétiques.</p>
              <p rend="alinéa">L’Union soviétique transmet aux autres pays du camp socialiste des inventions scientifiques, des
              brevets et des licences portant sur les dernières réalisations de la technique ; les frais qu’entraînent
              l’établissement des projets et la préparation de la documentation technique étant seuls remboursés. Des
              ingénieurs et des techniciens soviétiques aident les pays de démocratie populaire à effectuer des
              travaux de prospection, à exploiter des gisements de minéraux utiles, à exécuter des travaux de
              montage et de construction particulièrement délicats sur un certain nombre de grands chantiers. Le
              large échange, entre pays du camp socialiste, des résultats obtenus par eux dans la science et la
              technique est appelé à jouer un rôle important dans l’accélération du progrès technique de tous ces
              pays, dans l’adoption très rapide des types d’équipement et des méthodes de production les plus
              perfectionnes dans l’industrie, les transports et l’agriculture.</p>
              <p rend="alinéa">La décision, prise par l’Union soviétique,
              d’apporter aux pays de démocratie populaire l’aide scientifique et technique nécessaire à la création de
              bases expérimentales permettant de faire des recherches dans le domaine de la physique nucléaire et
              l’utilisation de l’énergie atomique à des fins pacifiques, a une importance énorme pour le
              développement des forces productives de ces pays. Il leur est attribué la quantité de matériaux fissiles
              nécessaire aux piles atomiques et aux expériences scientifiques ; à leur tour, ils fournissent à l’Union
              soviétique les matières premières correspondantes.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Parmi les grandes entreprises industrielles
              construites avec l’aide de l’Union soviétique dans les pays européens
              de démocratie populaire, citons le combinat métallurgique Lénine, une usine d’automobiles et une usine
              d’aluminium en Pologne, le combinat métallurgique Gottwald en Tchécoslovaquie, le combinat métallurgique
              Staline en Hongrie, la centrale hydroélectrique Lénine et une usine de tracteurs en Roumanie, le combinat
              chimique Staline et l’usine métallurgique Lénine en Bulgarie, la centrale hydroélectrique Lénine en Albanie et un
              certain nombre d’autres combinats, entreprises de constructions mécaniques lourdes et centrales électriques.
              L’aide technique généreuse accordée par l’U.R.S.S. a été l’un des principaux facteurs qui ont permis aux pays de
              démocratie populaire de créer en des délais records des industries qu’ils ne possédaient pas. C’est ainsi que la
              Roumanie non seulement extrait davantage de pétrole, mais a aussi créé une industrie de constructions
              mécaniques qui produit presque tout l’équipement indispensable à cette extraction et la majeure partie de
              l’appareillage perfectionné que nécessite le raffinage. Jamais encore un petit pays, possédant d’importantes
              richesses pétrolières, n’avait réussi à mettre sur pied une industrie produisant tout ce qu’il faut pour exploiter le
              pétrole. C’est ce dont ne peuvent même rêver, dans le monde capitaliste, les petits pays possesseurs de gisements
              pétroliers, qui sont férocement exploités par les monopoles américains et anglais. En vertu d’un traité conclu
              entre la Hongrie et la Tchécoslovaquie, celle-ci a pu monter une industrie de l’aluminium alimentée par la
              bauxite hongroise. La Pologne a aidé la Tchécoslovaquie à organiser la production de carbures et à construire
              des fonderies de zinc. La Pologne et la Tchécoslovaquie ont bâti en commun à Nowe Dwory (Pologne) une
              centrale qui fournit du courant électrique aux deux pays. La Pologne a ouvert à la Tchécoslovaquie un accès à la
              mer en lui concédant par un bail à long terme une partie du port de Szczecin.</p>
              <p rend="alinéa">À la coopération technique et scientifique des pays du camp socialiste est étroitement liée la
              <emph>collaboration dans le domaine de la formation des cadres</emph>. De nombreux jeunes gens venus des pays
              frères poursuivent leurs études dans les écoles supérieures, font un stage dans les entreprises et les
              établissements scientifique de l’U.R.S.S., de la Tchécoslovaquie et de la Pologne.</p>
              <p rend="alinéa"><emph>L’étude</emph> et <emph>l’échange d’expérience</emph> dans le domaine des problèmes les plus variés de la production, de la
              technique et de l’organisation, prennent de plus en plus d’ampleur. Dans ce but, on échange de
              nombreuses délégations d’hommes d’État, d’administrateurs, d’ingénieurs, on organise des expositions
              industrielles, etc.</p>
              <p rend="alinéa">Le développement des relations commerciales et des autres relations économiques entre l’Union
              soviétique et des États de démocratie populaire (Tchécoslovaquie, Pologne, Hongrie), d’une part, et les
              pays sous-développés, d’autre part, est un facteur important du renforcement de la coopération
              économique entre pays pacifiques. Ces relations se développent sans cesse sur la base d’accords
              commerciaux et d’autres accords économiques, destinés à favoriser le développement des forces
              productives et l’élévation du bien-être des peuples.</p>
              <p rend="alinéa smaller">Ainsi, en vertu de l’accord soviéto-indien du 2 février 1955, l’Union soviétique construit, dans l’Inde,
              une grande usine métallurgique d’une capacité annuelle de 1 million de tonnes d’acier pour laquelle
              elle a accordé un crédit avantageux à long terme. Elle fournit toute l’installation et apporte à l’Inde
              l’aide technique nécessaire, y compris l’envoi de spécialistes hautement qualifiés, ainsi que la
              formation d’un personnel indien, tant en Inde qu’en Union soviétique.</p>
              <p rend="alinéa">Les succès remportés grâce à la coopération économique des pays du camp socialiste, le
              développement constant des relations économiques de toute sorte entre eux-mêmes, ainsi qu’entre eux
              et les États capitalistes, favorisent le renforcement de la paix et de l’amitié entre les peuples.</p>
            </div4>
            <div4 type="resume" n="43" xml:id="chap43resume">
              <head>Résumé du chapitre 43</head>
              <list rend="runon" type="ordered">
                <item>
                  <p rend="alinéa">Les rapports économiques entre les pays du camp socialiste constituent un type de relations
                  internationales entièrement nouveau, socialiste. Alors que dans le monde capitaliste les rapports
                  économiques entre les différents pays reposent sur les principes de la domination du plus fort sur le
                  plus faible, de la lutte de tous contre tous, de l’anarchie et de l’absence de planification, les rapports
                  économiques dans le camp socialiste se fondent sur les principes de l’égalité complète des parties, de
                  l’avantage réciproque, du respect de la souveraineté politique de tous les peuples, grands et petits,
                  d’une entraide fraternelle, de la planification et de la réglementation de toutes les relations
                  économiques. Les rapports entre les pays du camp socialiste sont l’incarnation des principes de
                  l’internationalisme prolétarien, de la solidarité internationale des travailleurs.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">La coopération économique des pays du camp socialiste est fondée sur les lois économiques du
                  socialisme. Conformément à la loi économique fondamentale du socialisme et à la loi du
                  développement harmonieux, proportionné, de l’économie nationale, les rapports économiques entre
                  les pays du camp socialiste sont subordonnés au but qui leur est commun : assurer au maximum la
                  satisfaction des besoins sans cesse croissants de toute la société en augmentant toujours la
                  production, et ils se développent d’après un plan sur la base d’échanges équivalents. Cela garantit une
                  capacité d’absorption toujours accrue du marché mondial des pays du camp socialiste et son
                  développement sans crises. Le développement planifié de l’économie des pays du camp socialiste
                  permet l’utilisation la plus rationnelle des ressources existantes. La coopération économique des pays
                  du camp socialiste repose sur une division internationale du travail nouvelle, socialiste.</p>
                </item>
                <item>
                  <p rend="alinéa">Le commerce extérieur, qui augmente rapidement d’année en année, occupe une place
                  prépondérante parmi les différentes formes de coopération économique entre les pays du camp
                  socialiste. Les crédits et les emprunts, l’aide scientifique et technique, la collaboration dans le
                  domaine de la formation des cadres et l’échange d’expérience concernant l’édification socialiste,
                  jouent aussi un rôle important. Toutes ces formes de coopération économique entre les pays du camp
                  socialiste visent à assurer le développement le plus rapide des forces productives, un progrès
                  ininterrompu de l’économie et du bien-être des peuples.</p>
                </item>
              </list>
            </div4>
          </div3>
        </div2>
      </div1>
    </body>
    <back>
      <div xml:id="conclusions" type="conclusions">
        <head>Conclusions</head>
        <p rend="alinéa">L’économie politique marxiste-léniniste a derrière elle plus d’un siècle de développement. Comme le
        marxisme-léninisme dans son ensemble, elle a un caractère essentiellement actif et créateur.
        Profondément étrangère au dogmatisme, elle se développe en liaison étroite, indissoluble, avec la
        pratique du mouvement ouvrier, avec la pratique de la lutte menée par la classe ouvrière et tous les
        travailleurs pour le socialisme et le communisme, elle s’enrichit de thèses théoriques nouvelles fondées
        sur la généralisation de l’expérience historique récente.</p>
        <p rend="alinéa">Marx et Engels ont donné une analyse scientifique des bases du capitalisme ; ils ont montré que
        celui-ci était, historiquement parlant, un mode de production transitoire ; ils ont découvert les lois
        économiques qui président à sa naissance, à son développement et à sa chute. Dans le <title>Manifeste du
        Parti communiste</title>, <title>Le Capital</title>, la <title>Critique du programme
        de Gotha</title>, l’<title>Anti-Dühring</title>, et d’autres
        ouvrages, ils ont mis en évidence le rôle historique du prolétariat, fossoyeur du capitalisme et bâtisseur
        de la société socialiste. Ils ont créé la théorie de la révolution prolétarienne, montré la nécessité
        économique d’une période de transition du capitalisme au socialisme, période historique particulière,
        marquée par la transformation révolutionnaire de la société capitaliste en société socialiste ; ils ont
        défini dans leurs grandes lignes les deux phases du développement de la société communiste.</p>
        <p rend="alinéa">Une importance capitale s’attache, dans le marxisme, à la théorie de la dictature du prolétariat, État
        d’un type nouveau, qui joue un rôle décisif dans la transformation socialiste de la société. Marx et
        Engels ont tracé le programme des principales mesures que doit appliquer la dictature du prolétariat :
        exproprier les expropriateurs, remplacer la propriété privée des moyens de production par la propriété
        sociale, abolir l’exploitation de l’homme par l’homme et les classes exploiteuses, assurer un
        accroissement rapide des forces productives de la société.</p>
        <p rend="alinéa">Marx et Engels ont prévu que, dans la société socialiste, l’anarchie de la production serait remplacée
        par le développement harmonieux de l’économie sociale et que le principe de la répartition selon le
        travail y serait appliqué. Le développement accéléré des forces productives, l’abondance accrue des
        produits, la transformation du travail en premier besoin vital de l’homme permettront seuls de passer
        de la phase inférieure du communisme à la phase supérieure, où règnera le principe : « De chacun
        selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ».</p>
        <p rend="alinéa">Développant l’économie politique marxiste, Lénine
        l’a enrichie d’une étude scientifique du stade monopoliste du capitalisme, l’impérialisme, et de la crise
        générale du capitalisme. La principale conclusion de cette étude a été une théorie nouvelle et achevée
        d» la révolution socialiste, la théorie de la possibilité de faire triompher le socialisme tout d’abord dans
        quelques pays ou même dans un seul.</p>
        <p rend="alinéa">S’inspirant de la thèse de Marx et d’Engels, selon laquelle l’expropriation des expropriateurs est le tout
        premier objectif de la révolution prolétarienne, Lénine a, dans ses ouvrages
        <title>Les Tâches du prolétariat dans la présente révolution</title>,
        <title>La Catastrophe imminente et le moyen de la conjurer</title>,
        <title>Les Bolcheviks garderont-ils le pouvoir ?</title> et divers autres,
        établi scientifiquement que la nationalisation de la terre, de
        la grande industrie, des banques et du commerce extérieur étaient les principales mesures qu’aurait à
        prendre la dictature du prolétariat pour se rendre maîtresse des leviers de commande de l’économie.</p>
        <p rend="alinéa">Se fondant sur une synthèse scientifique de l’expérience historique de la grande Révolution socialiste
        d’Octobre et de la pratique de l’édification socialiste en U.R.S.S., Lénine a enrichi le marxisme dans
        son ensemble, et l’économie politique marxiste en particulier, d’une analyse approfondie des lois de la
        transformation socialiste de la société. Dans <title>L’État et la révolution</title>,
        <title>La Révolution prolétarienne et le renégat Kautsky</title>,
        <title>La Maladie infantile du communisme (« le gauchisme »)</title>,
        <title>L’Economie et la politique à l’époque de la dictature du prolétariat</title> et ailleurs,
        Lénine a analysé sous tous ses aspects la question
        de la dictature du prolétariat. Il a défini la dictature du prolétariat comme une forme particulière de
        l’alliance de classe du prolétariat et des grandes masses de la paysannerie sous la direction du
        prolétariat, comme un type supérieur de démocratie : la démocratie prolétarienne, qui traduit les
        intérêts des masses laborieuses. Il a mis en lumière le contenu et la mission historique de la dictature
        du prolétariat, dont il a défini les trois tâches essentielles :
        a) écraser les exploiteurs,
        b) diriger les masses travailleuses,
        c) bâtir la société socialiste.</p>
        <p rend="alinéa">Lénine a élucidé la nature et le rôle des classes sociales et de la lutte de classes dans la période de
        transition du capitalisme au socialisme ; il a donné une analyse scientifique de l’économie et de la
        structure de classes de la société durant cette période. Il a traité à fond la question de l’alliance de la
        classe ouvrière et des grandes masses de la paysannerie, alliance dans laquelle le rôle dirigeant
        appartient à la classe ouvrière. Il a indiqué la voie à suivre pour liquider les classes exploiteuses et
        abolir l’exploitation de l’homme par l’homme dans la période de dictature de la classe ouvrière, et
        montré que la construction du socialisme s’accompagne d’une violente lutte de classe contre les classes
        exploiteuses.</p>
        <p rend="alinéa">Dans ses ouvrages : <title>Les Tâches immédiates du pouvoir des Soviets</title>,
        <title>Comment organiser l’émulation ?</title>, <title>La Grande Initiative</title>,
        <title>Du plan économique unique</title>, <title>L’Impôt en nature</title>,
        <title>De la coopération</title> et ailleurs, Lénine a donne les bases théoriques
        de la politique économique pendant la période de transition du
        capitalisme au socialisme, et indiqué concrètement les moyens de l’appliquer. Il est l’auteur du plan
        concret d’édification du socialisme en U.R.S.S., plan d’une portée historique universelle, dont les
        parties essentielles sont l’industrialisation socialiste du pays et la collectivisation de l’agriculture. Il a
        montré que pour jeter les fondements d’une économie socialiste et assurer l’indépendance économique
        du pays des Soviets vis-à-vis de l’impérialisme mondial, il fallait, dans les délais historiques les plus
        courts, mettre fin au retard séculaire de la Russie et créer une grande industrie socialiste. Lénine a
        présenté le plan coopératif destiné à entraîner progressivement la paysannerie à l’édification du
        socialisme, grâce à la coopération de l’industrie et de l’agriculture, d’abord dans le domaine du
        commerce, puis dans celui de la production.</p>
        <p rend="alinéa">Généralisant l’expérience de l’édification socialiste, Lénine a élaboré les thèses initiales de la loi
        économique fondamentale du socialisme, de la loi du développement harmonieux de l’économie
        nationale, et d’autres encore. Il a défini les principes fondamentaux d’une gestion socialiste de
        l’économie, il a mis en lumière toute l’importance du principe de l’intérêt matériel personnel pour
        l’essor de la production socialiste et développé de façon féconde les thèses marxistes relatives à la
        répartition selon le travail en régime socialiste, au salaire, etc. Dans ses travaux, Lénine démontre la
        nécessité de développer à fond le commerce, d’utiliser la monnaie pour développer l’économie
        soviétique et consolider l’alliance entre la ville et la campagne. Il avait scientifiquement prévu qu’en
        réalisant la grande relève du travail effectué sous la contrainte au profit d’exploiteurs, par le travail
        libre pour soi, pour toute la société, la révolution socialiste engendrerait parmi les masses un
        enthousiasme révolutionnaire sans précédent dans l’histoire et, pour la première fois, permettrait
        d’appliquer largement l’émulation à l’échelle des masses. Il a traité les problèmes de l’enregistrement et
        du contrôle rigoureux et général de la production et de la répartition des produits, de la création d’une
        discipline du travail nouvelle, socialiste, de l’emploi de la gestion équilibrée.</p>
        <p rend="alinéa">Dans ses travaux, Lénine
        a développé de façon féconde les thèses fondamentales du marxisme sur les voies et moyens d’édifier
        la société communiste, sur le rôle de l’électrification et de l’accroissement de la productivité du travail
        dans la création de la base matérielle et technique du communisme, sur les conditions du passage au
        principe communiste de la répartition selon les besoins.</p>
        <p rend="alinéa">S’appuyant sur les travaux de Marx, d’Engels et de Lénine, fondateurs de la seule économie politique
        réellement scientifique, Staline a formulé et développé un certain nombre de nouvelles thèses de la
        science économique. Dans ses ouvrages, il a donné une analyse du capitalisme monopoliste actuel et
        brossé le tableau de la crise générale du système capitaliste, crise qui porte sur tous les aspects du
        capitalisme et s’étend aussi bien à l’économie qu’à la politique.</p>
        <p rend="alinéa">Synthétisant l’expérience de l’édification socialiste en U.R.S.S., Staline a traité un certain nombre de
        problèmes de l’économie politique du socialisme. S’inspirant des indications de Lénine, il a, dans ses
        rapports aux congrès et aux conférences du Parti, dans <title>Les Questions du léninisme</title>,
        <title>Les Problèmes économiques du socialisme en U.R.S.S</title>. et dans d’autres ouvrages,
        établi les voies et les méthodes
        concrètes de l’édification socialiste, de l’industrialisation socialiste du pays et de la collectivisation de
        l’agriculture. S’appuyant sur les thèses initiales contenues dans les travaux de Marx, d’Engels et de
        Lénine, il a formulé la loi économique fondamentale du socialisme et la loi du développement
        harmonieux, proportionné de l’économie nationale.</p>
        <p rend="alinéa">Dans ses ouvrages Staline a développé les thèses de Lénine sur les méthodes de gestion socialiste de
        l’économie, sur la nécessité d’utiliser la loi de la valeur et la monnaie, sur la gestion équilibrée et sur le
        principe de l’intérêt matériel que les résultats de leur travail doivent procurer aux producteurs, sur la
        supériorité du système socialiste d’économie par rapport au système capitaliste.</p>
        <p rend="alinéa">Staline a développé et concrétisé les thèses marxistes-léninistes sur le passage du socialisme au
        communisme : celles qui concernent le problème de l’État en régime communiste et la disparition des
        différences essentielles entre la ville et la campagne, entre le travail manuel et le travail intellectuel.</p>
        <p rend="alinéa">L’économie politique marxiste-léniniste continue à se développer grâce à l’analyse des processus
        économiques se déroulant dans les pays capitalistes, à la synthèse de la pratique de l’édification du
        communisme en U.R.S.S. et de la construction du socialisme dans les pays de démocratie populaire.
        Elle s’enrichit de l’expérience récente de la lutte révolutionnaire de la classe ouvrière et des grandes
        couches de travailleurs contre l’oppression et l’exploitation dans les pays capitalistes, ainsi que de
        l’expérience de la lutte de libération nationale des peuples coloniaux.</p>
        <p rend="alinéa">Le développement créateur du marxisme-léninisme et la synthèse théorique de la lutte pratique pour le
        communisme trouvent leur éclatante expression dans les décisions du Parti communiste de l’Union
        soviétique, ainsi que dans celles des communistes et ouvriers, partis frères des autres pays. Les
        dirigeants des partis prolétariens de tous les pays, étroitement liés aux grandes masses laborieuses et
        interprétant dans leurs travaux les tendances progressistes du développement de la vie matérielle de la
        société, enrichissent la théorie économique d’idées nouvelles.</p>
        <p rend="alinéa">Partie constitutive essentielle du marxisme-léninisme, l’économie politique marxiste-léniniste est une
        arme idéologique puissante du prolétariat qui lutte contre le capitalisme, pour le socialisme. Elle est
        réellement scientifique, puisqu’elle traduit les intérêts de la classe ouvrière et de toutes les forces
        progressistes de l’humanité, qui ont un intérêt vital à étudier objectivement les lois du développement
        économique de la société lois oui conduisent inéluctablement à la chute du capitalisme et à la victoire
        du communisme</p>
        <p rend="alinéa">L’économie politique marxiste-léniniste dénonce la nature antiscientifique et réactionnaire de
        l’économie politique bourgeoise. Elle dénonce le sens de classe des conceptions réformistes des
        économistes petits-bourgeois qui apportent de l’eau au moulin de l’économie politique bourgeoise. Elle
        arme la classe ouvrière de la connaissance des lois économiques du développement de la société ; elle
        permet aux partis marxistes-léninistes, partis révolutionnaires, de fonder leur politique sur des bases
        scientifiques.</p>
        <p rend="alinéa">Quelles sont les conclusions essentielles à tirer de l’étude de l’économie politique ? Qu’enseigne
        l’économie politique ?</p>
        <p rend="alinéa"> </p>
        <p rend="alinéa">1. L’économie politique nous apprend tout d’abord que l’évolution économique de la société humaine
        obéit à des lois. La naissance et le développement de chaque mode de production, le remplacement
        d’un mode de production par un autre ne sont pas dus à l’arbitraire des hommes mais résultent de
        l’action de lois économiques objectives.</p>
        <p rend="alinéa">Les lois de l’économie politique, comme celles de toute autre science, sont le reflet de lois objectives
        dans le cerveau des hommes. D’autre part, l’économie politique apporte une confirmation théorique
        approfondie et complète à la thèse marxiste essentielle, selon laquelle la force principale du
        développement de la société, le véritable artisan de l’histoire, c’est le peuple, les masses laborieuses.
        Elle montre le rôle mobilisateur, organisateur et transformateur des idées avancées, nées des besoins
        du développement de la vie matérielle de la société.</p>
        <p rend="alinéa">Mettant en lumière les lois de la production sociale et de la répartition des biens matériels aux
        différentes phases du développement de la société, l’économie politique fournit la clé de l’évolution de
        la société humaine, évolution qui malgré toute sa diversité et toutes ses contradictions, constitue un
        processus unique obéissant à des lois.</p>
        <p rend="alinéa">Dans son développement, la société humaine passe des formes inférieures d’existence à des formes
        supérieures. Chaque mode de production marque un stade déterminé du progrès de la société, de
        l’évolution de ses forces productives et de ses rapports de production. Jusqu’à la révolution socialiste,
        les rapports de production d’un régime social et économique qui a remplacé un régime devenu périmé,
        contribuent pendant une certaine période à développer les forces productives, mais deviennent ensuite
        des entraves pour ces dernières. Ce régime économique cède alors la place à un autre, plus avancé.
        Dans une société divisée en classes antagonistes, cette substitution s’opère par la lutte de classes, au
        moyen d’une révolution sociale, qui renverse le pouvoir d’une classe dominante qui a fait son temps et
        instaure le pouvoir d’une classe nouvelle, plus avancée.</p>
        <p rend="alinéa">Grâce à une étude approfondie de la naissance, du développement et du déclin des formations sociales
        et économiques fondées sur la propriété privée des moyens de production, l’économie politique dégage
        les racines économiques de la lutte de classes. Elle montre que les masses travailleuses créent la
        richesse, et que les classes exploiteuses s’approprient les fruits de leur labeur. La lutte de classes est
        donc déterminée par les intérêts matériels fondamentaux de classes bien définies, par les lois du
        développement économique d’un mode de production déterminé.</p>
        <p rend="alinéa">Chaque nouveau régime social fondé sur la propriété privée des moyens de production — esclavage,
        féodalité, capitalisme — a placé des exploiteurs au pouvoir et n’a fait que changer les formes de
        l’exploitation et de l’oppression qui pesaient sur les travailleurs. Tout le déroulement de l’évolution
        économique de la société atteste que le capitalisme est le dernier régime social fondé sur l’exploitation
        de l’homme par l’homme. L’économie politique montre qu’à son stade monopoliste, le capitalisme est
        depuis longtemps devenu un régime réactionnaire qui entrave la marche en avant de la société. Le
        capitalisme agonisant est remplacé par un nouveau régime social : le socialisme, qui marque la
        suppression des classes exploiteuses et l’abolition de l’exploitation de l’homme par l’homme.</p>
        <p rend="alinéa">L’histoire du développement de la société humaine confirme entièrement la justesse de cette
        conclusion scientifique de l’économie politique marxiste-léniniste. Une société socialiste a été édifiée
        en Union soviétique. La victoire du socialisme en U.R.S.S. a fait complètement justice des inventions
        antiscientifiques selon lesquelles la propriété privée des moyens de production et le régime capitaliste
        seraient éternels. Le socialisme est en train de s’édifier dans les pays européens de démocratie
        populaire. Les grandes transformations révolutionnaires réalisées dans l’économie de la Chine ont créé
        les conditions de l’édification du socialisme dans ce pays, le plus vaste de l’Orient. En Union
        soviétique s’opère le passage graduel du socialisme au communisme. L’U.R.S.S. a tout ce qu’il faut
        pour édifier la société communiste. La société communiste, dont le socialisme est la première phase,
        est le but final de la lutte que mènent les travailleurs de tous les pays.</p>
        <p rend="alinéa">L’économie politique donne à la classe ouvrière et à tous les travailleurs l’assurance que le
        communisme vaincra, en montrant que cette victoire est déterminée par tout le cours antérieur de
        l’évolution historique de la société.</p>
        <p rend="alinéa"> </p>
        <p rend="alinéa">2. Se fondant sur l’expérience de l’U.R.S.S. et des pays de démocratie populaire, l’économie politique
        apprend aux travailleurs des pays capitalistes comment ils peuvent s’arracher à la servitude capitaliste.
        Elle montre que l’oppression et la paupérisation des travailleurs des pays bourgeois ne dépendent pas
        de causes fortuites, mais ont leurs racines dans le système d’économie capitaliste et sont conditionnées
        par les lois économiques propres à ce système. Les crises, le chômage, la misère des masses populaires
        ne peuvent disparaître si la base même des rapports de production n’est changée, c’est-à-dire si les
        moyens de production, propriété privée des capitalistes et des grands propriétaires fonciers, ne
        deviennent la propriété collective du peuple laborieux</p>
        <p rend="alinéa">Mettant en évidence l’opposition qui existe entre les principes de l’économie bourgeoise et ceux de
        l’économie socialiste, l’incompatibilité des intérêts de classe de la bourgeoisie, d’une part, du
        prolétariat et de tous les travailleurs, d’autre part, l’économie politique montre l’impossibilité pour le
        capitalisme de « se transformer » pacifiquement en socialisme.
        Aucune tentative de réformer, d’ « améliorer » le capitalisme, ne saurait en finir avec le système de
        l’esclavage salarié. Le grande Révolution socialiste d’Octobre a prouvé irréfutablement que seule la
        suppression des assises mêmes du capitalisme permettra à la classe ouvrière et à la paysannerie
        travailleuse de secouer les chaînes des exploiteurs et de s’engager dans la voie qui conduit à la liberté,
        à l’aisance et à la culture. L’histoire confirme entièrement la justesse de la thèse marxiste, selon
        laquelle la révolution socialiste est inévitable et il est impossible de remplacer le capitalisme par le
        socialisme sans l’instauration du pouvoir des travailleurs, sans la dictature du prolétariat, sans l’alliance
        de la classe ouvrière et de la paysannerie. Il faut, pour atteindre ce but, un Parti communiste capable de
        préparer le prolétariat et les grandes masses travailleuses à la lutte décisive contre la bourgeoisie et
        d’organiser la victoire de la révolution socialiste.</p>
        <p rend="alinéa">L’économie politique montre que l’asservissement et le pillage des peuples coloniaux par les
        métropoles sont déterminés par la nature même de l’impérialisme, étroitement lié aux propriétaires
        fonciers féodaux et à la bourgeoisie compradore des pays coloniaux. Les peuples des pays coloniaux et
        semi-coloniaux doivent, pour s’arracher à l’esclavage, à la misère et à leur retard, secouer le joug de
        l’impérialisme et de ses vassaux dans ces pays, détruire les survivances du féodalisme et réaliser de
        profondes transformations démocratiques. Après avoir rompu avec le système de l’impérialisme et
        assuré leur indépendance, les pays coloniaux peuvent, grâce à l’appui économique de l’U.R.S.S. et des
        autres pays du camp socialiste, éviter la voie douloureuse d’un développement capitaliste et créer
        graduellement les conditions permettant de passer à l’édification du socialisme. L’expérience de la lutte
        révolutionnaire et de la victoire du peuple chinois a confirmé dans la pratique cette conclusion de
        l’économie politique marxiste-léniniste et prouvé qu’en s’affranchissant du joug de l’impérialisme, les
        pays coloniaux et semi-coloniaux s’engagent par là même dans la voie d’une vie libre, de la prospérité
        matérielle et de l’épanouissement de la culture.</p>
        <p rend="alinéa">Si le régime capitaliste est renversé dans tel ou tel pays bourgeois et remplacé par le régime socialiste,
        si un pays colonial se détache du système de l’impérialisme et réalise des transformations
        démocratiques, ce n’est pas là le résultat d’une « exportation de la révolution », qui n’est qu’une
        invention des impérialistes, mais l’effet de profondes nécessités internes du développement
        économique de ces pays.</p>
        <p rend="alinéa"> </p>
        <p rend="alinéa">3. L’économie politique nous apprend à transformer l’économie dans l’esprit du socialisme. Le passage
        au socialisme ne peut s’opérer par des moyens choisis arbitrairement ; c’est un processus qui obéit à des
        lois. L’économie politique montre que, dans l’édification de la société nouvelle, socialiste, la dictature
        de la classe ouvrière s’appuie avant tout sur la loi de la correspondance nécessaire entre les rapports de
        production et le caractère des forces productives. C’est sur la base de cette loi que, dans la période de
        transition, s’opèrent la socialisation des moyens de production, l’abolition de l’exploitation de l’homme
        par l’homme et la création des formes socialistes d’économie. Au fur et à mesure que disparaissent les
        rapports d’exploitation capitalistes et que naissent et se développent les rapports de production
        socialistes, les lois économiques du socialisme entrent en vigueur et se développent. Utilisant ces lois,
        l’État socialiste fait une politique conséquente d’industrialisation du pays et de collectivisation de
        l’agriculture, il crée la société socialiste. La construction du socialisme s’accomplit au cours d’une lutte
        de classe implacable contre les éléments capitalistes de la ville et de la campagne.</p>
        <p rend="alinéa">L’économie politique a fait justice des élucubrations mensongères des idéologues bourgeois, selon
        lesquelles la classe ouvrière arrivée au pouvoir serait incapable d’organiser l’économie. L’expérience
        historique de l’U.R.S.S. a montré quelles forces créatrices inépuisables suscite le pouvoir du peuple
        travailleur. Pour la première fois dans l’histoire, la classe ouvrière et les travailleurs d’un immense pays
        couvrant un sixième du globe ont secoué le joug de l’exploitation et de l’oppression, sont devenus les
        maîtres de leur pays et ont fondé un régime socialiste qui assure un essor ininterrompu des forces
        productives, de la richesse sociale, du bien-être matériel et de la culture des masses populaires. La
        preuve est ainsi faite que le peuple peut parfaitement se passer des exploiteurs, que la classe ouvrière
        et les masses laborieuses sont non seulement capables de détruire le vieux système bourgeois
        d’économie, mais aussi d’édifier un système d’économie nouveau, socialiste, supérieur. C’est ce
        qu’atteste éloquemment la pratique de l’édification socialiste dans les pays de démocratie populaire.</p>
        <p rend="alinéa">L’économie politique étaie d’arguments d’ordre économique la nécessité du rôle dirigeant de la classe
        ouvrière dans l’édification socialiste, ainsi que d’une alliance solide de la classe ouvrière et de la
        paysannerie pour bâtir le socialisme et abolir l’exploitation de l’homme par l’homme. L’alliance de la
        classe ouvrière et de la paysannerie constitue la base indestructible du régime social de tous les pays
        du camp socialiste. C’est grâce à cette alliance qu’après des siècles la question paysanne reçoit sa
        solution et que s’opère le passage de la petite exploitation paysanne individuelle à la grande
        exploitation collective, qui soustrait la paysannerie à la ruine et à la misère. La victoire du régime
        kolkhozien en U.R.S.S. a réfuté dans les faits les assertions de la bourgeoisie selon lesquelles la
        paysannerie serait incapable de s’engager dans la voie du socialisme.</p>
        <p rend="alinéa">L’économie politique fait la synthèse de l’expérience historique de la construction du socialisme en
        U.R.S.S. Elle montre comment un pays autrefois misérable et faible, comme l’était la Russie avant la
        révolution, est devenue le pays riche et puissant qu’est aujourd’hui l’Union Soviétique. Les pays de
        démocratie populaire puisent au trésor de l’expérience soviétique la connaissance des voies éprouvées
        qu’a suivies l’édification socialiste, la connaissance des lois de la lutte de classes dans la période de
        transition, la connaissance de ce que doit faire la classe ouvrière pour nouer avec la paysannerie une
        amitié inaltérable et une alliance solide, consolider la coopération économique entre la ville et la
        campagne, remporter la victoire sur les classes exploiteuses et bâtir la société socialiste.</p>
        <p rend="alinéa">Mettre à profit l’expérience soviétique, c’est tenir soigneusement compte, dans chaque pays, des
        particularités concrètes de l’économie et des rapports de classes, particularités et rapports déterminés
        par l’ensemble des conditions historiques du développement de ce pays. Dans les pays de démocratie
        populaire, la construction du socialisme bénéficie de conditions plus favorables qu’en Union
        soviétique, car, à l’heure actuelle, il existe un puissant camp socialiste ayant l’U.R.S.S. et la
        République populaire de Chine à sa tête et une très riche expérience en matière d’édification socialiste
        a été acquise. La condition décisive de la victoire du socialisme et du communisme dans tous les pays
        qui se sont détachés du système capitaliste, c’est de continuer à renforcer le camp du socialisme et à
        resserrer la coopération économique, politique et culturelle des pays qui font partie de ce camp.</p>
        <p rend="alinéa"> </p>
        <p rend="alinéa">4. L’économie politique nous apprend que le travail pratique pour édifier le socialisme ne peut être
        couronné de succès que s’il s’appuie sur les lois économiques du développement de la société.
        L’économie politique permet de connaître les lois objectives du développement économique et de les
        utiliser dans l’intérêt de la société.</p>
        <p rend="alinéa">La connaissance des lois économiques permet de pénétrer l’essence des processus économiques, de
        dégager les tendances progressistes du développement quand elles sont encore à l’état embryonnaire,
        de prévoir scientifiquement la marche de l’évolution économique et de l’orienter conformément aux
        objectifs de l’édification du communisme.</p>
        <p rend="alinéa">L’économie politique fournit aux cadres une arme qui aide au triomphe de ce qui est nouveau,
        progressiste, sur ce qui est ancien et a fait son temps. La connaissance scientifique des lois
        économiques étudiées par l’économie politique est à la base de la politique économique des partis
        communistes (ouvriers) au pouvoir dans les pays du camp socialiste. S’inspirant de la théorie
        marxiste-léniniste, de la connaissance des lois économiques objectives, ces partis élaborent et appliquent une
        politique établie scientifiquement et qui a fait ses preuves, politique qui traduit les besoins du
        développement de la vie matérielle de la société et les intérêts vitaux du peuple ; ils éveillent et
        organisent le génie créateur et révolutionnaire des masses.</p>
        <p rend="alinéa">Mettant en évidence l’action de la loi économique fondamentale du socialisme, l’économie politique
        incite les cadres à organiser leur travail conformément au but de la production socialiste : satisfaire au
        maximum les besoins matériels et culturels de la population. Elle éclaire les conditions d’un essor et
        d’un perfectionnement continus de la production sur la base d’une technique supérieure. Elle montre
        que cet accroissement de la production socialiste a pour condition indispensable l’utilisation de la loi
        économique du développement prioritaire de la production des moyens de production, l’essor de
        l’industrie lourde et, sur, cette base, le progrès continu de la technique, le développement maximum de
        la science et l’adoption, dans l’industrie, des réalisations les plus récentes de la science et de la
        technique.</p>
        <p rend="alinéa">L’économie politique enseigne que l’essor de l’économie nationale et le développement harmonieux de
        celle-ci ont pour facteur décisif l’élévation maxima de la productivité du travail dans toutes les
        branches : industrie, transports, agriculture. Sans élévation ininterrompue de la productivité du travail
        social, il est impossible de satisfaire au maximum les besoins croissants du peuple. C’est dans la voie
        du progrès technique et de l’élévation de la productivité du travail que l’U.R.S.S. avance vers son
        objectif économique fondamental : rattraper et dépasser les pays capitalistes les plus développés sous
        le rapport économique.</p>
        <p rend="alinéa">L’économie politique montre que la politique du laisser faire est totalement étrangère au régime
        économique du socialisme, que la construction de la société communiste n’est possible que si
        l’économie est régie par un plan fondé sur la loi du développement harmonieux de l’économie
        nationale et conforme aux exigences de la loi économique fondamentale du socialisme.
        L’étude des exigences de la loi du développement harmonieux de l’économie nationale dans les
        conditions concrètes de chaque étape de l’édification communiste aide à respecter les proportions
        nécessaires dans le développement de l’économie, a répartir convenablement la production socialiste
        entre les régions, à utiliser avec le maximum d’efficacité les ressources matérielles, financières et
        humaines.</p>
        <p rend="alinéa">L’économie politique met en lumière l’importance énorme, pour l’édification socialiste, du fait que les
        masses sont intéressées matériellement à l’accroissement continu de la production, ce qui est une
        conséquence logique des rapports socialistes de production. En soulignant le rôle et l’importance de la
        loi de la répartition selon le travail pour le développement de l’économie socialiste, l’économie
        politique incite les cadres à appliquer de façon conséquente, dans toutes les branches de l’économie
        nationale, le principe de la rémunération différenciée du travail en raison directe de ses résultats, à
        éliminer tout élément d’égalitarisme. Elle montre le rôle de l’émulation socialiste, puissante force
        motrice du développement économique de la société socialiste.</p>
        <p rend="alinéa">L’économie politique fait apparaître toute l’importance, pour l’édification du socialisme, d’une
        utilisation judicieuse de la loi de la valeur et des instruments économiques qui s’y rattachent.
        Comprendre l’action de la loi de la valeur en régime socialiste, c’est, pour les cadres, acquérir un
        moyen important d’améliorer les méthodes de production, d’abaisser le prix de revient de la
        production, d’affermir le principe de la gestion équilibrée et d’augmenter la rentabilité des entreprises
        socialistes, de faire une politique des prix reposant sur des principes économiques corrects, de stimuler
        matériellement le développement de la production kolkhozienne, de développer le commerce et de
        perfectionner le système financier. L’économie politique met en évidence les immenses possibilités
        qu’a l’économie socialiste planifiée d’appliquer un régime d’économie rigoureux et d’augmenter
        l’accumulation socialiste.</p>
        <p rend="alinéa">L’activité créatrice toujours plus intense des masses en matière d’édification économique et culturelle
        est un trait caractéristique de l’Union soviétique et des pays de démocratie populaire. Il importe donc
        de plus en plus que les masses du peuple connaissent les lois du développement économique et les
        principes de la gestion socialiste de l’économie. En armant les cadres de la connaissance des lois
        économiques, l’économie politique permet d’utiliser et d’appliquer ces lois avec un succès toujours
        croissant et d’augmenter ainsi l’efficacité de tout le travail d’édification du socialisme et du
        communisme.</p>
        <p rend="alinéa">En mettant en lumière l’interdépendance des processus économiques, l’économie politique permet à
        chaque travailleur de comprendre l’importance de son activité pour le développement de tout le
        système socialiste de l’économie nationale. Elle aide à comprendre qu’en régime socialiste, les intérêts
        du peuple, les intérêts de l’État sont au-dessus de tout.</p>
        <p rend="alinéa"> </p>
        <p rend="alinéa">5. L’économie politique montre que le socialisme est un mode de production plus progressiste et qu’il a
        une supériorité éclatante sur le capitalisme. Cela se traduit de façon frappante par l’opposition des lois
        économiques fondamentales du socialisme et du capitalisme qui déterminent deux lignes de
        développement différentes.</p>
        <p rend="alinéa">Alors que dans les pays capitalistes, la production est subordonnée à la loi du profit maximum qui
        voue les travailleurs au chômage, à la ruine et à la misère, à des guerres sanglantes, la production, en
        société socialiste, est subordonnée aux intérêts de l’homme, à la satisfaction de ses besoins croissants.
        Alors que, dans les pays capitalistes, l’accroissement de la production retarde de loin sur les immenses
        possibilités qu’offre aujourd’hui le niveau de la science et de la technique et se trouve périodiquement
        interrompu par des crises économiques dévastatrices, dans les pays du socialisme, l’économie se
        développe selon un plan et la production croît sans cesse à un rythme qui dépasse de beaucoup celui de
        l’accroissement de la production dans les pays capitalistes développés.</p>
        <p rend="alinéa">Dans le monde capitaliste, il y a concurrence entre les pays, asservissement des uns par les autres. Le
        capital monopoliste essaie, dans sa course effrénée au profit maximum, de procéder à un nouveau
        partage économique du monde, il aspire à la domination mondiale, ce qui aboutit à une aggravation de
        la situation internationale, à la militarisation de l’économie, et fait naître le danger de nouvelles
        guerres. Dans le camp du socialisme, il n’y a pas de classe exploiteuse ayant intérêt à des conflits
        internationaux et à des collisions militaires ; les pays socialistes, qui rejettent totalement la politique
        d’asservissement colonial et d’expansion impérialiste, luttent résolument et avec esprit de suite pour la
        paix, pour la détente internationale, pour la coopération pacifique et l’amitié entre les peuples,
        indépendamment du régime social de leurs États. Les rapports entre les pays du camp du socialisme,
        qui sont fondés sur les principes d’une entière égalité et de l’avantage réciproque en vue de l’essor
        économique commun de ces pays et de l’épanouissement de leur culture, donnent un exemple éclatant
        de rapports internationaux d’un type nouveau, socialiste.</p>
        <p rend="alinéa">Dans sa compétition pacifique avec le capitalisme, le système socialiste d’économie affirme chaque
        année avec plus d’évidence sa supériorité sur le système capitaliste. En même temps, ce dernier
        système d’économie, déchiré par des contradictions internes, manifeste plus nettement d’année en
        année son instabilité et confirme sa condamnation par l’histoire.</p>
        <p rend="alinéa">La société communiste sans classes ouvre au progrès humain des perspectives grandioses. L’économie
        politique met en lumière les conditions économiques du passage au communisme en faisant la
        synthèse de l’expérience de l’édification communiste en U.R.S.S. Elle montre que le mouvement qui
        entraîne la société actuelle vers le communisme obéit aux lois objectives du développement social. Le
        communisme naît de l’activité créatrice consciente de millions de travailleurs que dirige le Parti
        communiste, armé de la théorie du marxisme-léninisme. Il n’est pas de force au monde capable
        d’arrêter la marche en avant de la société dans la voie du communisme. L’essor prodigieux des forces
        de la démocratie et du socialisme, l’aggravation brutale des contradictions de classes entre la
        bourgeoisie impérialiste, d’une part, la classe ouvrière et les travailleurs d’autre part, l’ampleur
        croissante du mouvement de libération nationale dans les colonies, le puissant mouvement des masses
        populaires et de toutes les forces progressistes de l’humanité actuelle pour la paix, contre la réaction
        impérialiste et la préparation d’une nouvelle guerre attestent irréfutablement que le capitalisme a fait
        son temps et que l’avenir appartient au communisme.</p>
      </div>
    </back>
  </text>
</TEI>