Dominique Meeùs

Dernière modification le   

retour à la table des matièresà l’index des notionsau dossier marxisme

4. Lutte contre les difficultés du rétablissement de l’économie nationale. Recrudescence de l’activité trotskiste en rapport avec la maladie de Lénine. Nouvelle discussion dans le Parti. Défaite des trotskistes. Mort de Lénine. Promotion Lénine. XIIIe congrès du Parti.

Les premières années de lutte pour le rétablissement de l’économie nationale furent marquées par des succès considérables. Vers 1924, on observait un essor dans tous les domaines. La superficie ensemencée s’était accrue sensiblement depuis 1921, l’économie paysanne se fortifiait de plus en plus. L’industrie socialiste était en progression. Les effectifs de la classe ouvrière s’étaient notablement accrus. Les salaires avaient augmenté. Les ouvriers et les paysans vivaient mieux, plus à l’aise que dans les années 1920-1921.

Mais les conséquences de la ruine économique se faisaient toujours sentir. L’industrie retardait encore sur le niveau d’avant-guerre ; son développement retardait sur le développement des besoins du pays. Fin 1923, on comptait près d’un million de chômeurs : la lenteur du progrès de l’économie nationale ne permettait pas de résorber le chômage. Le commerce se développait avec p. 293des à-coups, en raison des prix démesurément élevés des articles fabriqués en ville, prix qui étaient imposés au pays par les nepmans proprement dits et par les éléments nepmans de nos organisations commerciales. De ce fait, le rouble soviétique subissait de fortes fluctuations, il se dépréciait. Tout cela freinait l’amélioration de la situation des ouvriers et des paysans.

Vers l’automne 1923, les difficultés économiques se trouvèrent quelque peu aggravées en raison des infractions à la politique soviétique des prix qu’avaient commises nos organismes industriels et commerciaux. On constata un écart marqué entre les prix des marchandises industrielles et ceux des produits agricoles. Les prix du blé étaient bas ; ceux des articles industriels, exorbitants. Les frais généraux étaient énormes dans l’industrie, d’où le renchérissement des marchandises. L’argent que la paysannerie tirait de la vente de son blé se dépréciait rapidement. Au surplus, le trotskiste Piatakov, alors installé au Conseil supérieur de l’économie nationale, avait donné une directive criminelle aux dirigeants de l’industrie : drainer le plus de profits possible de la vente des marchandises manufacturées, hausser sans retenue les prix soi-disant pour développer 1’industrie. En réalité, ce mot d’ordre nepman ne pouvait aboutir qu’à un rétrécissement de la base de la production industrielle et à la ruine de l’industrie. Dans ces conditions, la paysannerie n’avait pas intérêt à acquérir les marchandises de la ville ; elle cessa de les acheter. Et ce fut la crise des débouchés, qui se répercuta dans l’industrie. Des difficultés surgirent pour le paiement des salaires, ce qui provoqua le mécontentement des ouvriers. Dans certaines fabriques, les ouvriers les moins conscients abandonnaient le travail.

Le Comité central du Parti envisagea les moyens d’éliminer ces difficultés et ces défauts. Des mesures turent prises pour liquider la crise des débouchés. On réduisit les prix des articles de grande consommation. Une réforme monétaire fut décidée : l’adoption d’une devise ferme et stable, le tschervonetz. On fit régner l’ordre dans le paiement des salaires aux ouvriers. Des mesures furent envisagées pour développer le commerce par les organismes soviétiques et coopératifs et évincer du commerce les commerçants privés et les spéculateurs de toute sorte.

Il fallait se mettre à la besogne avec ensemble, les manches retroussées. Ainsi pensaient et agissaient les hommes dévoués au Parti. Mais telle n’était pas la conduite des trotskistes. Profitant de l’absence de Lénine, à qui une grave maladie avait fait quitter les rangs, ils déclenchèrent une nouvelle offensive contre p. 294le Parti et se direction. Ils jugeaient le moment favorable pour battre le Parti et renverser sa direction. Tout était bon pour eux dans leur lutte contre le Parti : et la défaite de la révolution en Allemagne et en Bulgarie à l’automne de 1923, et les difficultés économiques dans le pays, et la maladie de Lénine. C’est justement dans celle période difficile pour l’État soviétique, au moment où le chef du Parti était cloué sur son lit, que Trotski entreprit son attaque contre le Parti bolchévik. Après avoir groupé autour de lui tous les éléments antiléninistes du Parti, il confectionna une plateforme de l’opposition, dirigée contre le Parti, contre sa direction, contre sa politique. Cette plate-forme s’appela : déclaration des 46. Dans la lutte contre le Parti de Lénine s’étaient unis tous les groupes d’opposition : trotskistes, partisans du « centralisme démocratique », et ce qui restait des « communistes de gauche » et de l’ « opposition ouvrière ». Dans leur déclaration, ils pronostiquaient une grave crise économique et l’effondrement du pouvoir dos Soviets ; ils réclamaient la liberté des fractions et des groupes comme étant la seule issue à la situation.

C’était donc une lutte pour la reconstitution des fractions interdites, sur la proposition de Lénine, par le Xe congrès du Parti.

Les trotskistes ne soulevèrent aucun problème concret en vue d’améliorer l’industrie ou l’agriculture, le commerce national, la situation des travailleurs. Au reste, ils s’y intéressaient fort peu. Une seule chose les intéressait : profiter de l’absence de Lénine pour reconstituer les fractions au sein du Parti et ébranler les fondements du Parti, ébranler son Comité central.

À la suite de la plate-forme des 46, Trotski lança une lettre dans laquelle il couvrait de boue les cadres du Parti et formulait une série de nouvelles accusations calomnieuses contre le Parti. Il reprenait dans cette lettre les vieux refrains menchéviks que le Parti lui avait entendu répéter maintes fois.

Avant tout, les trotskistes s’attaquaient à l’appareil du Parti. Ils comprenaient que ce dernier ne pouvait vivre ni travailler sans un appareil solidement charpenté. L’opposition s’employa à ébranler, à détruire cet appareil, à opposer les membres du Parti à son appareil et à opposer les jeunes aux vieux cadres du Parti. Dans sa lettre, Trotski misait sur la jeunesse des écoles, sur les jeunes membres du Parti, qui ne connaissaient pas l’histoire de la lutte du Parti contre le trotskisme. Pour conquérir la jeunesse studieuse Trotski la flattait en l’appelant « le plus sûr baromètre du Parti » : il déclarait en même temps que la vieille garde léniniste était en dégénérescence. Faisant allusion aux chefs tarés de la p. 295IIe Internationale, il insinuait bassement que la vieille garde bolchévique suivait leurs traces. Il criait à la dégénérescence du Parti pour mieux masquer sa propre dégénérescence et ses desseins dirigés contre le Parti.

Les deux documents de l’opposition, — la plate-forme des 46 et la lettre de Trotski, — furent expédiés par les trotskistes dans les rayons et les cellules et proposés à l’examen des membres du Parti.

On provoquait le Parti à la bataille.

Ainsi, tout comme au moment de la discussion syndicale avant le Xe congrès, on imposait maintenant au Parti une discussion générale.

Bien que le Parti fût préoccupé par des problèmes économiques autrement graves, il releva le défi et ouvrit la discussion. Elle s’étendit à l’ensemble du Parti. La lutte prit un caractère acharné. Elle fut particulièrement âpre à Moscou. Les trotskistes visaient à s’emparer tout d’abord de l’organisation bolchévique de la capitale. Mais la discussion ne leur fut d’aucune aide. Elle les confondit. Ils furent battus à plate couture tant à Moscou que dans l’ensemble de l’Union soviétique. Seules quelques cellules d’écoles supérieures et d’administrations votèrent en leur faveur.

En janvier 1924 se réunit la XIIIe conférence du Parti. Elle entendit le rapport du camarade Staline, qui tirait les enseignements de la discussion. La conférence condamna l’opposition trotskiste en déclarant qu’en l’espèce le Parti avait affaire à une déviation petite-bourgeoise du marxisme. Les décisions de la conférence furent confirmées plus tard par le XIIIe congrès du Parti et le Ve congrès de l’Internationale communiste. Le prolétariat communiste international soutint le Parti bolchévik dans sa lutte contre le trotskisme.

Mais les trotskistes ne cessèrent point leur travail de sape. En automne 1924, Trotski publia un article « Les leçons d’Octobre », dans lequel il tentait de substituer le trotskisme au léninisme. Cet article n’était qu’un tissu de calomnies contre notre Parti, contre son chef Lénine. Tous les ennemis du communisme et du pouvoir des Soviets se saisirent de cette méchante plaquette de diffamation. Le Parti repoussa avec indignation la calomnie de Trotski contre l’histoire héroïque du bolchévisme. Le camarade Staline dénonça la tentative de Trotski de substituer le trotskisme au léninisme. Dans ses interventions, le camarade Staline déclara : « La tâche du Parti consiste à enterrer le trotskisme en tant que courant idéologique. »

p. 296

L’ouvrage théorique du camarade Staline : Des principes du léninisme, paru en 1924, eut une importance considérable pour l’écrasement idéologique du trotskisme et la défense du léninisme. Cette brochure est un exposé magistral et une importante justification théorique du léninisme. Elle fournit alors et continue de fournir aujourd’hui aux bolchéviks du monde entier l’arme acérée de la théorie marxiste-léniniste.

Dans les batailles contre le trotskisme, le camarade Staline rallia le Parti autour de son Comité central et le mobilisa en vue de la lutte nouvelle pour la victoire du socialisme dans notre pays. Le camarade Staline sut prouver que l’écrasement idéologique du trotskisme est une condition nécessaire pour assurer la marche victorieuse au socialisme.

En dressant le bilan de cette période de lutte contre le trotskisme, le camarade Staline a dit :

Sans avoir battu le trotskisme, il est impossible de vaincre dans les conditions de la Nep, impossible de transformer la Russie d’aujourd’hui en Russie socialiste.

Mais les succès de la politique léniniste du Parti furent endeuillés par le malheur immense qui frappa le Parti et la classe ouvrière. Le 21 janvier 1924, à Gorki, près de Moscou, mourut notre chef et notre éducateur, Lénine, le fondateur du Parti bolchévik. La classe ouvrière du monde entier accueillit la nouvelle de la mort de Lénine comme la perte la plus douloureuse. Le jour des obsèques, le prolétariat international proclama un arrêt du travail de cinq minutes. Les chemins de fer s’immobilisèrent, le travail fut interrompu dans les usines et les fabriques. C’est ainsi que les travailleurs du monde entier, dans leur suprême affliction, rendirent hommage à leur père et à leur éducateur, à leur meilleur ami et défenseur, à Lénine.

La classe ouvrière de l’Union soviétique répondit à la mort de Lénine en se ralliant encore plus étroitement autour du Parti léniniste. En ces jours de deuil, chaque ouvrier conscient médita sur l’attitude qu’il devait prendre à l’égard du Parti communiste, qui appliquait les préceptes de Lénine. Des milliers et des milliers de demandes d’adhésion, émanant d’ouvriers, affluèrent au Comité central. Le Comité central alla au-devant de ce mouvement et proclama l’admission en masse des ouvriers d’avant-garde dans le Parti ; il proclama la promotion Lénine. Par dizaines de milliers, on vit adhérer de nouveaux ouvriers au Parti, on vit adhérer tous ceux qui étaient prêts à sacrifier leur vie pour la cause du p. 297Parti, pour la cause de Lénine En un court espace de temps, plus de 240 000 ouvriers rejoignirent les rangs du Parti bolchévik. Celui-ci vit affluer dans son sein la partie avancée de la classe ouvrière, la plus consciente et la plus révolutionnaire, la plus courageuse et la plus disciplinée. C’était la promotion Lénine.

La mort de Lénine montra combien notre Parti était proche des masses ouvrières, combien leur était cher le Parti de Lénine.

En ces jours de deuil, au IIe congrès des Soviets de l’U.R.S.S., le camarade Staline fit un serment solennel au nom du Parti, il dit :

Nous sommes, nous, communistes, des gens d’une facture à part. Nous sommes taillés dans une étoffe à part. Nous formons l’armée du grand stratège prolétarien, l’armée du camarade Lénine. Il n’est rien de plus haut que l’honneur d’appartenir à cette armée. Il n’est rien de plus haut que le titre de membre du Parti qui a pour fondateur et pour dirigeant le camarade Lénine…

En nous quittant, le camarade Lénine nous a recommandé de tenir haut et de garder dans sa pureté le glorieux titre de membre du Parti. Nous te jurons, camarade Lénine, d’accomplir avec honneur ta volonté !…

En nous quittant, le camarade Lénine nous a recommandé de garder l’unité de notre Parti comme la prunelle de nos yeux. Nous te jurons, camarade Lénine, que là encore nous accomplirons avec honneur ta volonté !…

En nous quittant, le camarade Lénine nous a recommandé de sauvegarder et d’affermir la dictature du prolétariat. Nous te jurons, camarade Lénine, de ne pas épargner nos forces pour, là encore, accomplir avec honneur ta volonté !… En nous quittant, le camarade Lénine nous a recommandé de consolider de toutes nos forces l’alliance des ouvriers et des paysans. Nous te jurons, camarade Lénine, que là encore nous accomplirons avec honneur ta volonté !…

Le camarade Lénine nous a toujours parlé de la nécessité d’une alliance librement consentie des peuples de notre pays, de la nécessité de leur collaboration fraternelle dans le cadre de l’Union des Républiques. En nous quittant, le camarade Lénine nous a recommandé de consolider et détendre l’Union des Républiques Nous te jurons, camarade Lénine, que là encore nous accomplirons avec honneur ta volonté !…

Maintes fois Lénine nous a indiqué que le renforcement de l’Armée rouge et son perfectionnement sont une des p. 298tâches les plus importantes de notre Parti… Jurons donc, camarades, de ne pas épargner nos efforts pour renforcer notre Armée rouge, notre Flotte rouge…

En nous quittant, le camarade Lénine nous a recommandé la fidélité aux principes de l’Internationale communiste. Nous te jurons, camarade Lénine, que nous n’épargnerons pas notre vie pour consolider et étendre l’union des travailleurs du monde entier, l’Internationale communiste !

Tel fut le serment du Parti bolchévik à son chef Lénine, qui vivra dans les siècles.

En mai 1924 se tint le XIIIe congrès du Parti. À ce congrès assistèrent 748 délégués avec voix délibérative, représentant 735 881 membres du Parti. Cette forte augmentation des effectifs par rapport au congrès précédent s’explique par l’adhésion au Parti d’environ 250 000 nouveaux membres de la promotion Lénine. Les délégués avec voix consultative étaient au nombre de 416.

Le congrès condamna unanimement la plate-forme de l’opposition trotskiste en la qualifiant de déviation petite-bourgeoise du marxisme, de révision du léninisme ; il confirma les résolutions de la XIIIe conférence du Parti « Sur la construction du Parti » et « Sur le bilan de la discussion ».

Mû par la volonté de renforcer l’alliance de la ville et de la campagne, le congrès donna la directive de développer encore l’industrie, en premier lieu l’industrie légère ; il affirma en même temps la nécessité de hâter le développement de la métallurgie.

Le congrès ratifia la création d’un Commissariat du peuple du Commerce intérieur ; il fixa pour tâche à tous les organismes commerciaux de prendre possession du marché et d’évincer du commerce le capital privé.

Le congrès fixa la tâche d’élargir le crédit à bon marché accordé par l’État à la paysannerie et d’éliminer de la campagne les usuriers.

Le congrès indiqua que le mot d’ordre principal à la campagne était de mettre tout en œuvre pour rassembler les masses paysannes dans les coopératives.

Enfin, le congrès montra l’importance extraordinaire de la promotion Lénine et attira l’attention du Parti sur la nécessité d’instruire des principes du léninisme les jeunes adhérents du Parti, avant tout ceux de la promotion Lénine.