Dominique Meeùs

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5. Insurrection armée de décembre. Défaite de l’insurrection. La révolution recule. La première Douma d’État. Le IVe congrès (congrès d’unification) du Parti.

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En octobre et novembre 1905, la lutte révolutionnaire des masses continua à se développer avec une force irrésistible. Les grèves ouvrières se poursuivaient.

La lutte des paysans contre les propriétaires fonciers prit, en automne 1905, de vastes proportions. Le mouvement se généralisa à plus d’un tiers des districts du pays. De véritables soulèvements paysans déferlaient sur les provinces de Saratov, Tambov, Tchernigov, Titlis, Koutaïs, d’autres encore. Et cependant la poussée des masses paysannes restait insuffisante. Le mouvement manquait d’organisation et de direction.

Les troubles se multiplièrent aussi parmi les soldats dans plusieurs villes : Tiflis, Vladivostok, Tachkent, Samarkand, Koursk, Soukhoumi, Varsovie, Kiev, Riga. Une révolte éclata à Cronstadt, ainsi que parmi les matelots de la flotte de la mer Noire, à Sébastopol (en novembre 1905). Mais, faute d’être liés entre eux, ces soulèvements furent écrasés par le tsarisme.

Les soulèvements dans les unités de l’armée et de la flotte avaient souvent pour motifs la brutalité des officiers, la mauvaise nourriture (« révoltes des fayots »), etc. La masse des matelots et des soldats insurgés n’avait pas encore une claire conscience de la nécessité de renverser le gouvernement tsariste, de la nécessité de poursuivre énergiquement la lutte armée. Les matelots et soldats en révolte étaient encore d’humeur trop pacifique, trop placide ; souvent ils faisaient la faute de remettre en liberté les officiers arrêtés au début de la révolte et se laissaient endormir par les promesses et les exhortations des chefs.

La révolution touchait de près à l’insurrection armée. Les bolchéviks appelaient les masses à l’insurrection armée contre le tsar et les propriétaires fonciers ; ils leur expliquaient qu’elle était inévitable. Sans se lasser, ils la préparaient. Ils menaient l’action révolutionnaire auprès des soldats et des matelots ; des organisations militaires du Parti furent créées dans l’armée. Dans plusieurs villes, on forma des détachements ouvriers de combat, auxquels on apprenait le maniement des armes. On organisa l’achat d’armes à l’étranger et leur expédition clandestine en Russie. Des militants en vue du Parti prenaient part à l’organisation des transports d’armes.

En novembre 1905, Lénine rentrait en Russie. Se cachant des gendarmes et des espions du tsar, Lénine prit, en ces jours, une p. 90part directe à la préparation de l’insurrection armée. Ses articles du journal bolchévik Novaïa Jizn [la Vie nouvelle] servaient de directives au travail quotidien du Parti.

Pendant ce temps, le camarade Staline accomplissait un immense travail révolutionnaire en Transcaucasie. Il démasquait et confondait les menchéviks, comme adversaires de la révolution et de l’insurrection armée. Il préparait avec fermeté les ouvriers au combat décisif contre l’autocratie. Dans un meeting, à Tiflis, le jour de la proclamation du manifeste du tsar, le camarade Staline dit aux ouvriers :

Que nous faut-il pour vaincre effectivement ? Trois choses : premièrement, nous armer ; deuxièmement, nous armer ; troisièmement, encore et encore une fois nous armer.

En décembre 1905, une conférence bolchévique se réunit à Tammerfors, en Finlande. Bien que les bolchéviks et les menchéviks fussent officiellement dans un seul et même parti social-démocrate, ils n’en formaient pas moins deux partis distincts, avec leur centre respectif. C’est à cette conférence que Lénine et Staline se virent pour la première fois : jusque-là, ils avaient été en relations par correspondance ou par le truchement de camarades.

Deux des décisions de la conférence de Tammerfors méritent d’être signalées : l’une sur le rétablissement de l’unité dans le Parti, pratiquement scindé en deux partis ; l’autre, sur le boycottage de la première Douma, dite Douma de Witte.

Étant donné qu’à ce moment-là, l’insurrection armée avait déjà commencé à Moscou, la conférence, sur le conseil de Lénine, termina rapidement ses travaux et les délégués rentrèrent chez eux pour prendre part à l’insurrection.

Cependant le gouvernement tsariste ne dormait pas non plus. Lui aussi, il se préparait à la lutte décisive. Après avoir signé la paix avec le Japon et allégé par là sa situation difficile, il passa à l’offensive contre les ouvriers et les paysans. Il proclama la loi martiale dans plusieurs provinces touchées par les soulèvements paysans et donna cette consigne féroce : « Pas de prisonniers », « Ne pas ménager les cartouches » ; il lança l’ordre d’arrêter les dirigeants du mouvement révolutionnaire et de disperser les Soviets des députés ouvriers.

Les bolchéviks de Moscou et le Soviet des députés ouvriers de la ville, dont ils assumaient la direction et qui était lié aux grandes masses ouvrières, décidèrent alors de procéder à la préparation immédiate de l’insurrection armée. Le 5 (18) décembre, le Comité p. 91de Moscou adopta la décision suivante : proposer au Soviet de déclarer la grève politique générale, pour la transformer, en cours de lutte, en insurrection. Cette décision fut appuyée dans les réunions ouvrières de masse. Le Soviet de Moscou, se conformant à la volonté de la classe ouvrière, résolut à l’unanimité de déclencher la grève politique générale.

Le prolétariat de Moscou, en commençant l’insurrection, avait sa propre organisation de combat : près de mille hommes, dont plus de la moitié étaient des bolchéviks. Des détachements de combat existaient aussi dans plusieurs fabriques de Moscou. Au total, les insurgés comptaient dans leurs détachements de combat près de deux mille hommes. Les ouvriers pensaient pouvoir neutraliser la garnison, en détacher une partie et l’entraîner derrière eux.

C’est le 7 (20) décembre que la grève politique éclata à Moscou. On ne put cependant la généraliser à l’ensemble du pays : la grève ayant été insuffisamment soutenue à Pétersbourg, ce fait avait, dès le début, diminué les chances de succès de l’insurrection. Le chemin de fer Nicolas, aujourd’hui chemin de fer d’Octobre, était resté aux mains du gouvernement tsariste. La circulation n’avait pas été arrêtée sur cette ligne et le gouvernement put dépêcher de Pétersbourg à Moscou les régiments de la garde pour écraser l’insurrection.

À Moscou même, la garnison hésitait. Si les ouvriers avaient déclenché l’insurrection, c’était, en partie, parce qu’ils avaient compté sur le soutien de la garnison. Mais les révolutionnaires laissèrent échapper le moment propice et le gouvernement tsariste put faire cesser les troubles dans la garnison.

Le 9 (22) décembre, les premières barricades s’élevaient à Moscou. Bientôt les rues de la ville en furent couvertes. Le gouvernement tsariste fit donner l’artillerie. Il avait massé des troupes de beaucoup supérieures aux forces insurgées. Pendant neuf jours, plusieurs milliers d’ouvriers armés luttèrent héroïquement. C’est seulement après avoir fait venir des régiments de Pétersbourg, de Tver et du territoire de l’Ouest, que le tsarisme put écraser l’insurrection. Les organes dirigeants de l’insurrection avaient été en partie arrêtés à la veille du combat, en partie isolés. On arrêta le comité bolchévik de Moscou. L’action armée se morcela en insurrections de divers quartiers coupés les uns des autres. Privés de leur centre de direction, dépourvus d’un plan de lutte pour l’ensemble de la ville, les quartiers s’en tinrent principalement à la défensive. Telle fut, comme l’a signalé plus tard Lénine, la raison p. 92essentielle de la faiblesse de l’insurrection de Moscou et l’une des causes de sa défaite.

C’est au quartier de Moscou nommé Krasnaïa-Presnia que l’insurrection fut particulièrement opiniâtre et acharnée. Krasnaïa-Presnia fut la principale citadelle, le centre de l’insurrection. Là étaient réunis les meilleurs détachements de combat dirigés par les bolchéviks. Mais Krasnaïa-Presnia fut écrasée par le fer et par le feu, et noyée dans le sang ; elle flambait dans les incendies allumés par l’artillerie. L’insurrection de Moscou était abattue.

Cependant, l’insurrection n’avait pas été déclenchée uniquement à Moscou. Des soulèvements révolutionnaires déferlèrent également dans une série d’autres villes et d’autres régions. Il y eut des insurrections armées à Krasnoïarsk, Motovilikha (Perm), Novorossiisk, Sormovo, Sébastopol, Cronstadt.

Les nationalités opprimées de Russie prirent à leur tour les armes. Presque toute la Géorgie fut touchée par l’insurrection. Une insurrection importante éclata en Ukraine, dans le bassin du Donetz : Gorlovka, Alexandrovsk, Lougansk (actuellement Vorochilovgrad). La lutte prit un caractère acharné en Lettonie. En Finlande, les ouvriers créèrent leur Garde rouge et déclenchèrent le soulèvement.

Mais toutes ces insurrections, comme celle de Moscou, furent écrasées par le tsarisme avec une férocité inhumaine.

Menchéviks et bolchéviks appréciaient différemment l’insurrection armée de décembre.

Le menchévik Plékhanov, après l’insurrection armée, lança ce reproche au Parti : « II ne fallait pas prendre les armes ! » Les menchéviks cherchèrent à démontrer que l’insurrection était chose inutile et nuisible ; que l’on pouvait s’en passer dans la révolution ; que l’on pouvait aboutir au succès, non par l’insurrection armée, mais par des moyens de lutte pacifiques.

Quant aux bolchéviks, ils stigmatisèrent cette appréciation comme une trahison. Ils estimaient que l’expérience de l’insurrection armée de Moscou n’avait fait que confirmer la possibilité, pour la classe ouvrière, de mener avec succès la lutte armée. Au reproche de Plékhanov « II ne fallait pas prendre les armes », Lénine répondit :

Au contraire, il fallait prendre les armes d’une façon plus résolue, plus énergique et dans un esprit plus offensif ; il fallait expliquer aux masses l’impossibilité de se borner à une grève pacifique et la nécessité d’une lutte armée, intrépide et implacable.

Lénine, Œuvres choisies, t. I, p. 545.
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L’insurrection de décembre 1905 marqua le point culminant de la révolution. En décembre, l’autocratie tsariste triomphe de l’insurrection. À la suite de la défaite, un tournant s’opère : la révolution commence peu à peu à se replier. Après avoir monté, la révolution décline progressivement.

Le gouvernement tsariste se hâta d’exploiter cette défaite pour donner le coup de grâce à la révolution. Bourreaux et geôliers tsaristes déployaient une activité sanglante. En Pologne, en Lettonie, en Estonie, en Transcaucasie, en Sibérie, les expéditions punitives sévissaient à plein. Cependant la révolution n’était pas encore écrasée. Les ouvriers et les paysans révolutionnaires se repliaient lentement, en livrant combat. De nouvelles couches ouvrières furent entraînées à la lutte. En 1906, les grèves englobèrent plus d’un million d’ouvriers. En 1907, 740 000. Dans le premier semestre de 1906, le mouvement paysan toucha près de la moitié des districts de la Russie tsariste ; dans le second semestre, un cinquième de tous les districts. Les troubles continuèrent dans l’armée et dans la flotte.

Le gouvernement tsariste, dans sa lutte contre la révolution, ne se borna pas aux seules mesures répressives. Après avoir obtenu un premier succès par la répression, il décida de porter un autre coup à la révolution en convoquant une nouvelle Douma, une Douma « législative ». Ce qu’il espérait par là, c’était détacher les paysans de la révolution pour la terrasser. En décembre 1905, il promulgua donc une loi sur la convocation d’une nouvelle Douma dite « législative » à la différence de la vieille Douma, de la Douma « consultative » de Boulyguine, qui avait été balayée par le boycottage bolchévik. La loi électorale du tsar était, bien entendu, antidémocratique. Les élections ne se faisaient pas au suffrage universel. Plus de la moitié de la population était purement et simplement privée du droit de vote, par exemple les femmes et plus de deux millions d’ouvriers. Les élections n’étaient pas égales ; les électeurs avaient été partagés en quatre curies, comme on disait alors : la curie de la propriété terrienne (propriétaires fonciers), la curie des villes (bourgeoisie), la curie paysanne et la curie ouvrière. Les élections n’étaient pas directes, mais à plusieurs degrés. Le scrutin, en réalité, n’était pas secret. Dans la Douma, la loi électorale assurait à une poignée de propriétaires fonciers et de capitalistes une prédominance considérable sur des millions d’ouvriers et de paysans.

Par la Douma, le tsar voulait détourner les masses de la révolution. p. 94Une partie considérable de la paysannerie croyait encore, en ce temps-là, à la possibilité de recevoir la terre par la Douma. Cadets, menchéviks et socialistes-révolutionnaires trompaient les ouvriers et les paysans, en disant qu’on pouvait réaliser le régime voulu par le peuple sans insurrection ni révolution. C’est dans la lutte contre cette mystification du peuple que les bolchéviks proclamèrent et réalisèrent la tactique de boycottage de la Ire Douma d’État, conformément à la décision prise par la conférence de Tammerfors.

En luttant contre le tsarisme, les ouvriers exigeaient que fût réalisée l’unité des forces du Parti, que le parti du prolétariat fût unifié. Forts de la décision déjà citée de la conférence de Tammerfors sur l’unité, les bolchéviks appuyèrent cette revendication des ouvriers et proposèrent aux menchéviks de convoquer un congrès d’unification du Parti. Et sous la poussée des masses ouvrières, les menchéviks durent accepter l’unification.

Lénine était pour l’unification, mais pour une unification qui n’escamote pas les divergences dans les problèmes de la révolution. Les conciliateurs (Bogdanov, Krassine et autres), qui s’efforçaient de démontrer qu’il n’y avait pas de divergences sérieuses entre bolchéviks et menchéviks, avaient causé un grand préjudice au Parti. Dans sa lutte contre eux, Lénine exigea des bolchéviks qu’ils se présentent au congrès avec leur propre plate-forme, afin que les ouvriers voient clairement sur quelles positions se plaçaient les bolchéviks et sur quelle base se faisait l’unification. Celte plate-forme, les bolchéviks l’élaborèrent et la soumirent à la discussion des membres du Parti.

C’est ainsi qu’en avril 1906 se réunit à Stockholm le IVe congrès du P.O.S.D.R., dit Congrès d’unité. Y participaient 111 délégués avec voix délibérative, qui représentaient 57 organisations locales du Parti. Au congrès assistaient en outre les représentants des partis social-démocrates nationaux : trois du Bund, trois du Parti social-démocrate polonais et trois de l’organisation social-démocrate de Lettonie.

Les organisations bolchéviques ayant été durement éprouvées pendant et après l’insurrection de décembre, toutes n’avaient pas pu envoyer des délégués. D’autre part, pendant les « jours de liberté » de 1905, les menchéviks avaient accepté dans leurs rangs une masse d’intellectuels petits-bourgeois, qui n’avaient rien de commun avec le marxisme révolutionnaire. Il suffit de dire que les menchéviks de Tiflis (il n’y avait pas beaucoup d’ouvriers industriels dans cette ville) avaient envoyé au congrès autant de p. 95délégués que la plus grande organisation prolétarienne, celle de Pétersbourg. Aussi une majorité du congrès, insignifiante il est vrai, se trouva-t-elle du côté des menchéviks.

Cette composition du congrès détermina le caractère menchévik des décisions dans tout un ensemble de questions.

L’unité réalisée à ce congrès fut purement formelle. En réalité, bolchéviks et menchéviks maintinrent leurs conceptions respectives et leurs organisations propres.

Les principales questions examinées au IVe congrès furent les suivantes : question agraire, situation actuelle et objectifs de classe du prolétariat, attitude à prendre envers la Douma d’État, questions d’organisation.

Bien que les menchéviks fussent en majorité au congrès, ils durent, pour ne pas écarter les ouvriers, adopter la formule préconisée par Lénine pour l’article premier des statuts, sur la qualité de membre du parti.

Dans la question agraire, Lénine défendit la nationalisation du sol. Il estimait que cette nationalisation n’était possible qu’avec la victoire de la révolution, qu’après le renversement du tsarisme. En ce cas, la nationalisation de la terre faciliterait au prolétariat, allié aux paysans pauvres, le passage à la révolution socialiste. La nationalisation de la terre impliquait la confiscation, sans indemnité, de toutes les terres seigneuriales au profit des paysans. Le programme agraire bolchévik appelait les paysans à la révolution contre le tsar et les propriétaires fonciers.

Tout autres étaient les positions des menchéviks. Ils défendaient un programme de municipalisation. D’après ce programme, les terres seigneuriales n’étaient pas remises aux communautés paysannes, ni en libre disposition, ni même en jouissance, mais elles étaient mises à la disposition des municipalités (c’est-à-dire des administrations locales autonomes ou zemstvos) et les paysans devaient prendre à bail cette terre, chacun dans la mesure de ses moyens.

Le programme menchévik de municipalisation était un programme de conciliation et, par conséquent, un programme nuisible à la révolution. Il ne pouvait mobiliser les paysans pour la lutte révolutionnaire ; il ne visait pas à la suppression complète de la propriété seigneuriale de la terre. Le programme menchévik envisageait une issue bâtarde de la révolution. Les menchéviks ne voulaient pas dresser les paysans pour la révolution.

Pourtant le congrès adopta à la majorité des voix le programme menchévik.

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C’est surtout à propos de la résolution sur la situation actuelle et sur la Douma d’État que les menchéviks dévoilèrent leur fond antiprolétarien et opportuniste. Le menchévik Martynov s’éleva ouvertement contre l’hégémonie du prolétariat dans la révolution et pour répondre aux menchéviks, le camarade Staline posa la question de front :

Ou l’hégémonie du prolétariat, ou l’hégémonie de la bourgeoisie démocratique, voilà comment se pose la question dans le Parti, voilà sur quoi portent nos divergences.

Quant à la Douma d’État, les menchéviks la glorifiaient dans leur résolution comme le meilleur moyen de résoudre les problèmes de la révolution, d’affranchir le peuple du tsarisme. Les bolchéviks, au contraire, regardaient la Douma comme un appendice impuissant du tsarisme, comme un paravent qui était destiné à masquer les plaies du tsarisme et que celui-ci rejetterait aussitôt qu’il serait devenu incommode.

Le Comité central élu au IVe congrès comprit trois bolchéviks et six menchéviks. Les menchéviks entrèrent seuls à la rédaction de l’organe central.

Il était évident que la lutte allait continuer à l’intérieur du Parti.

Et en effet la lutte entre bolchéviks et menchéviks redoubla de force après le IVe congrès. Dans les organisations locales officiellement unifiées on voyait très souvent deux rapporteurs faire chacun son compte rendu du congrès : l’un, de la part des bolchéviks, l’autre de la part des menchéviks. Après discussion des deux lignes, la majorité des membres de l’organisation se ralliaient le plus souvent aux bolchéviks.

La vie prouvait de mieux en mieux que les bolchéviks avaient raison. Le Comité central menchévik élu au IVe congrès révéla de plus en plus son opportunisme, son incapacité totale à diriger la lutte révolutionnaire des masses. En été et en automne 1906, la lutte révolutionnaire des masses reprit de l’intensité. À Cronstadt et à Sveaborg, les matelots se soulevèrent. La lutte des paysans contre les propriétaires fonciers se déchaîna. Et le Comité central menchévik formulait des mots d’ordre opportunistes que les masses ne suivaient pas !