Dominique Meeùs
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Un rapport entre hommes et femmes comme le patriarcat porte bien sûr entre autres sur la reproduction de l’espèce. Il me semble que c’est toujours aussi un rapport de production. Il est lié sans doute, on l’a vu, à la division du travail selon le sexe des collecteurs-chasseurs en matière de chasse et de collecte, avec parfois horticulture. Mais chez des collecteurs-chasseurs observés, on peut trouver d’autres divisions du travail entre hommes et femmes, dans le textile, la poterie…
Avec les classes et l’État, on entre plus ou moins dans « l’histoire » au sens particulier de l’histoire de sociétés à partir du moment où on a pour elles des traces écrites. Il est intéressant de voir comment, dans cette histoire (du temps de l’écriture), la suprématie masculine se généralise, se renforce et s’institutionnalise. À ce stade aussi, le patriarcat comporte une division du travail selon le sexe. Les femmes de l’Athènes classique, exclues de la politique, géraient la maison, en un temps où la production de textile devait se partager entre une production domestique et une industrie artisanale1. Tout ça est à creuser, avec le livre de Gerda Lerner (Lerner 1986) déjà citée plus haut et d’autres.
On voudrait suivre la piste d’une analyse de la société en rapports de production et de reproduction articulés entre eux, suggérée par Marx et Engels dans l’Idéologie allemande, mais ni eux ni personne ne l’a fait. Michèle Barrett situe le patriarcat dans l’idéologie, donc dans la superstructure. Mais si on suit Marx et Engels dans l’Idéologie allemande, les rapports de production et de reproduction constituent ensemble la base2. On a beaucoup écrit sur les rapports de production comme déterminant dans une certaine mesure le type de société, mais l’articulation proposée par Marx et Engels n’a pas été creusée.
On arriverait sans doute à conclure qu’il y a aussi toujours une autonomie relative du patriarcat et du mode de production. Karen Sacks (Sacks 1974:218), en observant diverses sociétés de classe, fait remarquer que les femmes de classe supérieure sont cependant toujours considérées, en tant que femmes, comme d’un sexe subordonné et, dans l’histoire européenne, elle rappelle qu’une reine comme la reine Victoria en Angleterre est l’exception qui confirme la règle.