Dominique Meeùs
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Judith K. Brown (1970b) introduit l’idée intéressante que ce qui est certainement dans la nature des hommes et des femmes, c’est que les femmes font des enfants et les allaitent, ce que les hommes ne peuvent pas faire. La chasse est un exercice difficile (pour les hommes comme pour les femmes). Il n’est pas raisonnable de suivre, peut-être plusieurs jours, un animal dangereux, silencieusement pour le surprendre, avec un enfant au sein ou un enfant qui pleure. Sans enfant, une femme peut parfaitement chasser. (Il y a bien un dimorphisme sexuel dans l’espèce humaine, mais il n’est pas très accusé et pas déterminant ici.) Cependant, la plupart des femmes ayant des enfants, ce n’est pas raisonnable. En outre, la chasse suppose un apprentissage et, pour des adolescentes qui peuvent s’attendre à avoir plus tard des enfants, ce serait un apprentissage pour rien. Il serait donc évident, pour des humains ou préhumains raisonnables, que, sauf exception, les hommes délaissent la collecte pour la chasse, et pas les femmes (et même pas les femmes jeunes). Il faut bien voir que l’argument de Judith Brown n’est en rien essentialiste. Il n’est pas « écrit dans le ciel », ni dans les gènes, que les femmes ne peuvent pas chasser. C’est simplement une question pratique.
On a donc là le principe général d’une explication, une hypothèse explicative de la division du travail selon le sexe dans les sociétés primitives. (Comme je l’ai dit dans la section précédente, il y a en matière de chasse, une très grande variété. L’argument de Judith Brown est donc de force variable selon les environnements.)