Dominique Meeùs
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Annexe — Revue critique des lois de la dialectique

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Il importe peu, sauf du point de vue de l’archéologie de la pensée de Marx et d’Engels, de savoir s’ils sont allés parfois jusqu’à penser que ces lois commandaient le monde. Ce qui importe plus, en effet, c’est de voir que ces lois sont assez creuses, ou même parfois tout à fait dépourvues de sens.

Une loi doit exprimer une régularité d’un niveau de généralité suffisante. Je me souviens de l’exemple entendu dans un séminaire de philosophie des sciences auquel je participais : il n’existe dans l’univers aucune sphère d’or pur d’un mètre de diamètre ou plus. C’est une assertion vraie. Les étoiles qui fusionnent des éléments lourds et les recrachent en mourant ne vont jamais recracher de l’or pur en grandes sphères. Des humains pourraient créer une telle sphère, mais personne n’a encore été assez fou pour le faire. Mais c’est contingent, pas une nécessité, et cela parle d’un non-fait singulier.

Une assertion doit dire une régularité suffisamment précise et régulière pour prétendre au titre de loi. L’assertion : « En Belgique, il y a des jours où il pleut et des jours où il ne pleut pas » est incontestablement vraie. Mais une telle platitude tautologique ne constitue pas une loi. Sinon, toute phrase bâtie sur la conjonction « ou » serait une loi. De même, on ne peut reconnaître la qualité, ou simplement la forme, de loi à une assertion contenant le mot « parfois ».

Je passe les lois en revue selon la littérature dont je dispose en matière de dialectique doctrinale. Des exposés connus, un des premiers, je crois, est celui de Staline (en 1938), le paragraphe « 2. Le matérialisme dialectique et le matérialisme historique » du chapitre IV de l’Histoire du Parti communiste (bolchevik) de l’URSS. Dans leurs Principes fondamentaux de philosophie de 1954, Guy Besse et Maurice Caveing se réfèrent à Staline et à sa présentation en quatre lois1. Les Entretiens sur le Matérialisme dialectique de Bob Claessens, dont je lis une réédition de 1973, mais qui remontent aux années 50, portent sur les mêmes lois dans le même ordre que chez Staline et que chez Besse et Caveing. Dans la formulation de ces derniers :

  1. Le premier trait de la dialectique : tout se tient. (Loi de l’action réciproque et de la connexion universelle)
  2. Le deuxième trait de la dialectique : tout se transforme. (Loi du changement universel et du développement incessant)
  3. Le troisième trait de la dialectique : le changement qualitatif.
  4. Le quatrième trait de la dialectique : la lutte des contraires.

Par contre, le petit Politzer apocryphe intervertit les deux premières lois, puis les deux dernières : changement, action réciproque ; contradiction, qualité. (Rappelons que Engels en donnait trois.)

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Notes
1.
Sur la dialectique, Staline commence : « La méthode dialectique marxiste est caractérisée par les traits fondamentaux que voici », non pas avec des « lois » du monde mais avec des « traits » d’une « méthode ». Cela fait de lui, sur la doctrine du « matérialisme dialectique », curieusement, l’auteur le plus prudent, le moins dogmatique dans son expression. Mais plus loin, après le quatrième trait de sa méthode, il revient aux « lois ».
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