Dominique Meeùs
Dernière modification le   
Notes de lecture : table des matières, index — Retour au dossier marxisme

Chapitre 21 — Reproduction simple

P. 635 et suivantes.

Quelle que soit la forme sociale du procès de production, il doit être continu ou reparcourir périodiquement les mêmes phases. Une société ne peut pas plus cesser de produire qu’elle ne peut cesser de consommer. Considéré dans son contexte permanent et dans le cours incessant de son renouvellement, tout procès de production social est donc en même temps procès de reproduction.

Les conditions de la production sont en même temps les conditions de la reproduction. Aucune société ne peut produire continuellement, c’est-à-dire reproduire sans retransformer continuellement une partie de ses produits en moyens de production ou en éléments de la nouvelle production. Si tous les facteurs restent par ailleurs les mêmes, elle ne peut reproduire ou conserver sa richesse à la même échelle qu’en remplaçant in natura les moyens de production, c’est-à-dire les moyens de travail, matériaux bruts et matières auxiliaires consommés pendant une année, par exemple, par un quantum égal de nouveaux exemplaires retirés de la masse annuelle des produits et réincorporés au procès de production. Il y a donc un quantum déterminé du produit annuel qui appartient à la production. Destiné dès le départ à la consommation productive, ce quantum existe en grande partie sous des formes naturelles qui excluent d’elles-mêmes la consommation individuelle.

P. 635.

Considération introductive très importante. Le plus souvent, les sociétés ont dégagé un surplus, sinon nous n’en serions pas où nous en sommes aujourd’hui. Mais même si on s’en tient à une reproduction simple, « on ne peut pas tout manger », « il faut mettre de côté » et on produit d’ailleurs des choses qui ne sont pas « mangeables ».

Il met en garde contre les illusions engendrées par la considération du dialogue singulier entre capitaliste et ouvrier.

L’illusion engendrée par la forme-argent se dissipe aussitôt qu’à la place du capitaliste individuel et de l’ouvrier individuel on considère la classe capitaliste et la classe ouvrière. La classe capitaliste donne constamment à la classe ouvrière, sous la forme-argent, des assignations sur une partie du produit que cette dernière a produit et que la première s’est approprié. Assignations que l’ouvrier restitue tout aussi constamment à la classe capitaliste, lui retirant ce faisant la partie de son propre produit qui lui échoit à lui. La forme-marchandise du produit et la forme-argent de la marchandise déguisent toute cette transaction.

P. 637.

« Mais il faut bien pourtant que ce procès ait commencé quelque part… », p. 638. Le capital initial est généralement acquis par des moyens violents et immoraux, mais quand bien même il serait honnêtement acquis par le travail, il est converti en moyens de production ou en biens de subsistance des travailleurs et reconstitué dans le processus d’exploitation de la force de travail en nouveau capital, transformé de capital initial (qui disparaît entièrement) en capital capitaliste.

Mais ce qui n’était au début que le point de départ est constamment produit de nouveau par la seule entremise de la continuité du procès, de la reproduction simple, et pérennisé […]. D’un côté, le procès de production ne cesse de transformer la richesse matérielle en capital, en moyens de valorisation et de jouissance pour le capitaliste. D’un autre côté, l’ouvrier ressort en permanence du procès comme il y était entré : source personnelle de richesse, mais dépouillé de tous les moyens de réaliser cette richesse pour lui-même. […] comme le procès de production est en même temps le procès de consommation de la force de travail par le capitaliste, le produit de l’ouvrier ne se transforme pas seulement continuellement en marchandise, mais en capital […]. L’ouvrier lui-même ne cesse de produire la richesse objective comme capital, comme puissance qui lui est étrangère, qui le domine et qui l ’exploite, tandis que le capitaliste ne cesse pas davantage de produire la force de travail comme source de richesse subjective, abstraite, séparée de ses propres moyens d’objectivation et de réalisation, n’existant que dans la corporéité de l’ouvrier, en un mot, de produire l’ouvrier en tant qu’ouvrier salarié. Cette reproduction ou perpétuation constante de l’ouvrier est la condition sine qua non de la production capitaliste.

La consommation de l’ouvrier est de deux sortes. Dans la production proprement dite, il consomme par son travail des moyens de production et les transforme en produits d’une valeur supérieure à celle du capital avancé. C’est sa consommation productive. Celle-ci est simultanément consommation de sa force de travail par le capitaliste qui l’a achetée. D’un autre côté, l’ouvrier emploie en moyens de subsistance l’argent payé pour l’achat de la force de travail : c’est sa consommation individuelle. La . Dans la première, il agit comme force motrice du capital et appartient au capitaliste ; dans la seconde, il s’appartient à lui-même et accomplit des fonctions vitales du procès de production. Le résultat de l’une est la vie du capitaliste, celui de l’autre, la vie de l’ouvrier lui-même.

P. 640-641.

Il fait référence à cet examen de la reproduction de la force de travail dans la reproduction du capital au chapitre 10 du Livre II.