Dominique Meeùs
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Chapitre 13 — La machinerie et la grande industrie

Table of contents

P. 416 et suivantes.
1. Le développement de la machinerie

Marx insiste sur la différence entre des outils utilisés par l’homme dans certaines opérations et des machines qui font l’opération à la place de l’homme, même si c’est encore lui qui est le moteur. Avec le rouet, l’homme est moteur en ce qu’il actionne la roue, mais c’est aussi lui qui file ; c’est sa main qui file, ce n’est pas le rouet. Quand on mécanise le filage, ce n’est plus l’homme, mais c’est la machine qui file, même si c’est un homme qui en reste le moteur dans un premier temps. Une telle machine est alors susceptible d’être motorisée, d’abord sans autre changement. Ainsi une pompe ou un soufflet de forge sont, depuis le début, des machines et non des outils. Dans un soufflet à main, c’est le soufflet qui souffle, pas l’homme. Ce soufflet peut être motorisé si on a un moteur faisant le mouvement de va et vient de la main.

Ces machines, Marx les appelle machine-outil (Werkzeugmaschine) ou machine de travail (Arbeitsmaschine). C’est un peu surprenant parce que plus récemment on a réservé, tant en allemand (Werkzeugmaschine) et en anglais (machine-tool) qu’en français, le terme de machine-outil à des machines qui usinent, ajustent, tournent, percent, mettent en forme et cetera des pièces de matériaux relativement durs, généralement pour fabriquer d’autres machines. Aujourd’hui, une machine textile ne serait plus appelée machine-outil, mais bien les machines qui fabriquent les composants des machines textiles.

Les machines, susceptibles d’être motorisées, appellent la motorisation. (Et en retour leur motorisation conduira à les perfectionner et les amener à des puissances impensables sans motorisation.)

La machine à vapeur proprement dite, telle qu’elle fut inventée à la fin du 17e siècle pendant la période manufacturière, et poursuivit son existence jusqu’au début de la huitième décennie du 18e siècle, n’a provoqué aucune révolution industrielle. C’est à l’inverse beaucoup plus la création des machines-outils qui a rendu nécessaire la révolution de la machine à vapeur.

P. 421 (1983) ou 367 (2016).

[…] en Angleterre, pays natal de la grande industrie, l’utilisation de la force hydraulique était déjà prédominante pendant la période manufacturière. […] Les filatures à métiers continus d’Arkwright furent actionnées hydrauliquement dès le début. Cependant l’emploi de la force hydraulique comme force dominante allait de pair avec des facteurs qui rendaient les choses plus difficiles. Il n’était pas possible de l’augmenter à volonté ni de suppléer à son éventuelle insuffisance ; elle avait parfois des défaillances, et surtout était de nature purement locale. C’est seulement avec la deuxième machine à vapeur de Watt, dite à double effet, qu’on disposa d’un premier moteur produisant lui-même sa force motrice à partir de l’ingestion de charbon et d’eau, et dont le potentiel énergétique était entièrement sous le contrôle de l’homme. À la fois mobile et moyen de locomotion, citadin et non assigné à la campagne comme la roue hydraulique, il permet la concentration de la production dans les villes au lieu de la disséminer dans les campagnes comme le fait la roue hydraulique. Il est universel dans son application technologique, et son lieu d’implantation dépend relativement peu des circonstances locales.

P. 422-424 (1983) ou 368-369 (2016).
2. Valeur cédée par la machinerie au produit
  • In England werden gelegentlich statt der Pferde immer noch Weiber zum Ziehn u.s.w. bei den Kanalbooten verwandt, weil die zur Produktion von Pferden und Maschinen erheischte Arbeit ein mathematisch gegebenes Quantum, die zur Erhaltung von Weibern der Surpluspopulation dagegen unter aller Berechnung steht. Man findet daher nirgendwo schamlosere Verschwendung von Menschenkraft für Lumpereien, als grade in England, dem Land der Maschinen.

    1867:381-382
    (MEW 23:415-416).
  • En Angleterre, on se sert encore à l’occasion de femmes en guise de chevaux pour haler, etc. les péniches, ceci parce que le travail requis pour la production des chevaux et des machines est un quantum mathématique donné, alors que le travail requis pour l’entretien des femmes de l’excédent de population est en dessous de toute estimation chiffrée. Si bien qu’on ne trouve nulle part ailleurs qu’en Angleterre justement, au pays des machines, un gaspillage plus éhonté de forces humaines employées à des broutilles.

    1983:432.
  • In Engeland worden soms nog steeds vrouwen in plaats van paarden gebruikt bij het trekken van schuiten, enzovoort, omdat de voor de productie van paarden en machines vereiste arbeid een mathematisch gegeven hoeveelheid is, terwijl de hoeveelheid arbeid, nodig voor de instandhouding van vrouwen, dankzij de overbevolking buiten iedere berekening valt. Daarom vindt men nergens zulk een schaamteloze verkwisting van menselijke kracht voor allerlei karweien dan juist in Engeland, het land van de machines.

  • In England women are still occasionally used instead of horses for hauling barges, because the labour required to produce horses and machines is an accurately known quantity, while that required to maintain the women of the surplus population is beneath all calculation. Hence we nowhere find a more shameless squandering of human labour-power for despicable purposes than in England, the land of machinery.

    (1887:391)
    1976:517.

Dans la traduction française (1872fr:170, col. de droite), Roy ajoute le « long des canaux », ce qu’on avait bien compris avec halage, mais qui ne fait pas de tort. Par contre, il dit « les frais », alors qu’avec travail requis, Marx pense plutôt en valeur. Surtout, il écrit pour ces femmes « lie de la population », passant à côté du concept choisi par Marx de surplus, sans connotation péjorative, pouvant être armée de réserve d’emploi.

3. Les effets immédiats de l’exploitation mécanisée sur l’ouvrier
a) Appropriation par le capital de forces de travail supplémentaires. Le travail des femmes et des enfants

La valeur de la force de travail était déterminée par le temps de travail nécessaire non seulement à la conservation de l’ouvrier adulte individuel, mais aussi à la conservation de la famille ouvrière. En jetant les membres de la famille ouvrière sur le marché du travail, la machinerie répartit la valeur de la force de travail de l’homme sur toute sa famille. Elle dévalue par conséquent sa force de travail. L’achat d’une famille parcellisée, par exemple, en quatre forces de travail coûte peut-être plus qu’autrefois l’achat de la force de travail du chef de famille, mais, en contrepartie, quatre jours de travail prennent la place d’un seul et son prix tombe dans la proportion de l’excédent du surtravail des quatre par rapport au surtravail d’un seul. Il faut maintenant que quatre personnes fournissent non seulement du travail au capital, mais aussi du surtravail, pour qu’une famille vive. C’est ainsi que, d’emblée, la machinerie, en élargissant le matériau humain exploitable qui est le champ d’exploitation le plus caractéristique du capital121, élève en même temps le degré d’exploitation.

121.
« Le nombre des ouvriers a beaucoup augmenté parce que l’on remplace de plus en plus le travail des hommes par celui des femmes et surtout celui des adultes par celui des enfants. Trois fillettes de 13 ans, gagnant entre 6 et 8 sh. par semaine, ont écarté un homme d’âge mur gagnant entre 18 et 45 sh. » (Th. de Quincey, The Logic of Politic. Econ., Lond. 1844, note de la p. 147). Comme certaines fonctions familiales, telles que la grossesse et l’allaitement, etc. ne peuvent être totalement réprimées, les mères de famille confisquées par le capital sont plus ou moins obligées d’engager des remplaçants. Les travaux imposés par la consommation familiale, comme la couture, le raccommodage, etc. doivent être remplacés par l’achat de produits finis. À la diminution de la dépense de travail domestique correspond donc une augmentation de la dépense d’argent. Les coûts de production de la famille ouvrière s’accroissent donc et compensent l’augmentation de recette. Ajoutez à cela qu’il devient impossible de consommer et de préparer les moyens de subsistance de manière économique et rationnelle. On trouvera d’abondantes indications sur ces faits tenus secrets par l’économie politique officielle dans les Reports des inspecteurs de fabriques, dans ceux de la Children’s Employment Commission et sur­tout aussi dans les Reports on Public Health.
1983:444 (1867:382-383).

Je m’étais fait la réflexion que la valeur de la force de travail peut difficilement être individualisée, qu’il faut considérer au moins le niveau du ménage, mais je cherchais vainement chez Marx quelque chose dans ce sens. C’est la thèse de doctorat (non publiée) de Saliha Boussedra (Deuxième partie, chapitre 4, II.1.1) qui, bingo ! me signale ce passage, ainsi que (en II.3.1) la note sur le travail domestique.

La conséquence est considérable. La valeur de la force de travail de l’homme, dans le modèle de l’homme gagne-pain, c’est de toute manière la reproduction de la famille. Si tous travaillent, le capitaliste a, pour cette valeur inchangée, plus de travailleurs et sur chacun d’eux une plus-value considérablement supérieure.

La note de Marx est très importante aussi, parce qu’il souligne que l’entrée des femmes dans la main-d’œuvre entraine un déplacement de l’équilibre, dans la production de la force de travail, entre travail domestique (privé) et recours à des biens et services marchands, constitutifs de la valeur de la force de travail et partie du produit social total qui va à la force de travail. Connaissant les capitalistes, si le recours à plus de biens et services marchands peut constituer une augmentation de la valeur de la force de travail à l’échelle de la famille, ce devrait être largement compensé par la diminution qui résulte de l’emploi de plus de personnes pour le même prix ; je veux dire que la résultante, en valeur de la force de travail d’une personne, reste une diminution.

Je note aussi, importante pour le matérialisme historique, une demi-phrase qui fleure bon le Manifeste :

Mais comme le capital est, de par sa nature, un Leveller1, c’est-à-dire qu’il réclame comme ses droits de l’homme intrinsèques l’égalité des conditions d’exploitation du travail dans toutes les sphères de production, […]

1983:466 (1867:385).
4. La fabrique
P. 470 et suivantes.

Mots-clefs : ❦ sécurité ❦  ❦ reproduction de la force de travail

p. 478L’économie des moyens sociaux de production, qui n’ont vraiment commencé à mûrir comme en serre chaude qu’avec le système des fabriques, devient en même temps, entre les mains du capital, un pillage systématique des conditions de vie de l’ouvrier pendant son travail, pillage de l’espace, de l’air, de la lumière et des moyens de protection personnels qu’il a contre les conditions du procès de production, qui mettent en danger et sa vie et sa santé, sans parler des économies sur les dispositifs destinés à rendre moins durs le p. 479travail de l’ouvrier.

6. La théorie de la compensation pour les ouvriers chassés par la machinerie
P. 491 et suivantes.

Mots-clefs : ❦ restructuration ❦ chômage ❦ mécanisation ❦ mécanisation, destruction de l’emploi ❦ mécanisation, allègement du travail ❦ mécanisation, domination des forces de la nature ❦ mécanisation, rapports sociaux de production

p. 494 ¼Les faits réels travestis par l’optimisme des économistes sont les suivants : les ouvriers refoulés par la machinerie se voient jetés hors de l’atelier sur le marché du travail et viennent y augmenter le nombre de forces de travail déjà disponibles pour l’exploitation capitaliste. Nous verrons dans la septième section que cet effet de la machinerie, présenté ici comme une compensation pour la classe ouvrière, est au contraire le plus terrible fléau qui puisse frapper l’ouvrier. Notons simplement ceci : les ouvriers rejetés d’une branche d’industrie peuvent, il est vrai, chercher un emploi dans n’importe quelle autre branche. S’ils en trouvent un et s’ils renouent le lien entre eux-mêmes et les moyens de subsistance libérés avec eux, c’est grâce à un nouveau capital supplémentaire qui a soif d’être investi, mais en aucun cas grâce au capital qui fonctionnait déjà auparavant et qui a été maintenant converti en machinerie. Et encore, même dans ce cas, leurs perspectives sont bien minces ! Estropiés par la division du travail, ces pauvres diables valent si peu de chose en dehors de leur ancienne sphère de travail qu’ils ne trouvent accès que dans un petit nombre de branches de travail de basse catégorie et donc constamment surchargées et sous-payées. De plus, chaque branche d’industrie attire à elle tous les ans une nouvelle vague d’hommes qui lui fournit le contingent nécessaire à sa croissance et à son remplacement régulier. Dès que la machinerie libère une partie des ouvriers employés jusque-là dans une branche d’industrie déterminée, l’équipe de remplacement p. 495est également re-répartie et absorbée dans d’autres branches industrielles, tandis que pour la plupart les premières victimes dépérissent et s’étiolent pendant la période de transition.

Il est indubitable que ce n’est pas la machinerie en soi qui est responsable du fait que les ouvriers sont « libérés » des moyens de subsistance. Dans la branche dont elle s’empare, celle-ci rend meilleur marché et augmente en quantité le produit sans modifier dans un premier temps la masse des moyens de subsistance produite dans d’autres branches industrielles. Après son introduction, la société continue de posséder autant ou plus de moyens de subsistance pour les ouvriers déplacés, sans parler de l’énorme partie du produit annuel qui est gaspillée par ceux qui ne travaillent pas. Et c’est là le fin mot de l’apologétique économique ! Les contradictions et les antagonismes inséparables de l’utilisation capitaliste de la machinerie n’existent pas, parce que ce n’est pas la machinerie qui les engendre, mais bien leur utilisation capitaliste ! Puisque donc la machinerie en soi raccourcit le temps de travail alors qu’elle prolonge la journée de travail dans son utilisation capitaliste, puisqu’en soi elle soulage le travail alors qu’elle accroît son intensité dans son utilisation capitaliste, puisqu’elle est en soi une victoire de l’homme sur les forces naturelles, alors que dans son utilisation capitaliste elle asservit l’homme par l’intermédiaire des forces naturelles, puisqu’en soi elle augmente la richesse du producteur alors qu’elle l’appauvrit dans son utilisation capitaliste, etc., pour toutes ces raisons l’économiste, bourgeois explique simplement que le fait de considérer la machinerie en soi prouve de manière éclatante que toutes ces contradictions tangibles ne sont que pure apparence de la réalité vulgaire, mais qu’en soi, et donc aussi en théorie, e1les n’existent pas du tout. Plus besoin, donc, de continuer à se casser la tête plus longtemps ; il se paie même le luxe d’imputer à son adversaire la sottise de ne pas combattre l’utilisation capitaliste de la machinerie, mais la machinerie elle-même.

9. Législation sur les fabriques.
(Clauses concernant l’hygiène et l’éducation.)
Sa généralisation en Angleterre
1983, p. 540 et suivantes.

Dans la discussion de la législation sur les fabriques, Marx montre comment le capitalisme, en attaquant la famille, ouvre la perspective d’une famille différente.

(Un rapport de commission sur le travail des enfants met en cause les parents et qualifie ça d’abus du pouvoir parental. C’est à cela que Marx répond. Le texte n’implique pas que Marx défendrait le patriarcat.)

  • Ce n’est pas cependant l’abus de l’autorité paternelle qui a créé l’exploitation de l’enfance, c’est tout au contraire l’exploitation capitaliste qui a fait dégénérer cette autorité en abus. Du reste, la législation de fabrique, n’est-elle pas l’aveu officiel que la grande industrie a fait de l’exploitation des femmes et des enfants par le capital, de ce dissolvant radical de la famille ouvrière d’autrefois, une nécessité économique, l’aveu qu’elle a converti l’autorité paternelle en un appareil du mécanisme social, destiné à fournir, directement ou indirectement, au capitaliste les enfants du prolétaire lequel, sous peine de mort, doit jouer son rôle d’entremetteur et de marchand d’esclaves ? Aussi tous les efforts de cette législation ne prétendent-ils qu’à réprimer les excès de ce système d’esclavage.

    Si terrible et si dégoûtante que paraisse dans le milieu actuel la dissolution des anciens liens de famille1, la grande industrie, grâce au rôle décisif qu’elle assigne aux femmes et aux enfants, en dehors du cercle domestique, dans des procès de production socialement organisés, n’en crée pas moins la nouvelle base économique sur laquelle s’élèvera une forme supérieure de la famille et des relations entre les sexes. Il est aussi absurde de considérer comme absolu et définitif le mode germano-chrétien de la famille que ses modes oriental, grec et romain, lesquels forment d’ailleurs entre eux une série progressive. Même la composition du travailleur collectif par individus de deux sexes et de tout âge, cette source de corruption et d’esclavage sous le règne capitaliste, porte en soi les germes d’une nouvelle évolution sociale2. Dans l’histoire, comme dans la nature, la pourriture est le laboratoire de la vie.

    1.
    V. F. Engels, l.c. [Die Lage der arbeitenden Masse in England, von Friedrich Engels, Leipzig, 1845], p. 162, 178-83.
    2.
    « Le travail de fabrique peut être pur et bienfaisant comme l’était jadis le travail à domicile, et même à un plus haut degré. ». (Reports of Insp. of Fact., 31st Oct. 1865, p. 127.)
    1872 en français, p. 211-212.
    Dans l’édition É.S. en huit volumes, c’est II:167-168.
    Comparer 1983:550-551 (le texte court).
  • Het is echter niet het misbruik van de ouderlijke macht, waardoor de directe of indirecte uitbuiting van onrijpe arbeidskrachten door het kapitaal ontstond, maar omgekeerd is het de kapitalistische wijze van uitbuiting, die door opheffing van de daarbij passende economische basis de ouderlijke macht heeft doen ontaarden in misbruik. Im übrigen ist die Fabrikgesetzgebung das officielle Eingeständniss, dass die große Industrie die Exploitation von Weibern und Kindern, dies Radikalmittel zur Auflösung der einstigen Arbeiterfamilie, zu einer ökonomischen Nothwendigkeit gemacht hat, das Eingeständniss, dass sie die elterliche Gewalt in ein Zubehör des gesellschaftlichen Organismus verwandelt hat, das dazu bestimmt ist, dem Kapitalisten, direkt oder indirekt, die Proletarierkinder zu liefern, und das, bei Strafe des eignen Untergangs, seine Rolle als Kuppler und Sklavenhändler zu spielen hat. Darum sind auch alle Anstrengungen dieser Gesetzgebung nur darauf gerichtet, die Excesse dieses Sklavensystems im Zaum zu halten. Hoe vreselijk en weerzinwekkend de ontbinding van het oude gezinsleven binnen het kapitalistische systeem ook is, toch legt de grootindustrie door de beslissende rol, die deze aan vrouwen, jonge personen en kinderen van beide geslachten in het maatschappelijke georganiseerde productieproces buiten de sfeer van het gezinsleven toekent, de nieuwe economische basis voor een hoger ontwikkelde vorm van het gezin en van de verhouding tussen de geslachten. Het is natuurlijk even stompzinnig de christelijk-germaanse gezinsvorm als de absolute vorm te beschouwen, als wanneer men de Oud-Romeinse vorm of de Oudgriekse of de Oosterse vorm — die overigens onderling een historische ontwikkelingsreeks vormen — als de absolute vorm beschouwt. Het is eveneens duidelijk dat de samenstelling van het gecombineerde personeel uit personen van beiderlei geslacht en van de meest uiteenlopende leeftijden — ofschoon deze in haar spontaan tot ontwikkeling gekomen brute, kapitalistische vorm, waar de arbeider bestaat voor het productieproces en het productieproces niet voor de arbeider, een verderfelijke bron is van ellende en slavernij — onder passende verhoudingen omgekeerd wel een bron van menselijke vooruitgang moet worden.

  • It was not however the mis­use of parental power that created the direct or indirect exploitation of immature labour-powers by capital, but rather the opposite, i.e. the capitalist mode of exploitation, by sweeping away the economic foundation which corresponded to parental power, made the use of parental power into its misuse. Im übrigen ist die Fabrikgesetzgebung das officielle Eingeständniss, dass die große Industrie die Exploitation von Weibern und Kindern, dies Radikalmittel zur Auflösung der einstigen Arbeiterfamilie, zu einer ökonomischen Nothwendigkeit gemacht hat, das Eingeständniss, dass sie die elterliche Gewalt in ein Zubehör des gesellschaftlichen Organismus verwandelt hat, das dazu bestimmt ist, dem Kapitalisten, direkt oder indirekt, die Proletarierkinder zu liefern, und das, bei Strafe des eignen Untergangs, seine Rolle als Kuppler und Sklavenhändler zu spielen hat. Darum sind auch alle Anstrengungen dieser Gesetzgebung nur darauf gerichtet, die Excesse dieses Sklavensystems im Zaum zu halten. However terrible and disgusting the dissolution of the old family ties within the capitalist system may appear, large-scale industry, by assigning an important part in socially organized processes of production, outside the sphere of the domestic economy, to women, young persons and children of both sexes, does nevertheless create a new economic foundation for a higher form of the family and of relations between the sexes. It is of course just as absurd to regard the Christian-Germanic form of the family as absolute and final as it would have been in the case of the ancient Roman, the ancient Greek or the Oriental forms, which, moreover, form a series in historical development. It is also obvious that the fact that the collective working group is composed of individuals of both sexes and all ages must under the appropriate conditions turn into a source of humane development, although in its spontaneously developed, brutal, capitalist form, the system works in the opposite direction, and becomes a pestiferous source of corruption and slavery, since here the worker exists for the process of production, and not the process of production for the worker.

    Penguin 620-621 (aussi MECW 35:492-493).

C’est un exemple où il y a divergence entre le texte allemand de 1867 (non modifié par la suite, dans les deuxième, troisième et quatrième éditions allemandes) — comme on le voit aux traductions en néerlandais et en anglais — et le texte français de 1872. Voir à ce sujet mon examen critique de ces textes. Marx a développé ce passage en français en insistant sur la dissolution de la famille ouvrière et la perspective d’avenir. (Avec en outre une phrase finale générale sur la pourriture comme moteur de l’histoire.) La différence n’est cependant pas dramatique. Quand on écrit sur le féminisme marxiste en anglais, on se réfère généralement à l’édition Penguin et avec « a new economic foundation for a higher form of the family and of relations between the sexes » on a l’essentiel du message, ce que Marx avait écrit dès 1867.

Ce passage fournit un exemple concret où se vérifie, sur la question de la famille, la thèse du Manifeste que le capitalisme détruit toutes les traditions.

10. Grande industrie et agriculture
P. 564 et suivantes.

Mots-clefs : ❦ urbanisation ❦ forces productives ❦ santé des ouvriers ❦ régénération du sol ❦ métabolisme (Stoffwechsel), comme loi régulatrice de la production

  • p. 528⅛In der Sphäre der Agrikultur wirkt die große Industrie insofern am revolutionärsten, als sie das Bollwerk der alten Gesellschaft vernichtet, den "Bauer", und ihm den Lohnarbeiter unterschiebt. Die sozialen Umwälzungsbedürfnisse und Gegensätze des Landes werden so mit denen der Stadt ausgeglichen. An die Stelle des gewohnheitsfaulsten und irrationellsten Betriebs tritt bewußte, technologische Anwendung der Wissenschaft. Die Zerreißung des ursprünglichen Familienbandes von Agrikultur und Manufaktur, welches die kindlich unentwickelte Gestalt beider umschlang, wird durch die kapitalistische Produktionsweise vollendet. Sie schafft aber zugleich die materiellen Voraussetzungen einer neuen, höheren Synthese, des Vereins von Agrikultur und Industrie, auf Grundlage ihrer gegensätzlich ausgearbeiteten Gestalten. Mit dem stets wachsenden Übergewicht der städtische Bevölkerung, die sie in großen Zentren zusammenhäuft, häuft die kapitalistische Produktion einerseits die geschichtliche Bewegungskraft der Gesellschaft, stört sie andrerseits den Stoffwechsel zwischen Mensch und Erde, d.h. die Rückkehr der vom Menschen in der Form von Nahrungs- und Kleidungsmitteln vernutzten Bodenbestandteile zum Boden, also die ewige Naturbedingung dauernder Bodenfruchtbarkeit. Sie zerstört damit zugleich die physische Gesundheit der Stadtarbeiter und das geistige Leben der Landarbeiter. Aber sie zwingt zugleich durch die Zerstörung der bloß naturwüchsig entstandnen Umstände jenes Stoffwechsels, ihn systematisch als regelndes Gesetz der gesellschaftlichen Produktion und in einer der vollen menschlichen Entwicklung adäquaten Form herzustellen.

    Werke, Band 23, Dietz Verlag, 1968:528 ; ML Werke, 23, Kap. 13
  • p. 565⅜C’est dans la sphère de l’agriculture que la grande industrie a l’effet le plus révolutionnaire, dans la mesure où elle anéantit ce bastion de l’ancienne société qu’est le « paysan » et lui substitue l’ouvrier salarié. Les besoins de bouleversement et les oppositions au sein de la société rurale sont ainsi alignés sur ceux de la ville. Le mode d’exploitation le plus routinier et le plus irrationnel est remplacé par l’application technologique consciente de la science. Le mode de production capitaliste consomme la rupture du lien de parenté qui unissait initialement l’agriculture et la manufacture au stade infantile et non développé de l’une et de l’autre. Mais cette rupture crée en même temps les présupposés matériels d’une nouvelle synthèse à un niveau supérieur, de l’association de l’agriculture et de l’industrie sur base des configurations propres qu’elles se sont élaborées en opposition l’une à l’autre. Avec la prépondérance toujours croissante de la population urbaine qu’elle entasse dans de grands centres, la production capitaliste amasse d’un côté la force motrice historique de la société et perturbe d’un autre côté le métabolisme entre l’homme et la terre, c’est-à-dire le retour au sol des composantes de celui-ci usées par l’homme sous forme de nourriture et de vêtements, donc l’éternelle condition naturelle d’une fertilité durable du sol. Elle détruit par là même à la fois la santé physique des ouvriers des p. 566villes et la vie intellectuelle des ouvriers agricoles. Mais en détruisant les facteurs d’origine simplement naturelle de ce métabolisme, elle oblige en même temps à instituer systématiquement celui-ci en loi régulatrice de la production sociale, sous une forme adéquate au plein développement de l’homme.

    1983:565-566.
  • p. 237½Op het terrein van de landbouw heeft de grootindustrie in zo ver een meer revolutionaire werking dan elders, als zij het bolwerk van de oude maatschappij, den boer, aantast en hem door den loonarbeider verdringt. Aldus worden de begeerte naar maatschappelijke veranderingen en de klassentegenstellingen in stad en land gelijk gemaakt. In de plaats van het onredelijkste en het meest aan sleur onderworpen bedrijf treedt de toepassing van een wetenschap. De oorspronkelijke familieband tussen landbouw en manufactuur, welke band de kinderlijk onontwikkelde gestalte van beide omvatte, wordt door de kapitalistische productiewijze vernietigd. Zij schept echter tegelijkertijd de stoffelijke voorwaarden tot een nieuwere en hogere eenheid, tot vereniging van landbouw en industrie, op grondslag van beider hogere, en aan elkander tegenovergestelde ontwikkeling. Met het steeds p. 238groeiende overwicht van de stedelijke bevolking, welke zij in grote centra opstapelt, versterkt de kapitalistische productie de historische beweegkracht van de samenleving. Aan den anderen kant verstoort zij de stofwisseling tussen mens en aarde, d.w.z. den terugkeer tot den grond van de door den mens in den vorm van voedsel en kleding verbruikte bestanddelen van den grond; zij verkracht zodoende de natuurlijke voorwaarde van duurzame vruchtbaarheid van den grond. De kapitalistische productie tast op die wijze tegelijkertijd het lichamelijk welzijn aan van de stadsarbeiders, en het geestelijk welzijn van de landarbeiders. Evenwel noodzaakt zij tevens, door de verstoring van de enkel natuurlijk ontstane vormen van die stofwisseling, haar opzettelijk te herstellen als regelende wet der maatschappelijke productie, en in een gedaante overeenkomstig de hogere ontwikkeling van het menselijk geslacht.

    Het Kapitaal, vol. 2 (1919), De Maatschappij voor Goede en Goedkope Lectuur, Amsterdam. (Lichtjes gemoderniseerde spelling, D.M.)
  • p. 637⅓In the sphere of agriculture, large-scale industry has a more revolutionary effect than elsewhere, for the reason that it annihilates the bulwark of the old society, the ‘peasant’, and substitutes for him the wage-labourer. Thus the need for social transformation, and the antagonism of the classes, reaches the same level in the countryside as it has attained in the towns. A conscious, technological application of science replaces the previous highly irrational and slothfully traditional way of working. The capitalist mode of production completes the disintegration of the primitive familial union which bound agriculture and manufacture together when they were both at an undeveloped and childlike stage. But at the same time it creates the material conditions for a new and higher synthesis, a union of agriculture and industry on the basis of the forms that have developed during the period of their antagonistic isolation. Capitalist production collects the population together in great centres, and causes the urban population to achieve an ever-growing preponderance. This has two results. On the one hand it concentrates the historical motive power of society; on the other hand, it disturbs the metabolic interaction between man and the earth, i.e. it prevents the return to the soil of its constituent elements consumed by man in the form of food and clothing; hence it hinders the operation of the eternal natural condition for the lasting fertility of the soil. Thus it destroys at the same time the physical health of the urban worker and the intellectual life of the rural worker. But by destroying the circumstances p. 638surrounding that metabolism, which originated in a merely natural and spontaneous fashion, it compels its systematic restoration as a regulating law of social production, and in a form adequate to the full development of the human race.

Dans le passage qui précède, Marx constate le remplacement de l’agriculture traditionnelle, celle du « paysan », qualifiée, d’irrationnelle, d’infantile (l’agriculture, pas le paysan, et au sens qu’il s’agit, comme la manufacture à ses débuts, de l’enfance du progrès de la civilisation), par l’agriculture capitaliste, liée à la grande industrie, et c’est « l’application technologique consciente de la science » dans l’agriculture, en même temps qu’une catastrophe sociale pour les travailleurs concernés. Le développement de l’industrie va de pair avec le développement des villes qui rompt inévitablement le métabolisme naturel entre l’humanité et la terre. Comme dans le cas de l’agriculture traditionnelle, Marx n’exprime aucun regret de ce métabolisme naturel et ne propose absolument pas d’y retourner. Ce métabolisme naturel appartient définitivement et irrémédiablement au passé, mais cette rupture du métabolisme par le capitalisme nous met devant un nouveau défi : remplacer le métabolisme naturel par un métabolisme à incorporer dans la planification. (En attendant une économie socialiste planifiée, c’est un objectif de lutte pour l’environnement sous le capitalisme.) C’est encore une fois le point de vue marxiste que l’homme peut et doit dominer la nature, sur la base de la connaissance de ses lois.

Mots-clefs : ❦ épuisement du sol ❦ sol, épuisement du — ❦ agriculture capitaliste ❦ exploitation ❦ ressource naturelle, épuisement des — ❦ Liebig, Justus von —

p. 566 ⅝ Et tout progrès de l’agriculture capitaliste est non seulement un progrès dans l’art de piller le travailleur, mais aussi dans l’art de piller le sol ; tout progrès dans l’accroissement de sa fertilité pour un laps de temps donné est en même temps un progrès de la ruine des sources durables de cette fertilité. Plus un pays, comme par exemple les États-Unis d’Amérique, part de la grande industrie comme arrière-plan de son développement et plus ce processus de destruction est rapide. Si bien que la p. 567production capitaliste ne développe la technique et la combinaison du procès de production social qu’en ruinant dans le même temps les sources vives de toute richesse : la terre et le travailleur.

Dans la note 325, attachée à « plus ce processus de destruction est rapide », Marx crédite Liebig de la question du côté négatif de l’agriculture moderne.

Notes
1.
Il joue sur le nom du mouvement historique des Levellers (niveleurs) dans la révolution anglaise de la moitié du 17e siècle (en.wikipedia.org/wiki/Levellers). Dans le Livre I du Capital, je trouve encore ce mot à propos de la marchandise « Leveller und Cyniker (1867:16) », « une grande égalisatrice cynique : elle est toujours sur le point d’échanger… (1983:97, vers le début du chapitre 2) ». Il parle encore de la monnaie « als radikaler Leveller (1867:93) », comme « niveleuse radicale (1983:149, dans le chapitre 3) ».